Le Western américain : Parcours chronologique III 1955-1959

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Supfiction
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Supfiction » 4 oct. 13, 19:31

Cool un Virginia Mayo que je n'ai pas vu :oops: .. vivement un hypothétique Warner Archive français.

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Jeremy Fox
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Re: Fort Dobbs

Messagepar Jeremy Fox » 4 oct. 13, 19:32

Federico a écrit :
Jeremy Fox a écrit :Sur la piste des Comanches (Fort Dobbs - 1958) de Gordon Douglas

un détail qui m’a bien amusé en le lisant : alors que dans le film Clint Walker se met torse-nu à une seule reprise, la majorité des photos d’exploitation le montraient parait-il avec sa musculeuse poitrine velue (comme très souvent d’ailleurs Robert Ryan au début de cette même décennie). Sur quoi, un utilisateur de IMDB a écrit as if the movie had been filmed in "Torso-Scope" or "Pecs-a-rama" or "Chest-o-vision." :mrgreen:

Ce n'est pas pour rien qu'on a appelé ça des photos d'exploitation. :P
Les départements publicitaires faisaient de même avec les actrices, allant même inventer des moments qui ne se trouvaient pas dans le film, juste histoire de montrer une belle plante en nuisette et autre "tenue d'intérieur" (je ne citerai pas un exemple bien connu de western avec une certaine T... L.... sinon on va me traiter d'obsessionnel, n'est-ce pas Commissaire ?) :fiou:
J'imagine facilement que les photos et posters avec le balèze Clint torse-poil ont du à l'époque orner plus d'une chambre de fille et sans doute aussi de garçons... :wink:



Ah mais j'aurais été le premier à afficher des photos de T... L..... dans ma chambre ; c'est la conclusion de l'internaute qui m'a surtout fait sourire :mrgreen:

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 4 oct. 13, 19:33

Supfiction a écrit :Cool un Virginia Mayo que je n'ai pas vu :oops: .. vivement un hypothétique Warner Archive français.

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Ils auraient d'ailleurs mieux fait de sortir celui-ci au lieu du médiocre Géant du grand Nord

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Re: Fort Dobbs

Messagepar Supfiction » 4 oct. 13, 19:42

Federico a écrit :
Jeremy Fox a écrit :Sur la piste des Comanches (Fort Dobbs - 1958) de Gordon Douglas

un détail qui m’a bien amusé en le lisant : alors que dans le film Clint Walker se met torse-nu à une seule reprise, la majorité des photos d’exploitation le montraient parait-il avec sa musculeuse poitrine velue (comme très souvent d’ailleurs Robert Ryan au début de cette même décennie). Sur quoi, un utilisateur de IMDB a écrit as if the movie had been filmed in "Torso-Scope" or "Pecs-a-rama" or "Chest-o-vision." :mrgreen:

Ce n'est pas pour rien qu'on a appelé ça des photos d'exploitation. :P
Les départements publicitaires faisaient de même avec les actrices, allant même inventer des moments qui ne se trouvaient pas dans le film, juste histoire de montrer une belle plante en nuisette et autre "tenue d'intérieur" (je ne citerai pas un exemple bien connu de western avec une certaine T... L.... sinon on va me traiter d'obsessionnel, n'est-ce pas Commissaire ?) :fiou:
J'imagine facilement que les photos et posters avec le balèze Clint torse-poil ont du à l'époque orner plus d'une chambre de fille et sans doute aussi de garçons... :wink:


Clint qui ? :lol:

Spoiler (cliquez pour afficher)
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Tu veux dire qu'on ne la voit pas comme ça dans La chevauchée des bannis ?? :evil: :shock: :lol: Encore une belle escroquerie.. :uhuh:

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Fort Massacre

Messagepar Jeremy Fox » 9 oct. 13, 14:51

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Fort Massacre (1958) de Joseph M. Newman
MIRISCH CORPORATION


Avec Joel McCrea, Forrest Tucker, Denver Pyle, Susan Cabot, John Russell
Scénario : Martin Goldsmith
Musique : Marlin Skiles
Photographie : Carl E. Guthrie (Color DeLuxe 2.35)
Un film produit par Walter Mirisch pour la Mirisch Corporation


Sortie USA : mai 1958


New Mexico à la fin des années 1870. Suite à une embuscade meurtrière, un détachement de tuniques bleues est presque entièrement décimé par les Apaches. Il ne reste qu’à peine une dizaine de membres et plus aucun officier en chef pour prendre le commandement. C’est donc le plus haut gradé, le Sergent Vinson (Joel McCrea), qui prend la tête du petit groupe au grand désespoir des autres survivants dont surtout McGurney (Forrest Tucker), soldat d’origine irlandaise qui ne cesse de pester contre l’armée, la hiérarchie et l’autorité. En effet, Vinson est connu pour sa haine tenace envers les indiens ; il ne s’est en fait jamais remis de la perte de son épouse tombée entre leurs mains il y a quelques années et ayant préféré tuer ses fils plutôt qu’ils soient eux aussi faits prisonniers. L’inquiétude des hommes quant aux facultés de commandement de leur Sergent avait bien lieu d’être puisque Vinson, au lieu de se rendre directement au Fort Crane pour se réfugier ou encore d’attendre des renforts annoncés, fait des détours pour aller massacrer des groupes d’indiens même si les membres de ceux-ci sont parfois quatre fois plus nombreux qu'eux. De décisions suicidaires en attitudes belliqueuses de la part de leur chef, les quelques rescapés arrivent néanmoins jusqu’à une ville troglodyte fantôme où ils décident de se cacher le temps de reprendre des forces. Ils y découvrent un vieil indien Piute et sa petite fille (Susan Cabot). Un des hommes de la troupe nomme ce lieu ‘Fort Massacre’, très pessimiste quant à leur sort à tous d’autant qu’une bande d’une vingtaine d’indiens rôde encore alentour…


