Le Western américain : Parcours chronologique III 1955-1959

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Westbound

Messagepar Jeremy Fox » 4 févr. 14, 09:21

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Le Courrier de l'or (Westbound - 1959) de Budd Boetticher
WARNER



Avec Randolph Scott, Virginia Mayo, Karen Steele, Michael Dante, Andrew Duggan
Scénario : Berne Giler
Musique : David Buttolph
Photographie : J. Peverell Marley (Warnercolor 1.85)
Un film produit par Henry Blanke pour la Warner


Sortie USA : 25 avril 1959


1864, en pleine Guerre de Sécession. Le Capitaine John Hayes (Randolph Scott), officier nordiste, se voit détaché de l'armée avec pour mission de reprendre son poste en tant que patron d'un réseau de diligence dans le Colorado, état non encore engagé dans le conflit mais acquis à la cause sudiste. Il devra s'assurer de la bonne marche des relais puisque les 'voitures' seront chargées d'or devant être acheminé jusque dans le camp de l'Union. Comprenant qu’il est le seul capable de mettre sur pied une telle organisation, il se rend dans sa petite ville de Julesburg où il compte établir son quartier général. Seulement, il ne reste rien de la compagnie Overland qu’il avait mis sur pied avant la Guerre Civile, son associé Clay Putnam (Andrew Duggan) ayant tout revendu. Confédéré dans l’âme, ce dernier ne compte surtout pas aider Hayes dans sa nouvelle mission pour renflouer les caisses de l’ennemi. Il a d’ailleurs désormais un autre motif de conflit avec son ex-collaborateur puisqu’il a épousé Norma (Virginia Mayo), anciennement fiancée à John avant que ce dernier ne devienne soldat. Quoiqu’il en soit, John ne pense désormais qu’à relancer le réseau de diligence et construit des relais un peu partout. Il fait diriger l’un d’entre eux par Rod Miller (Michael Dante), un soldat manchot qu’il a rencontré durant son voyage de retour et duquel il s’est pris d’amitié. Rod, ne pouvant plus s'occuper de tout avec un seul bras, sera secondé par sa jeune épouse, Jeannie (Karen Steele). Toute cette organisation ne se fera pas sans mal, les confédérés, avec à leur tête Clay Putnam (Andrew Duggan) et son inquiétant tueur à gages Mace (Michael Pate), faisant tout pour leur mettre des bâtons dans les roues...


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"In 1864 the War Between the States was at a stalemate. Gold, the lifeblood of both armies was running dangerously low: gold to buy guns, ammunition and equipment. For the North it meant increasing the flow of bullion from California, across three thousand miles of hazardous country . . . . For the South it meant stopping these gold shipments at all costs. Victory hung in the balance" voit-on défiler au générique de ce sixième western de l’association entre Randolph Scott et Budd Boeticher. Le postulat historique de départ est donc assez intéressant : alors que le Nord a besoin d’or pour continuer à se fournir en armes, munitions et équipements divers, le Sud doit au contraire empêcher les cargaisons d’arriver à destination afin que le camp ennemi ne soit pas suréquipé face aux Confédérés qui commencent à être sacrément démunis. L’or provenant de Californie, son parcours pour arriver jusqu’aux Yankees devant passer à travers des états du Sud, son acheminement et son convoyage jusqu’à destination vont s’avérer plein de dangers ; en effet les Sudistes vont mettre tout en œuvre pour saboter la compagnie de diligence mise en place à cet effet ; ils vont incendier les différents relais, voler les chevaux, attaquer les voitures… Tout celà s'annonçait sacrément trépidant et effectivement le spectateur en aura eu pour son argent niveau action. Ceci étant, Sudistes contre Nordistes dans un État pas encore engagé dans la Guerre Civile, mise en place d’une ligne de diligence… rien de très novateur ni de très original mais, contrairement à ce qu’on a souvent dit, un scénario parfaitement bien agencé et efficacement écrit, réussissant en seulement 66 minutes à faire vivre tout un panel de personnages assez denses.


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Car Le Courrier de l’or est loin d’être un mauvais film même si Budd Boetticher lui-même n’en était pas très satisfait, loin de là même, parlant à son propos de désastre ! "As far as my films with Randolph Scott are concerned, I have never included Westbound, which in my opinion could have continued right on into the Pacific Ocean. Westbound was a mission of rescue, nothing more. It wasn't until after the third picture with Randy that I was told he had one more contractual obligation at Warner Brothers, and I considered that a disaster” écrira t’il. Effectivement Le Courrier de l'or ne fait pas partie du cycle Ranow financé par Harry Joe Brown pour la Columbia mais a été produit pour la Warner qui, comme je l’ai déjà répété à maintes reprises, aussi génial le studio fût, aura néanmoins été le vilain petit canard dans le domaine du western (à quelques exceptions près bien évidemment, à commencer par les célébrissimes The Searchers – La Prisonnière du désert de John Ford ou Rio Bravo de Howard Hawks). "Vous n'aimez pas Westbound à cause du script" disait le cinéaste à Bertrand Tavernier (entretien repris dans le superbe pavé de ce dernier, le passionnant ‘Amis américains’) ? "Moi non plus. Ce n'était pas un bon scénario, un des rares qui n'ait pas été écrit par Burt Kennedy. Mais j'avais un contrat avec la Warner et je devais faire ce film pour pouvoir faire Legs Diamond. Michael Pate était bien, mais il ne pouvait être comparé à Lee Marvin, Richard Boone ou Claude Akins". Burt Kennedy fût certes le complice idéal de Boetticher, mais il ne faudrait pas non plus oublier aussi vite que Charles Lang ou Louis Stevens lui écrivirent des scénarios tout aussi aboutis, celui absolument génial de Decision at Sundown (Le vengeur agit au crépuscule) pour le premier ainsi que du Traitre du Texas (Horizons West) pour le second.


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Ce n'est donc pas l'absence de Burt Kennedy qui devrait pousser le travail de Berne Giler à être voué aux gémonies. Il avait déjà quelques années auparavant écrit celui de l’intéressant Showdown at Abilene (Les Dernières heures d’un bandit) de Charles Haas avec Jock Mahoney, avant de faire se dérouler le reste de sa carrière quasi-exclusivement pour la petite lucarne. Le fait d’arriver à nous tenir en haleine sans aucun coups de mou et de réussir à brosser le portrait de plus de cinq personnages intéressants en moins de 70 minutes me prouve que le script qu’il écrivit pour Westbound est loin d’être médiocre. Randolph Scott, avec sa classe habituelle et son charisme coutumier, incarne un officier de cavalerie à qui l’on demande de reprendre son métier civil afin de remettre en route une ligne de diligence destinée à acheminer de l’or aux troupes Nordistes. D’abord réticent, il s’acquitte de sa mission, comprenant qu’il aiderait mieux son camp de la sorte qu’en se trouvant au milieu des combats. Homme droit, loyal et profondément humain, John Hayes est un personnage bien plus monolithique et donc bien moins ambigu que les autres protagonistes interprétés par le comédien pour le cinéaste au sein des cinq westerns ayant précédés ; c’est une des probables raisons pour laquelle le scénario a été critiqué en comparaison de ceux de Charles Lang ou Burt Kennedy. Ce n’est franchement pas vraiment dérangeant ici, n’étant pas désagréable de temps en temps de tomber sur un héros pur et dur, d’autant que Randolph Scott est toujours très à l'aise dans la peau de personnages de ce style. Laconique, peu avare de punchlines bien senties, habile au maniement des armes (sa façon de recharger un fusil d’une main est jubilatoire), mais également capable d’affection et de sourires, John Hayes est typique du genre d’homme courageux et intrépide pour lequel les aficionados du genre dès leur plus jeune âge ont dû avoir un jour ou l'autre envie de ressembler. Son amitié pour le manchot et son épouse, ses relations avec son ex-fiancée sont assez touchantes et parfaitement bien décrites, avec toujours des dialogues et réparties qui font mouche par leur concision.

