Le Western américain : Parcours chronologique III 1955-1959

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 4 janv. 14, 13:31

Revu Wichita au travers du DVD Warner ; je ne change pas une virgule à mon avis : un sommet du genre. Le DVD est très beau (scope et anamorphose respecté) et très bien défini : je n'avais jamais vu le film dans un tel état. Pour chipoter un peu, dommage que la copie soit aussi instable, que la compression laisse parfois à désirer et qu'une légère trame soit visible notamment dans les cieux. Mais ceci dit, hautement recommandable pour découvrir cette pépite.

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Jeremy Fox
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No Name on the Bullet

Messagepar Jeremy Fox » 6 janv. 14, 16:38

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Une Balle signée X (No Name on the Bullet- 1959) de Jack Arnold
UNIVERSAL



Avec Audie Murphy, Charles Drake, Joan Evans, Virginia Grey, Warren Stevens, R.G. Armstrong, Willis Bouchey
Scénario : Gene L. Coon & Howard Amacker
Musique : Herman Stein
Photographie : Harold Lipstein (Eastmancolor 2.35)
Un film produit par Jack Arnold & Howard Christie pour la Universal


Sortie USA : Février 1959


John Gant (Audie Murphy), cavalier mystérieux et peu loquace, arrive à Lordsburg. Les habitants ne l’ont jamais vu mais dès qu’ils apprennent son nom, ils se mettent tous à paniquer. En effet, il s’agit d’un tueur à gages notoire ayant déjà une trentaine d’assassinats à son actif. Sa manière d’opérer est toujours la même : il arrive dans une ville, fait une halte à l’hôtel, observe les habitants et attend que la future victime, par peur, craque et le provoque ; pour remplir son ‘contrat’, il n’agit plus désormais qu’en état de légitime défense et ne se trouve ainsi jamais hors-la-loi. Encore une fois à Lordsburg, il n’y a ‘No Name on the Bullet’ et beaucoup d’habitants se sentent visés car ayant tous quelque chose à se reprocher. La paranoïa commence à se répandre, les morts s’accumulent, mais un homme va tenter de s’interposer pour ne pas que la folie meurtrière s’empare plus longuement de ses concitoyens, le docteur Luke Canfield (Charles Drake). Il essaye de convaincre John Gant de quitter la ville mais ce dernier, impassible et indéboulonnable, décide de n’écouter personne et de poursuivre son ‘travail’ jusqu’au bout. Mais qui peut bien être le X que recherche cette fois-ci ‘l’ange exterminateur’ qu’est John Gant ? Le suspense sera maintenu jusqu’à la fin.


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Nous ne reviendrons plus ensuite sur Jack Arnold puisque No Name on the Bullet est son ultime western. Résumons sa carrière une dernière fois très rapidement. Il fut tout d’abord l'assistant de Robert Flaherty au Service Cinématographique de l'Armée puis, une fois embauché au studio Universal, devint sous la tutelle du producteur William Alland l’un des plus grands spécialistes du film fantastique et de science-fiction. En tant que cinéaste, il réalisera donc l’excellent Le Météore de la nuit (It Came from Outer Space) en 1953, puis les agréables et attachants L’Etrange créature du lac noir (Creature from the Black Lagoon) en 1954 et Tarantula en 1955. Il ne s’arrêtera d’ailleurs pas en si bon chemin puisqu’en 1957 il signera son chef-d’œuvre, toujours à l’intérieur de ce genre, L’Homme qui rétrécit (The Incredible Shrinking Man), dont l’acteur principal sera Grant Williams qui interprétait déjà dans Red Sundown (Crépuscule sanglant) le personnage le plus mémorable de ce western, un tueur sadique au visage d’ange dont le cynisme fait froid dans le dos. Avant donc Crépuscule sanglant, Arnold avait déjà réalisé un western, pas plus tard que l’année précédente, le très médiocre Tornade sur la Ville (The Man from Bitter Ridge) que je décrivais à peu près ainsi : "Nous nous trouvons donc devant une série B médiocre et indigente à presque tous les niveaux […] J’avoue avoir aussi quelques difficultés à suivre Bertrand Tavernier quand il s’extasie sur la mise en scène de Jack Arnold qui m’a semblé au contraire, à deux ou trois séquence près, d’une platitude et d’une mollesse incroyables…" Ce ne sera heureusement pas le cas pour son deuxième essai dans le genre, Red Sundown, bien plus convaincant, ni pour Une Balle signée X qui possède à peu près les mêmes qualités et défauts que son prédécesseur.


