Top Clint Eastwood

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés après 1980

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Flol
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Re: Top Clint Eastwood

Messagepar Flol » 14 févr. 15, 17:55

Edouard a écrit :C'était mon avis lors de l'annonce de ce choix: je trouvais Angelina Jolie exécrable et je fustigeais copieusement Clint pour ce choix. Pour moi, elle n'était pas à la hauteur de son metteur en scène. Puis est venue la bande-annonce qui m'a intriguée et dans laquelle elle m'a paru crédible. A la découverte du film, j'ai été soufflée par sa prestation, la considérant comme une sérieuse prétendante pour les Oscars. Redonne-lui une chance !
Note: il faut bien sûr le voir en VO.

Vu en VO à sa sortie, pas revu depuis. J'ai beau l'avoir aimé, je n'ai pas une très grande envie de le revoir, j'avoue.

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Edouard
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Re: Top Clint Eastwood

Messagepar Edouard » 22 févr. 15, 16:46

MAJ suite à la découverte en salle d'Un frisson dans la nuit.
Mon top Clint Eastwood, l'un de mes réalisateur, mais aussi acteur, préféré. Les films sont par ordre de préférence sauf les chefs d'œuvres que je ne peux hiérarchiser. De plus, les trois films excellents frisent les chefs d'œuvres.

Chefs d'œuvres
1992: Impitoyable / 1995: Sur la route de Madison / 1997: Minuit dans le jardin du bien et du mal / 2004: Million Dollar Baby / 2008: L'échange

Excellents
1985: Pale Rider - Le cavalier solitaire
2008: Gran Torino
2006: Lettres d'Iwo Jima

Très bons
2003: Mystic River
2002: Créance de sang
2009: Invictus
2010: Au-delà
2014: Jersey Boys
2006: Mémoires de nos pères
1999: Jugé coupable
1997: Les pleins pouvoirs
1993: Un monde parfait
1976: Josey Wales hors-la-loi
1990: Chasseur blanc, coeur noir

Bons
2000: Space Cowboys
1986: Le maître de guerre
1971: Un frisson dans la nuit
1977: L'épreuve de force
1983: Sudden Impact - Le retour de l'inspecteur Harry
1973: L'homme des hautes plaines
1990: La relève
1982: Firefox, l'arme absolue
1975: La sanction

Pas mal
2011: J. Edgar

Ennuyeux
1982: Honkytonk Man

Pas vus
1973: Breezy
1988: Bird
1980: Bronco Billy
2014: American Sniper
Dernière édition par Edouard le 26 févr. 15, 16:53, édité 3 fois.
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Geoffrey Carter
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Re: Top Clint Eastwood

Messagepar Geoffrey Carter » 22 févr. 15, 18:20

J'aime beaucoup
L'Homme des hautes plaines
Mystic River
Sur la route de Madison
Pale Rider
Impitoyable
Josey Wales hors-la-loi

J'aime bien
Breezy
Un frisson dans la nuit
Jugé coupable
Créance de sang
Lettres d'Iwo Jima
Mémoires de nos pères
Million Dollar Baby
L'échange
Gran Torino

Je n'aime que très modérément
Les pleins pouvoirs
Minuit dans le jardin du bien et du mal
Un monde parfait

Je n'aime pas
Au-delà
Invictus
Le retour de l'inspecteur Harry
American Sniper
Jersey Boys
J. Edgar
Space Cowboys
Dernière édition par Geoffrey Carter le 10 mars 15, 15:32, édité 1 fois.

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Edouard
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Re: Top Clint Eastwood

Messagepar Edouard » 23 févr. 15, 23:02

Mon top Clint Eastwood, l'un de mes réalisateur, mais aussi acteur, préféré. Les films sont par ordre de préférence sauf les chefs d'œuvres que je ne peux hiérarchiser. De plus, les trois films excellents frisent les chefs d'œuvres.

