Commentaires à propos de votre film du mois

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés après 1980

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Jeremy Fox
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Re: Commentaires à propos de votre film du mois

Messagepar Jeremy Fox » 2 janv. 15, 14:32

Ah mais je suis entièrement d'accord avec toi.

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Messagepar Harkento » 2 janv. 15, 16:01

Premier prétendant de janvier !

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Patéma et le monde inversé (Sakasama no Patema) de Yasuhiro Yoshiura

Un film très attachant qui donne le vertige (hihihi) !
Enorme coup de coeur !

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Messagepar nobody smith » 2 janv. 15, 17:55

Harkento a écrit :Premier prétendant de janvier !

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Patéma et le monde inversé (Sakasama no Patema) de Yasuhiro Yoshiura

Un film très attachant qui donne le vertige (hihihi) !
Enorme coup de coeur !


Good choice :D

De mon côté, John Huston est bien parti pour succéder à John Huston :

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"Les contes et les rêves sont les vérités fantômes qui dureront, quand les simples faits, poussière et cendre, seront oubliés" Neil Gaiman
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Messagepar Rick Blaine » 2 janv. 15, 18:07

nobody smith a écrit :De mon côté, John Huston est bien parti pour succéder à John Huston :

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Yeah! 8)

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Messagepar Hitchcock » 2 janv. 15, 18:24

Premier prétendant avec ce beau film à découvrir :

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Re: Commentaires à propos de votre film du mois

Messagepar Frances » 2 janv. 15, 20:43

Rick Blaine a écrit :
nobody smith a écrit :De mon côté, John Huston est bien parti pour succéder à John Huston :

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Yeah! 8)


+ 1. Un régal 8)

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Re: Commentaires à propos de votre film du mois

Messagepar Glyn McLyntock » 2 janv. 15, 22:09

Le bilan (en retard) du mois de décembre avec, en tête, la superbe analyse d'Otto Preminger sur la vie politique américaine, suivie de deux films avec la divine Greta Garbo, l'un signé Lubitsch, l'autre Mamoulian. Viennent ensuite une comédie musicale où le charme de Maurice Chevalier et Jeanette McDonald font toujours autant effet, ainsi que l'intrigante expérience cinématographique de Roy Andersson.

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Mentions honorables : Whiplash (Damien Chazelle) et L'Affaire Thomas Crown (Norman Jewison).

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Thaddeus
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Re: Commentaires à propos de votre film du mois

Messagepar Thaddeus » 2 janv. 15, 23:30

Film du mois de décembre 2014


1. Enquête sur un Citoyen au-dessus de tout Soupçon (Elio Petri, 1970)

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2. Demain est un autre Jour (Douglas Sirk, 1956)

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3. Le Solitaire (Michael Mann, 1981)

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Mes découvertes en détails :

Spoiler (cliquez pour afficher)
De l’eau tiède sous un pont rouge (Shōhei Imamura, 2001)
Pour son dernier film, Imamura fait céder la transgression de l’interdit devant la sensualité d’un plaisir serein, celui d’une réconciliation avec le vivant. Débarquant dans un village perdu pour trouver une statue en or, un quadragénaire au chômage tombe sur un autre trésor : une femme dont le jouissif jaillissement d’eau lustrale au moment de l’orgasme finit par produire des miracles. L’argument favorise des délires poétiques et sexuels plus ou moins malicieux, invente quelques personnages saugrenus comme une grand-mère liseuse d’avenir ou un marathonien sénégalais parlant japonais. Mais si la naïade glissante comme une truite incarne à l’évidence la fertilité et le chaînon avec la Nature, il ne faut sans doute pas surinterpréter ce qui n’est surtout qu’une petite farce insolente. 3/6

Le solitaire (Michael Mann, 1981)
Avec le recul, on s’aperçoit à quel point le premier long-métrage du cinéaste contient en germe tous les éléments constitutifs de son identité et de ses récurrences thématiques : il s’agit d’une ébauche de Heat, le personnage du flic en moins. Vendeur de voitures le jour, casseur de haut vol la nuit, un ex-taulard aspire à vivre selon l’idéal qu’il s’est forgé derrière les barreaux, tend vers une vie de famille avec femme et enfants, mais est rattrapé par les risques de son existence criminelle. Si l’anecdote est forgée dans le patron melvillien du film noir, elle importe peu en regard du style qui la transcende. Seul compte ce que l’on fait et ce que l’on assume dans cette œuvre régie par une matérialité obsessionnelle, acte de cinéma (comme on dit acte de foi) qui témoigne de la naissance d’un auteur. 5/6

