John Sturges (1910-1992)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980...

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Profondo Rosso
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Re: John Sturges (1911-1992)

Messagepar Profondo Rosso » 25 oct. 11, 17:04

Tancrède a écrit :
monk a écrit :Rêglement de Comptes à OK Corral donc.
Je ne sias pas ce qu'il s'est passé, et je vais me faire taper sur les doigts, mais je suis resté totalement insensible au film. Absolument pas concerné par ce qu'il s'y passe. Je l'ai même regardé en....3 fois ! Et pourtant je n'ai pas grand chose à lui reprocher: il y a une belle dramaturgie, un sens du cadre certain, de grands acteurs, un gunfight sympa à la fin, etc. Mais malgré tout, il m'a profondément ennuyé - contrairement à My Darling Clementine, sur le même sujet, que j'avais trouvé fantastique.
Je l'ai vu il y a plusieurs jours maintenant, et il ne s'est pas non plus particulièrement bonifié avec le temps.
Je ne garde pas, évidement (de toute façon, je l'avais emprunté) mais j'avoue que c'est très décevant.


----


Je vais faire une pose dans le Western, après quelques mois intensifs. J'en ai encore une quinzaine en réserve et au moins autant wishlistés ! Je serais content d'y revenir après...quelques mois intensifs avec le Film Noir !


non mais c'est normal c'est très ennuyeux ces véhicules à numéros de stars. C'est bien fait mais c'est sans vie ni inspiration, c'est de l'académisme où tout est appuyé, surligné à coup notamment d'interminables blablas.

A noter que que sa suite, Sept secondes en enfer, est largement mieux, bien plus sèche et violente. Les acteurs (James Garner, Jason Robards) y sont moins connus mais largement moins cabotins et plus convaincants.


J'apprécie le film mais j'avoue qu'avec le temps j'ai aussi tendance à nettement préférer la suite aussi finalement plus ambiguë, plus percutante aussi...

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Jeremy Fox
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Re: John Sturges (1911-1992)

Messagepar Jeremy Fox » 25 oct. 11, 17:05

Rick Blaine a écrit :
Jeremy Fox a écrit :
Lord Henry a écrit :Ce n'est pas non plus la période la plus passionnante de Sturges. Dans un style similaire, The Last Train from Gun Hill suscite la même indifférence.


... ou la même passion ; ça reste donc assez cohérent :wink:


Ou une réaction opposée, j'aime bien Gun Hill! :D



Avec John Sturges, il n'y a pas de règles :lol:

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Tancrède
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Re: John Sturges (1911-1992)

Messagepar Tancrède » 25 oct. 11, 17:07

Rick Blaine a écrit :
Jeremy Fox a écrit :
Lord Henry a écrit :Ce n'est pas non plus la période la plus passionnante de Sturges. Dans un style similaire, The Last Train from Gun Hill suscite la même indifférence.


... ou la même passion ; ça reste donc assez cohérent :wink:


Ou une réaction opposée, j'aime bien Gun Hill! :D

disons que le fait qu'on ne connaisse pas l'histoire à l'avance joue en sa faveur par rapport à O.K Corral mais stylistiquement, ça reste la même farine: de la mécanique bien huilée mais lourde et ultra-conventionnelle.

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Julien Léonard
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Re: John Sturges (1911-1992)

Messagepar Julien Léonard » 26 oct. 11, 22:10

Finalement, je dois avoir une quinzaine de films de ce réalisateur, et en regardant bien, il ne m'a véritablement déçu qu'une seule fois, avec Sur la piste de la grande caravane (en plus de Joe Kidd, vraiment tache celui-là, je trouve)... Je me suis toujours demandé ce que Burt Lancaster (monsieur "filmographie très exigeante" en personne) était aller faire dans ce truc...
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Re: John Sturges (1911-1992)

Messagepar pak » 27 oct. 11, 01:10

Joe Kidd, il est bien, zut alors !

Bon par contre, Sur la piste de la grande caravane, c'est vrai que là, il doit être difficile de trouver des défenseurs...
Le cinéma : "Il est probable que cette marotte disparaîtra dans les prochaines années."

