Le Western américain : Parcours chronologique III 1955-1959

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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The Lonely Man

Messagepar Jeremy Fox » 20 sept. 13, 14:29

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Jicop le proscrit (The Lonely Man - 1957) de Henry Levin
PARAMOUNT


Avec Jack Palance, Anthony Perkins, Lee Van Cleef, Neville Brand, Robert Middleton, Elaine Aiken, Claude Akins
Scénario : Harry Essex & Robert Smith
Musique : Van Cleave
Photographie : Lionel Lindon (Noir et blanc 1.85)
Un film produit par Pat Duggan pour la Paramount


Sortie USA : 17 novembre 1957


Le hors-la-loi Jacob Wade (Jack Palance), après 15 ans d’une vie violente et mouvementée, voudrait désormais pouvoir regagner une certaine respectabilité. Il revient dans la petite ville de Red Bluff pour y retrouver son fils Riley (Anthony Perkins) et son épouse, qu’il avait tous deux abandonné dès le début de sa vie de rapine et de meurtre. Le jeune garçon, la rage au ventre, lui apprend qu’entre temps sa mère s’est suicidée et en fait porter l’entière responsabilité à son père. Malgré sa haine à son égard, Riley décide de le suivre mais, devant la réputation de Jacob, ils sont chassés de partout et n’arrivent à se fixer nulle part. L’ancien outlaw a néanmoins l’intention de parfaire l’éducation de son fils afin qu’il ne fasse pas les mêmes erreurs que lui et ne bifurque pas sur la mauvaise voie ; lorsque Riley tombe malade, son père décide de le conduire au ranch de son ancienne maîtresse, Ada (Elaine Aiken). Elle n’est pas mécontente de le revoir et accepte de partager ses journées avec les deux hommes qui ont l’intention de gagner leur vie en faisant l’élevage de chevaux sauvages. Ils sont bientôt tous trois rejoints et aidés par Ben Ryerson (Robert Middleton), un ancien complice de Jacob. Tout pourrait aller pour le mieux… mais d’autres ex-acolytes, commandés par King Fischer (Neville Brand), n’attendent qu’une seule chose, lui coller une balle dans la tête, alors qu’un autre groupe dirigé par Blackburn (Claude Akins) arrive au ranch pour se procurer des chevaux frais sans vouloir dédommager les propriétaires. La violence est sur le point d’éclater…


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Daté de 1949, La Peine du talion (The Man from Colorado) avec Glenn Ford et William Holden n’était pas un western pleinement réussi mais assez curieux et à l’intrigue plutôt originale, se bonifiant au fil des visions. Henry Levin abordera à nouveau le genre à deux autres reprises mais restera surtout dans les annales et dans le cœur des cinéphiles pour avoir réalisé l’une des plus mémorables adaptations d’un roman de Jules Verne, le fameux Voyage au centre de la Terre de 1959, la version avec James Mason et Arlene Dahl. Malheureusement, The Lonely Man est loin d’être aussi réjouissant. Petit aparté : je n’utiliserais au cours du texte que le titre original du film, le titre français ayant peut-être été choisi un soir de mémorable cuite, le personnage se prénommant Jacob et non Jicop. Ce western psychologique est basé principalement sur les relations père/fils entre un ex-tueur et son rejeton qui le hait farouchement par le fait de croire dur comme fer qu’il est responsable de la mort de sa mère. Et si nous ne l’avions pas compris dès les premières séquences, le scénariste ne se gênera pas pour nous l’asséner à d’innombrables reprises afin que ça nous rentre bien en tête, le personnage d’Anthony Perkins n’ayant que ça en bouche durant la première demi-heure : "A chaque fois que tu me verras tu te rappelleras de la femme que tu as tué". La répétition devient vite assez pesante d'autant que les dialogues ne sont pas franchement mémorables. Dans le même temps, il s’agit d’un récit d’apprentissage (le père ne voulant pas que son fils s’engage comme lui sur une mauvaise voie et décidant pour que ça n’arrive pas de prendre en main son éducation) comme pouvait l’être quelques semaines avant le très beau Du sang dans le désert (The Tin Star) d’Anthony Mann avec déjà Anthony Perkins, l’acteur tournant quasiment ces deux westerns de front. Un peu dans l’obligation de les comparer au vu de tous leurs éléments communs et de leurs sorties respectives dans un mouchoir de poche, l’avantage ne se porte évidemment pas sur le film de Levin ; l’on peut au contraire à cette occasion facilement constater le gouffre qui existe entre les deux cinéastes, notamment en terme de direction d’acteurs.