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Mais pour quelles raisons ce petit film de série B fauché a-t-il pu acquérir une aussi flatteuse réputation tant en France qu’aux Etats-Unis ? Loin de moi l’envie d’affirmer qu’elle est usurpée vu le très grand nombre d’aficionados qui ont certainement leurs raisons de l’apprécier autant, mais disons que j’ai du mal à adhérer et à comprendre cet enthousiasme pour un western que je considère comme se situant juste dans une honnête moyenne. Certes Audie Murphy sortait de ses sempiternels rôles de cow-boy durs au cœur pur ou de ces outlaws bien aimés pour interpréter ce coup-ci un tueur plutôt antipathique ; certes Jack Arnold s’était établi une certaine notoriété dans le domaine de la science-fiction et du fantastique ; certes le propos pouvait passer pour plutôt original même si ce n'était pas le premier à l'aborder… Pourtant tout cela ne peut être suffisant pour faire de No Name on the Bullet un chef-d’œuvre du genre, loin s’en faut. Attention, il ne s’agit pas non plus d’un mauvais film mais il est légitime d’éprouver une certaine frustration après avoir lu autant de dithyrambes à son sujet. Une honnête série B de la compagnie spécialiste du genre, ce n'est déjà pas mal !


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Le scénariste Gene L.Coon avait déjà écrit quelques épisodes de séries TV aussi célèbres que Zorro (avec Guy Williams) et Rawhide qui révéla Clint Eastwood. Par la suite, il se spécialisera dans la télévision et le nombre de séries cultes auquel il participa est assez impressionnant : Les mystères de l’Ouest, Bonanza, Star Trek, Kung Fu. Son script pour le film de Jack Arnold est plutôt bien construit, menant son suspense jusqu’au bout avec une certaine tenue et abordant des thèmes intéressants : "l’ange exterminateur" qui représente la mauvaise conscience des citoyens respectables et qui met à jour des culpabilités oubliées, la paranoïa provoquée par la peur et la folie meurtrière qui s’ensuit… mais il est en partie plombé par des dialogues trop abondants et qui plus est, ampoulés ou sentencieux. Ce qui nous donne une espèce de "sur-western" psychologique un peu pesant, se prenant très (trop) au sérieux (exceptés les échanges dialogués entre deux vieillards, pas le moindre humour ; ce qui n'est dans l'absolu pas un mal mais qui en l'occurrence rend ce film un peu trop solennel !) Si le budget avait été plus conséquent, Jack Arnold aurait pu nous offrir entre-temps quelques scènes d’action dignes d’intérêt ; il n’en est rien d’autant plus que la mise en scène s’avère bien trop sage pour un tel sujet, une mise en images manquant singulièrement d’imagination et de souffle. Elle n’en est pas pour autant déshonorante car nous pouvons y piocher quelques belles idées et beaux plans (l’arrivée de John Gant lors de la scène initiale), mais sans assez d’éclat pour arriver à nous passionner plus avant pour cette intrigue mélangeant les éléments du thriller et du western.


