Le Western américain : Parcours chronologique III 1955-1959

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980...

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Jeremy Fox
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7th Cavalry

Messagepar Jeremy Fox » 15 mai 13, 13:29

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La Mission du Capitaine Benson (7th Cavalry - 1956) de Joseph H. Lewis
COLUMBIA


Avec Randolph Scott, Barbara Hale, Jay C. Flippen, Frank Faylen, Leo Gordon
Scénario : Peter Packer
Musique : Mischa Bakaleinikoff
Photographie : Ray Rennahan (Technicolor 1.85)
Un film produit par Harry Joe Brown pour la Columbia


Sortie USA : Décembre 1956


Comme je l’écrivais lors de ma critique de A Lawless Street (Ville sans loi), le western précédent de Joseph H. Lewis avec déjà Randolph Scott en tête d’affiche, lorsque l’on évoque le nom du cinéaste de nos jours, on pense avant tout au film noir ; il s'agit en effet, avec pourtant peu de titres à son actif, de l'un des plus grands cinéastes de série B ayant œuvrés dans le genre. On se souviendra surtout du fulgurant Gun Crazy (Le Démon des Armes), du très bon A Lady Without Passport ainsi que de l'excellent The Big Combo (Association Criminelle). Mais, comme l’écrivaient assez justement Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon dans leur 50 ans de cinéma américain, "il y a un mystère Lewis ; il ne tient pas tant à l'inégalité de sa production, encore qu'entre The Big Combo et 7th Cavalry il y a un vrai abîme et qu'à côté de recherches techniques ou formelles sidérantes, on peut tomber sur des films totalement plats..." Et on ne peut qu’entériner cet avis à la vision de ce western militaire qui ne pourra que décevoir les admirateurs des films noirs précédemment cités. Si beaucoup penseront que La Mission du Capitaine Benson est un de ses premiers essais dans le genre, il n'en est en fait rien. Avant ça, étalés sur une vingtaine d’années, il en réalisa une douzaine d'autres qui, il est vrai, sont devenus rarissimes. Ils furent tournés exclusivement pour les studios Universal et Columbia, ne dépassèrent jamais les 60 minutes et devaient être diffusés en salles en première partie de programme. Juste avant 7th Cavalry, A Lawless Street fut un western urbain très agréable et assez original sur la forme (préfigurant d'ailleurs assez Forty Guns – 40 Tueurs de Samuel Fuller). Quoiqu’intéressant, le western de cavalerie qui nous concerne ici lui est inférieur, le cinéaste ne faisant des étincelles qu'à de rares instants (notamment lors des 10 premières minutes), le reste s'avérant formellement parlant assez quelconque.


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Le Capitaine Benson (Randolph Scott) du fameux 7ème de cavalerie du Général Custer est de retour à Fort Lincoln ; il ramène avec lui sa fiancée Martha (Barbara Hale), la fille du Colonel Kellog (Russell Hicks). Mais quelle n’est pas sa surprise quand il constate que le fortin a été déserté. Enfin presque, puisqu’il y retrouve au bout d’un moment quelques prisonniers gardés par le Sergent Bates (Jay C. Flippen) ainsi que l’épouse d’un officier (Jeanette Nolan) qui l’agresse sans tarder, l’accusant de lâcheté et de couardise pour ne pas avoir été sur le champ de bataille de Little Big Horn. Il a beau lui dire que c’est Custer lui-même qui lui avait donné son congé, elle ne veut rien entendre et lui apprend alors le massacre perpétré par les Indiens et la débâcle du régiment de Custer. Bientôt les quelques survivants rentrent à leur tour, tout aussi amers envers le Capitaine. Une enquête est ouverte par le Colonel Kellog pour déterminer les causes de la défaite écrasante de Custer ainsi que celles de l’absence de certains officiers. Concernant ‘l’abandon de poste’ de Benson, le Colonel ne prend pas en compte les arguments de son inférieur, aucune preuve ni aucun témoin venant les valider : ce qui l’arrange bien puisqu’il ne veut pour rien au monde du Capitaine pour gendre, un parvenu ayant intégré l’armée sans passer par West Point mais grâce à l’amitié que lui portait Custer. Quand le Président des États-Unis demande à ce que l’on aille ramener pour des funérailles officielles les corps des officiers morts au combat à Little Big Horn, Benson, afin de se disculper, se porte volontaire pour commander le détachement de cette mission suicide. En effet les Sioux ont décrété les lieux sacrés depuis la victoire remportée…


