Le cinéma muet

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980...

Modérateurs : Karras, Rockatansky, cinephage

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Ann Harding
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Re: Le cinéma muet

Messagepar Ann Harding » 19 mai 10, 18:01

The Soul of Youth (1920, William Desmond Taylor) avec Lewis Sargent et Ernest Butterworth
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Avant même sa naissance, Ed est vendu par sa mère à une femme qui a besoin d'un enfant pour garder son amant. Mais, l'amant devine le stratagème. Ed est abandonné dans un orphelinat. Il grandit dans la saleté, la violence et en l'absence totale d'affection. Un jour, il s'enfuit et termine dans la rue...

Ce film a été réalisé par le tristement célèbre William Desmond Taylor qui fut assassiné dans des conditions mystérieuses en 1922. Mais, ce film révèle que Taylor avait du talent. Avec cette histoire d'enfant abandonné, il montre l'ambiance sordide des orphelinats. Certes, le film a son lot de sentimentalisme. Mais, le jeune acteur dans le rôle principal est extrêmement naturel et attachant. Et puis, le film est splendidement éclairé et mis en scène. Il faut noter que le juge pour enfants qui apparaît dans le film joue son propre rôle: le juge Ben Lindsey. Ce juge était célèbre à l'époque pour avoir défendu le droit à une justice spéciale pour les mineurs. Il pensait que l'on devait donner une deuxième chance aux jeunes délinquants plutôt que d'appliquer une justice aveugle et répressive. (Voilà un sujet qui reste très actuel !) La copie restaurée dans le coffret Treasures III-Social Issues in American Film est très belle. Il faut aussi louer l'accompagnement au piano de Stephen Horne qui donne au film ce qu'il faut de mélancolie et de dynamisme.


Nell Gwynn (1926, Herbert Wilcox) avec Dorothy Gish

Nell Gwynn (D. Gish), une petite marchande d'oranges, est repérée par le roi Charles II d'Angleterre et devient sa favorite...

Cette production britannique vaut surtout pour la présence dynamique et enjouée d'une Dorothy Gish en grande forme. Herbert Wilcox n'est pas un réalisateur très imaginatif contrairement à son compatriote Asquith. Et le cinéma anglais a cette époque essayait de compenser ses manques en employant quelques stars américaines. Dorothy Gish, qui est toujours restée dans l'ombre de sa soeur, était une comédienne comique piquante comme le montre sa Nell Gwynn au décolleté particulièrement échancré et à l'allure sensuelle. Un petit film historique sympathique.

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Re: Le cinéma muet

Messagepar Ann Harding » 20 mai 10, 10:24

Where are my children? (1916, Lois Weber) avec Tyrone Power Sr, Helen Riaume et Mary Walcamp

Le District Attorney Richard Walton (T. Power Sr) est sans enfant. Durant le procès d'un médecin avorteur, il apprend pourquoi son épouse n'en a jamais eu...

Ce film est l'oeuvre de Lois Weber, une des pionnières du cinéma américain qui réalisa des films aussi impressionnants que Suspense de 1913 qui contient un écran divisé et des plans en plongée. Ce film se veut en faveur du contrôle des naissances tout en condamnant violemment l'avortement. (Voilà un sujet qui ne sera plus du tout abordé dans le cinéma américain pendant de longue années !) Le traitement de l'histoire provoque un certain malaise. En effet, le DA Richard Walton est présenté comme un partisan de l'eugénisme qui était à la mode à l'époque. Cet eugénisme consiste à favoriser la naissance d'enfants sains dans des familles comme-il-faut et à prévenir les naissances d'enfants dans des familles qui sont soit-disant des 'foyers criminels'. Ce type de projet sera repris plus tard par les Nazis. Mais, n'anticipons pas, ici, Weber s'attache au problème du contrôle des naissances, mais ne pose pas le problème comme il faut. Elle montre que les femmes de la bonne société ont recours à l'avortement comme moyen contraceptif. En parallèle, nous voyons les miséreux qui ont de multiples enfants sans pouvoir n'y rien faire. Le tout est agrémenté d'images pieuses d'enfants à naître ou de ceux qui sont renvoyés vers les cieux (avec des surimpressions assez hideuses). Mais, avec ses énormes défauts, ce film nous donne une vision assez claire des mentalités en 1916 aux USA alors que Margaret Sanger se lançait dans sa campagne pour le contrôle des naissances. (La France était encore bien loin de tout cela à cette époque-là !) Pour ce qui est du film lui-même, les acteurs sont excellents avec en premier lieu Tyrone Power Sr et Helen Riaume (qui sont les parents de Tyrone Power). La copie proposée a été reconstituée à partir de deux copies différentes. Il y a une très bonne partition orchestrale. A voir sur le coffret Treasures III-Social Issues in American Film qui contient décidément des films passionnants.

