Dino Risi (1916-2008)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980...

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Boubakar
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Messagepar Boubakar » 17 oct. 09, 10:59

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Boubakar a écrit :
Alligator a écrit :
manuma a écrit :Le Fanfaron est peut-être bien le film qui m'a fait aimer le cinéma italien.

C'est exactement ce que je me suis dit en le découvrant. C'est le film parfait pour la découverte de Risi, du cinéma italien. Si j'avais à en conseiller un, ce serait celui-là dorénavant.

Tiens, j'en prends note (je l'ai acheté la semaine dernière) :)

Tu peux te fier sans réserve au très bon texte d'Alligator sur ce magnifique film. Bon visionnage :D


J'ai enfin découvert le film ce matin, et que dire, si ce n'est magnifique !! :)
Comme je le disais ailleurs, je ne connais pas du tout le cinéma italien, et avec ce film, j'y suis rentré immédiatement, une sorte de road-movie parfois drôle mais souvent mélancolique, et triste par moments.
Trintignant est formidable de densité en jeune bourgeois ignorant de la vie, auquel son nouvel ami va le décoincer à la suite de ce voyage. Mais j'ai découvert un acteur extraordinaire en la personne de Vittorio Gassman, le vrai latin lover par excellence, qui est exubérant (voir la scène où il sort des toilettes pour femmes, avec un ce petit regard moqueur jeté à la femme qui attendait son tour :lol:), mais qui cache des blessures plus importantes qu'il n'y parait (comme lorsqu'il revoit son ex-femme et sa fille, qu'il va draguer sans qu'il la reconnaisse sur la plage). D'ailleurs, sa dernière phrase lors de
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l'accident de voiture où un policier demande qui était son passage, celui-ci lui répond, le regard vide "Roberto, je ne sais plus son nom, je l'ai rencontré hier matin", a quelque chose de bouleversant, comme si quelque chose s'était brisé en lui, comme une Italie qui se réveillerait d'années de liesse pour retourner à la réalité du monde.

Le film est bien plus profond qu'il n'y oparait, notamment sur ce regard quelque peu acerbe sur les Italiens, mais c'est ce qui le rend sublime, entre comédie de moeurs et critique sociale.

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Jeremy Fox
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Messagepar Jeremy Fox » 17 oct. 09, 11:17

Boubakar a écrit :
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Boubakar a écrit :
Alligator a écrit :
manuma a écrit :Le Fanfaron est peut-être bien le film qui m'a fait aimer le cinéma italien.

C'est exactement ce que je me suis dit en le découvrant. C'est le film parfait pour la découverte de Risi, du cinéma italien. Si j'avais à en conseiller un, ce serait celui-là dorénavant.

Tiens, j'en prends note (je l'ai acheté la semaine dernière) :)

Tu peux te fier sans réserve au très bon texte d'Alligator sur ce magnifique film. Bon visionnage :D


J'ai enfin découvert le film ce matin, et que dire, si ce n'est magnifique !! :)


Pur chef-d'oeuvre selon moi aussi. Peut-être la comédie italienne que je place tout au sommet.

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Nestor Almendros
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Messagepar Nestor Almendros » 27 oct. 09, 15:48

LE VEUF (IL VEDOVO) - Cinéma de Minuit

Après CES MESSIEURS-DAMES de Pietro Germi qui est devenu mon mètre-étalon en matière de comédie italienne, j'avoue avoir un peu de mal à retrouver d'autres films qui me ravissent autant. J'ai quelques réserves sur IL VEDOVO, surtout par son aspect farce qui reste trop dans la caricature, qui n'ose jamais la vraie méchanceté (je dois aimer la cruauté psychologique :fiou: ). Néanmoins, avec de tels ingrédients, le film de Risi s'en sort quand même pas trop mal. Il offre surtout à Sordi, excellent acteur comique, l'opportunité de jouer une sorte de bouffon cupide qu'on aime détester et qu'il se complait à caricaturer.
IL VEDOVO nous installe dans la sphère bourgeoise des nantis et nous montre une population de privilégiés obsédés par l'argent. Quelques scènes en milieu populaire (chez la mère de Gioria) amusent aussi par la cupidité de parents prêts à tout (caser leur fille à un riche parti) pour finir leur vie à l'abri du besoin. De toutes façons, tout dans IL VEDOVO tourne autour de l'argent, des profits, des investissements et, caricature et dérision obligent: des dettes. Le héros est un incapable averti qui croit que l'argent donne le pouvoir (cf comment il abuse des gens inférieurs - le Marquis - sous prétexte de position sociale élevée) et qui accumule les déboires financiers. Le film montre aussi une caste où l'argent appelle l'argent et où les conventions sociales (ici le mariage) peuvent devenir un vrai champ de bataille.