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Le tristement célèbre 7ème de cavalerie du titre original n’était autre que le régiment du Général Custer. La première originalité du western de Joseph H. Lewis est qu’il débute là ou La Charge fantastique (They Died with their Boots on) de Raoul Walsh se terminait, juste après la défaite et la mort du fameux officier à Little Big Horn. Et comme son illustre prédécesseur, 7th Cavalry semble prendre fait et cause pour ce haut-gradé par l’intermédiaire du personnage principal interprété par Randolph Scott qui est le seul à prendre sa défense lorsqu’on cherche à le fustiger, à oser dire que c’était un va-t-en-guerre uniquement préoccupé par la recherche de la gloriole. Assez culotté pour l’époque de dédouaner Custer de cette cuisante défaite alors que comme la plupart des autres soldats et officiers du film, on lui en impute aujourd’hui l’entière responsabilité : "Il se prenait pour Dieu et se croyait invincible. Il a désobéi aux ordres ! Pour tirer toute la gloire à lui en cas de victoire ! Custer aurait pu aussi bien faire sauter la cervelle de ses soldats lui-même" dit de lui avec une rare virulence l'un des quelques survivants de la bataille. Sur quoi, il se prend un magistral coup de poing dans la figure par le Capitaine Benson. De la part d’un officier si haut-gradé, un geste totalement déplacé mais qui rend le personnage de Benson plus humain. Il faut dire que dans le film, Custer était son meilleur ami au sein de l’armée et qu’il était celui grâce à qui il avait pu intégrer la cavalerie. En effet, pas assez doué pour faire West Point, Benson n’aurait jamais pu incorporer les Tuniques Bleues sans le soutien du Général. Une autre explication à ce massacrant mouvement d’humeur, le fait d’être injustement considéré par tous comme un pestiféré : "On se souviendra de moi comme de l’homme qui n’était pas là" dit-il dépité alors que c’est Custer lui-même qui lui avait donné l’ordre de quitter son service le temps de ramener sa fiancée au fort. On ne serait énervé et vexé à moins !


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Un postulat de départ très original et assez captivant d’autant qu’une sorte de procès va avoir lieu pour essayer de comprendre les tenants et aboutissants de cette débâcle historique, mettant même en scène certains officiers ayant réellement existés tel le Major Reno (Frank Wilcox) ou le Capitaine Benteen (Michael Pate). Seront abordées au passage des réflexions sur la loyauté, l’obéissance aux ordres, le libre-arbitre, le respect de la hiérarchie et les conséquences humaines d’un tel désastre. Mais dès la fin de la première demi-heure, on passe sans crier gare à toute autre chose, à un épisode imaginaire survenu suite à la défaite de Little Big Horn : on demande à un détachement militaire d’aller rapatrier les corps des officiers encore couchés sur le champ de bataille et de retrouver la dépouille de Custer afin qu’il ait des funérailles officielles. Le problème est que les Indiens occupent toujours le terrain et qu’ils refusent le droit à quiconque d’occuper les lieux qu’ils ont décrété sacrés suite à la victoire inespérée remportée en cet endroit. Pour se dédouaner des accusations qu’on lui fait porter, Benson va se porter volontaire pour accomplir cette mission, emmenant avec lui toutes les fortes têtes du régiment, ceux qui étaient restés prisonniers au fort durant la bataille, les violents et les soudards. Avec de telles idées (souvent inédites), il y avait encore de quoi se délecter. A priori, elles se trouvaient dans le roman à l’origine du scénario ; le problème vient d’un scénariste inexpérimenté (ce sera d’ailleurs son unique travail pour le cinéma) qui rend tous ces passionnantes pistes dramatiques, ternes, sans saveurs ni ampleur. En toute fin, les auteurs interrogent même avec un certain respect les croyances et superstitions des religions indiennes et catholiques sans néanmoins creuser plus avant cette thématique brièvement survolée.