Extrait d'un article paru dans The Independent (1910)

http://www.notrecinema.com/

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Re: John Sturges (1911-1992)

Messagepar Flavia » 31 déc. 11, 17:18

Le trésor du pendu (The Law and Jake Wade) (1958)

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Je ressors avec une très légère déception de ce Trésor du pendu. L'affiche alléchante avec John Sturges derrière la caméra et l'affrontement entre Robert Taylor et Richard Widmark me laissaient espérer un film au rythme soutenu mais j'ai trouvé que malheureusement c'était là son seul point négatif : je m'attendais à de multiples rebondissements tout au long du film alors que justement ce dernier repose sur un affrontement plus psychologique que physique entre ces 2 personnages (j'ai sans doute été un peu trop exigeante vis-à-vis de l'affiche). En effet, Sturges cherche plutôt à développer cet affrontement sur toute la durée du film avec le personnage de Clint Hollister (Richard Widmark) qui force Jake Wade (Robert Taylor) à lui indiquer l'endroit du fameux trésor.

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Le réalisateur s'attarde sur le lien qui unit les 2 hommes - anciens compagnons de guerre devenus pilleurs avant que Jake Wade ne quitte cette route - et en fait le point central de l'histoire. Le choix des 2 acteurs est judicieux justement par rapport aux rôles qu'ils interprètent : Richard Widmark, méchant à souhait, est encore une fois parfait dans ce type de rôle. En face, Robert Taylor, plus effacé de par son rôle, livre une prestation sobre et efficace. Les 2 acteurs se mesurent tout le long du film pour arriver à un final où la confrontation est inéluctable.

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Sturges profite également du format Cinemascope pour plonger littéralement ces 2 hommes dans la nature et du Metrocolor pour profiter au mieux de la beauté des décors naturels et même les scènes en studio rendent particulièrement bien (je pense par exemple à la scène nocturne autour du feu).
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Malgré cette légère déception (mais qui ne tient presque qu'à moi :uhuh: ), Le trésor du pendu est un bon western qui repose sur une interprétation et une photo de qualité et qui se regarde sans ennui.

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Re: John Sturges (1911-1992)

Messagepar Jeremy Fox » 31 déc. 11, 17:32

Flavia a écrit :Le trésor du pendu (The Law and Jake Wade) (1958)

L'affiche alléchante avec John Sturges derrière la caméra et l'affrontement entre Robert Taylor et Richard Widmark me laissaient espérer un film au rythme soutenu mais j'ai trouvé que malheureusement c'était là son seul point négatif : je m'attendais à de multiples rebondissements tout au long du film alors que justement ce dernier repose sur un affrontement plus psychologique que physique entre ces 2 personnages (j'ai sans doute été un peu trop exigeante vis-à-vis de l'affiche)


C'est au contraire son point fort je trouve d'autant que les deux acteurs sont impeccables. Un de mes Sturges préférés avec une magistrale utilisation du scope.

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Re: John Sturges (1911-1992)

Messagepar Flavia » 31 déc. 11, 17:36

Jeremy Fox a écrit :
Flavia a écrit :Le trésor du pendu (The Law and Jake Wade) (1958)

L'affiche alléchante avec John Sturges derrière la caméra et l'affrontement entre Robert Taylor et Richard Widmark me laissaient espérer un film au rythme soutenu mais j'ai trouvé que malheureusement c'était là son seul point négatif : je m'attendais à de multiples rebondissements tout au long du film alors que justement ce dernier repose sur un affrontement plus psychologique que physique entre ces 2 personnages (j'ai sans doute été un peu trop exigeante vis-à-vis de l'affiche)


C'est au contraire son point fort je trouve d'autant que les deux acteurs sont impeccables. Un de mes Sturges préférés avec une magistrale utilisation du scope.


Comme je l'ai dit précédemment, j'étais focalisée sur un film avec beaucoup de bagarres :D Une fois rentrée dans le film que je trouve excellent, j'ai fait abstraction de cela surtout avec un duo d'acteurs aussi bon :D
Dernière édition par Flavia le 31 déc. 11, 17:38, édité 1 fois.