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Re: Dino Risi (1916-2008)

Messagepar Jeremy Fox » 27 oct. 09, 16:25

Nestor Almendros a écrit :LE VEUF (IL VEDOVO) - Cinéma de Minuit

le film de Risi s'en sort quand même pas trop mal. Il offre surtout à Sordi, excellent acteur comique, l'opportunité de jouer une sorte de bouffon cupide qu'on aime détester et qu'il se complait à caricaturer.
.


Vu ce matin ; excepté l'interprétation savoureuse d'Alberto Sordi, gros ennui pour ma part. Si le postulat de départ était très amusant et très noir, j'ai trouvé le film répétitif et finalement moyennement drôle.

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Re: Dino Risi (1916-2008)

Messagepar Alligator » 24 nov. 09, 17:44

In nome del popolo italiano (Au nom du peuple italien) (Dino Risi, 1971) :

http://alligatographe.blogspot.com/2009 ... liano.html

Image
_______________

Je ne connaissais pas ce film de Dino Risi. Jamais entendu parler. Belle découverte à la médiathèque Fellini de Montpellier. Un film signé Age (Agenore Incrocci) et Scarpelli ne peut pas être mauvais. Les chenapans offrent un scénario musclé de dialogues ô combien savoureux, d'une finesse d'écriture si rare que les écouter procure un plaisir d'esthète extraordinaire. Que c'est beau, nom d'une pipe de chameau vermoulu! On n'est pas là dans la beauté stylistique proprement dit (je ne parle pas italien), mais dans l'intelligence des discussions entre les personnages. Il s'agit essentiellement d'un duel rhétorique entre un Ugo Tognazzi en juge incorruptible et hautement moraliste et un Vittorio Gassman homme d'affaire véreux, corrupteur corrompu, une sorte de Berlusconi avant l'heure mais un Berlusconi intelligent et dont les manipulations apparaissent brillament conçues. Age et Scarpelli ont ce talent de faire briller leurs personnages même s'ils évoluent dans la fange.

Ugo Tognazzi dans un rôle grave et monochrome est étonnant. Délaissant grimaces et extravagances, il impose un personnage sobre qui lui permet à la fin de faire passer une vive émotion dans le regard perdu tout en maintenant sa posture droite et rigide. Un bouleversement interne magnifiquement maitrisé. Vittorio Gassman retrouve un fanfaron, mais qui aurait vieilli et tourné vinaigre, bouffant tout et tous sur son passage, un égotiste reniant père, fille, femme pour son bien-être. La dernière scène où il matérialise les cauchemars italiens du juge rappelle les personnages interprétés déjà dans "Les monstres", tout en exubérance fanatique, mais pour tout le reste du film, c'est sur une structure beaucoup plus finaude qu'il bâtit son personnage. La peur est sa maitresse. Ses actes sont les jouets de l'angoisse du vide, de tout perdre, pour une conception de la vie qu'il méprise au plus haut point. Et l'être vil cache en réalité un homme perdu. Confrontation de personnages séparés par des montagnes.

Hautement politique, ce flm est un réquisitoire féroce et vigoureux contre une certaine Italie, la post-fasciste, la cynique, l'ultranationaliste, l'affairiste, l'ultra-libérale, celle qui pollue les rivières et les esprits. Résolument de gauche, ce film est de parti pris et démontre avec brio sur la fin que tout ce que je viens d'énoncer n'est pas aussi simple que cela, que les monstres ne sont pas toujours ceux qu'on croit, qu'il n'y a pas les pûrs d'un côté et les "salops" de l'autre. Aussi faut-il y voir plus un film politique et moraliste -au sens très large et très universel du terme- qu'un film uniquement italien. Les personnages sont italiens mais ressemblent au monde entier. C'est aussi la force de la comédie italienne, son universalité, comme son intemporalité.

