Le Western américain : Parcours chronologique III 1955-1959

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 11 févr. 14, 17:05

Commissaire Juve a écrit :
Yeah ! Rien que pour la chanson du générique...



Et un Ford injustement mésestimé selon moi

homerwell
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar homerwell » 11 févr. 14, 17:14

Alors je le surestime...

Le seul où Ford filme la guerre de sécession avec aussi la partie tournée pour La Conquête de l'Ouest.

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 11 févr. 14, 17:44

Attention, je ne disais pas sous-estimé (qui ne veut pas dire grand chose, tout comme surestimé, ces notions étant totalement subjectives) mais mésestimé, moyennement apprécié en sorte. J'ai au contraire beaucoup d'affection pour ce Ford à venir.

homerwell
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar homerwell » 11 févr. 14, 17:47

Ce n'était que pour faire mon cinéphile de pacotille, j'adore ce Ford que je rattache en plus à une mémorable soirée télé avec mon Grand Père.

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Supfiction
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Re: Westbound

Messagepar Supfiction » 12 févr. 14, 22:43

Jeremy Fox a écrit :
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Le Courrier de l'or (Westbound - 1959) de Budd Boetticher
WARNER



Avec Randolph Scott, Virginia Mayo, Karen Steele, Michael Dante, Andrew Duggan
Scénario : Berne Giler
Musique : David Buttolph
Photographie : J. Peverell Marley (Warnercolor 1.85)
Un film produit par Henry Blanke pour la Warner


Sortie USA : 25 avril 1959


1864, en pleine Guerre de Sécession. Le Capitaine John Hayes (Randolph Scott), officier nordiste, se voit détaché de l'armée avec pour mission de reprendre son poste en tant que patron d'un réseau de diligence dans le Colorado, état non encore engagé dans le conflit mais acquis à la cause sudiste. Il devra s'assurer de la bonne marche des relais puisque les 'voitures' seront chargées d'or devant être acheminé jusque dans le camp de l'Union. Comprenant qu’il est le seul capable de mettre sur pied une telle organisation, il se rend dans sa petite ville de Julesburg où il compte établir son quartier général. Seulement, il ne reste rien de la compagnie Overland qu’il avait mis sur pied avant la Guerre Civile, son associé Clay Putnam (Andrew Duggan) ayant tout revendu. Confédéré dans l’âme, ce dernier ne compte surtout pas aider Hayes dans sa nouvelle mission pour renflouer les caisses de l’ennemi. Il a d’ailleurs désormais un autre motif de conflit avec son ex-collaborateur puisqu’il a épousé Norma (Virginia Mayo), anciennement fiancée à John avant que ce dernier ne devienne soldat. Quoiqu’il en soit, John ne pense désormais qu’à relancer le réseau de diligence et construit des relais un peu partout. Il fait diriger l’un d’entre eux par Rod Miller (Michael Dante), un soldat manchot qu’il a rencontré durant son voyage de retour et duquel il s’est pris d’amitié. Rod, ne pouvant plus s'occuper de tout avec un seul bras, sera secondé par sa jeune épouse, Jeannie (Karen Steele). Toute cette organisation ne se fera pas sans mal, les confédérés, avec à leur tête Clay Putnam (Andrew Duggan) et son inquiétant tueur à gages Mace (Michael Pate), faisant tout pour leur mettre des bâtons dans les roues...


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"In 1864 the War Between the States was at a stalemate. Gold, the lifeblood of both armies was running dangerously low: gold to buy guns, ammunition and equipment. For the North it meant increasing the flow of bullion from California, across three thousand miles of hazardous country . . . . For the South it meant stopping these gold shipments at all costs. Victory hung in the balance" voit-on défiler au générique de ce sixième western de l’association entre Randolph Scott et Budd Boeticher. Le postulat historique de départ est donc assez intéressant : alors que le Nord a besoin d’or pour continuer à se fournir en armes, munitions et équipements divers, le Sud doit au contraire empêcher les cargaisons d’arriver à destination afin que le camp ennemi ne soit pas suréquipé face aux Confédérés qui commencent à être sacrément démunis. L’or provenant de Californie, son parcours pour arriver jusqu’aux Yankees devant passer à travers des états du Sud, son acheminement et son convoyage jusqu’à destination vont s’avérer plein de dangers ; en effet les Sudistes vont mettre tout en œuvre pour saboter la compagnie de diligence mise en place à cet effet ; ils vont incendier les différents relais, voler les chevaux, attaquer les voitures… Tout celà s'annonçait sacrément trépidant et effectivement le spectateur en aura eu pour son argent niveau action. Ceci étant, Sudistes contre Nordistes dans un État pas encore engagé dans la Guerre Civile, mise en place d’une ligne de diligence… rien de très novateur ni de très original mais, contrairement à ce qu’on a souvent dit, un scénario parfaitement bien agencé et efficacement écrit, réussissant en seulement 66 minutes à faire vivre tout un panel de personnages assez denses.


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Car Le Courrier de l’or est loin d’être un mauvais film même si Budd Boetticher lui-même n’en était pas très satisfait, loin de là même, parlant à son propos de désastre ! "As far as my films with Randolph Scott are concerned, I have never included Westbound, which in my opinion could have continued right on into the Pacific Ocean. Westbound was a mission of rescue, nothing more. It wasn't until after the third picture with Randy that I was told he had one more contractual obligation at Warner Brothers, and I considered that a disaster” écrira t’il. Effectivement Le Courrier de l'or ne fait pas partie du cycle Ranow financé par Harry Joe Brown pour la Columbia mais a été produit pour la Warner qui, comme je l’ai déjà répété à maintes reprises, aussi génial le studio fût, aura néanmoins été le vilain petit canard dans le domaine du western (à quelques exceptions près bien évidemment, à commencer par les célébrissimes The Searchers – La Prisonnière du désert de John Ford ou Rio Bravo de Howard Hawks). "Vous n'aimez pas Westbound à cause du script" disait le cinéaste à Bertrand Tavernier (entretien repris dans le superbe pavé de ce dernier, le passionnant ‘Amis américains’) ? "Moi non plus. Ce n'était pas un bon scénario, un des rares qui n'ait pas été écrit par Burt Kennedy. Mais j'avais un contrat avec la Warner et je devais faire ce film pour pouvoir faire Legs Diamond. Michael Pate était bien, mais il ne pouvait être comparé à Lee Marvin, Richard Boone ou Claude Akins". Burt Kennedy fût certes le complice idéal de Boetticher, mais il ne faudrait pas non plus oublier aussi vite que Charles Lang ou Louis Stevens lui écrivirent des scénarios tout aussi aboutis, celui absolument génial de Decision at Sundown (Le vengeur agit au crépuscule) pour le premier ainsi que du Traitre du Texas (Horizons West) pour le second.


