Le Western américain : Parcours chronologique III 1955-1959

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 27 déc. 13, 09:01

Jeremy Fox a écrit :
A suivre donc, si la copie n'est pas trop mauvaise (ce qui est loin d'être certain), Tonka de Lewis R. Foster, une production Disney.


Copie saccadée à tel point qu'on dirait voir un film muet ; j'ai tenu 10 minutes. Je m'occupe donc du résumé de l'année 1958 et on entame l'année 1959 avec Good Day for a Hanging de Nathan Juran

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Jeremy Fox
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Le Western américain : L'année 1958

Messagepar Jeremy Fox » 27 déc. 13, 09:39

Le Western de 1958

Et au bout de 340 films, toujours aucun western d'importance n'a encore été oublié à ce jour


Mon petit récap subjectif pour 1958 :


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* Western préféré de l'année : Le Salaire de la violence (Gunman's Walk) de Phil Karlson
* Plus belle découverte (film quasiment inconnu) : L'héritage de la colère (Money, Women and Guns) de Richard Bartlett
* Coup de coeur : L’Aventurier du Texas (Buchanan Rides Alone) de Budd Boetticher
* Les classiques qui m'ont déçu : Le Gaucher d'Arthur Penn ; La Fureur des hommes de Henry Hathaway ; Bravados de Henry King ; L'homme de l'Ouest de Anthony Mann


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Les westerns les plus importants (historiquement) de cette année :

* Cow Boy : Delmer Daves :arrow: Page 60
* Libre comme le vent (Saddle the Wind) : Robert Parrish :arrow: Page 60
* Sur la piste des Comanches (Fort Dobbs) : Gordon Douglas :arrow: Page 60
* La Vallée de la Poudre (The Sheepman) : George Marshall :arrow: Page 61
* Le Gaucher (The Left Handed Gun) : Arthur Penn :arrow: Page 61
* La Fureur des Hommes (From Hell to Texas) : Henry Hathaway :arrow: Page 63
* Le Trésor du Pendu (The Law and Jake Wade) : John Sturges :arrow: Page 64
* Bravados (The Bravados) : Henry King :arrow: Page 65
* Le Salaire de la Violence (Gunman’s Walk) : Phil Karlson :arrow: Page 66
* L’Aventurier du Texas (Buchanan Rides Alone) : Budd Boetticher :arrow: Page 68
* L’Or du Hollandais (The Badlanders) : Delmer Daves :arrow: Page 69
* Les Grands Espaces (The Big Country) : William Wyler :arrow: Page 70
* L’Homme de l’Ouest (Man of the West) : Anthony Mann Page 70


********************************************************************************************************



Si les éditeurs cherchent des idées, il me serait très agréable de trouver pour ce cru 58

* Pour la Allied Artists : Bullwhip de Harmon Jones avec Guy Madison & Rhonda Fleming
Quantrill's Raiders de Edward Bernds avec Steve Cochran & Diane Brewster

* Pour la Fox : Cattle Empire de Charles Marquis Warren avec Joel McCrea & Don Haggerty
Showdown at Boot Hill de Gene Fowler avec Charles bronson & Robert Hutton



*************************************************************************************************************



Mon top 50 arrivé à cette date : aucun changement depuis fin 1957 ; cette nouvelle année n'a rien changé à la donne

* 1- La Charge Héroïque (John Ford)
* 2- Le Passage du Canyon (Jacques Tourneur)
* 3- Les Affameurs (Anthony Mann)