Norma Putnam (Virginia Mayo) : “Why didn't you write to me?”
Capt. John Hayes (Randolph Scott) : “Would it have made any difference?”
Norma Putnam : “Might have”
Capt. John Hayes : “My bad luck”


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Le soldat revenu du front avec un seul bras, c’est Michael Dante, comédien un peu fade mais néanmoins ici assez convaincant. Répétant à maintes reprises qu’il n’est plus qu’un demi-homme, il sera soutenu par son aimante compagne interprétée par la femme du réalisateur à l’époque, déjà à l’affiche du sublime Ride Lonesome (La Chevauchée de la vengeance), la blonde Karen Steele dont la première apparition au milieu de ses champs, labourant la terre et voyant revenir son mari du front est inoubliable. Un couple très attachant en tout cas comme celui constitué par Virginia Mayo et l’excellent Andrew Duggan, comédien déjà à l’affiche de Decision at Sundown. Clay Putnam est le principal ennemi de Hayes ; ancien associé, il ne souhaite plus désormais travailler à ses côtés. Ses sincères penchants politiques l'ayant porté à soutenir la cause des Sudistes, il est non seulement opposé à son ancien 'collègue' du fait de se trouver dans le camp adverse au sein du conflit meurtrier qui se déroule, mais également par le fait d’avoir épousé la femme que Hayes aimait avant de s’enrôler dans l’armée. Putnam est très certainement le personnage le plus riche du film. Non seulement en conflit avec son ex-associé, il s'oppose également à son homme de main à propos des méthodes à employer pour réussir à déstabiliser les transports d’or destinés à l’Union. Il aura d'intenses problèmes de conscience en apprenant qu’il y a eu des morts pour se faire, y compris une mère et sa petite fille, s’enivrera de dépit pour avoir perdu toute dignité, obsédé par le mal qu’il a causé malgré lui, et tentera vainement de s’en expliquer à son épouse qui continue à l’aimer malgré le fait qu’elle soit elle aussi en total désaccord avec la tournure que prennent les choses. Cela donnera lieu à une séquence vraiment très puissante et poignante entre les deux époux qui aura pour conclusion une envie très forte de repentance, à tel point que Clay pourrait y sacrifier sa vie : le fera t’il ou non ? Je ne vais quand même pas éventer toutes les surprises du scénario !


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Virginia Mayo n’a qu’un temps de présence limité à l’écran mais toutes ses séquences sont formidablement réussies. Les deux personnages féminins auront d'ailleurs tous deux été extrêmement intéressants et attachants au sein de ce film d’hommes. Reste Michael Pate qui, à l’instar de Randolph Scott mais dans le camp opposé, se sera vu attribuer un rôle très basique sur le papier mais sacrément réjouissant, celui de Mace, un de ses ‘Bad Guy’ que l’on se plait à haïr. Il tenait déjà un rôle tout à fait similaire, toujours face à Randolph Scott, dans la bon western urbain réalisé par Joseph H. Lewis, Ville sans loi (A Lawless Street). Tout de noir et de cuir vêtu, il est ici aussi inoubliable qu’impitoyable, se fichant comme d’une guigne de la cause défendue par son patron, l’argent étant sa seule motivation au point de n’avoir aucun scrupules à tuer tout ceux qui l'empêcheront d’en amasser encore plus.

Clay Putnam (choqué que ses hommes aient tué une petite fille et sa mère) : “And to think this happened in the name of the Confederacy!”

Mace : “Whether the South wins or loses means nothing to me - never has!”

A part ça concernant le casting, assez peu de seconds rôles à se mettre sous la dent (à l'exception du tenancier du relais anti-unioniste et du pittoresque conducteur de diligence), le réalisateur, comme à son habitude, se contentant de s'appesantir que sur une petite poignée de personnages.


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Sur la forme, le film est tout aussi (voire même bien plus) réjouissant. L’habituellement médiocre David Buttolph signe peut-être son thème le plus entêtant, celui qui revient très régulièrement à chaque fois que l’on assiste à une séquence d'une diligence caracolant et qui rappelle par certains côtés la mélodie guillerette devenue très célèbre de Stagecoach (La Chevauchée fantastique) ; un ton très folâtre qui contraste avec la noirceur de l’ensemble qui arrive surtout à mi-parcours à partir du moment où l’un des personnages principaux se fait tuer (son agonie se déroulant intégralement en hors-champ, ce qui n’est pas banal). J.Peverell Marley nous délivre une photographie magnifique, témoin cette longue séquence au cours de laquelle Randolph Scott et Michael Dante, sous une pluie battante, partent délivrer des chevaux. Quant à la mise en scène de Budd Boetticher, rien à en redire une fois de plus, mais au contraire de multiples raisons de s'extasier devant sa perfection et son évidence ; c’est carré, simple et efficace à l’exemple de la scène de l’attaque de la diligence qui se terminera tragiquement pour ses occupants et qui débutait par un plan de la voiture reprenant la route alors qu’un groupe de cavaliers se détachait d'une façon très menaçante en haut de la colline. Ce qui est encore plus étonnant, c'est que malgré la très courte durée de son western, le réalisateur prend malgré tout son temps pour laisser durer certains plans sans que ça ne casse jamais le rythme de son film, lui donnant au contraire une respiration très agréable : comme pour tous ses films, il n'hésite pas à intégrer des plans assez longs sur des cavaliers chevauchant au sein des magnifiques paysages qu'il a à sa disposition ; et ceci est très plaisant d'autant que sa science du cadrage n'est plus un secret pour personne.


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Pour résumer, même s’il est évident que son scénario est bien plus conventionnel et moins original que ceux que Burt Kennedy et Charles Lang ont écrit à la Columbia, Westbound est pourtant donc très loin d'être un film médiocre comme on l'a souvent qualifié. Au contraire ! Boetticher, en à peine 66 minutes, nous prouve qu'il est toujours au top avec seulement 20 jours de tournage et un ridicule budget d’un demi million de dollars. Ca file à 100 à l'heure sans pourtant oublier la romance, l'humour et la réflexion sur l'éthique et l'honneur. Les personnages sont tous plus ou moins intéressants, que ce soient les protagonistes féminins (Virginia Mayo et surtout Karen Steele, épouse du cinéaste à l'époque, et formidable actrice) ou masculins (notamment Andrew Duggan) et Randolph Scott possède toujours autant de classe. Pas une seconde de répit, des séquences mouvementées particulièrement spectaculaires qui devraient faire rougir beaucoup de cinéastes cantonnés dans le film d'action, d'abruptes éclairs de violence, des décors naturels toujours aussi bien mis en valeur par les cadrages et la photographie, cette attention toute particulière aux chevaux et toujours aussi ce lot de petits détails inhabituels qui renforcent la richesse et le statut unique des westerns de Budd Boetticher. Effectivement mineur au sein de son exceptionnelle filmographie mais un autre exemple de sa redoutable efficacité, de son génie de la concision et, n'ayons pas peur d'être dithyrambique, de son génie tout court. Pour l’anecdote, c’est dans une salle de cinéma diffusant ce western que Jean-Paul Belmondo se rend dans A bout de souffle de Jean-Luc Godard. Il s'agit certes du moins bon Scott/Boetticher ; mais vu les sommets qu'a atteint ce corpus, est-ce que ça veut dire grand chose ?!