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La faute n’est pas à imputer au seul scénariste mais également à Joseph H. Lewis qui n’hésitait pas à avouer s’être désintéressé très vite de ce projet. Si le prologue de l’arrivée dans le fort déserté est très réussi, intriguant à souhait de par la création d'une ambiance mortifère et inquiétante, tout à fait dans la lignée des meilleures séquences du cinéaste dans d’autres genres (avec son lot de cadrages insolites, de panoramiques à 180° et de longs plans séquences), la suite ne confirme malheureusement pas cette superbe entrée en matière, et devient rapidement au contraire, théâtrale, statique, bavarde et plate, mais néanmoins encore intéressante de par les thèmes abordées, les idées développées. Alors que la seconde partie (la mission proprement dite) semblait devoir apporter aux amateurs de mouvement l'action attendue jusqu’à présent, on regrette presque d’avoir été impatient au vu des deux seules séquences de combats à poings nus qui auront lieu (dont l’une entre Randolph Scott et un indien qui ressemble à tout sauf à un indien), toutes deux molles, bâclées et ridicules, les cascadeurs ne semblant pas très motivés par leur travail, Joseph H. Lewis ayant apparemment décidé d’abdiquer toutes recherches visuelles et idées de mise en scène. Quant à la grande séquence de bataille finale qui semblait inévitable, le petit groupe de soldats étant encerclé par des centaines d’indiens refusant que les militaires embarquent les corps de leurs compagnons morts au combat, elle n’aura finalement pas lieu à cause d’un retournement de situation pour le moins improbable et malheureusement assez risible, mettant en lumière la ‘doublure fantôme’ du cheval de Custer (je ne vous en dirais cependant pas plus). La tension est néanmoins palpable et la vision des indiens à ce moment là très respectueuse malgré tout. Randolph Scott, portant les vêtements militaires avec une certaine classe, est tout à fait crédible dans ce rôle d’officier loyal et intègre, injustement accusé de couardise ; mais son personnage, comme tous les autres d’ailleurs, ne bénéficie pas d’une écriture particulièrement fouillée ni recherchée qui aurait pu nous le rendre plus attachant. Ce qui peut bien arriver aux différents protagonistes nous est alors presque totalement égal ! En effet, aucun seconds rôles ne vient relever le niveau, pas plus les ‘Bad Guys’ que les personnages féminins, trop conventionnels et pauvrement développés pour nous intéresser plus avant.


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Un western à petit budget, plutôt soigné dans l'ensemble mais vraiment trop paresseux, dans lequel les abondants dialogues (pas spécialement marquants) priment sur l’action (guère plus mémorable lorsqu'elle surgit). Plastiquement et cinématographiquement sans grand intérêt à quelques splendides plans près, un film routinier assez décevant de la part de Joseph H. Lewis qui a souvent été plus inspiré. Il reste néanmoins presque constamment intéressant par son aspect socio-historique, sa manière d’aborder les conséquences de la bataille de Little Big Horn. Grâce à ça, l’ennui n'a pas le temps de s’installer d’autant que la musique martiale de Mischa Bakaleinikoff possède un certain allant et que les paysages sont jolis à regarder (même si le film n'a pas été tourné sur les lieux de l'action mais au Mexique). On aura donc le droit de préférer La Mission du commandant Lex à celle du Capitaine Benson et on se penchera avec plus de jubilation sur Thunder over Plains (La Trahison du Capitaine Porter) si l'on souhaite voir Randolph Scott porter la tunique bleue, voire même, si le voir endosser le gris des confédérés ne vous dérange pas, le superbe La Caravane héroïque (Virginia City) de Michael Curtiz. Ce western de Joseph H. Lewis ne sera à conseiller qu'aux fans de Randolph Scott ; avec Harry Joe Brown en tant que producteur, le comédien fera néanmoins beaucoup mieux.

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Julien Léonard
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Julien Léonard » 15 mai 13, 15:38

Très intéressant !

