Le Western américain : Parcours chronologique III 1955-1959

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

Modérateurs : cinephage, Karras, Rockatansky

Avatar de l’utilisateur
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Messages : 87850
Inscription : 12 avr. 03, 22:22
Localisation : Contrebandier à Moonfleet

Pillars of the Sky

Messagepar Jeremy Fox » 5 mai 13, 15:16

Image



Les Piliers du ciel (Pillars of the Sky - 1956) de George Marshall
UNIVERSAL


Avec Jeff Chandler, Dorothy Malone, Ward Bond, Keith Andes, Lee Marvin
Scénario : Sam Rolfe
Musique : William Lava & Heinz Roemheld sous la direction de Joseph Gershenson
Photographie : Harold Lipstein (Technicolor 2.35)
Un film produit par Robert Arthur pour la Universal


Sortie USA : 12 octobre 1956


Des westerns pro-indiens, il en sortait à la pelle depuis le début de la décennie ; pour continuer à attirer les foules dans les salles, il fallait alors que les scénaristes se creusent les méninges afin de trouver des détails insolites ou des idées nouvelles. Quelques semaines plus tôt, la Universal proposait déjà sur les écrans L’Homme de San Carlos (Walk the Proud Land) de Jesse Hibbs qui narrait l’histoire d’un ‘pied tendre’ venu de l’Est prendre les rênes d’une réserve indienne sans avoir jamais vu un seul ‘native’ et sans avoir porté une seule arme de sa vie. Les faits n'ont pas été inventés et John Philip Clum (interprété par Audie Murphy) était un personnage ayant réellement existé. Au final un western curieux et intéressant sans quasiment d’action. Si son scénario reste dans l’ensemble plus conventionnel, le postulat de départ de Les Piliers du ciel est tout aussi inaccoutumé mais également véridique : le film nous décrit d’emblée des tribus indiennes ayant été évangélisées, ses membres aux noms bibliques se rendant à l’office tous les dimanches y prier le dieu des blancs. Un western ‘chrétien’ qui de plus se déroule dans une région au Nord-Ouest des USA que l’on a peu l’habitude de voir au sein du genre, l’Oregon, avec ses majestueuses montagnes et ses immenses plateaux herbeux. Ces deux élément réunis plus le fait que les tribus indiennes ne soient pas des Apaches, des Comanches ou des Sioux mais des Nez-Percés, des Cœurs d’Alène, des Walla-Wallas, des Umatillas ou des Palouses, apportent du sang neuf et un peu ‘d’exotisme’ au genre même si le film se révèle au final somme toute très moyen sans être déplaisant pour autant.


Image


1868 en Oregon. La paix entre les tribus indiennes et les blancs est maintenue surtout grâce à l’action du pasteur Joseph Holden (Ward Bond) qui a converti au christianisme la plupart des indiens de la réserve dans laquelle il officie, leur donnant à tous un nom biblique. Mais comme ailleurs, les traités ne sont pas respectés : le gouvernement décide de faire traverser une piste destinée aux pionniers en plein milieu de la réserve alors qu’il avait été stipulé qu’aucun civil blanc ne pourrait y mettre les pieds. L’équilibre précaire qu’Holden et le Sergent Emmett Bell (Jeff Chandler) avaient réussi à maintenir est désormais compromis. Pour savoir ce qu’il en est réellement, le Sergent, chef de la force de police indienne de la cavalerie américaine, accompagné de deux de ses éclaireurs Nez-Percés, se rend au camp de l’officier chargé de mettre en place ce projet, le Colonel Stedlow (Willis Bouchey), commandant d’une troupe de très jeunes soldats. Jeff apprend que le chef des Palouses, Kamiakin (Michael Ansara), a convoqué les chefs des autres tribus, espérant les convaincre de se joindre à lui afin de ne pas laisser de nouvelles troupes armées empiéter leur territoire, appelant à l’extermination si nécessaire. Est également présent lors de cette rencontre au quartier général militaire, le Capitaine Tom Gaxton (Keith Andes), le rival amoureux de Jeff. En effet, s’il sait que Calla (Dorothy Malone), son épouse, s’apprête à arriver en ces lieux, il est persuadé que c’est pour retrouver son amant qui n’est autre que Jeff. En pleine réunion, on vient annoncer que Kamiakin a pris en otage deux femmes : il y a de fortes chances pour que l’une d’elles soit Calla. Avant toute chose, il s’agit d’aller la délivrer, ce que s’apprêtent à faire le sergent insubordonné et son ami le pasteur…


Image


D’après les connaisseurs en histoire indienne, contrairement à ce que l’on aurait pu penser à la vision du film, le scénario écrit par Sam Rolfe (l’auteur de l’histoire de The Naked Spur – L’Appât d’Anthony Mann) n’a pas grand-chose de fantaisiste, mais au contraire s’avère historiquement assez conforme, costumes, coiffes et tout le reste du background étant également très proches de la réalité. Il faut dire aussi que George Marshall et son équipe sont partis tourner sur les lieux même de l’action et qu’ils ont employés en tant que figurants des membres des différentes tribus évoquées dans le film. Les évènements narrés, ainsi que le fait que les indiens de la région aient été évangélisés avec douceur, sont donc tout à fait justes. De nombreuses missions chrétiennes et églises étaient alors implantées dans les réserves indiennes de l’Oregon et les membres de la tribu des Nez-Percés, ayant commencé à être convertis au christianisme depuis à peu près 40 ans, avaient même accompli des pèlerinage à l’Est afin de mieux appréhender la culture chrétienne. Quant aux noms des chefs indiens des différentes tribus vivant dans ces réserves, ils avaient bien été transformés en Isaac, Abraham ou autres Joseph ! En revanche, ‘les piliers du ciel’ évoqués dans le titre (de majestueuses montagnes aux sommets pointus délimitant le territoire de la réserve), on ne les voit que lors d’un seul plan au cours duquel on les évoque mais ne semblent pas se situer au même endroit que le reste de l’intrigue, les réserves décrites ne permettant pas de distinguer de montagnes à l’horizon. A l’exception de ce fait assez singulier (erreur topographique ?), la seule importante liberté prise par les auteurs vis-à-vis de la réalité se situe lors de la séquence finale péniblement et niaisement saint-sulpicienne au cours de laquelle les chefs des différentes tribus révoltées sont pardonnés lors d’une cérémonie religieuse initiée par Jeff Chandler ! Ils furent en réalité tous pendus par l’armée américaine !


Image


Pillars of the Sky (on devine aisément le sous-texte religieux au travers de ce titre) est donc un western de série B contant un épisode réel et peu connu des guerres indiennes mais avec une approche plutôt originale, se voulant être un western 'chrétien'. Dommage que George Marshall soit un cinéaste si médiocre, n’arrivant presque jamais à faire décoller son film qui avait au départ été proposé à John Ford, John Wayne ayant été prévu pour interpréter le rôle du Sergent. Tous deux occupés par le tournage de La Prisonnière du désert (The Searchers), ils durent décliner l'offre et furent donc remplacés par George Marshall et Jeff Chandler. Le résultat aurait probablement été tout autre entre les mains du célèbre borgne, mais contentons nous de ce que nous avons puisque le film reste néanmoins tout à fait correct en l’état, plutôt efficace lors des scènes d’action (notamment celle de l’attaque faisant se rencontrer, dans une inextricable mêlée, indiens et soldats, et au cours de laquelle l’aspect fouilli donne un rendu assez réaliste ; dommage que les effets spéciaux des coups de canons s’avèrent ratés), assez bien dialogué et bénéficiant d’un casting plutôt convaincant à l’exception d’une Dorothy Malone qui ne semble pas à sa place et dont le personnage n’avait franchement pas vraiment lieu d’être. Le triangle amoureux est effectivement de trop au sein de cette intrigue, d’autant plus que l’achèvement de cette romance s’avère lui aussi, à l’instar de la dernière séquence, très édifiant, la femme retournant à son époux ; la morale chrétienne est sauve à ce niveau aussi ! Sinon, Jeff Chandler, même si surtout connu pour ses interprétations de Cochise, tout aussi habitué d’être vêtu de l’uniforme des Tuniques Bleues (il la portait déjà dans Au mépris des lois – The Battle at Apache Pass et A l’assaut de Fort Clark – War Arrow, tous deux de George Sherman ou encore dans Les Rebelles de Fort Thorn – Two Flags West de Robert Wise), ne s’en sort pas trop mal, assez à l’aise et charismatique dans le rôle de cet officier insubordonné, soudard et grande gueule. Et puis aviez-vous déjà vu un sergent aussi débraillé, les manches sans arrêt relevées afin de bien faire remarquer la pilosité virile de ses avant-bras ? Pas très réglementaire mais personne ne lui en fait la remarque.