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Père Jules
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Père Jules » 4 févr. 14, 09:36

Karen Steele...
Spoiler (cliquez pour afficher)
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:oops:

...inoubliable Mrs. Lane dans Ride Lonesome.

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Jeremy Fox
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Face of a Fugitive

Messagepar Jeremy Fox » 4 févr. 14, 09:51

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Le Salaire de la haine (Face of a Fugitive - 1959) de Paul Wendkos
COLUMBIA


Avec Fred MacMurray, Lin McCarthy, Dorothy Green, Alan Baxter
Scénario : Daniel B. Ullman & David T. Chantler d'après une histoire de Peter Dawson
Musique : Jerry Goldsmith
Photographie : Bud Thackery (Eastman color 1.85)
Un film produit par David Heilweil pour la Morningside Production


Sortie USA : Mai 1959


A bord du train où il est conduit en prison pour purger une lourde peine, le pilleur de banques Jim Larsen (Fred MacMurray) réussit à détourner l’attention du shérif et à se délivrer. Juste au même moment il reçoit l’aide -désormais inutile- de son frère, venu sur place pour le libérer. Résultat malencontreux et tragique, alors que les deux hors-la-loi prennent la fuite, l’homme de loi est abattu par le jeune frère de Larsen qui se retrouve à son tour blessé à mort. Après le décès de son cadet, Jim change d’identité et arrive incognito à Tangle Blue, une petite ville du Wyoming où il apprend qu’il est accusé du meurtre de son ‘geôlier’ et où les autorités attendent pour le lendemain l’avis de recherche avec le portrait du coupable. Le voici prisonnier de cette bourgade aux issues de laquelle le shérif (Lin McCarthy) a placé à chacune des barrages jusqu’au lendemain au cas où le criminel se trouverait au sein de sa cité et qu’il ait l’intention de la quitter. Jim n’a qu’à peine 24 heures pour trouver une solution afin de ne pas se laisser démasquer et appréhender. Entre temps il va tomber sous le charme d’Ellen (Dorothy Green), une jolie veuve qui est aussi la sœur du shérif, et être témoin du conflit opposant ce dernier à un rancher (Alan Baxter) clôturant illégalement les terres publiques qu’il s’approprie. Jim va-t-il réussir à tirer profit de toutes ces situations pour se sortir des griffes de ce piège qui semble inéluctablement se refermer sur lui ?


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Un hors-la-loi qui serait parvenu à se libérer seul et sans dommages collatéraux si son jeune frère n’était pas apparu inopportunément pour lui apporter son aide finalement bien embarrassante. Une évasion à priori aisée mais qui se transforme en tragédie avec pour résultat non seulement pour le bandit la perte de son jeune frère mais aussi le fait qu’il ne soit désormais plus recherché seulement pour hold-up mais également pour un meurtre... qu’il n’a pas commis. Ce fugitif qui va se cacher dans une petite ville en prenant une autre identité que la sienne -identité qu’il s’est forgé en discutant avec une petite fille de six ans dans le train qui l’amenait en ces lieux- et qui va s’engager auprès des forces de l’ordre avec pour mission… de s’appréhender… puisque personne ne connait encore la tête du criminel, l’avis de recherche avec son portrait (Face of a Fugitive) n’étant attendu que pour le lendemain. Ce même bandit qui tombe amoureux de la sœur de l’homme de loi chargé de l'arrêter. Un shérif entêté, tellement rigoureux et intègre qu’il serait prêt à se faire tuer pour faire respecter la loi à la lettre quitte à rendre veuve sa jeune épouse de la veille… A la lecture de ces situations tour à tour tragiques, ironiques ou cocasses, il semble évident que les connaisseurs et les amateurs du genre n’auront aucun mal à affirmer qu’elles ne sont pas banales voire même assez uniques dans les annales du western. Rien que pour cela, le premier western de Paul Wendkos méritait qu’on s’y arrête. Seulement l’originalité de son scénario n’étant pas seule à devoir être louée, le film s’avérant par ailleurs excellent à tous les autres niveaux, il n’y a plus une seconde à perdre pour se précipiter à la découverte de ce western de série jamais sorti en France en salles, véritable petit bijou qu'il est urgent de faire sortir de l'oubli.


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A un peu plus de trente ans, le réalisateur Paul Wendkos a immédiatement été remarqué avec son premier film en 1957, une adaptation de David Goodis par l’auteur lui-même, l’étonnant film noir The Burglar (Le Cambrioleur) avec Dan Duryea et Jayne Mansfield dont François Truffaut s’était amusé à dire en substance qu’il comportait quasiment une idée par plan. Harry Cohn, le tyrannique patron de la Columbia, fut non seulement heureux de distribuer ce film qui lui avait fait grand effet mais offrit de plus un contrat au cinéaste pour la suite. C’est ainsi que Wendkos réalisa pour le studio quelques films criminels et films de guerre avant de se tourner principalement vers le petit écran où il réalisa paraît-il ses meilleures œuvres à côté d’innombrables épisodes de séries telles, pour n’en citer que quelques-unes diffusées avec succès en France, La Grande Vallée, Les Envahisseurs, Les Mystères de l’Ouest ou Hawaii police d’état. Ses films les plus connus dans notre contrée (mais pas forcément les plus intéressants) seront, dans le domaine du western, Les Colts des sept mercenaires (Guns of the Magnificent Seven) et Les Canons de Cordoba (Cannon for Cordoba), ou encore, dans un genre totalement différent, l’intrigant Satan, mon amour (The Mephisto Waltz). Une dizaine d’année auparavant il signait Face of a Fugitive dont il est assez incompréhensible qu’il n’ait même pas eu droit à une notule dans l’indispensable encyclopédie américaine du western de Phil Hardy alors que, même s’il ne saurait être mis au même niveau que les chefs-d’œuvre de l’année 1959 signés Budd Boetticher (Ride Lonesome – La Chevauchée de la vengeance), Howard Hawks (Rio Bravo), Richard Fleischer (These Thousands Hills – Duel dans la boue), John Sturges (Last Train from Gun Hill - Le Dernier train de Gun Hill) ou Andre De Toth (Day of the Outlaws – La Chevauchée des bannis)… n’a pas à rougir de leur proximité.


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Aux dires de Bertrand Tavernier qui l’a autrefois interviewé, au départ Paul Wendkos n’aimait bizarrement pas du tout le scénario de Daniel B. Ullman & David T. Chantler. Il s’agissait de l’adaptation d’une histoire de Peter Dawson, le frère de Luke Short qui était lui même un grand romancier de l’Ouest américain dont les nouvelles aboutirent pour beaucoup à des scénarios de westerns devenus pour certains des classiques tels Ciel Rouge (Blood on the Moon) de Robert Wise, Embuscade (Ambush) de Sam Wood ou encore La Vallée de la Vengeance (Vengeance Valley) de Richard Thorpe. Même si d’emblée Wendkos ne semble y avoir pas cru une seule seconde, paradoxalement le résultat final le satisfit pleinement au point qu’il demeura l’un des films dont il était le plus fier. Après Terre de violence - Good Day for a Hanging de Nathan Juran sorti quelques mois auparavant, le western de Paul Wendkos, à nouveau avec Fred MacMurray en tête d’affiche, est une autre très belle réussite de Morningside, petite boite de production chapeautée par la Columbia, studio qui rappelons le était aussi à l’origine dans ces années-là de la série de films que nous avons déjà tant vanté en ces lieux, celle de l’association Budd Boetticher/ Randolph Scott (la même année, James Coburn que l'on retrouve ici, faisait d'ailleurs ses débuts au cinéma dans le sublime Ride Lonesome). On peut même dire que Face of a Fugitive –nous utiliserons continuellement ce titre au lieu du français qui n’a strictement aucun rapport avec l’histoire qui nous est contée ici- est encore un cran au dessus du film de Juran grâce surtout à une mise en scène bien plus inspirée.


