Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méconnus

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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simone
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Messagepar simone » 5 mars 14, 07:31

kiemavel a écrit :
Alphonse Tram a écrit :
Dave Bannion a écrit :La main qui venge passe actuellement sur parmount channel....

Ah ben c'est cool ça, parce que moi aussi j'ai une forte tendance à oublier au fur et à mesure...
Vendredi 20 à 22h30

Rq :
Appointment with danger / Echec au hold-up (L. Allen, 1951) passe également mercredi 19 à 19h


Oui et pour ce dernier je pense que c'est la (les) premières fois qu'il est diffusé en vost (si çà fonctionne :fiou: )
Et puis tiens, tant qu'à exprimer des souhaits et des regrets, Paramount ferait bien de ressortir des placards des trucs invisibles dont d'autres Ladd :
-Les corsaires de la terre. Tay Garnett
-Sa dernière course. Raoul Walsh (déjà diffusé celui la)
-Meurtres à Calcutta. John Farrow


Tout à fait d 'accord pour que Paramount channel diffuse des titres comme ceux cités plus haut tel que
Les Corsaires de la terre ( Wild Harvest )
Meurtres à Calcutta ( Calcutta )
Enquète à Chicago ( Chicago Deadline )
Jordan le revolté ( Lucky Jordan )
Le Défilé de la Mort ( China )

Ca nous changeraient un peu car cela fait des lustres que ces films ne sont pas passer ce sont toujours les mêmes films de Alan Ladd qui passent alors ce ceux - ci sont de petites perles
Quand même Paramount Channel faut pas quelle oublie sa " Star " de l 'époque , si si !!! les fabuleuses années 40 et 50 :wink:

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Supfiction
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Kiss the blood off my hands « Les amants traqués” (1948)

Messagepar Supfiction » 20 mars 14, 21:15

Kiss the blood off my hands
« Les amants traqués” (1948, de Norman Foster)

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"Kiss the blood off my hands", quel formidable titre de film !

Ce film est l’occasion de voir pour l’unique fois à l’écran un couple magique, en tous cas sur le papier: Burt Lancaster + Joan Fontaine. Deux légendes mais surtout deux tempéraments à l’écran que tout oppose à priori.

Mais qu’en est-il réellement ?

Avant tout il faut signaler que le réalisateur Norman Foster (Rachel et l’étranger) offre un rôle très intéressant à Joan Fontaine pour l’une des deux incursions de l’actrice dans le genre du film noir (avant Beyond a reasonnable doubt de Fritz Lang).
Si elle incarne une nouvelle fois une jeune femme fragile et quelque-peu vieille fille (et qu’on imagine plutôt frustrée sexuellement), contre-pied totale à la femme fatale, son personnage évolue progressivement au cours du film.
Elle est tout d’abord effrayé par l’irruption chez elle en pleine nuit d’un Burt Lancaster animal (et forcément inquiétant). Craintive, elle ne fait pourtant rien pour prévenir la police et le laisse passer la nuit chez elle, ce qui dénote un certain anticonformisme et/ou une âme particulièrement charitable. Celui-ci, reconnaissant, et sans doute attiré par la jeune femme, cherchera dès lors à la revoir.
Au fil de leurs nouvelles rencontres, tiraillée entre la crainte et la séduction, elle lâchera prise progressivement, cédant à ses pulsions sexuelles/amoureuses, au point d’être finalement prête à tout quitter pour le suivre sur un bateau en partance pour l’autre bout du monde.
La rédemption par l’amour pour l’un et l’autre.

Le contraste entre la fragilité de Joan et la brutalité animale de Burt Lancaster est saisissant. Et de fait, l’alchimie de ce couple inédit fonctionne à merveille.
Lancaster excelle dans ce type de rôle ambigüe (c’était le cas par exemple dans Sorry Wrong Number face à Barbara Stanwyck), dans lequel on s’interrogeait sur sa dualité : tantôt avenant et charmeur, attirant naturellement la sympathie ; tantôt sanguin, inquiétant et incontrôlable. Incontrôlable c’est bien le cas ici tant le moindre antagonisme, la moindre contrariété ou situation conflictuelle le met hors de lui. Comme cet épisode dans le train où un passager qu’il a réussit à faire jouer et parier lui refuse une seconde partie après avoir gagné, le laissant de fait avec ses pertes. Mais quand on contrarie Burt, ça cogne sec ... Un côté Hulk avant l’heure.. attention, il ne faut pas le chercher Burt, sinon il part en sucette! C’est bien de la rage qu’il semble avoir en lui, et l’on sent tout le poids d’un passé douloureux dans ce comportement névrotique.

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Côté ambiance, l’action se passe dans un Londres poisseux et lugubre. La photographie très sombre ne laisse planer aucun doute, on est bien dans un film noir.

La nuit et la brume enrobent les rues obscures et angoissantes. Les intérieurs sont peu attrayants et peu ou pas du tout éclairés. On s’y faufile par effraction ou on s’y cache (dans une pièce ou derrière un escalier.. il y a d’ailleurs une scène identique à une scène de Mark Dixon Detective). Les attitudes et jeux de cache-cache de Burt Lancaster avec la police rappellent d’ailleurs beaucoup Dana Andrews dans le film de Preminger. Les deux personnages ont d’ailleurs en commun la même brutalité instinctive et la même incapacité à retenir leurs coups, ce qui n’est jamais sans conséquence. Ce sont des individus en marge, l’un est un ancien soldat (et ancien prisonnier de camp allemand), sans doute abimé par les épreuves de la guerre, solitaire et inadapté social (on apprendra qu’il a fuit toute sa vie) qui ne trouve pas sa place dans le monde d’après guerre, l’autre est un flic violent, toujours sur la brèche, et en bisbille avec son patron.

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Et c’est d’ailleurs sur un même postulat que l’intrigue commence : un coup de poing qui part un peu trop vite et une mort accidentelle.
De fait, la diligence de Burt Lancaster à donner du coup de poing lui cause beaucoup d’ennuis et il n’y a que Joan Fontaine pour lui apporter un peu de répit, notamment dans une très belle scène romantique. Elle lui trouve même un travail après sa sortie de prison après qu’il se soit fait arrêter. Mais entre la police et un maître chanteur qui tente de l’écarter du droit chemin en l’obligeant à voler des produits pharmaceutiques pour les écouler sur le marché noir, le répit est de courte durée.

Si quelques artifices de mise en scène m’ont paru quelque-peu grossiers (comme la scène du zoo qui met Lancaster dans tous ses états, parce qu’il ne supporte pas de voir d’ « autres » fauves en cage), et certains personnages stéréotypés et faciles (le maitre chanteur), cela n’est pas préjudiciable au plaisir du film. Car l’ambiance noire, proche du réalisme poétique et de son fatalisme, est réussie et le rythme plutôt haletant, allant même en s’accélérant à mesure de la fuite en avant de cet antihéros à la dérive dont la naïveté et les maladresses font prédire une fin funeste. A moins que…

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Allez, comme j’aime bien citer en référence d’autres films, je rajouterai que cette fin en forme fuite en avant m’a rappelé celle de Carlito’s way/ L’impasse de De Palma (bien que 45 ans les séparent). Le héros, sans cesse sur ses gardes, tente désespérément d’accéder à son idéal (partir avec la femme qu’il aime et trouver enfin le repos). Mais pour s’en sortir il devra s’extraire au préalable des différents obstacles mis sur sa route et échapper au sort funeste qui lui semble promis.

A signaler que la bande-originale est signée Miklós Rózsa, célèbre compositeur hongrois connue ses musiques de péplums (dont celle de Ben-Hur, Le Roi des rois, Le Cid) ou de film noir (Assurance sur la mort, Les Tueurs) et pour des cinéastes de premier ordre comme Fritz Lang, Hitchcock, Billy Wilder.
Dernière édition par Supfiction le 28 mars 14, 21:38, édité 1 fois.

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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Messagepar Supfiction » 26 mars 14, 21:18

Dave Bannion a écrit :
kiemavel a écrit :Image

FUREUR SUR LA VILLE. Cy Endfield. 1950

2 titres américains : TRY AND GET ME et THE SOUND OF FURY


Howard Tyler (Frank Lovejoy) rentre chez lui en auto-stop après avoir passé un séjour dans une ville voisine en vue d'y rechercher du travail. C'est pour lui un nouvel échec et la tension monte au sein de sa famille. Quelque temps plus tard, dans un bar/Bowling, il sympathise avec Jerry Slocum, un jeune homme élégant et plein d'assurance. Découvrant ses problèmes financiers, Jerry lui propose de l'aider à lui trouver du travail, reste d'abord assez vague puis devant l'intérêt d'Howard, fini par lâcher…qu'il s'agirait de lui servir de chauffeur au cours de ses braquages. Surpris Howard décline l'offre, puis finit par accepter mais il n'ira jamais plus loin que d'attendre Jerry et faciliter sa fuite. Pendant quelques temps, ils multiplient les braquages de petits commerces des environ. Puis Jerry lui annonce qu'il prépare le coup qui va les mettre à l'abri du besoin. Howard le prévient que ce sera pour lui le dernier sans savoir exactement dans quoi veut l'embarquer son complice. Une nuit, il enlève Donald Miller, le fils d'un richissime citoyen de la ville, afin de lui soutirer de l'argent. Mais alors qu'il devait garder le jeune homme dans une cabane isolée, arrivé sur place Jerry l'attache, le bâillonne et le massacre à coups de pierre avant qu'Howard ne puisse intervenir.



Le film s'ouvre sur des images saisissantes, on est pris à la gorge immédiatement et Endfield ne nous laissera jamais respirer jusqu'à la fin.