Image


A ses côtés, si l’on fait l’impasse sur le fadasse Keith Andes, on trouve Ward Bond et Lee Marvin dans des seconds rôles sur mesure et hauts en couleur, les trois acteurs étant d'ailleurs réunis lors de la plus belle séquence du film, celle de la mort en haut de la montagne du personnage joué par Lee Marvin que ses deux copains accompagnent durant ses derniers instants en étant couchés près de lui, chantant et buvant jusqu’à la fin de la nuit. Quant aux indiens, leurs interprètes paraissent crédibles et les auteurs les décrivent avec noblesse que ce soient ceux appartenant au camp des révoltés ou au contraire ceux ayant acceptés de rester sous la tutelle des blancs. Le scénariste nous propose d’ailleurs une intéressante réflexion sur les indiens souhaitant rester dans le giron de l’église et de l’armée : sont-ce des traîtres, des poltrons, des collaborateurs ou des résignés ? Ne seraient-ce pas tout simplement des hommes réalistes et pleins de bons sens ayant compris, comme l’explique l’un des éclaireurs Palouses, que, le ver étant dans le fruit ("Nous n’avons plus l’habileté de nos pères, nous l’avons perdue il y a des lunes et des lunes" ), au lieu de se faire exterminer plus intelligent était vivre en bon terme avec les hommes blancs. Tout aussi intéressante est la description de ces très jeunes recrues inexpérimentées (presque des enfants) parmi les soldats du régiment chargé de construire la piste. Dommage que les auteurs se soient sentis obligés d'inclure de l'humour lourdingue avec cette sentinelle sans cesse en lutte avec son cheval récalcitrant nommé Razorback.


Image


Le tout se déroulant au sein de beaux paysages photographiés en Technicolor, l’ensemble s’avère plaisant. Dommage une fois encore que la mise en scène soit aussi quelconque, le cinéaste utilisant le cinémascope sans génie, n’ayant pas, loin s’en faut, le sens du cadre d’un George Sherman ou d’un Delmer Daves, et du coup ne mettant pas assez en valeur les magnifiques panoramas qu’il a devant ses yeux. George Marshall ne fait pas d'étincelles mais enveloppe heureusement le tout avec un professionnalisme certain. Au sein de la filmographie en dent de scie de ce réalisateur très inégal (allant dans le genre du très mauvais La vallée du soleil au très bon Femme ou démon'), un western routinier mais pas désagréable se situant dans une honnête moyenne. En tout cas peut-être l'unique western ouvertement chrétien, et à ce titre une véritable curiosité !

Avatar de l’utilisateur
hellrick
David O. Selznick
Messages : 12679
Inscription : 14 mai 08, 16:24
Liste de DVD
Localisation : Sweet Transylvania, Galaxie Transexuelle

Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar hellrick » 5 mai 13, 18:01

Une bonne surprise pour ma part, découvert dans le coffret sidonis "guerres indiennes", je pensais que ce serait le moins intéressant du lot et je l'ai trouvé très plaisant, ne serait-ce, comme tu dis, que pour son message ouvertement chrétien assez original finalement dans le cadre du western :wink:
Critiques ciné bis http://bis.cinemaland.net et asiatiques http://asia.cinemaland.net

Image

Avatar de l’utilisateur
Rick Blaine
Howard Hughes
Messages : 18889
Inscription : 4 août 10, 13:53
Last.fm
Localisation : Paris

Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Rick Blaine » 5 mai 13, 18:12

D'accord avec vous deux, l'originalité de ce film le rend très intéressant. D'autant qu'on ne ressent pas non plus un prosélytisme assommant, c'est un film plaisant.

Avatar de l’utilisateur
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Messages : 87850
Inscription : 12 avr. 03, 22:22
Localisation : Contrebandier à Moonfleet

Man from del Rio

Messagepar Jeremy Fox » 8 mai 13, 23:01

Image



Le Tueur et la belle (Man from Del Rio - 1956) de Harry Horner
UNITED ARTISTS


Avec Anthony Quinn, Kathy Jurado, Peter Whitney, Douglas Fowley, John Larch
Scénario : Richard Carr
Musique : Fred Steiner
Photographie : Stanley Cortez (Noir et blanc 1.85)
Un film produit par Robert L. Jacks pour la United Artists


Sortie USA : 30 Octobre 1956


Lorsque le tireur d’élite Dan Ritchy entre dans la tranquille petite ville de Mesa, il est accueilli par un homme nommé Daves Robles (Anthony Quinn) qui lui dit qu’il attendait sa venue pour enfin se venger de lui au bout de cinq ans, ayant entre temps appris le maniement des armes. Et en effet, il prouve qu’il est devenu plus rapide que Dan et le tue. Blessé à l’épaule, Daves est soigné par Estella (Kathy Jurado), l’assistante du médecin de la ville, jeune veuve dont le mari fut tué au cours d’un duel. Ed Bannister (Peter Whitney), le tenancier du saloon, propose à Daves de devenir son bras droit ; dans cette région où la loi et l’ordre n’existent pas encore, cet ancien bandit a dans l’idée d’en profiter pour s’octroyer la mainmise sur la petite ville avec l’aide de tous les tireurs d’élite et tueurs de passage qui accepteront de coopérer. Alors que Daves retourne voir Estella qui lui explique sa haine des armes à feu, le timide shérif Tillman (Douglas Spencer) est mis à mal par trois nouveaux arrivants qui commencent à lui tirer dessus. Voyant qu’Estella se porte à son secours, Daves vient également à son aide en tuant deux des trois chahuteurs. A la vue de ce nouveau coup d’éclat, les citoyens décident de proposer à Daves le poste de shérif, espérant ainsi se débarrasser des brebis galeuses à commencer par le très malsain Bannister. Daves accepte, pensant ainsi retrouver un peu de dignité ; et en effet, on commence à le respecter mais uniquement pour son arme car il est socialement toujours mis à l’écart. Alors qu’il se bagarre avec Bannister, il se casse le poignet : il ne faut surtout pas que la nouvelle s’ébruite auquel cas il serait rapidement provoqué et tué en duel…


Image


Signé par Harry Horner, un réalisateur ayant plus œuvré pour la petite lucarne (Gunsmoke…) que pour le cinéma, Man from Del Rio est, tout comme l’était déjà quatre ans auparavant son premier film Red Planet Mars (jamais non plus sorti en salles en France), une petite curiosité. Son film de science-fiction, malgré son hystérie anticommuniste et sa propagande pro-chrétienne qui laissaient parfois pantois, s’était avéré une œuvrette jamais ennuyeuse et même plutôt plaisante à suivre. Avec un budget ridicule, le cinéaste réussissait néanmoins à boucler un film qui tenait assez bien la route, adoptant un ton réaliste sans avoir à déployer une coûteuse imagerie. Le côté statique et bavard de l’intrigue n’était en l’occurrence pas vraiment gênant. Pour une première réalisation, Harry Horner s’en sortait donc plutôt bien même si son film n’était pas, loin s’en faut, un chef-d’œuvre. Ce n’était pas gagné d’avance mais, malgré ses origines théâtrales, son faible budget et son absence d’effets spéciaux, il arrivait cependant à fasciner. On pourrait dire presque exactement la même chose de ce western de série B fauché et quasiment sans action, sixième de ses seulement sept longs métrages ; pas non plus un grand film mais un western au ton suffisamment curieux pour retenir l’attention tout du long et mériter qu’on s’y arrête un instant.