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Et Audie Murphy me direz-vous, après avoir été à l'affiche de tant d'autres westerns très plaisants ? Il s’agit peut-être de son rôle le plus célèbre avec ceux qu’il tenait dans La charge victorieuse (The Red Badge of Courage - 1951) et Le vent de la plaine (The Unforgiven - 1960), tous deux de John Huston. Les admirateurs de l’acteur (également héros militaire le plus décoré de l’histoire des Etats-Unis) parleront ici de "underplaying" et de sobriété. En effet, il pourrait bien en être question, ce qui nous donne au final une interprétation qui convient parfaitement bien au personnage, le comédien se révélant aussi convaincant dans la peau de ce personnage antipathique que dans la majorité de ses précédents rôles. John Gant est un personnage assez inhabituel : antipathique, froid, calculateur et assez réactionnaire ; ce qui permet d’offrir au scénariste de biens captivants développements. Le calme et l’assurance de John Gant ne sont jamais pris en défaut et provoquent la peur. Ce sont alors les autres qui deviennent suspicieux, provocateurs et se mettent à assassiner pour ne pas être tués à leur tour. Les habitants de Lordsburg ont l’air, pour la plupart , d’avoir tous un cadavre caché dans leurs placards. De quel côté notre sympathie doit-elle alors se tourner ? Vers le tueur impassible et sans problème de conscience ou vers les citoyens dont le scénariste nous montre les défauts et actions inavouables ? L’ambiguïté du propos est bel et bien présente, ce qui est un élément non négligeable pour que le film ne retombe pas dans l’anonymat le plus total ; le "non-jeu" voulu de Audie Murphy y contribue aussi, apportant une touche d’originalité supplémentaire, le seul fait de ne le voir jamais décocher un sourire arrivant à nous le rendre inquiétant.


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Le reste du casting n’est pas inoubliable mais néanmoins tout à fait honorable. Signalons l’excellent Willis Bouchey, déjà très bien dans Le port de la drogue de Samuel Fuller et que l’on retrouvera souvent dans les films de fin de carrière de John Ford tels La dernière fanfare, Les cavaliers, Le sergent noir, Deux cavaliers, L’homme qui tua Liberty Valance, et qui interprète ici avec conviction le rôle du shérif ne possédant pas assez de pouvoir ni de raisons valables pour arrêter le tueur. Charles Drake, dans la peau du médecin allant, pour une raison de "santé publique", s’interposer face à John Gant, se débrouille assez bien lui aussi. Il est celui qui représente la bonne conscience et les idées les plus humanistes sur la justice et la société. Mais ses phrases un peu didactiques et solennelles le rendent parfois un peu agaçant, ce qui n’était sûrement pas l’image de lui que voulait nous transmettre le cinéaste. En effet , il semble clair que les auteurs partagent les idées du médecin : il ne faut pas que ce genre de justice (celle du tueur) règne au risque de détruire la société ; même s’il y a trop de coupables, on ne peut pas tous les punir et surtout pas de cette manière ; une foule et un lynchage ne sont pas non plus une solution pour faire entendre raison… Les intentions sont évidemment fort louables mais n’atteignent que partiellement leur but par le fait d’être assénées sans trop de finesse et par l’intermédiaire d’un bavardage intempestif. Une honnête série B cependant qui devrait vous faire passer un bon moment mais qui peut se révéler décevante au regard de sa réputation. L’excellent final, que je vous laisse découvrir, nous montre le niveau qu’aurait pu atteindre ce western s’il avait été mené avec plus de conviction dans la mise en scène et plus de simplicité dans les dialogues. En l'état, ça reste cependant tout à fait estimable.

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Re: No Name on the Bullet

Messagepar Rick Blaine » 6 janv. 14, 16:48

Jeremy Fox a écrit :Les intentions sont évidemment fort louables mais n’atteignent que partiellement leur but par le fait d’être assénées sans trop de finesse et par l’intermédiaire d’un bavardage intempestif. Une honnête série B cependant qui devrait vous faire passer un bon moment mais qui peut se révéler décevante au regard de sa réputation. L’excellent final, que je vous laisse découvrir, nous montre le niveau qu’aurait pu atteindre ce western s’il avait été mené avec plus de conviction dans la mise en scène et plus de simplicité dans les dialogues. En l'état, ça reste cependant tout à fait estimable.