Je m'étais rué sur le DVD à sa sortie, avec le soi-disant problème de sous-titres (en vérité, la chose dure une poignée de minutes, et ne concerne que des dialogues que l'on peut comprendre même lorsque l'on n'est pas très familiarisé avec l'anglais...). Depuis, il semble que le titre soit devenu assez difficile à trouver à prix décent.

Les quinze premières minutes du film sont intrigantes et très réussies. La suite préfère devenir poussive... Dommage. Très décevant de la part de Joseph H. Lewis que l'on attendait plus retord. Et je crois bien que les bagarres sont parmi les plus molles que j'ai vu au cinéma.
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 15 mai 13, 15:43

Julien Léonard a écrit :Très intéressant !

Je m'étais rué sur le DVD à sa sortie, avec le soi-disant problème de sous-titres (en vérité, la chose dure une poignée de minutes, et ne concerne que des dialogues que l'on peut comprendre même lorsque l'on n'est pas très familiarisé avec l'anglais...). Depuis, il semble que letitre soit devenu assez difficile à trouver à prix décent.

Les quinze premières minutes du film sont intrigantes et très réussies. La suite préfère devenir poussive... Dommage. Très décevant de la part de Joseph H. Lewis que l'on attendait plus retord. Et je crois bien que les bagarres sont parmi les plus molles que j'ai vu au cinéma.



Le pb de sous titres a été réglé par la suite grâce aux plaintes de nous tous. Et oui, dommage que le film n'ait pas été tout le long du niveau de ses premières séquences.

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feb
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Re: 7th Cavalry

Messagepar feb » 15 mai 13, 21:33

Jeremy Fox a écrit :A suivre : Un roi et 4 reines (A King and Four Queens) de Raoul Walsh avec Clark Gable & Eleanor Parker

Au cas où tu l'aurais oublié, sous VLC, c'est Ctrl+Alt+S :mrgreen:
ed a écrit :Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)

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Jeremy Fox
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Re: 7th Cavalry

Messagepar Jeremy Fox » 16 mai 13, 06:49

feb a écrit :
Jeremy Fox a écrit :A suivre : Un roi et 4 reines (A King and Four Queens) de Raoul Walsh avec Clark Gable & Eleanor Parker

Au cas où tu l'aurais oublié, sous VLC, c'est Ctrl+Alt+S :mrgreen:



Ca y est ; j'ai pris le coup :mrgreen:

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 16 mai 13, 08:26

Avant le sublime visage de Miss Parker, nous aurons quand même à l'occasion de deux retours arrières celui non moins charmant de Joanne Dru (le Siège de la rivière rouge) et la démarche singulière de Jock Mahoney( 24 heures de terreur)

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 22 mai 13, 19:13

Petit retour arrière grâce à Sidonis : 24 heures de terreur (A Day of Fury)


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Chip
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Chip » 23 mai 13, 08:51

A propos de " 24 heures de terreur" ( a day of fury)(1956) MARA CORDAY raconte :
" C'était un western en technicolor et cinémascope. Je ne l'aime pas. Harmon Jones était un homme charmant, il avait était monteur. Il vous disait comment dire votre texte, soulignant certains mots, ça rendait chacun guindé. Jock Mahoney était raide comme un piquet et j'étais horriblement rigide. Dale Robertson surjouait. Cependant Jan Merlin, un bon acteur, fit un très bon travail dans le film...."
( "Western women" de Boyd Magers et G. Fitzgerald, Mac Farland éditeur, 1999)

DALE ROBERTSON dans " Universal- International westerns, 1947-1963" de Gene Blottner , Mc Farland éditeur, 2000. :
" Ils essayèrent de promouvoir Jock Mahoney, tenter dans faire une star, il le fut un peu, mais il ne fut jamais une vedette du box-office. Il était agile, un des plus agile du showbusiness. Il était merveilleux, athlétique et avait de gracieux mouvements."

