John Ford (1894-1973)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Verbal
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John Ford (1894-1973)

Messagepar Verbal » 24 juil. 03, 23:03

EDIT DE LA MODERATION:

Ce topic est le topic général relatif à John Ford. N'hésitez pas à consulter également les nombreux topics individuels dédiés aux films de John Ford, en lien ci-dessous :

Le mouchard (1935) et sa Chronique Classik
La chevauchée fantastique (1939) et sa Chronique Classik (+ édition collector)
Les raisins de la colère (1940) et sa Chronique Classik
La poursuite infernale (1946) et sa Chronique Classik
Le fils du désert (1948)
La charge héroïque (1949) et sa Chronique Classik
Mogambo (1953)
La prisonnière du désert (1956)
Permission jusqu'à l'aube (1957)
L'aigle vole au soleil (1957)
Les cavaliers (1959)
Les deux cavaliers (1961)
L'homme qui tua Liberty Valance (1962) et sa Chronique Classik
La conquête de l'ouest (1962)
La taverne de l'irlandais (1963)
Les cheyennes (1964)
Frontière chinoise (1966)

les Chroniques Classik de
Steamboat round the bend (1935)
Je n'ai pas tué Lincoln (1936)
Quatre hommes et une prière (1938)
Sur la piste des Mohawks (1939)
Vers sa destinée (1939)
Qu'elle était verte ma vallée (1941)
Dieu est mort (1947)
Le massacre de Fort Apache (1948)
Le convoi des braves (1950)
io grande (1950)
L'homme tranquille (1952)
What price glory (1952)

la famille cinéma de Ford

Ford et le cinéma en couleurs

livre sur John Ford
John Ford chez Taschen

Votre John Ford préféré

Ainsi qu'un topic dédié à la musique de Vers sa destinée et L'Homme qui tua Liberty Valance dans les quinzaines thématiques


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My Darling Clementine (La poursuite infernale)

Mouais, bah sur le coup déjà moins convaincu. Scénario faiblard, acteurs assez mauvais (je trouve Henry Fonda vraiment à côté de la plaque), assez ennuyeux... Dommage car le film exhale une certaine poésie à travers certains plans, Ford composant de beaux cadres dominés par des ciels trèèès trèèèès zolis à l'oeil. Vu que certains personnages sont intéressants (doc holliday surtout), et qu'il y a de belles scènes (le final, un peu décevant mais pas mauvais, celle du bal en plein air), ça se regarde sans se forcer, mais ça s'arrête là. Le film serait pas une sorte de métaphore de la 2nde guerre mondiale? (je sur-interprète peut être trop...)

3/6

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Fatalitas
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Re: Et on poursuit avec John Ford

Messagepar Fatalitas » 24 juil. 03, 23:12

Verbal a écrit :My Darling Clementine (La poursuite infernale)

Mouais, bah sur le coup déjà moins convaincu. Scénario faiblard, acteurs assez mauvais (je trouve Henry Fonda vraiment à côté de la plaque), assez ennuyeux..

:shock: :shock:

On n'a pas du voir le meme film !!!

6/6

Sur ce, bonne nuit :cry:
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Verbal
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Re: Et on poursuit avec John Ford

Messagepar Verbal » 24 juil. 03, 23:14

fatalitas a écrit :
Verbal a écrit :My Darling Clementine (La poursuite infernale)

Mouais, bah sur le coup déjà moins convaincu. Scénario faiblard, acteurs assez mauvais (je trouve Henry Fonda vraiment à côté de la plaque), assez ennuyeux..

:shock: :shock:

On n'a pas du voir le meme film !!!

6/6

Sur ce, bonne nuit :cry:

Attends, à un moment y avait bien des chevaux et puis aussi des pistolets??

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Messagepar Roy Neary » 24 juil. 03, 23:43

C'est la soirée anti-John Ford ce soir ?! :shock: :lol:
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Beule
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Re: Et on poursuit avec John Ford

Messagepar Beule » 25 juil. 03, 00:33

Verbal a écrit : Le film serait pas une sorte de métaphore de la 2nde guerre mondiale? (je sur-interprète peut être trop...)