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Sybille
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Re: Le cinéma muet

Messagepar Sybille » 20 mai 10, 11:55

Tu l'as probablement déjà dit qq part Ann, mais comment peut-on se procurer les dvds du BFI ? Les films russes ont l'air sacrément intéressants. Le coffret Treasures n'a l'air pas mal non plus (il y a combien de films dans celui-là ?).

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Re: Le cinéma muet

Messagepar Ann Harding » 20 mai 10, 12:04

Pour les films de Bauer, il existe une édition US chez Milestone films qui reprend le même programme:
Image
http://www.amazon.com/Mad-Love-Films-Evgeni-Bauer/dp/B0000E69HD/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=dvd&qid=1274349356&sr=1-1

Quant au coffret Treasures III-Social Issues in American Film , il offre environ une dizaine de films par disque (des courts-métrages et un long métrage par disque environ). Le détail des 4 disques est disponible ici: http://www.filmpreservation.org/T3_brochure.pdf.

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Re: Le cinéma muet

Messagepar Sybille » 20 mai 10, 12:19

Merci pour les précisions. :D

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Re: Le cinéma muet

Messagepar Ann Harding » 21 mai 10, 12:02

Je continue mon exploration des Treasures III-Social Issues in American Film .

Who Pays? (Episode 12-Toil and Tyranny) de Harry Harvey (1915) avec Ruth Roland et Henry King

Image (Henry King au centre)

David Powers, le propriétaire d'une scierie exige de ses employés des heures de travail de plus en plus longues sans aucun salaire supplémentaire. L'un d'eux, Karl Hurd (H. King) est battu par un contremaître. Blessé, il ne peut plus travailler. Son épouse travaille pour deux et meurt de maladie. Pendant ce temps la fille de Powers (Ruth Roland) s'amuse dans des cocktails et des soirées mondaines...

Ce sérial produit par la branche américaine de Pathé offre une réflexion intéressante sur les excès du capitalisme. Le scénario a été écrit par Henry King, alors un jeune acteur, qui joue le rôle principal. Dans cet épisode, on découvre les conditions de travail des employés de scieries qui n'ont droit à aucune reconnaissance pour les efforts. Le patron n'est qu'un capitaliste avide de profits. Lorsqu'ils se mettent en grève, on les expulse de leurs maisons qui appartiennent à la compagnie. C'est une vision très noire de la société américaine à l'époque. Mais, cette accusation du système capitaliste est néanmoins sérieusement tempérée par les scènes finales où Karl Hurd (H. King) décide de se venger de son patron -qu'il rend responsable de la mort de son épouse- et qui tire sur sa voiture. En fait, le film finalement renvoie dos à dos les grévistes et les patrons. Henry King était un très bel homme aux traits fins (qui évoquent presque Gary Cooper qu'il découvrit) et dont les yeux bleus paraissent blancs sur la pellicule orthochromatique de l'époque. Au total, un épisode de sérial fort intéressant.