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Ce n'est donc pas l'absence de Burt Kennedy qui devrait pousser le travail de Berne Giler à être voué aux gémonies. Il avait déjà quelques années auparavant écrit celui de l’intéressant Showdown at Abilene (Les Dernières heures d’un bandit) de Charles Haas avec Jock Mahoney, avant de faire se dérouler le reste de sa carrière quasi-exclusivement pour la petite lucarne. Le fait d’arriver à nous tenir en haleine sans aucun coups de mou et de réussir à brosser le portrait de plus de cinq personnages intéressants en moins de 70 minutes me prouve que le script qu’il écrivit pour Westbound est loin d’être médiocre. Randolph Scott, avec sa classe habituelle et son charisme coutumier, incarne un officier de cavalerie à qui l’on demande de reprendre son métier civil afin de remettre en route une ligne de diligence destinée à acheminer de l’or aux troupes Nordistes. D’abord réticent, il s’acquitte de sa mission, comprenant qu’il aiderait mieux son camp de la sorte qu’en se trouvant au milieu des combats. Homme droit, loyal et profondément humain, John Hayes est un personnage bien plus monolithique et donc bien moins ambigu que les autres protagonistes interprétés par le comédien pour le cinéaste au sein des cinq westerns ayant précédés ; c’est une des probables raisons pour laquelle le scénario a été critiqué en comparaison de ceux de Charles Lang ou Burt Kennedy. Ce n’est franchement pas vraiment dérangeant ici, n’étant pas désagréable de temps en temps de tomber sur un héros pur et dur, d’autant que
Randolph Scott est toujours très à l'aise dans la peau de personnages de ce style. Laconique, peu avare de punchlines bien senties, habile au maniement des armes (sa façon de recharger un fusil d’une main est jubilatoire)


Je crois que lorsque l'on tente de se rappeler ce film, c'est bien la première image qui revient : le gars qui recharge son fusil d'une main. C'est le genre de petits détails qui marquent et font les bons films (ou en tous cas les bons souvenirs).

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 13 févr. 14, 15:29

Il va falloir que je prenne le BR de Les Cavaliers car le DVD est l'un des pires que j'au pu voir jusqu'ici provenant d'un Major. Flou, terne et mal compressé tout du long. Ca n'aide pas à mieux apprécier le film.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Rick Blaine » 13 févr. 14, 15:58

Jeremy Fox a écrit :Il va falloir que je prenne le BR de Les Cavaliers car le DVD est l'un des pires que j'au pu voir jusqu'ici provenant d'un Major. Flou, terne et mal compressé tout du long. Ca n'aide pas à mieux apprécier le film.


Moi qui pensais déterrer ce DVD que j'ai depuis des années à l'occasion de ton papier pour le découvrir. Je vais peut-être migrer aussi du coup, histoire de ne pas avoir une mauvaise première impression. :?:

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Messagepar Jeremy Fox » 13 févr. 14, 16:41

A venir

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar onvaalapub » 13 févr. 14, 18:20

Jeremy Fox a écrit :
Rick Blaine a écrit :
Jeremy Fox a écrit :Il va falloir que je prenne le BR de Les Cavaliers car le DVD est l'un des pires que j'au pu voir jusqu'ici provenant d'un Major. Flou, terne et mal compressé tout du long. Ca n'aide pas à mieux apprécier le film.


Moi qui pensais déterrer ce DVD que j'ai depuis des années à l'occasion de ton papier pour le découvrir. Je vais peut-être migrer aussi du coup, histoire de ne pas avoir une mauvaise première impression. :?:



Oui franchement, mieux vaut éviter le zone 2 MGM

Effectivement il n'y a pas photo. Et pourtant le BR n'est pas parfait, c'est dire le niveau du DVD...
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The Horse Soldiers

Messagepar Jeremy Fox » 16 févr. 14, 07:26

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Les Cavaliers (The Horse Soldiers - 1959) de John Ford
UNITED ARTISTS



Avec John Wayne, William Holden, Constance Towers, Judson Pratt, Hoot Gibson, Ken Curtis
Scénario : John Lee Mahin & Martin Rackin
Musique : David Buttolph
Photographie : William H. Clothier (DeLuxe 1.66)
Un film produit par John Lee Mahin & Martin Rackin pour la United Artists


Sortie USA : 23 juin 1959


1863. La Guerre de Sécession fait rage et les Sudistes commencent à flancher. Sous le commandement du colonel John Marlowe (John Wayne), un détachement de cavalerie Nordiste est chargé de désorganiser davantage encore la partie adverse en coupant leurs lignes de ravitaillement. La troupe se lance donc dans un long périple en territoire ennemi, sabotant les voies ferrées, brûlant les dépôts de munition… Durant cette dangereuse excursion jusqu’à Newton Station (bourgade qui est en réalité un dépôt de vivres et d'armes indispensable aux troupes Sudistes), Marlowe s’oppose sans cesse au médecin militaire, le Major Kendall (William Holden), ce dernier ayant l'impression de donner de la chair à canons au premier en soignant les blessés. Ils atteignent bientôt le domaine de Glenbriar qui appartient à une aristocrate Sudiste, Hannah Hunter (Constance Towers). La jeune femme les reçoit avec tous les égards pour mieux pouvoir les espionner. Ayant été prise la main dans le sac, elle est contrainte de prendre part à l’expédition afin de ne pouvoir nuire au succès de la mission de Marlowe. Après une marche forcée semée d’embûches, la troupe arrive à destination ; mais les partisans Sudistes ayant été prévenus, ils ne tardent pas eux aussi à faire leur entrée afin de les en déloger ; au grand dam de Marlowe qui ne souhaitait pas de bain de sang, les confédérés sont massacrés en pleine ville. La cavalerie, après avoir brulé vivres et armements, continue son avancée encore plus au Sud, cette fois avec les troupes de Lee à leurs trousses…


