John Cassavetes (1929-1989)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Federico
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Re: John Cassavetes (1929-1989)

Messagepar Federico » 26 nov. 10, 12:08

J'avais eu du mal à rentrer à fond dedans la première fois, sans doute trop jeunot car le cinéma de Cassavettes, qui semble pourtant réalisé par un éternel ado qui tourne avec sa bande de potes demande une certaine maturité pour être apprécié à sa juste valeur. Je l'ai revu récemment et c'est quand même quelque chose... Même si je lui préfère d'autres Cassavettes, la ballade à la fois mélancolique et enjouée de Cosmo Vitelli (Gazzara a, comme le Gabin du Jour se lève, un oeil triste et un oeil gai) patron d'une boîte minable avec des numéros piteux est souvent poignante. Bien sûr, il y a comme toujours des longueurs car difficile d'imaginer Cassavettes assis devant un combo et criant "cut ! elle est bonne" mais plutôt accompagnant le jeu de ses comédiens avec de grands mouvements de bras, clope au bec et sourire crispé tel un manager de boxe, faisant signe à son chef-op' de laisser tourner la bobine. Il filme à nouveau des losers magnifiques (Gazzara et sa fleur en boîte, ses girls, son Mr Loyal au haut de forme de traviole et au pseudo hallucinant de Mr. Sophistication !...) avec une tendresse maousse de chez costaud, le tout sous le ciel déprimant, terne et sec d'une Californie où on ne croisera aucun beach boy.

Quant à Timothy Carey, il faut lire le chapitre que lui consacre Philippe Garnier dans Caractères : Moindres lumières à Hollywood. Il le qualifie de "character actor le plus radical du cinéma", preuves à l'appui (et dans le genre fou furieux, il sera difficile à surpasser).
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Père Jules
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Re:

Messagepar Père Jules » 3 déc. 10, 23:30

Ouf, milk soup a écrit :Mais HUSBANDS, NOM D'UN CHIEN!!! C'est pour quand la galette!!!! D'autant plus qu'apparemment l'université de LA a l'intention de remonter le film pour le raccourcir, notamment la scène du banquet des petits vieux... :evil: :evil: :evil: :evil: :evil: On se grouille, les éditeurs!!!!

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tenia
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Re: Re:

Messagepar tenia » 3 déc. 10, 23:55

Père Jules a écrit :
Ouf, milk soup a écrit :Mais HUSBANDS, NOM D'UN CHIEN!!! C'est pour quand la galette!!!! D'autant plus qu'apparemment l'université de LA a l'intention de remonter le film pour le raccourcir, notamment la scène du banquet des petits vieux... :evil: :evil: :evil: :evil: :evil: On se grouille, les éditeurs!!!!

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Y a déjà aux USA 2 éditions disponibles, dont une avec la version longue...

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Re: Re:

Messagepar Père Jules » 4 déc. 10, 09:10

tenia a écrit :
Père Jules a écrit :
Ouf, milk soup a écrit :Mais HUSBANDS, NOM D'UN CHIEN!!! C'est pour quand la galette!!!! D'autant plus qu'apparemment l'université de LA a l'intention de remonter le film pour le raccourcir, notamment la scène du banquet des petits vieux... :evil: :evil: :evil: :evil: :evil: On se grouille, les éditeurs!!!!

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Y a déjà aux USA 2 éditions disponibles, dont une avec la version longue...

Je parle d'une version zone 2. Il eut été tellement bien de le trouver dans le coffret que (j'espère) tout le monde possède.

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Re: John Cassavetes (1929-1989)

Messagepar Père Jules » 11 déc. 10, 12:05

A Child Is Waiting (1963)

Le propos du film (comment soigner et donner une existence digne à des gamins déficient mentaux) est louable. Pourtant il a tous les défauts qu'un film à thèse peut avoir. Emotionnellement bien sûr, il est très difficile de ne pas verser nous, spectateurs, dans un compassionnel mal à l'aise (entre l'envie folle que ces mômes arrivent à quelque chose et un sentiment voyeuriste dont je n'ai pas réussi à me détacher durant toute la durée du film). Assez paradoxalement le reproche majeur à faire à Un enfant attend est qu'il s'attache à faire exactement ce que Lancaster reproche au personnage de Judy Garland, à savoir s'attacher à un seul enfant. J'accepte bien entendu d'entendre que d'avoir un regard plus distancié aurait fait de ce film avant tout un documentaire mais je n'ai pourtant pas pu me départir de ce sentiment.