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 23 mai 13, 08:53

Chip a écrit :A propos de " 24 heures de terreur" ( a day of fury)(1956) MARA CORDAY raconte :
" C'était un western en technicolor et cinémascope. Je ne l'aime pas. Harmon Jones était un homme charmant, il avait était monteur. Il vous disait comment dire votre texte, soulignant certains mots, ça rendait chacun guindé. Jock Mahoney était raide comme un piquet et j'étais horriblement rigide. Dale Robertson surjouait. Cependant Jan Merlin, un bon acteur, fit un très bon travail dans le film...."
( "Western women" de Boyd Magers et G. Fitzgerald, Mac Farland éditeur, 1999)



Je trouve moi aussi Dale Robertson meilleur dans la sobriété ; en revanche, Jan Merlin en fait un peu trop à mon avis, un peu tête à claques.

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Alphonse Tram
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Alphonse Tram » 23 mai 13, 09:49

Je me note ce western.
(Princess of the Nil, du même réalisateur Harmon Jones, sort le 04 juin en Fox cinema archives).
Souhaits : Alphabétiques - Par éditeurs
- «Il y aura toujours de la souffrance humaine…mais pour moi il est impossible de continuer avec cette richesse et cette pauvreté». - Studs Terkel.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 23 mai 13, 09:54

Alphonse Tram a écrit :(Princess of the Nil, du même réalisateur Harmon Jones, sort le 04 juin en Fox cinema archives).



Oui, j'avais vu ça l'autre jour :wink: Pas de sta non plus n'est-ce pas ?

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Alphonse Tram
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Alphonse Tram » 23 mai 13, 10:03

Jeremy Fox a écrit :
Alphonse Tram a écrit :(Princess of the Nil, du même réalisateur Harmon Jones, sort le 04 juin en Fox cinema archives).



Oui, j'avais vu ça l'autre jour :wink: Pas de sta non plus n'est-ce pas ?
Toujours rien...
Souhaits : Alphabétiques - Par éditeurs
- «Il y aura toujours de la souffrance humaine…mais pour moi il est impossible de continuer avec cette richesse et cette pauvreté». - Studs Terkel.

Chip
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Chip » 23 mai 13, 12:43

Pour les fans de Miss Paget, aussi craquante que chez Fritz Lang.

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 23 mai 13, 13:02

Chip a écrit :Pour les fans de Miss Paget, aussi craquante que chez Fritz Lang.


Ca c'est de l'argument qui me ferait presque craquer
:oops:

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The King and Four Queens

Messagepar Jeremy Fox » 26 mai 13, 07:17

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Un roi et quatre reines (The King and Four Queens - 1956) de Raoul Walsh
UNITED ARTISTS


Avec Clark Gable, Eleanor Parker, Joan Van Fleet, Jean Willes, Barbara Nichols
Scénario : Margaret Fitts & Richard Alan Simmons
Musique : Alex North
Photographie : Lucien Ballard (Technicolor 2.35)
Un film produit par David Hempstead pour la United Artists


Sortie USA : 21 décembre 1956


En cette fin d’année 1956, le dernier western d’importance à sortir sur les écrans américains est ce King and Four Queens, truculent marivaudage en milieu westernien réalisé par Raoul Walsh. L’immense cinéaste dirigeait déjà Clark Gable l’année précédente dans le très bon Les Implacables (The Tall Men), western épique dans lequel le comédien avait pour partenaire féminine la pulpeuse Jane Russell. Dans Un roi et quatre reines, ce n’est plus une seule femme que le célèbre moustachu courtise, mais pas moins de quatre à la fois. Sa réputation de plus grand séducteur du cinéma hollywoodien a encore de ce fait de beaux jours devant elle. Après le succès de The Tall Men à la 20th Century Fox, Clark Gable décide de produire lui-même ses films suivants afin d’augmenter sa propre part de bénéfices. Pour se faire, il fonde la compagnie Gabco et coproduit le film avec la boîte de production dirigée par Jane Russell et son époux d’alors, Robert Waterfield. Malheureusement King and Four Queens est un échec ; ce qui refroidit grandement les velléités du comédien de vouloir continuer à participer au financement d’un film ; il ne se lancera d’ailleurs à nouveau dans ce genre d’opérations qu’à de très rares reprises. Immédiatement après ce bide tout relatif, il signe à nouveau à la Warner pour son troisième film mis en scène par Raoul Walsh, L’Esclave libre (Band of Angels) avec Yvonne de Carlo. Si le cinéaste et l’acteur s’entendaient à merveille pour cause de fortes ressemblances de caractère et de tempérament, ils ne tournèrent pas plus de trois films ensemble en fin de carrière, par le simple fait de n’avoir jamais vraiment été rattachés auparavant aux mêmes ‘Majors’, Clark Gable ayant été fidèle durant presque toute sa carrière à la toute puissante Metro Goldwin Mayer alors que Walsh était allé butiner à droite à gauche. Alors qu’aux USA, les trois films de la collaboration entre Walsh et Gable ont été reçus avec circonspection, il n’en a pas été de même en France, les ‘Macmahoniens’ les ayant immédiatement portés aux nues. La critique française continue aujourd’hui à être très élogieuse pour ce trio de westerns même si Jacques Lourcelles avoue néanmoins (à juste titre à mon avis) que celui qui nous concerne ici fait partie de ses films mineurs.