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Nous n’avions plus croisé John Ford dirigeant un western depuis La Prisonnière du désert (The Searchers). Il est clair que si les fans du cinéaste s’attendaient à une œuvre de même qualité, ils ont dû vite déchanter. Cependant, même s’il s’agit d’un des films les plus mal aimés de la filmographie de John Ford, Les Cavaliers ne méritait pas autant de sévérité de part et d’autre, car, même si esthétiquement et dans le domaine de l’écriture, il est évident que nous n’atteignons jamais les sommets fordiens, le scénario demeure assez captivant, jamais manichéen, dénonçant avec une belle puissance la folie meurtrière de cette guerre de Sécession qui se révèle être à plusieurs reprises une véritable boucherie. Outre le conflit Nord/Sud, il est aussi question ici de conflits humains entre le médecin désintéressé et soucieux de préserver les vies et l’officier envoyant ces mêmes vies sauvées au massacre, essayant cependant d'éviter cette extrémité dans la mesure du possible, tous deux efficacement interprétés par William Holden et un John Wayne en grande forme. Quant au personnage féminin assez ambigu interprété par Constance Towers, il vient mettre du sel supplémentaire dans les relations déjà conflictuelles entre les deux hommes. Tiraillé entre deux clans, le grand réalisateur ne tombe pas dans le piège de la simplicité et, tout en restant fidèle à l’Union, loue le panache et le courage des gens du Sud. Si la mise en scène peut sembler parfois paresseuse, Ford nous prouve une fois de plus qu’il n’avait pas son pareil pour les séquences d’action toutes aussi brillantes les unes que les autres. Sur une musique martiale et entraînante de David Buttolph, magnifiquement photographié par William Clothier, un Ford certes mineur mais trop injustement boudé.


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Boudé aussi bien par les spectateurs, les admirateurs du cinéaste, les scénaristes-producteurs ainsi que par John Ford lui-même. Il faut dire que le tournage de ce film de commande fut mouvementé et n’aura pas laissé de bons souvenirs à la plupart de ses participants. Pas moins de six sociétés de production injectèrent de l'argent dans ce projet, avec toutes les exigences que cela impliquait et tous les tiraillements qui devaient en découler ; le budget qui avait besoin d’être conséquent fut dévoré pour un tiers par le salaire de ses deux comédiens principaux. Au vu de ces conditions de départ déjà difficiles, John Ford devint rapidement irascible, notamment avec Martin Rackin qu'il ne supportait pas. John Wayne, uniquement préoccupé par la superproduction qu'il s'apprêtait enfin à tourner (Alamo), recommença à boire malgré la promesse contraire faite à son épouse Pilar qui eut alors une crise de démence et tenta de se suicider. William Holden, qui remplaça James Stewart initialement prévu pour tenir le rôle du médecin, ingurgita lui aussi pas mal de boissons sur le plateau et Patrick Ford se cassa la jambe alors qu'il effectuait des repérages. Au lieu de l'enthousiasme qui régnait souvent sur les tournages du célèbre borgne d'Hollywood, c'est l'agacement et la fatigue qui se firent très vite jour. Mais le plus gros drame eut lieu à la fin du tournage ; le cascadeur Fred Kennedy qui doublait alors William Holden, fit une mauvaise chute de cheval qui mit fin à ses jours. Un choc terrible pour le cinéaste qui avait tissé des liens très profonds avec cet homme avec qui il était ami de longue date. Il ne s'en remettra pas et abandonnera en grande partie le tournage : "Duke m’a dit que Ford semblait incapable d’oublier l’accident. Il se rendait responsable de la mort de Kennedy. Il s’est remis à boire et a perdu tout intérêt pour le film." dira Pilar Wayne. L'échec sera également commercial et financier puisqu'il n'obtiendra pas un grand succès en salles, les producteurs n'ayant jamais réussi à rembourser leur mise de départ.


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L’histoire du film s’inspire de celle authentique du Colonel Grierson qui, l’année 1863, alors que la Guerre de Sécession battait son plein, sur les ordres du Général Grant, accomplit un périple de quelques milles kilomètres du Tennessee à la Louisiane dans le but de détruire vivres et matériel devant servir aux confédérés, afin également de détourner leur attention de l'offensive qui se préparait du côté de Vicksburg. Sachant que ce conflit civil fratricide était la période de l’histoire de son pays qui intéressait le plus John Ford (il possédait d’innombrables ouvrages sur le sujet), il est étonnant de constater qu’il ne s'est cinématographiquement occupé du sujet qu’en toute fin de carrière alors même que le western fut son genre de prédilection et qu'il semblait pour tout le monde être l'homme de la situation. Il n'y eut que The Valiant Virginians, projet qui capota, avant que John Lee Mahin et Martin Rackin lui proposent leur propre script. Peu de temps après le début du tournage, John Ford peu satisfait du script dit à John Lee Mahin "Tu sais où nous devrions tourner ce film ? A Lourdes ; il faudra un vrai miracle pour le sauver !" Le résultat est néanmoins loin d'être catastrophique et surtout assez nouveau, encore très peu de films ayant abordés le conflit sur le terrain à l'exception d'un des chefs-d’œuvre de John Huston, La Charge victorieuse (The Red Badge of Courage), les combats étant ici montrés du point de vue d'un simple soldat. Après un prologue mettant en scène la présentation de la mission que les personnages du film auront à accomplir, la première demi-heure pourrait s'apparenter à une comédie truculente, les conflits entre le médecin et le militaire reposant avant tout sur des punchlines bien cinglantes, la longue séquence dans la demeure sudiste étant surtout phagocytée par le cabotinage parfois un peu agaçant de Constance Towers, comédienne encore débutante et pas toujours convaincante, son manque d'expérience la conduisant à en faire souvent trop que ce soit dans la comédie ou le drame. Une scène néanmoins parfaitement bien rythmée et jamais ennuyeuse, permettant avec une certaine légèreté d'apprendre à connaître les principaux protagonistes.