Chef d'œuvre (20/20)
Unforgiven (Impitoyable) / The Bridges of Madison County (Sur la route de Madison) / Midnight in the Garden of Good and Evil (Minuit dans le jardin du bien et du mal) / Million Dollar Baby / Changeling (L'échange)

Excellent (de 18 à 19,5/20)
Pale Rider (Pale Rider - Le cavalier solitaire)
Gran Torino
Letters from Iwo Jima (Lettres d'Iwo Jima)

Très bon (de 16 à 17,5/20)
American Sniper - 17,5/20
Mystic River
Blood Work (Créance de sang)
Invictus
Hereafter (Au-delà)
Sully - 16/20
Jersey Boys
Flags of Our Fathers (Mémoires de nos pères)
True Crime (Jugé coupable)
Absolute Power (Les pleins pouvoirs)
A Perfect World (Un monde parfait)
The Outlaw Josey Wales (Josey Wales hors-la-loi)
White Hunter Black Heart (Chasseur blanc, coeur noir)

Bon (de 13 à 15,5/20)
Space Cowboys
Heartbreak Ridge (Le maître de guerre)
Play Misty for Me (Un frisson dans la nuit) - 15/20
The Gauntlet (L'épreuve de force)
Sudden Impact (Sudden Impact - Le retour de l'inspecteur Harry)
High Plains Drifter (L'homme des hautes plaines)
The Rookie (La relève)
Firefox (Firefox, l'arme absolue)
The Eiger Sanction (La sanction)
The 15:17 to Paris (Le 15 h 17 pour Paris) - 13/20

Pas mal (de 9 à 12,5/20)
J. Edgar

Très moyen (de 5,5 à 8,5/20)
Honkytonk Man

Quelques trucs à sauver (de 1,5 à 5/20)

Inutile de perdre son temps (de 0 à 1/20)

Pas vus
Breezy
Bird
Bronco Billy
Dernière édition par Edouard le 17 nov. 18, 15:37, édité 9 fois.
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Re: Top Clint Eastwood

Messagepar Flol » 26 févr. 15, 16:19

Edouard a écrit :Pas vus
1973: Breezy
1988: Bird
1980: Bronco Billy

3 de ses plus beaux films, tout simplement.

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Edouard
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Re: Top Clint Eastwood

Messagepar Edouard » 26 févr. 15, 16:50

Ratatouille a écrit :
Edouard a écrit :Pas vus
1973: Breezy
1988: Bird
1980: Bronco Billy

3 de ses plus beaux films, tout simplement.

J'ai hâte alors ! :D
Non pas que je ne voulais pas les voir, mais je n'ai pas encore eu l'occasion.
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Re: Top Clint Eastwood

Messagepar Flol » 26 févr. 15, 17:04

D'autant plus que Breezy a longtemps été difficile à voir, mais il est depuis sorti en dévédé. Donc t'as plus d'excuse.

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Thaddeus
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Re: Top Clint Eastwood

Messagepar Thaddeus » 26 févr. 15, 17:27

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(en italiques : films découverts en salle à leur sortie)


Un frisson dans la nuit
À l’accusation vieille comme les spaghettis de Leone d’être machiste et misogyne, Eastwood répond pour son premier film à sa façon, figurant le désir de casser son image, incarnant avec une insistance et un masochisme forcenés un personnage cynique qui jouit de son pouvoir érotique afin de pouvoir mettre ce cliché en pièces et espérer y échapper. Un mâle effarouché harcelé par une érotomane psychotique : voilà comment il se met en scène dans cet essai très influencé par Les Proies de Siegel, qu’il a interprété juste avant. Chacun en tirera ses conclusions. En l’état, ce Liaison Fatale avant l’heure témoigne déjà de la grande sûreté de ses choix, et génère un suspense assez efficace au-delà de ce qu’il dit sur le rapport d’un homme célèbre aux femmes, et plus particulièrement à ses fans. 4/6

L’homme des hautes plaines
Première incursion du cinéaste dans un genre auquel il doit beaucoup, et auquel il reviendra de façon récurrente. D’emblée, son style assez métaphorique frappe par l’affirmation de ses partis pris (une ville peinte en rouge comme formalisation explicite de l’enfer), la singularité d’un ton entre réalisme et décalage fantastique, la démonstration d’une pleutrerie, d’une crapulerie assez universelles et la virulence d’un propos qui s’emploie à souligner l’ambigüité et la brutalité présentes en toute société dite civilisée. Volontiers grinçant, sous influence explicite de Leone, le film se distingue par ses penchants baroques et l’ironie de sa réflexion sur le pouvoir, l’instinct grégaire, l’ambigüité et les limites du système communautaire, dont le rêve de réconciliation est exposé dans son envers cauchemardesque. 4/6