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Et en effet Paul Wendkos nous gratifie d’un formidable travail de réalisation, trouvant toujours les angles et cadrages justes et efficaces (notamment les plans aux endroits où les hommes de loi érigent les ‘barrages’, à priori assez banals mais qui sans pouvoir me l’expliquer davantage m’ont marqué, tout comme celui vu du lieu où se trouve la clôture de barbelés, déclencheur des conflits les plus violents du film), utilisant par deux fois une figure stylistique encore rare à l'époque et sans qu'elle ne fasse ici 'm'as-tu-vu', le zoom, ou encore troussant de remarquables scènes d’action, énergiques et puissantes, comme celle d’une dizaine de minutes qui clôt le film avec panache, les amateurs de scènes mouvementées n’ayant probablement pas regretté à ce moment là ni le déplacement ni le rythme assez lent imposé jusque là. Tournée dans un intrigant décor de ville fantôme balayée par les vents et dans les rues de laquelle la poussière et les Tumbleweeds tournoient, la scène qui voit le combat entre Fred MacMurray et les cinq hommes du rancher véreux est un véritable morceau de bravoure grâce à la virtuosité du montage et du placement de caméra du cinéaste, apportant une dynamique folle à cette course-poursuite meurtrière au cours de laquelle les hommes se pourchassent sur les toits et finissent par se confronter dans le noir durant un long moment de suspense et de tension. Une séquence qui n’a rien à envier à celles équivalentes des westerns de série A de l'époque et qui comble toutes les attentes au vu de ce qui l’a précédé. Pour le reste, que ce soit par exemple pour les rares scènes romantiques, Wendkos trouve toujours l’idée ou l’éclairage qui les fera ne pas nous sembler conventionnelles ou plates. Il faut dire qu’il est aussi formidablement assisté d’un débutant du nom de Jerry Goldsmith qui, comme déjà pour son premier travail pour le cinéma - un western, Black Patch de Allen H. Miner- nous a concocté de superbes thèmes mouvementés ou romantiques, magnifiquement bien orchestrés dans un style moderne à postériori déjà immédiatement reconnaissable.


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Superbe forme (on notera aussi la manière qu’à Wendkos de placer Fred MacMurray en arrière plan lorsque ce dernier n’est pas le protagoniste principal de la scène, pour faire comprendre qu’il est à l’affut du moindre détail, du moindre changement de situations) mais fond tout aussi captivant comme il a été dit dès le début de cette chronique en espérant de pas avoir défloré trop de surprises au niveau de l’intrigue qui n’en est pas avare malgré le fait qu’elle se déroule en à peine 24 heures. Le scénario mélange donc habilement les situations nouvelles évoquées au premier paragraphe avec des réflexions déjà souvent débattues dans le genre -mais toujours aussi passionnantes- sur la loi et l'ordre, la justice, le code de l’honneur, le rachat d’une conduite par le sacrifice... avec aussi des thématiques rebattues dans le western mais intelligemment intégrées ici tels que les conflits à propos des ‘Open Range’ et des barbelés, et avec enfin la description d'une touchante amitié naissante ainsi que d''une romance très crédible et réussie qui ne s’embarrasse pas de trop de détours. Le tout dans un ensemble très harmonieux même pas gâché par le personnage de la petite fille qui aurait facilement pu être horripilant mais qui s’avère au contraire bien vite attachant ; la séquence au cours de laquelle elle est ramenée endormie du bal et où Fred MacMurray la pose délicatement dans son lit avec en arrière plan le visage de la femme éprouvant à ce moment une immense tendresse pour cet homme doux, est très belle et magnifiquement éclairée. Si l’intrigue est constamment captivante, les personnages, leur évolution et les relations qu’ils entretiennent sont eux aussi richement écrits. Pour les interpréter, tout un panel de comédiens peu connus mais tous aussi convaincants les uns que les autres, que ce soit bien évidemment Fred MacMurray dont le rôle du voleur va comme un gant, que la charmante et mature Dorothy Green, Lin McCarthy dans la peau du shérif intègre jusqu’au bout des ongles, Alan Baxter en Bad Guy inquiétant ainsi que l’autre célèbre débutant du générique qu’est James Coburn qui crève l’écran à chacune de ses apparitions (nous n’oublierons pas de sitôt de la scène de ‘l’attaque’ des barbelés).


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Par le fait d’être interprété par un comédien qui respire la bonté et la probité (et d’autant plus à postériori lorsque nous l’aurons vu dans d’innombrables et gentillettes productions Disney), le personnage principal d’antihéros, malgré ses pulsions malsaines et ses fêlures bien visibles, manque certes un peu d’ambigüité ; il s’agit du seul petit défaut que je pourrais reprocher au western de Paul Wendkos qui, s’il ne bénéficie pas non plus d’un budget plus conséquent qui aurait pu lui donner encore plus d’ampleur, s’avère une formidable petite réussite de la série B, l’un des très bons westerns de cette fin de décennie. Un scénario formidablement bien construit et conduit de main de maître pour un film rondement mené, à l’atmosphère plus proche du film noir que du western mais qui n’en manque pas moins d’humour (la séquence chez le barbier) et qui devrait contenter les amateurs en manque de bonnes découvertes ! Merci donc à Alain Carradore et à toute l’équipe de Sidonis de l'avoir sorti des oubliettes !

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The Gunfight at Dodge City

Messagepar Jeremy Fox » 6 févr. 14, 20:21

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Le Shérif aux mains rouges (The Gunfight at Dodge City - 1959) de Joseph M. newman
UNITED ARTISTS



Avec Joel McCrea, Julie Adams, Nancy Gates, John McIntire, Richard Anderson, James Westerfield
Scénario : Martin Goldsmith & Daniel B. Ullman
Musique : Hans J. Salter
Photographie : Carl E. Guthrie (DeLuxe 2.35)
Un film produit par Walter Mirisch pour la United Artists


Sortie USA : Mai 1959


Hays City. Le chasseur de bisons Bat Masterson (Joel McCrea) tue un officier de cavalerie en état de légitime défense après que ce dernier ait menacé de le descendre à cause d’une histoire de femme. Sur les conseils d’un ami et pour sa tranquilité, Bat quitte la ville et se rend à Dodge City dont le Marshal n'est autre que son frère Ed (Harry Lauter) ; ce dernier lui présente sa fiancée Pauline (Julie Adams) et son futur beau-père, le révérend Howard (James Westerfield). Des élections se préparent pour élire le nouveau shérif : Ed est en compétition avec le l'ex-tireur d’élite corrompu Jim Regan (Don Haggerty). Bat décide de se fixer en ville. Il se prend d’amitié pour le docteur Sam Tremain (John McIntire) qui lui fait faire la connaissance de Lily (Nancy Gates), une jolie femme devenue veuve par la faute de Regan, et qui a désormais du mal à gérer seule le 'Lady Gay', l’un des saloons de la ville. Joueur professionnel, Bat décide de s’associer avec elle en investissant une coquette somme d’argent. Le succès de l’établissement provoque des jalousies et un soir de liesse, Dave Rudabaugh (Richard Anderson) en profite pour tirer dans le dos d’Ed, vengeant ainsi anonymement son cousin qui n’était autre que l’homme que Bat avait abattu en début de film. Les notables, fatigués de la violence provoquée par les hommes de Regan, prennent la décision de nommer Masterson pour shérif, estimant qu’il sera le seul à pouvoir nettoyer leur cité…