Ensuite, la musique. C'est un pensum ! Je ne supporte plus ces scores qui nous disent que là "faut pleurer", ici "être mélancolique", où encore "s'inquiéter". Ça me fait penser aux séries où le public nous indiquait où rire. Si la pellicule noir et blanc pouvait faire croire à un traitement tout en sobriété du sujet, la musique elle ruine cet effort. Les prestations de Lancaster et Garland sont très sérieuses et ne souffrent aucun reproche. Un film de commande pour Cassavetes qui constitue (et on en aurait presque un sentiment de culpabilité) sans doute l'un des plus faibles de sa carrière de réalisateur.

Déception donc, doublée d'un malaise.

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Thaddeus
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Re: John Cassavetes (1929-1989)

Messagepar Thaddeus » 26 sept. 11, 11:05

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Shadows
C’est au moment même où la Nouvelle Vague éclot en France que, de l’autre côté de l’Atlantique, Cassavetes éprouve les méthodes balbutiantes du cinéma-vérité pour donner vie à cet instantané brut d’une poignée d’existences, libéré de la machinerie du studio et du souci de la perfection technique. Soit une chronique de la solitude urbaine et du racisme ordinaire, sans début ni fin, conçue autour de l’improvisation suivie de quelques acteurs non consommés mais remarquables, apportant à leurs personnages une criante authenticité. Le recours au gros grain de l’image, aux extérieurs réels, aux plans longs se pliant au rythme du langage parlé et égalisant temps forts et temps faibles… Tout le film reflète, fond et forme indissolublement liés, le climat intellectuel des cercles new-yorkais qui l’imprègnent. 4/6

Faces
En un peu plus de deux heures et une demi-douzaine de scènes paroxystiques, le film met définitivement au point la démarche de Cassavetes (étirement du temps, plan-séquence comme principe de base), et traduit comme son titre l’indique une véritable obsession du visage, traqué, scruté, poussé à son expression la plus physique, mis à nu en une suite de gros plans à la limite de l’indécence. À la faveur d’une caméra hypermobile qui conduit le récit, extrait des morceaux de vérité brute, débusque la détresse des protagonistes et cherche à faire rencontrer corps et langage, rire et douleur, c’est la faillite des rapports conjugaux, minés par autant d’insatisfactions que d’espérances, que dissèque le cinéaste, avec un mélange de brutalité viscérale et de profonde tendresse qui dictera tous les films suivants. 5/6

Husbands
Disant la clôture dans laquelle se tient enfermée une certaine middle-class américaine, Cassavetes poursuit ses recherches et applique les mêmes préceptes à cette longue dérive de trois hommes mariés. Il approfondit le parti pris de laisser aux scènes, largement improvisées, leurs longueurs et leurs tunnels, et choisit une texture granuleuse et floue en 16 mm gonflé qui maintient un sentiment d’ironie et de distance. En ressort une chronique poignante de la vie ordinaire, magnifiée par trois acteurs très investis, qui semble capter le tempo de la vie, ses cycles d’exaltation et de retombée, ses accidents imprévisibles et ses soubresauts, à l’image de l’anthologique séquence du bar où une consommatrice est mise en boîte, pur moment d’authenticité dans une œuvre qui ne compte pourtant que cela. 5/6
Top 10 Année 1970

Minnie et Moskowitz
Comme ponctuellement délivré de ses penchants les plus tourmentés, le cinéaste réacclimate la comédie loufoque des années 30 dans le Los Angeles des névroses contemporaines et nous donne à ressentir rien moins que la chimie irrationnelle de l’amour et de la reconnaissance partagée. On se tape la tête contre les murs, on fait des choses ridicules, on en perd le nord et le reste, mais on a la conscience qui s’élève et le cœur plus fort, on devient meilleur. C’est ce qui arrive à Minnie, bourgeoise déboussolée (Gena plus belle que jamais), et Seymour, histrion cabochard au physique de Gaulois, qui donnerait sa vie pour elle : deux célibataires de mentalité, de culture et d’origine sociale antinomiques, qui larguent leurs préjugés et se jettent dans les bras l’un de l’autre. Un conte de fées à la Cassavetes, cocasse, euphorisant, touché par la grâce. 6/6
Top 10 Année 1971