Image


Son histoire est pourtant excessivement banale, celle d’un homme venu dans une petite ville pour se venger d’un autre et qui, après avoir démontré sa virtuosité dans le maniement des armes, va être recruté par les notables afin de nettoyer leur petite bourgade de ses brebis galeuses. A une époque où la loi et l’ordre semblent avoir déserté certaines régions, le patron de l'établissement de jeux, un ex-outlaw, souhaite contrôler la ville avec l’aide d’as de la gâchette qu’il compte recruter au fur et à mesure de leurs passages dans la cité. Des réunions sont décidées au cours desquelles les honnêtes citoyens ont des discussions à perdre haleine tournant autour de la thématique du ‘Law and order’… Rien de bien nouveau et pourtant le ton du film est assez original notamment dans son attentive description de cette petite bourgade et de ses habitants, ainsi et surtout que dans la peinture de son antihéros parfaitement interprété par un Anthony Quinn qui venait de recevoir un Oscar du meilleur second rôle tout à fait mérité pour son interprétation de Paul Gauguin dans La Vie passionnée de Vincent Van Gogh (Lust for Life) de Vincente Minnelli. Son gunslinger mexicain est non seulement un être frustre, mal habillé, sale et alcoolique mais ne sait pas non plus se tenir avec les femmes tout en louvoyant sans arrêt entre bon et mauvais côté de la loi. Jouant souvent l’état d’ébriété, le comédien n’en fait pourtant jamais trop et confirme son statut de cabotin de génie, jamais agaçant, souvent juste. Son personnage va accepter de porter l’étoile de shérif pour retrouver le respect et la dignité, et se montrera finalement tout du long assez touchant et attachant, justement par cette humanité faite d’une multitudes de défauts sans que jamais ceux-ci ne le rendent antipathique. Anthony Quinn disait aimer énormément ce rôle complexe et le film repose effectivement pour beaucoup sur ses solides épaules.


Image


Un homme qui ne sera respecté de part et d’autre que pour son habileté aux armes, les citoyens refusant néanmoins de l’intégrer à leur vie sociale à cause de son passé assez trouble et de sa nationalité mexicaine, malgré le fait qu’ils l’aient eux-mêmes élu shérif de leur ville, alors que dans le même temps il sera repoussé pour la même raison, celle des armes, par la femme dont il est tombé amoureux, rappelant trop à cette dernière son défunt mari et l’angoisse constante qu’elle dût supporter tout du long de sa vie à ses côtés. Par l’intermédiaire de cet antihéros, l’auteur du scénario (quasiment son seul travail pour le cinéma, ayant fait quasiment lui aussi toute sa carrière à la télévision) en profite pour également aborder sans trop les développer les thématiques du racisme et de l’ostracisme. Le sujet n’étant pas neuf, la romance entre Anthony Quinn et Kathy Jurado (un peu sous employée) n’étant pas forcément passionnante (l’alchimie entre les deux acteurs étant quasiment inexistante), le plus grand intérêt de ce scénario, outre le portrait de son antihéros, est sa peinture de la vie quotidienne dans ce petit milieu urbain assez clos ainsi que des personnages pittoresques qui l’habite. On notera surtout le shérif malingre, couard et angoissé, le commerçant volubile ou l’alcoolique du village, ce dernier très bien interprété par Whit Bissell dont le visage vous dira surement plus que le nom. En revanche, concernant le principal Bad Guy, dommage qu’il soit incarné par un Peter Whitney qui manque singulièrement de charisme.


Image


Si le ton un peu décalé du film est l’une de ses principales qualités, il s’avère aussi être une de ses limites, car malheureusement les auteurs semblent ne pas toujours savoir sur quel pied danser, hésitant sans cesse entre comédie et drame, la tension finissant par être inexistante lors des séquences qui en auraient eu besoin. Cependant, le ‘duel’ final est tout à fait original et très réussi même si le réalisateur n’accomplit pas spécialement de prouesses, pas plus qu’il ne l’a fait pendant toute la durée du film. Il a fait ce qu’il pouvait avec le budget plus que réduit qu’il a eu à sa disposition mais ne marque pas les esprits par ses idées de mise en scène ni par ses mouvements de caméra ou ses cadrages ; il bénéficie en outre de la collaboration de l’excellent chef-opérateur Stanley Cortez (La Nuit du chasseur) qui signe une bien belle photographie en noir et blanc. Parmi les autres points positifs, pas mal de petits détails insolites comme par exemple cette roue de loterie piquetée de cartes à jouer sur lesquelles sont notés le nom des tueurs dont le propriétaire des lieux espère se mettre dans la poche pour l’aider à contrôler la ville, et qu’il décroche lorsque l'un d'entre eux se fait descendre. N’ayant pas la possibilité de mettre en scène de grandes scènes d’action (même si le teigneux pugilat entre Anthony Quinn et Peter Whitney dans le saloon vide est plutôt vigoureux malgré des doublures peu ressemblantes), le cinéaste en profite pour prendre son temps à regarder vivre certains de ses personnages et ceci donne de très bonnes séquences comme celle du ‘relookage’ d’Anthony Quinn à l’intérieur de la boutique au cours de laquelle il troque ses vêtements usagés contre une tenue bien plus élégante.


Image


Un sympathique western urbain qui ne nous fait quitter la ville à aucun moment et qui, malgré une intrigue convenue, se laisse voir avec plaisir même si nous aurions souhaité éprouver plus d’empathie pour les différents personnages, ressentir plus de tensions lors des moments dramatiques. Il aurait peut-être suffit aux manettes d’un réalisateur plus talentueux, tel par exemple que Richard Bartlett, pour transformer ce curieux scénario en une véritable pépite ; en l’occurrence, si c’est loin d’être le cas, le résultat n’a cependant rien de déshonorant.

Avatar de l’utilisateur
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Messages : 87850
Inscription : 12 avr. 03, 22:22
Localisation : Contrebandier à Moonfleet

Love me Tender

Messagepar Jeremy Fox » 11 mai 13, 11:21

Image



Le Cavalier du crépuscule (Love me Tender - 1956) de Robert D. Webb
20Th Century Fox


Avec Elvis Presley, Richard Egan, Debra Paget, Robert Middleton, William Campbell
Scénario : Robert Buckner d’après une histoire de Maurice Geraghty
Musique : Lionel Newman
Photographie : Leo Tover (Noir et blanc 2.35)
Un film produit par David Weisbart pour la 20th Century Fox


Sortie USA : 15 novembre 1956


Love me Tender, western de série B produit par la 20th Century Fox, serait probablement tombé dans l’oubli si ce n’avait pas été le premier film interprété par Elvis Presley. Son agent, le Colonel Tom Parker, pensa que le cinéma serait le média idéal pour consolider sa popularité naissante, pour le lancer encore plus fort et plus loin ; il ne se trompa pas puisque que, malgré qu’on ne lui ait attribué qu’un rôle secondaire, grâce à Love me Tender, sa ‘rock star’ débuta sa carrière dans le 7ème art d’une manière fulgurante : malgré les mauvaises langues qui (à juste titre) doutèrent surtout du potentiel dramatique du jeune chanteur, Le Cavalier du crépuscule rentra dans ses frais en à peine une semaine d’exploitation. Le film de Robert D. Webb avait été initialement conçu comme un traditionnel western de série B, sans chansons ; il devait se nommer ‘The Reno Brothers’. Son tournage était sur le point de débuter lorsque Darryl F. Zanuck et Tom Parker décidèrent d’incorporer Elvis Presley au casting dans le rôle du jeune frère du héros interprété par Richard Egan. Le scénario fut alors remanié et quatre chansons furent ajoutées ('Let Me', 'We're Gonna Move', 'Poor Boy' et évidemment 'Love Me Tender'), le chanteur étant accompagné pour la seule fois de sa carrière par le Ken Darby Trio avant qu’il ne retrouve par la suite ses propres musiciens. Après que le rockeur ait chanté 'Love me Tender' au cours du Ed Sullivan Show, les producteurs décidèrent de renommer le film avec le titre de cette chanson ; chanson qui n’était autre qu’une réadaptation d’une célèbre ballade du temps de la Guerre de Sécession, 'Aura Lea', et qui, bien plus encore que le film, allait faire le tour du monde.