Il faudrait que je le revois, mais j'ai une impression beaucoup plus positive de ce film dont le traitement me semble très efficace. J'en ai le souvenir d'un film sans ces lourdeurs. Peut-être suis-je resté sur l'impression du final, et sur la grande prestation de Murphy?
En tout cas, en l'état, pour moi, il fait parti du haut du panier de la série B westernienne (alors qu'au contraire It Came from Outer Space que tu évoque en début de chronique m'avais paru plutôt anodin dans son genre).

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Re: No Name on the Bullet

Messagepar Jeremy Fox » 6 janv. 14, 16:56

Rick Blaine a écrit :
Jeremy Fox a écrit :Les intentions sont évidemment fort louables mais n’atteignent que partiellement leur but par le fait d’être assénées sans trop de finesse et par l’intermédiaire d’un bavardage intempestif. Une honnête série B cependant qui devrait vous faire passer un bon moment mais qui peut se révéler décevante au regard de sa réputation. L’excellent final, que je vous laisse découvrir, nous montre le niveau qu’aurait pu atteindre ce western s’il avait été mené avec plus de conviction dans la mise en scène et plus de simplicité dans les dialogues. En l'état, ça reste cependant tout à fait estimable.


Il faudrait que je le revois, mais j'ai une impression beaucoup plus positive de ce film dont le traitement me semble très efficace. J'en ai le souvenir d'un film sans ces lourdeurs. Peut-être suis-je resté sur l'impression du final, et sur la grande prestation de Murphy?
En tout cas, en l'état, pour moi, il fait parti du haut du panier de la série B westernienne (alors qu'au contraire It Came from Outer Space que tu évoque en début de chronique m'avais paru plutôt anodin dans son genre).


Tiens et bien moi je reverrais bien son film de SF pour voir s'il a bien tenu (ou non) le coup :wink:

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The Hanging Tree

Messagepar Jeremy Fox » 10 janv. 14, 10:58

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La colline des potences (The Hanging Tree - 1959) de Delmer Daves
WARNER



Avec Gary Cooper, Karl Malden, Maria Schell, George C. Scott
Scénario : Wendell Mayes & Halstead Welles d’après le roman de Dorothy M. Johnson
Musique : Max Steiner
Photographie : Ted D. McCord (Technicolor 1.85)
Un film produit par Martin Jurow & Martin Shepherd pour la Warner


Sortie USA : 11 Février 1959


Joseph Frail (Gary Cooper), un médecin taciturne au passé trouble, vient s’installer dans une petite communauté de chercheurs d’or aux alentour de 1873 dans l’État du Montana. Il cache et accueille Rune (Ben Piazza), un jeune homme aux abois, pourchassé pour avoir tenté de voler l'un des prospecteurs du coin, le primitif Frenchy Plante (Karl Malden) ; en échange de son silence (puisque les poursuivants n'ont pas eu le temps de voir son visage), le médecin lui demande de rester à son service. Plus tard, Frail recueille et soigne une jeune femme, Elizabeth Mahler (Maria Schell), seule survivante de l’attaque d’une diligence, devenue momentanément aveugle suite à ce drame. Une fois guérie, Elizabeth ne cache pas sa reconnaissance et sa tendresse à son sauveur, mais ce dernier la repousse, lui conseillant même de retourner dans son pays natal, la Suisse. Vexée, elle décide de rester sur place et d’acheter une concession pour y chercher de l’or ; elle s’associe avec Rune (qui n’est pas insensible à ses charmes) et Frenchy, ce dernier ayant pourtant tenté d’abuser d’elle peu de temps auparavant. La promiscuité avec cet homme malsain, la présence dans le campement d’un prédicateur violent et à moitié fou (Georges C. Scott), les jalousies latentes, l’appât du gain, les rumeurs qui courent sur le compte du docteur, etc., vont attiser la bestialité d’une partie de la population et ne vont pas tarder à causer des morts et des tentatives de lynchage…