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Au vu du médiocre Pony Soldier (La Dernière flèche) avec Tyrone Power, on se demandait alors ce qu'il restait de positif du travail de Joseph M. Newman qui nous avait pourtant agréablement surpris quelques mois auparavant avec Les Bannis de la Sierra (The Outcasts of Poker Flat), son huis clos westernien en noir et blanc avec Anne Baxter et Dale Robertson. La qualité du scénario était pour beaucoup dans la réussite de ce dernier. Si le postulat de départ de Fort Massacre est tout aussi captivant que celui de son premier western, le scénario l’est en revanche beaucoup moins, s’enlisant très vite dans la redite et l’insignifiant après nous avoir grandement alléché, nous mettant face à un des westerns les plus désenchantés qu’il nous ait été de voir jusqu’à présent. Il faut dire que les films narrant les mésaventures d’une patrouille perdue ont rarement été convaincants à commencer par The Lost Patrol de John Ford, l’un de ses films les plus lourds et ennuyeux. Joseph Newman quant à lui s'en sort avec les honneurs, nous offrant un travail soigné à défaut d'être inoubliable. Ancien garçon de course de la MGM dès l'âge de 13 ans, Joseph Newman se retrouva vite assistant de cinéastes tels Raoul Walsh ou George Cukor. Sa première réalisation date de 1941, Northwest Rangers, remake de Manhattan Melodrama de W.S. Van Dyke. Il mettra en scène de nombreux épisodes de la série Crime Does Not Pay et nous aura offert une comédie assez délicieuse avec June Haver et Marilyn Monroe dans un de ses premiers rôles, Love Nest (Nid d'amour). Mais le film le plus célèbre de Newman sortira en 1953 et deviendra un grand classique de la science-fiction : Les Survivants de l'infni (This Island Earth). Fort Massacre est son troisième western et le premier film produit par la Mirisch Company, compagnie créee fin 1957.


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Un petit groupe de soldats perdu au milieu de l’immensité hostile et sauvage des territoires Apaches ; leur chef, un homme qui voue une haine farouche aux indiens depuis que ces derniers ont violé et brulé son épouse, celle-ci ayant auparavant tué ses deux enfants afin qu’ils ne tombent pas entre leurs mains ; des bandes d’indiens faméliques disséminées un peu partout prêtes à massacrer les tuniques bleues. Voici les quelques protagonistes de ce huis-clos en extérieurs filmé au sein de superbes paysages formidablement saisis en scope. Les étonnantes premières séquences de ce film nous montrent , après que leur détachement se soit presque fait entièrement décimé, des soldats tenir un discours violent et désillusionné sur l’armée, sa bureaucratie et sa hiérarchie qui conduisent des hommes à la boucherie sans sourciller. Ces militaires ne sont pas des héros et ont même peur de mourir ; leur description évacue tout manichéisme : voire à ce propos le personnage de John Russell constamment en train de douter sur ce qu’il voudrait faire de son avenir ou encore celui de Joel McCrea sans cesse tiraillé entre sa haine tenace à l’encontre des indiens et la remise en question de celle-ci… Mais les bonnes intentions ne font pas forcément les bons films et après un démarrage passionnant, le western de Joseph M. Newman s’enlise rapidement, devient vite assez répétitif et tout simplement inintéressant, encore plus à partir du moment où le petit groupe de soldats rejoint cet étonnant décor de la ville troglodyte Anasazi. Non seulement, ce qui s’y déroule n’a plus grand intérêt, les tensions ne montent pas d’un cran et les deux personnages d’indiens pacifiques rencontrés alors se révèlent non seulement ridicules mais également totalement inutiles. Pauvre Susan Cabot qui eut de bien meilleures opportunités par le passé, déjà et souvent dans les rôles d’indiennes d’ailleurs. Demander à se prostituer en échange d’une fiole de whisky pour son grand-père… et rien de bien plus à faire durant son ¼ d’heure de présence !


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En fait, le gros problème de ce film est que tout a été dit dans la première demi-heure par Martin Goldsmith (scénariste réputé pour son travail sur Détour, film culte pour les cinéphiles français, signé Edgar G. Ulmer) et que ce qui s'ensuit n’apporte rien de nouveau, les personnages n’évoluant pas eux non plus, ceci étant d’autant plus dommage que leurs interprètes sont des comédiens chevronnés et souvent talentueux tels Anthony Caruso, John Russell ou Forrest Tucker ; nous aurions vraiment aimé les voir tenir des rôles plus consistants, ce qui n’est malheureusement pas vraiment le cas ici. De ce fait, la seconde partie ressemble plus à du remplissage pour arriver au bout des 75 minutes minimales ‘réglementaires’ ; les situations sont stagnantes et lces dialogues guère passionnants, voire redondants... Heureusement, le final vient nous sortir de la torpeur qui avait commencé à nous envahir sans toutefois nous assommer grâce à la beauté des paysages et le talent des comédiens ; il préfigure (toutes proportions gardées), les inoubliables fins nihilistes des films de Robert Aldrich ou de Sam Peckinpah. D’ailleurs, Fort Massacre, avec de nombreux points communs, annonce avec plus de dix ans d’avance le bien meilleur Fureur Apache (Ulzana’s Raid) d'Aldrich. Un final sec, concis et impitoyable comme nous aurions aimé que le film le soit durant toute sa durée ; mais Joseph M. Newman était surement un cinéaste trop timoré pour pouvoir faire mieux à partir d’une histoire aussi sombre et désespérée, et il n’a pas non plus bénéficié d’un scénario assez rigoureux sur la longueur. Cependant les questionnements sur les capacités requises pour un bon commandement, la résignation ou non devant l’horreur, la soumission ou non à l’autorité (malgré le mépris pour leur chef, les soldats ne se révoltent pas hormis en paroles), restent intéressants ainsi que le personnage ‘raisonnable’ joué par John Russell qui n’arrive pas à prendre partie, arrivant à comprendre les raisons de chacun sans pour autant y adhérer.