Un prédicateur interpelle la foule des passants qui s'activent dans une rue très animée et termine son discours vibrant, décousu, un brin hystérique mais sincère et touchant de naïve conviction par ces mots "Quelle est votre part de culpabilité dans le malheur du monde ?" . Pour toute réponse, il est bousculé, tombe au sol alors que la pile de documents qu'il s'apprêtait à distribuer vole en l'air, est éparpillée autour de lui et aussitôt piétinée par la foule. Sur un prospectus, en gros plan, On peut lire "Heed thy god" (Ecoutez votre dieu)…On retrouvera bien plus tard la suite de cette scène en ouverture de la dernière partie du film. La foule qui s'activait, c'est celle qui se précipitait à un lynchage. Je dirais peu de choses sur cette dernière partie, sinon qu'elle inciterait plus à la misanthropie qu'à l'amour de son prochain et le retour (je cite un autre partie de son discours) "…aux vraies valeurs" souhaité par le prédicateur.


Ce Film Noir est basé sur un authentique fait divers des années 30 qui montre, comme rarement je l'ai vu dans le cinéma américain, le drame du chômage et qui défend la thèse que la misère sociale est un pousse au crime. Tyler est montré comme un type tout à fait ordinaire, qui a fondé une famille qu'il rêve de rendre heureux ou au moins qu'il espère pouvoir faire vivre dignement et qui confronté à une longue période de chômage, accepte à contre coeur d'accompagner le parcours criminel d'un jeune homme sans états âmes. A part dans certains films des années 30, j'ai rarement vu un film Made in Hollywood dans lequel les problèmes d'argent sont aussi brutalement montrés, par petites touches d'abord discrètes mais qui finissent par s'accumuler et par créer un climat (déjà) oppressant bien avant l'intrigue de pur polar. Dans la première partie du film les dialogues ou il est question d'argent sont en effet omniprésents au sein d'un couple à fleur de peau. Au dehors aussi bien qu'en famille, le harcèlement est perpétuel accentuant la fébrilité de Tyler. Lorsqu'il passe en coup de vent devant la maison d'un couple de voisins, on entendra la femme demander "Il a demandé sa facture". lorsque Tyler donne à son fils, semble t'il de manière inhabituelle, les 50 ct qu'il demandait pour sortir avec ses copains, sa femme surprise et enthousiaste croira que Tyler a enfin trouvé du travail et changera soudain de visage (C'est admirablement joué). En permanence, on lui réclame de l'argent : sa femme, les commerçants, son fils…Lorsqu'il s'étonne du prix d'une simple bière, un barman lui dira "Et Bien oui, tout augmente", etc…

Plus tard, une fois les crimes accomplis, c'est l'étude presque clinique des personnalités bien différentes des deux hommes qui préoccupera surtout Endfield. Le contraste sera encore plus saisissant après le meurtre entre, d'une part, celui qui a pris la mesure de ses actes et qui est seulement apaisé provisoirement lorsqu'il se retrouve dans l'intimité de sa famille. D'ailleurs, ironiquement mais tout à fait logiquement sa femme, depuis qu'il a "retrouvé du travail" et qu'il ramène de l'argent à la maison, est beaucoup plus sereine et recommence à rêver d'un futur plus heureux. Symboliquement, c'est aussi souligné par le fait qu'elle soit enceinte. Elle est très radieuse…mais lui, accablé de remords et déjà persuadé au fond de sa fin prochaine, a tout l'air d'attendre un futur orphelin.

A l'opposé, on verra le comportement serein de son complice. Alors que Tyler a découvert la peur et est obsédé par les images du crime, le jeune Slocum continue de vivre comme avant. Il ironise même sur la nervosité de Tyler mais lui propose tout de même une escapade loin de la ville. Au cours du séjour, Slocum cherche à lui mettre dans les pattes pour le "distraire" et pour le "décoincer" Hazel, une petite brune disgracieuse, timide et…coincée, parfaite antithèse de Velma (Adele Jergens) sa propre petite amie, une blonde sure d'elle, au fort tempérament et au rire tonitruant. Mais rien n'y fera, bien au contraire, le contraste n'en sera que plus grand entre les deux insouciants et les deux tourmentés, incompatibles et inconciliables. Endfield montrera la joie de vivre de deux êtres méprisables (c'est le regard porté sur eux par Endfield en tout cas), le violent, le tueur et la séductrice superficielle, vénale, étant montrés comme apparemment mieux armés pour le bonheur que la pure et naïve vieille fille écoeurée par le comportement impudique du couple mais en réalité secrètement envieuse de la saine sensualité qu'ils affichent. Tyler lui n'en est de toute façon plus là. Il ne regarde déjà plus au dehors, les yeux dans le vide. La tension générée est alors incroyable et trouvera son apogée une nuit dans deux scènes extraordinaires, relatant des évènements qui se succèderont au cours de la nuit, d'abord dans une boite de nuit entre les 4 personnages puis dans une chambre de motel entre Tyler et Hazel. Je n'en dit pas plus. J'en profite néanmoins pour glisser un mot sur l'interprétation du quatuor qui est remarquable avec une mention spéciale pour celle de Frank Lovejoy qui est extraordinaire et bouleversant dans ce rôle. L'apogée pour Bridges, remarquable lui aussi, interviendra plus tard, dans la partie finale du film.


Le film est parsemé d'autres scènes mémorables, en voici une dernière. On assistera à la lecture d'une lettre de Tyler par sa femme, admirable d'intelligence et de lucidité et absolument sans complaisante par rapport à la gravité de ses actes. Prise par l'émotion elle ne pourra aller au bout et c'est le journaliste responsable des articles les plus durs sur l'affaire qui terminera la lecture et prendra conscience que la répartition des êtres humains est plus complexe que ce qu'il proclamait à longueur d'articles et dans ses propos avec son entourage. Certains de ses confrères l'avaient mis en garde contre les excès de la presse à sensation qui se satisfait de solutions faciles et ils avaient tenté en vain de lui faire prendre conscience de sa responsabilité de journaliste à l'égard de l'opinion. Condamner par avance les suspects de l'affaire et s'adresser trop directement aux émotions des lecteurs, peut en effet libérer leurs pires pulsions de vengeance. Je n'en dis pas plus sur cette partie finale si ce n'est que partant du même fait divers, on peut arriver à des conclusions comparables mais en employant des moyens tout à fait différents. Les détours que prenait Fritz lang dans FURY, sa virtuosité, ses manipulations et ses tours de passe-passe sont remplacés ici par la sécheresse de style, les émotions fortes et la tension hors du commun suscités par le film d'Endfield dont le style se caractérise aussi dans ce film ci par ses gros plans étonnants sur des visages tour à tour affolés, effrayés, écoeurés ou remplis de haine.

J'en termine…Dans le genre Policier/Film noir, ce film a été une des plus monumentales claques que j'aurais reçu au cours de ces dernières années. Je ne vois pas trop comment ni pourquoi on pourrait ne pas recevoir la même rouste en le découvrant, sauf peut être à considérer que contrairement à la thèse développée "…Le crime, Monsieur, c'est dans le sang". Endfield, qui avait déjà eu par le passé des soucis en raison de ses opinions politiques très à gauche, n'a pas arrangé sa situation avec celui la. Alors Il a préféré prendre l'air (y'a de ces trouillards) par peur sans doute de recevoir une piqure, de finir dans le toaster ou dissous dans l'acide mais on peut pas non plus tout à fait leur donner tord aux ricains car le mauvais esprit poussé à cette extrémité là, c'est anti-patriotique. Comme disait je ne sais plus quel extralucide un jour sur ce forum, en gros (Je charrie un peu) "...le cinéma hollywoodien, c'est le cinéma du rêve, du glamour et des héros agiles…et pis c'est tout ". Ben non, il en faut pour tous les gouts.

J'ai vu très peu de films de ce cinéaste. 2 films d'aventure ZOULOU et L'Ile MYSTÉRIEUSE ainsi que 2 autres polars, TRAIN D'ENFER avec Stanley Baker, Herbert Lom, Peggy Cummins et Patrick McGoohan et THE UNDERWORLD STORY avec Dan Duryea, Herbert Marshall et Gail Storm. Je parlerais du dernier dans les prochaines semaines.


Inédit à la télévision mais je pense qu'il est visible sur la toile. Je viens de le revoir dans une version sous-titrée (par l'ami d'un ami).

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Rien à ajouter à ton texte.
Une véritable claque !!!!
Endfield, pour moi, n'a jamais fait mieux.


Vu ce week-end quelques heures après avoir revu Fury de Fritz Lang. C'est un hasard total mais disons que la scène finale ne m'a laissé aucun doute sur la parenté entre le des deux films.
Et quels films !! Surtout et de loin THE SOUND OF FURY qui est l'un des meilleurs films noirs qu'il m'ait été donné de voir.
Frank Lovejoy est extraordinaire ! Comment se fait-il que cet acteur ne soit pas davantage connu ???!!! J'ai déjà dû le voir, dans le Ida Lupino notamment, mais je n'avais jamais retenu son nom jusqu'à présent..
Le reste du casting est au diapason : Bridges père n'a jamais été à pareil fête (dans un rôle à la Dan Duryea) et Adele Jergens ressemble étonnamment à Virginia Mayo, un petit quelque-chose en moins..

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kiemavel
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Messagepar kiemavel » 28 mars 14, 17:17

Supfiction a écrit :
Dave Bannion a écrit :Rien à ajouter à ton texte.
Une véritable claque !!!!
Endfield, pour moi, n'a jamais fait mieux.