Amoureux des paysages dans lesquels il aime à encadrer ses personnages, leur donnant une profonde humanité en même temps qu'une triste réalité, Risi filme à merveille l'Italie. Ses personnages se promènent, même quand ils s'affrontent. J'aime son cinéma qui vit, qui n'est pas dominé uniquement par les hommes. La scène, l'environnement, le cadre ne sont pas de vains mots dans le cinéma de Risi. Cela donne à ses films une chair bien plus palpable paradoxalement.

Et quand on voit l'incroyable puissance des deux comédiens, mamma mia!

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Profondo Rosso
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Messagepar Profondo Rosso » 15 mai 10, 03:44

Le Signe de Venus (1953)

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Agnese et Cesira, deux cousines de condition modeste, partagent le même appartement à Rome, avec un père et une tante qui veillent sur leur vertu. Agnese est la plus belle et la plus courtisée : sa jeunesse, son entrain attirent le regard des garçons, alors que Cesira, timide et réservée, échoue dans ses tentatives de trouver l'homme de sa vie. Une voyante, la signora Pina, lui a pourtant prédit qu'elle se trouvait ces temps-ci sous le signe de Vénus, propice à une rencontre amoureuse. Mais qui sera l'heureux élu ?

Troisième film de Risi qui signe là une de ses premières belles réussites. Le cynisme et la férocité qu'on lui connaît ne s'exprime encore que par intermittence pour ce qui est encore une comédie italienne populaire des années 50 fortement teinté de néoréalisme. Le film oppose, sans en avantager l'une ou l'autre, deux visions de la femme italienne dans une société en pleine mutation. D'un côté Sophia Loren, la fille du peuple naïve, ignorante et au physique généreux qui attirent tout les hommes. De l'autre sa cousine jouée par Franca Valeri, plus intellectuel et rêveuse, et surtout plus regardante et difficile quant à l'homme qu'il lui faut. La prédiction d'une voyante scelle pour elle une série de choix malheureux tandis que Sophia Loren semble en dépit de quelques embûches voguer vers un bonheur plus assuré. Comme souvent avec Risi le choix n'est pas si simple et les zones d'ombres sont légions. Sophia Loren (qui peaufine son futur statut d'icône gironde populaire et à la langue bien pendue) ne suivrait elle pas sans le savoir (la conclusion le laisse entendre) la voix toute tracée de ses parents vieux jeu (dont la mère joué par Tina Pica l'hilarante servante des "Pain amour et fantaisie") alors que dans son malheur Cesira s'offre peut être une existence plus excitante ? La question reste entière et Risi joue bien de l'opposition (pour raccourcir la belle idiote et la laide intelligente) et de leur complémentarité durant tout le film. L'ambiguité se retrouve aussi dans les figures masculine qu'il se plaît tant à ridiculiser. L'escroc joué par Alberto Sordi est finalement assez hilarant et attachant dans sa bêtise alors que la figure paternelle bienveillante incarné par Vittorio de Sica s'avère villement intéressé au final. Pas le meilleur Risi qui se cherche encore ici, mais une belle esquisse de ses thèmes majeurs à venir et l'atmosphère Romaine chaleureuse est des plus agréable. 4,5/6

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Profondo Rosso
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Messagepar Profondo Rosso » 12 juil. 10, 13:55

Un Amour à Rome (ou L'Inassouvie) (1962)

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En rompant ses fiancailles, Marcello ne se doute pas que le soir-meme, il va rencontrer la belle Anna. Ils restent quelque temps ensemble, puis Anna doit partir pour un tournage a Capri. Quand il la rejoint, il s'apercoit qu'elle est tombee amoureuse d'un acteur. Ils se quittent alors.