3/6

:shock: Ah? Si tu pouvais développer, ça n'en serait que mieux. Ce point là pas le reste :D
Coup de pouce : Hupla - I could (single)[/center]

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Geoffrey Firmin
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Re: Et on poursuit avec John Ford

Messagepar Geoffrey Firmin » 25 juil. 03, 01:01

Verbal a écrit :My Darling Clementine (La poursuite infernale)

Mouais, bah sur le coup déjà moins convaincu. Scénario faiblard, acteurs assez mauvais (je trouve Henry Fonda vraiment à côté de la plaque), assez ennuyeux... Dommage car le film exhale une certaine poésie à travers certains plans, Ford composant de beaux cadres dominés par des ciels trèèès trèèèès zolis à l'oeil. Vu que certains personnages sont intéressants (doc holliday surtout), et qu'il y a de belles scènes (le final, un peu décevant mais pas mauvais, celle du bal en plein air), ça se regarde sans se forcer, mais ça s'arrête là. Le film serait pas une sorte de métaphore de la 2nde guerre mondiale? (je sur-interprète peut être trop...)

3/6

Les plans "trèèès trèèès zolis" sont dus à Joe Mac Donald, une pointure en matière de photo noir et blanc.
Moi, j'aime beaucoup l'interprétation d'Henry Fonda, nonchalent et aux attitudes démonstratives trahissant une certaine fragilité (la scène de la danse avec Clemantine, le jeu de changement de pied en équilibre sur son siège, attitude infantille voulant démontrée la maitrise de soi).
Tu juges le final décevant car peu spectaculaire ? Mais Ford n'a jamais vraiment fait dans le spectaculaire et le gratuit , surtout dans ses films intimistes (la charge de "la charge héroique" ne dure que quelques dixaines de secondes et est filmée de façon anecdotique, de meme que l'attaque du camp du chef commanche "Scar" à la fin de "the searchers", je ne suis meme pas sur que Ford ait tourné ces scènes lui-meme et qu'il ne les ait pas confié au réalisateur de seconde équipe).De toute façon, historiquement le règlement de compte entre les frères Earp et les Clanton n'a duré que quelques secondes.
Bref, pour moi un western formellement splendide et passionnant.
A noter, fait tres rare, Walter Brennan dans un role antipathique.

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Jeremy Fox
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Messagepar Jeremy Fox » 25 juil. 03, 07:38

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1832. Le jeune Abraham Lincoln (Henry Fonda) a 23 ans. Il travaille dans une petite échoppe de New Salem, paisible petit village de l’Illinois. Les Clay font une halte en ville pour y effectuer de maigres achats ; mais ils ne possèdent que des livres poussiéreux à donner à Lincoln comme monnaie d’échange. Ce sont des livres de droit qu’une fois son travail fini, Abraham commence à dévorer avec une passion grandissante en allant se réfugier en pleine campagne. Sa bien aimée Ann Rutledge (Pauline Moore), évoquant son intelligence et son éloquence, l’encourage à poursuivre dans cette voie. A la mort de la femme qu'il aimait, il jure sur sa tombe de faire carrière selon ses vœux. Il se rend alors à Springfield où il ouvre un cabinet d’avocat. Au cours de la célébration de la fête de l’Indépendance, un drame se produit. Matt et Adam Clay se battent avec Scrub White qui, pendant le défilé, tournait autour de la femme de l'un des deux frères. Scrub est retrouvé mort et les deux frères Clay sont accusés de ce meurtre. John P. Cass (Ward Bond), ami de Scrub et unique témoin à charge, tente de faire lyncher les frères par la foule mais Lincoln s’interpose et parvient à la disperser. Eperdue de reconnaissance, Abigail Clay (Alice Brady), la mère des accusés, lui confie ses deux enfants ; ils deviennent ainsi ses premiers clients en tant qu’avocat ; il va avoir à faire à forte partie d’autant que la mère ne peut se résoudre à privilégier l’un de ses enfants pour faire condamner l’autre. Le procès commence alors dans une atmosphère houleuse...