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"Tony a d'énormes possibilités mais il a besoin d'être guidé et conseillé comme son personnage dans le film" disait Anthony Mann à propos de son jeune comédien. En effet, la plus grande surprise de The Tin Star venait d’Anthony Perkins à qui le rôle de ce jeune shérif inexpérimenté et gauche allait comme un gant, la maladresse de l'acteur s'accordant parfaitement avec celui de son personnage d’homme fragile devenu shérif malgré lui. Sauf que la maladresse d’un acteur dramatique doit être prise en charge par un réalisateur sachant diriger, ce qui ne semble pas être le cas d’Henry Levin. En effet, autant Perkins était touchant dans le western de Mann, autant il s’avère totalement transparent ici. Sa romance avec Elaine Aiken n’est du coup absolument pas convaincante : comment une telle femme de tête, qui plus est sacrément charmante, a pu tomber amoureuse d’un homme aussi fade, aussi inexistant ? Aucune alchimie ne se fait jour entre les deux acteurs formant le jeune couple, aucune émotion ne s’en dégageant. Malheureusement on pourrait en dire autant de l’ensemble de ce psychodrame bavard et répétitif, ce western psychologique hiératique et sans vie, faute également à une mise en scène amorphe et à un scénario qui se traîne pesamment et qui tourne en rond. Mais pour en revenir aux comédiens, si Elaine Aiken ne s’en tire pas trop mal surtout pour son premier rôle au cinéma, l’interprétation de Jack Palance n’est guère plus concluante que celle d’Anthony Perkins, semblant avoir pris tous les tics de l’Actors Studio sans rien garder des choses positives dispensées par la Méthode de Lee Strasberg. Il s’avère aussi agaçant ici qu’il pouvait être génial sous la direction de Robert Aldrich ; désolé d’avance pour une comparaison aussi incongrue (et qui ne parlera probablement pas aux moins de 40 ans) mais le comédien semble avoir attrapé le syndrome Roger Gicquel version Coluche, à savoir qu’en le regardant jouer, on a l’impression qu’à chaque fois qu’un avion s’écrase dans le monde, c’est sur ses pompes ! Promis, je ne le referais plus ! :mrgreen:


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Dommage que les deux acteurs principaux soient aussi décevants car ils sont entourés par toute une kyrielle de seconds rôles aux trognes très connues par les amateurs du genre : Elisha Cook Jr., Neville Brand, Claude Akins, Lee Van Cleef, Denver Pyle, Harry Shannon et John Doucette ; on a connu pire casting ! Seulement, l’intérêt de leurs personnages au sein de l’intrigue est lui aussi assez limité. Reste Robert Middleton comme à son habitude vraiment très bon dans la peau de l’ami de Jack Palance ; dommage une fois encore que son personnage ne soit pas plus fouillé que tous les autres. S'agissant d’un des seuls westerns écrits par les deux scénaristes Harry Essex (plus connu pour ses films de SF et notamment ceux de Jack Arnold, Le météore de la nuit ainsi que L’étrange créature du lac noir) et Robert Smith, on va dire que ce n’était pas spécialement leur domaine de prédilection. Par ailleurs, dans la forme, exceptée une superbe séquence aux très beaux mouvements de caméra décrivant la poursuite d’un cheval sauvage blanc à travers les paysages de Lone Pine et du désert de Mojave, d’un lyrisme et d’un panache absents du reste du film, The Lonely Man est vraiment terne ; le montage totalement approximatif (pourquoi ici et là tous ces fondus au noir d’une durée de quelques secondes, comme si les producteurs avaient coupés dans certaines séquences ?) ne l’aide en rien à se rehausser. Hormis le fait de pouvoir admirer une somptueuse photo et en noir et blanc de Lionel Lindon et de superbes paysages en Vistavision, le reste ne procure donc que le plus profond ennui d’autant que les quelques séquences d’action sont loin de combler nos attentes, et notamment le gunfight final qui finit de faire de ce film un western totalement anodin. Si Anthony Perkins et Jack Palance n’avaient pas été en haut de l’affiche, je présume que cet western sans passion serait resté encore aujourd'hui dans l’obscurité.