Un drame puissant où Risi imprègne la même noirceur et cruauté que ces comédiesles plus féroces. Risi instaure une tonalité assez légère dans un premier temps, où on suit un jeune intellectuel incarné par Peter Baldwin, insatisfait courant d'une histoire à une autre à la recherche du grand amour. Il pense l'avoir trouvé en la personne de la délicieuse et naïve Mylène Demongeot après une rencontre magique et une première nuit ensemble. Il va rapidement déchanter lorsqu'il comprendra que la belle malgré le réel amour qu'elle lui porte ne peut s'empêcher de se donner à d'autres hommes. Le film est trompeur dans un premier temps en nous plongeant dans la langueur estivale Romaine où s'épanouissent les amours des deux héros, mais tout se fissure rapidement. Peter Baldwin est remarquable, abordant un masque détaché face au infidélités répétées de Anna avant que ces réels sentiments le rattrapent et qu'il craque complètement lors d'une scène où de flagrant délit. Mylène Demongeot est tout aussi brillante, un sex appeal ravageur et une innocence bien réelle la rende aussi attachante que détestable et finalement égoïste face à cette quête maladive du plaisir immédiat. Une des rares et sérieuses interprétations de nymphomane où le film devient soudain de plus en plus pesant malgré la décontraction de façade de tout les personnages, remarquablement dépeint par Risi, entre le futur beaux père de Baldwin qui a déjà profité des faveurs d'Anna ou une ex assez pathétique. L'érotisme latent est d'ailleurs tout sauf joyeux bien que s'illustrant le plus souvent à travers les formes plantureuses de Mylène Demongeot, puisque à chaque fois teinté de suspicion et de rancoeur pour ce personnage déséquilibré. La conclusion est d'ailleurs formidable de sécheresse et d'intensité, lorsque Baldwin excédé décide enfin de réagir, tandis que Demongeot au pied du mur est poussée face à ses contradictions. 5/6

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Rick Blaine
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Messagepar Rick Blaine » 4 août 10, 15:21

Una Vita Difficile (Une Vie Difficile - 1961)

Belle découverte que ce film parfois très drôle, mais bien souvent mélancolique et désenchanté.
Risi offre à un Alberto Sordi, une nouvelle fois admirable, un très beau personnage, à la fois admirable dans son idéalisme et détestable dans ses excès.
Si le film est bien sur une critique de l'Italie d'après guerre, gangrenée par les valeurs de l'argent et du capitalisme roi, j'y vois également et surtout la tragédie d'un homme inadapté, incapable de revenir à la vie après des années de lutte pendant la guerre et incompris par la société, incapable d'aimer aussi, malgré tous les efforts de sa femme (sublime Léa Massari).
Il devient un homme errant, rejetant tout ce qui l'entour (voir les deux scènes d'ivresses la première où il en arrive à traiter sa femme de prostituée, la seconde - magnifiquement filmée - ou il crache sur les voitures autour de lui).

Finalement un film extrêmement riche, à la fois politique et dramatique, où l'ont rit également très souvent (le diner chez les royalistes.)

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Boubakar
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Messagepar Boubakar » 15 mars 11, 15:00

La carrière d'une femme de chambre (1976)

Sur deux films de Risi, deux grandes réussites. Celui-ci raconte l'histoire de Marcella Valmarin, femme de chambre puis prostituée, puis actrice pour finir en femme du régime Mussolinien. D'ailleurs, la politique y est peu évoquée ou quand ça l'est, c'est sur un ton ridicule (tel l'apparition de Mussolini sur la plage). Mais ce que j'apprécie le plus dans le film, c'est ce ton cruel, voire méchant, que pose Risi sur ses personnages. Le fiancé de Marcella, Roberto, est quand même le seul personnage proche qui ne couchera jamais avec elle, alors que, en gros, la plupart des hommes du film lui passeront dessus, profitant de sa grande naiveté ! :lol: Et il y a dedans un acteur que j'adore de plus en plus ; c'est Vittorio Gassman, qui joue ici un acteur de la période des "téléphones blancs", et qui y est très impressionnant dans un registre à la fois bouffon et pathétique.
Au final, c'est une grande fresque italienne centrée sur une femme assez naive et peu farouche de ses charmes, mais le regard de Risi sur cette histoire en fait un film très fort, à la drôle, triste et méchant.

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EddieBartlett
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Messagepar EddieBartlett » 14 mai 11, 11:14

Profondo Rosso a écrit :Le Signe de Venus (1953)

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Agnese et Cesira, deux cousines de condition modeste, partagent le même appartement à Rome, avec un père et une tante qui veillent sur leur vertu. Agnese est la plus belle et la plus courtisée : sa jeunesse, son entrain attirent le regard des garçons, alors que Cesira, timide et réservée, échoue dans ses tentatives de trouver l'homme de sa vie. Une voyante, la signora Pina, lui a pourtant prédit qu'elle se trouvait ces temps-ci sous le signe de Vénus, propice à une rencontre amoureuse. Mais qui sera l'heureux élu ?