Image


Le 10 avril 1865 en Louisiane. La petite troupe de soldats confédérés du Général Randall décime une patrouille nordiste ; ses membres endossent les uniformes des morts et réussissent par ce subterfuge à s’approprier la paie destinée aux yankees avec pour but de la reverser à l’armée du Général Robert E. Lee. Ce qu’ils apprennent peu après, c’est que la reddition de ce dernier avait eu lieu la veille à Appomattox, mettant ainsi fin à la Guerre de Sécession et transformant ce massacre perpétré à l'encontre des nordistes (qui aurait pu n'être qu'un simple fait guerrier) en un redoutable acte meurtrier. Quoiqu’il en soit, estimant avoir mérité un dédommagement légitime pour les quatre années de galère passées loin de leurs foyers, sous l’impulsion de Vance Reno (Richard Egan), les rebelles décident de partager le butin et de rejoindre leur famille, jurant de ne jamais rien laisser transpirer de cette affaire. Les frères Reno rentrent au Texas dans leur ferme familiale ; Vance est pressé de retrouver sa fiancée Cathy (Debra Paget). Mais Vance ayant été déclaré mort, la jeune femme a entretemps épousé son frère cadet, Clint (Elvis Presley). Vance est dépité mais n’en veut à personne. Il décide juste de partir en Californie pour ne plus souffrir d’avoir la femme qu’il aime constamment sous les yeux et de la voir dans les bras d’un autre. Mais un des confédérés ayant dénoncé ses camarades, l’armée vient réclamer son dû et demander à ce qu’on lui restitue l’argent volé. Les frères Reno sont fait prisonniers mais leurs anciens ‘complices’, avec l’aide de Clint, viennent les délivrer. La chasse à l’homme commence tandis que la jalousie entre Vance et Clint prend de nouvelles proportions, titillée par certains ayant tout intérêt à ce qu'ils s'entretuent…


Image


Elvis Presley avait déjà fait la même année des bouts d’essai pour le film The Rainmaker (Le Faiseur de pluie) de Joseph Antony avec Burt Lancaster et Katherine Hepburn, mais son agent préférant que pour sa première apparition son poulain ait le rôle principal, toutes les séquences avec lui furent coupées au montage. Quoiqu’il en soit, n’ayant jamais pris de cours d’art dramatique, ce fut la seule occasion pour Elvis de s’entrainer devant une caméra. Sans vouloir être méchant (d’autant que je suis loin d’être un détracteur du bonhomme), ça se voit malheureusement à l'écran : malgré les efforts et la patience du réalisateur à son égard, le comédien s’avère vraiment très mauvais dans ce film dans lequel il n’apparait qu’au bout de 18 minutes, aussi inexpressif que sans charisme, à tel point que le couple qu’il forme avec Debra Paget s’avère d’une immense platitude, aucune étincelle n’en résultant alors que sur le tournage l’acteur était pourtant tombé amoureux de sa partenaire (sans que ce soit réciproque). Il faut dire que l’actrice n’est ici guère plus convaincante, la beauté de son visage ne pouvant cacher l’ennui qui semble s’être abattue sur elle, le scénariste paraissant ne pas avoir été grandement inspiré par son personnage, n'ayant concocté à la comédienne que très peu de lignes de dialogue. Pour en revenir à Elvis Presley, on lui a donc demandé de chanter quatre chansons qui, il faut bien l’avouer, sont complètement hors-contexte, totalement anachroniques (du rockabilly au 19ème sicèle avec groupies à la clé !) et donc au final foncièrement risibles, un peu comme, la même année, la séquence dansée par Russ Tamblyn dans La Première balle tue (The Fastest Gun Alive). Non pas que ces scènes soient ratées sorties du contexte, mais elles n’ont absolument rien à faire dans des films comme ceux-là, on ne peut plus sérieux, puisqu’effectivement, à l’instar du film de Russell Rouse avec Glenn Ford, Love me Tender n’est ni un western léger ou parodique ni même une comédie musicale westernienne, auquel cas elles auraient été parfaitement intégrées (même si à vrai dire, à l'exception de la chanson-titre, les autres ne sont guère inoubliables non plus).


Image



Alors, un mauvais film pour autant ? Contrairement à ce que j’aurais pu laisser sous-entendre, il n’en est rien même s’il s’avère néanmoins être une semi-déception, surtout lorsqu’on le compare aux deux précédents westerns de Robert D. Webb, un cinéaste très respectueux de son public, lui ayant déjà offert quelques mois avant un joli western pro-indien, La Plume blanche (White Feather) avec Robert Wagner et -déjà- Debra Paget, et surtout un excellent western urbain, Le Shérif (The Proud Ones) avec un Robert Ryan impérial et -déjà- Robert Middleton. Ici, l’efficacité de sa mise en scène n’est pas à remettre en cause, preuve en sont les énergiques séquences tourmentées ou encore les amples mouvements de caméra lors des chevauchées superbement cadrées en cinémascope. Quant au scénario, ne reposant pourtant sur pas grand-chose de nouveau, il se tient plutôt bien. Il faut dire que les auteurs ne sont pas des tâcherons non plus puisqu’ils comptent Robert Buckner, le scénariste des très bons westerns de Michael Curtiz du début des années 40 (et notamment Virginia City - La Caravane héroïque), ainsi que Maurice Geraghty qui avait déjà écrit entre autres les histoires à l'origine d’excellents westerns signés George Sherman comme La Fille des prairies (Calamity Jane & Sam Bass) et Tomahawk. Le postulat de départ de Love me Tender est d’ailleurs très intéressant, décrivant un fait de guerre se transformant en acte meurtrier par le seul fait que la troupe attaquante n’ait pas été au courant de la fin du conflit. S’ensuit un problème de conscience quant au massacre qui a précédé et à l’utilisation de l’argent dérobé à cette occasion et qui ne pourra plus servir à une cause qui vient de prendre fin. La suite de l’intrigue reposera uniquement sur deux axes dramatiques imbriqués, la volonté de récupération du butin de guerre par l’armée nordiste ainsi que le triangle amoureux formé involontairement par la croyance du décès d’un des deux hommes, le premier étant bien plus captivant que le second.