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Re: John Sturges (1911-1992)

Messagepar Lord Henry » 31 déc. 11, 17:37

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Dernière édition par Lord Henry le 26 avr. 13, 09:50, édité 1 fois.
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Re: John Sturges (1911-1992)

Messagepar Jeremy Fox » 31 déc. 11, 17:38

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Fort Bravo (Escape from Fort Bravo, 1953) de John Sturges
MGM


Avec William Holden, Eleanor Parker, John Forsythe, William Demarest, John Lupton, Richard Anderson, Polly Bergen, William Campbell
Scénario : Frank Fenton d'après une histoire de Phillip Rock et Michael Pate
Musique : Jeff Alexander
Photographie : Robert Surtees (Anscocolor)
Un film produit par Nicholas Nayfack pour la Metro Goldwin Mayer


Sortie USA : 04 décembre 1953

Pour les amateurs de western, l’année 1953 allait s'achever en beauté ! Non seulement le studio du lion leur en délivrait un ‘exemplaire’ remarquable mais de plus il donnait l’occasion à John Sturges de faire son apparition sur les devants de la scène westernienne où il allait continuer à exceller, tout du moins au cours de cette décennie. L’ennuyeux Les Aventuriers du désert (The Walking Hills) avec Randolph Scott, daté de 1949, est parfois répertorié comme faisant partie du genre mais l’intrigue se déroulant l’année de son tournage, il doit être considéré avant tout (selon moi) comme un film d’aventure. Fort Bravo est un donc un premier essai superbement transformé, le meilleur western militaire depuis la fameuse trilogie de John Ford avec laquelle il possède d’ailleurs un certain nombre de points communs que nous détaillerons un peu plus loin, sans évidemment que les styles de l'un et l'autre réalisateurs se ressemblent. Même si Only the Valiant (Fort Invincible) de Gordon Douglas, Two Flags West (Les Rebelles de Fort Thorn) de Robert Wise, Ambush (Embuscade) de Sam Wood ou autres Rocky Mountain (La Révolte des dieux rouges) de William Keighley avaient eux aussi déjà défriché le terrain, s’ils contenaient des éléments intéressants repris ici par le scénariste Frank Fenton, le film de John Sturges dans son écriture et par sa mise en scène se révèle bien plus enthousiasmant que tous ces prédécesseurs (pourtant signés par de prestigieux réalisateurs), bien plus rigoureux et passionnant.


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Comme nous l'avons déjà dit à plusieurs reprises, si comparativement aux autres Majors, la MGM était peu prolifique en matière de western, on pouvait être sûr que trois fois sur quatre elle faisait de très bons choix ; et, contrairement à sa réputation de studio ‘guimauve’, des choix très adultes : après La Porte du Diable (Deevil's Doorway) d'Anthony Mann, déjà produit par Nicholas Nayfack, Fort Bravo est encore là pour nous le prouver, révélant par la même occasion au grand public le nom de John Sturges. Le cinéaste est entré à la RKO en 1932 où il fut assistant décorateur puis assistant monteur. Il sera ensuite de nouveau assistant décorateur mais cette fois pour David O' Selznick. De ses deux premiers métiers, il gardera des traces lorsqu'il passera derrière la caméra : il aura toujours l'œil pour choisir au mieux ses extérieurs et l'on remarquera que les décors de ses intérieurs en studio seront toujours très recherchés. Dans Fort Bravo, même ses séquences d'extérieurs en studio (celles se déroulant de nuit) sont étonnamment belles grâce à de savants éclairages de Robert Surtees ainsi qu'à des toiles peintes relativement réussies. Quant à sa formation de monteur, on la ressent au travers de sa parfaite maîtrise du découpage. Durant la Seconde Guerre Mondiale, il tournera 45 films d'instruction puis deviendra réalisateur de cinéma en 1946. A son actif, pas mal de thrillers de série B à priori assez efficaces. Mais il ne percera que huit ans plus tard avec le film qui nous intéresse ici, le premier MGM à utiliser le format 1.75 et dont voici le sujet.