* 4- Johnny Guitar (Nicholas Ray)
* 5- Decision at Sundown (Budd Boetticher)
* 6- Je suis un aventurier (Anthony Mann)
* 7- La Porte du Diable (Anthony Mann)
* 8- Le Massacre de Fort Apache (John Ford)
* 9- Au-Delà du Missouri (William Wellman)
* 10- 3.10 pour Yuma (Delmer Daves)
* 11- Sept hommes à abattre (Budd Boetticher)
* 12- La Dernière caravane (Delmer Daves)
* 13- L'Homme de la Plaine (Anthony Mann)
* 14- Convoi de Femmes (William Wellman)
* 15- La Ville Abandonnée (William Wellman)
* 16- Le Convoi des Braves (John Ford)
* 17- Rio Grande (John Ford)
* 18- Le Traître du Texas (Budd Boetticher)
* 19- La Rivière de nos Amours (André de Toth)
* 20- Fort Bravo (John Sturges)
* 21- Règlement de comptes à OK Corral (John Sturges)
* 22- Sur la Piste des Mohawks (John Ford)
* 23- Une Aventure de Buffalo Bill (Cecil B. DeMille)
* 24- Winchester 73 (Anthony Mann)
* 25- La Prisonnière du désert (John Ford)
* 26- L'Homme de l'Arizona (Budd Boetticher)
* 27- Le Mariage est pour Demain (Allan Dwan)
* 28- La Charge Victorieuse (John Huston)
* 29- Tomahawk (George Sherman)
* 30- Quatre étranges cavaliers (Allan Dwan)
* 31- La Dernière chasse (Richard Brooks)
* 32- Smith le Taciturne (Leslie Fenton)
* 33- Un Jeu Risqué (Jacques Tourneur)
* 34- Victime du destin (Raoul Walsh)
* 35- La Cible Humaine (Henry King)
* 36- La Rivière Rouge (Howard Hawks)
* 37- La Charge Fantastique (Raoul Walsh)
* 38- La Piste des Géants (Raoul Walsh)
* 39- La Caravane Héroïque (Michael Curtiz)
* 40- Le Relais de l'or maudit (Roy Huggins)
* 41- Joe Dakota (Richard Bartlett)
* 42- La Flèche brisée (Delmer Daves)
* 43- La Mission du Commandant Lex (André de Toth)
* 44- Viva Zapata ! (Elia Kazan)
* 45- La Charge des Tuniques Bleues (Anthony Mann)
* 46- La Captive aux yeux clairs (Howard Hawks)
* 47- L'Homme des Vallées Perdues (George Stevens)
* 48- L'Appât (Anthony Mann)
* 49- L’homme de nulle part (Delmer Daves)
* 50- Bronco Apache (Robert Aldrich)

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Re: Le Western américain : L'année 1958

Messagepar Rick Blaine » 27 déc. 13, 10:56

Jeremy Fox a écrit :Western préféré de l'année : Le Salaire de la violence (Gunman's Walk) de Phil Karlson


Excellent choix! :D

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Re: Le Western américain : L'année 1958

Messagepar xave44 » 28 déc. 13, 20:23

Jeremy Fox a écrit :Le Western de 1958

* Les classiques qui m'ont déçu : ............................................................................................... L'homme de l'Ouest de Anthony Mann



J'ai eu de la peine en te lisant car il me parait être un Mann essentiel, peut-être son chef d’œuvre. :(
Et je ne partage pas du tout l'avis de Tavernier et Coursodon à son sujet.
En revanche, ta critique du Karlson m'a donné envie de le découvrir. :)

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : L'année 1958

Messagepar Jeremy Fox » 28 déc. 13, 22:55

xave44 a écrit :
Jeremy Fox a écrit :Le Western de 1958

* Les classiques qui m'ont déçu : ............................................................................................... L'homme de l'Ouest de Anthony Mann



J'ai eu de la peine en te lisant



Ben oui ; j'avais pourtant prévenu :oops:


xave44 a écrit :En revanche, ta critique du Karlson m'a donné envie de le découvrir. :)


Peu de chances que tu n'accroches pas :wink:

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hellrick
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Re: Le Western américain : L'année 1958

Messagepar hellrick » 28 déc. 13, 23:06

Rick Blaine a écrit :
Jeremy Fox a écrit :Western préféré de l'année : Le Salaire de la violence (Gunman's Walk) de Phil Karlson


Excellent choix! :D


yes :wink:
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Jeremy Fox
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Good Day for a Hanging

Messagepar Jeremy Fox » 31 déc. 13, 08:24

Après une cuvée 1958 assez décevante, 1959 commence sur les chapeaux de roue par une petite pépite méconnue du genre. Parfait pour terminer l'année 2013 :wink:


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Good Day for a Hanging (1959) de Nathan Juran
COLUMBIA



Avec Fred MacMurray, Margaret Hayes, Robert Vaughn, Joan Blackman, James Drury, Wendell Holmes
Scénario : Daniel B. Ullman & Maurice Zimm
Musique : Diverses reprises dont celle de 3.10 pour Yuma
Photographie : Henry Freulich (ColumbiaColor 1.85)
Un film produit par Charles H. Schneer pour la Columbia


Sortie USA : Janvier 1959


Springdale, petite ville tranquille du Nebraska. La banque est attaquée par un groupe de hors-la-loi ; le hold-up tourne mal à cause d’un employé voulant jouer au héros mais qui au final n’obtient qu’une seule chose, la mort ! Une poursuite s’organise qui se termine également par un autre décès, celui du shérif Hiram Cain. Ben Cutler (Fred Mac Murray), qui se trouvait dans le groupe des poursuivants, réussit à désarçonner l’homme qu’il croit être le meurtrier, le jeune Eddie Campbell (Robert Vaughn), le blesse et le ramène en ville afin qu’il y soit jugé dans les règles. Il réussit à convaincre ses concitoyens de ne pas en passer par le lynchage d’autant plus qu’il connaît très bien le jeune homme, un orphelin qui fut autrefois épris de sa fille Laurie (Joan Blackmann). Peu après, on vient lui proposer de prendre la succession du défunt shérif. Il accepte. Au cours du procès, on se rend très vite compte que tous les participants au Posse ne sont pas certains que l’accusé soit vraiment le coupable. Seul Ben Cutler ne veut pas en démordre et son seul témoignage fait pencher le jury en faveur du verdict de culpabilité. Eddie Campbell est donc condamné à la pendaison. Mais, au fur et à mesure que l’échéance approche et que l’on monte le gibet en face de la prison, la population dans son ensemble, ému par la sincérité de l’accusé qui s’est écroulé en pleurs à la fin du procès, commence à changer son fusil d’épaule et à croire en son innocence. Ben Cutler, étrangement obstiné, se retrouve seul contre tous à vouloir que justice soit faite. Pourquoi un homme aussi bon et honnête peut-il en vouloir autant à ce jeune outlaw ? Pourquoi le fait d’avoir endossé l’insigne de Marshall lui fait perdre son flegme au point de le faire se battre à poings nus avec le futur gouverneur, alors avocat de la défense ? Souhaite-t-il cette pendaison pour que sa fille, toujours amourachée de ce "Bad Guy" et plus que jamais convaincue de son innocence, puisse s’en détacher définitivement ? Va-t-il risquer de perdre la femme qu’il doit épouser pour une simple question de fierté et de justice ?


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Nathan Juran qui en 1953 avait délivré pas moins de trois westerns très sympathiques pour la Universal (Quand la poudre parle - Law and Order avec Ronald Reagan, ainsi que Le Tueur du Montana - Gunsmoke et Qui est le traître ? - Tumbleweed, tous deux avec Audie Murphy) nous laissait sur un souvenir mitigé avec son western suivant réalisé en 1954, toujours avec Audie Murphy, La Rivière de la poudre. Intrigue cette fois bien trop banale et protagonistes bien trop caricaturaux pour arriver à nous captiver. Entre temps, le cinéaste n'avait plus abordé le genre. La surprise que constitue Good Day for a Hanging est d'autant plus grande qu'il s'agit ce coup-ci d'une véritable petite pépite oubliée du western. Et le terme 'oublié' est loin d’être galvaudé pour ce film car il semblerait que quasiment personne en France ne l’ait vu avant sa sortie en DVD. J’ai eu beau feuilleter tous les ouvrages français consacrés au genre et toutes les notules concernant Nathan Juran, personne ne l’a jamais ne serait-ce qu’évoqué, que ce soit en bien ou en mal. Il est donc temps de faire connaître ce très beau western au scénario passionnant. Avant ça, n'allant plus recroiser Nathan Juran au sein de ce parcours, refaisons un dernier rapide focus sur une carrière qui mérite qu'on s'y arrête. Né en Autriche, il a été directeur artistique à Hollywood dès 1937. Alors qu’il opère dans les services de contre-espionnage américain pendant la Seconde Guerre mondiale, il gagne un Oscar pour son magnifique travail pour Qu’elle était verte ma vallée de John Ford. Il vient à la mise en scène en 1952 avec The Black Castle, transposition des célèbre Chasses du Comte Zaroff. Il se consacre ensuite surtout au western, à la science-fiction et signe un film d’aventure, The Golden Blade, avec Rock Hudson et Piper Laurie, ainsi qu’un film de sous-marins dans lequel nous trouvons réunis Ronald et Nancy Reagan, Hellcats of the Navy. Sous le pseudonyme de Nathan Hertz, il réalise également à la fin des années 60 des séries Z aux titres ne manquant pas de piquant tels The Brain from Planet Arous ou Attack of the 50 Foot Woman. Mais il est aujourd’hui surtout réputé pour avoir tourné des films cultes dans le domaine du film fantastique 'féerique', précurseurs de l’Héroic-Fantasy, les indémodables Septième voyage de Sinbad (1958) et Jack, le tueur de géants (1962).