Image


Un film assez bavard mais jamais ennuyeux grâce à son écriture somme toute rigoureuse (en dehors des séquences rajoutées pour Elvis Presley et notamment, suite à une preview au cours de laquelle les spectateurs ne voulurent pas repartir sur une note triste, la ridicule dernière image du fantôme de Clint entonnant pour une ultime fois la ballade du film), à son honorable mise en scène, à son très beau noir et blanc travaillé par le chef opérateur Leo Tover et à la qualité de l’interprétation d’ensemble (si l'on excepte le couple Elvis Presley / Debra Paget). Car le véritable personnage principal est quand même interprété par un convaincant Richard Egan et qu’il est entouré par toute une tripotée d’efficaces seconds rôles (beaucoup de visages familiers des amateurs de westerns des années 50) avec notamment Mildred Dunnock, un excellent Robert Middleton ou encore un William Campbell bien plus sobre qu’à l’accoutumée. Si l’on veut bien oublier la calamiteuse première interprétation d’Elvis Presley et ses chansons anachroniques, on assiste à un solide drame de la Guerre Civile, souvent assez juste et parfois touchant avec par exemple cette jolie séquence des adieux et poignées de mains des soldats vaincus repartant chacun dans leurs foyers. Rien de positivement surprenant, de neuf ou d'original mais un western néanmoins pas désagréable.

Avatar de l’utilisateur
Colqhoun
Qui a tué flanby ?
Messages : 33320
Inscription : 9 oct. 03, 21:39
Localisation : Helvetica

Re: The Last Wagon

Messagepar Colqhoun » 11 mai 13, 11:30

Jeremy Fox a écrit :La Dernière caravane (The Last Wagon - 1956) de Delmer Daves

Je vais faire un peu mon fainéant, mais je rejoins entièrement les propos de Jeremy sur ce film.
Découvert l'autre jour, j'ai été totalement subjugué. Richard Widmark imprime la rétine, la réalisation est à couper le souffle (c'est nerveux, rythmé, magnifiquement cadré) et ce script rempli de tension fait la part belle à des personnages forts. Je regrette juste cette scène de tribunal, qui appuie un peu trop mécaniquement un propos que l'on avait déjà bien saisi. Mais pour le reste, on est en plein chef d'oeuvre. Grosse découverte.
"Give me all the bacon and eggs you have."

Avatar de l’utilisateur
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Messages : 87850
Inscription : 12 avr. 03, 22:22
Localisation : Contrebandier à Moonfleet

Reprisal!

Messagepar Jeremy Fox » 11 mai 13, 11:31

Image



La Vengeance de l’indien (Reprisal! - 1956) de George Sherman
COLUMBIA


Avec Guy Madison, Felicia Farr, Michael Pate, Kathryn Grant
Scénario : David P. Harmon, Raphael Hayes & David Dortort
Musique : sous la direction de Mischa Bakaleinikoff
Photographie : Henry Freulich (Technicolor 1.37 / 1.85)
Un film produit par Lewis J. Rachmil pour la Columbia


Sortie USA : Novembre 1956


Frank Madden (Guy Madison) arrive dans la petite ville de Kendall en Oklahoma ; il doit prendre possession d’un ranch qu’il vient d’acheter alentours. Ce jour là les rues sont désertes ; et pour cause, tous les habitants se sont rendus dans le saloon assister au procès des trois frères Shipley (Michael Pate, Edward Platt & Wayne Mallory) accusés d’avoir lynché deux indiens. En deux temps trois mouvements les meurtriers sont acquittés à l’unanimité par un jury blanc peu sensible aux arguments du juge d’instruction qui disposait pourtant de preuves accablantes. Le shérif craint que ce verdict déclenche des représailles de la part des indiens. Frank semble n’avoir cure de cette injustice au grand dam de Catherine (Felicia Farr), la fille du notaire, qui venait de tomber sous son charme et qui n’en est que plus attristée. Quoiqu’il en soit, Frank se rend sur ses terres et découvre que ses voisins ne sont autres que les frères Shipley. Son arrivée n’est pas du goût de ces derniers car non seulement Frank décide d’entourer sa propriété de barbelés mais de plus il embauche un indien pour l’aider. Les Shipley vont tout faire pour le provoquer alors que dans le même temps les 'natives' supportent de plus en plus mal le mépris qu’on leur porte et les mauvais traitements qu’on leur inflige. L’arrivée sur place d’un vieil indien qui semble très bien connaitre Frank va dévoiler un secret que ce dernier avait jusqu’à présent réussi à cacher, ce qui va encore plus attiser la colère des villageois…


Image


Sa période faste ayant pris fin quelques années en arrière, et après quelques flagrants ratages, Reprisal! s’avère être une très belle surprise, l’un des meilleurs films de la dernière partie de carrière de l’inégal George Sherman, voire même l’un de ses westerns les plus réussis. Étrangement inédit en France (tout du moins n’ayant pas bénéficié d’une sortie parisienne), ce western diffusé néanmoins à la télévision peut-être retrouvé dans certaines anthologies sous différents titres : La Vengeance de l'indien, Le Sang de l'indien ou bien encore sous son titre belge, traduction littérale de l’original, Représailles ! Après nous avoir offert à la fin des années 40 des westerns aussi plaisants et colorés que Black Bart (Bandits de grands chemins) et Calamity Jane and Sam Bass (La Fille de la prairie), George Sherman entamait en début de décennie suivante une série de westerns pro-Indiens aujourd’hui un peu oubliés mais pourtant tout à fait dignes d’éloges. Ce fut tout d'abord Sur le territoire des Comanches (Comanche Territory) dont le côté bon enfant et l’imagerie naïve étaient totalement assumés, puis surtout le splendide et méconnu Tomahawk ainsi que le très bon Au mépris des lois (Battle at Apache Pass), traités tous deux au contraire avec le plus grand sérieux et la plus grande gravité. Dès l’année suivante, en 1953, The Lone Hand marquait un net recul qualitatif. Après Les Rebelles (Border River) et Le Trésor de Pancho Villa, on aurait pu se dire que le Mexique ne semblait pas avoir grandement inspiré le réalisateur mais ses westerns pro-Indiens qui suivirent (Le Grand chef et Comanche) n’étaient guère meilleurs. Même si je continue de penser que sa période la plus réjouissante se situe bel et bien derrière lui, ses meilleurs westerns étant ceux tournés entre 1948 et 1952 pour la compagnie Universal, en 1956 La Vengeance de l’indien démontrait que le réalisateur avait encore de très beaux restes.


Image


George Sherman aura donc été le réalisateur qui aura le plus souvent œuvré pour la défense des Natives américains dans le cinéma hollywoodien ; plus encore que Delmer Daves ! Sans qu’il ne soit aussi puissant et réussi que le magnifique Tomahawk, on pourra aisément ajouter Reprisal! à la liste des westerns les plus intéressants et les plus originaux à ce sujet. Il s’agit de l’adaptation d’un roman d’Arthur Gordon, un homme qui ayant pris connaissance dans les années 40 d’un lynchage qui eut lieu dans son état de Géorgie, s’en trouva profondément bouleversé et se mit immédiatement à relater ce drame dès son retour de la Seconde Guerre Mondiale. Les scénaristes ont transposé cette histoire tragique de la Côte Est à la Côte Ouest, les victimes du roman ayant été non des indiens mais des noirs. Le résultat est néanmoins à priori identique, une charge virulente et sans concessions contre le racisme ambiant dans une Amérique dominée quantitativement par des blancs ayant un profond mépris pour les minorités ethniques. Dans le film de George Sherman, hormis quelques notables comme le shérif, le juge et le notaire, les citoyens de cette petite ville de l’Oklahoma sont tous haineux et dédaigneux envers les Indiens qui, même s’ils fréquentent parfois les rues de la cité, ont été obligés d’établir leur camp à quelques kilomètres, vivant dans des cases sans confort. La parodie de procès qui ouvre le film le place d’emblée parmi les pamphlets les plus corrosifs à l’encontre de cette société xénophobe. Alors que le juge expose les preuves les plus accablantes contre les trois accusés du meurtre de deux indiens, le jury n’en tient absolument pas compte et acquitte ces derniers sans même prendre le temps de délibérer ; et le public non seulement d’applaudir en chœur mais de fêter cette victoire en allant faire du grabuge dans le camp indien ! Une séquence d'une dizaine de minutes, superbement découpée, écrite et filmée (à l’aide de délicats mouvements de caméra) qui, faisant suite à la première scène de l’arrivée de Guy Madison dans les rues désertes de la ville, fait immédiatement penser que nous allons assister au visionnage d’un excellent western. Et la suite ne démentira pas cet à priori positif !