L’extravagant M. Ruggles (Leo McCarey, 1935)
Amusant de constater la proximité entre ce titre français et celle d’un film célèbre de Capra, avec lequel il partage bien des traits en termes de sujet et d’enjeux : même description d’un milieu social simple et chaleureux, même optimisme revigorant, même exaltation jeffersonienne du bon sens, du pragmatisme et de la générosité. La comédie, dont la tonalité évoque d’abord Lubitsch puis gagne en loufoquerie, dispense donc également un message à travers l’histoire de ce valet de chambre européen (savoureux Laughton) qui découvre au contact de l’Ouest américain les valeurs démocratiques au point de donner une leçon à ses nouveaux compatriotes en leur récitant le discours de Gettysburgh. Quant à ses ponctuelles baisses d’intensité, elles sont rattrapées par une fin joliment émouvante. 4/6

The shooting (Monte Hellman, 1966)
Le western selon Hellman. Soit l’aventure tragique de deux prospecteurs embauchés par une mystérieuse jeune femme et poursuivis par un tueur à gages dans un paysage nu, un désert de calcaire et de rochers. Durée ramassée sur un scénario impeccablement épuré, où les lieux communs du genre sont décrassés de toute enluminure pour ne laisser transparaître qu’une matérialité terrienne, un réalisme cru, une esthétique de la silhouette, du soleil et de la poussière. Et tandis que ces personnages s’enfoncent dans une traque de plus en plus absurde, qu’ils sont gagnés par l’épuisement et l’hébétude, la mort fait son œuvre, qui offre aux derniers plans une résonnance métaphysique étrangement onirique. L'Ouragan de la Vengeance, tourné et sorti en même temps, lui est parfaitement jumeau. 4/6

Le treizième guerrier (John McTiernan, 1999)
Le beau bug de production que voilà. Entre McTiernan et Michael Crichton, auteur du roman initial, le torchon a paraît-il sévèrement brûlé. Et le résultat final, quelque part entre Les Sept Samouraïs et Le Temple Maudit, a bien dégusté au passage. Difficile d’imaginer ce que souhaitait le réalisateur devant cet brouillamini complètement déséquilibré, truffé d’incohérences atterrantes, de transitions approximatives, et dont la narration frise parfois l’amateurisme. Le plus souvent informe, sans grand souffle épique ni véritable cohésion, le film échoue en majeure partie à éclairer le mystère de la civilisation viking mais se rattrape au terme d’une mise en place fastidieuse avec des scènes d’action chaotiques, barbares, fondées sur les motifs du feu, de la brume et de la nuit. C’est bien peu. 3/6

Désir (Frank Borzage, 1936)
Rien de surprenant, à la vision de cette comédie mondaine et sophistiquée, d’apprendre que Lubitsch en assura la production et la supervision. Mais si les prestiges hollywoodiens de la haute société, des décors et des toilettes de luxe ne forment pas d’emblée la manne première de Borzage, on s’aperçoit finalement que le film, dans son éclat lunaire, n’est pas plus Ernst que Frank. Emballé tambour battant, avec un sens du glamour archétypal que Marlene Dietrich, chapardeuse de première classe, et Gary Cooper, parfait de force tranquille, incarnent alchimiquement, il multiplie les stratégies de séduction, les sous-entendus sexuels, les élans sentimentaux le long d’un pas de deux entre sincérité et dissimulation qui, sans rien inventer dans le genre, en actionne parfaitement les mécanismes. 4/6

Le Hobbit : La bataille des cinq armées (Peter Jackson, 2014)
Est-il besoin d’ajouter quoi que ce soit à ce qui a déjà été dit ? La trilogie est si uniformément prévisible que les nuances d’opinion d’un épisode à l’autre relèvent désormais de l’état d’esprit au moment du visionnage. Dans les bons points, on relèvera donc un rythme plus soutenu que dans le second volet, une capacité presque miraculeuse à ne pas perdre l’attention du spectateur malgré un étiolement toujours plus essoufflé de la matière narrative. Dans les mauvais points, le spectacle, sans n’assurer que le minimum syndical, n’en finit pas de régurgiter les mêmes automatismes industriels, la même emphase grossière, le même schématisme dramatique, jusqu’à une conclusion fatiguée qui confirme une fois pour toutes ce que l’on savait déjà : il est plus que temps d’arrêter les frais. 3/6