Une femme sous influence
Sans jamais juger, justifier ni expliquer les causes de son malaise, Cassavetes offre le portrait bouleversant d’une mère déchirée entre plusieurs pouvoirs, plusieurs rôles, et conçoit une sorte de happening concerté qui permet à ses comédiens de s’exprimer en toute impudeur. Au travers d’un psychodrame éprouvant, d’une aventure existentielle unique et exténuante, il épouse la mouvance de sentiments imprévisibles, parcourant toute la gamme des émotions, de la comédie la plus débridée au mélodrame le plus strident. Cette chronique de la déraison montre comment, face à l’incommunicabilité, une femme névrosée transforme son malheur en une représentation permanente, envoyant des signaux de détresse que personne ne parvient à déchiffrer. Cette femme sous influence, c’est Gena Rowlands, extraordinaire, dans le rôle de sa vie. 6/6
Top 10 Année 1974

Meurtre d’un bookmaker chinois
Lorsqu’il investit le genre très codé du film noir, Cassavetes en renouvelle de fond en comble la tradition en approfondissant encore son art de l’aléatoire et en lui appliquant un traitement hyperréaliste, dépouillé, tout en filmage désaxé, indolent, dénué du moindre glamour. On y suit le périple fatal, traversé par une tension latente, d’un petit patron de music-hall minable, toujours entouré de stripteaseuses qu’il couve et chérit, mais habité d’un mal-être qui ne s’exprime pas, travaillé par des ambitions plus grandes que lui, et traînant son spleen dans un Los Angeles glauque et pittoresque qui lui est parfaitement raccord. C’est ce qu’on appelle un (très) bon film d’atmosphère, happé du fin fond de la nuit, et où le destin se scelle comme dans tous les thrillers par une balle perdue, ultime grimace. 4/6

Opening night
Myrtle Gordon est une grande comédienne arrivée à la croisée des chemins, et doit accepter la douloureuse maturité constituant le sujet de la pièce dont elle tient le rôle principal. Son appartement, coupé en deux par un rideau rouge, est comme un décor ; sur scène se joue sa crise d’identité – véritable jeu pirandellien. Cassavetes organise une matière en fusion, filme la dépense nerveuse et l’épreuve prométhéenne de l’actrice, flirte avec le fantastique en convoquant l’effrayant fantôme de la jeunesse disparue, accompagne l’héroïne dans son abandon vital aux puissances du théâtre jusqu’à une séquence finale de représentation live où, ivre morte, elle puise au fond d’elle-même et du soutien de la troupe pour accomplir sa quête de vérité. Œuvre splendide, parachevée par une interprétation au-delà de tout. 5/6
Top 10 Année 1977

Gloria
Le cinéaste prouve à nouveau que la greffe du polar avec son univers prend bien. Cette odyssée du bitume, cernée par des bas-fonds urbains et diurnes, des immeubles en coupe-gorge, des bouches de métro menaçantes, inverse les rôles traditionnels en démasquant ironiquement les outrances masculines du genre. À travers la rencontre d’une ex-maîtresse de parrain new-yorkais, qui n’a pas peur de jouer de la gâchette, et d’un orphelin portoricain traqué par la Mafia, il s’intéresse aux limites d’un désir ne pouvant s’accomplir que dans l’imaginaire, et se place du côté de ces rêveurs qui ne triomphent pas du système mais se mêlent de le défier en goûtant à l’ivresse de l’illusion. Les gangsters n’ont qu’à bien se tenir, ils ont une femme à leurs trousses : pas de doute, on est bien chez Cassavetes. 4/6

Love streams
Le réalisateur tourne la même histoire différente de solitude et de violence rugueuse, traversée par l’amertume d’avoir côtoyé le paradis sans jamais l’atteindre. Celle ici d’un frère et d’une sœur unis comme deux amants par une tendresse fusionnelle, qui surmontent crânement leurs échecs en s’inventant de nouvelles vies. Les torrents du titre forment les flux et reflux d’une continuité vitale ne pouvant être trouvée que dans l’amour, son manque, sa douleur, ses inextinguibles débordements. Fait de bonheurs fragiles et de déchirements, le film refuse tout principe de retraitement pour mettre à nu une intériorité et des émotions qui emportent tout sur leur passage. C’est un cinéma d’effusion intarissable, douloureux mais jamais noir, qui arrache à ses personnages de poignants morceaux de vérité pure. 5/6