Vu ce week-end quelques heures après avoir revu Fury de Fritz Lang. C'est un hasard total mais disons que la scène finale ne m'a laissé aucun doute sur la parenté entre le des deux films.
Et quels films !! Surtout et de loin THE SOUND OF FURY qui est l'un des meilleurs films noirs qu'il m'ait été donné de voir.
Frank Lovejoy est extraordinaire ! Comment se fait-il que cet acteur ne soit pas davantage connu ???!!! J'ai déjà dû le voir, dans le Ida Lupino notamment, mais je n'avais jamais retenu son nom jusqu'à présent..
Le reste du casting est au diapason : Bridges père n'a jamais été à pareil fête (dans un rôle à la Dan Duryea) et Adele Jergens ressemble étonnamment à Virginia Mayo, un petit quelque-chose en moins..


Un commentaire enthousiaste qui me fait sortir de ma torpeur. Je ne suis pas allé rechercher de quand date ce texte mais je pense que je n'ai pas vu mieux depuis, tout au moins parmi les films de la famille thriller/policier/films noir découverts depuis au moins un ou deux ans. Cela dit, ce très grand film noir ne figure tout de même pas tout en haut de la liste de mes immuables (Out of the Past, Double Indemnity, Gun Crazy, Pick up on South Street, The Asphalt Jungle, etc…) mais il viendrait juste derrière dans ce qui serait le cabinet des curiosités car je pense que ce n'est pas le film de tout le monde...

Au sujet de Frank Lovejoy, c'est surement son meilleur rôle comme c'est probablement aussi le meilleur du papa du traine savate amateur de Russe blanc, tout au moins pour les films que j'ai découvert à ce jour. Pour ce qui est du déficit de notoriété de Lovejoy, on peut invoquer le fait qu'il n'a pas pu sur ses vieux jours être recyclé par la télévision ou récupéré par les metteurs en scène du nouvel Hollywood car il est mort à 50 ans et surtout, s'il a tourné sous la direction de bons et grands metteurs en scène (A. Mann, M. Curtiz, Joseph H. Lewis, Mark Robson, Andre de Toth, Robert Wise, etc…) c'est le plus souvent dans de bons films malheureusement difficiles à voir. Il y a néanmoins quelques exceptions, ceux qui ont été édités en DVD : House of Wax, Le violent, Le voyage de la peur, I Was a Communist…pour le FBI (rassuré !) et ceux qui redeviennent visibles grace à la télévision mais il a tourné pas mal d'autres films noirs intéressants. Sans doute pas le meilleur mais celui ou il est le plus remarquable c'est peut-être The System de Lewis Seiler, encore un chainon manquant ou en tout cas mal connu parmi les films des années 50 qui ont montré la mafia comme une organisation structurée. Le film de Seiler était sorti en tout cas plusieurs années avant New-York Confidential présenté dans plusieurs papiers au moment de sa sortie comme LE chainon manquant parmi les films sur la mafia. En réalité, il y en eu d'autres avant le film de Russell Rouse comme par exemple le 711 Ocean Drive de Joseph M. Newman, un film intéressant dont j'ai (seulement failli) parler ici. Pour The System, il faudrait demander son avis à Doc. Film Noir (Dave Bannion) car je sais qu'il le connait mais il m'a tout l'air d'avoir lui aussi demandé l'asile cinéphilique ailleurs…ou l'asile tout court à La Réunion (private).

Pour revenir à Lovejoy, il y en a d'autres de sympas, notamment Shack Out on 101 avec Terry Moore et Lee Marvin. En revanche, j'aimerais bien découvrir Mad at the World de Harry Essex avec Cathy O'Donnel :oops: et Stanley Clements mais c'est très dur à voir. Il a aussi beaucoup été employé dans des films de guerre dont certains mériteraient une meilleure exposition. Beachhead (La patrouille infernale) de Stuart Heisler a été édité en zone 1 (avec vost) mais Retreat, Hell ! de Joseph H. Lewis ou Home of the brave de Mark Robson sont bien meilleurs et eux aussi difficiles à voir. Celui de Robson est même un de ses meilleurs films même si certains aspects de ces films à thèse (ici l'antiracisme) ont forcément un peu vieilli.

Bien vu pour Adele Jergens, qui a effectivement des faux airs de Virginia Maillot mais je n'avais jamais percuté…Elle aussi dans son genre c'était un 3ème couteau du film noir. Elle en a tourné beaucoup ne jouant pas toujours la mauvaise. Elle ne l'est d'ailleurs pas vraiment dans le film d'Endfield, elle y promène simplement son insouciance et une certaine vulgarité...Pour une bonne cause.

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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Messagepar kiemavel » 30 mars 14, 19:02

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The System (1953)

Réalisation : Lewis Seiler
Scénario : Jo Eisinger
Image : Edwin B. DuPar
Musique : David Buttolph
Production : Samuel Bischoff
Warner

Avec :

Frank Lovejoy (John Merrick)
Joan Weldon (Felice Stuart)
Robert Arthur (Rex Merrick)
Don Beddoe (Jerry Allen)
Paul Picerni (David Willey)
Jerome Cowan (Barry X. Brady)

A Clarkton, une petite ville du centre des États-Unis, un adolescent est abattu par la police pendant le casse d'une bijouterie. Ce garçon sans histoire s'était endetté auprès d'un bookmaker et c'est pour tenter de rembourser sa dette qu'il s'était improvisé voleur. Révolté par cette mort tragique et instrumentalisé par le propriétaire du journal local, son rédacteur en chef multiplie alors les éditoriaux assassins désignant comme responsable de cette mort, John Merrick, un homme d'affaires jusque là respecté mais bien connu pour avoir la mainmise sur tous les bookmakers de la ville. Bientôt, la publicité faite autour de cette affaire met Merrick en difficulté. Il est progressivement rejeté par sa communauté, se retrouve menacé par ses partenaires de la mafia tandis qu'une commission d'enquête sénatoriale arrive à Clarkton et commence ses investigations….

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The System, celui qui est dénoncé d'abord par la presse, puis sur lequel enquête la commission sénatoriale, c'est l'organisation des paris clandestins générant plusieurs dizaines de milliers de $ par jour dans une ville de moyenne importance du Midwest comme celle présentée dans le film, celle de Clarkton. John Merrick supervise les activités de tous les bookmakers de la ville mais il n'est lui-même que le dirigeant local d'une organisation qui règne de Chicago à St Louis. Le portrait du "parrain" est ici assez singulier car on est très loin de ceux que l'on voyait dans 2 films marquants que j'ai déjà évoqué dans mon message de retour. Dans 711 Ocean Drive, le parrain élégant campé par Otto Kruger était un monstre de froideur qui dirigeait son "entreprise" comme une multinationale entouré de son conseil d'administration…mais qui ordonnait fermement bien qu'en usant d'euphémismes l'exécution d'un collaborateur dont les résultats étaient jugés insuffisants comme s'il licenciait un cadre incompétent. C'est ce qui était montré de cette bureaucratie du crime qui était passionnant dans un film par ailleurs inégal et qui ne tenait pas toutes ses promesses. Celui interprété par Broderick Crawford dans New-York Confidential était beaucoup plus brutal, en paroles comme en actes. Il gérait les problèmes de famille comme ses affaires…à la baguette sauf qu'on ne dessoude tout de même pas le(s) prétendant(s) insistant de sa progéniture comme on élimine un concurrent gênant…surtout si l'on se trouve sous le regard réprobateur de sa maman ! J'avais parlé -pour m'amuser un peu- de Peyton Place chez les truands mais tout ce qui était montré du fonctionnement de la mafia et de ses codes restait passionnant. Quant au butor campé par Crawford, c'était déjà, en caricaturant à peine, le papa des gros beaufs incultes et aboyeurs que l'on verra plus tard chez Leone (Once Upon a Time in America) ou parfois chez Scorcese et les frères Coen.

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Celui campé par Frank Lovejoy est très différent. Ce n'est pas un chef de gang évoluant en marge de la société, c'est un citoyen respecté dont tous les habitants de Clarkton connaissent les activités liés au jeu…et seulement au jeu, ce qui explique sans doute que le scénariste Jo Eisinger (qui écrivit ceux des forbans de la nuit, The Sleeping City et Crime of Passion) en ai fait un personnage plus respecté que craint fréquentant le Country Club avec les notables de la ville. Merrick n'est pas entouré de tueurs mais d'un comptable, d'un avocat et de quelques bookmakers et il ne sera qu'une fois impliqué dans un acte violent et encore, uniquement lorsqu'il ira bousculer le bookmaker responsable de l'endettement du jeune garçon abattu par la police. Son soucis de respectabilité s'est aussi transmis à sa progéniture car -comme un symbole- il est très fier de la réussite de son fils unique qui étudie le droit…Comme dans le film de Russel Rouse déjà évoqué plus haut (NYC), le film de Seiler mêle d'ailleurs très étroitement la vie privé et les affaires du personnage principal, les deux sont même ici encore plus imbriqués sans que cela nuise au récit.