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S’il avait été diffusé en France, gageons que son western Good Day for a Hanging aurait été tout à fait à sa place dans tous les bons ouvrages sur le genre ! S’il n’a pas bénéficié d’une distribution à grande échelle, cela peut s’expliquer par son faible budget de départ. Un fait ne trompe pas : la minuscule société de production Morningside (qui ne comptera à son actif que cinq films) n’a même pas eu les moyens d’embaucher un compositeur pour la musique à moins qu'elle ait été victime de la grève des compositeurs qui sévissait alors à Hollywood ; elle a donc décidé de faire un 'mix' avec des scores déjà existants et écrits pour les westerns de la firme Columbia, distributeur du film. Good Day for a Hanging n’y a pas perdu au change puisqu’au final, il a bénéficié en partie de la somptueuse et poignante partition de George Duning pour 3h10 pour Yuma ainsi que d’extraits d’autres musiques composées par Mischa Bakaleinikoff ou Heinz Roehmeld pour ne citer que les plus connus ; et force est de constater que ce mélange tient assez bien la route. Le budget très resserré se voit aussi à l’image, le film ayant été tourné dans un procédé photographique plutôt fauché, le Columbiacolor. Mais Nathan Juran a trouvé des parades qui font que le film ne fait jamais vraiment 'cheap' ; au contraire, ces faibles moyens ne sont, dans le cas présent, absolument pas pénalisants et ne gâchent en rien la vision du film. Attention aux spoilers désormais !


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Le spectateur est happé dès la première séquence qui prend immédiatement le contre-pied des conventions habituelles. Le film débute avant le générique. Trois cavaliers surplombent une plaine au fond de laquelle caracole une diligence. Que pensons-nous qu’il va se passer ? L’attaque de la diligence évidemment ! Et bien pas du tout ! A l’intérieur de cette dernière se trouvent deux hommes que ces cavaliers n’ont pas l’air d’inquiéter. On comprend alors vite que ce sont tous des complices qui se dirigent en ville pour y effectuer un coup malhonnête. L’attaque de la banque qui s’ensuit est un modèle de suspense et de découpage, et se révèle superbement prenante. La poursuite qui s’engage, après le hold-up effectué, est également parfaitement rythmée et se termine par la mort du shérif et l’arrestation de celui qu’on pense être son meurtrier car, tout comme les six hommes du Posse, nous avons été les témoins de la scène qui va ensuite être discutée à bâtons rompues lors du futur procès. Disons d’emblée que le scénariste Daniel B. Ulmman, déjà auteur de l'excellent Fort Osage de Lesley Selander ainsi que du chef-d’œuvre de Jacques Tourneur, Wichita, en connaît un rayon question manipulation du spectateur. A tel point qu’il va m’être difficile d’analyser trop avant ce magnifique western sous peine de dévoiler les subtilités et les retournements de situations menés de main de maître par cet homme qui se tournera par la suite vers la télévision et signera d’innombrables épisodes de célèbres séries telles Le Fugitif, Les Mystères de l’Ouest, Mission impossible, Mannix...