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The Hanging Tree, alors qu’il marque les débuts à l’écran de George C. Scott, met en revanche non seulement fin au cursus westernien de Delmer Daves mais également à celui de Gary Cooper qui décédera seulement deux ans plus tard. Malade sur le tournage, il ne put pas accomplir tout ce que le cinéaste attendait de lui et notamment monter à cheval lui fut très souvent pénible. Grâce à son amitié avec l'auteur du roman qui ne voyait dans la peau du médecin personne d'autre que lui, l’immense comédien vieillissant trouve en tout cas ici l’un de ses rôles les plus riches et les plus ambigus, celui du docteur au passé énigmatique, mi-ange, mi-démon, capable d’une grande douceur lors de ses consultations, d’une grande tendresse envers la femme à qui il a fait retrouver la vue, mais dans le même temps pouvant avoir de redoutables accès de violence proches de la folie (au point de tuer avec rage son rival en le jetant d’une falaise) ou de prendre ses proches pour des esclaves. Impérial, sachant préserver les mystères de son complexe personnage, le comédien porte admirablement bien le film sur ses épaules. Dans le même temps, Delmer Daves signe donc ici son dernier western, lui qui avait réalisé son premier en tout début de décennie, le célèbre Broken Arrow (La Flèche brisée), connu non seulement pour ses réelles qualités mais aussi pour avoir été désigné comme le premier western pro-indien d’importance. Ce sera ensuite quatre ans plus tard l’intéressant Drum Beat (L’aigle solitaire), avant une série de trois chefs-d’œuvre consécutifs, Jubal (L’homme de nulle part), The Last Wagon (La Dernière caravane) et 3.10 pour Yuma. En 1958, il est à l’affiche encore deux fois toujours dans le domaine du western avec l’attachant Cow-Boy et le bien plus mineur The Badlanders (L’Or du hollandais). A la vue de tous ces titres, on remarque que le cinéaste aura fait tourner de nombreuses grandes stars du genre, à savoir, avant Gary Cooper, James Stewart, Jeff Chandler, Alan Ladd, Charles Bronson, Ernest Borgnine, Glenn Ford, Van Heflin ou encore Richard Widmark. Un beau palmarès !


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Dernier des huit westerns réalisés par Delmer Daves, The Hanging Tree préfigure par certains aspects mélodramatiques (déjà présents dans quasi chacun de ses films précédents, quel que soit le genre abordé, mais encore jamais aussi baroques qu’ici), ses mélodrames de fin de carrière aux situations expressément excessives, interprétés par Troy Donahue et abordant les problèmes des jeunes et de leurs relations avec les adultes, dont le premier se tourne d’ailleurs la même année que son western, le très beau Ils n’ont que 20 ans (A Summer Place). Une série de quatre films qui ne ressemblent à aucun autre, pas plus aux mélos de Douglas Sirk ou Vincente Minnelli qu’à ceux de Frank Borzage, uniques et paradoxaux puisque leur naïveté n’a d’égale que leur culot, leur premier degré n’a d’égale que leur pouvoir de subversion. A lire, une telle bizarrerie parait quasiment impossible et pourtant il suffit de voir ces fabuleux et étonnants mélodrames pour comprendre comment une telle mayonnaise a pu être rendue réalisable, entre kitsch assumé et lyrisme échevelé. Citons quand même les trois autres titres ne serait-ce que pour essayer de les sortir du relatif anonymat dans lesquels ils sont tombés : La Soif de la jeunesse (Parrish), Susan Slade et enfin Rome Adventure. Enfin, pour continuer à les faire connaitre, il ne faudrait pas non plus oublier le magnifique Spencer’s Mountain avec Henry Fonda et Maureen O’Hara, daté de 1963, sorte de chronique familiale située à l’époque contemporaine du tournage mais se déroulant dans de sublimes paysages westerniens. Tous ces films existent en DVD aux USA et bénéficient de sous titres français. Mais revenons-en au film qui nous préoccupe et qui, comme nous l’avons dit, augure déjà beaucoup ces mélos à venir.