The Godless Girl (La Fille sans Dieu, 1929) de Cecil B. De Mille avec Lina Basquette, George Durya, Noah Beery et Marie Prevost

ImageImageImage
(De G. à D: L. Basquette, G. Durya, N. Beery)

Judy (L. Basquette) organise des réunions sur l'athéisme au sein de son lycée. Lors de l'une d'elles, les pro-religieux de l'établissement menés par Bob (G. Durya) les attaquent. Une amie de Judy chute accidentellement du haut d'un escalier lors de l'échauffourée. Elle meurt. Bob et Judy sont tous deux envoyés dans une maison de correction pour délinquants juvéniles qui ressemble à un pénitencier...

Avec son dernier film muet, De Mille renoue avec ses films du début de sa carrière, comme Kindling (1915), où il s'intéressait aux problèmes sociaux. Cette Fille sans Dieu est certainement un de ses tous meilleurs films. Loin des alcoves parfumées et des intrigues tarabiscotées de ses films des années 20, il montre ici dans toute son horreur le traitement honteux infligé aux jeunes délinquants. Nous ne sommes pas loin de I Am a Fugitive from a Chain Gang (1932, M. LeRoy) avec cette vision sans concession de la vie pénitenciaire. Les jeunes sont enchaînés, aspergés par avec des lances à incendies, doivent transporter de lourdes charges, reçoivent le fouet, etc. D'ailleurs, le niveau de violence de ce film est tout à fait étonnant. Il a certainement rebuté le public car le film fit un flop au box-office lors de sa sortie. Mitchell Leisen, le chef décorateur du film, a réalisé un décor totalement réaliste de ce pénitencier que l'on croirait réel. Quant aux acteurs, ils ont pris de gros risques durant ce tournage où ils ont dû tourner littéralement dans les flammes après avoir été 'ignifugés' avec de l'amiante (!). Le final du film vous cloue littéralement sur votre siège alors que les détetenus essaient de sauver Judy, coincée dans une cellule, alors qu'un incendie ravage tout le bâtiment. Noah Beery (le frère de Wallace) personnifie le mal dans le rôle du gardien chef qui prend un plaisir sadique à torturer les détenus à l'électricité. La cinematographie signée Peverell Marley est sublime dans cette très belle copie. Dans le coffret Treasures III, le film est accompagné au piano. Il est fort dommage qu'ils n'aient pas choisi l'excellente partition orchestrale de Carl Davis (réalisée en 2007 pour une diffusion sur Film 4 en GB). En effet, avec la musique de Davis, le film prend une tout autre dimension dramatique, surtout lors de la séquence finale.

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Re: Le cinéma muet

Messagepar bp78 » 22 mai 10, 00:35

Bonjour,

Je suis à la recherche (pour illustrer un document pédagogique) d'une illustration du film
"Onésime et la toilette de Madame Badinoire" (autre titre: Onésime et la toilette de Mlle Badinois)
http://www.imdb.com/title/tt0443169/ de jean Durand (1912), de préférence avec l'actrice
Sarah Duhamel.
Peut-être dans l'ouvrage de Francis Lacassin, "A la recherche de Jean Durand" ?

Il y a bien quelques illustrations de films de la série "Onésime" dans le tome III du Sadoul en 6 volumes
mais aucune du film en question.

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Re: Le cinéma muet

Messagepar Ann Harding » 26 mai 10, 18:01

Je continue mon exploration de Treasures III-Social Issues in American Film avec les courts-métrages du 1er disque dont le thème est: The City Reformed (La cité réformée). Les CM touchent à tous les problèmes sociaux qui affectent la population des villes : crime, violence, escroquerie, maladie, etc.

The Black Hand (1906, Prod. American Mutoscope & Biograph Co) est probablement le tout premier film qui parle des agissements de la Mafia. Un boucher se trouve rançonné par une organisation intitulée The Black Hand (la main noire) qui kidnappe sa petite fille. L'histoire est basée sur des évènements réels. Les séquences en studio sont typiques de l'époque avec des décors très platement éclairés. Le film prend une dimension intéressante lors de la scène de l'enlèvement dans une rue enneigée de New York (filmée probablement en caméra cachée).