Quand une femme monte l’escalier (Mikio Naruse, 1960)
Au tournant des années 60, la femme japonaise est à même de saisir de nouvelles opportunités, s’affranchir en partie de l’héritage traditionnel et faire valoir une indépendance acquise de haute lutte. Mais le combat a un prix, comme le découvre l’hôtesse de bar de cette chronique de l’émancipation féminine, jeune veuve en quête d’un second souffle qui doit jongler entre une réalité économique toujours précaire, des obligations professionnelles faisant du sentiment tarifé un principe inaliénable, et un amour interdit pour le moins disponible de ses clients. Plus amer et désillusionné que celui d’Ozu, sans doute plus cadencé également, le monde de Naruse se développe ici dans toute sa clarté d’énonciation, faisant évoluer le shomin-geki vers une forme précise et touchante de radiographie sociale. 4/6

Richard III (Laurence Olivier, 1955)
Pour sa dernière adaptation de Shakespeare, Olivier s’empare avec délectation du monstrueux du duc de Gloucester, grime son visage, altère son apparence, ne nous cache rien de sa vilenie et de son ignominie. Tel un ouvrage légèrement stylisé de broderie anglaise, le film mixte cadres naturels et enluminures médiévales, adjoint aux décors de studio les teintes du Technicolor, recourt aux artifices du théâtre élisabéthain pour faire féconder réciproquement le réalisme et le décalage. Mais si la distribution rend grâce au texte de la pièce, cette cruelle histoire d’ambition, de félonie et de mort peine à conserver sans fléchir un total intérêt sur plus de deux heures et demie, et à son chamarrage esthétique un peu apprêté on peut lui préférer l’approche plus franche, plus organique de Welles. 4/6

L’empire de la passion (Nagisa Ōshima, 1978)
S’inspirant d’un fait divers du XIXè siècle, le réalisateur relate la passion dévastatrice d’un homme pour une femme mariée dans un petit village de montagne. Cet amour fou conduit le couple à assassiner l’époux encombrant, qui revient hanter les coupables sous la forme d’un fantôme obsédant. Les Amants Crucifiés meets L’Empire des Sens, la tradition du conte japonais croise celle du récit britannique à la Kipling : la mise en scène met à plat ce mélodrame à résonance fantastique, se détache de tout contexte, gomme les effets, dédramatise l’image, force l’esthétisme d’un jeu à plusieurs niveaux. Peu à peu, la nature – feuilles qui frémissent, arbres solitaires, pluies glaciales – prend sa revanche, s’instituant juge et partie, associant un panthéisme constamment perceptible à la pulsion de mort. 4/6

Maurice (James Ivory, 1987)
Ivory enroule son tableau social autour d’un jeu subtil sur un transfert passionnel : à la veille de la Grande Guerre, un jeune homme de la haute bourgeoisie anglaise devient un petit monsieur vite effrayé par son idylle homosexuelle, qui se réfugie dans la chasteté puis le mariage de convention, tandis que son amant sincère et entier finit par assumer toutes les conséquences de sa nature. Il poursuit ainsi sa dénonciation de l’hypocrisie et de la mesquinerie morale d’une société lisse et policée, où à la crainte constante du scandale s’ajoutent le comportement d’exclusion et le mépris de ceux qui "savent". Le héros devra franchir la barrière de classe et transgresser pleinement les interdits pour pouvoir enfin gagner la paix avec lui-même – issue d’un très classique mais beau drame de l’amour contrarié. 4/6

Récit d’un propriétaire (Yasujirō Ozu, 1947)
Au lendemain de la guerre, la société japonaise accuse le coup et l’individualisme grignote un quotidien morose. Lorsqu’un petit garçon égaré surgit importunément dans un voisinage qui ne sait trop que faire de lui, l’égoïsme des uns et la cruauté banale des autres à son égard se manifeste, presque par défaut. On le trouve encombrant, on le rabroue pour des fautes qu’il n’a pas commises, on le traite comme un animal de compagnie. Mais, dans ce petit conte de l’adoption, l’équivoque entoure constamment l’affectivité : la rudesse de la femme qui le recueille à son corps défendant peut s’interpréter comme une traduction bourrue de la résistance qu’elle oppose à son propre attendrissement. Ce qu’une conclusion en forme de prêche humaniste vient souligner un peu trop explicitement. 4/6