Breezy
Un quinquagénaire bourru face aux choix ratés de son existence, une jeune hippie qui illumine soudain son quotidien : c’est comme si Joan Baez s’enamourait de John Wayne. S’y épanouit la veine la plus sentimentale d’Eastwood, qui lui vaudra la plupart de ses plus beaux opus. Il suffit du retour d’un feu dans une cheminée, d’une promenade tranquille sur la plage, de l’adoption d’un chien errant pour faire vivre en termes immédiats la romance délicate entre William Holden, jouisseur hautain et misanthrope dont la carapace de solitude va se craqueler au contact de l’amour, et la si émouvante Kay Lenz (incroyable révélation, qu’est-elle devenue ?). Le cinéaste rejoue ainsi les motifs de la reconnaissance réciproque, de la confiance partagée avec une sensibilité à fleur de peau, jamais mièvre, intensément poignante et habitée. 6/6
Top 10 Année 1973

Josey Wales hors la loi
L’inspiration de L’Homme des Hautes Plaines s’épanouit dans un cadre narratif plus ample et ambitieux et approfondit la figure de antihéros d’Eastwood-acteur, véritable bloc d’altérité qui ne s’intègre jamais à la civilisation et en stigmatise les défaillances. Trouble et insaisissable, ce personnage confirme que l’auteur se situe du côté des rêveurs, des perdants, des marginaux fuyant dans l’imaginaire la déroute de toutes les valeurs. Son pouvoir d’attraction inédit s’avère pourtant capable de bâtir une communauté de vie qui sort des cendres après la tabula rasa de la guerre, une famille élargie et bricolée en forme de rêve de réconciliation, qui apparaît comme un horizon politique aux accents de pastorale, et qui offre à ce beau western démythifiant sa respiration, entre âpreté sèche et désenchantement. 5/6
Top 10 Année 1976

L’épreuve de force
Comme il l’a fait auparavant, comme il le refera souvent par la suite, Eastwood s’amuse ici à désamorcer son image publique et à prendre le contre-pied de la figure de justicier solitaire et macho que certains s’obstinaient à voir en lui. Il se fait mener par un petit bout de femme bien plus forte que lui, qui l’embarque dans une cavale pétaradante et spectaculaire à travers les paysages américains. Il s’offre également, au passage, le loisir d’une peinture pittoresque de l’arrière-pays, cultivant à plaisir la légèreté d’un programme sans conséquence à base de pègre redoutable et de flicaille corrompue, de traque haletante et de poursuites à moto, de détermination burinée et de bus transformé en gruyère fumant. C’est plein d’humour, décomplexé, humble : un solide divertissement. 4/6

Bronco Billy
La névrose et les affrontements urbains des années 70 cèdent ici la place à un acquiescement souriant au carnaval de la vie, à une philosophie simple mais aimable qui fleure davantage le crottin de cheval que la poudre à canon. Se contentant de bâtir un rôle propre à satisfaire ses rêves adolescents, le héros-titre est le moteur spirituel d’une petite troupe excentrique qui réenchante l’Histoire à sa manière en permettant à chacune des ethnies, des minorités et des parias qui la composent de coexister fraternellement. Ce show est un monde où chacun peut jouer son personnage et où l’on vient à la fin saluer face caméra sous un chapiteau en forme de manteau d’Arlequin – celui de l’Amérique de l’après-Vietnam. D’où le charme d’un film-ballade drôle et nonchalant, un peu roublard mais tout à fait attachant. 4/6

Honkytonk man
Bien loin de l’univers des films précédents, cette chronique de l’Amérique profonde au moment de la Grande dépression est un ultime appel à la vie, où l’on voit un jazzman au bout du rouleau se détruire cliniquement devant les yeux éperdus d’admiration de son neveu – car seul le cinéma qui montre la mort peut parler d’amour, précise l’auteur. L’inspiration plus personnelle et plus intime puise dans le milieu de la folk country, des bars enfumés de l’Oklahoma et des routes désertes du grand Ouest la matière à une réflexion chaleureuse mais mélancolique sur le temps qui passe et la nostalgie de rêves inassouvis. Le cœur palpitant du film, c’est la relation poignante entre Eastwood, en vieux chanteur alcoolo, et son propre fils, terreau d’un apprentissage initiatique plein de sensibilité. 5/6
Top 10 Année 1982