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En 1952, au vu du médiocre Pony Soldier (La Dernière flèche) avec Tyrone Power, on se demandait alors ce qu'il restait de positif du travail de Joseph M. Newman qui nous avait pourtant agréablement surpris quelques mois auparavant avec Les Bannis de la Sierra (The Outcasts of Poker Flat), son huis clos westernien en noir et blanc avec Anne Baxter et Dale Robertson. Il faut dire que la qualité du scénario était pour beaucoup dans la réussite de ce dernier. Si le postulat de départ de Fort Massacre, avec déjà Joel McCrea en tête d'affiche, était tout aussi captivant, le scénario l’était en revanche beaucoup moins, s’enlisant très vite dans la redite et l’insignifiant après nous avoir grandement alléché, nous mettant face à un des westerns les plus désenchantés qu’il nous ait été de voir jusqu’à présent. Joseph Newman quant à lui s'en sortait avec les honneurs, nous offrant un travail soigné à défaut d'être inoubliable. Le Shérif aux mains rouges, sans être vraiment mauvais, ne nous offre cette fois pas plus de scénario original que de mise en scène inventive. Les innombrables points communs qu’il partage avec Un Jeu risqué (Wichita) de Jacques Tourneur dénotent à quel point la différence peut se faire entre un tâcheron et un auteur ; mais nous y reviendrons rapidement. Ancien garçon de course de la MGM dès l'âge de 13 ans, Joseph Newman se retrouva vite assistant de cinéastes tels Raoul Walsh ou George Cukor. Sa première réalisation date de 1941, Northwest Rangers, remake de Manhattan Melodrama de W.S. Van Dyke. Il mettra en scène de nombreux épisodes de la série Crime Does Not Pay et nous aura offert une comédie assez délicieuse avec June Haver et Marilyn Monroe dans un de ses premiers rôles, Love Nest (Nid d'amour). Mais le film le plus célèbre de Newman sortira en 1953 et deviendra un grand classique de la science-fiction : Les Survivants de l'infini (This Island Earth). Gunfight at Dodge City est son quatrième western.


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Bat Masterson a réellement existé, mais hormis deux ou trois faits réels répertoriés ici (notamment ce qui se déroule à Hays City en tout début), le film de Joseph M. Newman est très fantaisiste par rapport au personnage et aux faits qui lui sont rapportés ; ce qui en soi, connaissant les libertés prises par Hollywood avec l’histoire, n’est aucunement gênant : il fallait juste le préciser pour les spectateurs qui sont à cheval sur la réalité historique ou les amateurs de biopic, ce que ce western n'est pas. Né au Canada, Bat Masterson fut tour à tour chasseur de bisons, éclaireur, joueur professionnel, tenancier de saloon et enfin US Marshal à la même époque que son ami Wyatt Earp. Au cinéma, son personnage apparut dans plus d’une vingtaine de westerns ou séries TV, avec entre autres pour l’incarner Randolph Scott dans Du sang sur la piste (Trail Street) de Ray Enright, George Montgomery dans La Terreur des sans-loi (Masterson of Kansas) de William Castle, Keith Larsen dans Un Jeu risqué (Wichita) de Jacques Tourneur ou Kenneth Tobey dans Règlement de comptes à OK Corral de John Sturges. Après avoir interprété Wyatt Earp dans le chef-d’œuvre de Jacques Tourneur, Joel McCrea, presque en fin de carrière, se glisse cette fois dans la peau de Bat Masterson, autre shérif presque tout aussi légendaire, Tombstone et Dodge City n'étant d'ailleurs pas très éloignées. Et comme nous l’avons déjà dit, les deux films se ressemblent étrangement à tel point qu’on pourrait penser parfois à un remake, témoin cette scène de pique-nique dans un endroit idyllique entre Julia Adams et Joel McCrea qui reprend presque les mêmes plans que dans celle similaire avec Vera Miles dans Wichita. Mais comme pour l’ensemble du film, l’émotion et la beauté de l’une sont absentes de l’autre tout comme la puissance d’évocation, l’intelligence du propos, la vitalité des scènes de foule, la passion sous-jacente ou la force des scènes d’action présentes dans le premier ne se retrouvent quasiment plus dans le second.


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Un homme qui prend la place de shérif qu’occupait son frère après que ce dernier se soit fait assassiner : on a déjà vu cette histoire à maintes reprises avec tout ce que cela comporte comme pistes de réflexion à propos de la loi et l’ordre. Et effectivement en l'occurence, rien de bien nouveau ou puissant ne ressort de ce scénario pourtant écrit à quatre mains, Daniel B. Ullman ayant pourtant signé ceux, passionnants au contraire, de Wichita ainsi que, très peu de temps avant celui qui nous concerne ici, de l’excellent et méconnu Good Day for a Hanging de Jack Arnold. Dans Gunfight at Dodge City (Gunfight d'ailleurs très peu enthousiasmant) c’est la platitude qui règne à tous les niveaux : ça se traine, c’est bavard, mollasson, constamment prévisible et ça ne possède que très peu de charme. Ca débutait même très mal par une séquence pré-générique bêtement moralisatrice sur la dureté et la méchanceté de tuer un homme ! On trouve aussi quelques tentatives d’humour qui tombent à plat, une psychologie des personnages réduite à portion congrue, peu de seconds rôles marquants (excepté le toujours excellent John McIntire) et, malgré la présence de deux jolies comédiennes habituées du genre (ayant toutes deux tournées pour Budd Boetticher), les romances ne nous font ressentir aucune passion, aucune émotion, l’alchimie entre les couples n’opérant jamais. Quant aux rares scènes d’action, elles manquent singulièrement d’efficacité et de punch, l’ensemble du film de tension à cause notamment d’un flagrant manque de charisme chez les ‘Bad Guy’, que ce soit Don Haggerty ou Richard Anderson (le futur ‘boss’ de Lee Majors dans la série L’homme qui valait trois milliards). Malgré cette banalité d’ensemble (même le compositeur Hans J. Salter a perdu tout le lyrisme qu’il possédait encore à la Universal), le film peut se regarder sans trop d’ennui grâce au son honnête casting ainsi qu’à une très belle photographie signée Carl E. Guthrie. En revanche, le scope est utilisé sans aucune imagination ni aucune ampleur.


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Le film de Joseph Newman qui raconte donc l'histoire de Bat Masterson, un joueur devenu shérif du jour au lendemain pour, entre autres, venger son frère assassiné et remettre de l’ordre dans une cité corrompue, est donc malheureusement trop platement filmé et bien trop conventionnel dans son intrigue et dans son scénario pour intéresser quiconque autre qu'un mordu de western. Ces derniers pourront néanmoins passer éventuellement un agréable moment à condition de ne pas s'attendre à grand-chose et surtout pas à un fort dépaysement, le cinéaste ne nous faisant sortir de la petite ville qu’à de très faibles reprises. Pas mauvais mais sans aucun panache ni intensité ; à vrai dire assez médiocre.