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L’aventurier Dan Kehoe (Clark Gable) vient d’échapper à des hommes de loi à ses trousses. Ayant besoin de repos, il fait une halte dans la petite ville de Touchstone. Au saloon, il apprend qu’une certaine Ma McDade (Jo Van Fleet) empêche quiconque de mettre les pieds dans sa propriété de Wagon Moud, accueillant à coups de fusil les visiteurs inopportuns. D’après les dires du barman, elle protègerait un magot de 100 000 dollars que ses quatre fils auraient ramené au ranch familial après avoir dévalisé une banque. Après que le shérif et ses hommes les aient retrouvés, trois d’entre eux sont morts carbonisés dans l’incendie de la grange où ils s’étaient réfugiés. Le quatrième aurait pris la fuite et depuis, sa mère attend son retour, persuadée qu’un jour ou l’autre, il viendra récupérer l’or ainsi que son épouse. Les cadavres n’ayant pût être identifiés, on ne sait pas qui des quatre ‘belles-filles’ a encore son mari en vie. La vénéneuse Ruby (Jean Willes), l’écervelée Birdie (Barbara Nichols), l’innocente Oralie (Sara Shane) et l’ambitieuse Sabina (Eleanor Parker) patientent donc depuis deux ans auprès de leur belle-mère, acceptant de ployer sous sa poigne de fer dans l'espoir qu'avec le retour du survivant, un pactole leur tombe entre les mains pour pallier à cette longue et pénible attente. Ayant compris ce qu’il pouvait tirer de cette situation, voici notre aventurier roublard qui se rend dans le domaine des McDade afin d’essayer de s’approprier le magot. Il passe simultanément dans les bras des unes et des autres pour arriver à ses fins ; les jeunes femmes se laissent d’autant plus facilement séduire qu’elles sont en manque d’hommes et qu’elles ont également dans l’idée de fuir avec le bel et viril étranger tout en emportant l’or…


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Un homme, cinq femmes, un trésor… le tout confiné en un seul lieu ! On se doute bien d’emblée qu’il ne s’agira pas d’un western traditionnel et d’ailleurs les aficionados n’y trouveront probablement que peu leur compte : un western sans morts ni violence, sans chevauchées ni règlements de compte, sans coups de poing ni coups de feu si ce n'est pour trouer une pièce de monnaie. Alors pour ne pas que l’on puisse penser qu’il a perdu la main en terme d’actions, le réalisateur fait débuter son film par une formidable séquence mouvementée, une trépidante course-poursuite au cours de laquelle un cavalier se fait pourchasser par le shérif et ses hommes. En deux minutes, sur un fabuleux thème musical syncopé signé Alex North (décidément un génie de la musique de film, avec Bernard Herrmann et André Prévin, l’autre parfait chainon des années 50 entre classicisme et modernisme), Raoul Walsh nous démontre sa virtuosité et sa maestria le temps d’une énergique chevauchée filmée à la perfection : limpidité du montage, précision des cadrages, merveilleux sens de l’espace, saisissantes entrées dans le champs, etc., une véritable leçon de mise en scène pleine de panache qui se termine sur cette spectaculaire image du cavalier et son cheval dévalant une colline très pentue. Devant tant de courage et de folie, les poursuivants préfèrent abandonner et tourner bride plutôt que de risquer leur vie à leur tour. Une entrée en matière ébouriffante mais qui ne donne cependant pas le ton du film ; les amateurs d’action devront néanmoins s’en contenter, n’ayant plus d’autres occasions par la suite de pouvoir se trémousser dans leur fauteuil !