How They Rob Men in Chicago (1900, Prod. American Mutoscope & Biograph Co). Ce tout petit film montre comment un policier, au lieu d'aider la victime d'un vol, se sert lui-même sur le malheureux à terre! Les New Yorkais veulent montrer l'étendue de la corruption à Chicago. :mrgreen:

The Voice of The Violin (1909, DW Griffith) Allen John a déjà parlé de ce court-métrage de Griffith pour la Biograph. Il est ici présenté dans une belle copie avec une excellente partition au violon. Le film s'insère dans le thème du disque car son héros est tenté par les 'nihilistes' et devient (presque) un terroriste. Le jeu des acteurs est dans le style 'windmill' (moulin-à-vent :mrgreen: ) et Griffith montre là combien les productions Gaumont de la même époque sont largement supérieures à celles de la Biograph.

The Usurer's Grip (1912, Prod. Thomas Edison) Une famille dont la petite fille est malade contracte un prêt à un taux usuraire auprès d'un 'loan shark' (usurier escroc). Incapable de repayer les traites exhorbitantes, le père perd son emploi. Par chance, il trouve un nouveau patron qui va l'aider à contracter un nouveau prêt à un taux normal et à se débarrasser de ses traites. Le sujet de se film reste très actuel quand on voit à quel point les américains sont toujours endettés de nos jours, en particulier pour leurs dépenses de santé. Le film a une visée éducative pour informer les gens de leurs droits. C'est dans l'ensemble bien réalisé.

From the Submerged (1912, Prod. Essanay) a été tourné dans les rues de Chicago et montre un jeune homme qui est devenu un clochard. Il va se suicider quand une jeune femme le stoppe au dernière moment. Puis, son père le rappelle près de lui. Il redevient un jeune homme de très bonne famille qui passe son temps dans les soirées mondaines où l'on part s'encanailler dans les bouges. Dégoûté, il laisse cette société et recherche la jeune femme qui l'avait sauvé. Le 'Submurged' du titre fait référence à l'expression utilisée par l'Armée du Salut pour qualifier les sans-domicile-fixe. Visuellement, le film est très bien réalisé et l'utilisation des décors naturels est un énorme bonus.

Hope-A Red Cross Seal Appeal (1912, Prod. Thomas Edison) Une jeune femme dans une petite ville découvre qu'elle a la tuberculose. Elle quitte furtivement la ville pour New York pour recevoir des soins dans un sanatorium. Encore un film 'éducatif' qui tente de dédramatiser la tuberculose et d'associer tout le monde pour créer de nouveaux établissements pour soigner les malades.

Lights and Shadows in a City of a Million (1920, Ford Motor Co) Ce film produit par la compagnie Ford montre le travail d'une organisation caritative à Detroit (la ville des grands constructeurs automobiles alors en plein développement). Ce mini-documentaire permet de découvrir les quartiers pauvres et les orphelinats de Detroit à l'époque où une foule de migrants (venus du Sud ou d'Europe) arrivent pour travailler chez Ford.

6.000.000 Children Are Not in School (1922, Prod. Lewis J. Selznick) Ce CM produit par le père de David O. S. pose le problème du travail des enfants. Le chiffre d'un enfant sur quatre qui ne va pas à l'école en 1922 fait froid dans le dos. Le CM est vraiment médiocre. La firme Lewis J. Selznick n'a d'ailleurs pas fait de vieux os...

A Call from Help from Sing Sing! (1934, Prod. Metrotone News-Hearst) Ce CM d'actualités montre le directeur de la prison de Sing Sing, Lewis A. Lawes, lançant un appel en faveur des jeunes déliquants. En 1934, des jeunes sans travail quittent leur famille et se retrouve à errer le long des voies ferrées ou des routes. C'est ce qui est décrit dans Wild Boys of the Road (1933, WA Wellman).