Mon top :

1. Une femme sous influence (1974)
2. Minnie et Moskowitz (1971)
3. Opening night (1977)
4. Husbands (1970)
5. Love streams (1984)

Cinéaste écorché, tourmenté mais à l’expression pétrie de tendresse et d’humanité, qui a inventé une expression viscéralement proche de ses personnages, et dont les recherches de captation du réel et de l’authenticité émotionnelle ont sans doute influencé nombre de réalisateurs par la suite, Cassavetes est l’un des pères du cinéma indépendant actuel, et l’un des très grands noms américains des années 60-70.
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Re: John Cassavetes (1929-1989)

Messagepar Amarcord » 27 sept. 11, 11:11

Stark a écrit :
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Faces
En un peu plus de deux heures et une demi-douzaine de séquences paroxystiques, le film pose les bases de la méthode Cassavetes et traduit, comme son titre l’indique, une véritable obsession du visage, traqué, débusqué, poussé à son expression la plus physique, mis à nu en une suite de gros plans à la limite de l’indécence. A travers ces morceaux de vérité brute, c’est la faillite des rapports conjugaux que dissèque le cinéaste, avec un mélange de brutalité viscérale et de profonde tendresse qui imprégnera tous les films suivants. 5/6

Husbands
Cassavetes poursuit cette recherche et applique les mêmes préceptes dans cette triste dérive de trois hommes mariés, qui approfondit le parti pris de laisser aux scènes, très largement improvisées, leurs longueurs et leurs tunnels. En ressort une nouvelle chronique poignante de la vie ordinaire, magnifiée par trois acteurs très investis, qui semblent capter le tempo de la vie, ses cycles d’exaltation et de retombée, ses accidents imprévisibles et ses soubresauts, à l’image de l’incroyable séquence du bar londonien, pur moment d’authenticité dans une œuvre qui ne compte pourtant que ça. 5/6

Une femme sous influence
Sans jamais juger, justifier ou analyser les comportements de ses personnages, Cassavetes offre le portrait bouleversant d’une mère déchirée entre plusieurs pouvoirs, entre plusieurs rôles, et conçoit son film comme un happening concerté pour permettre à ses comédiens de s’exprimer physiquement en toute impunité, en toute impudeur. Au travers d’un psychodrame éprouvant, d’une aventure existentielle unique et exténuante, il épouse la mouvance de sentiments imprévisibles, parcourant toute la gamme des émotions, de la comédie la plus débridée au mélodrame le plus strident. Cette femme sous influence, c’est Gena Rowlands, extraordinaire, dans le rôle de sa vie. 6/6

Meurtre d’un bookmaker chinois
Lorsqu’il investit le genre très codé du film noir, Cassavetes en renouvelle de fond en comble la tradition en lui appliquant un traitement hyperréaliste, dépouillé, tout en filmage désaxé, indolent, dénué du moindre glamour. On y suit le périple fatal, habillé par une tension latente qui explose lors de la scène-titre, d’un petit patron de music-hall minable, gangrené par un mal-être qui ne s’exprime pas, des ambitions plus grandes que lui, et traînant son spleen dans un Los Angeles nocturne, glauque et pittoresque à la fois, qui lui est parfaitement raccord. C’est ce qu’on appelle un grand film d’atmosphère. 5/6

Love streams
Le dernier film de Cassavetes semble récapituler et porter à incandescence toute la matière de son cinéma. S’y confrontent deux êtres seuls et écorchés, mais réunis par la même quête éperdue d’amour. Plus que jamais, le film se fait la traduction fiévreuse d’une sensibilité exacerbée, faite de bonheurs fragiles et de déchirements douloureux, refusant tout principe de retraitement pour mettre à nu une intériorité et des émotions, entre le rire et les larmes, qui emportent tout sur leur passage. C’est un cinéma d’effusion intarissable, désespéré mais jamais noir, qui arrache à la vie de ses personnages de poignants morceaux de vérité pure. 5/6

Pas vu les autres.