Troisième film de Risi qui signe là une de ses premières belles réussites. Le cynisme et la férocité qu'on lui connaît ne s'exprime encore que par intermittence pour ce qui est encore une comédie italienne populaire des années 50 fortement teinté de néoréalisme. Le film oppose, sans en avantager l'une ou l'autre, deux visions de la femme italienne dans une société en pleine mutation. D'un côté Sophia Loren, la fille du peuple naïve, ignorante et au physique généreux qui attirent tout les hommes. De l'autre sa cousine jouée par Franca Valeri, plus intellectuel et rêveuse, et surtout plus regardante et difficile quant à l'homme qu'il lui faut. La prédiction d'une voyante scelle pour elle une série de choix malheureux tandis que Sophia Loren semble en dépit de quelques embûches voguer vers un bonheur plus assuré. Comme souvent avec Risi le choix n'est pas si simple et les zones d'ombres sont légions. Sophia Loren (qui peaufine son futur statut d'icône gironde populaire et à la langue bien pendue) ne suivrait elle pas sans le savoir (la conclusion le laisse entendre) la voix toute tracée de ses parents vieux jeu (dont la mère joué par Tina Pica l'hilarante servante des "Pain amour et fantaisie") alors que dans son malheur Cesira s'offre peut être une existence plus excitante ? La question reste entière et Risi joue bien de l'opposition (pour raccourcir la belle idiote et la laide intelligente) et de leur complémentarité durant tout le film. L'ambiguité se retrouve aussi dans les figures masculine qu'il se plaît tant à ridiculiser. L'escroc joué par Alberto Sordi est finalement assez hilarant et attachant dans sa bêtise alors que la figure paternelle bienveillante incarné par Vittorio de Sica s'avère villement intéressé au final. Pas le meilleur Risi qui se cherche encore ici, mais une belle esquisse de ses thèmes majeurs à venir et l'atmosphère Romaine chaleureuse est des plus agréable. 4,5/6


Je viens de découvrir le film. C'est effectivement une belle surprise et un très bon Dino Risi. Le film annonce tout ce qui fera le succès de la grande comédie italienne des années 60 et 70 : humour grinçant et corrosif, férocité impitoyable dans la description des personnages (en particulier les hommes dans celui-ci), satire sociale derrière la drôlerie des situations... La Rome des années cinquante est très bien filmée. Nous ne sommes qu'en 1955 et le film a encore une touche de néoréalisme dans sa description de la ville. Quand aux acteurs, c'est un pur bonheur. Le personnage de Vittorio de Sica en particulier est inoubliable : celui d'un clodo, faux poète et vrai parasite qui se tape l'incruste partout. Alberto Sordi en fait des tonnes, mais comme d'habitude, il est génial. Quant à Sophia Loren, à 21 ans, elle était à l"aube de sa carrière internationale.
Bref, un Dino Risi à découvrir absolument.
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Lord Henry
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Messagepar Lord Henry » 15 mai 11, 16:58

En tout cas, c'est le moment ou jamais de se repasser La Carrière d'une Femme de Chambre.
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Nestor Almendros
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Messagepar Nestor Almendros » 31 mai 11, 21:20

Profondo Rosso a écrit :Un Amour à Rome (ou L'Inassouvie) (1962)

Image

En rompant ses fiancailles, Marcello ne se doute pas que le soir-meme, il va rencontrer la belle Anna. Ils restent quelque temps ensemble, puis Anna doit partir pour un tournage a Capri. Quand il la rejoint, il s'apercoit qu'elle est tombee amoureuse d'un acteur. Ils se quittent alors.