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Un mystérieux médecin au passé trouble qui vient s’installer dans une maison surplombant un campement de mineurs ; un jeune homme recherché pour vol et qui va trouver refuge chez ce docteur qui, en échange de son silence, lui ordonne de rester à son service ; une jeune femme dont la diligence vient d’être attaquée et qui, seule survivante, va errer quelques jours dans la nature et devenir aveugle ; soignée par le médecin, elle va en tomber amoureuse mais va être repoussé par ce dernier pour on ne sait quelle raison alors que dans le même temps la libido d'un des chercheurs d'or va se déchainer à son encontre et que la jalousie du jeune homme va se réveiller… On imagine aisément les situations exacerbées qui vont pouvoir découler d’une telle histoire ; ce sont elles qui donnent d’ailleurs son ton unique à ce beau western mélodramatique qui s’avère par la même occasion plastiquement étonnant. Un film tout en verticalité alors que le western est un genre à priori plutôt dévolu à l’horizontalité de par ses amples paysages (c’est pour cette raison que je trouve le format 1.33 bien mieux convenir au film que le format 1.85 si on va s’amuser à comparer les deux sur DVDbeaver, aucun des deux n’étant évidemment ‘entier’). On ne compte plus ici les plongées et contre plongées, les vues subjectives de l’action du haut d’un promontoire, les mouvements de grue verticaux, etc. On n’oubliera pas de sitôt le premier travelling descendant sur le moulin dévoilant d’un coup le visage inquiétant de Karl Malden, ni l’image de cette cabane perchée à l’à-pic d’une colline et dominant le village, pas plus que le dernier travelling arrière digne de celui d’Autant en emporte le vent (Gone with the Wind). De par le génie visuel de son réalisateur, le film est déjà un véritable régal pour les yeux alors que certains mouvements de caméra nous procurent parfois un grand sentiment de plénitude.



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"Révolutionnaire plus tranquille qu’Aldrich, Mann et les autres mais non moins obstiné, Daves malmène les genres autant qu’un Ray ou un Fregonese, pulvérise le manichéisme traditionnel et, à travers le désordre formel que sa nature bouillonnante et féconde sème un peu partout, renouvelle profondément le cinéma hollywoodien" écrivait Jacques Lourcelles au sein sa critique de La Colline des potences que l'on peut lire dans son dictionnaire du cinéma. Je ne peux qu’approuver cette description. Et en effet, aucun manichéisme ici, les personnages possédant tous plus ou moins leurs parts d’ombres, parfaitement retranscrits par des comédiens qui sont tous dirigés de main de maître : que ce soient les protagonistes interprétés par Gary Cooper ou Karl Malden, alors que nous savons très bien pour simplifier à outrance que l’un est le ‘gentil’ et l’autre ‘le méchant’ de l’histoire, chacun des deux peut se révéler tour à tour attendrissant ou détestable. On sent bien là 'la marque de fabrique', la sensibilité et l'intelligence de Delmer Daves qui a par ailleurs très souvent été l'auteur complet de ses films ; et pourtant il n’aurait pas dirigé l’ensemble de ce western. Trop malade pour poursuivre le tournage dès la fin juillet 1958, Karl Malden aurait pris sa suite, Vincent Sherman étant venu lui apporter son soutien. Concernant cette originalité de ton et de situations, il serait également injuste de ne pas évoquer le court roman de Dorothy Johnson qui, aux dires de ses lecteurs, contiendrait déjà tous les éléments qui rendent ce western unique ; à tel point que The Hanging Tree est le seul film que la romancière avouait préférer à l’un de ses romans : "Et il m’en coûte fichtrement de vous dire ça" dira-t-elle à Philippe Garnier alors qu’en revanche elle n’aurait pas appréciée celle qui fut faite par John Ford pour L’Homme qui tue Liberty Valance. Un exemple des premières lignes du roman dont est tiré le film de Daves qui, si vous avez le film en tête, vous feront constater à quel point l’adaptation semble fidèle : "Juste avant de plonger vers le camp de chercheurs d’or de Skull Creek, la route enjambait le sommet d’une colline aride et passait sous la branche horizontale d’un grand peuplier de Virginie. Une courte longueur de corde, récemment coupée, pendait à la branche et se balançait dans le vent lorsque Joe Frail emprunta cette route pour la première fois, à pied, menant son cheval bâté par la bride…Quand Joe Frail leva les yeux vers la corde, ses muscles se contractèrent, car il se rappelait la malédiction qui pesait sur lui".