Pale rider
Retour au western, sur un mode fantasmatique et allégorique assez proche de celui de L’Homme des Hautes Plaines, dont il est presque le remake. Même personnage de fantôme vengeur revenu d’outre-tombe, défendant cette fois les mineurs démunis contre les tueurs du grand capital, même logique de catalyse d’une communauté confrontée à ses démons, même assèchement rigoureux soustrayant aux essais progressistes du genre toute afféterie pour n’en retenir que les motifs les plus épurés. Placé d’emblée sous le signe du phénix, le film est un curieux projet minimal où la mise en scène joue le dépouillement, où les sentiments sont abrupts, presque figés, où la cruauté n’est pas pudiquement reléguée dans les coulisses de l’écran, et où le récit se développe avec un hiératisme coupé d’ironie morbide. 4/6

Bird
Loin des carcans et lieux communs de la biographie hollywoodienne, Eastwood réinvente la vie de l’apôtre du be-bop en une mosaïque intériorisée, atmosphérique, déconstruite en flashbacks sensoriels, presque à l’image de la musique qu’il pratique, avec une exposition mélodique très forte, des décrochages rythmiques de durée variable – toute en chorus et solos, glissements progressifs, dérives improvisées et respirations suaves et ouatées. Le temps n’existe pas dans le récit, va et vient comme un thème musical, descend vers les origines pour remonter brusquement à la surface de l’angoisse et de la violence. Loin de l’hagiographie, le film est plutôt une élégie crépusculaire et pathétique en phase avec la lente agonie autodestructrice du personnage, homme-enfant qui soustrait peu à peu du monde. 5/6

Chasseur blanc, cœur noir
Un cinéaste, deux acteurs, un scénariste, un producteur et un caboteur mal en point qui remonte le fleuve Congo. Après Charlie Parker, c’est à un autre père tutélaire que s’intéresse le cinéaste, celle de John Huston, bloc de contradictions intérieures dont il capte le mystère et l’ambigüité. Mais ce film-ci est aussi solaire que le précédent était nocturne, et c’est bizarrement l’impuissance d’un artiste en panne d’amour pour son métier qui intéresse Eastwood, lui qui n’a jamais semblé plus heureux et plus libre d’exercer le sien. L’hommage aux grands films d’aventures est réussi mais l’œuvre frappe davantage par son portrait d’homme complexe et insaisissable, à la recherche d’un rêve impossible, et par la peinture d’un continent africain vecteur de toutes les fascinations. 4/6

Impitoyable
Le visage émacié, le dos courbé par la vieillesse, Clint chevauche sa monture tel le dernier des géant : il est un fantôme réveillé par le souvenir des morts, un antihéros porté par une stature de légende. Le long d’une traque ramassée mais flamboyante, qui sonne le glas du genre en même temps qu'elle en est sa plus belle incarnation, Eastwood réinvente un Ouest crépusculaire, un territoire magnifique où la colère de la nuit alterne avec la sérénité des grands espaces, et où l’inéluctabilité de la violence et de la vengeance transforme le genre en ode à la fois furieuse et mélancolique. Ce western terminal assoit définitivement le génie de son auteur et la lucidité implacable d’une vision qui fait dialoguer la mythologie avec l’allégorie, révélant le poison jamais digéré de l’Amérique originelle tout en exprimant la tragédie de personnages aux prises avec leurs démons. 6/6
Top 10 Année 1992

Un monde parfait
Eastwood n’en finit plus de prendre à rebrousse-flingue le Clint vedette d’autrefois. Ce monde ensoleillé est celui d’un temps dilaté favorisant l’illusion qui fait oublier la prison, les flics et les mères tape-dur, celui du père perdu que l’on retrouve, celui d’une époque florissante (les années 60 de Kennedy) aux dés pipés, dont la violence resurgit comme un retour de flammes. Initiation à la vie en forme de balade buissonnière, teintée d’une amertume désenchantée, l’histoire de ce petit garçon pris en otage par un évadé qui s’avèrera père de substitution est racontée avec une insouciance tranquille qui en révèle par ricochets la violence latente. L’auteur invente ici des images fortes (des billets voltigeant autour d’un cadavre souriant), s’attachant avec sensibilité aux gestes, aux paysages et aux comportements. 5/6