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1863 alors que la Guerre de Sécession bat son plein ! Fort Bravo, position isolée dans le désert de l'Arizona, sert de camp pour les prisonniers sudistes. Le capitaine Roper (William Holden) y ramène un jeune soldat évadé en le trainant à pied, attaché à une corde derrière son cheval. Cet acte de cruauté est condamné non seulement par les autres captifs confédérés mais également par tous les autres occupants du fort, du médecin au Colonel. Lors d'une mission de reconnaissance pour découvrir les raisons du retard d'une caravane de chariots transportant des armes, le détachement de cavalerie qu'il commande découvre le convoi pillé, les hommes massacrés par les Mescaleros contre qui le chargement devait être utilisé. Une escarmouche s'ensuit, les Indiens ayant attendus la troupe à la sortie d'un canyon. Après une rude bataille, les soldats se portent au secours d'une diligence dans laquelle se trouve Carla Forester (Eleanor Parker) venue assister au mariage de son amie d'enfance, la fille du colonel Owens, avec le lieutenant Beecher (Richard Anderson). Mais la véritable raison de sa présence au fort est qu'elle a mis sur pied l'évasion de son fiancée qui n'est autre que l'officier supérieur des sudistes détenus, le capitaine Marsh (John Forsythe). L'évasion (direction le Texas) est prévue pour le soir des noces et Clara doit détourner l'attention de l'impitoyable Roper ; pour se faire, elle lui fait du charme. Roper est loin d'y être insensible. Mais ce dont cette 'femme fatale' était loin de se douter est qu'elle tomberait amoureuse à son tour de l'officier Yankee. Après le mariage, on déplore la fuite de cinq personnes. Roper décide de partir à la recherche des fugitifs, encore plus motivé que d’habitude quant il apprend que Clara s'est volatilisée avec les prisonniers confédérés…


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…Et c'est ainsi que prend fin la première moitié du film, celle se déroulant presque exclusivement dans l'enceinte du fort (avec néanmoins une sortie en ville ainsi qu'une assez longue et splendide séquence, celle de la mission pour aller retrouver les quatre chariots d'armes qui se poursuit par une embuscade à la sortie du canyon qui dès lors nous démontre la maestria du cinéaste quand à sa gestion de l'espace et de la topographie avec entre autres ses vues étonnantes filmées probablement d'hélicoptère). C'est durant cette première moitié du film que les points communs avec les films de cavalerie de John Ford sont les plus flagrants. Et tout d'abord la partition de Jeff Alexander qui n'a pas à rougir comparativement à celle que Richard Hageman écrivait pour 'le maître du western militaire'. Comme Hageman, Alexander mélange composition originale, airs folkloriques et militaires avec un très grand talent et sans jamais que sa musique ne soit envahissante, sachant même se faire discrète voire même absente, laissant parfois de longues plages de silence (notamment lors de la fameuse dernière demi-heure). Le générique se déroule sur la chanson "Yellow Stripes", une de celles que les Sons of the Pionners entonnaient dans Rio Grande. L'autre chanson, "Soothe My Lonely Heart" est une splendide ballade composée par Jeff Alexander et chantée par Stan Jones, qui servira également de thème d'amour durant tout le film et qui n'a rien à envier aux plus belles chansons des films de Ford. Tour à tour poignante et efficace, une partition digne d’éloges par un compositeur méconnu.