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Rex, le chien…Heu pardon, le fils de Merrick est un ami d'enfance et partage sa chambre d'étudiant avec le fils de Jerry Allen, l'éditorialiste du journal responsable des articles qui dénoncent les activité de Merrick et ce dernier rentre comme chez lui chez le dit éditorialiste dont il est un familier. Lewis Seiler et son scénariste "privatisent" même l'origine des problèmes de Merrick en montrant que cette croisade contre le crime est au moins pour une part la conséquence de la liaison qu'il entretient avec Felice, la fille de Roger Stuart, le propriétaire du journal qui voit d'un très mauvais oeil cette liaison. Alors que l'homme d'affaires avait tout fait pendant 20 ans pour se construire une respectabilité, les articles d'Allen télécommandés par Stuart, créent une mauvaise publicité sur les activités de la mafia et entrainent des ennuis qui s'accumulent très vite pour Merrick :

Les notables de la ville commencent à le trouver soudainement infréquentable, puis ses supérieurs dans l'organisation des paris, 2 parrains venus de Chicago et leurs hommes de main arrivent à Clarkton, tout comme une commission sénatoriale qui commence ses investigations…Même ses partenaires de Clarkton (malheureusement pas assez inquiétants pour que l'on se demande qui va vouloir être calife…) commencent à s'inquiéter…et le spectateur aussi car c'est la que les ennuis commencent et pas seulement pour Merrick. Lewis Seiler et Jo Eisinger s'étaient amusés jusque là à déconstruire habilement le portrait du "parrain" et de son entourage. Malgré un sujet potentiellement dangereux, la prise de conscience progressive par un malfrat des conséquences parfois dramatiques de son business, ils avaient su éviter un coté moralisateur en partie grâce à l'interprétation tout en nuances de Frank Lovejoy et avaient su maitriser leur histoire. Même les aspects privés de la vie du truand -un aspect la aussi potentiellement casse-gueule- tenaient assez bien debout et ceci bien que l'idylle entre la fille de Stuart et John Merrick n'était pas très passionnante, car selon moi c'était toujours mieux que les excès (mélo)dramatiques que l'on voyait dans le film de Russell Rouse dans lequel le quintette : le truand, sa mère, sa maitresse, sa fille et son prétendant était parfois assez indigeste (un point qui peut se discuter…).

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Par contre, plus le film avance, plus Seiler et Eisinger perdent le fil de leur histoire qui vire même presque au grotesque dans la partie finale durant les témoignages devant la commission sénatoriale. Le truand pris de scrupules, passe encore…mais à partir de l'irruption en ville des vrais truands puis des membres de la commission, les choses se gâtent et on rentre dans un autre film. Oubliées les petites touches assez fines pour dessiner le portrait original d'un truand, c'est remplacé par le pittoresque de personnages caricaturaux (les truands) et par les gros effets (les témoins surprises et leurs revirements devant la commission). Je suis à peu près sûr que pour le premier point, c'est volontaire car le pittoresque d'un certain nombre de personnages secondaires est délibéré et ces personnages sont traités avec un certain humour. Le premier de ces personnages, c'est le garde du corps du fils Merrick (qui n'est jamais nommé ainsi mais c'est bien sa fonction). C'est un ancien boxeur qui a manifestement souffert sur le ring et qui y a abandonné un peu de sa santé mentale. Ce personnage est à la fois pathétique et amusant, une caractérisation à l'évidence volontaire de la part du scénariste mais déjà tranchant avec le reste du propos. Le second, c'est un bookmaker de Clarkton interprété de manière voyante par Bruno VeSota mais ce n'est rien à coté des deux truands pittoresques qui arrivent en ville qui ont du recevoir tout petit des panoplies de gangster tant ils semblent fait pour çà…et même un peu trop. Ils sont eux mêmes dépassés par leurs 2 hommes de main, 2 incroyables crétins interprétés par Victor Perrin (Little Harry, un crétin tendance vrai taré psychopathe) et par Henry Corden (de son vrai nom Henry Cohen, un acteur québécois) qui est énooorme dans le rôle du tueur Specs qui n'arrive pas à se faire comprendre par le crétin susnommé…Bref, je pense que certains vont aimer cette galerie de seconds rôles pour certains formidables mais comme je l'ai déjà laissé entendre, les plus typiques gangsters que l'on croise peuvent faire sourire (je n'ai pu réprimer quelques sourires en coin…), et on doit même pouvoir les trouver grotesques. Cela dit, il ne faut pas croire que tout le récit prend une tournure ironique ou décalé, le film s'achève même tragiquement par la mort de plusieurs des protagonistes principaux.

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Un petit mot sur la fille de notre histoire, Joan Weldon. The System était le premier rôle au cinéma de cette actrice et chanteuse dont la carrière fut très brève, de 1953 à 1958. Avant et après çà, elle fut chanteuse mais n'a bizarrement été employé que 2 fois dans des Musicals et encore pour des rôles secondaires notamment dans le Deep in my Heart de Donen (elle y chante...une chanson) mais a surtout été employée dans le western mais aucun des 4 que je connais n'est vraiment transcendant même les deux que signait pourtant Andre de Toth. Photographie et mise en scène assez anonyme. Lewis Seiler avait débuté sa carrière de metteur en scène dans les années 20 mais on connait de lui surtout les films qu'il tourna à partir de son engagement par la Warner à la fin des années 30. Il y tourna surtout des films de gangsters, surement les scénarios refusés par Curtiz et Walsh...ou qu'on n'osait pas leur présenter :P . Je peux citer L'école du crime (1938), Hommes sans loi et Le châtiment (1939), Le caïd (1942), tous avec Bogart comme tête d'affiche…et tous diffusés à la TV chez nous. Ce dernier était également au générique de Rendez-vous à minuit avec Ann Sheridan mais c'était pour une comédie policière assez distrayante et inhabituelle. A signaler aussi un des premiers films de John Garfield, Jeunesse triomphante (Dust be my Destiny) avec Priscilla Lane et Femmes en prison qui détournait le Femmes en cage de John Cromwell avec un casting presque aussi impressionnant (Ida Lupino, Jan Sterling, Audrey Totter, Cleo Moore, Phyllis Thaxter + Howard Duff). Un bon film d'ailleurs mais ne valant pas le Cromwell. Son autre spécialité était le film de guerre mais il y a trop longtemps que je n'ai pas vu Guadalcanal (DVD zone 2) et Les tanks arrivent pour en parler. Je vais essayer de poursuivre l'exploration de la filmo de Frank Lovejoy avec Shack out on 101 avec Terry Moore et Lee Marvin et avec The Crooked Web de Nathan Juran mais je ne donne plus d'échéance et surtout, à priori ce ne seront pas les prochains à apparaitre dans ce topic.

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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Messagepar kiemavel » 31 mars 14, 00:56

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Reportage fatal (Shakedown) 1950

Réalisation : Joseph Pevney
Scénario : Martin Goldsmith et Alfred Lewis Levitt
d'après une histoire de Nat Dallinger et Don Martin
Image : Irving Glassberg
Produit par Ted Richmond
Universal

Durée : 80 min

Avec :

Howard Duff (Jack Early)
Peggy Dow (Ellen Bennett)
Brian Donlevy (Nick Palmer)
Lawrence Tierney (Harry Colton)
Anne Vernon (Nita Palmer)
Bruce Bennett (David Glover)
et dans de petits rôles : Rock Hudson, Peggie Castle et Joseph Pevney

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Le photographe au chômage Jack Early, un fouineur à la recherche du scoop qui le fera remarquer est tabassé une nuit dans le port de San Francisco par des voyous qui l'abandonne pensant avoir détruit son appareil photo mais il n'en est rien. Early était parvenu à dissimuler son appareil et se présente avec ses clichés dans un grand journal de la ville. Il y est pris à l'essai, débute par de modestes reportages mais prêt à tout pour se faire remarquer, il commence à multiplier les clichés spectaculaires et parvient à se faire remarquer par Nick Palmer, un homme d'affaires mêlé à la pègre…



Le début très rythmé donne le ton d'un film sans temps mort et passionnant de bout en bout. Les scènes d'ouverture sont toutes formidables. On assiste à une course poursuite nocturne dans les docks de San Francisco. Early est rattrapé, tabassé par des hommes aux visages invisibles et son appareil photo jeté à l'eau. On ne sait rien de lui mais on est déjà mis au parfum que cette "honnête" homme fourre son nez ou il ne faut pas et ne plait pas à tout le monde. Peu de temps après, au cours d'une virée nocturne, remarquant le comportement bizarre d'un véhicule qui le précédait et soupçonnant l'automobiliste d'être ivre, il demandera au chauffeur de taxi de le suivre. La voiture de l'inconnu finira dans le port et au lieu de lui venir au secours, Early lui demandera de poser pour lui et de se montrer par la portière en ayant l'air plus affolé. Un peu plus tard, tout juste embauché par le journal, répondant au téléphone à la place d'un journaliste, et ainsi mis mis au courant par un informateur qu'un grave incendie vient de se déclarer en ville, il dissimule l'information et "double" ses collègues pour se rendre seul sur les lieux et faire la "bonne" photo d'une femme en train de se jeter dans le vide. Plus cool que le paparazzi flashant Lady Die (oups) dans sa Mercedes déglinguée : le Howard Duff !!!

Pour son premier film en tant que réalisateur, on ne peut pas dire que Joseph Pevney avait fait dans le conformisme et la facilité, le "héros" qu'il s'était choisit étant l'une des pires ordures ayant jamais tenu le premier rôle d'un film noir. Cette première réalisation coïncidait aussi avec son dernier rôle devant la caméra car on l'avait vu tenir des rôles secondaires dans 5 films avant celui là, uniquement des films noirs…et que des bons (Nocturne, Sang et or, La dernière rafale, Les bas-fonds de Frisco et Outside the Wall). Le portrait du photographe ambitieux, manipulateur et sans scrupules est extrêmement surprenant dans un contexte de pur film noir car il n'est pas commun de voir un tel personnages se montrer plus retors qu'un homme d'affaires corrompu (interprété par Brian Donlevy) qui en dehors d'une façade honnête et légale est mêlé à une bande de cambrioleurs dirigée par Harry Colton (Lawrence Tierney)…Bref, des noms qui à priori mettent les foies mais comme le disait l'affiche originale américaine : " His Camera Was More Deadly Than A Gangster's Gun", si bien que malgré la méfiance du gangster en col blanc pourtant persuadé de pouvoir maitriser son protégé et malgré la dureté de son entourage, ils auront bien du mal à le soumettre.