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« Ford c’était d’abord Young Mister Lincoln, film dont on ne parlera jamais assez. Et Young Mister Lincoln, c’est d’abord la campagne avec son herbe épaisse et tendre, ses beaux arbres affectueux, son ciel aux nuages rêveurs et ce jeune homme un peu gauche qui ressemble à cette campagne, qui avance, à longs coups d’idées spacieuses, raisonnables, solides. Il entre dans les villes de sa démarche maladroite et peu à peu, il anime, il éclaire, il imprègne le monde autour de lui comme le soleil, en été, imprégnait son pays. On assiste au début de son ascension, et après ces quelques pas, il reste immobile comme étonné d’être parvenu si loin, inquiet et grave comme l’enfant laissé à la tête de sa famille…Mais à la fin, après avoir sauvé une famille innocente, au cours d’une scène admirable, il rencontre un ami : « Où vas-tu Abe ? » lui demande celui-ci. « Je crois que je vais monter au sommet de cette colline. » Et lentement, tandis qu’un orage se prépare, Lincoln gravit la colline, avec tout son passé qui freine sa marche et tout son savoir qui le tire vers le sommet. »


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Je me devais de commencer ma chronique par ce chant d’amour passionné et sincère pour ce film magnifique, texte qu’écrivait Colo O’Hagan, ex-épouse de Bertrand Tavernier dans le livre de ce dernier intitulé Amis américains (Acte Sud - Institut Lumière). En 1939, perdu au milieu d’œuvres aussi prestigieuses qu'Autant en emporte le vent (Victor Fleming), Les Conquérants (Michael Curtiz), Le Magicien d’Oz (Victor Fleming), Monsieur Smith au Sénat (Frank Capra), La Chevauchée fantastique (John Ford) et quelques autres, Young Mister Lincoln n’eut que peu d’échos, que ce soit aux USA et en Europe. Il serait tombé dans l’oubli si Eisenstein n’en avait pas dit tout le bien qu’il en pensait : « …Etonnante harmonie de toutes ses parties constituantes, une harmonie réellement surprenante dont la source était celle de l’esprit populaire et national d’où avait jailli son unité, son génie, son authentique beauté. Si quelque bonne fée me demandait de quel film américain, d’un coup de sa baguette magique, j’aimerais devenir l’auteur, je répondrais sans hésiter Young Mister Lincoln de John Ford. » A partir de là, la critique mondiale se mit à reconsidérer le film à l’aune de la dithyrambe du grand cinéaste russe et Young Mister Lincoln reprit au fil des ans la place qu’il méritait dans les sommets de l’œuvre "fordienne".


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Dès 1910, la figure mythique du Président Lincoln avait fait son apparition sur les écrans de cinéma. Dans Naissance d’une nation de D.W. Griffith, Joseph Henabery tenait ce rôle. Ce furent ensuite Frank Mc Glyan, George Billings, Walter Huston, John Carradine et Raymond Massey qui endossèrent sa défroque. Mais Henry Fonda restera à jamais le plus inoubliable interprète du grand homme. Et pourtant, la genèse du film ne laissait présager ni Ford à la mise en scène, ni Fonda en tant qu’acteur. A Broadway, plusieurs pièces de théâtre mettant en scène le jeune Lincoln obtiennent un fort succès dans les années 30. Darryl F. Zanuck pousse alors John Ford à en tourner une version pour le cinéma mais ce dernier n’est guère enthousiasmé par cette idée. Après avoir lu le scénario de Lamar Trotti, le patriotisme de Ford le pousse finalement à accepter. Reste à trouver un acteur capable de personnifier ce personnage historique. John Ford ne s’occupe pas du casting, partant sur un autre tournage. Mais laissons Henry Fonda nous raconter la suite de l’anecdote : « Le producteur et Lamar Trotti, l’auteur, m’ont envoyé le scénario. Je l’ai lu et leur ai dit "Les gars, c’est très beau, vraiment très beau, mais je ne peux pas jouer Lincoln". Pour moi c’était comme si je devais jouer Jésus-Christ. Lincoln est un Dieu pour moi. » Après avoir néanmoins accepté de faire des bouts d’essai, il dira « rien à faire, je ne peux pas. » De retour de tournage, John Ford regarde les tests de Fonda, et, totalement convaincu, lui envoie une convocation après avoir appris que l’acteur ne se sentait pas de tenir le rôle. Le jour de l’entretien, John Ford lui sort tout de go : « Qu’est-ce que c’est que ces conneries que vous ne voulez pas tourner ce film ? Vous vous figurez Lincoln comme un putain de "Grand émancipateur". C’est un jeune avocat plouc de Springfield, nom de dieu ! (A Jack-Legged Lawyer from Springfield, Illinois - a Gawky Kid still Wet behind the Ears who Rides a Mule because he can't Afford a Horse). » L’affaire est dans le sac et c’est le début d’une longue, talentueuse et fructueuse collaboration entre les deux hommes qui se poursuivra avec, entre autres, Sur la piste des Mohawks, Les Raisins de la colère ou La Poursuite infernale.