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Autres éléments qui font penser à l'univers fordien : la façon de filmer l'immensité des cieux nuageux (que ce soit durant les périodes ensoleillées ou orageuses), la description minutieuse de la vie quotidienne des habitants du fort avec les sorties en ville pour des achats, les promenades alentours et, en point d'orgue, les bals auxquels assistent même les officiers ennemis. Il y eut d'autres westerns militaires entre Fort Apache et Fort Bravo mais aucun d'entre eux n'avaient montré une telle acuité et une telle rigueur dans le portrait de groupe que constituent les soldats et civils vivant au sein d'un fortin (à l'exception peut-être d'un autre western MGM, le très bon Embuscade de Sam Wood). Et enfin –est ce fait exprès- la séquence nocturne au cours de laquelle William Holden fait visiter à Eleanor Parker son jardin où il cultive des roses, ressemble étrangement à cette autre fameuse scène qui voyait, dans La Charge héroïque, Joanne Dru aller visite à John Wayne alors que ce dernier se recueillait sur la tombe de son épouse. Bref, durant cette première partie, on se sent en terrain connu en compagnie de ces soldats, ce colonel compréhensif, ces femmes douces et aimantes... Cependant, malgré tous ces éléments ressemblants, l'univers de Sturges est aussi éloigné que possible de l'univers fordien, la rigueur et la concision de l'un remplaçant l'apparente nonchalance de l'autre, Sturges ne s'attardant pas sur les 'à-côtés' s'ils ne servent pas directement son intrigue, n'utilisant pas la digression pour se (et nous) faire plaisir. De nombreux points communs mais deux conceptions totalement différentes pour deux résultats qui peuvent néanmoins se révéler tout aussi réjouissants même si certains ne manqueront pas de dire (pas nécessairement à tort) que le film de Sturges ne peut-être considéré que comme un exercice de style (aussi remarquable soit-il) manquant un peu d’enjeux dramatiques, ne pouvant ainsi prétendre atteindre les sommets des trois films précédemment réalisés par John Ford.


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L’excellent scenario signé Frank Fenton (d’après une histoire de Phillip Rock et de Michael Pate ; oui l’acteur qui jouait le chef Apache Vittorio dans Hondo de John Farrow) est clairement découpé en deux parties bien distinctes. La première présente la situation, les personnages et les forces en présence avec rigueur et clarté. La première séquence voit l’intransigeant et ténébreux capitaine Roper trainer derrière son cheval un captif assoiffé et transi de fatigue qu’il malmène sans s’en soucier. Alors que nous jugeons le personnage odieux de prime abord, les autres protagonistes ne font que renforcer cette impression, fustigeant tous sa trop grande fermeté. "Only The Good Die Young" lui dira son homme de main pour lui faire comprendre qu’il ne risque rien lors de son départ pour une dangereuse mission. Lorsque son Colonel le voit rentrer avec son prisonnier brutalisé, il lui dit "When I see you soldiering, Roper, I'm glad we're in the same army." Enfin, Clara le décrit ainsi, "une main verte dans un gant de fer" après l’avoir vu avec surprise s’occuper durant son temps libre de cultiver des roses à l’arrière de son baraquement. Mais au fur et à mesure de l’avancée du film, sous sa carapace de dur à cuire se fait jour un être humain rempli d’incertitudes, admiratif devant la nature, jardinier à ses heures perdues et au cœur d’artichaut. William Holden trouve peut-être ici le plus beau rôle de sa carrière westernienne jusqu’à présent ; il y est impeccable et fortement charismatique.


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Sa romance avec Eleanor Parker est d’ailleurs tout à fait convaincante. Mais qui n’aurait pas succombé au charme d’une si jolie femme ?! L’actrice s’avère d’ailleurs aussi belle que talentueuse. Après nous avoir ébloui dans Detective Story de William Wyler et dans Scaramouche de George Sidney, elle recommence à nouveau dans Fort Bravo, la costumière lui ayant concocté un ensemble de tenue qui la mettent parfaitement en valeur que ce soit dans des robes de soirée ou des vêtements d’hommes. Les plans au cours desquels le couple va se promener sur les hauteurs de Death Valley sont esthétiquement à couper le souffle ; la façon qu’à Eleanor Parker de se déplacer au sein de ces paysages qui l'intimident, avec en arrière fond musical le thème splendide de Jeff Alexander, est inoubliable ! Clara est un personnage tout aussi intéressant que son partenaire masculin, se voyant écartelée entre deux hommes, tombant amoureuse de celui à qui elle devait jouer la comédie pour sauver son compagnon d'origine. La dernière séquence en commun où, allant se sacrifier, Roper la 'saupoudre' de terre pour faire croire aux indiens à sa mort, est formidable de sensibilité et termine cette touchante romance de la plus tendre des manières.