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Même si ce western est loin de répondre aux attentes suscitées par un prologue aussi inhabituel, cinglant, tendu et dépouillé, il peut malgré tout se visionner sans trop de déplaisir grâce à un solide casting à la tête duquel un Joel McCrea convaincant, surprenant dans un rôle inaccoutumé le concernant, très noir et torturé (l’idée de son fétichisme des montres ramassées sur les cadavres de ses hommes est excellente), ainsi qu'à une très belle photographie de Carl E. Guthrie utilisant avec beaucoup de talent les superbes et sauvages paysages naturels à sa disposition. Dommage que le film tourne assez vite en rond et que le traitement ne soit pas plus original ; en effet la mise en scène de Newman manque singulièrement de dynamisme et d’âpreté pour un tel sujet. Bertrand Tavernier parle d’économie, je tablerais plutôt sur de la fadeur. Néanmoins, même s’il m’a quelque peu ennuyé, je ne peux que reconnaitre son intérêt et son originalité : un western sans humour ni sentimentalisme qui j'imagine pourrait plaire à beaucoup.

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Re: Fort Massacre

Messagepar Rick Blaine » 9 oct. 13, 14:55

Jeremy Fox a écrit :Bertrand Tavernier parle d’économie, je tablerais plutôt sur de la fadeur.


Moi de même. J'ai souvenir de m'être plutôt ennuyé devant ce film.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Chip » 10 oct. 13, 09:28

Ce film m'a de bout en bout, passionné et Mc Crea à contre- emploi, est très convaincant. Ce western ne fut pas un franc succés aux U.S.A, trop sombre ...sa vedette cassait son image auprès des spectateurs habitués à la voir dans des rôles bien plus sympathiques.

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 10 oct. 13, 09:30

Chip a écrit :Ce film m'a de bout en bout, passionné


C'est tout à fait ton droit et tant mieux. Par contre que penses tu des deux personnages d'indiens parachutés dans la dernière partie ?

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Chip » 10 oct. 13, 14:10

Le grand-père et sa petite fille ? Je ne trouve pas leurs présences déplacées, ni gratuites. Elles justifient la réaction de John Russell, qui abat Mc Crea quand ce dernier s'apprête à tuer le viel indien. " Fort massacre" est à mon avis un des meilleurs westerns qu'il ait tournés, avec " ride the high country", " Colorado territory" et le beau et méconnu " four faces west". Je vais revoir " fort massacre", peut-être aurai-je une vision différente sur le film, j'en doute.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Frances » 10 oct. 13, 14:27

Chip a écrit :Le grand-père et sa petite fille ? Je ne trouve pas leurs présences déplacées, ni gratuites. Elles justifient la réaction de John Russell, qui abat Mc Crea quand ce dernier s'apprête à tuer le viel indien. " Fort massacre" est à mon avis un des meilleurs westerns qu'il ait tournés, avec " ride the high country", " Colorado territory" et le beau et méconnu " four faces west". Je vais revoir " fort massacre", peut-être aurai-je une vision différente sur le film, j'en doute.



Merci pour les spoilers :fiou:

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The Sheepman

Messagepar Jeremy Fox » 14 oct. 13, 07:00

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La Vallée de la poudre (The Sheepman - 1958) de George Marshall
METRO GOLDWIN MAYER


Avec Glenn Ford, Shirley MacLaine, Leslie Nielsen, Mickey Shaughnessy, Edgar Buchanan
Scénario : James Edward Grant & William Bowers d’après une histoire de James Edward Grant
Musique : Jeff Alexander
Photographie : Robert J. Bronner (Metrocolor 2.35)
Un film produit par Edmund Grainger pour le MGM


Sortie USA : 07 mai 1958


1880. La tranquille petite bourgade de Powder Valley voit l’arrivée d’un texan nommé Jason Sweet (Glenn Ford) qui semble vouloir semer la discorde parmi les habitants, allant même jusqu’à aller provoquer la plus forte tête de la ville, Jumbo McCall (Mickey Shaughnessy), à qui il inflige une sévère correction en réussissant à le mettre KO. Pourquoi une telle volonté de provocation ? Pour faire d’emblée comprendre aux habitants qu’il sera capable de se défendre si on vient lui chercher des noises, pensant ainsi éviter de futures querelles ! Mais pourquoi croire qu’on lui voudrait du mal ? Tout simplement puisqu’il a dans l’idée de venir faire paître son troupeau de moutons (gagné aux cartes) sur les terres de cette région d’éleveurs de bovins. Pas question pour les citoyens de Powder Valley de laisser ces bêtes puantes venir empester leurs terres ! Les hostilités sont ouvertes entre Jason et les éleveurs du coin chapeautés par le plus puissant d’entre eux, Stephen Bedford (Leslie Nielsen), que l’on nomme ‘le Colonel’ ; ce dernier fait tout pour empêcher les moutons de descendre du train qui les amène. Ce dont personne ne se doute, c’est que Jason et Stephen se connaissent très bien pour avoir été tous deux joueurs professionnels, un peu truands sur les bords. Ne pouvant manœuvrer comme il veut sous peine de voir son passé peu reluisant dévoilé à ses concitoyens, le désormais ‘respectable’ colonel loue alors les services d’un tireur d’élite, Choctaw Neal (Pernell Roberts), pour accomplir sa sale besogne, celle de déloger l’importun berger. Les deux ex-gambler vont également s’opposer à propos d’une femme, la charmante Dell Payton (Shirley MacLaine), qui doit devenir l’épouse du riche éleveur…