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Une fois découvert le pot aux roses, l'aristocrate ayant essayée de soutirer des informations à ses hôtes pour aller en avertir les sudistes haut placés, le film bifurque vers plus de noirceur et de drame puisque, en s'avançant plus avant derrière les lignes ennemies, le détachement va devoir faire face à de nombreuses embûches. Par petites touches successives, les auteurs nous font alors entrer de plein pied dans la situation dramatique dans laquelle se trouvait alors le pays. Nous assisterons à la description du dénuement et de la colère de la communauté noire avec la scène de l'accouchement, nous découvrirons des facettes très sympathiques du pourtant austère Colonel Marlowe, le voyant rabrouer et mépriser des Sudistes trahissant sans scrupules leur camp et leur cause, réconfortant des ennemis à l'agonie, refusant de tirer sur l'escadrille des cadets, préférant prendre la fuite plutôt que de les massacrer (splendide séquence, sachant que dans la réalité les officiers nordistes n'eurent pas tant de pitié, décimant jusqu'au dernier ces jeunes gens dont le plus âgé avait 16 ans !), nous assisterons au geste de bravoure désespéré des soldats confédérés lors de la bataille se déroulant dans la rue principale de Newton Station, ramassant à tour de rôle leur drapeau tombé à terre dès que celui qui le portait se fait tuer (autre séquence d'anthologie), nous serons témoin de la galanterie et du respect qui pouvait exister entre les officiers des deux camps pour mieux nous faire comprendre la folie meurtrière d'un conflit civil qui oppose des hommes ayant été 'frères' encore peu de temps auparavant... En évoquant tous ces fabuleux instants, on imagine aisément le niveau qu'aurait pu atteindre The Horse Soldiers si John Ford s'était senti plus concerné par son film qui demeure bien inégal malgré tout, ne retrouvant presque jamais la puissance d'évocation, la générosité et la poésie de ses plus grandes réussites. Ceci est très certainement dû à tous les problèmes qui eurent lieu durant le tournage ; quasiment tout le monde s'accorde à le dire et je vais aussi dans ce sens.


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Malgré tout, il serait vraiment dommage de s'en priver pour toutes les raisons déjà évoquées : un duo William Holden/John Wayne parfaitement bien rôdé même si un peu mécanique, une période de l'histoire rarement évoquée de la sorte, des morceaux de bravoure qui prouvent que le cinéaste était loin d'avoir abandonné toute velléité de bien faire, la présence de sa générosité et de sa tendresse habituelles envers ses personnages y compris les moins importants (voir la séquence au cours de laquelle la mère retient de force son tout jeune fils qu'elle ne veut pas voir partir à la guerre), une magnifique photographie et un David Buttolph qui, après Westbound (Le courrier de l'or) de Budd Boetticher, nous faisait plaisir après nous avoir si souvent cassé les oreilles les années précédentes. Et puis les fans du Duke auront une nouvelle fois l'occasion de se régaler et d'admirer son talent dramatique, son Marlowe ne déméritant pas aux côtés de ses plus beaux rôles. Un personnage d'officier bien plus complexe qu'on aurait pu le penser d'emblée : un homme raide et bourru mais non dénué de générosité, un soldat déterminé à réussir sa mission en faisant le moins de casse possible parmi ses homme, respectueux envers ses ennemis, un officier issu de basse souche, traumatisé par la mort de sa femme ayant eu lieu suite au mauvais pronostic d'un docteur (ce qui expliquera sa haine envers le personnage de médecin insubordonné joué par William Holden, qui ira cependant en s'atténuant tout du long jusqu'à esquisser un début d'amitié). Un protagoniste tout sauf manichéen qui vivra une discrète romance, ce qui donnera l'opportunité à John Ford de nous faire une nouvelle démonstration de la tendresse et de la pudeur de ses scènes d'amour, terminant son film non pas sur le morceau de bravoure attendu (pour cause de budget déjà totalement dépensé) mais sur une succession de gestes et de regards qui en disent long sur les sentiments éprouvés entre le couple qui vient de se former en toute fin de film. Un pur moment de grâce comme John Ford en avait le secret que ces adieux des deux futurs amants, clôturant ce western de la plus belle des manières.


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Je laisse la conclusion à Jean-Louis Rieupeyrout qui, dans son indispensable et indémodable ‘La grand histoire du western’ écrivait ceci qui me convient assez bien "Les cavaliers furent estimés bien en dessous de leur réel intérêt. Le schématisme habituel des sujets proposés par James Warner Bellah, laisse place ici à une étude plus poussée de l’homme sous l’uniforme, de son comportement et de ses pensées en raison de ses origines sociales, de l’estimation de son rôle de combattant dans le cruel exercice d’une guerre fratricide. Des hommes se rencontrent, vivent ou meurent côte à côte, s’opposent ou se rejoignent, s’évaluent pour se détester ou se comprendre à l’occasion d’un conflit qui engage leur existence et celle de leur nation… A travers l’anecdote s’esquisse un portrait du Sud, peint de touches brèves, souvent évanescentes, dont l’ensemble exprime l’opinion de Ford sur une manière de penser et de vivre concernant une société. Il porte sur elle une lucidité égale à celui porté sur les pionniers de la vallée du Mohawk, les occupants de la diligence, les fermiers du désert ou le monde clos des Buffalos Soldiers". Même s’il est donc loin selon moi d’atteindre des sommets, encore un western plein d'humanité à réévaluer, bien plus sombre, nuancé et mélancolique que l'on pouvait le penser au vue des premières séquences : une belle leçon sur l'absurdité et la violence de ce conflit meurtrier que fut la Guerre de Sécession. Pour finir, je vous invite instamment à aller lire le papier splendide et passionné que Julien Léonard a écrit pour le site.