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Jack Early se servira aussi de sa séduction pour "arriver". D'une certaine manière, c'est aussi le roi de la promotion canapé et la encore, c'est très inhabituel qu'un tel rôle échoi à un homme, au moins dans le film noir. Pevney nous prévient d'ailleurs de manière habile car la séduction irrésistible de l'homme et de l'acteur Howard Duff n'était pas si évidente au premier abord mais au tout début du récit, il lui fait traverser les locaux du journal qui s'apprête à l'embaucher sous les commentaires élogieux des femmes présentes qui s'arrêtent pour le regarder passer. Early plait aux femmes et doit bien le savoir car il manipulera les deux principales femmes du récit. La jeune Ellen Bennett (Peggy Dow) pour commencer. C'est elle qui sélectionne les illustrations et toute l'iconographie du journal et qu'il tente de séduire, efficacement d'ailleurs car elle le soutient immédiatement et c'est d'ailleurs elle qui lui permet d'être pris à l'essai dans le journal alors que son rédacteur en chef (interprété par Bruce Bennett) ne voulait pas de ce photographe inexpérimenté qui d'emblée lui déplait….et pas seulement en raison de l'ambition qu'il affiche. Ellen est pourtant fiancée à un dentiste de Portland et se montre d'abord réservée puis cède très vite devant le savoir faire du photographe. Une scène excellente illustre le moment fatidique. Early s'approche d'Ellen avec l'intention de l'embrasser. Pevney abaisse sa caméra et on ne voit plus que le dos d'Ellen qui en se reculant pour échapper au baiser, fait tomber avec son coude le portrait de son fiancé qui était posé sur un meuble bas…qui la bloque et l'empêche de reculer. La camera reste là figée deux secondes mais à l'évidence, elle finit par embrasser l'entreprenant et rapide (Oooohhh) Mr Early.

Early est donc d'abord engagé à l'essai sur l'insistance d'Ellen mais il s'impatiente car il comprend très vite que ce n'est pas avec les faits divers et les reportages sur les expositions canines qu'il va se faire remarquer. C'est pourquoi il décide d'aller au culot à la rencontre du gangster interprété par Brian Donlevy, le grand homme inaccessible qui est réputé détester les journalistes et les photographes. La encore, c'est par la femme de ce dernier (interprétée par Anne Vernon) qu'il parviendra à ses fins. Mais il voudra plus. Bien qu'introduit auprès de l'homme d'affaires, et au première loge pour réussir des photos compromettantes, il comprend que le hasard ne suffit pas et va ainsi se débrouiller pour créer l'événement. Il commence par profiter de la rivalité entre Palmer et Colton, pour piéger l'un, faire chanter l'autre…Pour commencer ! Toute cette dernière partie reste passionnante même si les manipulations de notre photographe de choc sont un peu compliquées. Le suspense demeure lui intact tout du long…et je le préserve en restant coi sur la suite des évènements.

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Les acteur. Brian Donlevy fait du Brian… Lawrence, relégué dans un second rôle fait du …Tierney. Peggy Dow (86 ans au compteur) dont j'ai déjà dit à plusieurs reprises le plus grand bien dans ce topic est comme d'habitude excellente et on retrouve donc notre petite frenchie Anne Vernon (qui vient d'avoir 90 ans) dans un de ses rares rôles américains (elle tenait aussi le rôle féminin principal dans Cinq heure de terreur (Time Bomb), un thriller de Ted Tetzlaff). Enfin, il m'étonnerait que je découvre Howard Duff aussi convaincant dans ce qui me reste à voir de sa filmographie. A ce jour, ce film est probablement le meilleur que j'ai vu de Joseph Pevney, un metteur en scène souvent sous-estimé. Pour ce que j'ai vu à ce jour, c'est d'ailleurs probablement dans le film noir que Pevney aura donné le meilleur. Supfiction a parlé de La police était au rendez-vous sur la page précédente de ce topic et j'avais déjà évoqué les deux autres collaborations entre Tony Curtis et Jo Pevney, d'abord Rendez-vous avec une ombre (The Midnight Story) (1957) qui est très bon ( en page 13 du topic) puis Flesh and Fury (1952), qui est à peine moins bon (page 14 ) ainsi que Portrait of a Mobster en page 12. De la famille polar/thriller/film noir, il reste encore Undercover Girl et La maison sur la plage (Female on the Beach) dont il n'a pas encore été question dans ce topic. Le second ne m'a pas laissé un souvenir impérissable mais il est peut-être à revoir.

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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Messagepar kiemavel » 3 avr. 14, 00:06

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The Spider (1945)

Réalisation : Robert D. Webb
Scénario : Jo Eisinger et Scott Darling
Image : Glen MacWilliams
Musique : David Buttolph
Produit par Ben Silvey
20th Century Fox

Avec :

Richard Conte (Chris Conlon)
Faye Marlowe (Lila Neilsen/Judith Smith)
Kurt Kreuger (The Great Garonne)
Martin Kosleck (Mahail Barak)
Ann Savage (Florence Cain)

Alors qu'il passait la soirée dans un bar de La Nouvelle Orléans en compagnie de quelques amis, le détective privé Chris Conlon est contacté par une mystérieuse inconnue qui l'engage pour récupérer auprès de sa coéquipière Florence Cain, une enveloppe dont elle se refuse à révéler le contenu. Il accepte de servir d'intermédiaire et part immédiatement retrouver son associé. Soupçonnant une affaire douteuse que cette dernière aurait mené dans son dos ou une tentative d'extorsion de fond, il la sermone, s'absente momentanément et la retrouve morte quelques instants plus tard. Un inconnu qui avait suivit Conlon depuis le bar avait profité de son absence pour l'étrangler. Ayant chercher à dissimuler le corps pour gagner du temps, il est vite soupçonné par la police d'autant plus que sa mystérieuse commanditaire est introuvable et il s'avère qu'elle avait agit sous une fausse identité. Libéré par la police, dès le lendemain du crime, Conlon est contacté par un autre inconnu, inquiétant et menaçant, qui s'intéresse lui aussi de très près à la mystérieuse enveloppe...

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The Spider était le 2ème long métrage du metteur en scène Robert D. Webb qui avait fait ses armes en tant qu'assistant réalisateur (ou de seconde équipe) presque exclusivement auprès d'Henry King pendant 15 ans. C'était aussi le 1er scénario que signait Jo Eisinger, un spécialiste du film noir. Enfin, les deux comédiens principaux étaient aussi de quasi débutants. C'était en effet le 6ème film de Richard Conte, son 1er film noir et la première fois qu'il se retrouvait en tête d'affiche et enfin c'était la 3ème fois que l'on voyait Faye Marlowe sur un écran et elle avait débuté cette année là dans le Hangover Square de John Brahm. Un film de débutants donc, sympathique mais pas inoubliable. C'est d'ailleurs plus un " Qui-l'a-fait " qu'un film noir mais sans que le traitement en soit très original, en un peu plus d'une heure, le scénario très bien construit offre un enchainement d'événements si dense qu'il ne permet pas l'ennui.

C'est que l'affaire en apparence routinière qu'à accepté Conlon l'entraine dans les ennuis très vite. Au cours de son enquête, il croisera plusieurs témoins clés qui seront successivement assassinés et pas de bol, c'est le détective privé incarné par Richard Conte qui se trouvant sur les lieux à chaque fois sera soupçonné par la police. Le détective privé, plus ou moins en fuite, qui doit lui même mener l'enquête pour tenter de se disculper, çà avait déjà bien servi en 1945…mais fort heureusement à défaut d'une Atmosphère, Atmosphère de film noir, on est plongé dans une intrigue à énigmes multiples bien menée. On croise des personnages mystérieux agissant sous de doubles identités. La mystérieuse cliente introuvable ; une soeur réelle ou imaginaire disparue et peut-être assassinée ; un inquiétant étranger à accent s'intéressant de près à l'enquête de Conlon…et un magicien ...ce sont les personnages bizarres que l'on croise. Le numéro de télépathie du dit magicien sera d'ailleurs intelligemment utilisé par le scénariste dans la meilleure scène du film. La fameuse enveloppe introuvable et son contenu mystérieux est en revanche un appât un peu léger...

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Comme je l'ai dit plus haut, ce film n'est pas un indispensable mais son scénario solide et l'énigme à multiples facettes nous tiennent en haleine jusqu'au bout. En revanche, on peut déplorer les décors très pauvres, la mise en scène anonyme de Robert D. Webb et surtout le caractère très déplaisant d'un personnage secondaire, le domestique noir de Conlon. Matan Moreland fait un numéro grotesque de valet peureux qui écarquille les yeux au moindre danger :shock: . Ses yeux globuleux et ses tentatives de fuite successives sont insupportables. Coup de bol, je ne l'ai pas vu en VF ce qui nous épargne les "Missié Conlon". En revanche, l'interprétation de Richard Conte, déjà comme un poisson dans l'eau dans le polar mais ici dans un registre détendu, la beauté et le talent de Faye Marlowe, font que l'on ne s'ennuie pas une seconde dans ce film d'une heure au scénario très dense. Concernant cette dernière, pour ma part je ne résiste pas à ces deux fossettes au niveau des joues :oops: et je regrette que sa "carrière" se soit limitée à une poignée de films. En revanche, on peut déplorer qu'Ann Savage disparaisse assassinée au bout de 10 min.