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Le prolifique George Marshall eut un genre de prédilection tout au long de son imposante carrière : la comédie. Quand il aborda le western, il insuffla souvent beaucoup d’humour à la plupart de ses films, le plus célèbre et le plus réussi étant Destry Rides Again (Femme ou démon) avec James Stewart et Marlene Dietrich, symbiose quasi parfaite entre drame et comédie. Il réalisa aussi une amusante parodie de western avec Red Garters (Les Jarretières rouges), une curieuse comédie musicale expressément tournée à l’intérieur de décors stylisés à l’extrême. Il mis ensuite en scène un remake de son Destry Rides Again avec Destry (Le Nettoyeur) dont l’acteur principal était Audie Murphy, à nouveau en haut de l’affiche de Guns of Fort Petticoat (Le Fort de la dernière chance) qui, au vu de son titre et de son argument principal (un homme et une vingtaine de femmes réunis dans une mission abandonnée), aurait pu suggérer à nouveau un western à forte dose humoristique, voire une comédie. Il n’en était cependant rien, le ton de ce western étant on ne peut plus sérieux, tout comme l’était quelques mois plus tôt le singulier Les Piliers du ciel (Pillars of the Sky), l’un des rares westerns ouvertement ‘chrétiens’. Une filmographie westernienne très inégale (on trouvera également des films extrêmement mauvais tel Valley of the Sun) mais bougrement intéressante et plutôt hors-norme. Si ses westerns réalisés juste avant étaient donc loin de prêter à rire, en revanche, avec cette Vallée de la poudre nous sommes bien à nouveau devant une pure comédie westernienne, l’une des plus réussies qui soit, mixture harmonieuse entre humour et action !


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Un éleveur de moutons qui va chercher à imposer son cheptel de bêtes ‘puantes’ dans un pays où les terres ont toujours été consacrées aux bêtes à cornes. Les vachers qui vont tenter par tous les moyens de le chasser. Quoi de plus banal que cette intrigue vue à priori à d’innombrables reprises dans le domaine du western ? Ce qui est en fait déjà faux, quasiment seul le médiocre Montana de Ray Enright avec Errol Flynn ayant auparavant abordé cette thématique. Mais c’est à peu près tout. Il faut croire que le cartoon Drag-a-long Droopy de Tex Avery ou l’album de Lucky Luke, Des barbelés sur la prairie, auront tous deux marqué les esprits pour faire passer pour un fait avéré que les conflits entre éleveurs d’ovins et de bovins ont fait les choux gras du western classique. Donc une intrigue pas si commune qu’on aurait pu le croire ! Mais si je vous dis qu’il s’agit dans le même temps d’une comédie ! Oui mais comédie et western ont rarement fait bon ménage ! Qu’à cela ne tienne, le mélange des deux est pour l’occasion parfaitement dosé et réussi, et nous pourrions très certainement nous trouver devant le western humoristique le plus ‘harmonieux’ et le plus rafraichissant qu'il nous ait été donné de voir, avec celui que le même George Marshall avait réalisé en 1939, le délicieux Destry Rides Again (Femme ou démon) ; sauf qu’en l’occurrence, il ne s’agissait pas à proprement parler d’une comédie mais d’un western avec une forte dose d’humour, flirtant à plusieurs reprises avec la tragédie.


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Au contraire, point (ou presque pas) d’éléments dramatiques dans The Sheepman qui ne se prend pas une seule seconde au sérieux (à l’exception du dernier quart d’heure) ce qui ne l’empêche pas de posséder un scénario remarquablement bien écrit et des scènes d’actions d’une efficacité à toute épreuve telle la fusillade finale. Il faut dire qu’à l’écriture nous avons l’un des très grands noms du western, non moins que James Edward Grant qui, outre ses innombrables excellents scénarios, aura réalisé un western fortement attachant avec L’Ange et le mauvais garçon (The Angel and the Badman) mettant en scène l’inoubliable couple formé par John Wayne et Gail Russell. C’est de nouveau lui qui signera deux ans après The Sheepman, le scénario de ce formidable chef-d’œuvre que sera la version Alamo de John Wayne. The Sheepman nous propose autant d’action qu’il nous fait rire sans que ce ne soit à aucun moment une parodie du genre. Et ce, dès la première séquence anthologique, d’une grande drôlerie, qui voit Glenn Ford aller titiller tous les habitants de la ville avant d’aller provoquer l’homme le plus costaud d’entre eux, lui écraser son cigare dans son café, afin de montrer à ses futurs concitoyens qu’il allait désormais falloir compter avec lui et ses bêtes à laine. L’année suivant le sublime 3h10 pour Yuma de Delmer Daves, et dans la foulée du très attachant Cow-Boy du même Daves, l’acteur nous démontrait à nouveau qu’il pouvait être tout aussi à son aise dans la comédie que dans le drame. Ici, c’est lui qui porte le film sur ses épaules avec un personnage tout simplement réjouissant ; les scénaristes, à l’aide également de dialogues constamment savoureux, arrivent à créer une sorte de suspense rien que par le fait de mettre le spectateur dans une position d'attente jubilatoire et sans cesse renouvelée devant les réactions du personnage joué par Glenn Ford face à telle ou telle situation, tel ou tel protagoniste ; en effet sa manière de réagir est constamment inattendue et (ou) surprenante. Et si ça fonctionne aussi bien, c’est bien aussi grâce au talent de comédien de Glenn Ford qui, mine de rien, avec placidité, distille un humour parfois dévastateur, prenant à contre pied la plupart de clichés. Un exemple : lors de ses retrouvailles avec le personnage joué par Leslie Nielsen, on apprend qu’ils auraient dus par le passé se battre en duel. Leslie Nielsen s’excuse de ne pas avoir pu se rendre au ‘rendez-vous’ sur quoi Glenn Ford lui rétorque qu’il n’était pas au courant, ne s’y étant pas rendu lui-même, ayant conclu que ce n’était peut-être pas la peine de perdre la vie aussi tôt !!! Où l’héroïsme est dynamité avec bonne humeur et allégresse !