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John Forsythe en rival amoureux qui finit par accepter l'amour que porte sa fiancé à un autre homme est tout aussi talentueux tout comme le jeune John Lupton dans le rôle du déserteur poète qui se laisse arrêter une deuxième fois après n'avoir pas eu le courage de suivre ses camarades d'évasion et tenant ce discours à Roper comme quoi tout le monde ne peut être un héros, revendiquant par la même occasion le droit à la peur. Ce ‘couard intellectuel’ malmené par les deux camps trouvera à démontrer sa valeur au cours du final que je vous tairais malgré le fait qu'il puisse être jugé comme conventionnel. Quant au duo William Campbell et William Demarest, sorte de faire-valoir humoristique dans un western à l'imperturbable sérieux (durant les 50's, John Sturges n'apprécie pas particulièrement quelque sorte d'humour que ce soit), même si leurs numéros de 'chamaillerie' par l'intermédiaire de répliques cinglantes deviennent un peu systématique, ils n'en sont pas moins pour autant très réussis puisque les dialogues dans leur ensemble le sont grandement eux aussi. Et puis leur dernière scène en commun (que je vous laisse également découvrir) est de toute beauté. Enfin, pour en finir avec la description du groupe qui se retrouvera piégé en fin de film, Richard Anderson, l'officier fidèle, sans trop en faire, complète ce casting de premier ordre, parfaitement rodé pour ce style de film.


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La seconde partie, plus sèche dans son traitement, débute alors que Roper se lance à la poursuite des fugitifs ; et c'est une succession de moments plus intenses les uns que les autres, de véritables morceaux de bravoure. Une bagarre à poings nus d'une grande brutalité se déroulant sous une cascade entre les deux rivaux amoureux ; une course poursuite qui se déroule, après de somptueux plans d'ensemble (sur les indiens en contre jour debout sur une corniche montagneuse), dans les paysages fantomatiques de la vallée de la mort que Sturges filme à merveille ; puis enfin, après la chute de cheval d'un des membres du groupe, le rassemblement de ces derniers dans le lit d'une rivière asséchée formant une sorte de renfoncement circulaire creusé dans le sol où les Indiens vont tenter de les assiéger. Scène d'anthologie qui démontre le génie de John Sturges quand il s'agit de placer ses comédiens dans le cadre, de découper une séquence, d'appréhender l'espace, de nous donner une vue la plus claire possible de la topographie des lieux et pour gérer un timing. Pas loin de trente minutes sans quasiment plus aucune musique et au cours desquelles on assiste à la fraternité naissante entre les ex-ennemis qui décident de se serrer les coudes et faire front commun devant l'adversité. On oublie les rancœurs et l'on ne pense plus qu'à une chose, à survivre ensemble. Une formidable séquence de suspense au rythme soutenu et à la tension grandissante où l'on voit à l'œuvre l'intelligence tactique et stratégique des Indiens lors des quelques minutes qui ont rendu le film célèbre, celles où l'on les voit venir planter des lances autour du groupe afin de définir une cible pour les pluies de flèches multicolores qui vont ensuite tomber en rafales, mordant et transperçant les chairs avec une violence assez inaccoutumée. Du très grand art, et ce, jusqu'à la dernière minute avec également un remarquable travail sur le son.


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L'utilisation prodigieuse des décors naturels font que certaines images resteront probablement collées à vos rétines bien après la fin du film ; celles des rochers rouges démesurés filmés en contre plongée, des défilés inquiétants, de l'immensité des plateaux à découverts que surplombent les guerriers indiens prêts à fondre sur l'armée. Et la poésie n'est pas non plus absente de ce western stylisé ; preuve en est la superbe scène du cheval noir revenant en pleine nuit sous la clarté de la lune. Beaucoup de séquences et de plans mémorables dans ce film qui fut projeté dans deux formats différents, le 1.37 traditionnel ainsi que le 1.75, format large choisi par la MGM et les studios Disney alors que tous les autres allaient directement passer au scope, soit le 2.35. D’ailleurs John Sturges disait une vingtaine d’années plus tard lors d’une interview donnée en 1970, avoir toujours regretté de ne pas avoir pu réaliser son film en scope alors qu’au même moment la Fox tournait le premier film qui allait sortir dans ce format, La Tunique (The Robe). La copie que l’on trouve sur le DVD est celle en 1.75 ; l’on constate un petit manque d’image en haut et en bas du cadre mais ça reste néanmoins quasiment toujours très beau.