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On pourra certes trouver Maria Schell peu à sa place et parfois exaspérante à force de cris et pleurnicheries (nous aurions aimé que le cinéaste fasse une nouvelle fois appel à son égérie, la douce Felicia Farr), Ben Piazza bien trop fade et inexpressif, mais en revanche Gary Cooper est donc tout simplement magistral, n’ayant rien perdu de sa légendaire prestance pour ce rôle d’anti-héros, tour à tour déplaisant et vulnérable, monstrueux et généreux. Signalons aussi l’une des premières apparitions, déjà spectaculaire, de l’excellent George ‘Patton’ C. Scott dans la peau du prédicateur enflammé, et surtout d’un Karl Malden truculent et en pleine forme, incarnant avec force conviction ce mineur pittoresque, mélange de brutalité primaire et d'innocence due à son côté simplet ; ses moments de tendresse sont inoubliables d’autant qu’ils sont souvent suivis par le réveil d’une dangereuse libido, ceux deux états successifs contrastant avec une grande efficacité pour le spectateur qui est sans arrête partagé entre sympathie et dégoût. Pour le reste du casting, ce sont quasiment tous des seconds rôles très en retraits, formant le portrait très sombre et très réaliste de cette communauté de chercheurs d’or composée de femmes de petites vertus ou au contraire membres de ligues de vertus réactionnaires, d’hommes presque tous plus rustres les uns que les autres. Depuis Je suis un aventurier (The Far Country) d’Anthony Mann, nous n’avions pas eu une description aussi formidable et précise de la ruée vers l’or et de ses participants, ainsi que des phénomènes de foule, le groupe devenant littéralement fou suite à la découverte d’un filon, devenant incontrôlable suite à une décision de lynchage. Le dernier quart d'heure est de ce point de vue aussi puissant que certains films de Fritz Lang (Fury) ou William Wellman (The Ox-Bow Incident).


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Un western insolite et baroque, faisant parfois penser, comme le disait Bertrand Tavernier, à un roman gothique anglais. La nature y tient une fois encore une place considérable, Daves filmant avec autant d’attention que ses comédiens les magnifiques paysages de l’état de Washington au sein desquels s'est effectué le tournage. Le cinéaste en profite aussi pour nous brosser, grâce à de superbes décors, un souci documentaire et un réalisme rarement égalé jusqu’ici, un campement de mineurs au temps de la ruée vers l’or. Un western mélodramatique loin d’être parfait, le scénario manquant quelque peu de rigueur (on s'attarde par exemple trop sur l'histoire de la guérison d'Elizabeth), mais possédant une dose de lyrisme et de tendresse typiquement 'davesiennes' qui devrait ravir les amateurs de westerns adultes et non manichéens. Quand vous saurez que le tout est enveloppé dans l'un des très beaux scores de Max Steiner, et que le réalisateur n’a pas perdu son impressionnant et unique talent de paysagiste ni sa science du cadre, il se pourrait que vous ayez un coup de cœur pour ce western intense et atypique auquel on peut néanmoins préférer, toujours de Daves, les stylistiquement et scénaristiquement parlant moins chaotiques 3h10 pour Yuma, Jubal ou La Dernière Caravane. Néanmoins un western qui ne ressemble à aucun autre et qui boucle à merveille l'un des corpus westernien les plus passionnants qui soit.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Rick Blaine » 10 janv. 14, 11:08