Sur la route de Madison
D’un roman paraît-il assez médiocre, le cinéaste tire une pépite sublime et bouleversante, un mélodrame feutré comme personne n’en ose plus, qui nous enserre de sa délicatesse frémissante, absolument miraculeuse, et nous laisse seuls avec nos mouchoirs imbibés. La poussière dansante, le soleil rasant, les lumières automnales et orangées y composent le berceau d’une passion amoureuse que la mémoire a figé en une expérience chérie – cette mémoire ravivée par le texte, l’héritage, la transmission d’une mère à ses enfants. On touche ici le cœur battant du cinéma d’Eastwood, son degré le plus secret, le plus intime. La proximité aux personnages, la vérité de leurs gestes, de leurs confidences, de leurs regards, de leurs sourires y nourrissent une méditation déchirante sur la difficulté du choix, l’inéluctabilité du destin et la permanence du souvenir. 6/6
Top 10 Année 1995

Les pleins pouvoirs
Le cinéaste revient à un mode plus mineur après le trio souverain qui précède, mais n’en délivre pas moins un thriller de belle facture classique, dont le propos politique se charge d’une vigueur offensive. Le cambrioleur de grand style qu’il interprète prend le président des États-Unis en flagrant délit de félonie et renverse le pouvoir en place pour remettre toutes les histoires, celles de l’Amérique de Lincoln et Jefferson mais aussi sa propre relation avec sa fille, sur les bons rails. Pour Eastwood, rien de plus sacré que les liens du sang : c’est ce à quoi s’applique à démontrer son héros individualiste, aux prises avec un système qui veut le broyer (thématique récurrente de sa filmo), bien décider à protéger la chair de sa chair. Le casting est aux petits oignons : Hackman, Harris, Davis, un bonheur. 4/6

Minuit dans le jardin du bien et du mal
Langueurs et volutes capiteuses de la Louisiane, infusées dans un somptueux polar atmosphérique qui commence comme une enquête relativement classique (un crime à élucider) avant de se faire littéralement vampiriser par l’âme de Savannah, sa torpeur moite, ses charmes vénéneux, sa séduction pittoresque – aaah, entêtante Lady Chablis. L’horloge du temps semble cette fois complètement arrêtée : nouvelle apesanteur en vase clos, sorte de culture de serre ou miniature sous cloche de verre, rien moins que le Brigadoon d’Eastwood. Élaborant en maestro une ronde vaporeuse entre les vivants et les morts, le cinéaste se délecte à faire vaciller les certitudes, se croiser une galerie de personnages fantaisistes dont l’excentricité attachante aimante un sens grisant du mystère et de l’indicible. 5/6
Top 10 Année 1997

Jugé coupable
Le cadre est moins ambitieux, mais c’est aussi à leur façon de traiter les respirations mineures que l’on reconnaît les grands cinéastes. Parfaitement tenu et serré, rempli jusqu’à la garde d’allusions et de revendications politiques plus ou moins subversives, ce polar anti-peine capitale vaut autant par son humour (la visite-éclair au zoo) que par le personnage de journaleux dragueur, insolent et jouisseur composé par l’acteur. Au premier degré il s’agit donc d’un film-dossier efficace, chaleureux mais presque conventionnel. Si l’on gratte un peu, on y décèle une humilité de plus en plus sereine, l’expression d’une autodérision en germe depuis longtemps, et la liberté d’un auteur qui ne s’épargne plus rien en loser comique et pathétique, justicier poussif réduit à l’état d’homme seul dans une nuit de fête. 4/6