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Re: The Gunfight at Dodge City

Messagepar Rick Blaine » 6 févr. 14, 20:44

Jeremy Fox a écrit :A suivre : Duel dans la Boue (These Thousands Hill) de Richard Fleischer avec Don Murray & Lee Remick


Celui là, je l'aime beaucoup. :wink:

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Re: The Gunfight at Dodge City

Messagepar Jeremy Fox » 7 févr. 14, 06:27

Rick Blaine a écrit :
Jeremy Fox a écrit :A suivre : Duel dans la Boue (These Thousands Hill) de Richard Fleischer avec Don Murray & Lee Remick


Celui là, je l'aime beaucoup. :wink:




Et tu fais bien 8)

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 7 févr. 14, 09:14

J'ai même hésité à le glisser dans le top 50. Il se pourrait qu'il y entre si je prend le Sidonis car l'anglais n'est pas du tout facile à suivre pour ce film : trop argotique à mon goût. En effet je ne possède que le zone 1 et je m'en suis un peu vu avec les sta.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 7 févr. 14, 09:24

Bon et bien c'est ce que je viens de faire ; j'ai commandé le Sidonis pour ne rien louper des subtilités de l'intrigue. Je vais donc attendre de le revoir avant d'écrire dessus. Ca me fera quelques petits jours de repos.

Et j'ai fini de vous raconter ma vie :arrow:

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Rick Blaine » 7 févr. 14, 09:46

:D

Le film étant particulièrement bien écrit il me semble, il mérite un visionnage dans les meilleurs condition. J'espère un Top 50, il faut toujours mettre Fleischer en lumière!!

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 7 févr. 14, 09:48

Rick Blaine a écrit ::D

Le film étant particulièrement bien écrit il me semble, il mérite un visionnage dans les meilleurs condition. J'espère un Top 50, il faut toujours mettre Fleischer en lumière!!


Un sacré paquet de très grandes réussites pour lui durant cette décennie :o

En revanche, je n'étais pas très fan de son précédent pseudo-western, Bandido caballlero ; je ne l'avais d'ailleurs pas intégré au parcours le considérant plus comme un film d'aventure.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Rick Blaine » 7 févr. 14, 09:52

Jeremy Fox a écrit :
Rick Blaine a écrit ::D

Le film étant particulièrement bien écrit il me semble, il mérite un visionnage dans les meilleurs condition. J'espère un Top 50, il faut toujours mettre Fleischer en lumière!!


Un sacré paquet de très grandes réussites pour lui durant cette décennie :o


Oui, et dans tous les genres!

Jeremy Fox a écrit :En revanche, je n'étais pas très fan de son précédent pseudo-western, Bandido caballlero ; je ne l'avais d'ailleurs pas intégré au parcours le considérant plus comme un film d'aventure.


Je n'ai jamais eu l'occasion de le voir, mais sa réputation n'est effectivement pas très fameuse.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 10 févr. 14, 20:35

Sans les sous titres pour malentendants qui notifient chaque meuglement de vache ou sifflement d'un oiseau (et qui vous font un peu sortir du film) et ces mêmes sous titres assez compliqués dans l'ensemble pour un non anglophiles tel que moi, non seulement le film de Fleischer entre dans mon top 50 mais si je l'aime énormément, c'est en en totale inadéquation avec 90% de ceux qui l'aiment tel Tavernier, qui louent le culot des auteurs d'avoir mis en valeur "un antihéros auquel on ne peut éprouver de l'empathie."

Au contraire, ce personnage principal interprété par Don Murray (génial ici alors que souvent moyennement convaincant) est l'un des plus attachants que j'ai pu rencontrer depuis le début de ce parcours, l'un des plus humains aussi. Bref, j'en dirais plus et j'insisterais surtout sur ce point lors de ma prochaine chronique.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Rick Blaine » 10 févr. 14, 20:48

Jeremy Fox a écrit :Sans les sous titres pour malentendants qui notifient chaque meuglement de vache ou sifflement d'un oiseau (et qui vous font un peu sortir du film) et ces mêmes sous titres assez compliqués dans l'ensemble pour un non anglophiles tel que moi, non seulement le film de Fleischer entre dans mon top 50 mais si je l'aime énormément, c'est en en totale inadéquation avec 90% de ceux qui l'aiment tel Tavernier, qui louent le culot des auteurs d'avoir mis en valeur "un antihéros auquel on ne peut éprouver de l'empathie."

Au contraire, ce personnage principal interprété par Don Murray (génial ici alors que souvent moyennement convaincant) est l'un des pus attachants que j'ai pu rencontrer depuis le début de ce parcours, l'un des plus humains aussi. Bref, j'en dirais plus et j'insisterais surtout sur ce point lors de ma prochaine chronique.



J'étais plutôt d'accord avec Tavernier, mon empathie allant plutôt vers les personnages de Stuart Whitman et surtout celui de Lee Remick. Je serais curieux de te lire.

Par contre, effectivement, Don Murray est génial alors que d'habitude je le trouve plutôt médiocre.

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These Thousand Hills

Messagepar Jeremy Fox » 11 févr. 14, 16:13

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Duel dans la boue (These Thousands Hill - 1959) de Richard Fleischer
20TH CENTURY FOX



Avec Richard Egan, Don Murray, Lee Remick, Stuart Whitman, Patricia Owens
Scénario : Alfred Hayes d’après A.B. Guthrie Jr.
Musique : Leigh Harline
Photographie : Charles G. Clarke (DeLuxe 2.35)
Un film produit par David Weisbart pour la 20th Century Fox


Sortie USA : 06 Mai 1959


"You’ll live to die rich !"

Lat Evans (Don Murray), dont l’enfance fut pauvre et austère faute à un père puritain, ambitionne désormais de gagner beaucoup d’argent afin de s’acheter un ranch. Pour l’instant, il est simple cow-boy dans le Montana et le travail ne lui fait pas peur. Hélas le salaire qu’il gagne comme convoyeur de bétails se dissipe très vite dans la petite ville de Fort Brock où il fait la connaissance de Callie (Lee Remick), jolie courtisane qui tombe amoureuse de lui. A court d’argent, il décide d’aller chasser le loup avec son ami Tom Ping (Stuart Whitman), le commerce de leurs peaux semblant devoir être la source d’une manne financière considérable. Mais surpris par des indiens mal intentionnés, Lat est gravement blessé. Tom, laissant se predre les produits de leur chasse, lui sauve la vie et le conduit chez Callie afin d’y être soigné ; la jeune femme se dévoue entièrement à sa guérison, ce qui rend jaloux Jehu (Richard Egan), le tenancier du saloon dont elle est la maîtresse. Une fois rétabli, Lat décide de se lancer dans l’élevage mais le banquier (Albert Dekker) n’a pas encore assez confiance par manque de garantie pour lui souscrire un prêt. C’est Callie qui va lui confier son bas de laine pour qu’il puisse se lancer. Les affaires de Lat devenant rapidement prospères, Callie est délaissée, le nouveau parvenu trouvant plus intéressant de courtiser Joyce (Patricia Owens), la nièce du banquier, qu’il finit d’ailleurs par épouser. Plus Pat se hisse dans la bonne société (jusqu’à devenir sénateur), plus il se détourne de ceux qui l’ont aidé à mettre les pieds à l'étrier. Son arrivisme va néanmoins buter contre la brutalité de Jehu ; quelques drames vont avoir lieu qui vont lui faire ouvrir les yeux quant à son comportement. Va t’il pour autant faire machine arrière…