Un drame puissant où Risi imprègne la même noirceur et cruauté que ces comédiesles plus féroces. Risi instaure une tonalité assez légère dans un premier temps, où on suit un jeune intellectuel incarné par Peter Baldwin, insatisfait courant d'une histoire à une autre à la recherche du grand amour. Il pense l'avoir trouvé en la personne de la délicieuse et naïve Mylène Demongeot après une rencontre magique et une première nuit ensemble. Il va rapidement déchanter lorsqu'il comprendra que la belle malgré le réel amour qu'elle lui porte ne peut s'empêcher de se donner à d'autres hommes. Le film est trompeur dans un premier temps en nous plongeant dans la langueur estivale Romaine où s'épanouissent les amours des deux héros, mais tout se fissure rapidement. Peter Baldwin est remarquable, abordant un masque détaché face au infidélités répétées de Anna avant que ces réels sentiments le rattrapent et qu'il craque complètement lors d'une scène où de flagrant délit. Mylène Demongeot est tout aussi brillante, un sex appeal ravageur et une innocence bien réelle la rende aussi attachante que détestable et finalement égoïste face à cette quête maladive du plaisir immédiat. Une des rares et sérieuses interprétations de nymphomane où le film devient soudain de plus en plus pesant malgré la décontraction de façade de tout les personnages, remarquablement dépeint par Risi, entre le futur beaux père de Baldwin qui a déjà profité des faveurs d'Anna ou une ex assez pathétique. L'érotisme latent est d'ailleurs tout sauf joyeux bien que s'illustrant le plus souvent à travers les formes plantureuses de Mylène Demongeot, puisque à chaque fois teinté de suspicion et de rancoeur pour ce personnage déséquilibré. La conclusion est d'ailleurs formidable de sécheresse et d'intensité, lorsque Baldwin excédé décide enfin de réagir, tandis que Demongeot au pied du mur est poussée face à ses contradictions. 5/6

Vu dans le Cinéma de Minuit.

Chronique douce-amère sur une relation dévastatrice entre deux jeunes gens qui semblent s'être trouvés mais que tout oppose. Marcello est un fils de bonne famille, intellectuel, pensif, plutôt introverti, observateur, à la recherche du Grand Amour, comme le souligne Profondo. Il est un amoureux passionné et cérébral qui jouit de cette relation même pendant l'absence (l'attente des retrouvailles est un plaisir aussi exquis que la chair). Anna est une jeune starlette débordante de vitalité et d'énergie instinctive, au charme immédiat. Ils vont se compléter, l'un trouvant chez l'autre ce qu'il espère, ce qu'il attendait. Curieusement ce ne sera pas directement le milieu social qui les séparera mais un tempérament incompatible à la vie de couple: laissant libre cours à ses pulsions elle ne saura rester fidèle à Marcello, lequel est trop ancré dans une éducation sérieuse pour accepter cette liberté si intime et moderne. Cependant, attiré par les ardeurs physiques et un certain hypnotisme vis à vis d'une jeune fille qui s'offre à lui pleinement, sans calcul, ses déconvenues successives succomberont aux excuses et aux sentiments sincères d'Anna.
L'IRRESOLUE peut être vu en filigrane comme une réflexion contemporaine sur une sexualité de plus en plus libérée qui se confronte aux traditions plus conservatrices (certainement catholiques, car nous sommes en Italie) et moins tolérantes désormais avec une certaine culture du libertinage. En cela, vu l'époque, on notera une certaine audace à suggérer plutôt frontalement les nouvelles coutûmes d'une jeunesse qui assume davantage son corps et ses plaisirs. Cependant pour plaire à la morale et la censure, on relèvera aussi des nuances censées temporiser l'image (du genre "je sais que je ne suis pas normale").
S'il se dégage un certain charme de cette histoire au rythme très posé (au point qu'elle nous paraît être deux fois plus longue) on regrettera quand même un scénario qui s'étire un peu artificiellement et qui profite un peu trop de la naïveté de son héros. Le spectateur a depuis longtemps deviné ce que Marcello mettra deux heures à constater. En revanche, le casting est impeccable: certainement l'un des meilleurs rôles de la charmante Mylène Demongeot.

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Profondo Rosso
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Messagepar Profondo Rosso » 13 août 11, 00:41

Une poule, un train et quelques monstres (1969)

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Un blessé conduit à l'hôpital par une diva, un paysan aux tendances zoophiles, deux homosexuels qui se rencontrent, un monstre et une pucelle, un cheminot qui chérit sa locomotive... Tant d'histoires et de personnages différents qui composent ce film à sketchs.

Vedo Nudo est un excellent film à sketch de Risi dont la qualité tutoie sans problème celle des Monstres et Nouveaux Monstres. La thématique tourne ici autour de la sexualité ou plutôt de différentes formes de sexualités et de leur résonances sociales dans le quotidien italien. Loin de ne jouer que la carte graveleuse, Risi délivre sept sketch féroces et inventifs dont il a le secret tous porté par un excellent Nino Manfredi. Le film détone en abordant de front cette question sexuelle à travers les pratiques plus ou moins déviantes rencontrée tout au long des différents récit, on sent vraiment le vent d'un liberté nouvelle qui va se prolonger dans un cinéma italien des 70's encore plus outrancier et subversif. L'ensemble est d'une très bonne tenue même si certains son forcément plus réussis que d'autres.