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Le scénario, basé à la fois sur les pièces de théâtre et sur la biographie de Lincoln, a été écrit par Lamar Trotti (qui avait débuté aux côtés de Dudley Nichols sur Judge Priest, déjà de Ford) en coopération étroite avec John Ford qui ne s’impliquera jamais autant dans l’écriture d’un de ses films. Les deux hommes ne s’embarrasseront guère de vérité historique (même si elle est bel et bien présente dans l’ensemble) et le procès, par exemple, sera avant tout fondé non sur le véritable procès mais sur un drame judiciaire que Trotti avait couvert lui-même alors qu’il était encore reporter. Ce travail en duo obtiendra un Award bien mérité mais ne vous attendez surtout pas à un de ces "Biopic" comme en tournaient à la pelle la Warner et William Dieterle dans les années 30 avec, très souvent, Paul Muni dans le rôle principal (Pasteur, Zola, Juarez…) ! Ford et Trotti ne jouent pas dans la même catégorie et s’éloignent ici le plus possible d’une hagiographie pompière et grandiloquente. Au contraire, ils signent un film intimiste d’une simplicité qui pourra décevoir qui aurait voulu y trouver un portrait documenté et historique de Lincoln. Comme le titre l’indique, il ne s’agit que d’une petite tranche de vie de l’homme avant qu’il ne devienne une célébrité nationale. Il n’est absolument pas question d’une biographie mais du portrait finement tracé, vigoureux, poétique et vibrant d’un avocat mal dégrossi, composé d’anecdotes pleines d’humour et d’émotion. Il s’agit sans aucun doute d’une des œuvres les plus personnelles de John Ford, très représentative de tout un courant de sa filmographie, l’intimisme poétique et humoristique, humain et respectueux des gens les plus humbles dont la mouvance pourrait être représentée par Le Convoi des braves, Le Soleil brille pour tout le monde ou La Dernière fanfare. Une sorte de transition entre ses films des années 30 avec Will Rogers et ceux qui suivront dans les années 40, l’intimisme des premiers venant se teinter ici d’un lyrisme assez nouveau qui culminera dans ses grands chefs-d’œuvre comme La Charge héroïque.