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Parfaitement rythmé, d'une fluidité étonnante dans l'écriture, d'une rigueur parfaite dans la narration, rempli de trouvailles scénaristiques originales, Fort Bravo est un western d’une redoutable efficacité nous proposant de plus une galerie de personnages tous fortement typés mais jamais figés, ce qui nous les rend finalement tous très attachants. Romance et action, psychologie et suspense font bon ménage au sein de ce solide et remarquable exercice de style, plastiquement superbe. Un western virtuose mais non privé de chaleur humaine. Une formidable réussite.

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Julien Léonard
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Re: John Sturges (1911-1992)

Messagepar Julien Léonard » 4 janv. 12, 13:48

Cela dit, la dernière demie-heure dans la ville fantôme propose pas mal d'action, ce qui rehausse un peu les attentes du spectateur de ce côté-là. J'ai été un brin déçu par ce film (je l'ai découvert à la suite de Fort Bravo, Règlement de comptes à OK Corral et Le dernier train de Gun Hill qui m'ont énormément plu). Mais tout est relatif, c'est un très bon film à mon avis, doté de la prestation toujours exceptionnelle de Richard Widmark. Cet acteur était sans doute l'un des meilleurs de son époque. Jusqu'ici, sur près d'une trentaine de films que j'ai vu, je ne l'ai trouvé mauvais dans pas un seul d'entre eux. Et puis, sans avoir leur popularité, il savait choisir ses films quasiment aussi bien qu'un Burt Lancaster ou qu'un Kirk Douglas.

Robert Taylor est plus effacé, pour reprendre les mots de Flavia. Je le trouve même assez terne à vrai dire. Je me demande s'il ne s'ennuyait pas un peu dans ce rôle. Connaissant le bonhomme, il était pourtant régulièrement capable de prestations remarquables.

Reste Sturges qui commande son film avec l'habileté qu'on lui connait. Rien à dire, ce réalisateur savait ce qu'il faisait.
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Re: John Sturges (1911-1992)

Messagepar Wicker » 12 janv. 12, 15:13

Julien Léonard a écrit :Robert Taylor est plus effacé, pour reprendre les mots de Flavia. Je le trouve même assez terne à vrai dire. Je me demande s'il ne s'ennuyait pas un peu dans ce rôle. Connaissant le bonhomme, il était pourtant régulièrement capable de prestations remarquables.