Space cowboys
C’est la première fois qu’Eastwood aborde aussi frontalement la question de la vieillesse. Il le fait avec un humour assez ravageur, embarquant une troupe de papys dans un voyage au cœur de la déglingue, une séance de rattrapage en forme de melting-pot pour pionniers frustrés, pour les oubliés de l’histoire officielle. Sous les clichés seyants du film d’action, avec des échappées d’une drôlerie résolument masochiste, le film offre une jolie réflexion sur l’âge, le deuil de tant de choses, les temps désaccordés de la jeunesse et du souvenir qu’on en a, la pérennité ronchonne des amitiés anciennes. Le divertissement est mené tambour battant, avec l’efficacité consommée d’un artisan sobre et généreux, s’autorisant des échappées tantôt romantiques, tantôt mélancoliques – et un superbe dernier plan. 4/6

Mystic River
Retour aux racines d’une nation, d’une ville, d’une communauté, et à travers elles à la nature la plus douloureuse de la condition humaine. Ciselant une tragédie urbaine noire comme la nuit, dont les accents shakespeariens renvoient à quelque chose d’immémorial, le cinéaste voile l’inéluctable d’un halo presque fantastique, peuplé de fantômes et de vampires. Pris dans les rets d’une ironie fatale, ses personnages, tous complexes, y sont à la fois coupables et victimes des éternels démons américains : la culpabilité et le soupçon, la loi du talion et la souffrance forment le lit d’un cycle infernal et inéluctable. La plongée dans cette histoire désolée est profonde, l’engagement des trois grands acteurs total, la lumière en sombre harmonie avec la musique, et le film d’une puissance, d’une densité dramatiques exceptionnelles. 6/6
Top 10 Année 2003

Million dollar baby
Le ring comme espace d’accomplissement universel, vecteur presque mythologique du rêve américain dans sa dimension initiatique comme dans le prix à payer pour y accéder. Lustré dans une forme impériale, un nuancier d’ombre et de contre-jours qu’habille une voix-off rocailleuse, ce magnifique mélodrame élégiaque médite sur la faute originelle et la rédemption, sur la famille de sang et la famille choisie, sur le droit de vie ou de mort, sur le temps qui passe et la chance qu’on n’a pas su voir, celle qu’on donne ou celle qu’on prend. Entre le combat de toute une vie et la tragédie grecque, il atteint, comme tous les grands Eastwood, quelque chose d’intemporel. S’y dénouent les enjeux de la filiation et de la transmission, le poison de la culpabilité, le pansement difficile de la perte et de l'abandon, jusqu’à un final d’une puissance rare. 6/6
Top 10 Année 2004

Mémoires de nos pères
Le cinéaste investit le genre prestigieux du film de guerre, avec une belle inspiration classique et la sûreté nécessaire pour conduire un récit à voix multiples. Tout y est comme enveloppé dans un brouillard épais, un voile déformant et monochrome, pour mieux opposer à la lumière aveuglante d’une médiatisation mensongère la noirceur des souffrances intimes, du vide béant qui semble engloutir les existences des protagonistes. Avec ce film sur l’histoire maquillée et la banalité précieuse du souvenir enfoui, sur les leurres et les mises en scène de la propagande, Eastwood travaille la figure du héros, souligne l'hypocrisie d'un pays qui s'est servi de ses hommes et de leur sacrifice – à cet égard, le parcours du soldat amérindien est le plus limpide, symbole idéal d'une assimilation définitive. 4/6

Lettres d’Iwo Jima
Le versant japonais du projet est plus réussi encore. Le diptyque a une unicité parfaite car complémentaire, placée sous le signe du dialogue entre les cultures. Traduisant un système de pensée qui lui est sans doute très étranger, Eastwood l’inscrit dans la limpidité tragique d’une construction en ligne droite, sereine mais résignée, très éloignée des flash-blacks imbriqués de l’opus précédent. Les galeries souterraines, la photo charbonneuse, les ténèbres des cavernes peuplées d’enterrés vivants et trouées seulement par la lumières des fusées traçantes et l’éclair sanglant des grenades dégoupillées… Tout cela confère au film des allures de tombeau, où l’ombre est désormais l’unique reflet des âmes perdues, et où les lettres du titre, volées à l’oubli, se font les incarnations palpables des vies enfouies. 5/6