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Après treize années passées derrière les caméras, Richard Fleischer avec These Thousand Hills signe son vingtième long métrage et son premier véritable western : une nouvelle formidable réussite du réalisateur qui n’en a pas été avare durant cette décennie. Fils de Max Fleischer, l’un des pionniers du film d’animation, Richard souhaite devenir acteur mais au lieu de jouer il est engagé par la RKO pour le montage de ses films d’actualité. Il tournera ensuite pour le studio plusieurs films de série B jusqu’à ce sommet du film noir qu’est le concis et trépidant L’énigme du Chicago Express (The Narrow Margin) avec Charles McGraw. Il sera l’un des premiers à utiliser le cinémascope pour son film suivant à la MGM, Arena. Les studios Disney ayant repéré son aisance à filmer dans ce nouveau format large, il est engagé pour mettre en scène le film en prises de vues réelles qui restera très légitimement leur plus célèbres titre de gloire, la superbe adaptation de Jules Verne qu’était son Vingt Mille Lieues sous les mers, la fameuse et inégalable version avec Kirk Douglas ainsi que James Mason en Capitaine Nemo. Ce seront ensuite les non moins superbes Les Inconnus dans la ville (Violent Saturday), autre cime du film noir, l’inoubliable Les Vikings avec Tony Curtis et Kirk Douglas, ou encore le magnifique film de guerre qu’était Le Temps de la colère (Between Heaven and Hell) avec Robert Wagner. Bandido Caballero avec Robert Mitchum, beaucoup moins convaincant, flirtait avec le western sans en être vraiment un. Duel dans la Boue (titre absurde et beaucoup moins poétique que l’original ; je ne l’utiliserais donc plus jusqu’à la fin de cet avis) marque donc sa première contribution au western, genre qu’il disait n’apprécier que moyennement et pour lequel il n’était pas attiré. Il ne s’y frottera qu’à une seule autre reprise, 15 années plus tard, avec Du Sang dans la poussière (The Spikes Gang), qui ne déméritera pas au sein de cette passionnante filmographie.


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These Thousand Hills est le quatrième film de Richard Fleischer pour la 20th Century Fox ; le réalisateur retrouve à cette occasion le producteur de Between Heaven and Hell, David Weisbart. On a fait assez peu de cas de ce western en France ou alors très succinctement, seul Charles Ford dans son ‘Histoire du western’ écrivait à son propos : "A tous points de vue, finalement, le film de Richard Fleischer est une œuvre qui mérite d'occuper une place de choix dans la mémoire des amateurs." Depuis que Richard Fleischer a retrouvé une certaine légitimité auprès de la critique, certains reviennent dessus avec plus d’attention dont Bertrand Tavernier au sein des bonus du DVD Sidonis. Au cours d’une de leurs rencontres, le réalisateur français nous dit qu'ils s’entretinrent longuement sur These Thousand Hills ; Fleischer lui avoua être très fier de son western, aimant beaucoup le sujet qui s’attaquait au mythe de la réussite et qui mettait à mal le ‘rêve américain’. Alors certes, comme l’ont fait remarquer la plupart des admirateurs du film, la démarche des auteurs était très audacieuse par le fait de mettre en avant un antihéros arriviste pour faire passer le message ; seulement ces mêmes louangeurs parlaient également d’un surcroit de hardiesse dû à ce que le scénariste Alfred Hayes (Le démon s’éveille la nuit - Clash by Night de Fritz Lang) avait expressément cherché à ce que le spectateur ait de la difficulté à ressentir de l’empathie pour Lat, l’identification avec le personnage principal devenant alors quasiment impossible. Si c’était le but recherché (ce dont je ne suis pas convaincu), je trouve au contraire que la formidable réussite et la grande modernité du film proviennent avant tout du fait qu’au contraire, le protagoniste s’avère malgré tout attachant et profondément humain. Il est en tout cas génialement interprété par Don Murray, comédien habituellement moyennement convaincant (y compris dans La Fureur des hommes - From Hell to Texas d’Henry Hathaway), mais qui trouve probablement ici son plus grand rôle, le plus riche et le plus complexe aussi.


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Lat Evans est un jeune homme plein de fougue qui a une seule idée en tête, gagner de l’argent pour pouvoir trouver la respectabilité en construisant son propre ranch et vivre de la vente de ses chevaux et de son bétail. Il eut une enfance austère auprès d’un père puritain qui a vécut toute sa vie dans la misère ; ne voulant pas reproduire ce même schéma, ce même parcours, il est dès lors compréhensible que Lat veuille tourner le dos à cette éducation et à ce mode de vie : "I ain’t afraid of hard work. I just don’t want to die poor. Hard times, it’s all I remember". Sa maladresse avec les femmes provient également d’un traumatisme dont la cause première est la figure paternelle ; lorsqu’il eut l'occasion d'avoir quelques flirts, ses conquêtes finissaient fouettées par l’impitoyable patriarche. Vouloir s’élever au dessus de cette misérable condition se révèle donc légitime. Mais Lat ne cherche jamais à faire consciemment le mal lors de son ascension : il est resté assez naïf voire même parfois immature, ce qui le pousse parfois à se laisser entrainer (surtout que c'est vers des sommets). On ne l’a jamais senti amoureux de Callie, la Saloon Gal l’ayant pris sous son aile et lui ayant donné les moyens de se lancer dans les affaires ; l’amour qu’elle éprouve pour le jeune homme ne semble jamais avoir été réciproque. Qu’il choisisse ensuite de courtiser la nièce du banquier se fait peut-être avec une arrière pensée de parvenu mais ne devrait donc pas le lui être reproché puisqu'il n'a jamais rien promis à Callie. Qui ne dit mot consent certes ; et il fût vraisemblablement un peu lâche de ne jamais rien lui dire de ses sentiments inexistants à son égard. Et si effectivement il laissera cette dernière de côté pour un temps, il ne l’abandonnera pourtant pas lorsqu’elle en aura le plus besoin, prenant même le risque de fâcher son épouse en révélant son amitié pour cette 'rivale', qui plus est 'de petite vertu'. Car la plus grande qualité de Lat, c’est aussi sa franchise : à aucun moment, il n’a été roublard pour arriver à atteindre la place de sénateur ; il a juste saisi les opportunités qui s’offraient à lui, fréquenté les gens qui pouvaient le faire parvenir à une telle situation, sans nécessairement chercher à nuire à autrui, sans jamais mentir (si ce n'est par omission).


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Le clash qu'à mi-film il a avec son meilleur ami lui est certes imputable (car Tom est un homme d'une grande loyauté, mettant l'amitié au-dessus de tout) mais encore une fois, aucune préméditation ni aucune volonté de nuire n’a fait en sorte que ça se passe de la sorte, mais une simple inconscience de ce qu’il fait ou en l’occurrence de ce qu’il dit, ne cherchant en fait qu’à acquérir une certaine respectabilité qu’il estime mériter. Lorsque Tom dit vouloir épouser Jen, Lat s’étonne seulement avec une franche maladresse de le voir se mettre en couple avec une ‘traînée’, oubliant sur le coup que le début de son ascension a été due également à une de ses ‘congénères’. Lat est un peu crédule, souvent même victime de son immaturité dont il est parfaitement conscient (voir la séquence du repas avec les notables), mais jamais franchement méchant. Il est constamment de bonne foi, pensant sincèrement que la voie qu’il a choisi est la bonne, ne se rendant pas compte qu’en se faisant, il écrase et trahi ses meilleurs amis. La preuve de son absence de méchanceté, le scénariste nous la fournit de la plus belle des manières lors de cette puissante séquence de lynchage au cours de laquelle Lat fait tout pour empêcher le pire, risquant sa réputation et même sa vie à cette occasion, le duel dans la boue final et hautement symbolique achevant la démonstration, faisant de ce moment cathartique une occasion idéale de retrouver une espèce de self-respect au mépris du 'qu'en dira t'on' et au risque de perdre sa position au sein de la bonne société. L'ensemble du dernier quart d’heure du film est d’ailleurs profondément touchant, celui au cours duquel Lat se rend compte du mal qu’il a pu faire sans jamais l’avoir souhaité ; sa volonté de rédemption rend alors le personnage encore plus attendrissant et le final auprès de son épouse s’avère magistral dans sa beauté toute simple. Sa critique de 'l'American Way of Life' ayant pris fin, Richard Fleischer montre sa face idéaliste ; et ça ne m'est pas déplaisant !