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La Diva
L'actrice Sylva Koscina dans son propre rôle recueille ici un blessé sur la route qu'elle dépose dans l'hôpital le plus proche tenu par Nino Manfredi. Dès lors le personnel déjà fort peu concerné par ses malades en oublie le blessé, totalement absorbé par la présence de la star. Sylva Koscina est géniale en star narcissique, tout en minauderie et sexy en diable. Il faut une belle distance pour accepter un tel rôle et elle est épatante. Quant à Nino Manfredi il incarne son médecin incompétent avec le plus grand sérieux qui ne rend que plus hilarant les multiples gags annexes sur les compétences de ses collègues et des malades dont les maux disparaissent à la vue de Sylva Koscina. Bonne entrée en matière.

Audience à huis clôt
Court mais énorme sketch où Nino Manfredi est un paysan bas du front qui se trouve jugé pour... zoophilie envers une poule. Risi joue plus sur le côté nonsensique que vulgaire (la défense de Manfredi expliquant comme il a été "aguiché" par la la poule :mrgreen: ) pour une histoire courte mais très drôle.

Ornella
Sans doute le petit bijou du film, drôle, touchant et audacieux. Nino Manfredi y est un jeune employé de poste timide et homosexuel qui dissimule sa condition et n'a de vie sentimentale qu'à travers les échanges épistolaires avec Carlo Rinaldo qui pense qu'il est une femme dénommée Ornella. Tout se complique quand se dernier vient à Rome pour rencontrer ladite Ornella. L'humour est et l'atmosphère sont plus feutrés que dans les deux sketch précédent, Risi faisant preuve d'une belle sensibilité pour dépeindre la solitude d'un homosexuel contraint cacher sa condition. L'atmosphère machiste et la sexualité agressive renvoyé par les femmes ne font que renforcer sa détresse et Nino Manfredi est épatant d'émotion et de justesse dans ce registre.

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Le voyeur
Sketch très bref dont il vaut mieux en dire le moins possible tant la chute est énorme. Nino Manfredi est ici un culturiste myope comme une taupe qui se rend compte que sa voisine d'en face se change la fenêtre ouverte pour son plus grand plaisir. A moins que sa vue ne lui joue des tours...

La dernière vierge
Encore une histoire très inventive Manuela, une oie blanche provincial croit défaillir quand elle croit reconnaître dans son dépanneur de téléphone le visage d'un maniaque sexuel recherché par la police et joué par Manfredi. L'humour fonctionne dans l'interprétation sexuelle que fait la malheureuse jeune fille du moindre geste effectué par le dépanneur qui en devient tendancieux. La conclusion offre finalement un un démontage en règle de toute cette pudibonderie de façade.

Locomotive chérie
Sketch tournant autour d'une perversion pour le moins originale. Nino Manfredi trompe ici son épouse avec le train Paris-Rome dont il est tombé amoureux. Il abandonne ainsi sa femme chaque soir pour se blôtir entre les rails et se délecter de son passage. Amusant mais pas le plus drôle du film.

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Je vois nu
Dernier sketch en apothéose, le meilleur du film avec Ornella. Nino Manfredi est le directeur d'une agence publicitaire dont les campagnes joue le plus souvent de la touche sexy pas très fine. Cette surabondance de sexe provoque en lui un mal étrange, il voit toutes les femmes qu'il croise nues ! Risi donne donne un crescendo grandiose et inventif, cela commence dans la simili hallucination où une speakerine dévoile sa poitrine avant de verser dans le pur cauchemar psychédélique où le quotidien entier ne serait plus qu'un gigantesque peep show où toutes les femmes se promènent dans le plus simple appareil. On devine une critique de la dimension sexuelle omniprésente dans les médias même si le sketch joue finalement sur les deux tableaux, titillant le spectateur masculin avec un défilé ininterrompu de belle créatures dénudé tout en le dénonçant. Excellent !

