Lucio Fulci (1927-1996)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés après 1980

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Nomorereasons
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Re: Lucio Fulci

Messagepar Nomorereasons » 6 avr. 08, 01:41

Ca va faire trois heures que j'essaie vaille que vaille de finir "Frayeurs", sorte de long nanar lugubre à deux de tension et ponctué de séquences chili con carne en délire. Mal joué, mal foutu bien sur, mais au-delà de ça c'est une sorte de miroir qui questionne le spectateur: comment diable puis-je continuer de regarder un tel film à la fois dépourvu du moindre suspense et aussi racoleur??? Je crois que chez moi, ça correspond surtout au goût du travail bien fait.

Edit: voilà, je viens de le terminer, ce film aussi amorphe que les cadavres qu'il montre, et qui aurait pu tout aussi bien durer une heure de moins comme dix de plus (pourquoi pas? J'ai cru comprendre qu'il y avait des amateurs)
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Re: Lucio Fulci

Messagepar NounouOgg » 6 avr. 08, 02:32

C’est sans doute qu’il faudrait apprécier ce nanar non seulement au-delà de sa réalisation poussive, de son scénario rachitique ou du jeu amorphe des acteurs (ce que tu fis déjà), mais aussi au-delà de l’abîme esthétique qu’il renvoie au spectateur, comme une tentative presque réussie et fascinante de contempler en face le néant (ou du moins un néant à notre portée), où la signification n'a plus d'importance et où le temps est aboli. :mrgreen:
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Nomorereasons
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Re: Lucio Fulci

Messagepar Nomorereasons » 6 avr. 08, 12:32

Ah oui, mais j'aurais très bien pu aller me coucher sans avoir vu la fin du film par exemple, ce qui aurait signifié la victoire du néant!
Mais non: j'ai choisi d'exister et d'affronter le dénouement.
Heureusement que jipé est là pour nous donner de quoi dépasser notre horizon intellectuel de cancrelat dans son bouquin "La Nausée" (que j'ai fini aussi d'ailleurs... mais soudain un sentiment de l'absurde m'étreint: "La nausée" et "Frayeurs", ne serait-ce pas le même film?)

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Re: Lucio Fulci

Messagepar Blue » 6 avr. 08, 12:45

Suis-je donc le seul à vénérer "Frayeurs" ? :|

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Re: Lucio Fulci

Messagepar 2501 » 6 avr. 08, 13:55

C'est snobyland dans le topic Fulci. :roll: :lol:

Je vénère pas mais sous le vernis nanar de la narration, du petit budget et de l'interprétation, y'a de sacrées fulgurances qui ont font un film notable dans sa filmo. Faut juste savoir regarder un film de Fulci, c'est jamais parfait sur la forme, mais sa fascination du morbide trouve qaund même des mises en images marquantes.
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Re: Lucio Fulci

Messagepar cinephage » 6 avr. 08, 15:39

2501 a écrit :Je vénère pas mais sous le vernis nanar de la narration, du petit budget et de l'interprétation, y'a de sacrées fulgurances qui ont font un film notable dans sa filmo. Faut juste savoir regarder un film de Fulci, c'est jamais parfait sur la forme, mais sa fascination du morbide trouve quand même des mises en images marquantes.


Voila, le film porte quelques séquences fortes, quelques plongées morbides assez réussies. Mais globalement, le film reste décousu et peu convaincant. Il faut garder du film ses séquences les plus fortes, et ne pas tenir compte des moments bancaux. Je comprends que certains ne rentrent pas dans le film. Pour ma part, je préfère largement l'enfer des zombies ou la maison près du cimetière...
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Re: Lucio Fulci

Messagepar Nomorereasons » 6 avr. 08, 16:02

2501 a écrit :C'est snobyland dans le topic Fulci. :roll: :lol:
Attends, hé ho ton Fulci je le compare à Sartre, il y a (quand même) pire pour un réal de série B :mrgreen:

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Re: Lucio Fulci

Messagepar 2501 » 6 avr. 08, 16:46

yaplusdsaisons a écrit :
2501 a écrit :C'est snobyland dans le topic Fulci. :roll: :lol:
Attends, hé ho ton Fulci je le compare à Sartre, il y a (quand même) pire pour un réal de série B :mrgreen:

L'ironie te tuera. :wink:

Série B, série A, ça fait longtemps que les lignes ont bougé et que les classements méprisants sont devenus obsolètes. A part pour une poignée dont je suis sûr que tu ne fais pas partie.
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Re: Lucio Fulci

Messagepar Nomorereasons » 6 avr. 08, 17:33

Damn right!

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Re: Lucio Fulci

Messagepar Nomorereasons » 9 avr. 08, 01:09

Nightmare Concert

Beaucoup plus interessant que "Frayeurs", du moins pour ma pomme. Quelques notes en vrac:
Entre Huit et Demie et Archibald de la Cruz, Lucio Fulci rend même ici et là quelques hommages à M Le Maudit (le thème de peer Gynt), à la comédie italienne grivoise des années 60-70 (Fulci lorgant le strip-tease d'une voisine), aux Damnés de Visconti et enfin à un autre catholique obsédé par le Mal et la culpabilité, Alfred Hitchcock.

L'acteur principal est ce petit bonhomme terne et sexagénaire sorti d'un dessin de Sempé, lilliputien parmi des Gullivers: Fulci lui-même en proie à ses propres démons, dans une mise en abyme qui ne manque pas d'intérêt et qui semble filmée un tout petit peu moins n'importe comment qu'à l'ordinaire -il y a même une reflexion troublante sur le voyeurisme dans la séquence alternant l'orgie nazie, le "peeping tom" et le visage de Fulci en gros plan, menant nécessairement sur les thèmes de la création mais surtout du dédoublement et de la crise d'identité.
L'intrigue, mêlant rêve et réalité, se laisse voir sans déplaisir; mais l'essentiel du film est cette silhouette ridicule et fatiguée, cette erreur de casting qui se ballade tristement en imper et casquette à carreaux parmi un bouquet de séquences toutes plus érotiques et morbides les unes que les autres, comme si le réalisateur en proie au doute n'avait trouvé d'autre moyen pour prouver au monde (à ses belles actrices comme aux critiques dubitatifs) la paternité sur son oeuvre autrement qu'en y apparaissant lui-même, comme en desespoir de cause, dans un moment ultime de sincérité et non plus d'horreur.

A moins qu'il ne se fasse horreur lui-même, ce petit barbu grisonnant dans sa Mercedes moyen-bas de gamme, qu'on appelle "docteur" ou "monsieur" et qui pourrait être mon père. Difficile de croire que son crâne chauve abrite un cerveau de teen-ager un peu plus vicelard et visionnaire que la moyenne. Mais on sent très vite que cette imagination l'encombre et le tue à petit feu, tel un Roi Midas qui transformerait tout ce qu'il toucherait en instruments de torture prêts à faire jaillir les tripes. D'autre part ce monstre ordinaire, laid et pervers, imagine des parties de pêche idylliques avec des femmes trop jeunes et trop belles pour lui à défaut de pouvoir savourer une renommée qu'il aurait souhaitée... ce qui bien sûr ne le met pas à l'abri d'oppressantes questions qui surgissent comme autant de zombies.
A filmer de l'horreur, est-ce qu'on canalise celle que l'on a en soi, ou est-ce qu'on la crée? Manier cette horreur est-elle un exercice innocent et sans danger, ou est-ce qu'elle vous rattrape? Quelle différence fondamentale entre tuer et imaginer un meurtre?
Au-delà, peut-on bâtir une vie sur de l'artisanat de grand-guignol (la scène où Fulci assiste, le regard absent et comme étranger à lui-même, au tournage d'un de ses films peuplé de monstres ridicules)? Peut-on réellement aimer les gens si son métier consiste surtout à les démolir (autre scène où Fulci ne peut s'empêcher, terrifié, d'imaginer en monstre sa pauvre voisine paralytique)?
Aurait-il raté sa vie, cet homme maussade et vieillissant, cet anonyme absolu et au talent limité -mais qui, à la différence de plein d'autres, se serait montré ici sans fard et aurait fait du même coup un film douloureusement vivant.