Dans l'ensemble, ces CM offrent un panorama fort intéressant sociologiquement parlant sur l'Amérique des années 1900 à 1930. On découvre aussi des productions de toutes les compagnies de production cinématographiques de l'époque. En terme de cinéma, From the Submerged (1912, Prod. Essanay) et The Usurer's Grip (1912, Prod. Thomas Edison) sont les deux films que je retiens pour leur composition et leur qualité documentaire.

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Re: Le cinéma muet

Messagepar Ann Harding » 6 juin 10, 17:12

Deuxième disque de Treasures III-Social Issues in American Film qui est consacré aux femmes (New Women) et à leur place dans la société. Les sujets abordés sont : la prohibition, les suffragettes, le mariage, l'éducation etc.

Les deux premiers film de la firme Edison se concentrent sur la terrifiante Carrie Nation qui fut la tête de pont de la prohibition dans les années 1900. Armée d'une hache, cette armoire à glace de 6 pieds de haut s'attaquait aux bars et aux saloons pour réduire en miettes toutes les bouteilles qui tombaient sous sa lame. Edison se moque du personnage dans deux petits films où Carrie Nation est jouée par un homme. Kansas Saloon Smashers (1901) montre la destruction d'un saloon tranquille où quelques hommes viennent prendre un verre. Et dans Why Mr Nation Wants a Divorce (1901), le malheureux époux de Carrie doit gérer une marmaille envahissante avant de recevoir une fessée de son épouse. :mrgreen:

Trial Marriages (1907, Biograph Co) s'intéresse au mariage à l'essai que prônait Elsie Clewes Parson, une dame de la bonne société. Inutile de dire que de telles idées étaient considérées comme totalement scandaleuses à l'époque. Et ce court-métrage se moque du mariage à l'essai en montrant un malheureux célibataire qui est victime de plusieurs femmes (la pleureuse, la jalouse et la fénéante). Le style comique est assez archaique (même pour l'époque). dans l'ensemble, le ton est résolument misogyne.

A Lively Affair (1912, Selig ou Warner ?) nous montre un groupe de femmes qui sous couvert d'un meeting de suffragettes, se retrouvent pour une partie de poker endiablée. A nouveau, on sent une forte misogynie car le mouvement des sufragettes marquait le désir d'émancipation des femmes.

A Suffragette in Spite of Himself (1912, Edison Co) est une amusante comédie tournée à Londres par la branche anglaise de la Compagnie Edison. On y voit un gentleman anglais, courroucé par les suffragettes, qui est la victime d'une blague de collégien. On lui a épinglé dans le dos un panneau: 'Vote for Women' sans qu'il s'en aperçoive. Il provoque la fureur d'un groupe d'hommes avant d'être pris à parti par des suffragettes. On reconnait plusieurs lieux célèbres londoniens dont Trafalgar Square. Le rôle principal est joué par Marc McDermott qui fut un spécialiste des rôles de fripouille mondaine.

Image
The Courage of the Commonplace (1913, Rollin S. Sturgeon/Vitagraph) est un excellent court-métrage qui montre le labeur des femmes de fermiers dans l'Amérique rurale de l'époque. La fille aînée d'un fermier aide sa mère du matin au soir pour nourrir ses nombreux frères et soeurs en rêvant secrètement d'aller étudier l'art au collège . Elle économise péniblement sou par sou pour payer son inscription. Hélas, ses espoirs s'évaporent quand le cheval de labour meurt et doit être remplacé pour la prochaîne moisson... Ce CM a une fraîcheur et une qualité documentaire qui le rend immédiatement attachant. Le rêve de la jeune fille d'étudier pour sortir de son milieu rural est brutalement anéanti par les besoins immédiats de la ferme. Les petits fermiers américains vivaient très difficilement à l'époque avec des méthodes ancestrales. Excellent film Vitagraph.

Si la plupart des films ont un point de vue masculin misogyne, il ressort néanmoins que les mouvements pour l'émancipation féminine (même ridiculisées dans certains films) étaient très important à l'époque. Juste un petit rappel pour les françaises qui obtinrent le droit de vote en 1944 : Les britanniques votaient depuis 1918 et les américaines depuis 1920.... :fiou:

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Re: Le cinéma muet

Messagepar Ann Harding » 7 juin 10, 16:43

Un petit ajout pour compléter le disque II de Treasures III-Social Issues in American Film.