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Une belle histoire plutôt adulte, de beaux sentiments et de bonnes intentions ; seulement on sait que tout ceci ne suffit parfois pas à accoucher d’un bon film, faute ici à tout un ensemble de causes, de l’indigente mise en scène de Levin à son incapacité à bien diriger ses comédiens en passant par un montage totalement approximatif et à un scénario pompeux et répétitif. Mais n’accablons pas plus longuement ce western qui ne le mérite objectivement quand même pas et qui, malgré l’écrasant ennui qu’il m’a procuré, compte de nombreux admirateurs. Je vous invite donc à juger sur pièce.

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Pat Wheeler
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Pat Wheeler » 20 sept. 13, 15:08

Revu Comanche Station à l'instant, motivé par les dernières discussions de ce topic. C'est fabuleux. Il y a là-dedans (comme dans d'autres Boetticher) une pureté, une concision et un art de la litote qui me laissent à chaque fois pantois. Je pense à deux éléments scénaristiques en particulier:

Spoiler (cliquez pour afficher)
la raison pour laquelle le mari de la captive ne peut aller sauver celle-ci des griffes des Indiens: on ne le comprendra que lors de la scène finale, toute en discrétion et en humilité. De même que les motivations poussant le personnage de Scott à faire sans arrêt des échanges avec les Indiens ne proviennent pas de l'appât du gain mais de l'espoir de retrouver sa femme: on nous explique cela au détour d'une scène magnifique de retenue

Un chef-d'oeuvre que je place au même niveau que Ride Lonesome dont il est une sorte de faux-jumeau.
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onvaalapub
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar onvaalapub » 20 sept. 13, 18:11

Pat Wheeler a écrit :Revu Comanche Station à l'instant, motivé par les dernières discussions de ce topic. C'est fabuleux. Il y a là-dedans (comme dans d'autres Boetticher) une pureté, une concision et un art de la litote qui me laissent à chaque fois pantois. Je pense à deux éléments scénaristiques en particulier:

Spoiler (cliquez pour afficher)
la raison pour laquelle le mari de la captive ne peut aller sauver celle-ci des griffes des Indiens: on ne le comprendra que lors de la scène finale, toute en discrétion et en humilité. De même que les motivations poussant le personnage de Scott à faire sans arrêt des échanges avec les Indiens ne proviennent pas de l'appât du gain mais de l'espoir de retrouver sa femme: on nous explique cela au détour d'une scène magnifique de retenue

Un chef-d'oeuvre que je place au même niveau que Ride Lonesome dont il est une sorte de faux-jumeau.

Rien que pour cette fin merveilleuse, c'est effectivement un film à part.
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Jeremy Fox
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The Hard Man

Messagepar Jeremy Fox » 21 sept. 13, 20:11

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Le Shérif d’El Solito (The Hard Man - 1957) de George Sherman
COLUMBIA


Avec Guy Madison, Valerie French, Lorne Greene, Barry Atwater
Scénario : Leo Katcher
Musique : Mischa Bakaleinikoff
Photographie : Henry Freulich (Technicolor 1.37)
Un film produit par Helen Ainsworth pour la Columbia


Sortie USA : Décembre 1957

Le Texas Ranger Steve Burden (Guy Madison) est depuis quelques jours sur la trace d’un ancien co-équipier accusé de meurtre, Ray Hendry (Myron Healy). Ayant réussi à l’appréhender, Steve est obligé de l’abattre en état de légitime défense ; en effet, clamant son innocence mais persuadé que s’il est jugé à El Solito -la petite ville où il aurait commis son crime- il finirait au bout d’une corde, Ray a préféré tenter sa chance de s’enfuir en dégainant… mais trop lentement ! Ramenant le corps d’Hendry au QG des rangers, Steve se fait vertement réprimander par le capitaine qui lui dit que son badge ne représente pas un permis de tuer et qu’il serait plus raisonnable qu’il ne liquide pas tous les fuyards qu’il est chargé d’arrêter. Vexé -d’autant plus qu’il a rejoint les hommes de loi pour faire oublier que son père était un outlaw-, Steve démissionne. Sim Hacker (Robert Burton), le shérif d’El Solito, en profite pour lui demander de l’accompagner en ville et éventuellement de le seconder dans sa rude tâche d’autant que sa bourgade est sous la coupe de Rice Martin (Lorne Greene), un propriétaire terrien qui ne recule devant rien pour agrandir son domaine et qui serait à l’origine du piège tendu à Hendry. Refusant dans un premier temps de reprendre un badge d’adjoint, Steve finit par accepter quand il commence à comprendre qu’il a tué son ami alors que ce dernier était véritablement innocent, pris dans les griffes non seulement de Rice mais également de son épouse, la charmante Fern (Valerie French), une femme qui se révèle vite dépravée et vicieuse…