Toujours pas vu celui là. Ca donne envie de s'y pencher.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 10 janv. 14, 11:09

Le prochain risque de bouleverser le top 5 8)

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Rick Blaine » 10 janv. 14, 11:11

Jeremy Fox a écrit :Le prochain risque de bouleverser le top 5 8)


Extraordinaire celui là. celui qui m'a le plus marqué lors de la découverte des films de Boetticher.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 10 janv. 14, 11:12

Rick Blaine a écrit :
Jeremy Fox a écrit :Le prochain risque de bouleverser le top 5 8)


Extraordinaire celui là. celui qui m'a le plus marqué lors de la découverte des films de Boetticher.



Je viens d'en faire les captures ; rien que ça m'a donné quelques frissons de bonheur tellement les cadrages sont beaux.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar hellrick » 10 janv. 14, 12:40

Rick Blaine a écrit :Toujours pas vu celui là. Ca donne envie de s'y pencher.


Je le trouve très bien :wink:
Critiques ciné bis http://bis.cinemaland.net et asiatiques http://asia.cinemaland.net

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar feb » 10 janv. 14, 18:13

Jeremy Fox a écrit :Le prochain risque de bouleverser le top 5 8)

8)
ed a écrit :Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 11 janv. 14, 16:14

Déception ; sauf le Top 10 est modifié :mrgreen:



* 1- La Charge Héroïque (John Ford)
* 2- Le Passage du Canyon (Jacques Tourneur)
* 3- Les Affameurs (Anthony Mann)

* 4- Johnny Guitar (Nicholas Ray)
* 5- Decision at Sundown (Budd Boetticher)
* 6- Je suis un aventurier (Anthony Mann)
* 7- La Chevauchée de la vengeance (Budd Boetticher)
* 8- La Porte du Diable (Anthony Mann)
* 9- Le Massacre de Fort Apache (John Ford)
* 10- Au-Delà du Missouri (William Wellman)

ballantrae
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar ballantrae » 11 janv. 14, 20:11

Fort bel article sur Wichita qui mérite effectivement d'être réhabilité voire tout simplement découvert.
Par ailleurs j'aime bcp Hanging tree qui me surprend à chaque nouveau visionnage.Le terme "gothique" est peut-être excessif mais en tout cas insolite correspond bien au film au film à la fois par son récit, son utilisation des décors, ses changements de registres et bien sûr ses personnages bigger than life.Un western borzagien peut-être? Cela ne convient même pas à mon impression.

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wichita
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar wichita » 11 janv. 14, 23:09

Jeremy Fox a écrit :Déception ; sauf le Top 10 est modifié :mrgreen:



* 1- La Charge Héroïque (John Ford)
* 2- Le Passage du Canyon (Jacques Tourneur)
* 3- Les Affameurs (Anthony Mann)

* 4- Johnny Guitar (Nicholas Ray)
* 5- Decision at Sundown (Budd Boetticher)
* 6- Je suis un aventurier (Anthony Mann)
* 7- La Chevauchée de la vengeance (Budd Boetticher)
* 8- La Porte du Diable (Anthony Mann)
* 9- Le Massacre de Fort Apache (John Ford)
* 10- Au-Delà du Missouri (William Wellman)


3 Mann , 2 Ford et 2 Budd B.

Evidemment ça laisse pas beaucoup de place aux Hawks , Walsh , Dwan et autres Sam Fuller :lol:
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Roger : " You don't ! "

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 12 janv. 14, 08:49

wichita a écrit :
Evidemment ça laisse pas beaucoup de place aux Hawks , Walsh , Dwan et autres Sam Fuller :lol:



C'est vrai qu'ils ne font pas leur apparition avant la 28ème place et que Fuller ne fera pas partie du top 50 final :oops: (Voir le top 50 dans le premier post)