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Au départ, toute la ville sera derrière le nouveau Marshall dans sa volonté de faire juger et condamner l’assassin du shérif bien aimé. Puis, à mesure de l’avancée de l’intrigue, après que nous nous soyons pris nous-mêmes de sympathie pour l’accusé, Ben Cutler, comme Gary Cooper dans High Noon (le train sifflera trois fois), va se retrouver seul contre tous, les citoyens décidant même de signer une pétition afin d’obtenir la grâce gouvernementale pour éviter une pendaison qu’ils jugent finalement inutile. Mais alors que dans High Noon, le spectateur se range aisément du côté de l’homme seul face à la lâcheté de ses concitoyens, l’intrigue du film de Juran est beaucoup plus complexe et subtile ; si nous sommes ravis de voir une populace pleine de bon sens, clémente et abhorrant la peine de mort (fait assez inhabituel pour un western de cette époque), nous ne savons pas quoi penser de l’attitude du Marshall car nous douterons tout du long quant à savoir si le jeune Eddie Campbell est innocent ou coupable malgré le fait d’avoir vu la séquence du 'meurtre'". Et c’est l’une des grandes forces de ce scénario de nous prendre à partie de la sorte ; de même que les témoins au procès, nous-mêmes ne sommes plus certains de ce que nous avons vu précédemment et nous nous demanderons jusqu’à la fin (et même après) si nous avons bien vu ce qui s’est réellement passé. Inutile de faire un retour arrière pour se repasser le chapitre, la séquence est assez intelligemment filmée et découpée pour ne jamais vraiment faire lever le doute. Grâce à cela, nous pouvons voir et revoir le film sans que l’effet de surprise soit éventé puisque l’interrogation se posera de nouveau à chaque vision.


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Mais le film ne serait pas aussi réussi s’il ne tenait que sur un scénario 'malin'. Le portrait de cette petite ville, de ses habitants et les notations, par petites touches sensibles, sur leur vie quotidienne sont remarquablement écrits ; la manière de s’attarder sur de petits détails rend quasiment tous les personnages véritablement attachants. L’avocat de la défense qui se saoule par dépit à chaque fois qu’il n’a pas réussi à sauver son client ; sa discussion avec le Marshall sur la manière de rendre l’exécution la moins voyeuriste et la plus digne possible ; le Marshall discutant le menu du jour avec sa future épouse ; cette dernière n’arrivant pas à comprendre l’acharnement que porte son homme sur l’accusé, outrée de le voir prendre en charge une exécution capitale et lui demandant de choisir entre son attachement à faire respecter la loi et son amour pour elle ; la fille du Marshall persuadée de l’innocence de l’accusé dont elle demeure amoureuse malgré ses mauvais côtés ; les deux gardiens de prison trinquant avec le condamné en lui souhaitant bonne chance ; la vieille veuve du shérif évoquant la pitié et la tristesse qu’elle éprouve pour l’assassin de son mari... Autant d’idées qui rendent ce film d’une incroyable richesse psychologique et par ailleurs très émouvant. Difficile de retenir ses larmes lors de la séquence qui voit l’accusé s’écrouler en pleurs après le verdict de culpabilité ; en larmes et complètement abattu, mort de peur de sentir la mort si proche, il demande néanmoins qu’on lui accorde une seconde chance, lui qui, orphelin de naissance n’en a jamais eu de sa vie, et qui se déclare innocent en acceptant malgré tout la décision du jury et le témoignage négatif du père de sa 'fiancée'.