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« Chacun sait que Lincoln était un grand homme mais je voulais que le film montre que même lorsqu’il était jeune, il y avait chez lui quelque chose de grand. », dira Ford. Vers sa destinée (très beau titre français, une fois n’est pas coutume surtout concernant les titres des films de Ford) est une sorte de sonate en trois mouvements d’égales longueurs destinée à montrer l’émergence d’un futur leader national. Tout d’abord, nous faisons connaissance avec Lincoln et le petit monde qui l’entoure à travers moult brèves séquences. Nous le voyons tout d’abord tenir un bref discours électoral qui nous prouve que son éloquence tient plus sur des arguments simples que sur l’étendue de son propos (en à peine deux phrases, il a tout dit alors que son prédécesseur avait l’air d’avoir conversé pendant des heures). C’est ensuite la séquence de sa découverte du droit à travers un livre et le moment le plus poétique du film, la flânerie au bord du fleuve avec son amie Ann Rutledge qui se termine par la plus ahurissante et poétique des ellipses de l’histoire du cinéma : je vous laisse la découvrir de peur de déflorer l’une des idées scénaristiques les plus belles et simples jamais vu chez Ford et ailleurs. Et, avec l’arrivée à Springfield, Lincoln étant désormais juriste, une succession de saynètes drôles montrant un Lincoln roublard, menteur, généreux, plein d’humour et joueur, celles-ci culminant lors des célébrations bruyantes de la fête de l’Indépendance et son concours de tartes, de tir à la corde ou de bûcherons. Cette évocation est pleine de vie et de trivialité, sans jamais tomber dans la vulgarité et sans jamais être pénible une seule seconde (travers que Ford n’arrivera pas toujours à éviter dans le cours de sa carrière). Lincoln est donc un homme simple, capable de tricherie pour gagner au jeu, de mensonge et de violence pour arriver à ses fins et imposer ses idées, jouant Dixie sur sa guimbarde, préférant monter une mule plutôt qu’un cheval et se tenant assez mal où qu’il soit, faisant toujours reposer ses longues jambes sur les tables, bureaux et rebords de fenêtres. Le spectateur n’a alors aucun mal à s’identifier au personnage et ressentir pour lui une forte empathie.


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La seconde partie débute avec le meurtre et la tentative d’enquête " à la Sherlock Holmes" que va mener le jeune avocat. Ce simple fait divers va suffire à faire éclater au grand jour le sens de la justice, de l’équité et l’honnêteté foncière du futur Président. On découvre alors un Lincoln courageux, venant seul s’interposer au milieu d'une foule déchaînée et violente voulant lyncher les présumés meurtriers. Son art du maniement de la parole et sa faculté à tenir la foule en respect par sa simple éloquence continuent à se faire jour. Le film dénonce à cet instant la fureur collective et exalte la justice, la miséricorde, la liberté et le droit de chacun à en bénéficier. John Ford ne cède cependant jamais aux clichés y compris dans les séquences "romantiques", témoin cette sublime séquence du bal (il en faut bien une dans chacun de ses films). Après s’être montré un danseur très maladroit et gauche, sa partenaire l’emmène sur la terrasse afin de le séduire par la discussion. Se trouvant face au fleuve pour lequel il ressent une profonde passion et qui lui rappelle tant de souvenirs (et de morts), il en oublie sa compagne d’un soir, ne s’en soucie plus ; il ne décroche aucun mots et son regard se perd alors dans de graves pensées, la femme n’osant le déranger dans ses méditations. A ce moment, l’homme ressemble plus à un Dieu qu’à un homme ; son avenir et son destin hors du commun frémissent dans ces images empreintes d’une réelle grandeur.


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La dernière demi-heure sera désormais entièrement consacrée au procès et Lincoln démontrera sa capacité à comprendre les humbles et à se faire comprendre d’eux. Après de nombreux rebondissements, traits d’humour et instants pathétiques et poignants (l’avocat de l’accusation essayant de faire choisir à la mère des accusés - superbe Alice Brady qui décèdera des suites d’un cancer la même année - la mort d’un seul de ses fils si elle le dénonce), Lincoln va réduire à néant l’individualisme et l’intolérance forcené de plusieurs notables de la ville et faire triompher la justice et la vérité. Vainqueur de cette première affaire, acclamé par la foule, avec sa silhouette longue et dégingandé, son chapeau tuyau de poêle vissé sur sa tête et dominant son grand nez, le regard perdu dans l’avenir, il grimpe seul la colline pour voir partir la famille Clay, celle-là même qui lui avait mis entre les mains l’objet qui allait déclencher sa future passion et qui allait décider de son destin. Il termine l’ascension sous un violent orage annonçant la Guerre de Sécession à venir. Seulement maintenant, alors que le film se termine, nous voyons la statue de l’homme représenté tel qu’on le connaît. Il est certain que le talent de Henry Fonda n’est pas pour rien dans l’immense réussite de ce film. Aussi à l’aise dans l’humour que dans la gravité, il est magistral et sa composition de cet être d’exception promis à un avenir hors du commun fait date. Dans le rôle de Sam Boone, le juré au bonnet de trappeur et au cruchon d’alcool, on trouve le propre frère du cinéaste, Francis Ford. Les acteurs habituels du clan "fordien" sont de la partie, Ward Bond dans le rôle de John P. Cass, Donald Meek dans celui de l’avocat de l’accusation, etc., et tous ne déméritent pas.