L’échange
Le sujet est lourd et peut faire redouter les pires excès de pathos lacrymal. Ce serait oublier qu’Eastwood est coutumier du fait et qu’il parvient à se soustraire à ces débordements par la rigueur exemplaire de son regard. Dense et complexe, ce mélodrame franchit une étape de plus dans son inspiration presque mortuaire : il y est question d’enfance assassinée, d’innocence salie, de cadavres déterrés. Cinéaste authentiquement républicain, attaché à dénoncer les derrières d’un monde hypocrite et corrompue, il débusque méthodiquement les différents visages d’un mal enraciné au cœur du système social. La lutte acharnée d’une femme contre des institutions qui veulent l’étouffer, la dompter, la réduire au silence, atteste de la sensibilité contestataire toujours renouvelée qui est la sienne. 5/6

Gran Torino
Il est facile, sans doute un peu trop, de lire dans ce film magistral, qui balance de la comédie pure au drame poignant avec une liberté de ton absolue, un legs testamentaire. En inspecteur Harry noyé dans les limbes du crépuscule, l’acteur-réalisateur développe une réflexion très politique sur la relation entre la parole et l’action, y inventorie sur un mode quasiment spectral les éléments de sa légende, avec l’ironie et la distanciation d’un artiste au faîte de sa lucidité critique. De la figure du vigilante vieillissant à celle du bougon facho, il dresse le formidable portrait d’un réac hargneux qui s’ouvre à l’altérité, fait l’apprentissage de la différence et de l’acceptation, jusqu’à transmettre l’héritage américain (sa Gran Torino, toute une mythologie) à un jeune immigré asiatique. Eastwood peut alors se filmer dans un cercueil. Dont acte. 5/6
Top 10 Année 2008

Invictus
Assez loin de l’hagiographie béate qu’on l’a accusé d’être, cette entreprise très lisible sur le dépassement et l’utopie, plus économe que jamais de ses moyens de narration, propose une analyse assez fine des compromis entre idéologie, intégrité et manipulation populaire, et dresse le portrait fasciné mais critique d’un homme porté par le rêve de toute une nation. En grand auteur artisanal, Eastwood parvient à trouver dans les ornières d’un genre dangereusement académique quelques récifs personnels, quelques points d’accroche (conflits individuels, relation à la communauté, édification de l’image publique…) qu’il sait faire fructifier. L’ensemble ne vaut certes pas les plus grandes réussites du cinéaste, mais sa portée humaniste, sa sobriété, son aisance à développer un propos universel séduisent. 4/6

J. Edgar
Étonnant de voir à Eastwood enfiler à ce point les clichés les plus éculés des genres qu’il aborde et s’en sortir avec l’adresse d’un prestidigitateur. Casseroles freudiennes, mère étouffante, explicitations psychologisantes du déni : tout y est. Pourtant, par la grâce d’un montage virtuose, d’un script plein comme un œuf, d’un sujet passionnant, d’un DiCaprio une fois de plus fabuleux, le réalisateur signe un grand film névrotique et ténébreux qui relit quarante d’histoire américaine à travers le prisme d’une intériorité malade, monstrueuse et touchante à la fois. Peu importe les scories, les excès, les maladresses : la pudeur allusive du cinéaste, sa faculté à capter l’intime sous le masque, son aisance de la narration (le biographe à plusieurs visages, quelle idée !), font une nouvelle fois merveille. 5/6
Top 10 Année 2011

Jersey boys
Le réalisateur avait déjà tâté du biopic musical mais jamais avec un tel respect crâneur à toutes les conventions de l’ascension, de la gloire puis d’une chute précipitée par l’ivresse de la réussite et les querelles d’egos. En cela, il poursuit le projet paradoxal de ses précédents films : prêter le flanc aux critiques pour démontrer son aisance hors pair à les dépasser – l’apanage des meilleurs. Tirant le maximum des atouts dont elle dispose (fluidité consommée du récit, truculence des portraits, musicalité allègre des répliques et un savoureux Walken des familles en cerise sur le gâteau), l’aventure de ces quatre gominés des bas quartiers devenus stars (le rêve américain, encore et toujours) ne surprend donc pas mais elle séduit et file une jolie pêche, à l’image de son broadwayen générique final. 4/6