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The Legend of Tom Dooley

Messagepar Jeremy Fox » 18 févr. 14, 09:18

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Fais ta prière… Tom Dooley (The Legend of Tom Dooley - 1959) de Ted Post
COLUMBIA



Avec Michael Landon, Jo Morrow, Jack Hogan, Richard Rust, Ken Lynch
Scénario : Stanley Shpetner
Musique : Ronald Stein
Photographie : Gilbert Warrenton (Noir et blanc 1.85)
Un film produit par Stanley Shpetner pour la Columbia


Sortie USA : Juillet 1959


Alors aux abois, la mission des petits groupes disséminés de confédérés est désormais de déstabiliser au maximum l’ennemi en empêchant ravitaillement et armes d’arriver à destination. C’est ainsi que trois jeunes soldats Sudistes, Tom Dooley (Michael Landon), Abel (Dee Pollock) et Country Boy (Richard Rust) attaquent une diligence conduite par des soldats unionistes ; ils sont malheureusement obligés de tuer les convoyeurs nordistes qui tentaient de se défendre. Tout ceci n’aurait été qu'un banal fait de guerre de plus si celui ci avait été commis avant la reddition du Sud. Hélas, n'ayant pas eu vent de la fin des hostilités, Tom Dooley et ses compagnons deviennent dès lors des assassins. Pas de chance pour Tom, l’un des passagers civils témoin de l’attaque l’a reconnu. Après avoir fait soigner Abel, blessé lors de l’escarmouche, Tom, en essayant de fuir pour échapper à la potence, entraine dans son escapade la fille dont il est tombé amoureux et qu’il était venu chercher, la jolie Laura Foster (Jo Morrow), courtisée dans le même temps par le déplaisant Charlie Grayson (Jack Hogan). Militaires et civils n’auront désormais de cesse que de vouloir appréhender les trois meurtriers malgré eux, Charlie Grayson étant le plus acharné, espérant ainsi se débarrasser de son rival en amour. Comme le prévient la chanson dès le générique de début, l'aventure prendra une tournure tragique…


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The Legend of Tom Dooley est le deuxième film réalisé par Ted Post, le premier étant The Peacemaker, petit western de série datant de 1956. Il faudra attendre une petite dizaine d’années avant qu’il ne signe un troisième long métrage, à nouveau un western cette fois bien plus connu, Pendez-les haut et court (Hang’em High), qui marquait le retour de Clint Eastwood à Hollywood après son succès mondial dans le rôle de l’homme sans nom de la trilogie des dollars de Sergio Leone. Ted Post mettra également en scène plusieurs épisodes de la série Rawhide avec le même Eastwood, et sa carrière continuera à se dérouler principalement à la télévision (Gunsmoke, Wagon train…). Si l’on a pu entendre parler de Fais ta prière Tom Dooley, c’est surtout pour la ballade qui l’accompagne, chanson traditionnelle de Caroline du Nord popularisée par le Kingston Trio et qui fut dans cette version un énorme succès aux États-Unis en 1958, récoltant même un Grammy Awards. Le projet du film s’est d’ailleurs monté autour de cette chanson, les producteurs espérant tirer partie de sa popularité. Inspiré de cet immense tube folk qui rythme d’ailleurs le film, le western de Ted Post raconte les dernières heures d’un jeune soldat confédéré qui, n’ayant pas appris à temps la fin de la Guerre Civile, est devenu un assassin alors qu’il pensait avoir accompli un simple fait de guerre. Ayant tué trois soldats Nordistes alors que le conflit avait pris fin, il se retrouve du jour au lendemain poursuivi pour être pendu sachant pertinemment qu’il ne sera écouté et cru par personne, que sa sincérité et sa bonne foi seront occultées ; comme nous l’apprennent les paroles de la chanson qui résonne dès le générique de début, sa fin ainsi que celle de sa fiancée seront tragiques.


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"Hang down your head Tom Dooley,
hang down your head and cry,
Hang down your head, Tom Dooley
Poor boy, you're bound to die"


On devine donc dès le départ comment toute cette histoire se terminera, l’on imagine parfaitement le destin morbide qui attend la plupart de ses protagonistes ; malgré tout, on suit le film sans ennui car le producteur/scénariste ne dévie pas d’un iota de son fil rouge basique, posant son intrigue sur des traces bien profondes sans jamais digresser, un peu comme l’avait fait, toutes proportions gardées, Anthony Mann pour La Porte du diable (Deevil’s Doorway) : une ligne de fuite toute droite et aucun débordement. Trois 'rebelles' recherchés par les autorités civiles et militaires, un homme jaloux, lui aussi prêt à tout pour arrêter les ‘hors-la-loi’ afin de faire place nette, une femme amoureuse bravant son père pour suivre son amant. Voilà les seuls éléments sur lesquels repose toute l'intrigue du film ; Stanley Shpetner a voulu faire simple, ne semble pas avoir voulu se soucier de psychologie mais s’attarder au contraire sur les faits, rien que les faits et l’inéluctable et sombre drame qui se met en place : poursuite, partie de cache-cache, arrestation, évasion, poursuite, arrestation... Et l’ensemble se révèle loin d’être désagréable. Il s’agit d’un très faible budget de la Columbia qui profite des décors créés pour ses séries, qui ne s’encombre pas de figuration et qui convoque des comédiens très peu connus pour un tournage qui aura à peine duré plus d’une semaine.