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A ce propos, célébrons une interprétation d’ensemble de très grande qualité à commencer justement par Robert Vaughn qui nous émeut tant lors de la scène décrite ci-dessus. Le Napoleon Solo de la série Agents très spéciaux, campe ici un hors-la-loi loin de ses rôles habituels de tueur sanguinaire et sadique. Mais cet excellent casting est dominé comme il se doit par la star du film, Fred Mac Murray que l’on a eu trop peu souvent l’occasion de voir dans de bons westerns. L’acteur reste surtout dans la mémoire des cinéphiles comme ayant été le personnage principal de deux des plus grands films noirs romantiques, vampés successivement par Barbara Stanwick et Kim Novak dans Assurance sur la mort (Double Indemnity) de Billy Wilder et Du Plomb pour l’inspecteur (Pushover) de Richard Quine avant d’être l’inoubliable Jeff Sheldrake dans La Garçonnière (The Appartment) de Billy Wilder. Dans Good Day for a Hanging, il est admirable de sobriété et foncièrement attachant dans la peau de ce personnage finalement assez ambigu, honnête homme qui peut néanmoins avoir des réactions pour le moins étranges et, par exemple, se battre avec force violence en pleine rue pour des broutilles. Tous les seconds rôles sont aussi bien campés, et notons l’importance des femmes au cours de cette intrigue, avec, dans les personnages principaux, l’épouse et la fille du Marshall ainsi que la veuve du shérif, superbe Kathryn Card.


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La fin qui pourra décevoir au premier abord, ayant l’air d’avoir été imposée par la production pour finir sur une note plus conventionnelle, est assez curieuse. Faisant terminer le film sur une violence sèche et inattendue, contrastant avec tout ce qui a précédé, elle propose un revirement scénaristique assez brutal mais n’annihile pourtant pas grand chose et ne change finalement rien à la donne de départ : l’énigme reste entière. Il est certain que ce final atténue un tant soit peu ce que l’on avait pris à juste titre comme un film contre la peine de mort mais garde assez de mystère pour qu’on continue malgré tout à vouloir le croire. Ne pouvant pas en dire davantage de peur de déflorer les passages les plus importants du film, tout ceci vous paraîtra certainement un peu flou. Mais si seulement ces 'blancs' dans ma chronique peuvent vous donner l’envie de découvrir ce petit western formidablement réussi et très précieux par l’abondance de tout un tas de détails inhabituels et sa recherche du réalisme, ma mission aura été réussie ! Sinon ce film me confirme que Nathan Juran fut l'un des tous meilleurs réalisateurs de série B dans le domaine du western.

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 31 déc. 13, 11:27

Encore 16 films pour 1959 et j'en aurais terminé avec cette troisième partie ; je continuerais néanmoins à alimenter les trois topics si de nouveaux westerns viennent faire leur apparition en DVD ou à la télé concernant ces périodes précises. En revanche la partie 4 est un peu compromise ou alors je pourrais l'entreprendre mais à un rythme beaucoup moins soutenu, beaucoup plus décousu, au gré de mes envies (je ne peux raisonnablement pas ne pas écrire sur Alamo par exemple :) ). A suivre... Je vais déjà boucler celle-ci et je verrais ensuite en fonction de quelques paramètres qui ne me seront connus plus précisément qu'en milieu de printemps.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar redpaul » 31 déc. 13, 12:06

Ces différents parcours chronologiques sont en tout cas une mine d'or pour les amateurs de western dont je suis.
Les découvertes ont été innombrables grâce à tes indications mais aussi celles de tous les autres intervenants.
Ceci est donc un message d'encouragement - ceux qui n'écrivent pas comme moi, apprécient néanmoins le travail réalisé... Il faut le dire de temps à autre...
Et j'en profite en HS pour dire combien ce site est une boussole pour tout cinéphile passionné.
Merci à vous tous ! Et bonne année (encore HS désolé)

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 31 déc. 13, 12:08

redpaul a écrit : (encore HS désolé)


Pas à l'être ; les encouragements sont toujours les bienvenus. :wink: Merci donc et meilleurs voeux à toi et à tous les autres :)

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar someone1600 » 2 janv. 14, 15:24

Toujours un plaisir a lire!

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 2 janv. 14, 15:25

someone1600 a écrit :Toujours un plaisir a lire!


:wink:

Tiens, curieux de savoir ; est-il connu/réputé aux USA le film de Nathan Juran ?