Mon top :

1. Une femme sous influence (1974)
2. Husbands (1970)
3. Love streams (1983)
4. Faces (1968)
5. Meurtre d’un bookmaker chinois (1976)

Cinéaste écorché, tourmenté, qui a inventé une expression viscéralement proche de ses personnages, et dont les recherches de captation du réel et de l’authenticité émotionnelle ont sans doute influencé nombre de réalisateurs par la suite, Cassavetes est l’un des très grands noms du cinéma américain des années 60-70.

J'ai quand même du mal avec Husbands (auquel je n'ai jamais vraiment accroché.. mais plus revu depuis des lustres !) et aussi (dans une moindre mesure, quand même) avec Minnie & Moskowitz. En revanche, Une femme sous influence est sans doute mon Cassavetes préféré, ex-aequo avec Opening Night (que tu n'as pas vu, donc, si j'ai bien suivi... la claque totale, tu verras ! :wink: ). J'avoue aussi un faible pour Meurtre d'un bookmaker chinois.

Stark a écrit :Cinéaste écorché, tourmenté, qui a inventé une expression viscéralement proche de ses personnages, et dont les recherches de captation du réel et de l’authenticité émotionnelle ont sans doute influencé nombre de réalisateurs par la suite, Cassavetes est l’un des très grands noms du cinéma américain des années 60-70.

Je trouve, justement, que, dans Husbands, ça fait très artificiel. J'ai notamment le souvenir (très pénible) d'interminables beuveries... L'ivresse, au cinéma, c'est ce qui m'ennuie le plus, je crois... C'est très casse-gueule à capter et, pour tout dire, je ne connais aucun exemple où je puisse dire que c'est réussi... Et si même Cassavetes s'y est cassé les dents (pour moi), je me dis que personne d'autre ne pourra jamais y arriver.
Incidemment, ce que tu dis ci-dessus du cinéma de Cassavetes (que je me suis permis de souligner, et à quoi je souscris pleinement) me paraît s'appliquer aussi à quelqu'un comme Maurice Pialat. Dans les deux cas (surtout chez Pialat, quand même, je trouve), pas le moindre gramme de gras : c'est sec, viscéral et, surtout, toujours digne.
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Re: John Cassavetes (1929-1989)

Messagepar Watkinssien » 27 sept. 11, 14:47

Les goûts comme quoi.

Pour ma part, dans Husbands, il n'y a absolument rien d'artificiel... Je n'ai que rarement ressenti cette impression de voir la vie se faire au moment où les séquences se déroulent. La fameuse séquence de beuverie résume pour moi le cinéma de Cassavetes... On pousse dans ses derniers retranchements physiques, psychologiques et intellectuels un acteur-personnage dans telle situation pour qu'il puisse être aimé, apprécié... Du coup, ce n'est pas la beuverie que l'on retient, c'est le parcours pour arriver à être aimé ou pour parvenir à se sublimer... Et c'est puissant !
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Re: John Cassavetes (1929-1989)

Messagepar Federico » 27 sept. 11, 20:08

Amarcord a écrit :Je trouve, justement, que, dans Husbands, ça fait très artificiel. J'ai notamment le souvenir (très pénible) d'interminables beuveries... L'ivresse, au cinéma, c'est ce qui m'ennuie le plus, je crois... C'est très casse-gueule à capter et, pour tout dire, je ne connais aucun exemple où je puisse dire que c'est réussi... Et si même Cassavetes s'y est cassé les dents (pour moi), je me dis que personne d'autre ne pourra jamais y arriver.
Incidemment, ce que tu dis ci-dessus du cinéma de Cassavetes (que je me suis permis de souligner, et à quoi je souscris pleinement) me paraît s'appliquer aussi à quelqu'un comme Maurice Pialat. Dans les deux cas (surtout chez Pialat, quand même, je trouve), pas le moindre gramme de gras : c'est sec, viscéral et, surtout, toujours digne.