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La séquence suivante voit arriver le personnage interprété par Clark Gable dans une petite ville très paisible ; le voilà qui entre dans le saloon dans lequel seuls se trouvent en ce début de matinée le barman et un vieil habitant édenté, le premier étant interprété par un acteur de second rôle très connu et apprécié des cinéphiles, le talentueux Jay C. Flippen (inoubliable, entre autres, dans Les Affameurs d’Anthony Mann). Une scène qui annonce la nonchalance qui perdurera tout le long du film et qui démontre surtout les talents de conteur du cinéaste et de la scénariste Margaret Fitts dont ce sera le dernier travail pour le cinéma (elle fut avant ça l’auteur de très peu de scénarios mais parmi ceux-ci, non des moindres, Stars in my Crown de Jacques Tourneur ainsi que Les Contrebandiers de Moonfleet de Fritz Lang). Il s’agit d’une séquence au cours de laquelle on apprend en même temps que l’aventurier Dan Kehoe, l’histoire de la propriété de Wagon Moud, du magot qui y serait encore caché, gardé jalousement par une femme acariâtre veillant également avec férocité sur la vertu de ses belles-filles au point de chasser à coups de fusil tous les étrangers s’aventurant à l’approche de son ranch ; on nous instruit aussi de l’histoire de ces quatre belles créatures dont une seule ne serait pas veuve mais dont personne ne sait (pas même elles) de laquelle il s’agit, le fils survivant au drame qui s’est déroulé deux ans auparavant n’ayant toujours pas fait sa réapparition, les trois autres ayant été trop défigurés dans l’incendie qui leur a couté la vie pour être reconnaissables… On sent alors les idées se mettre en place dans le cerveau de Kehoe, bien décidé à aller profiter de l’opportunité qui s’offre à lui en se faisant passer pour un ami du fils disparu, et ainsi tenter de s’approprier le ‘trésor’ tout en profitant des charmes des habitantes de Wagon Moud. Et la scène de se terminer par une idée anodine mais néanmoins géniale, ‘walshienne’ en diable : où l’on voit Clark Gable, après avoir fini de se raser à côté d’un tableau représentant une femme nue (qui l’a probablement influencée dans le plan qu’il vient d’échafauder), prendre une bouteille de whisky et se servir de l’alcool comme aftershave. Un geste qui dit bien des choses sur l’astuce et la virilité du personnage.


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Dès la séquence suivante (qui ne sera alors que la troisième), on arrive sur la propriété où vivent ces cinq femmes, et nous ne la quitterons plus si ce n’est dans les cinq dernières minutes pour un final assez jubilatoire avec son retournement de situation in-extremis, où l’on apprend l’identité réelle d’un des principaux protagonistes (vous aurez beau me soudoyer, vous n’en saurez pas plus). C’est alors une sorte de huis-clos qui s’engage, un vaudeville assez bien maîtrisé au point de ne jamais nous ennuyer et sans cabotinage excessif de la part de ses comédiens, mais néanmoins plutôt négligeable dramatiquement parlant et un peu trop léger niveau écriture pour pouvoir faire de ce film une œuvre majeure du cinéaste et même du genre. Car les personnages sont croqués à traits épais, et par cette caractérisation grossière, manquent singulièrement d’épaisseur (il aurait peut-être fallu plus de temps à la scénariste que ces courtes 80 minutes). C’est surtout vrai pour les ‘quatre reines’ qui ne bénéficient d’ailleurs pas d’interprétations mémorables à l’exception d’Eleanor Parker dont nous ne dirons jamais assez à quelle point elle fut l’une des meilleurs actrices hollywoodiennes. A ce propos, Bertrand Tavernier fait son Mea Culpa dans les bonus du DVD du film, disant à quel point les cinéphiles de son époque (dont lui) avaient sous estimé cette immense comédienne, aussi talentueuse que belle ! Elle nous le prouve encore ici dans le rôle de la femme volontaire, indépendante et calculatrice qu’est Sabina. Elle fait jeu égal avec son partenaire masculin et donc, tout logiquement, les séquences qui les réunissent s’avèrent les plus irrésistibles. Sara Shane, l’innocente et douce Oralie, aura néanmoins droit elle aussi à une très jolie séquence, celle touchante au cours de laquelle elle raconte son mauvais choix quant à son époux. Quant à Barbara Nichols, elle sera de cette amusante scène inversant les schémas habituels de la séquence de bain. Alors qu’en principe, c’est l’homme qui surprend la femme en train de se baigner, la titillant avec concupiscence afin qu’elle sorte nue récupérer ses vêtements, c’est ici Clark Gable qui se retrouve dans cette position, surpris par Birdie, l’aguicheuse écervelée. Enfin, Jean Willes, dans le rôle de la vénéneuse croqueuse d’hommes, n’est franchement pas très convaincante.