Image


A commencer par la personnalité du héros interprété par Guy Madison. Avant toute chose, posons nous la question de savoir pourquoi un comédien ‘beau gosse’ ne pourrait-il pas posséder en même temps qu’une belle gueule des talents dramatiques ? Car c’est à peu près ce qui ressort assez régulièrement sous la plume de beaucoup ; comment se fait-il que de jeunes acteurs comme Jeffrey Hunter, Robert Wagner, Troy Donahue ou justement Guy Madison aient autant été critiqué alors qu’au contraire il me semble qu’ils nous aient souvent prouvé qu’ils pouvaient accomplir de belles performances d’acteur ? Madison avait été déjà parfait dans La Poursuite dura 7 jours (The Command) de David Butler et plus encore dans La Charge des Tuniques Bleues (The Last Frontier) de Anthony Mann. Il est à nouveau excellent dans ce rôle qui, tout du moins durant la première demi-heure, n’est guère gratifiant, Frank Madden nous paraissant grandement antipathique ou tout du moins guère empathique envers ses prochains, affichant à l'égard de n'importe qui une totale indifférence. Il n’hésite pas à dire à la femme progressiste qui est tombée sous son charme et qui ne supporte pas les injustices commises à l‘encontre des indiens qu’il n’a pas envie d’exprimer ses opinions ni de vouloir prendre fait et cause pour l’un ou l’autre camp. [Attention spoilers] On apprendra ensuite -sans franchement que ça me soit venu à l’esprit malgré le titre français peu discret- la double identité de ce personnage qui se révèle en fait être un métis dont le père, un chasseur blanc, l’a abandonné à sa mère indienne dès sa naissance. Ayant vécu misérablement dans une réserve toute sa jeunesse, il a fini par la fuir avec d’autant plus de facilité que ses traits physiques ne font absolument pas ressortir sa part de sang indien. Pour retrouver de décentes conditions de vie, il cache son héritage indien dans l’espoir de pouvoir ainsi se fondre dans la société des blancs. On peut même dire qu’il ira jusqu’à le nier, affichant une réelle insensibilité au sort encore réservé à ses frères de sang. A son actif, il dédaigne tout autant les blancs majoritairement xénophobes, ne recherchant en venant dans cette région que sa propre quiétude, souhaitant se boucher les yeux sur tout ce qui l'entoure. La richesse d’évolution de son personnage ainsi que le cheminement qui le mènera à la recherche de sa véritable identité feront partie des plus grandes qualités de ce western de série B d’une incroyable densité malgré sa faible durée d’à peine 70 minutes.


Image


Les autres protagonistes se révèlent également presque tous intéressants. A commencer par celui interprété par la douce Felicia Farr qui tournait la même année dans deux chefs-d’œuvre de Delmer Daves, La Dernière caravane (The Last Wagon) et L’homme de nulle part (Jubal), et à qui George Sherman fera à nouveau appel pour l’un de ses derniers films, Le Diable dans la peau (Hell Bent for Leather) pour lequel elle aura Audie Murphy pour partenaire. Pour l’anecdote et vu qu’il est cité ci-dessus, si vous avez eu l’impression de connaitre par cœur le thème musical le plus mémorable dans La Vengeance de l’indien, c’est tout à fait normal puisqu’il s’agit également du thème principal de Jubal justement, Mischa Bakaleinikoff faisant la même chose à la Columbia que Joseph Gershenson à la Universal, chargé de la supervision des bandes originales des films du studio, recyclant très souvent à cette époque pour les films de séries B des thèmes préexistants. Pour en revenir au très attachant personnage féminin de Catherine, il s’agit d’une femme au caractère bien trempé ne supportant pas les outrages faits aux indiens qu’elle a toujours soutenu ; d’autant plus en colère depuis que le meurtre qui débute le film a fait pour victime l’un de ses amis d’enfance. Un personnage magnanime qui n’en concevra pas pour autant à un moment donné une profonde jalousie pour une probable rivale en amour, des propos violemment racistes venant à sortir de sa jolie bouche, ce qui se révèle finalement assez choquant de la part d'un personnage qui nous semblait jusque là comme un modèle de tolérance ; et c’est là que l’on se rend vraiment compte d’un scénario qui n’aura été manichéen à aucun moment, certains indiens pouvant s’avérer violents (même si ça peut se comprendre), certains blancs comme le juge ou le shérif pouvant s'avérer au contraire remarquablement posés, indulgents et intègres. Quant aux indiens, ils sont tous décrits avec une grande dignité ; dans ce 'camp' on se souviendra surtout de la très charmante Kathryn Grant (qui fut l’épouse de Bing Crosby) ainsi que de l’acteur Ralph Moody, ce dernier très émouvant dans la séquence qui arrive au bout d’une demi heure et qui dévoile le secret de Frank Madden ; il s'agit du pivot du film, une scène assez longue entre Moody et Madison remarquablement bien dialoguée et superbement interprétée qui devrait faire sauter les réticences à l’égard d’un Guy Madison plutôt juste et charismatique.


Image


Presque tous les seconds rôles mériteraient également d’être cités à commencer par les interprètes des trois inquiétants Bad Guys, Michael Pate, Edward Platt & Wayne Mallory (le propre frère de Guy Madison dans le civil). L’écriture du personnage de Bert Shipley (parfaitement bien tenu par Michael Pate qui aura auparavant joué un nombre impressionnant d’indiens dans divers westerns) est même significative de l’intelligence du scénario écrit à trois mains, qui parvient à nuancer et à donner de la consistance à la plupart des protagonistes (même les plus insignifiants) qui se seront révélés au final pour la plupart bien plus complexes qu’en apparence. Sur la forme, le film n’est pas en reste grâce surtout au travail du réalisateur, Sherman prouvant à nouveau que quant il s'en donnait la peine il était capable de savoir parfaitement bien cadrer (la plupart de ses gros plans sur les visages sont mémorables), d'amener une extrême tension à certaines séquences par le seul truchement du placement de ses personnages, du montage et encore de sa manière de cadrer (la formidable scène au cours de laquelle Wayne Mallory tente de provoquer Guy Madison en duel…), ou encore rythmer et rendre puissamment dynamique n'importe quels types de scènes d’action violente. On trouve même dans le courant du film quelques éclairs de génie comme cette idée du long plan statique en plongée lorsque celui que l’on allait pendre se retrouve d’une seconde à l’autre tout seul au milieu de la rue, la foule se dispersant et repartant de chaque côté de l’écran, Madden se trouvant du coup abandonné aussi bien par ses bourreaux que par ses amis. Une image qui fait son effet comme quelques autres encore...


Image


Un beau western pro-indien à la fois sérieux et pudique et qui, outre son semi happy-end ne collant pas vraiment avec tout ce qui a précédé,se sera révélé tout du long d’une exceptionnelle rigueur pour aborder des thèmes aussi difficiles que le racisme ambiant suite aux guerres indiennes, la folie meurtrière d’une foule ou encore la difficulté d’être un sang mêlé. Par son sujet et sa relative noirceur, un western dans la droite lignée du chef-d’œuvre d’Anthony Mann, La Porte du diable (Devil’s Doorway) ; un film longtemps attendu par les westernophiles et qui, au vu de sa très flatteuse réputation, ne démérite pas.