J'ai le même souvenir (lointain mais) mitigé de Husbands que j'avais trouvé beaucoup trop long, mais je suis prêt à retenter l'expérience, par admiration globale pour le cinéaste.
D'accord pour le parallèle avec Pialat. Ils sont de la même sève, riche, généreuse et velue. Si le terme n'avait pas été déjà utilisé pour un autre style et d'une autre époque, je les qualifierai tous deux d'immenses... réalistes poétiques.
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Re: John Cassavetes (1929-1989)

Messagepar Nomorereasons » 28 sept. 11, 11:21

Pialat et Cassavetes sont en effet deux cinéastes à vif, qui observent le réel sans faire de concessions ni de recherche esthétisante. Ceci posé, chez Cassavetes, il y a une empathie entre les personnages, une réflexion sur la vie en société, sur la façon dont chacun y trouve sa place et l'effort que cela réclame: il y a des crises de nerfs et, en face, de la patience et de la clémence, même si cela n'aboutit pas toujours. Tous ces gens sont souvent déracinés et doivent apprendre à s'accepter mutuellement, c'est un cinéma de la fraternité. En ce sens c'est parfois très américain, et certains passages de "Gloria" n'évitent pas le mélodrame.
Pialat, à côté, est un paysan auvergnat; la famille y est cette fois considérée sous un angle paternel, on y parle comme ses ancêtres, avec un rudiment et une crudité presque terreuses même lorsque les films se déroulent à Paris ou dans des milieux bourgeois. Dès lors les personnages ne recherchent pas nécessairement ni la tolérance ni la coexistence pacifique, leur terreau leur suffit, ou bien ils le recherchent s'il leur manque.
Pour ma part le cinéma de Cassavetes ne me touche pas réellement malgré quelques accidents heureux (Shadows, la scène du meurtre du bookmaker) tandis que celui de Pialat me fascine et m'estomaque, j'y vois une humanité extrêmement profonde et qui tient toute seule, sans l'appui même de la morale ou d'une vue claire de ce qui motive les personnages.

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Re: John Cassavetes (1929-1989)

Messagepar Lord Henry » 24 févr. 12, 22:35

Je viens de tomber sur un épisode de Voyage au Fond des Mers, dans lequel Cassavetes joue les pacifistes prêts à faire sauter la planète pour imposer le désarmement. Il y a quelque chose du choc culturel de voir le futur réalisateur de Husbands face aux pensionnaires des productions d'Irwin Allen.

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Re: John Cassavetes (1929-1989)

Messagepar Boubakar » 26 juil. 12, 16:56

Des avis sur Faces ? Plusieurs des films de Cassavetes ressortent actuellement au cinéma, et comme je n'ai pas encore vu celui-là, je demande vos conseils. :)

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Re: John Cassavetes (1929-1989)

Messagepar cinephage » 26 juil. 12, 17:00

Boubakar a écrit :Des avis sur Faces ? Plusieurs des films de Cassavetes ressortent actuellement au cinéma, et comme je n'ai pas encore vu celui-là, je demande vos conseils. :)

J'ai un peu de mal avec celui-ci... En tout cas, pour moi, il est à des lieues en dessous de Meurtre d'un bookmaker chinois ou d'Opening Night, sans parler d'une femme sous influence...
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Re: John Cassavetes (1929-1989)

Messagepar LéoL » 27 juil. 12, 13:30

cinephage a écrit :
Boubakar a écrit :Des avis sur Faces ? Plusieurs des films de Cassavetes ressortent actuellement au cinéma, et comme je n'ai pas encore vu celui-là, je demande vos conseils. :)

J'ai un peu de mal avec celui-ci... En tout cas, pour moi, il est à des lieues en dessous de Meurtre d'un bookmaker chinois ou d'Opening Night, sans parler d'une femme sous influence...

Je l'ai vu avec les 3 cités par cinéphage justement.
C'est effectivement celui que j'ai trouvé le plus difficile. Celui dans lequel le style de Cassavetes est le plus radical il me semble.
Moins bon, je sais pas, mais si l'on aime l'essence de ce qui fait le cinéma de Cassavetes je pense que l'on ne peut qu'aimer.

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Re: John Cassavetes (1929-1989)

Messagepar Rick Blaine » 27 juil. 12, 13:49

De même, j'ai eu pas mal de difficultés avec Faces. Parmi les 5 que j'ai vu (avec Shadows, Husbands, une Femme sous Influence et Meurtre d'un Bookmaker Chinois), c'est celui que j'aime le moins, assez nettement.