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Bilan très bon film à sketch un des tout meilleurs du cinéma italien et Nino Manfredi fabuleux. 5/6

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Profondo Rosso
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Messagepar Profondo Rosso » 7 nov. 11, 03:33

La Carrière d'une femme de chambre (1976)

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En Italie, sous le fascisme. Les aventures galantes d'une jeune femme ambitieuse devenue star de cinéma.

La Carrière d'une femme de chambre s'inscrit dans la veine de ces nombreux films italiens des années 70 qui comme pour répondre à l'agitation politique du moment se penchait vers un passé tout aussi chaotique pour le pays, l'ère fasciste sous Mussolini. On pense bien sûr entre autre au Jardin des Finzi-Contini de De Sica, Liberté mon amour de Bolognini, Une journée particulière de Scola… Bien moins ouvertement dramatique que ces œuvres, le film de Risi se place plutôt du côté de la grosse satire sous un angle original à savoir l'industrie du cinéma durant le fascisme. Le titre original du film Telefoni bianchi est d'ailleurs bien plus parlant puisque reprenant le terme par lequel on désigne cette période du cinéma italien dite des téléphones blancs (terme sous-entendant le prestige des productions) où les productions luxueuses vantaient le faste et la gloire du fascisme.

On va donc ici suivre l'ascension d'une belle, écervelée et peu farouche femme de chambre qui va progressivement se muer en icône du régime. Risi, si doué pour fasciner avec des personnages ambigus rate un peu ici le coche faute d'une interprète solide. Agostina Belli (révélée l'année précédente le temps d'une mémorable apparition dans Parfum de femme mais ayant plus souvent donnée dans la comédie sexy) est tout au plus amusante au début du film en idiote sexy peu avare de ses charmes (et une sacrée allure en blonde platine façon Jean Harlow) mais s'avère assez transparente dès que son registre doit se faire plus dramatique. Cochi Ponzoni dans le rôle du malheureux fiancé de la belle arbore une magnifique mine de chien battu et le running gag l'envoyant aux front les plus sinistres (Guerre d'Espagne, Russie, Ethiopie) par les amis de plus en plus haut placés de Marcella est hilarant mais de même il manque singulièrement de charisme (un Alberto Sordi aurait été grandiose dans le rôle). Du coup on ne se sent pas particulièrement impliqué par ce qui est raconté et le film est assez inégal.

Heureusement Risi se rattrape par différentes vignettes drôles et féroces où sa méchanceté et son humour noir font des étincelles grâce au très grinçant script de Ruggero Maccari. Les gags et situations énorme s'enchaînent (surtout durant la première moitié) pour dénoncer l'hypocrisie et la bêtise latente de ce régime fasciste. Toutes figures masculine à la virilité exacerbée révèlent des êtres odieux et lâches (le producteur promettant monts et merveille à Marcella qui s'avéra être un simple employé, la chemise noire qui l'envoie travailler en maison close) au premier rang desquels on trouve le Duce en personne magnifiquement ridiculisé le temps d'une apparition mémorable. On retiendra aussi la déférence de l'équipe de Cinecitta pour Marcella lorsque le Duce l'impose au producteur avec un tordant retournement de veste de Vittorio Gassman qui l'humilie puis l'encense en cinq minutes une fois au courant de ses "appuis". Gassman est comme toujours grandiose en star narcissique (et s'inspire physiquement du jeune premier de l'époque un certain... Vittorio De Sica !) et terriblement pitoyable dans sa déchéance. Il éclipse la pauvre Agosta Belli à chaque confrontation, tout comme Ugo Tognazzi qui fait une apparition marquante en faussement sympathique vendeur itinérant dans un des moments les plus sombres du film. Visuellement c'est également un des Risi les plus beaux, la reconstitution est magnifique et bien mise en valeur par l'élégante mise en scène ainsi que la très belle photo de Claudio Cirilli. Un Risi mineur mais néanmoins plaisant donc.3,5/6

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beb
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Messagepar beb » 27 mars 12, 17:33

La Femme du prêtre - 1971
contrairement au film de Duvivier que j'ai vu hier et dont je parle dans son topic plus bas, j'avais un a priori très favorable avant de voir ce film, et bien quel déception !
C'est très poussif, toutes les péripéties sont attendues et l'humour est plutot au ras des paquerettes.
Par ailleurs le choix de la langue anglaise est vraiment curieux et enleve beaucoup au charme qu'on peut trouver dans la comédies italiennes.
Bref, pour moi un gros ratage.