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Le (futur) réalisateur Robert D. Webb et son épouse Barbara McLean furent deux des principaux collaborateurs d'Henry King pendant 15 ans et plus de 15 films. A priori, c'était une bonne école mais Robert devait se planquer au fond de la classe. Si l'on suit un peu attentivement sa filmo en tant que metteur en scène, c'est un peu comme si un type avait fait son apprentissage auprès du professeur Cabrol pour faire de la chirurgie cardiaque de pointe…et finissait par s'installer comme boucher (Oh lui…). Il réalisa surtout des films d'aventure, 2 visibles : Tempête sous la mer en 1953 (DVD zone 2), Pirates of Tortuga en 1961 (DVD zone 2), tous les 2 pénibles (et ceci d'autant plus que la copie du 1er nommé est minable). Cela dit, on s'amuse tout de même un peu sans que ce soit toujours volontaire de la part du metteur en scène…D'autres films du genre sont plus difficiles à voir : Seven Cities of Gold en 1955 et The Way to the Gold en 1957. Le 1er ne vaut pas mieux que les précédents mais le second au casting alléchant est tentant (Jeffrey Hunter, Barry Sullivan, Walter Brenan, Neville Brand). Il a aussi réalisé 4 westerns. On retrouvait Jeffrey Hunter dans les 2 meilleurs, le sympathique western pro indien La Plume Blanche (1955) et surtout Le shérif (1956), un excellent sur-western d'une richesse très inhabituelle…et qui brassait même presque trop de choses pour un film d'une heure trente. Les deux ont été édités chez Sidonis. En revanche, je ne peux pas saquer Le cavalier du crépuscule dans lequel on retrouvait le Jeffrey Hunter chantant, c'est à dire un beau gosse à peu près inexpressif…le King l'était peut-être à la scène mais son charisme ne passait pas la caméra et il était à peu près inexistant dans ce western qui aurait pu être sympathique sans Elvis Presley et ses chansons qui selon moi n'avaient pas leur place dans le western (Je confesse que j'aime à peine plus le chanteur que l'acteur).

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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Messagepar kiemavel » 3 avr. 14, 00:24

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:oops: :oops: Faye Marlowe :oops: :oops:


Je dois être un des rares membres du fan club de Faye Marlowe alors je contribue comme je peux à sa renommée…Née en 1926 à Los Angeles, c'est une enfant de la balle : elle est la fille de Fanchon du duo de danseurs et musiciens Fanchon et Marco, des artistes de Music Hall. Elle n'a tourné que dans une poignée de films mais m'a sauté aux yeux dès que je l'ai vu pour la 1ère fois dans le film Hangower Square de John Brahm. Interrogée par un critique/historien de cinéma, elle intervenait d'ailleurs de manière très intéressante dans le commentaire du film enregistré pour la sortie du coffret consacré à John Brahm édité il y a quelques années aux USA qui comprenait aussi The Lodger et The Undying Monster. En dehors du film de Robert D. Webb, quelques films sont plus difficiles à voir mais restent visibles : Junior Miss de George Seaton avec Peggy Ann Garner. Le voleur de Venise, un autre film de John Brahm. Elle est aussi créditée d'une apparition dans le film à sketch français secrets d'alcove que je ne connais pas.


Lien vers le site consacré au duo Fanchon and Marco, crée par le frère de Faye Marlowe, William Simon, Jr.
http://www.fanchonandmarco.com/Home_Page.html


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A priori, poursuite d'une mini-série consacrée à Richard Conte dans les prochains jours avec 2 ou 3 films :
Under the Gun
Hollywood Story
et éventuellement The Raging Tide

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bogart
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Messagepar bogart » 3 avr. 14, 15:32

kiemavel a écrit :
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:oops: :oops: Faye Marlowe :oops: :oops:


Je dois être un des rares membres du fan club de Faye Marlowe alors je contribue comme je peux à sa renommée…





Surement...
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Messagepar Supfiction » 4 avr. 14, 08:04

bogart a écrit :
kiemavel a écrit :
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:oops: :oops: Faye Marlowe :oops: :oops:

Je dois être un des rares membres du fan club de Faye Marlowe alors je contribue comme je peux à sa renommée…





Surement...


J'ai du la voir dans Hangover Square aux côté du génial Georges Sanders, mais je n'en ai aucun souvenir (Linda Darnell accaparant mes deux yeux, désolé).

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kiemavel a écrit :Elle n'a tourné que dans une poignée de films mais m'a sauté aux yeux dès que je l'ai vu pour la 1ère fois dans le film Hangower Square de John Brahm. Interrogée par un critique/historien de cinéma, elle intervenait d'ailleurs de manière très intéressante dans le commentaire du film enregistré pour la sortie du coffret consacré à John Brahm édité il y a quelques années aux USA qui comprenait aussi The Lodger et The Undying Monster.


J'ai également ce très bon coffret, j'essayerai de jeter un coup d’œil aux bonus/commentaires à l'occasion.

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Pour ceux qui ne connaissent pas, l'excellent ami stakhanoviste en parle ici :
http://chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.fr/2012/09/hangover-square-john-brahm-1945.html

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I Was a Communist for the FBI (1951)

Messagepar Supfiction » 13 avr. 14, 19:01

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I Was a Communist for the FBI est un film presque aussi hallucinant à regarder aujourd'hui que Naissance d'une nation, et c'est peu dire. On a du mal à y croire totalement, au point qu'on imagine un twist mettant un peu de nuance. Même Rocky IV au plus fort des années Reagan faisait plus dans la nuance. :lol:

En fait c'est bien simple, le même genre de film était fait cinq six ans plutôt, les nazis ont juste été remplacés par les communistes.

Heureusement, il reste Frank Lovejoy qui arrive à tirer son épingle du jeu dans le rôle d'un agent infiltré dans les milieux communiste et se retrouvant rejeté par ses proches comme un pestiféré. Détesté par son fils, surveillé par les communistes, c'est un homme face à la solitude absolue.

Si les faits sont véridiques (l'exploitation des revendications sociales et des syndicalistes américains par les soviétiques pour déstabiliser les États-Unis de l'intérieur, les agents infiltrés, les espions, l'histoire véridique à la base d'un agent du FBI, Matt Cvetic, qui passa 9 ans infiltré au sein du parti communiste américain), c'est le portrait caricatural des communistes qui ne passe pas et fait franchement sourire.

En gros ce film a involontairement une valeur historique énorme : il permet de se mettre dans la tête d'un américain en 1950, au plus fort de la guerre de Corée et de la peur rouge.

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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Messagepar kiemavel » 14 avr. 14, 20:30

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The Raging Tide (1951)

Réalisation : George Sherman
Scénario : Ernest K. Gann
Image : Russell Metty
Musique : Frank Skinner
Produit par Aaron Rosenberg
Universal

Avec :

Richard Conte (Bruno Felkin)
Shelley Winters (Connie Thatcher)
Stephen McNally (Le Lt. Kelsey)
Charles Bickford (Hamil Linder)
Alex Nicol (Karl Linder)
John McIntire (Corky)

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Bruno Felkin, le chef d'un gang de San Francisco abat un rival dans les bureaux de son entreprise. Il téléphone à la police pour signaler le meurtre et s'enfuit, s'échappe dans la nuit pour rejoindre le plus rapidement possible l'appartement de Connie, sa petite amie, qui doit lui fournir un alibi. Elle est inexplicablement absente, aussi, traqué par la police, il est contraint de trouver refuge dans le port de pêche et se cache à bord d'un des petits bateaux à quai. Au petit matin, les marins pêcheurs Hamil et Carl Linder surprennent Felkin qui prétend s'être endormi sur le bateau après s'être saoulé à la suite de la perte de son emploi. Le capitaine Hamil Linder l'accepte à bord, lui apprend même le métier de pêcheur…alors que Felkin se sert de son fils Carl pour gérer ses affaires en ville et le charge de prendre soin de Connie. Pendant ce temps, le tenace Lt. Kelsey, en charge de l'enquête criminelle, met tout en oeuvre pour retrouver le fugitif…

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2ème film noir de George Sherman avec Richard Conte en vedette un an après The Sleeping City, The Raging Tide commence comme un film noir de haute volée. Les 10 premières minutes urbaines et nocturnes sont excellentes. Dans un San Francisco magnifié par la superbe photo de Russell Metty, un crime est commis. Le tueur débute à pied une fuite éperdue à travers la ville pour rejoindre au plus vite le domicile de sa petite amie mais constatant avec effarement son absence, il est contraint de trouver un abri provisoire mais très vite il se rend compte que les forces de police qui quadrille la ville l'empêche de retourner chez Connie. L'affolement de Felkin contraste avec la sérénité du Lt. Kelsey, qui est averti du meurtre alors qu'il se trouve dans l'échoppe d'un cireur de chaussures et qui reste absolument serein, déclarant à l'homme accroupi à ses pieds : "I'll never understand why a guy commits a crime in San Francisco. With only three exits, the guy should know he's a fly in a bottle “. Une ville dont on ne peut s'échapper ? Surement, d'ailleurs Lerkin ne trouvera de salut qu'en trouvant refuge dans le port de pêche de San Francisco…puis en mer. Le "refuge" Connie n'est en tout cas déjà plus possible car Kelsey qui a déjà sa petite idée sur l'identité du tueur, se rend directement au domicile de la petite amie rentrée entre temps chez elle. A partir de là débute un second film beaucoup plus inégal.