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Glenn Ford est non seulement follement amusant de par l’aplomb qu’il garde en toutes circonstance mais également très crédible lorsqu’il s’agit de raconter à Shirley MacLaine un épisode dramatique de son passé et même sacrément charismatique durant ce dernier quart d’heure mouvementé et très efficace, que ce soit lors du duel l’opposant à Pernell Roberts ou durant sa dernière confrontation avec Leslie Nielsen. Ce dernier, après avoir été du casting de l’inoxydable et génial Planète interdite (Forbidden Planet) de Fred McWilcox, est d’ailleurs fort convaincant dans la peau du ‘Bad Guy’ distingué, n’ayant évidemment rien à voir avec ses futures rôles de ‘clown’ dans les films des ZAZ et notamment dans celui, célèbre, de l’inspecteur gaffeur de la série des Y-a-t-il un flic… Quant à Shirley MacLaine, en pleine forme et pour une des rares fois avec des cheveux longs, elle est tout simplement à la fois piquante, pétillante et craquante comme elle le fut avant ça chez Alfred Hitchcock (Mais qui a tué Harry) ou Frank Tashlin (Artistes et modèles). Parmi les innombrables seconds rôles, retenons surtout un acteur qui avait déjà été le partenaire de Glenn Ford dans un western du même George Marshall que nous n’avions pas encore évoqué, le sympathique Texas, à savoir le savoureux Edgar Buchanan dans le rôle d’un maquignon prêt à trahir sa mère pour un dollar. Tout aussi délectables le shérif qui part à la pêche à chaque fois qu’il sent qu’il y a un risque pour lui de rester en ville, l’homme de main abruti du méchant de service ou encore le berger d’un pessimisme absolu interprété par Pedro Gonzales-Gonzales, moins pénible qu’à l’accoutumé.


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Un scénario savoureux et malicieux (quoique plus conventionnel dans sa deuxième partie après une séquence de bal qui a un peu trop trainée en longueur), une interprétation aux petits oignons, mais aussi une mise en scène alerte ainsi que des équipes techniques de la MGM qui ne sont pas en reste : que ce soient les décors, les costumes ou la photographie, tout vient nous caresser l’œil pour notre plus grand plaisir. Déplorons juste, comme dans Libre comme le vent (Saddle the Wind) sorti à peu près à la même date et déjà produit par la MGM, quelques plans en studio qui auraient pus être évités surtout au vu de la beauté des paysages naturels automnaux du Colorado au sein desquels se déroule l’intrigue, parfaitement bien utilisés par ailleurs. Pour une comédie de ce style, il est à noter que le côté plastique est particulièrement soigné, les toiles peintes et les éclairages étant également splendides, rappelant beaucoup celles et ceux Fort Bravo lors des séquences nocturnes. En parlant du chef-d’œuvre de John Sturges, il s’agit également du même compositeur pour les deux films ; sans atteindre les sommets de Fort Bravo, Jeff Alexander signe à nouveau une excellente partition que ce soit dans le domaine humoristique, romantique ou mouvementé, finissant de faire de ce drôle de western sans temps morts l’un des plus sympathiques du sous-genre comique (après tout de même le Frenchie de Louis King), là où majoritairement la lourdeur s’impose. Le public et la critique ne s’y trompèrent pas puisqu’ils firent à ce western rythmé, détendu et plein de fantaisie une véritable ovation. Son scénario fut même nominé pour les Oscars et la fructueuse collaboration entre George Marsahll et Glenn Ford se poursuivit quelques années. A déguster sans modération même si au final le film ne vous restera probablement pas longtemps en tête.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar bogart » 14 oct. 13, 07:23

Un western que j'avais découvert lors de sa diffusion à "La dernière séance"; j'en conserve un bon souvenir.

C'est bien dommage qu'il soit proposé non anamorphosé...
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Commissaire Juve » 14 oct. 13, 11:49

Il est passé sur FR3 le mardi 1er novembre 1977... il se peut que je l'aie vu à ce moment-là.

EDIT : pour la dernière séance, c'était le mardi 15 octobre 1985 (avant "Les 4 cavaliers de l'apocalypse").

Dis donc, si ce sont des captures du DVD... quelle honte ! :?
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 14 oct. 13, 12:51

Commissaire Juve a écrit :Il est passé sur FR3 le mardi 1er novembre 1977... il se peut que je l'aie vu à ce moment-là.

EDIT : pour la dernière séance, c'était le mardi 15 octobre 1985 (avant "Les 4 cavaliers de l'apocalypse").

Dis donc, si ce sont des captures du DVD... quelle honte ! :?