Les bas-fonds (Jean Renoir, 1936)
Renoir francise la pièce de Gorki mais conserve les noms originaux, juxtapose l’atmosphère de la Russie tsariste à celle de la Frances des années 30 et analyse, en plein Front populaire, les différents mécanismes de l’exploitation sociale. À la cour parisienne de Monsieur Lange il substitue le capharnaüm d’un asile de nuit peuplé de gueux extravagants, inspiré par les gravures du Londres miséreux de Gustave Doré, et à son ardeur quasi anarchiste un sentiment de fatalisme tranquille qui ne se ferme jamais à la possibilité de lendemains meilleurs (voir la conclusion calquée sur celle des Temps Modernes). Iconoclaste et nerveux, le film offre surtout une galerie de portraits hauts en couleur dominée par un savoureux Jouvet, baron joueur et déclassé dont la déchéance n’est pas un déclin mais une libération. 5/6

La maîtresse du lieutenant français (Karel Reisz, 1981)
Dans une petite ville portuaire anglaise, le long d’une jetée de pierre se perdant dans les flots, l’héroïne romantique émerge des brumes. Rencontre avec un jeune oisif nanti qui s’apprête à épouser une péronnelle, coup de foudre, rupture, retrouvailles : c’est beau et triste comme un feuilleton populaire. Dans le même temps, les deux interprètes de ce film d’époque vivent aujourd’hui une liaison similaire, hiatus qui fournit son sens et sa saveur aux passions démodées qu’expriment avec une grandiloquence mesurée et alanguie des personnages de pure fiction – un véritable cas d’école de la mise en abyme. Car l’histoire au présent ne trouve pas plus de conclusion que l’histoire au passé, s’achève sur la même béance opaque, et la catharsis naît du spectacle de la vie qui se transmue sous nos yeux en art. 5/6

Classe tous risques (Claude Sautet, 1960)
En ce temps-là, pour faire ses preuves, un jeune réalisateur devait souvent débuter par un polar ; et Sautet, déjà connu dans la profession, se plie à la règle. Mais si elle est logiquement moins personnelle que les films suivants, si elle retrouve sans peine le climat et les principes du genre (code d’honneur des mauvais farçons, embourgeoisement néfaste pouvant porter à la trahison…), cette solide série noire n’en porte pas moins la marque de son signataire, par des petites choses insolites qui surgissent comme des clignotants. Ici l’hommage discret au cinéma américain rendu à travers telle silhouette, ailleurs la riviera ligure et ses petits villages d’arrière-pays, mais surtout la sûreté d’une mise en scène qui maintient le suspense et l’efficacité tout en faisant la part belle à la dimension humaine du récit. 4/6

Plaisirs inconnus (Jia Zhang-ke, 2002)
Radiographie de la Chine provinciale moderne, suite. L’ironie du titre évoque les mille délicieuses nouveautés qui bombardent un écran télé continuellement présent : explosions terroristes, campagnes publicitaires, persécutions politiques, boom des modes et des consommations occidentales. Tournant en numérique avec les sujétions d’un micro-budget, JZK extrait dans des décors réels le quotidien désintégré de deux Vitelloni à la chinoise qui flânent, fument et tentent d’aimer les filles – une chanteuse, une étudiante. Le scénario est dans l’objectif de la caméra, très mobile après le statisme théocratique de Platform, mais aussi erratique, aussi incertain que l’avenir de ces jeunes corrompus par l’accumulation des fausses valeurs. En prime, le hold-up le plus foireux de l’histoire du cinéma. 3/6

Les statues meurent aussi (Alain Resnais & Chris Marker, 1953)
Ni traité ethnographique ni visite guidée muséale, cet étonnant documentaire est d’abord un précis anticipé des œuvres à venir de Resnais et Marker. Les prises de vues jouent de la plasticité des objets d’art africain, le montage pratique des entrechocs fructueux, le texte poétique stimule l’imaginaire et affûte la réflexion. Dénonçant la modernisation du continent des origines et l’appauvrissement esthétique causé par la colonisation, les auteurs s’en prennent avec une ardeur offensive aux ravages causés à la culture nègre par l’islam et surtout l’Occident, et font comprendre à quel point la mondialisation et la domination blanche ont phagocyté un héritage millénaire à nul autre pareil. Soixante ans après, la beauté et la pertinence de ce plaidoyer pour le développement spirituel restent intacts. 5/6