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Re: Le Western américain : L'année 1958

Messagepar pak » 3 janv. 14, 01:20

Jeremy Fox a écrit :* Les classiques qui m'ont déçu : La Fureur des hommes de Henry Hathaway


Ben un film réalisé par Hathaway (ou un autre réal connu) n'est pas forcément un classique... J'aime bien le film, mais de là à le considérer comme un classique... :wink:
Le cinéma : "Il est probable que cette marotte disparaîtra dans les prochaines années."

Extrait d'un article paru dans The Independent (1910)

http://www.notrecinema.com/

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar someone1600 » 3 janv. 14, 04:14

Jeremy Fox a écrit :
someone1600 a écrit :Toujours un plaisir a lire!


:wink:

Tiens, curieux de savoir ; est-il connu/réputé aux USA le film de Nathan Juran ?


Personnellement je ne le connaissais pas mais il me semble qu'il était passe a tcm il y a quelques années

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Escort West

Messagepar Jeremy Fox » 3 janv. 14, 18:58

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Escorte pour l'Orégon (Escort West - 1959) de Francis D. Lyon
UNITED ARTISTS



Avec Victor Mature, Faith Domergue, Elaine Stewart, Leo Gordon, Reba Waters
Scénario : Leo Gordon & Fred Hartsook
Musique : Henry Vars
Photographie : William H. Clothier (Noir et blanc 2.35)
Un film produit par Nate H. Edwards, John Wayne & Robert E. Morrison pour la United Artists


Sortie USA : 23 janvier 1959


Dans le Nevada juste après la fin de la Guerre de Sécession. L’ex-officier confédérée Ben Lassiter (Victor Mature), accompagné par Abbey (Reba Waters), sa fille de dix ans, est en route vers l’Orégon où il a décidé de commencer une nouvelle vie dans la ferme de sa tante. Lors d’une halte au relais tenu par les Fenniman, ils tombent sur une patrouille de l’Union chargée d’acheminer la paye des soldats. Le Lieutenant Weeks (John Hubbard) doit dans le même temps escorter deux soeurs ; l’une, Betty (Elaine Stewart), est fiancée avec le commandant de la seconde escouade qu'ils doivent rejoindre, le Capitaine Poole (Howard Ching), tandis que l’autre, Barbara (Faith Domergue), a perdu son mari durant le conflit civil et ne peut plus supporter la vue d’un Sudiste. Ben et sa jeune fille font alors les frais des sarcasmes de cette dernière ainsi que de tous les soldats Yankees. Mais les deux groupes finissent par se séparer et repartir chacun de leurs côtés. Ben est attaqué par des indiens Modoc ; ayant réussi à s’échapper, il retourne au relais des Fenniman pour se reposer mais trouve tous les bâtiments détruits, leurs occupants massacrés. Seules les deux sœurs ont réussi à échapper au carnage en se cachant dans une cave ; les voilà reparties avec Ben et sa fille pour retrouver et avertir les militaires de l'imminence du danger. Ce dont ils ne se doutent pas, c’est que la deuxième escouade est elle aussi en mauvaise posture, enfermée dans une sorte de blocus par les mêmes indiens Modoc ayant déjà décimés la troupe transportant l’argent. Le voyage ne va pas être de tout repos surtout que les rancœurs sont tenaces de la part de Barbara…


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La traversée de territoires indiens hostiles par une petite troupe conduite par un ‘rebelle’ et constituée presque uniquement de femmes et de jeunes adolescents dont certains, par leur haine, vont rendre le voyage encore plus difficile et dangereux ; ceci ne vous rappelle-il-pas un autre western ? Vous aurez probablement pensé à juste titre à La Dernière Caravane (The Last Wagon) de Delmer Daves. Les deux films possèdent en effet quelques points communs dans leurs intrigues mais les ressemblances s’arrêtent là, car autant le film de Daves est un des sommets du genre, autant celui de Francis D. Lyon devrait être 'condamné' pour ses laborieuses et interminables 75 minutes qui sont une véritable atteinte au plaisir cinématographique ou, au choix, un somnifère de premier ordre. Dans le domaine du western, Francis D. Lyon avait tourné en 1956 L’infernale poursuite (The Great Locomotive Chase), un western familial pour les studios Disney avec dans le rôle principal leur vedette d’alors, Fess ‘Davy Crockett’ Parker ; l’année suivante, Fureur dans l’Oklahoma (The Oklahoman) était sa deuxième incursion dans le genre, guère mémorable. Avant de passer à la réalisation, Francis D. Lyon avait surtout été connu pour avoir obtenu un Oscar en collaboration avec Robert Parrish pour le montage de Body and Soul (Sang et or) de Robert Rossen. D’autant plus étonnant qu’il ait pu laisser passer un montage aussi calamiteux que celui de son Escorte vers l’Orégon ! D’ailleurs, en tant que réalisateur, aucun de ses films ne sera passé à la postérité ; et pour cause : vraiment rien d’enthousiasmant dans tout ce que j’ai pu voir de lui jusqu’à présent, ce dernier western étant encore plus mauvais et indigent que les précédents !