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L’interprète du personnage-titre, ce sera peu de temps après "Little Jo" Cartwright dans Bonanza ainsi et surtout Charles Ingalls, le père dans La Petite maison dans la prairie. Sa carrière cinématographique n’est en revanche pas très prestigieuse, le seul film dans lequel vous l'avez peut-être vu étant Le Petit arpent du bon dieu (God’s Little Acre) d’après Erskine Caldwell et adapté par Anthony Mann, le cinéaste n'en ayant d'ailleurs pas fait l’un des sommets de sa carrière. Encore tout jeune, Michael Landon est, malgré un physique assez fade, plutôt convaincant, et le couple qu’il forme avec la blonde Jo Morrow s’avère assez crédible : la séquence de leur mariage précipité est d’ailleurs assez touchante, le couple en fuite devant aller très vite avant qu'il ne soit rattrapé, s’arrêtant chez le premier pasteur qu’il rencontre. Ce dernier, défroqué, demande à son fils d’être le témoin ; à ce moment nous voyons s’avancer un jeune homme manchot portant une tenue yankee. Ce dernier accepte de rester pendant la cérémonie qui ne dure que quelques secondes mais leur demande de quitter immédiatement les lieux après ça, n’ayant toujours pas digéré le conflit civil qui vient de se terminer et qui l'a privé d’un de ses bras, éprouvant toujours de la rancune envers les confédérés, le jeune marié portant d’ailleurs toujours l’uniforme gris. Il aura fallu attendre cette toute fin de décennie pour qu’Hollywood mette autant en avant dans ses westerns les ravages physiques et psychologiques issus de la Guerre de Sécession : en quelques semaines nous aurons donc vu ce minuscule second rôle pourtant assez marquant au sein du film, un autre Nordiste ayant perdu un bras comme protagoniste principal cette fois dans Le Courrier de l’or (Westbound) de Budd Boetticher, ainsi que toute une galerie de personnages qui subissent la violence du conflit dans Les Cavaliers (The Horse Soldiers) de John Ford.


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Pour en revenir aux acteurs, nous trouvons aussi Richard Rust, très bon lui aussi dans la peau de l'ami fidèle de Tom (une amitié très forte que cele décrite ici) et qui prouvera à nouveau ses qualités de comédiens les années suivantes chez Budd Boeticher (Comanche Station) ou Samuel Fuller (Les Bas-fonds new-yorkais), ainsi que Jack Hogan qui arrive parfaitement à se faire détester et qui lors d’une séquence d’une rare vigueur, se battra à poings nus contre Michael Landon au milieu d’une bâtisse en cendres, les deux hommes se servant de toutes les planches et poutres à leur disposition pour se castagner encore plus fort. Ted Post nous prouvait à cette occasion qu’il pouvait être un réalisateur très efficace, nous faisant oublier par son modeste talent le budget ridicule du film. Les autres séquences d’action sont rares mais toutes aussi réussies, à commencer par l’attaque de la diligence qui ouvre le film ; le noir et blanc colle parfaitement bien à l’atmosphère sombre de ce western et la mélodie de la ballade est entêtante même si pas toujours utilisée à bon escient, le reste de la musique n’étant guère mémorable à tel point que le réalisateur choisit à de nombreuses reprises de ne pas en mettre du tout, notamment lors des scènes de chevauchées, ce qui rend ses dernières finalement peut-être plus puissantes.


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Un western tourné sans grands moyens mais que le réalisateur et les comédiens arrivent à nous rendre presque constamment captivant. Attention, rien d’inoubliable ni de mémorable non plus mais une plutôt jolie surprise, assez touchante par le fait de nous proposer une galerie de personnages qui s’entêtent à lutter devant contre un destin que l’on sait funeste puisqu’annoncé d’emblée. Plaisant et surtout loin d'être aussi mauvais que les User Reviews d'IMDB laissaient à penser !

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Jeremy Fox
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Day of the Outlaw

Messagepar Jeremy Fox » 19 févr. 14, 10:57

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La Chevauchée des bannis (Day of the Outlaw - 1959) de André de Toth
UNITED ARTISTS



Avec Robert Ryan, Burl Ives, Tina Louise, Alan Marshal, Jack Lambert
Scénario : Philip Yordan
Musique : Alexandre Courage
Photographie : Russell Harlan (Noir et blanc 1.85)
Un film produit par Sidney Harmon pour la United Artists


Sortie USA : Juillet 1959


Blaise Starrett (Robert Ryan) arrive à Bitters, petit village enneigé, perdu au fin fond du Wyoming. C’est un éleveur qui a autrefois 'nettoyé' le coin de la 'racaille' qui l’infestait ; raison de plus pour désormais avoir du mal à supporter que les fermiers récemment installés s’approprient les terres par la mise en place de fils de fer barbelés. Mais ce n’est pas la seule raison de sa forte détermination à lutter contre les fermiers ; en effet, l’un d’entre eux, Hal Crane (Alan Marshal), n’est autre que l’époux de Helen (Tina Louise), la femme avec qui il eut autrefois une liaison et de qui il est toujours fou amoureux. Quoi qu’il en soit, Starrett et Crane en arrivent à se défier à mort mais, alors qu’ils sont sur le point de se battre en duel, font violemment irruption dans la ville sept bandits poursuivis par l’armée et menés par l’inquiétant Jack Bruhn (Burl Ives). Ce dernier est un ancien officier de cavalerie qui vient avec son gang de dévaliser la paie des soldats. Blessé assez gravement, Bruhn espère se faire soigner dans ce coin reculé où il compte passer quelques jours cachés de ceux qui recherchent activement son gang. Une fois que la balle a été extraite avec succès, et bien que très affaibli, il arrive encore à canaliser l’envie de violence de ses hommes envers les habitants du village et notamment les femmes. Quand celles-ci tentent de fuir, Bruhn fait infliger une sévère correction à Starrett qui a finalement décidé de faire front avec les fermiers et de prendre la tête de la 'résistance'. La tension est à son comble à l’occasion d’une soirée organisée par les bandits, qui tentent alors d’abuser des femmes qu’ils ont obligées à venir ; Bruhn intervient quand le bal commence à dégénérer mais Starrett a peur que cela ne se reproduise. Une idée lumineuse lui vient alors à l’esprit : égarer les hors-la-loi en leur faisant miroiter un passage imaginaire dans la montagne par lequel ils pourraient prendre la fuite. La 'chevauchée des bannis' commence...