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Bert Glennon fait des merveilles à la photo, Alfred Newman nous délivre une composition déchirante et la maîtrise technique de Ford est inattaquable. Il n’est qu’à se rappeler des séquences au bord du fleuve, celles de l’attaque de la prison, du bal, de la veille du verdict pour les accusés, etc., pour se convaincre du génie du cinéaste dans la composition de ses plans et la construction de ses scènes. Une œuvre simple d’une grande noblesse aussi bien sur le fond que sur la forme, dépourvue de la raideur que l’on trouvera dans Dieu est mort, d’une nonchalance bénéfique baignée dans une ambiance poétique et bon enfant, un véritable poème, hommage discret et émouvant rendu à ces familles humbles du vieil Ouest ; œuvre dans laquelle les variations de ton, de la gravité à l’humour le plus trivial, sont parfaitement maîtrisées. Lincoln, que John Ford avait déjà évoqué dans The Prisoner of Shark Island, a été une formidable source d’inspiration pour le cinéaste ; il représentait l’incarnation parfaite qu’il se faisait de l’héroïsme au quotidien et d’un héros serein et plein d’humour sans autre prétention que sa générosité et son désir de servir la loi. Dans cette Amérique non encore déchirée par la Guerre de Sécession, on parle déjà de démocratie et de liberté et, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, Ford a tourné à lui seul, la même année, une espèce de triptyque consacrée à une histoire mythique de l’Amérique avec par ordre chronologique Drums Along the Mohawks, Young Mister Lincoln et Stagecoach : chapeau bas Old Mister Ford !

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Messagepar Alex Blackwell » 25 juil. 03, 08:59

C'est un scandale!

Je ne dirai rien de plus vu que je rédigerai la critique lors de la sortie dvd.
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Re: Et on poursuit avec John Ford

Messagepar Verbal » 25 juil. 03, 10:23

Beule a écrit :
Verbal a écrit : Le film serait pas une sorte de métaphore de la 2nde guerre mondiale? (je sur-interprète peut être trop...)

3/6


:shock: Ah? Si tu pouvais développer, ça n'en serait que mieux. Ce point là pas le reste :D

La scène où Wyatt Earp est sur la tombe de son jeune frère, en disant "18 ans, tu n'auras rien vu, etc." comme pour les jeunes soldats américains... Le coup du père totalitaire qui a totalement "corrompu" ses fils et en a fait des salauds, un peu à la Hitler... La victoire finale des "alliés" qui se fait avec douleur... Non, je crois que je divague carrément en fait!!
:arrow:

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Re: Et on poursuit avec John Ford

Messagepar Verbal » 25 juil. 03, 10:29

Geoffrey Firmin a écrit : Les plans "trèèès trèèès zolis" sont dus à Joe Mac Donald, une pointure en matière de photo noir et blanc.

Yep, ce n&b est effectivement très beau.

Geoffrey Firmin a écrit : Moi, j'aime beaucoup l'interprétation d'Henry Fonda, nonchalent et aux attitudes démonstratives trahissant une certaine fragilité (la scène de la danse avec Clemantine, le jeu de changement de pied en équilibre sur son siège, attitude infantille voulant démontrée la maitrise de soi).