Grand Canyon (Lawrence Kasdan, 1991)
Il y a peu d’entreprises plus périlleuses que celle d’un artisan hollywoodien, si doué soit-il, se sentant pousser des ailes de philosophe. Surtout lorsqu’il ne recule devant aucun artifice (structure chorale à la Altman, plages oniriques casse-gueule) pour faire passer sa leçon sur la vie, le couple, les ambitions déçues. Il en faut du doigté pour faire avaler cette suite de rédemptions par les autres avec un grand A et le bien avec un grand B, pour nous intéresser à ces personnages qui se croisent, s’attirent, se repoussent comme des électrons perdus dans un noyau en fusion. Par chance Kasdan en a, qui slalome habilement entre la mièvrerie et la lourdeur et brode le canevas d’existences disparates au sein du malaise urbain. Inégal mais attachant et courageusement à contre-courant des modes. 4/6

La faute à Voltaire (Abdellatif Kechiche, 2000)
France, terre d’écueil. En débarquant sur le territoire, le héros tunisien préfère pourtant y croire, et les obstacles glissent sur un optimisme qu’il a vissé au ventre. Le film est à son image, vagabond, refusant de décliner facilement son identité, tirant de son errance et de ses liens occasionnels mais forts avec des hommes et femmes de rencontre quelque chose de tout à fait cru et inconfortable. Kechiche décline ainsi la clandestinité au singulier, loin des manifestes salutaires mais globalisants : mis à nu la candeur du déraciné, la solidarité indéfectible d’un pote de galère, la faille tragique d’une jeune mère aussi volcanique que cabossée par l’existence, les toqués sympathiques d’un nid de coucous parisien. De ces parcours d’exclus émerge une œuvre sincère, abrupte, parfois très drôle, toujours juste. 4/6

Demain est un autre jour (Douglas Sirk, 1956)
Injustement méconnu, ce très beau film propose comme une vision en réduction et à l’arrêt du pessimisme sirkien, jetant sur celui-ci une autre lumière et le faisant entendre d’un autre son : ailleurs exalté, il est ici presque atone. Mais qu’on ne se méprenne pas : la possibilité d’un amour hors du cadre conjugal est traitée avec une subtilité d’autant plus admirable qu’elle n’étouffe jamais le feu de ce qu’elle met en branle. Par l’entremise des enfants, petits soldats du pouvoir, zélateurs domestiques de la morale américaine, et de la mère qui règne telle une déesse froide aux mains blanches, la menace de l’adultère est conjurée avant même qu’elle ne se déclare pour de bon, la famille se recompose, la boucle se boucle, et la génération montante assoit son succès sur les cendres de celle qui la précède. 5/6

Tom Jones (Tony Richardson, 1963)
Dans l’Angleterre du XVIIIè siècle, les tribulations d’un jeune bâtard élevé comme un héritier nobiliaire, son goût des rixes et des jupons, ses aventures rocambolesques qui le mènent à la potence avant qu’un deus ex machina ironique ne dérègle la logique du récit picaresque. Richardson s’amuse à égratigner les bonnes mœurs, ne lésine pas sur la grivoiserie et le burlesque, développe une satire sociale écrite dans le sang à coup de hache. Fertile en gags visuels, la mise en scène rend compte d’un monde hypocrite où l’on ne cesse de se persécuter les uns les autres et où le plus honnête, sensé et naturel s’avère être le héros-titre, faux paillard et vrai romantique. Mais les deux heures sont bien longues, parfois plus fatigantes qu’amusantes, donnant le sentiment d’un surcharge à la limite de l’hystérie. 3/6


Et aussi :

In the family (Patrick Wang, 2011) - 4/6
Timbuktu (Abderrhamane Sissako, 2014) - 3/6
Le bourreau (Luis García Berlanga, 1963) - 3/6
Whiplash (Damien Chazelle, 2014) - 4/6
Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon (Elio Petri, 1970) - 5/6