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"Habituellement les héros de western étaient tellement bons qu’ils pouvaient marcher avec une auréole au-dessus de la tête, ou tellement mauvais que Lucifer aurait pu venir prendre des leçons. J’aimais les gens et j’essayais de montrer de véritables êtres humains. Les personnages de Day of the Outlaw m’étaient très proches, car j’avais commencé à gagner ma vie comme cow-boy. Cette histoire est vraie et j’ai essayé de la rendre aussi réelle que possible" disait le communément nommé 'quatrième borgne de Hollywood' (Fritz Lang, Raoul Walsh et John Ford étant les trois autres) à Bertrand Tavernier lors d’un entretien en 1993 à Lyon et repris dans le livre 'Amis Américains'. Et effectivement, pour atteindre à ce vérisme, que ce soit pour les personnages ou les décors, les situations ou les objets, tous ces derniers sont très éloignés des canons hollywoodiens traditionnels ; même s’il est tout aussi vrai que beaucoup de westerns des années 50 avant lui s’en étaient déjà pas mal éloignés. Dans La Chevauchée des bannis, les protagonistes principaux sont avant tout humains, ni tout blanc ni tout noir ; paradoxalement même, son héros interprété par Robert Ryan n’apparaît pas spécialement sympathique dans l’immédiat alors qu’au contraire une certaine humanité semble poindre à de nombreuses reprises chez Burl Ives. La volonté d’authenticité peut également très vite se vérifier en regardant attentivement les décors qui sont d’une grande austérité : rarement nous n’avions vu jusqu’ici dans les westerns une épicerie ou un saloon aussi pauvres, aussi vides d’objets. Il faut dire que dans des régions aussi reculées, ces échoppes n’étaient quasiment pas achalandés en hiver, ce qui fait que les étagères et les comptoirs ne débordaient pas vraiment, ni de victuailles ni de boissons. Cet ascétisme visuel se retrouve dans les paysages extérieurs recouverts de neige, et au milieu desquels s’élèvent trois ou quatre malheureuses cabanes disséminées ici et là. Pas grand chose pour attirer le regard, aucun 'exotisme' de l’Ouest, un aspect pittoresque totalement absent ; tout est fait pour se concentrer sur les personnages, sur leurs failles et leur psychologie, d’où l’appellation par Bertrand Tavernier de 'western dreyerien'.


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En tout cas ce western d’André De Toth, même s’il a subi un échec financier sévère à l’époque, a depuis largement été vengé par toute une frange de la critique française, dont certaines personnalités en font l’un des plus grands chefs-d’œuvre du genre et le sommet de l’œuvre du cinéaste. Le grand écart est néanmoins un peu excessif car il est exécuté au détriment des autres westerns de sa filmographie qui, pour certains, peuvent prétendre à d’aussi belles dithyrambes ; on pense notamment à certains films nés de son association avec Randolph Scott qui méritent bien mieux que le dédain dans lequel ils sont tenus, y compris dans le livre de Philippe Garnier aussi passionnant soit-il. La Chevauchée des bannis ne devrait donc pas nous faire oublier les excellents Cavalier de la mort (Man in the Saddle), Le Cavalier traqué (Riding Shotgun) et surtout cette petite merveille avec Gary Cooper qu’est le captivant La Mission du Commandant Lex (Springfield Rifle). Il est également permis de lui préférer l’un des plus grands films noirs des années 50, à savoir Chasse au Gang (Crime Wave), sans oublier le splendide La Rivière de nos amours (The Indian Fighter). Tout cela pour dire qu’il serait dommage que cet arbre certes majestueux cache une forêt qui n’est pas avare de beaucoup d’autres !


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Le générique du film débute normalement pour laisser place en son milieu à une conversation à deux entre Starrett et son contremaître qui, en quelques phrases et en un seul plan fixe (sans aucun rapport de gros plans), nous fait comprendre toute la situation. Si les premiers échanges nous font penser que l’histoire sera d’une banalité confondante pour tous les amateurs de westerns - le thème du conflit entre éleveurs avides de grands espaces et fermiers casaniers étant certainement le plus usité du genre -, l’on apprend immédiatement dans la foulée que les barbelés semblent être une mauvaise excuse, le troupeau de Starrett ne passant qu’une fois par an sur ces terres. La rivalité entre les deux clans serait plutôt passionnelle, Starrett voulant impérativement récupérer la femme de l’agriculteur. Et le générique de repartir d’où il s’était arrêté ! Modernité de la mise en scène, convention de l’intrigue, si cela avait été si simple ! Alors que le sujet, les situations et les personnages étaient bien campés, proposant de nous donner un parfait et intelligent résumé du conflit éleveur/fermier qui a été le thème le plus souvent rebattu du genre, à la 18ème minute on tourne la page sans que rien ne se soit résolu et une autre histoire commence ; l’irruption brutale des hors-la-loi lors d’une scène déjà fortement tendue fait bifurquer le film vers une toute autre direction. "Je voulais explorer la bizarre situation suivante : un groupe de hors-la-loi en fuite qui terrorise une petite communauté de l’Ouest, et puis, par un sort de la nature, devient lui-même prisonnier d’un silence blanc au milieu de nulle part" disait le scénariste Philip Yordan. Sa description de cette 'seconde' partie est intrigante, le film le sera désormais tout autant, la tension ne se relâchant à aucun moment.