Oui, captures du DVD ; ceci dit, sur une télé 4/3 (j'en ai gardé une pour ce genre de DVD), ça passe bien

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The Left Handed Gun

Messagepar Jeremy Fox » 18 oct. 13, 13:51

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Le Gaucher (The Left Handed Gun - 1958) de Arthur Penn
WARNER


Avec Paul Newman, John Dehner, James Best, Lita Milan, Hurd Hatfield
Scénario : Leslie Stevens d'après une pièce de Gore Vidal
Musique : Alexander Courage
Photographie : J. Peverell Marley (Noir et blanc 1.85)
Un film produit par Fred Coe pour la Warner


Sortie USA : 07 mai 1958


Vers la fin des années 1870, le jeune William Bonney (Paul Newman) parcourt seul les grandes étendues herbeuses de Lincoln County au Nouveau Mexique. Rencontrant un groupe de cow-boys convoyant leur bétail vers la ville, il se fait embaucher par leur chef, l’éleveur d’origine britannique, Tunstall. Ce dernier, cultivé et ayant en horreur les armes à feu, apprend par un de ses hommes qui l’a reconnu qu’il s’agit du surnommé Billy le Kid, connu pour avoir tué à l’âge de 11 ans un homme qui insultait sa mère. Quoiqu’il en soit, il décide de le prendre sous son aile. Mais peu après, lors d’une embuscade, Tunstall se fait assassiner par quatre hommes dont le shérif de Lincoln County, les notables et ranchers de la cité voyant d’un très mauvais œil la concurrence qu’il allait représenter. La perte de son père de substitution est douloureuse pour Billy qui décide de se venger avec l’aide de deux autres cowboys du convoi, Tom Folliard (James Best) et Charlie Boudre (James Congdon). Réussissant à abattre deux des quatre meurtriers de son employeur, Billy se réfugie dans la maison de McSween (John Dierkes), le meilleur ami de Tunstall. Pour le déloger, les autorités n’hésitent pas à assiéger l’habitation et à tuer tous ceux qui s’y trouvaient. Billy passe désormais pour mort mais il a néanmoins réussi à s’échapper ; il est recueilli par Tom qui le conduit à sa demande à Madeiro où il est soigné par Saval, un armurier chez qui il avait vécu quelques temps. Ici vit aussi Pat Garrett (John Dehner) de qui il se prend d’amitié. Ses deux amis l’ayant rejoint, ils sont soulagés d’apprendre que le gouverneur Wallace a décrété une amnistie générale pour tous ceux qui ont pris part à la sanglante Lincoln County War. Malheureusement, Billy a toujours en tête de tuer les deux autres meurtriers de son patron…


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"Le Gaucher, c'est Oedipe dans l'Ouest. Il y a dans le western, des conventions, un rituel, une simplicité mythique qui en font un merveilleux moule tragique" dira Arthur Penn à propos de son premier long métrage de cinéma. Après, parmi tant d’autres, les versions de King Vidor (Billy le Kid), David Miller (Le Réfractaire), Howard Hughes (Le Banni) et Kurt Neumann (Le Kid du Texas), c’est au tour d’Arthur Penn de donner sa vision des choses quant à cette figure légendaire du Far-West qu’était Billy le Kid. Bien évidemment aucun rapport stylistique entre tous ces films très classiques et la vision plus moderne d’Arthur Penn et Gore Vidal, les interprétations de Wallace Beery, Robert Taylor, Jack Buetel et Audie Murphy étant également sacrément éloignées de celle déconcertante et un peu maniérée, très marquée Actors Studio -et pour cause- de Paul Newman. Pour son premier essai, Arthur Penn revisite donc le mythe du célèbre hors-la-loi avec l'intention de débarrasser ce dernier de son aura romantique et d'introduire dans le genre une dimension non seulement psychologique mais également psychanalytique (déjà pourtant présente dans des westerns tels Pursued de Raoul Walsh). Surtout réputé pour cet apport, Le Gaucher est pourtant justement pas mal handicapé par cet aspect qui a bien vieilli aujourd’hui et qui rend ce western non exempt de lourdeurs à l’image du discours à partir de 'Through a glass darkly’ tiré de l’épitre de St Paul aux Corinthiens, qui revient à de nombreuses reprises, sans donc jamais que ça n’allège le propos, tout au contraire. Mais nous reviendrons au film après avoir tracé un très rapide portrait du cinéaste qui faisait donc à cette occasion son entrée dans le 7ème art en tant que metteur en scène. Après avoir étudié l'horlogerie puis le théâtre, il intégra la troupe de Joshua Logan juste après la Seconde Guerre Mondiale tout en continuant des études littéraires et en suivant des cours d’art dramatique à la branche Actors Studio de Los Angeles. En 1952, il débuta dans la réalisation télévisée et six ans après nous délivra ce western très mal accueilli à sa sortie, aussi bien par le public et la critique, devenu depuis un des grands classiques du genre.