En effet, à partir du premier matin, " l'atmosphère " visuelle devient très contrastée avec une alternance de scènes urbaines et de longues scènes se passant sur l'océan. Le film criminel est toujours en arrière plan mais on est plongé bien davantage dans un drame familial qui sera le révélateur des véritables personnalités en présence. On pourrait parler d'un film de gangsters "moralisateur" dans lequel le méchant deviendrait trop sentimental…ce qui se révèle finalement très souvent dangereux pour lui. Le rachat ou la rédemption sont rarement faciles dans le film noir car le ciel ne semble connaitre que la punition pour les affreux…à moins que ce ne soit plus surement les scénaristes, plus ou moins influencés par leurs commanditaires (les studios) qui ne passent pas facilement l'éponge sur leurs méfaits. Quoiqu'il en soit, notre histoire se termine par une tempête mémorable qui "rend sa justice" et rattrape un peu un "coeur" de film un peu plus mou et confus. En effet, bien que la métamorphose du tueur soit lente, on a tout de même du mal à avaler la transformation du voyou…en pêcheur prenant gout à une vie rude et honnête !

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Bruno Felkin découvre une famille désunie. Le jeune Linder déteste son père et déteste encore plus le dur métier de pêcheur. Puisqu'il a eu par le passé des petits soucis avec la justice, Felkin va d'abord vouloir se servir de lui et puisqu'il ne peut pas se montrer en ville, c'est Carl qu'il va envoyer pour empocher l'argent chez les "clients" récalcitrants et qui va servir d'intermédiaire avec Connie qu'il continue d'entretenir afin qu'elle puisse poursuivre ses études alors que celle ci est toujours sous la surveillance du Lt. Kelsey. C'est petit à petit que la prise de conscience va venir. Adopté sans arrières pensées par un homme simple et bon qui donnent des regrets à Lerkin de ne pas avoir eu un tel père, il va s'intégrer progressivement à son nouveau milieu, à sa nouvelle famille, Hamil Linden le père de substitution finissant par rejeter son propre fils. Évidemment tout ceci contraste assez nettement avec l'ordinaire du genre. Le film adopte pour une part, le rythme de la vie des pêcheurs : c'est lent et long comme un dimanche à la campagne occupé à tenter d'attirer le brochet (souvenirs d'enfance. Oui, j'ai eu une enfance malheureuse). Les intentions sont pourtant bonnes. Je ne décris d'ailleurs qu'une partie du chemin parcouru par les principaux protagonistes mais pour rendre tout ceci réellement intéressant, il aurait fallu adjoindre au scénariste, assez inspiré malgré les réserves au sujet de la vraisemblance exprimées plus haut, un dialoguiste qui aurait rendu plus percutant les échanges entre Felkin et les Linden, père et fils.

Un autre aspect potentiellement intéressant est plus ou moins raté, c'est l'attirance qu'éprouve les trois principaux protagonistes pour Connie, la petite amie livrée à elle-même. Felkin, bien évidemment qui espère parvenir à fuir avec elle ; le flic assez cool et pas trop retors qui tente de lui faire prendre conscience qu'elle mérite mieux que la vie d'errance que lui promet sa condition de petite amie d'un ennemi public…et même Carl, le fils Linden, qui très vite tombe amoureux d'elle. Or, elle ne semble pas le trouver indifférent (ce qui est stupéfiant tant l'acteur Alex Nicol était inexistant)…En revanche, Shelley Winters est excellente dans un registre qu'on lui connait et avec lequel elle atteindra plus tard des sommets (Menace dans la nuit, Une place au soleil ou La nuit du chasseur). C'est encore une fois une brave fille, victime implorante, touchante, moins pathétique que dans ses "sommets" mais bénéficiant tout de même des meilleures dialogues. Lassée d'être hors-la-loi et désirant un homme plus convenable, elle hésitera longtemps sur la conduite à tenir, tiraillée entre son devoir de loyauté à l'égard de Felkin et son aspiration à une vie ordinaire et plus sereine. Un personnage secondaire tient un rôle non négligeable, c'est Corky, un vieux marin pêcheur interprété par un John McIntire dont le jeu est comme souvent assez voyant. Il nous fait là un numéro de vieux loup de mer assez pittoresque qui avait été témoin de la fuite de Felkin le soir du meurtre mais c'est relégué dans une sous intrigue pas très bien exploitée. Autre interprétation un peu voyante, celle de Charles Bickford en patriarche bienveillant au fort accent scandinave. Bilan : Pas mal mais facultatif...

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La carrière de George Sherman est presque celle d'un monomaniaque : 126 films au compteur dont une centaine de westerns ! Il en tourna tout au long de sa carrière, débuta en dirigeant les cow-boys masqués ou chantants (Robert Livingston, Gene Autry) puis les seconds couteaux parfois promis à un brillant avenir (Don 'Red' Barry et…John Wayne) avant de passer dans la classe supérieure et de diriger pour Columbia puis Universal des westerns un peu plus prestigieux. Dans son dernier film pour le cinéma, il finira même par retrouver John Wayne, 30 ans après leur dernière collaboration ( Big Jake). Entre temps, quelques films de guerre dont un pas mal du tout (La bataille des sables). Quelques films d'action ou d'aventure : Le fils de Robin des bois (1946), coréalisé par Henry Levin ; La princesse de Samarcande, 1951 ; À l'abordage, 1952 (DVD zone 1 avec vost) ; Le prince de Bagdad, 1953 avec Victor Mature et Les bolides de l'enfer, 1954 (édité en zone 2). Et enfin quelques polars : Citadel of Crime, 1941 (page 12 du topic) ; Larceny (1948), dont je vais bientôt parler et The Sleeping City (1950), dont il a déjà été question plus haut (...et à la page 28).

NB : Du coté des westerns, beaucoup ont été édités mais il manque encore quelques films : The Lone Hand, 1953 est un honnête western dans lequel Joel McCrea partage la vedette avec un moutard (Jimmy Hunt). C'est sans doute à la suite de Saddle Tramp, 1950 dans lequel McCrea partageait la vedette avec des enfants que des producteurs avisés ont voulu recycler l'idée car avant le film de Sherman, on le retrouvait déjà en 1951 à l'affiche de Cattle Drive (L'enfant du désert) avec Dean Stockwell. Quant à Reprisal !, c'est un bon western pro-indien (c'était la spécialité de Sherman).
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kiemavel
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Re: I Was a Communist for the FBI (1951)

Messagepar kiemavel » 14 avr. 14, 21:03

Supfiction a écrit :I Was a Communist for the FBI est un film presque aussi hallucinant à regarder aujourd'hui que Naissance d'une nation, et c'est peu dire. On a du mal à y croire totalement, au point qu'on imagine un twist mettant un peu de nuance. Même Rocky IV au plus fort des années Reagan faisait plus dans la nuance. :lol:

En fait c'est bien simple, le même genre de film était fait cinq six ans plutôt, les nazis ont juste été remplacés par les communistes.

Heureusement, il reste Frank Lovejoy qui arrive à tirer son épingle du jeu dans le rôle d'un agent infiltré dans les milieux communiste et se retrouvant rejeté par ses proches comme un pestiféré. Détesté par son fils, surveillé par les communistes, c'est un homme face à la solitude absolue.

Si les faits sont véridiques (l'exploitation des revendications sociales et des syndicalistes américains par les soviétiques pour déstabiliser les États-Unis de l'intérieur, les agents infiltrés, les espions, l'histoire véridique à la base d'un agent du FBI, Matt Cvetic, qui passa 9 ans infiltré au sein du parti communiste américain), c'est le portrait caricatural des communistes qui ne passe pas et fait franchement sourire.

En gros ce film a involontairement une valeur historique énorme : il permet de se mettre dans la tête d'un américain en 1950, au plus fort de la guerre de Corée et de la peur rouge.


:D Alors, il ne t'a pas plu celui là ? C'est pourtant assez fin :mrgreen: . Frank Lovejoy est effectivement encore une fois plutôt bon mais c'est vrai que cette série de polars anti-rouge des années 50 n'a pas donné grand chose de bon, c'est un euphémisme. L'anti-communisme des années 50 a parfois motivé ou est présent en arrière plan dans d'assez nombreux classiques plus ou moins "sérieux " : Man on a Tightrope, The Iron Curtain, Diplomatic Courier ou Assignment : Paris et bien sûr dans des thrillers politiques ultérieurs esthétiquement et thématiquement très éloignés des films de la décennie précédente dont bien sûr The Manchurian Candidate est le meilleur exemple. La propagande a aussi été greffé au film noir dont la grande période coïncide avec l'hystérie anti-rouge qui a pris les USA durant les années 50. Les méchants cocos, une nouvelle espèce de vilains du genre, ont donc remplacés pour un temps et quelques films, les différentes sortes de méchants présents dans le genre, pris au sens large, depuis les gangsters des années 30 jusqu'aux psychopathes des polars des années 60 et 70. Cela posé, la plupart des films de ce sous genre sont selon moi très moyens. Voici les principaux :

L'un des 1er a été La grande menace (Walk a Crooked Mile), l'autre contribution de Gordon Douglas. Je peux citer aussi le médiocre Woman on Pier 13 de Robert Stevenson…qui est encore pire malgré Robert Ryan. Big Jim McLain d'Edward Ludwig n'est pas un film noir mais fait bien partie de la série des policiers anti-rouge…et c'est également un des plus mauvais. Le miroir au secret (Five Steps to Danger est un peu meilleur et The Fearmakers est encore plusieurs crans au dessus mais c'est quand même un Jacques Tourneur assez mineur. Une série à laquelle on peut ajouter A Bullet for Joey de Lewis Allen (dans lequel l'identité communiste des affreux n'est pas précisé mais le message est clair)…et enfin (miracle) un pur chef d'oeuvre Le port de la drogue (Pickup on South Street) de Samuel Fuller qui doit être -sauf très bonnes surprises improbables- la seule pierre précieuse dans un sac de cailloux.