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Dès lors, nous assistons à une sorte de combat psychologique entre deux comédiens formidables : Robert Ryan (qui a grandement participé à l’écriture du scénario) et Burl Ives, qui interprètent avec une grande sobriété deux personnages difficiles à cerner, d’une richesse et d’une ambiguïté sacrément captivantes. Le premier, de prime abord antipathique, individualiste forcené capable de toutes les bassesses pour remettre la main sur la femme de son ennemi, va petit à petit se rendre compte de l’importance de la communauté. Le second, après avoir commis les pires ignominies (le massacre d’un groupe de Mormons), empêchera jusqu’au bout ses hommes de se livrer au pillage et au massacre du village dans une sorte de volonté finale de rédemption ; mais on n’en dira pas plus de peur d’avoir déjà pas mal dévoilé l’intrigue. Des personnages forts mais une interprétation constamment en demi-teinte, tout comme celle de Tina Louise, 'la femme par qui le scandale arrive' ; elle nous offre peut-être ici son rôle le plus mémorable (même s’il n’a rien à voir avec les photos publicitaires lancées à l’époque pour la sortie du film, qui la montraient avec un décolleté plongeant sur une poitrine généreuse ; des photos que l’on retrouve dans le livre d’accompagnement du DVD). Il faut dire que Russell Harlan la photographie divinement, tirant le maximum de son beau et délicat visage ; elle est tellement bien mise en valeur que l’on comprend pourquoi Robert Ryan tient absolument à la récupérer. Pour la fameuse séquence du bal, André De Toth disait ne pas avoir prévenu l’actrice de ce qui allait lui arriver, ne lui avoir donné aucune indication afin qu’elle soit aussi surprise que le personnage ; et en effet, l’effroi qui se lit sur son visage ne semble pas être feint, ce qui était bien le cas.


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Si la scène de bal s’avère être le climax du film, insoutenable par sa longueur et son extrême tension, par le tournis que nous donne la caméra échevelée avec ses panoramiques à plus de 180°, par l’entêtement de sa ritournelle qu’on voudrait bien voir s’arrêter, par les regards concupiscents des hommes de Bruhn, par la violence qui sourd de ces tourbillons sauvages, d’autres séquences d’une intensité dramatique remarquable peuvent ainsi être taxées d’anthologiques comme cette bagarre à mains nues d’une étonnante dureté - filmée de loin au milieu de la neige avec cet époustouflant gros plan de coupe du coup de poing qui fait s’éjecter de la glace du visage de l’adversaire - ou encore, malgré quelques inserts de transparences qui vont à l’encontre de la recherche à tout prix de l’authenticité, ces vingt dernières minutes au milieu de la nature hostile et meurtrière où les chevaux arrivent péniblement à avancer : rarement nous n’avions ressenti le froid à ce point ! "Je voulais raconter une histoire pleine de tension et de peur au milieu de la neige… Je voulais la dureté contrastée du noir et blanc, pas la joliesse de la pellicule couleur." Bon choix d’André de Toth qui, grâce à la superbe photographie assez dure de Russell Harlan (surtout connu dans le genre pour avoir éclairé les trois premiers westerns de Howard Hawks), renforce ce côté âpre et oppressant souligné aussi par ce thème musical martial, lancinant et menaçant d’Alexander Courage, compositeur surtout connu de nos jours pour avoir écrit le thème principal de la première série Star Trek.


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La dureté provient aussi des bandits eux-mêmes ! Car si les personnages principaux ont eu comme consignes de jouer en demi-teinte, les seconds rôles fortement et volontairement typés s’en sont donnés à cœur joie, De Toth (comme d’ailleurs beaucoup de cinéastes de série B) ayant choisi des trognes patibulaires franchement inquiétantes, celles de Jack Lambert, Paul Wexler, Frank Dekova et Lance Fuller. Vous l’aurez deviné, l’humour est quasiment absent de ce hiératique Day of the Outlaw, plus proche du film noir dans ses thématiques, son ton et son ambiance que du western. Peu de coups de feu mais une menace pesante et permanente, aucun exutoire pour le spectateur qui voudrait bien une bouffée d’air suite au générique de fin, après avoir ressenti une certaine claustrophobie au milieu de cet environnement impitoyable. Le dépouillement et le modernisme de la mise en scène, la rigueur de l’écriture, la perfection de l’interprétation, l’étrangeté des situations font bien de cette sombre et insolite Chevauchée des bannis un western très important. Notons cependant qu’un film de dix ans son aîné lui ressemble étrangement sur de nombreux points, un chef-d’œuvre encore plus puissant et à l’épilogue aussi inattendu (dans le mauvais sens du terme pour beaucoup) : le rude et sublime La Ville abandonnée (Yellow Sky) de William Wellman. Quoiqu'il en soit, une année 1959 qui s'avère formidable dans le domaine du western, probablement la plus riche de l'histoire du genre !

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Re: Day of the Outlaw

Messagepar Jeremy Fox » 19 févr. 14, 11:01

Quoiqu'il en soit, une année 1959 qui s'avère formidable dans le domaine du western, probablement la plus riche de l'histoire du genre !


Et ce n'est pas terminé puisque

A suivre : Le Dernier train de Gun Hill (Last train from Gun Hill) de John Sturges


ce très mal aimé des spécialistes français du genre vient de rejoindre mon Top 30 ; critique dans une semaine environ.

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Julien Léonard
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique III 1955-

Messagepar Julien Léonard » 19 févr. 14, 11:04

Ravi de lire cela, ce western est une perle absolue du genre ! :D Hâte de te lire...
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique III 1955-

Messagepar Jeremy Fox » 19 févr. 14, 11:06

Julien Léonard a écrit :Ravi de lire cela, ce western est une perle absolue du genre ! :D


Nous serons au moins deux :wink:

Je vais d'ailleurs commencer ma chronique par un florilège des avis de quelques 6 ou 7 spécialistes du genre que j'ai lu hier soir : il se fait "casser" par tous :(