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The Left-Handed Gun est l’adaptation cinématographique d’une pièce télévisée écrite par Gore Vidal pour la série The Philco Playhouse Production (pour les amateurs de précision, il s’agit exactement de l’épisode 23 de la saison 7) intitulée ‘The Death of Billy the Kid’. Robert Mulligan était derrière la caméra de ce téléfilm d’une heure avec déjà Paul Newman dans le rôle de Billy the Kid. Le premier nom qui vint à l’esprit des producteurs pour la transposition de cette histoire pour le grand écran fut James Dean qui avait à peu près l’âge du héros l’année où se déroule le film (ce qui n’était pas le cas de Paul Newman bien plus âgé d’une dizaine d’années). Le Billy the Kid de Vidal étant une sorte de ‘Rebel without a cause’, on comprend aisément ce choix initial tombé à l’eau suite à la mort prématurée du comédien. Mais Paul Newman s’étant avéré un bien meilleur comédien que cette jeune idole morte bien trop tôt, on ne regrettera rien, l’acteur déjà remarqué dans Marqué par la haine (Somebody Up There Likes Me) de Robert Wise ou Les Feux de l’été (The Long, Hot Summer) de Martin Ritt s’avérant un choix très intéressant, composant avec conviction un Billy The Kid instable et complexe, trublion tourmenté à la fois fragile et exubérant, étonnant de rage, de séduction animale et d’immaturité, ne trouvant d’exutoire à sa rage de vivre que dans la violence, la bravade et la bouffonnerie : en quelque sorte un chien fou malheureux et en manque de repères. Ce que certains voudront savoir est si le film est respectueux de la vérité historique ; pas nécessairement plus que les précédentes versions, à l’image de son titre : on sait désormais que le célèbre outlaw n’était pas gaucher mais que cette méprise était due à une photographie inversée. A vrai dire le cinéaste s’en fichait un peu, justifiant l’appropriation de cette erreur de la sorte : "We believe that, spiritually and psychologically, he was left-handed." L’erreur servant à exprimer la ‘différence’ du personnage, son instabilité, on décida de la maintenir ; ce qui prouve avec intelligence que le cinéma n’a pas nécessairement pour fonction première de se coller impérativement à la réalité.


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Si le portrait que font les auteurs de William Bonney est attachant de par son absence de manichéisme et de romantisme (et même si celui qu’en avait fait Robert Taylor intégrant au contraire ces deux éléments l’était tout autant), et si en revanche l’aspect psychanalytique (cependant très restreint malgré ce qu’on en a dit) est ce qui a le plus mal vieilli, l’entreprise de démystification de la légende et la réflexion sur son statut de héros sont probablement les éléments les plus intéressants du film d’Arthur Penn, surtout lorsqu’elles s’opèrent par le regard d’un personnage aussi fascinant que celui interprété par Hurd Hatfield (le Dorian Gray de Albert Lewin) dont le jeu préfigure un peu celui de Brad Dourif et ses personnages tourmentés/inquiétants. Il s’agit de Moultrie, un homme obscur aux vêtements de croque-mort qui se trouve constamment sur le chemin du hors-la-loi, étrangement fasciné par ce dernier, faisant preuve d’idolâtrie à son égard au point de collectionner toutes les histoires écrites sur son ‘héros’. Comprenant en fin de compte l’avoir idéalisé, alors qu’il découvre en lui un simple gamin instable ayant besoin de réconfort et d’un père de substitution au lieu d’un bandit ‘Bigger than Life’, il en est si douloureusement peiné et dépité qu’il va imméditament le trahir en dévoilant sa cachette au shérif Pat Garrett : "What is it? What's wrong? You all right? You're not like the books! You don't wear silver studs! You don't stand up to glory! You're not him!". Car oui le Billy le Kid de Penn et Vidal n’a rien d’un héros ou même d’un antihéros ; ce n’est qu’un adolescent immature et naïf se comportant comme un enfant, au point de provoquer sa propre mort par son comportement suicidaire et égoïste : "I don’t run. I don’t hide. I go where I want. I do what I want." Mais à son actif, c’est aussi son désenchantement face au manque de droiture de la justice et de la loi qui le feront se comporter de la sorte, estimant légitime de faire sa propre justice vu que les meurtriers de son patron furent des notables dont le shérif en personne. Ne pouvant faire confiance à quiconque et surtout pas à une justice corrompue, il décide de prendre le taureau par les cornes et d’aller punir lui-même les assassins. Ce qui provoquera sa perte dans un Ouest qui a évolué et qui n’accepte désormais heureusement plus la loi du talion.


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Pourquoi Billy est-il à ce point obnubilé par la mort d’un homme qu’il a à peine connu une journée ou deux ? Car, comme dans de nombreux des films à venir du cinéaste, Billy est à la perpétuelle recherche d’une figure paternelle qu’il n’a jamais eu. Tunstall était le premier homme à lui porter attention, à vouloir le prendre sous sa protection en lui inculquant des valeurs saines et louables. A peine Billy eut-il le temps de l’apprécier que ce parangon de vertu s’est sauvagement fait assassiné, qui plus est par des représentants de la loi. Comme il avait voulu venger l’affront fait à sa mère, il n’aura plus désormais que cette même idée en tête, sa confiance en les autorités démocratiquement mises en place s’étant totalement effondrée. Un constat d’ailleurs implacable des auteurs envers la loi et la justice de l’époque par l’intermédiaire également de cette autre séquence, celle du siège de la maison dans laquelle s’est réfugié le jeune meurtrier après avoir accompli le début de sa vengeance. Pour appréhender Billy, les notables n’y vont pas par quatre chemins et, sans se soucier de qui se trouve à l’intérieur de l’habitation, la brûlent. Le propriétaire des lieux périra dans l’incendie et sa veuve, folle de colère et de douleur s’en prendra violemment aux autorités en criant à tue-tête "Where is the Law ?" La danse démoniaque des citoyens ravageant tout ce qui appartient au propriétaire renforcera cet amer constat d’une société gangrenée par la haine et la violence, violence d'ailleurs ici souvent filmée avec sécheresse et cruauté. Pour en revenir à Billy et ses pères de substitution, le jeune homme en trouvera un autre en la personne de Pat Garrett ; mais ne suivant pas ses conseils amicaux et pleins de bons sens, il le perdra à nouveau et, comme tout le monde le sait, finira même par se faire tuer par lui lors d’une belle séquence finale qui se termine néanmoins par un plan très conventionnel imposé par les producteurs (le shérif et sa compagne repartant bras-dessus bras-dessous) alors que la fin prévue par Arthur Penn aurait été très différente, assez poétique d’après sa description, ce que regrettera toujours le cinéaste. L’excellent John Dehner nous délivre à nouveau une belle performance dans le rôle du Marshall Pat Garrett, et son amitié avec Billy the Kid est l’un des éléments les plus touchants du film.