Avatar de l’utilisateur
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Messages : 87850
Inscription : 12 avr. 03, 22:22
Localisation : Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 11 mai 13, 11:32

3.10 pour Yuma maintenant ; encore plus beau :wink:

Avatar de l’utilisateur
Colqhoun
Qui a tué flanby ?
Messages : 33320
Inscription : 9 oct. 03, 21:39
Localisation : Helvetica

Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Colqhoun » 11 mai 13, 11:38

Déjà vu le remake, que j'ai beaucoup aimé.
Je vais me dépêcher de voir l'original.
Et je vais aussi me pencher sur la carrière western de Widmark.
Ce type dégage un charisme pas possible.
"Give me all the bacon and eggs you have."

Avatar de l’utilisateur
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Messages : 87850
Inscription : 12 avr. 03, 22:22
Localisation : Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 11 mai 13, 11:40

Colqhoun a écrit :Déjà vu le remake, que j'ai beaucoup aimé.
Je vais me dépêcher de voir l'original.
Et je vais aussi me pencher sur la carrière western de Widmark.
Ce type dégage un charisme pas possible.



C'est clair. Toujours dans le western, Widmark est fabuleux dans Le trésor du pendu et Alamo par exemple

Avatar de l’utilisateur
Rick Blaine
Howard Hughes
Messages : 18889
Inscription : 4 août 10, 13:53
Last.fm
Localisation : Paris

Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Rick Blaine » 11 mai 13, 11:53

Jeremy Fox a écrit :
Colqhoun a écrit :Déjà vu le remake, que j'ai beaucoup aimé.
Je vais me dépêcher de voir l'original.
Et je vais aussi me pencher sur la carrière western de Widmark.
Ce type dégage un charisme pas possible.



C'est clair. Toujours dans le western, Widmark est fabuleux dans Le trésor du pendu et Alamo par exemple


Et La Ville Abandonnée, et Le Jardin du Diable!

De toute façon, Widmark est presque toujours une bonne raison de voir un film, ce type est un acteur formidable!

Avatar de l’utilisateur
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Messages : 87850
Inscription : 12 avr. 03, 22:22
Localisation : Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 11 mai 13, 11:56

Rick Blaine a écrit :
Jeremy Fox a écrit :
Colqhoun a écrit :Déjà vu le remake, que j'ai beaucoup aimé.
Je vais me dépêcher de voir l'original.
Et je vais aussi me pencher sur la carrière western de Widmark.
Ce type dégage un charisme pas possible.



C'est clair. Toujours dans le western, Widmark est fabuleux dans Le trésor du pendu et Alamo par exemple


Et La Ville Abandonnée, et Le Jardin du Diable!

De toute façon, Widmark est presque toujours une bonne raison de voir un film, ce type est un acteur formidable!



Oui et d'ailleurs si je ne devais garder qu'un seul de ses films, ce serait Le Port de la drogue de Samuel Fuller après avoir été triste de faire partir Les Forbans de la nuit de Jules Dassin.

Avatar de l’utilisateur
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Messages : 87850
Inscription : 12 avr. 03, 22:22
Localisation : Contrebandier à Moonfleet

Gun the Man down

Messagepar Jeremy Fox » 11 mai 13, 17:45

Image



Gun the Man down (1956) de Andrew V. McLaglen
BATJAC


Avec James Arness, Angie Dickinson, Robert J.Wilke, Emile Meyer, Don Megowan, Harry Carey Jr.
Scénario : Burt Kennedy
Musique : Henry Vars
Photographie : William Clothier (Noir et blanc 1.85)
Un film produit par John Wayne & Robert E. Morrison pour la Batjac


Sortie USA : 15 novembre 1956


La fin de l’année 1956 marque les premiers pas dans l'univers westernien d’un réalisateur qui sera l’un des plus prolifiques dans le genre la décennie suivante, Andrew V. McLaglen. Le cinéaste sera également l’un des plus rentables et paradoxalement l’un des plus vilipendés par la critique (tout du moins française). A juste titre ? Ce n’est pas impossible mais nous aurons bien d’autres occasions d’en reparler. Quoiqu’il en soit et même s'il est permis de mettre en doute ses qualités artistiques, le succès de ses films auprès du public (notamment grâce à des castings souvent prestigieux) fait qu’il aura été malgré tout un réalisateur qui aura compté dans l’histoire du genre. Fils du comédien Victor McLaglen, Andrew a grandi sur les plateaux de cinéma et fut amené à fréquenter dès son plus jeune âge des célébrités tels que John Wayne et John Ford. Apprenant le métier sur les tournages du plus célèbre borgne d’Hollywood (les admirateurs de McLaglen diront d’ailleurs de lui qu’il fut le fils spirituel de Ford), il fut ensuite réalisateur de seconde équipe puis assistant réalisateur de Budd Boetticher (La Dame et le toréador (Bullfighter and the Lady) ou de William Wellman (Track of the Cat). Il produisit avec John Wayne pour sa société Batjac le superbe 7 hommes à abattre (Seven Men from now) de Budd Boetticher puis, sur les conseils de l’acteur, se lança la même année dans la réalisation avec ce petit western de série B, Gun the Man Down, dans lequel on retrouve un des acteurs de prédilection de John Ford, Harry Carey Jr. Avant d’entamer sa série de westerns à gros budgets dans les années 60, il se tournera d'abord surtout vers le petit écran où il mettra en scène d’innombrables épisodes des séries Perry Mason et Rawhide.


Image



Matt Rankin (Robert J. Wilke) et ses deux complices, Ralph Farley (Don Megowan) et Rem Anderson (James Arness), s’apprêtent à aller exécuter un hold-up à Palace City. Janice (Angie Dickinson), la fiancée de Rem, est inquiète ; elle a peur de ne pas voir revenir son homme sain et sauf. Mais, faisant partie du gang, elle a l’habitude de ces attentes angoissantes. Le cambriolage a lieu mais ne se déroule pas comme prévu puisque Rem est grièvement blessé par balle et ne peut plus se déplacer. Les bandits arrivent néanmoins à rejoindre leur repaire suivis d’assez près par les hommes du shérif. Plutôt que de s’encombrer du poids mort que constitue Rem, ses acolytes préfèrent le laisser tomber, embarquant de force sa compagne et s’enfuyant avec le butin. Rem est arrêté et emprisonné. Une année s’écoule ; Rem a fini de purger sa peine. Il part alors à la recherche de ceux qui l’ont lâchement abandonné et les retrouve dans une petite ville de l’Arizona grâce à l’aide d’un ami, tueur à gages, l’inquiétant Billy Deal (Michael Emmet). Dans ce lieu, Rankin dirige le saloon avec l’aide de Farley et Janice qui est devenue sa maîtresse. Farley est le premier à se trouver sur le chemin de Rem ; ils se battent violemment en plein centre de la rue principale ; ce qui n’est pas du goût du shérif Morton (Emile Meyer) qui ne tolère pas que la quiétude de sa ville soit ainsi troublée. Mort de peur, Rankin décide d’acheter les services de Billy Deal afin qu’il se débarrasse de son rival et ennemi. Apprenant ce 'meurtre prémédité', Janice va trouver son ex-fiancé pour s’excuser et le prévenir, mais ce dernier la repousse. Il est néanmoins sur ses gardes et va piéger lui-même celui qui était venu pour le tuer. Il se lance ensuite à la poursuite des trois ‘Judas’ qui en avaient profité pour prendre la fuite à nouveau…