Après l'avoir découvert hier soir, je suis d'accord avec cela. J'ai été un peu déçu par sa performance alors qu'il peut être excellent. Ici, il se fait clairement voler la vedette par un Richard Widmark en grande forme. Pour sa défense, le rôle de ce dernier était plus intéressant et effectivement, le personnage de ce bandit devenu shérif est un mon sens un peu mal construit au niveau du scénario et l'ennuyait sans doute un peu. La scène où Taylor minimise son rôle de desperado ("moi je le faisais parce que c'était mon devoir de soldat, lui parce qu'il avait toujours fait ça", mais pourquoi as-tu continué après la guerre alors ?) montre assez bien le problème du personnage. Pourquoi en effet a-t-il continué une fois la guerre finie ? Il semble n'avoir jamais éprouvé de sympathie envers Widmark alors que l'inverse était vrai (difficile à croire que Widmark aurait sauvé qqn qui le méprisait) et enfin on ne sait absolument pas comment il s'en est tiré pour passer de chef d'une bande de bandits à shérif. Et lorsqu'il dit qu'il est plus honorable de mettre à sac une ville en tant que soldat qu'en tant que bandit, on envie de lui rire au nez avec Widmark. A l'heure où les héros du far west se faisaient plus ambigus (Vera Cruz, Coup de fouet en retour), on aurait pu attendre (surtout pour un film de Sturges), une psychologie plus poussée du personnage.
J'ai également trouvé Patricia Owens peu intéressante et l'on sent que le film ne disposait pas de gros moyens (bcp d'extérieurs sont quand même en studio).
Cela dit, qu'on ne s'y méprenne pas, j'ai pris bcp de plaisir à voir ce film: l'attaque de la ville fantôme et la poursuite finale sont de grands moments qu'on aurait même souhaité être développés (de même que d'autres éléments du film tel que l'opposition entre Widmark et la nouvelle recrue). Mais je suis un peu déçu car j'en attendais plus et frustré car je trouve qu'il y avait matière a être plus développé.
Pour finir, pour les BDphiles, le film est une des bases qui a influencé à Charlier la trilogie de l'or des confédérés de Blueberry (principalement l'affrontement entre la bande d'anciens sudistes face à leur ancien colonel qui a caché une fortune dans un cimetière mexicain). :wink:
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Re: John Sturges (1910-1992)

Messagepar Rick Blaine » 2 mars 12, 09:56

Jeopardy (La Plage Déserte, 1953)

Une famille américaine part passer des vacances sur une plage déserte de la Californie Mexicaine. Le père se retrouve coincé par une poutre alors que la marée monte. La mère (B. Stanwyck) part chercher du secours.

Jeopardy est un excellent petit film à suspense. Court, ramassé même, il impose un superbe rythme, notamment dans une première partie absolument excellente, tantôt drôle et tantôt stressante, qui mène notre petite famille sur la route des vacances vers cette fameuse plage. On notera particulièrement la visite de la ville frontière, qui met au défi la résistance de la famille aux vendeurs de toute sorte, séquence particulièrement hilarante. L'arrivée sur la plage, et toute la séquence qui mène au drame proprement dit est parfaitement maitrisée et découpée, pour un suspense d'une efficacité redoutable.
J'ai trouvé la seconde partie un petit peu moins efficace. Ralph Meeker est parfait en tueur dangereux, mais les effets de suspens m'ont paru moins efficace, et le final légèrement discutable.
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Pourquoi Meeker devient il subitement un bon samaritain alors que tout ce qui précédé le montre comme un fou dangereux? Une fois qu'il a les papiers et la voiture, il a ce qu'il faut pour fuir.

Toutefois, ça ne gâche pas le plaisir que l'on a devant le film, qui avec quelques personnage et quelques décors est tout à fait passionnant. Sa courte durée et son découpage efficace permet de ne pas s'attarder sur quelques détails moins réussis. Excellent.

J'ai enchainé:

Escape From Fort Bravo (Fort Bravo, 1953)

J'avais découvert le film il y a peu (2 ans, 2 ans et demi maximum), et pourtant, à part quelques images qui me sont revenu durant le film (notamment la fin), j'en avais gardé peu de souvenirs. Ceci explique certainement ma relative tiédeur de ces derniers jours, et j'imagine que je devais être bien fatigué lorsque je l'ai découvert pour passer à côté d'une telle réussite. Fort Bravo est un grand western. Remarquablement écrit, remarquablement filmé, rythmé et passionnant. Bref, pas la peine que je fasse trop long, je me range à l'avis de Jeremy!

Ah si, tout de même, Eleanor est :oops: :oops: . C'est une vérité absolue, mais c'est particulièrement vrai pour ce film. :fiou:
Dernière édition par Rick Blaine le 2 mars 12, 10:02, édité 1 fois.

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Jeremy Fox
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Re: John Sturges (1910-1992)

Messagepar Jeremy Fox » 2 mars 12, 10:00

You know what ? I'm happy !

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Re: John Sturges (1910-1992)

Messagepar Rick Blaine » 2 mars 12, 10:01

Jeremy Fox a écrit :You know what ? I'm happy !


:D