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Don Murray s’avère donc ici tout à fait convaincant dans ce rôle difficile, néanmoins plus nuancé qu’on a bien voulu nous le faire croire, et absolument pas antipathique comme je l’ai souvent lu ; original en tout cas puisqu'il n’eut à ma connaissance qu’un seul prestigieux prédécesseur dans le genre, un Rastignac conscient cette fois-ci, Errol Flynn dans La Rivière d’argent (Silver River) de Raoul Walsh, western néanmoins bien moins enthousiasmant. Le célèbre partenaire de Marilyn Monroe dans Bus Stop de Joshua Logan est cependant entouré par d’autres acteurs qui ne déméritent pas même si leurs personnages sont de prime abord bien plus faciles à aimer (Stuart Whitman et Lee Remick) ou à haïr (Richard Egan). Dans la peau de son meilleur ami, Stuart Whitman trouve peut-être lui aussi l’un de ses plus beaux rôles, tout comme Lee Remick, aussi belle que talentueuse, les costumiers l’ayant de plus splendidement mise en valeur ; son visage tuméfié nous fera d’autant plus de mal qu’elle nous aura tout du long semblé être un sorte d’ange de douceur et de bienfaisance. Après sa prestation inoubliable dans Un homme dans la foule - A Face in the Crowd d’Elia Kazan, la comédienne nous démontrait qu’il allait désormais falloir compter sur elle. Nous sommes également ravis de retrouver l’excellent Albert Dekker (le savoureux ennemi de Clark Gable dans le très divertissant Franc Jeu - Honky Tonk de Jack Conway) dans le rôle du banquier, les non moins très bons Royal Dano ou encore Jean Wiles et Patricia Owens (la compagne de Robert Taylor dans Le Trésor du pendu - The Law and Jake Wade de John Sturges), cette dernière dans un rôle pas nécessairement facile, celui de l’épouse du parvenu qui sera elle aussi capable de nous émouvoir malgré son faible temps de présence à l’écran, surtout lorsqu’elle accepte de vouloir essayer de comprendre l’amitié qui lie son époux à une prostituée. Quant à Richard Egan, il est tout aussi bon ici en ‘Bad Guy’ qu’il l’était du bon côté de la barrière dans le non moins génial Les Inconnus dans la ville (Violent Saturday) du même Fleischer. Albert Hayes nous offre donc un panel de personnages très riche et nuancé que le casting aide à être inoubliable.


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Richard Fleischer et son scénariste, adaptant le best-seller d’A.B. Guthrie (également auteur du roman qu’a adapté Howard Hawks pour The Big Sky – La Captive aux yeux clairs), nous proposent un western très adulte, critique assez âpre du ‘rêve’ américain et de ses dommages collatéraux, dénonciation virulente de la quête du pouvoir, de l’argent et de la réussite sociale érigées en valeurs souveraines. Ceci se fait à l’aide d’un excellent scénario mais également d’une mise en scène qui touche à la perfection, Richard Fleischer prouvant dans le même temps et une nouvelle fois qu’il était l’un des maîtres incontestables dans le maniement de l’écran large. Disant s’être inspiré du peintre Mondrian pour la plastique de son film, These Thousand Hills est un véritable régal pour l’œil que ce soit au niveau du choix des couleurs, des décors, des costumes ainsi qu’au travers de la perfection des éclairages et de la photographie (avec celles de John Sturges à la MGM, nous trouvons ici peut-être les plus belles séquences nocturnes en studio s'agissant de western). Que ce soit en extérieur ou en intérieur, le spectateur a de quoi se satisfaire par l’abondance de détails, les paysages à disposition dont Fleischer s’accommode avec génie, l'ampleur des scènes à forte figuration, etc, These Thousand Hills s’avérant une aussi belle réussite picturale qu’au niveau de l’écriture. Si le film est plutôt avare en termes d’action, il procure néanmoins à l’amateur des motifs de se réjouir grâce à quelques séquences marquantes telles celle du blocus de la cabane avec le lynchage qui s’ensuit, le fameux duel dans la boue ou encore des scènes spectaculaires de dressage de chevaux ou de course équestre. Quant aux quelques plans sur l’avancée de l’impressionnant troupeau de bétail, ils ont été directement pris au western de Raoul Walsh, The Tall Men (Les Indomptés). Perfection des cadrages, beauté des mouvements de caméra, rythme enlevé, montage dynamique, etc., rien à redire sur la forme d’autant que Leigh Harline à la baguette signe probablement son plus beau score, lyrique à souhait, aidé en cela par la magnifique et entêtante chanson écrite par Harry Warren et Ned Washington et interprété par Randy Sparks, très éloignée des canons habituels du genre, plus proche des futurs chansons accolées aux comédies dramatiques des années 60.


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Pas grand-chose à trouver à redire à ce très beau western anti manichéen et qui bouscule un peu les archétypes du genre ; il mérite vraiment plus de considérations qu’il n’en a actuellement. Le parcours de ce jeune homme dont l’unique objectif sera de réussir pour oublier la misère dans laquelle il aura été élevé, perdant au bout du compte nombre de ses illusions et se rachetant une conduite de la plus honorable des manières, devrait plaire autant aux amateurs de westerns qu’à ceux de drames psychologiques d’autant que le film est dans le même temps une merveilleuse ode à l’amitié et à la loyauté. Une superbe réussite tout aussi divertissante qu’intelligente et dont le propos reste toujours très actuel, le film s'avérant également être une description de la mutation de la société américaine du début du 20ème siècle qui se civilise, qui tend de plus en plus vers le capitalisme et l’accession à la propriété privée. Une certaine dureté de ton qui n’empêche pas le film d’être très attachant. Richard Fleischer n'a pas beaucoup œuvré pour le western ; à la vision de cette œuvre magistrale, on est en droit de le déplorer !

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Commissaire Juve » 11 févr. 14, 16:30

Jeremy Fox a écrit :

Duel dans la boue (These Thousands Hill - 1959) de Richard Fleischer
20TH CENTURY FOX




Celui-là, je l'ai (à cause de Lee Remick) ! :mrgreen: Faudrait que je le revoie (je me souviens de la bagarre monstre, mais le reste est flou). Quoi qu'il en soit, je suis content de lire que c'est un bon ouestern !





Jeremy Fox a écrit :
A suivre : Les Cavaliers (The Horse Soldiers) de John Ford avec John Wayne & William Holden


Yeah ! Rien que pour la chanson du générique...

Spoiler (cliquez pour afficher)


I left my love, my love, I left her sleepin' in her bed
I turned my back on my true love, Went fightin' Johnny Reb

I left my love a letter in the holler of a tree
I told her she would find me in the U.S. Calvary

Heigh-O, down they go there's no such word as can't
We'll ride clean down to Hell! And Back!
For Ulysses Simpson Grant
La vie de l'Homme oscille comme un pendule entre la douleur et l'ennui...