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Après nous avoir offert à la fin des années 40 des westerns aussi plaisants et colorés que Black Bart (Bandits de grands chemins) et Calamity Jane and Sam Bass (La Fille des prairies), George Sherman entamait en début de décennie suivante une série de westerns pro-Indiens aujourd’hui un peu oubliés mais pourtant tout à fait dignes d’éloges et qu’il n’est pas inutile de remettre en avant à chaque occasion qui nous en est donné. Ce fut tout d'abord Sur le territoire des Comanches (Comanche Territory) dont le côté bon enfant et l’imagerie naïve étaient totalement assumés, puis surtout le splendide et méconnu Tomahawk ainsi que le très bon Au mépris des lois (Battle at Apache Pass), traités tous les deux au contraire avec le plus grand sérieux et la plus grande gravité. Dès l’année suivante, en 1953, on ne compta plus au contraire les flagrants ratages du réalisateur dans le domaine du western ; mais cette malheureuse loi des séries prit fin en 1956 avec La Vengeance de l’Indien (Reprisal!) qui démontrait que Sherman avait encore de très beaux restes ; ce fut l’un des meilleurs films de son inégale carrière voire même l’un de ses westerns les plus réussis, étrangement inédit en France tout comme ce second western avec Guy Madison en tête d’affiche, le très honorable The Hard Man qui, sans rien révolutionner, méritait néanmoins de se voir offrir un petit coup de projecteur et de sortir de l’oubli.


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Très peu apprécié par la critique française (même Patrick Brion dans la présentation du film en bonus du DVD le trouve terne), Guy Madison avait pourtant été à mon avis parfait dans La Poursuite dura 7 jours (The Command) de David Butler et plus encore dans La Charge des Tuniques bleues (The Last Frontier) d'Anthony Mann, ainsi qu’à nouveau excellent dans Reprisal! où il tenait un rôle qui -tout du moins durant la première demi-heure- n’était guère gratifiant puisque son personnage nous était présenté comme grandement antipathique, n'ayant que peu d'empathie envers ses prochains, affichant au contraire à l'égard de tous une totale indifférence. La richesse d’évolution de son personnage ainsi que le cheminement qui l’aura mené à la recherche de sa véritable identité auront fait partie des plus grandes qualités de ce western de série B d’une incroyable densité malgré sa faible durée d’à peine 70 minutes. Même si inférieur au précédent, on pourrait dire en gros la même chose à propos de The Hard Man, le titre original ayant d’ailleurs pu nous le laisser présager quant à l'absence de manichéisme chez le personnage principal. Steve Burden est un homme de loi sans concessions, n’ayant que peu de problèmes de conscience lorsqu’il s’agit d’abattre un fuyard qui ne se laisse pas appréhender. Le film débute par sa plus belle séquence qui rappelle l’ouverture d’une sécheresse étonnante du sublime Sept hommes à abattre (Seven Men from now) de Budd Boetticher, une scène de fin de traque sous une pluie battante qui voit notre Texas Ranger abattre l’un de ses ex-coéquipiers qui clamait pourtant son innocence. On le voit ensuite se faire humilier en public par son boss n’appréciant guère que son employé se serve de son étoile comme ‘d’un permis de tuer’, estimant que finalement ça ne l’étonne pas plus que ça, la seule chose le différenciant de son bandit de père étant son insigne.


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Sa réputation de ‘Hard Man’ est d’emblée mise en lumière et lorsque le shérif d’El Solito lui demande de l’aide pour remettre de l’ordre dans sa petite bourgade, Burden n’est pas dupe, sachant pertinemment que cette requête lui est faite en raison de sa ‘sale’ notoriété. Il lui demande d’ailleurs sans ambages si son engagement n’est pas celui d'un 'Gunman' plutôt que celui d'un probe assistant ; sur quoi le vieux shérif acquiesce, lui avouant sans détours qu’il ne souhaite désormais plus intervenir dans les rivalités qui se déroulent sous ses yeux pour pouvoir partir à la retraite en pleine forme et si possible… en vie. C’est donc en quelque sorte un ‘tueur à gages’ qui accepte de reprendre son étoile d’autant que le shérif vient de lui mettre la puce à l’oreille comme quoi l’ex-ami qu’il vient de tuer aurait été piégé par les hommes qui dominent la ville. Burden a alors plus dans l’idée de venger le crime qu’il a été obligé de commettre à l’encontre d’un innocent que de venir en aide au shérif de la ville. Au vu de toutes ces séquences qui ouvrent le film, on peut dire que le titre original fut très bien choisi et que les enjeux narratifs de ce postulat de départ ainsi que l’évolution de cet homme aux instincts de tueurs à priori sans scrupules sont les éléments les plus intéressants de ce western sinon assez classique dans son histoire, celle de la domination d’une petite ville par un Cattle Baron qui n’hésite pas à tuer ses voisins pour accaparer leurs terres, un hommes aux méthodes expéditives étant appelé à la rescousse pour le contrer et mettre un terme à ses agissements. Il va sans dire que Guy Madison se révèle absolument parfait dans ce personnage peu loquace et qui ne rechigne pas non plus à accepter les baisers et caresses que lui offre la vénale Valerie French, l’une des femmes fatales les plus méprisables vues jusqu'à cette date dans un western. N’ayant qu’une idée en tête, faire passer son époux de vie à trépas, elle va entrainer dans ses plans ignominieux plus d’un homme à la fois qu’elle utilisera à sa guise pour arriver à ses fins ; elle ne s’en cache d’ailleurs pas mais comme le désir qu'elle provoque fait oublier la raison...