Poor Mrs Jones! (1926, Prod. USDA) Ce court-métrage d'une quarantaine de minutes a été produit par le ministère de l'agriculture américain à des fins éducatives. C'est néanmoins une document fascinant sur les différences entre la vie rurale et citadine à l'époque. Mrs Jones est une femme de fermier qui est fatiguée par ses longues journées de labeur. Elle interpelle son mari en lui faisant remarquer qu'il gagne un misérable 400$ par an alors que le mari de soeur lui gagne 2000$ par an, en ville. Elle part visiter sa soeur et va découvrir l'envers du décor de la vie citadine. Sa soeur habite un tout petit appartement au dernier étage (sans ascenseur) et sa vie quotidienne est loin d'être reluisante après le paiement du loyer. Elle partage une seule pièce avec son mari et son jeune fils. La nourriture coûte une somme astronomique et la fermière trouve les oeufs incroyablement mauvais (ils sont probablement loin d'être frais...!). La foule est oppressante et le trafic incessant. En une semaine, elle se rend compte que son sort est bien plus enviable que celui de sa soeur. Certes, la vie est dure ; mais, ils vivent au grand air avec une nourriture abondante et saine. Le ministère de l'agriculture cherchait certainement avec ce film à décourager la migration des ruraux vers les villes. Il faut dire qu'avec la dépression de 29, de nombreux paysans avaient déjà fait ce chemin. La réalisation de ce film est en tout point intéressante par son aspect documentaire et le jeu totalement naturel des acteurs. Un document formidable sur l'amérique des années 20.

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Re: Le cinéma muet

Messagepar awopbopaloobopalopbamboom » 8 juin 10, 18:27

Un tas de bobines de la silent era retrouvées en Nouvelle-Zélande. Il est évoqué jusqu'à 75 films dont un John Ford, "Upstream" (annoncé ici par odds against pour une sortie à la rentrée) ou The Sergeant (1910) (dont les images sont belles à pleurer) qui devrait apparaitre dans le cinquième volume des "Trésors" critiqués par Ann Harding plus haut.

The Active Life of Dolly of the Dailies—Episode 5, The Chinese Fan (Edison Manufacturing Co., 1914).
The Better Man (Vitagraph Company of America, 1912)
The Big Show (Miller Brothers Productions, 1926)
Billy and his Pal (George Méliès / American Wild West Film Company, 1911)
Birth of a Hat (Stetson Company, 1920)
The Diver (Kalem Company, 1916)
Fordson Tractors (Ford Motor Co., 1918)
The Girl Stage Driver (Éclair-Universal, 1914)
Idle Wives (Universal Moving Pictures, 1916)
International Newsreel (ca.1926)
Kick Me Again (Universal Pictures / Bluebird Comedies, 1925)
Little Brother (Thanhouser Film Corporation, 1913)
Lyman Howe’s Ride on a Runaway Train (Lyman H. Howe Films, 1921
Mary of the Movies (Columbia Pictures, 1923)
Maytime (B.P. Schulberg Productions, 1923)
Midnight Madness (DeMille Pictures, 1928)
Run ‘Em Ragged (Rolin Films, 1920)
The Sergeant (Selig Polyscope, 1910)
Trailer for Strong Boy (Fox Film Corporation, 1929)
Upstream (Fox Film Corporaton, 1927)
Why Husbands Flirt (Christie Comedies, 1918)
The Woman Hater (Power Picture Plays, 1910)
Won in a Closet (Keystone Film Company, 1914)


Plus de détails sur cette liste : http://www.filmpreservation.org/preserved-films/new-zealand-project-films-highlights


D'autres liens pour compléter :
NY Times - Long-Lost Silent Films Return to America
Ferdy On Films
Self Styled Siren

Meilleure nouvelle de l'annéeeeeeee, hooray !
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Re: Le cinéma muet