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Toutes ces femmes évoluent dans une ambiance de joyeuse amoralité puisque, restées cloitrées dans cet endroit, sous la tutelle tyrannique de leur belle-mère, dans le seul but de voir revenir le survivant des quatre maris et ainsi pouvoir enfin partager le butin, elles sont dans le même temps clairement en manque de sexe puisque la ‘patronne’ a accepté de les garder avec elle tout en protégeant leur vertu au nom du souvenir de ses fils adorés. Il est clair que l’arrivée de ce coq au milieu de cette basse-cour va attiser les désirs enfouis au cours de ces deux années d’isolement. Le Roi et quatre reines n’est ainsi pas dénué d’un érotisme sous-jacent ; il faut avoir vu cette séquence au cours de laquelle, la nuit tombée, le mâle vient faire le tour du ‘poulailler’, passant et s’arrêtant devant chacune des portes des chambres des jeunes filles, ces dernières toutes émoustillées dans leur lit, trépignant de désir, chacune attendant qu’il entre les voir. Non seulement sensibles au charme viril du bel étranger, elles tomberont toutes chacune leur tour dans ses bras y compris la plus douce en apparence. Il faut dire que Kehoe représente non seulement un moyen d’assouvir leurs désirs les plus refoulés mais également la méthode la plus sûre de pouvoir enfin quitter cet enfer féminin dominé par le personnage interprété par Jo Van Fleet, une comédienne qui se sera spécialisée dans les protagonistes d’une vingtaine d’années plus âgés qu’elle. C’était la mère de James Dean dans A l’Est d’Eden de Kazan et elle continuera par la suite sur cette lancée. Ici, elle se révèle assez juste et même touchante lors de la scène où elle se confie à Clark Gable quant à l’amour qu’elle voue à ses fils mais aussi à la tristesse de les avoir vus prendre un mauvais chemin.


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Si le postulat de départ est très ludique (qui est le mari disparu ? où se trouve le magot ? qui sera le ou la plus rusé de tous…), les enjeux dramatiques s’avèrent trop faibles, le suspense ne repose finalement pas sur grand-chose et l’ensemble manque singulièrement de profondeur. Mais voir Clark Gable louvoyer entre cinq femmes pour essayer de découvrir la cachette d'un trésor est sacrément jouissif d'autant que son personnage d’aventurier cynique ne détient ici pas le monopole de la roublardise. Au final, pas mal d'humour, une ironie constante, un érotisme sous-jacent constamment présent, un casting correct et charmant avec en tête la sculpturale Eleanor Parker, une superbe photographie de Lucien Ballard, une très belle utilisation du scope ainsi qu’une musique réussie d’Alex North pour un western/comédie détendu. Pas cependant de quoi s’en relever la nuit mais, à défaut de faire partie des plus grands, un des films les plus sympathiques et décontractés de Raoul Walsh dont l’opportuniste Dan Kehoe annonce gentiment les antihéros plus cyniques et sans honneurs des années 60, ceux de Leone entre autres : "I never put a dime on anybody but myself. I haven't lost yet."