Disons-le tout de suite: sur l'échelle cinématographique, ce n'est pas par rapport à Citizen Kane qu'il faudra juger ce film mais plutôt en référence aux films avec Bela Lugosi par exemple car ces films tout poussifs, dérisoires et racoleurs qu'ils sont, dessinent fidèlement la personnalité de leurs créateurs croqueurs de mitaines, la dimension autobiographique revendiquée en plus dans Nightmare Concert; car Lugosi et Fulci furent des créateurs, géniaux pour certains, même si le premier ne fut pas plus acteur que le second ne fut metteur en scène à proprement parler.
Au-delà de ça, leur présence ont quelque chose de poignant, sans doute parcequ'ils furent dépressifs l'un et l'autre, et ce Nightmare Concert, psychanalyse travestie, sonne comme un point d'orgue, avec un humour noir qui se fait jour de façon timide; il y a même quelques scènes tordantes comme les tentatives d'assassinat de la cantatrice par son mari.

Bref, pas un chef-d'oeuvre, mais attachant et aussi humain que beaucoup de grands films.

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Re: Lucio Fulci

Messagepar Lord Henry » 9 avr. 08, 10:26

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Dommage, je te préférais en blonde.
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Re: Lucio Fulci

Messagepar 2501 » 9 avr. 08, 13:28

3 phrases assassines sur un classique de la filmo de Fulci et 4 paragraphes sur Nightmare Concert, l'un de ses films d'horreur les moins appréciés, voilà qui est inhabituel. 8)
Ca va peut-être me donner envie de voir ce dernier... (faut que j'me tape les paragraphes d'abord... :mrgreen: :fiou: )
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Re: Lucio Fulci

Messagepar Nomorereasons » 9 avr. 08, 13:44

2501 a écrit : (faut que j'me tape les paragraphes d'abord... :mrgreen: :fiou: )

Jamais content.

mannhunter
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Re: Lucio Fulci

Messagepar mannhunter » 9 avr. 08, 13:54

" "Nightmare concert" un précurseur de "Freddy sort de la nuit" dixit Fulci... :)

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Re: Lucio Fulci

Messagepar Nomorereasons » 30 avr. 08, 21:54

Je continue mes pérégrinations fulciennes avec un Zombi 2 mignon mais un brin longuet, un Eventreur de New-York assez malsain (c'est là son charme) et, en ce moment, La Malédiction du Pharaon. A part de beaux cadrages, je ne vois pas trop ce qu'il y a à sauver ici; la musique interprétée par un piano bruitiste désamorce le choc plus qu'elle ne le provoque, et l'ensemble est moins boucher qu'à l'ordinaire. Ce petit cru de son auteur intéressera les amateurs de La Maison de L'Exorcisme par exemple, mais fera fuir les autres qui comme moi ne s'attendrissent qu'à de très rares reprises devant ces personnages plats comme des limandes, cette absence quasi-ascétique de tout suspense, cette purée de symboles en guise de sens, cette narration morte et comme secouée de spasmes...
Edit: ouf, terminé. Histoire de savoir si ce dvd pouvait être revu à la hausse (édition collector neo-publishing 1 disque) j'ai regardé le doc sur la fin du cinéma de genre en Italie: très interessant. Et Christophe Gans, que je ne connaissais pas, est passionnant.
Dernière édition par Nomorereasons le 1 mai 08, 17:27, édité 1 fois.