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On a souvent loué le film de Penn pour la modernité de sa mise en scène et par le fait qu’il revenait au noir et blanc ; c’est quand même lui faire trop d’honneurs pas spécialement mérités, probablement due à une connaissance alors fragmentaire du genre, car non seulement de nombreux westerns continuaient à être tournés en noir et blanc à la même époque, et que des films comme par exemple The Ride Back (La Chevauchée du retour), lui aussi en noir et blanc, étaient tout aussi modernes dans leurs réalisations, leurs utilisations audacieuses du gros plan, leurs libertés de ton… Le western de Allen H. Miner et celui de Arthur Penn ont d’ailleurs un autre point commun, leur actrice principale, Lita Milan, un des éléments faiblards de The Left handed Gun, la comédienne n’étant pas spécialement talentueuse. Bref, même s’il est vrai que la réalisation de Penn est d'une réjouissante liberté et que les nombreuses ruptures de ton sont assez novatrices, elles ne sont néanmoins pas nécessairement précurseurs. Une fois les pendules remises à l’heure, on trouve effectivement de nombreuses idées de mise en scène vraiment superbes au sein du western de Penn, comme par exemple celle où, Billy dessinant à ses complices un futur plan d’attaque sur une vitre embuée, on voit se dérouler dans le même temps l’action décrite comme en surimpression en arrière plan. Les ruptures de ton sont également assez singulières ; immédiatement après quelques scènes parmi les plus dramatiques ou sérieuses, le cinéaste fait s’ensuivre d’autres qui confèrent quasiment à la bouffonnerie (ce sera d’ailleurs une marque de fabrique du cinéaste ; rappelez vous de Bonnie and Clyde, son utilisation de la musique…) Le lendemain de l’enterrement de Tunstall, on voit Billy faire le zouave, dansant comme un fou sur l’hymne de l’Union joué à tue tête par un instrument de musique mécanique ; dès l’amnistie annoncée, Billy et ses deux amis prennent à partie les soldats venus la proclamer jusqu’à ce que le conflit se transforme en une véritable séquence de splastick, tout le monde ressortant enfariné de ce pugilat burlesque… Si le premier exemple affermit l’empathie ressentie pour ce personnage immature, le second vient renforcer son côté impulsif et irréfléchi qui culminera lors du mariage de Pat Garrett au cours duquel Billy vient bêtement briser l’amnistie en abattant un troisième larron malgré les recommandations du Marshall qui voit ainsi très mal se terminer 'le plus beau jour de sa vie' et qui, pour cette raison, décidera de mettre fin aux 'idioties' de son ami en l’arrêtant lui-même.


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Une vision toute à fait intéressante du mythe de Billy le Kid, bien interprété (malgré une tentation à l’introspection parfois un peu exagérée de la part de Paul Newman), et bien réalisé (avec notamment un superbe sens du cadrage), que l’on suit jusqu’au bout sans ennui grâce aussi à une iconographie assez novatrice notamment au travers des costumes (les chapeaux portés par les différents personnages sont pour le moins inhabituels), une belle photographie et une musique de Alexander Courage pleine de fantaisie, de panache et de lyrisme. Les conditions de tournage pour le moins originales sont probablement à l’origine de ce ton assez unique : "Tous les interprètes y compris Newman se sont intéressés à ce film comme une expérience inusitée. Ils ont insisté pour répéter longuement, et sans cachet, avant le début du tournage. Ces répétitions avaient lieu chez moi, chez les uns et les autres. Comme c'était contraire aux lois syndicales, il fallait se cacher" racontait le cinéaste. Il manque néanmoins de la rigueur à l’écriture, due probablement à la rivalité qui eut lieu entre Gore Vidal et Arthur Penn et qui rend le film souvent boiteux, parfois bavard et pesant : "Mon scénario était très audacieux et moins stupide que celui du film : je savais ce que je faisais. Arthur Penn ne le savait pas, il était un très mauvais choix. Il était très ambitieux ; c'était son premier film, il voulait être un 'auteur' de cinéma', il ne voulait pas faire le film de Gore Vidal. Comme j'étais plus célèbre que lui, il a fallu qu'il se débarrasse de moi afin de passer pour l'auteur réel du film…" L’origine théâtrale de l’histoire se fait également parfois trop ressentir, certains passages s’avérant moyennement convaincants par ce patchwork pas toujours heureux entre recherche de réalisme et jeu d’acteur antinaturaliste. Ceci étant dit, avec un budget réduit au point de tourner dans les décors du Juarez de William Dieterle, le western d’Arthur Penn demeure satisfaisant et agréable à défaut d’être parfait, le lyrisme éclaté de sa mise en scène conférant de temps en temps au fouillis ; malgré tout, tel détail ou telle image devraient vous rester en tête comme la cabane remplie de coupures de journaux ou le rire de la petite fille voyant le cadavre ayant perdu sa botte en mourant. A ne pas négliger même si le film, un peu trop brouillon à mon goût, a bien descendu dans mon estime au fil des visionnage.