Oui, mais ça c'est dû à son personnage, et même s'il n'est pas mauvais tout le temps, son interprétation globale n'arrive pas à me convaincre, ni m'émouvoir. Son dialogue final avec Clementine est vide, pour moi, alors que celui entre Doc Holliday et cette même femme est troublant (avec un montage extraordinaire, d'aileurs).

Geoffrey Firmin a écrit : Tu juges le final décevant car peu spectaculaire ? Mais Ford n'a jamais vraiment fait dans le spectaculaire et le gratuit , surtout dans ses films intimistes (la charge de "la charge héroique" ne dure que quelques dixaines de secondes et est filmée de façon anecdotique, de meme que l'attaque du camp du chef commanche "Scar" à la fin de "the searchers", je ne suis meme pas sur que Ford ait tourné ces scènes lui-meme et qu'il ne les ait pas confié au réalisateur de seconde équipe).De toute façon, historiquement le règlement de compte entre les frères Earp et les Clanton n'a duré que quelques secondes.

Oui, mais même sans ça, l'aspect "crépusculaire", déprimé, je ne l'ai pas trouvé, et j'ai ressenti aucune tension.

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Re: Et on poursuit avec John Ford

Messagepar Geoffrey Firmin » 25 juil. 03, 11:08

Verbal a écrit :Oui, mais même sans ça, l'aspect "crépusculaire", déprimé, je ne l'ai pas trouvé, et j'ai ressenti aucune tension.

Justement, il n'y a aucune tension, car cette fin est totalement dédramatisée, et on notera carrément l'absence totale de musique, fait rare dans un film hollywoodien.Si Ford avoit voulu créé un effet dramatique ou faire ressentir aux spectateurs une certaine tension, il aurait ajouté de la musique, une bonne vieille partition bien chargée de Max Steiner par exemple comme dans "the searchers".Mais la non,la seule musique sur ce film c'est cette chanson "my darling Clementine" qui est une vieille chanson de mineur réarrangée par Alfred Newman.C'est vrai que l'absence de musique rend le film plus hostère et peut perturber l'amateur de western classique. :wink:

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Sergius Karamzin
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Messagepar Sergius Karamzin » 25 juil. 03, 11:09

C'est juste mon Ford préféré, je ne prendrai pas la peine de défendre un tel chef d'oeuvre.

Philip Marlowe
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Re: Et on poursuit avec John Ford

Messagepar Philip Marlowe » 25 juil. 03, 12:42

Verbal a écrit :
Beule a écrit :
Verbal a écrit : Le film serait pas une sorte de métaphore de la 2nde guerre mondiale? (je sur-interprète peut être trop...)

3/6

:shock: Ah? Si tu pouvais développer, ça n'en serait que mieux. Ce point là pas le reste :D

La scène où Wyatt Earp est sur la tombe de son jeune frère, en disant "18 ans, tu n'auras rien vu, etc." comme pour les jeunes soldats américains... Le coup du père totalitaire qui a totalement "corrompu" ses fils et en a fait des salauds, un peu à la Hitler... La victoire finale des "alliés" qui se fait avec douleur... Non, je crois que je divague carrément en fait!!
:arrow:

:shock: :shock: :lol: :lol: :lol:

Sinon, si je ne suis pas fan de Ford, je crois que c avec The Searchers celui que j'apprécie le plus(ceci dit j'en ai vu que 3 :? :arrow: ). Il est plus chaleureux que ce dernier, plus intimiste...et cette scène de danse en plein air, whaou!

Alex Blackwell
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Re: Et on poursuit avec John Ford

Messagepar Alex Blackwell » 25 juil. 03, 13:25

Geoffrey Firmin a écrit :C'est vrai que l'absence de musique rend le film plus hostère et peut perturber l'amateur de western classique... :wink:

...et ravira les amateurs de grand art.
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Roy Neary
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Re: Et on poursuit avec John Ford

Messagepar Roy Neary » 25 juil. 03, 13:34

Star Maker a écrit :
Geoffrey Firmin a écrit :C'est vrai que l'absence de musique rend le film plus hostère et peut perturber l'amateur de western classique... :wink:

...et ravira les amateurs de grand art.

C'est de la provoc ou...
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