La suite : Hollywood Story de William Castle avec Richard Conte et Julie Adams

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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Messagepar kiemavel » 15 avr. 14, 08:03

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Un crime parfait (Hollywood Story) 1951

Réalisation : William Castle
Scénario : Frederick Kohner et Frederick Brady
Image : Carl Guthrie
Musique : Frank Skinner
Produit par Leonard Goldstein
Universal

Avec :

Richard Conte (Larry O'Brien)
Julie Adams (Sally/Amanda Rousseau)
Richard Egan (Lt. Lennox)
Henry Hull (Vincent St. Clair)
Fred Clark (Sam Collyer)
et Joel McCrea, William Farnum, Betty Blythe,
Francis X. Bushman, Helen Gibson dans leurs propres rôles

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Larry O'Brien, un producteur de Broadway décidé à tenter sa chance au cinéma, arrive à Los Angeles. Son ami et agent Mitch Davis lui ouvre les portes d'un vieux studio abandonné à la suite d'un scandale survenu 30 ans plus tôt, l'assassinat de Franklin Ferrara, un metteur en scène réputé. Après avoir visité le bungalow qu'occupait Ferrara, malgré l'hostilité de son entourage, O'Brien se met en tête de faire un film à partir de ce crime irrésolu et par la même de rouvrir l'enquête sur le crime. En raison du projet d'O'Brien, les vieux studios de la National Artists qui avaient fermé leurs portes reprennent vie. Il fait revenir les anciennes stars du studio, retrouve le scénariste attitré de Ferrara, Vincent St. Clair et lui commande un scénario comptant l'affaire. De son coté, O'Brien poursuit ses investigations et s'installe dans le bungalow qu'occupait Ferrara au studio. Il multiplie les découvertes augmentant ainsi la liste des suspects au nombre desquelles figurent les trois personnes qui avaient vu Ferrara le soir de sa mort, Amanda Rousseau et Roland Paul, 2 stars du studio et son secrétaire personnel, Charles. Un soir, on lui tire dessus alors qu'il travaillait dans le bungalow. Manifestement, le meurtrier est revenu…



Pas vraiment un film noir mais un "Qui-l'a-fait" dont la seule originalité notable est le milieu dans lequel se déroule l'action, celui du cinéma. On peut penser que la sortie l'année précédente de Sunset Boulevard qui a relancé l'intérêt pour la période du cinéma des pionniers et sur les scandales qui l'ont émaillé, a du inspirer les scénaristes du film de William Castle. Le film s'inspire d'ailleurs directement de l'un d'eux, l'assassinat du metteur en scène William Desmond Taylor en 1922, un crime irrésolu pour lequel plusieurs vedettes d'Hollywood avaient été inquiété dont Mabel Normand (Mabel Normand + William Desmond Taylor = Norma Desmond…). Les producteurs d'Hollywood Story ont d'ailleurs fait appel eux aussi à d'authentiques vieilles gloires plus ou moins éphémères du cinéma muet pour leur film. On aperçoit ainsi dans des seconds rôles : Helen Gibson, Betty Blythe, William Farnum et Francis X. Bushman. On aperçoit encore plus brièvement d'autres anciennes vedettes comme Elmo Lincoln, l'un des premiers Tarzan et comme dans le célèbre film de Billy Wilder, on assiste à des bouts de projections au cours desquelles on peut retrouver entre autre Lon Chaney (dans une courte scène géniale non identifiée). Enfin, le film a été en grande partie tourné dans les anciens studios de Charlie Chaplin à La Brea…Beaucoup de "vieilles choses" à priori intéressantes donc, mais on peut déplorer que ce contexte original pour un polar n'ai pas plus stimulé l'imagination des scénaristes, j'y reviendrais plus loin.

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Sunset Blvd n'est d'ailleurs pas le seul film dont ce sont inspiré les scénaristes. Comme ceux d'un des premiers films d'Anthony Mann, Strangers in the Night, ceux d'Hollywood Story, ont eux aussi recyclé l'idée du portrait peint de l'héroïne disparue qui trône omniprésent dans le décor principal (provenant bien sûr de Laura). On tousse un peu en voyant ainsi apparaitre pour la première fois Julie Adams dans le bungalow occupé par Larry O'Brien alors que celui ci est justement en train d'admirer le portrait d'une femme lui ressemblant comme deux gouttes d'eau, celui de l'actrice Amanda Rousseau, l'ancienne vedette des films du metteur en scène assassiné qui avait elle-même été soupçonné du meurtre. Évidemment, il ne s'agit pas du fantôme d'Amanda…mais de sa fille Sally veillant sur la mémoire de sa mère/jumelle qu'elle craint de voir ternie par la réouverture de l'enquête.

Je ne dis pas grand chose de l'enquête du détective improvisé et inhabituel, un producteur de théâtre et de cinéma, sinon que comme de coutume, ce sont les personnalités des multiples suspects qui permettent de tenir le spectateur en éveil. Ici, ils sont assez nombreux. En dehors d'Amanda, on a l'agent de Larry O'Brien, Mitch Davis (Jim Backus) ; Sam Collyer (Fred Clark), son ami producteur qui connaissait la victime ; Roland Paul (Paul Cavanagh), un acteur sur le déclin et enfin Vincent St. Clair, le scénariste attitré de Ferrara interprété par Henry Hull ( lui même un vétéran du muet) qui est sans doute le personnage le plus intéressant. On le découvre retiré du monde, vivant sur une cote désolée, seul dans un bungalow faisant face au Pacifique. Il accepte de reprendre sa place et débarque à Los Angeles. Après avoir découvert un semi-clochard, on le retrouve transformé, élégant dans des costumes des années 20 qui le font vite remarquer dans les studios de la National Artists qui reprennent progressivement vie. Un autre personnage important est un absent dont il est beaucoup question, l'ancien secrétaire personnel de Ferrara qui est une des dernières personnes à l'avoir vu vivant mais qui a totalement disparu depuis cette nuit là et qui est activement recherché. Enfin, les bruits faisant état de la réouverture de l'enquête attire l'attention du Lt. lennox, un inspecteur de police (interprété mollement par Richard Egan), qui mènera une enquête parallèle.

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Le suite de l'intrigue est très conventionnelle. Lorsqu'un des suspects semble avoir des révélations à faire, il est -comme il se doit- à son tour assassiné. Le reste : une preuve cachée + un faux coupable + un mariage secret + un frère caché…corse l'addition et tient en éveil jusqu'au bout sans bouleverser le genre. La photographie de Carl Guthrie, pourtant un spécialiste du film noir (Flaxy Martin, Du sang sur le tapis vert, Femmes en cage, Témoin de la dernière heure, Storm Warning, etc…) est d'une grande platitude et la mise en scène de William Castle est tout aussi impersonnelle et sans éclats sauf dans la longue scène finale qui se sert enfin habilement des décors de studios…pour une longue séquence (d'une certaine manière) de "film dans le film". Au cours de la longue poursuite qui clôture Hollywood Story, le fugitif et ses poursuivants s'affrontent dans un des hangars du studio au milieu des décors de cinéma parfois filmés en prenant de la hauteur, permettant de voir ainsi l'envers du décor. La encore, un film sympathique mais facultatif.

De ce metteur en scène, j'avais déjà évoqué : Étrange mariage (When Strangers Marry) 1944 (page 19), Une balle dans le dos (Untertow) 1949 (page 19) et Johnny Stool Pigeon 1949 (page 24). Je reviendrais plus tard sur ses polars avec The Fat Man, Le gang de l'or noir (The Houston Story) et New-Orleans Uncensored. En revanche, je ne connais pas du tout les petits thrillers d'une heure de son début de carrière : la série des Whisler avec Richard Dix et les Crime Doctor avec Warner Baxter. A partir de Macabre (1958), il n'a pratiquement plus réalisé que des thrillers plus ou moins horrifiques dont certains (La nuit de tous les mystères et Tuer n'est pas jouer) ont été édité chez nous en DVD. Le désosseur de cadavres l'a été en Espagne par l'Atelier 13 mais le DVD comporte une vost. Quelques autres ont été diffusés à la télévision chez nous : Homicidal (Homicide), La meurtrière diabolique (Strait-Jacket) et Celui qui n'existait pas (The Night Walker). Entre temps, il avait réalisé quelques westerns pas terribles (J'en ai évoqué 3, La caverne des hors-la-loi, Conquest of Cochise et Rendez-vous sur l'Amazone dans le topic consacré à William Castle) et quelques films d'aventure. Serpent of the Nile avec Rhonda Fleming, William Lundigan et Raymond Burr doit être indispensable rien que pour voir Rhonda en Cléopatre et Raymond Burr en Marc Antoine ( Raymond en cuirasse, hum !). Slaves of Babylon avec Richard Conte et Linda Christian doit lui aussi mériter le détour. Je ne connais pas non plus The Iron Glove avec Robert Stack et Ursula Thiess et Drums of Tahiti avec Dennis O'Keefe et Patricia Medina.

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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Messagepar kiemavel » 15 avr. 14, 08:20

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Richard Conte, Francis X. Bushman, Helen Gibson, William Farnum et Betty Blythe, en marge du tournage d'Hollywood Story

D'autres vedettes éphèmères du muet sont censé apparaitre dans le film : Herbert Rawlinson, Richard Neill, Arlene Pretty, Cleo Ridgeley, Dorothy Vernon, Spec O'Donnell, Stewart Holmes, Hank Mann, Babe Kane et Marie Osborne mais leur présence est non confirmée avec certitude. En revanche, une vedette contemporaine figure bien dans le film, c'est Joel McCrea qui est censé être en train de tourner un film dans un des studios de la National Artists.

La suite : Under the Gun de Ted Tetzlaff, dernier de la série Richard Conte avec également Audrey Totter et Sam Jaffe.