American sniper
On l’a compris depuis longtemps, ce n’est pas sur ses vieux jours qu’Eastwood cessera d’être le défricheur des ambigüités de son pays. En se penchant sur le dernier conflit dans laquelle les USA se sont impliqués, il livre un film de guerre d’une solide efficacité, tord le cou aux clairons triomphalistes et adopte un regard oblique, déformé, imprégné par une idéologie inoculée de génération en génération. L’amertume de Zero Dark Thirty n’est finalement pas si loin, mais elle ne se s’exprime pas avec la même sécheresse ni avec la même densité : souscrivant à une fonctionnalité parfois un peu fade aux lieux communs de tout récit de retour traumatique, le cinéaste n’en développe pas moins un propos dont l’équivocité de point de vue et le flou politique demeurent paradoxalement les principales qualités. 4/6

Sully
Une fois de plus, quelque chose relève du prodige dans la facilité princière avec laquelle le cinéaste adopte en les transcendant tous les codes, principes et procédés du cinéma hollywoodien majoritaire, fait sienne une histoire des plus édifiantes pour en esquiver les lourdeurs, et transforme en modèle de sobriété ce qui chez d’autres aurait tourné à la marmelade pathético-héroïsante. Contre-champ optimiste et salvateur, mais non dénué de gravité ni d’amertume, à cette crise de l’incertitude qui menace plus que jamais l’inconscient collectif américain, le film est une sorte de feel-good-movie à l'étouffé, vaguement inquiet, dégraissé jusqu’à l’os, dont la maîtrise tranquille et la tension dramatique s’accordent superbement à la figure si humaine et si ordinaire de Tom Hanks. Eastwood, toujours vert. 5/6

La mule
On a beau avoir appris à ne plus se surprendre de son éternel retour devant sa caméra, il est toujours émouvant d’assister au spectacle de ce visage vieilli mais sémillant, à ce numéro de réac libertarien que l’auteur s’emploie à retourner comme une crêpe. L’argument (pourtant inspiré d’une histoire vraie) pourrait être prélevé à la plus banale série B : flics de la DEA, cartels mexicains et vague suspense traité avec une crâneuse indolence. Eastwood en tire un road-movie détendu, une réflexion sur le rapport contradictoire entre moralité et rédemption, sur l’imprévisibilité du temps qui file comme une routine et confronte soudain aux plus grandes exigences. Voilà comment, en se soumettant in extremis à la lucidité, au regret, à la nécessité de la réconciliation, il nous touche et nous parle encore de l’essentiel. 4/6


Mon top :

1. Sur la route de Madison (1995)
2. Impitoyable (1992)
3. Million dollar baby (2004)
4. Mystic River (2003)
5. Breezy (1973)

Une filmographie absolument admirable, une stature presque intouchable, une aura populaire qui n’a rien à envier à son rayonnement artistique : Eastwood est l’un des derniers géants du cinéma américain. Son étude aiguë et profonde de l’identité et des contradictions américaines, sa sensibilité universelle, sa faculté à imbriquer l’intime et le général en font un immense réalisateur, et sans doute l’un des artistes les plus chers à mon cœur.
Dernière édition par Thaddeus le 1 sept. 19, 14:36, édité 16 fois.

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Jeremy Fox
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Re: Top Clint Eastwood

Messagepar Jeremy Fox » 26 févr. 15, 18:49

Thaddeus a écrit :Je pense que je mettrais Breezy dans mes cinq films préférés du cinéaste : une pure merveille de sensibilité. S'il y en a un qui est sous-estimé à mes yeux, c'est bien celui-ci.

Moi dans mon tiercé.

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Edouard
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Re: Top Clint Eastwood

Messagepar Edouard » 27 févr. 15, 08:00

Ratatouille a écrit :D'autant plus que Breezy a longtemps été difficile à voir, mais il est depuis sorti en dévédé. Donc t'as plus d'excuse.

J'ai les trois en DVD :oops: mais maintenant qu'il y a les BR :wink:
Premier film réalisé par Clint sans qu'il soit acteur. Bide à sa sortie. Résultat il faudra attendre 15 ans et Bird pour que les producteurs veulent bien un film uniquement réalisé par Eastwood (même si en contrepartie, il a du joué pour une 5ème fois Harry Callahan).
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