Image


Un hold-up au cours duquel un des hors-la-loi est grièvement blessé et que ses complices décident d’abandonner ; un homme laissé pour mort mais qui refait son apparition alors que ses ex-complices (dont sa fiancée) ont entamé une nouvelle et coquette vie grâce au butin dévalisé ; un tueur à gages engagé pour se débarrasser de l’encombrant revenant… Rien de bien neuf ni de très original dans cette banale histoire de vengeance. Mais sachant que l’auteur du scénario n’est autre que Burt Kennedy, l’homme qui venait de signer pour son premier essai celui, splendide, de Sept hommes à abattre (Seven Men from now) de Budd Boetticher, la confiance était de mise ; et effectivement si l’intrigue n’est guère innovante, le scénario s’avère en revanche plutôt réussi, d’une rigoureuse et efficace écriture. On entre d’ailleurs directement dans le cœur de l’action, avant même que ne soit lancé le générique. La première image nous montre trois hors-la-loi autour d’un plan, en train de discuter des dernières mises au point d’un imminent hold-up. L’un d’entre eux fait ses adieux à sa fiancée qui, dès qu’ils ont franchi la porte, bouleversée par le départ de son bien-aimé, renverse maladroitement de l’encre sur le plan encore étalé sur la table. Cette tache épaisse et noirâtre qui se répand sur le dessin des lieux du méfait nous fait penser à une mare de sang et l’on devine d’emblée que le cambriolage va mal se dérouler. Ce que vient entériner l’inquiétante et très belle musique de Henry Vars (compositeur trop méconnu qui avait déjà accouché de la superbe partition pour Seven Men from now, western dont on entend beaucoup parler ici puisque ce n'était autre que la précédente production Batjac avec quasiment la même équipe artistique) qui peut alors s’élever avec ampleur en même temps que débute le générique. Et en effet, les premiers plans qui suivent viennent nous confirmer cette appréhension : un des hommes se fait blesser !


Image


En quelques plans parfaitement montés, on assiste au vol, à la blessure, à la fuite et à la poursuite. En à peine trois minutes, par l’intermédiaire d’une utilisation parfaitement maitrisée de l’ellipse et du hors-champ, grâce à l’ascèse des dialogues, Burt Kennedy et Andrew V. McLaglen nous présentent tous les enjeux dramatiques qui vont suivre en même temps qu’ils tracent le portrait de quatre des principaux personnages, ceux des hors-la-loi. Les trois autres seront le tueur à gages ainsi que les deux hommes de loi. Burt Kennedy n’a pas son pareil pour écrire des histoires simples avec très peu de protagonistes, préférant d’ailleurs s’appesantir davantage sur les relations entre ces derniers que sur l’action proprement dite. Il le prouve à nouveau ici. Le casting étant parfaitement bien choisi, le film se suit sans ennui du début à la fin même si on imagine le résultat s'il avait été mis en scène par un réalisateur parfaitement rôdé à l’ascétisme et à ce genre d’intrigues minimalistes, je pense avant tout une fois encore à Budd Boetticher qui le prouvera d'ailleurs avec les autres titres de sa fameuse collaboration avec Randolph Scott. Mais n’accablons pas plus Andrew V. McLaglen qui se révèle d’emblée très professionnel et très efficace, nous délivrant pour son premier film un exercice de style assez gratifiant pour le spectateur, parfois au bord du maniérisme sans jamais y plonger grâce en premier lieu à la beauté de la composition, des cadrages et de la photographie de William Clothier, aussi doué pour le noir et blanc que pour la couleur (Track of the Cat ; 7 hommes à abattre). La séquence très étirée de la recherche en ville de Rem par 'le tueur aux éperons bruyants' est typique de la tendance du cinéaste à vouloir prendre la pose, ces quelques affèteries étant heureusement gommées par le fabuleux travail du chef-opérateur. La volonté de n’éclairer qu’un minimum les séquences nocturnes donne aussi une touche de réalisme supplémentaire, ce qui change des nuits américaines qui ont souvent très mal vieillies. Plastiquement, ce film à très petit budget se révèle donc très beau d’autant que les paysages et les décors de la ville sont assez inhabituels (où pour être plus juste filmés sous des angles assez nouveaux avec nombreuses plongées et contre-plongées) ; il suffit de voir la traversée d’un champs de fleurs par un cavalier, l'arrivée de Rem dans la ville par les collines surplombantes ou la vue plongeante à l’intérieur du saloon pour s’en convaincre.


Image


Beauté de la photographie, ampleur de la musique, efficacité de la mise en scène, rigueur de l’écriture, etc., le tout au service d’une brochette de personnages pour certains fortement attachants ou au contraire effrayants. Parmi ces derniers un Robert J. Wilke que nous sommes contents de retrouver dans un rôle plus étoffé qu’à l’accoutumé mais surtout Michael Emmet (acteur de télévision dans un de ses uniques rôles pour le cinéma) dans la peau du tueur à gages, ami de celui qu’il doit abattre. Son rictus, ses mimiques, sa démarche et ses gestes font de son personnage un ‘Bad Guy’ assez mémorable. Don Megowan et James Arness, deux géants d’Hollywood par la carrure et la taille, nous offrent un combat à poings nus très brutal et sèchement teigneux, mais n’en délivrent pas moins des interprétations convenables tout comme Angie Dickinson dans un de ses premiers rôles d’importance (à noter que les auteurs n’ont pour une fois pas misés sur sa plastique puisque ses jambes seront constamment couvertes). Restent les deux personnages les plus sympathiques du film, à savoir le shérif placide et son adjoint naïf, respectivement interprétés par Emile Meyer et Harry Carey Jr. Les relations qui les unissent sont assez originales, le vieil homme couvant son adjoint comme s’il s’était agi de son fils, lui demandant d’aller pêcher pour l’éloigner de la ville lorsqu’il sent que le coin va devenir dangereux. Que ce soit pour ces deux hommes de loi ou pour le personnage joué par James Arness, la dernière séquence va d’ailleurs à l’encontre de ce que l’on pouvait attendre d'eux, finissant de faire de Gun the Man down une jolie surprise, finalement beaucoup moins sombre et violente qu'on aurait pu l'imaginer au départ au vu de son sujet, même si les morts seront nombreux comparativement au nombre de personnages mis en scène.


Image


Le faible budget du film semble avoir stimulé l’imagination du réalisateur qui ne retrouvera peut-être jamais ce niveau par la suite. Une modeste mais sympathique réussite sans beaucoup d’action mais avec suffisamment de tension et de suspense pour nous tenir en haleine jusqu’au bout. Pour l’anecdote et pour en revenir à l’acteur principal du film, grâce à sa rencontre avec John Wayne, James Arness (le frère aîné de Peter Graves) trouvera le rôle de sa carrière ; ce sera Matt Dillon, le Marshall de Gunsmoke dans la série westernienne homonyme, la plus longue qui ait jamais été produite, ayant perdurée 20 ans au travers de plus de 600 épisodes.

Chip
Electro
Messages : 778
Inscription : 22 oct. 08, 10:26

Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Chip » 12 mai 13, 08:38

Vu en VO s/t . Mc Laglen ne fera jamais mieux par la suite, c'est son meilleur film, il faut peut-être en attribuer le mérite au scénario de Burt Kennedy et à l'utilisation adéquate de second couteaux comme Don Megowan, Robert Wilke, Emile Meyer, Harry Carey,jr., et le peu connu Michael Emmet . Le choix de James Arness pour le rôle principal est plus discutable.

Avatar de l’utilisateur
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Messages : 87850
Inscription : 12 avr. 03, 22:22
Localisation : Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 12 mai 13, 08:42

Chip a écrit :Vu en VO s/t . Mc Laglen ne fera jamais mieux par la suite, c'est son meilleur film, il faut peut-être en attribuer le mérite au scénario de Burt Kennedy et à l'utilisation adéquate de second couteaux comme Don Megowan, Robert Wilke, Emile Meyer, Harry Carey,jr., et le peu connu Michael Emmet . Le choix de James Arness pour le rôle principal est plus discutable.



Sans aller encore plus loin (je leur redonnerais tous une seconde chance), je pense aussi qu'il s'agit de son meilleur film parmi ceux que j'ai pu voir. Et oui dommage que Michael Emmet n'ait pas plus joué au cinéma ; une bonne gueule de tueur sadique.