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Comme pour Fureur sur l’Oklahoma, Escort West bénéficiait d’un assez bon potentiel de départ (si ce n’est original, plutôt sympathique et à priori distrayant), malheureusement sous exploité dans ce western totalement inoffensif qui n'a pas bénéficié d'un budget important même si on a voulu le faire passer pour un western de prestige avec son format scope. Après les cinq premières minutes qui auraient pu nous faire croire à un western insolite (le décor extérieur du relais est vraiment très réussi) et plutôt tendre (rarement nous avions eu l’occasion de voir en personnages principaux un duo père/fille), il faut vite déchanter et devoir supporter 75 longues minutes d'une totale médiocrité ! Le cinémascope tente donc de cacher le manque flagrant de budget mais nous ne sommes pas dupes longtemps et malheureusement, le cinéaste ne possède pas la moindre once de talent ni d'imagination pour pallier à tout ça. La pauvreté des dialogues, du scénario, le manque de conviction de l'interprétation, l’inexpressivité de la plupart des comédiens (pourtant chevronnés pour la plupart) et l'absence totale d'une quelconque vigueur dans la mise en scène font de ce film mené sans aucun entrain un calvaire ridicule (les pauvres indiens) et d’une mollesse comme ce ne devrait pas être permis. Un ensemble totalement terne à l’image du scénario totalement conventionnel, ses enjeux dramatiques étant tous attiédis par une écriture sans puissance, témoin cette construction complètement foireuse. La tension et l’émotion, il n’y en a quasiment pas alors qu’au vu de l’intrigue, nous pouvions largement compter dessus. Si la partie ‘familiale et romantique’ avait été réussie, nous n’aurions pas tenu rigueur au film d’un tel manque de robustesse ; mais même ce côté ‘romance’ n’est pas vraiment bien exploitée. On a beaucoup de mal à sentir vivre ces situations et personnages.


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A quoi alors se raccrocher ? Pas à la musique d’Henry Vars (Sept hommes à abattre pourtant) parfois totalement assourdissante, disproportionnée, envahissante ou hors-sujet. Pas à la photographie de William H. Clothier (Track of the Cat pourtant), pas spécialement laide mais aussi plate que l’ensemble malgré de beaux paysages à sa disposition et quelques beaux plans. Pas à l’histoire très banale (pourtant écrite par l’excellent comédien Leo Gordon) ni à la beauté plastique d’un film qui en est dépourvu. Pas aux dialogues inconsistants ni à une quelconque efficacité des scènes d’action. Pas à la jeune actrice sans aucun talent ni à Victor Mature que l’on a connu bien plus convaincant et inspiré notamment dans le genre (La Poursuite Infernale - My Darling Clementine ; La Charge des Tuniques Bleues – The Last Frontier). Et comment ne pas regretter une telle brochette de seconds couteaux totalement sous exploités : Noah Beery, Jr., Slim Pickens, Rex Ingram, and Harry Carry, Jr.,…, comment ne pas être agacé par les maquillages outranciers et ratés d’aussi jolies actrices telles Elaine Stewart et Faith Domergue ? Pour tout dire, la deuxième collaboration entre Batjac (John Wayne fait partie des producteurs) et Ramona n’est guère réjouissante. Pas la peine de s’y étendre plus avant ; mieux vaut passer à autre chose !