Messagepar Tobold » 9 juin 10, 08:09

Un Chaplin dans la liste également :

http://www.cinemovies.fr/news_fiche.php ... actu=11019

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Re: Le cinéma muet

Messagepar ishmael » 10 juin 10, 15:06


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Re: Le cinéma muet

Messagepar Ann Harding » 13 juin 10, 16:46

Je profite de cette chronique sur cette comédie méconnue pour vous signaler que j'ai repris mon blog (dont l'adresse est au bas de ce message) que j'avais abandonné il y a quelques temps. Vous y retrouverez mes chroniques sur le cinéma muet. :wink:

Skinner's Dress Suit (1926, Wm A. Seiter) avec Reginald Denny et Laura La Plante

ImageImage
Skinner (R. Denny) habite dans une banlieue résidentielle et doit prendre le train tous les matins pour se rendre sur son lieu de travail. Sa femme Honey (L. La Plante) le presse de demander une augmentation de salaire. Mais, en fait d'augmentation, Skinner se fait licencier...

Cette charmante comédie prédate les comédies américaines des années 50 et même les sitcoms en se concentrant sur la vie d'un couple ordinaire de la classe moyenne. Reginald Denny interprète avec beaucoup de subtilité et d'entrain le rôle titre. Cet acteur anglais devint après l'arrivée du parlant un acteur de second plan dans de nombreux films tels que Rebecca (1940, A. Hitchcock). Mais, dans les années 20, à la Universal, il était un acteur comique important. Et on comprends son succès avec ce film très enlevé réalisé par William A. Seiter. Avec un scénario très léger, le film apporte néanmoins une vision qui est loin d'être rose de l' American Way Life. Skinner doit être un battant, avoir une voiture comme son voisin et pouvoir paraître en société avec sa femme en portant le smoking. La société de consommation et la religion du succès sont au centre de l'intrigue. Skinner est un employé moyen qui ne regagnera son statut qu'en se faisant passer pour ce qu'il n'est pas. Sa femme ignore son licenciement et c'est grâce à une soirée dansante chez de riches voisins qu'il pourra se faire ré-embaucher. Son épouse a dépensé sans compter leurs économies pour acheter vêtements et mobilier qui lui permettent de recevoir la bonne société (on y reconnaît Hedda Hopper parmi des dames très snobs). Le paraître et l'habit font plus pour sa carrière qu'une simple assiduité au travail. Le film est parfaitement rythmée avec une délicieuse soirée où l'on apprend le 'Savannah Shuffle'. Il est disponible en DVD auprès de Sunrise Silents dans une copie teintée probablement issue d'une copie 16mm.

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M le maudit
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Re: Le cinéma muet

Messagepar M le maudit » 14 juin 10, 00:14

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Asphalt
Joe May, 1929

Avec "Asphalt", le cinéma muet en est à ses derniers balbutiements; la réalisation est assurée, la maîtrise du médium s'est perfectionnée jusqu'à donner une oeuvre splendide qui résume et conclut la poésie sombre du style expressionniste allemand. Comportant très peu d'intertitres, ce film est un exemple patent de "storytelling" épuré et efficace.

"Asphalt" est l'un des films fondateurs du genre que l'on appellera plus tard "Film Noir"; cette histoire de l'officier de loi vertueux qui se voit corrompu par les jeux de séduction d'une maligne enquiquineuse sera familière à plusieurs, à la différence que le film de Joe May adopte une posture plutôt morale et se termine de manière sinon joyeuse, du moins pas totalement dénuée d'espoir.

Si ce film n'est pas aussi connu que les grands films de Lang, Murnau, Pabst et cie, c'est sans doute parce qu'il manque de stars pour le mettre en valeur (bien que le protagoniste soit joué par le même acteur que celui de "Metropolis"). Toutefois, le jeu des acteurs est assez nuancé pour un film muet, particulièrement celui de Betty Amann qui n'est pas sans rappeler Louise Brooks ou Clara Bow. En tous cas, on aime.