Films des mois précédents :
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Novembre 2014 - Lifeboat (Alfred Hitchcock, 1944)
Octobre 2014 - Zardoz (John Boorman, 1974)
Septembre 2014 - Un, deux, trois (Billy Wilder, 1961)
Août 2014 - Le prix d'un homme (Lindsay Anderson, 1963)
Juillet 2014 - Le soleil brille pour tout le monde (John Ford, 1953)
Juin 2014 - Bird people (Pascale Ferran, 2014)
Mai 2014 - Léon Morin, prêtre (Jean-Piere Melville, 1961) Top 100
Avril 2014L’homme d’Aran (Robert Flaherty, 1934)
Mars 2014 - Terre en transe (Glauber Rocha, 1967)
Février 2014 - Minnie et Moskowitz (John Cassavetes, 1971)
Janvier 2014 - 12 years a slave (Steve McQueen, 2013)
Décembre 2013 - La jalousie (Philippe Garrel, 2013)
Novembre 2013 - Elle et lui (Leo McCarey, 1957)
Octobre 2013 - L'arbre aux sabots (Ermanno Olmi, 1978)
Septembre 2013 - Blue Jasmine (Woody Allen, 2013)
Août 2013 - La randonnée (Nicolas Roeg, 1971) Top 100
Juillet 2013 - Le monde d'Apu (Satyajit Ray, 1959)
Juin 2013 - Choses secrètes (Jean-Claude Brisseau, 2002)
Mai 2013 - Mud (Jeff Nichols, 2012)
Avril 2013 - Les espions (Fritz Lang, 1928)
Mars 2013 - Chronique d'un été (Jean Rouch & Edgar Morin, 1961)
Février 2013 - Le salon de musique (Satyajit Ray, 1958)
Janvier 2013 - L'heure suprême (Frank Borzage, 1927) Top 100
Décembre 2012 - Tabou (Miguel Gomes, 2012)
Novembre 2012 - Mark Dixon, détective (Otto Preminger, 1950)
Octobre 2012 - Point limite (Sidney Lumet, 1964)
Septembre 2012 - Scènes de la vie conjugale (Ingmar Bergman, 1973)
Août 2012 - Barberousse (Akira Kurosawa, 1965) Top 100
Juillet 2012 - Que le spectacle commence ! (Bob Fosse, 1979)
Juin 2012 - Pique-nique à Hanging Rock (Peter Weir, 1975)
Mai 2012 - Moonrise kingdom (Wes Anderson, 2012)
Avril 2012 - Seuls les anges ont des ailes (Howard Hawks, 1939) Top 100
Mars 2012 - L'intendant Sansho (Kenji Mizoguchi, 1954)
Février 2012 - L'ombre d'un doute (Alfred Hitchcock, 1943)
Janvier 2012 - Brève rencontre (David Lean, 1945)
Décembre 2011 - Je t'aime, je t'aime (Alain Resnais, 1968)
Novembre 2011 - L'homme à la caméra (Dziga Vertov, 1929) Top 100 & L'incompris (Luigi Comencini, 1967) Top 100
Octobre 2011 - Georgia (Arthur Penn, 1981)
Septembre 2011 - Voyage à Tokyo (Yasujiro Ozu, 1953)
Août 2011 - Super 8 (J.J. Abrams, 2011)
Juillet 2011 - L'ami de mon amie (Éric Rohmer, 1987)

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Re: Commentaires à propos de votre film du mois

Messagepar Harkento » 2 janv. 15, 23:45

Rick Blaine a écrit :
nobody smith a écrit :De mon côté, John Huston est bien parti pour succéder à John Huston :

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Yeah! 8)


Mon tout premier John Huston il y a une bonne dizaine d'années et c'est ce film précisément qui m'a incité à me pencher sur l'âge d'or hollywoodien ! Rien à dire : good choice ! :wink:

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Messagepar Demi-Lune » 3 janv. 15, 18:29

Thaddeus a écrit :A most violent year (J.C. CHandor, 2014) - 5/6

Ah ! Cela me rassure, les notes jusqu'ici sur le forum sont plutôt tièdes. Verdict ce soir pour moi.
mode relou Est-ce que tu pourrais quand même en dire deux mots en ouvrant un topic ? :mrgreen:

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Thaddeus
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Re: Commentaires à propos de votre film du mois

Messagepar Thaddeus » 3 janv. 15, 18:34

Je tâcherai surtout de surtout d'en dire deux mots ici, du moins dans un premier temps. :wink:

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Messagepar Jeremy Fox » 3 janv. 15, 22:24

Film du mois quasi assuré. Je désespérais de Scorsese après Casino. Je suis désormais rassuré : un de ses plus grands films.


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Messagepar Rick Blaine » 3 janv. 15, 22:29

8)

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Messagepar Watkinssien » 4 janv. 15, 12:38

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Re: Commentaires à propos de votre film du mois

Messagepar Jeremy Fox » 4 janv. 15, 14:34

J'ai toujours été fan de Di Caprio (depuis Gilbert Grape) mais là il atteint des sommets. Je ne suis habituellement pas spécialement amateur de "performance d'acteurs" mais là je l'ai trouvé constamment jubilatoire.