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Tout comme Guy Madison, la comédienne Valerie French -qui tenait un rôle à peu près similaire dans l’excellent L’homme de nulle part (Jubal) de Delmer Daves- s’avère irréprochable (un constat assez cocasse, l’année précédente George Sherman avait choisi l’autre actrice principale du film de Daves pour être confrontée à Guy Madison dans Reprisal!, à savoir Felicia Farr). La très jolie Valerie French sera la même année au casting d’un des plus grands westerns de l’histoire du cinéma, à nouveau un western urbain encore bien trop peu reconnu, l’étonnant, déprimant et magnifique Decision at Sundown de Budd Boetticher. L’auteur du scénario de The Hard Man (qui est aussi celui de l'excellent Traquenard – Party Girl de Nicholas Ray) a eu la bonne idée de ne faire intervenir ce puissant personnage féminin qu’au bout d’un tiers de film alors que tout le monde en avait déjà abondamment parlé, entretenant le mystère et la forte envie de la découvrir enfin en chair et en os. Lorsque ce sera le cas, une nouvelle thématique se mettra en place, rarement abordée dans le genre avant ça, la manipulation par l’attirance sexuelle, entrainant ce western –pour le meilleur- vers des horizons assez troubles. A côté de cet impeccable duo de cinéma constitué par Guy Madison et Valerie French, on trouve outre quelques efficaces seconds rôles, Lorne Greene -le gentil Ben Cartwright, patriarche de la future série Bonanza- dans la peau du rancher cupide et sans scrupules ; même s’il a un peu trop tendance à crisper la mâchoire, il s’avère un Bad Guy assez convaincant dans l’ignominie. Lorsqu’en fin de parcours il prévient notre héros qu’il a embauché un tueur à gages dont personne ne connait l’identité pour définitivement l’éliminer, le film de Sherman bifurque sur des rails évoquant cette fois la paranoïa qui s’empare de l’homme de loi devenu gênant, croyant voir derrière chaque inconnu le détenteur du ‘contrat’ qui pèse sur sa tête, le cinéaste sachant parfaitement bien gérer le suspense par la seule malignité de sa mise en scène.


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Un scénario aux nombreuses pistes très intéressantes -mais à peine ébauchées faute de temps pour les développer- qui tient très bien la route, non dépourvu de détails originaux (le barbier qui officie au fond du Saloon) et qui bénéficie de dialogues acérés, de solides performances d’acteurs et d’une mise en scène efficace comprenant de beaux mouvements de caméra. Un western urbain parfois proche du film noir, certes peu surprenant mais néanmoins de très bonne facture à l’image de son entrée en matière sans préambules et de son final sec et violent. 75 minutes qui nous tiennent en haleine tout du long.

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Le Western américain : L'année 1957

Messagepar Jeremy Fox » 21 sept. 13, 20:17

Le Western de 1957


Aucun western d'importance n'a encore été oublié à ce jour.



Mon petit récapitulatid subjectif pour 1957 :


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* Western préféré de l'année : Decision at Sundown de Budd Boetticher devant 3.10 pour Yuma de Delmer Daves
* Année dominée par Budd Boetticher & Samuel Fuller
* Plus belle découverte (films quasiment inconnus) : La Chevauchée du retour (The Ride Back) de Allen H. Miner
* Coup de cœur : Joe Dakota de Richard Bartlett
* Les classiques qui m'ont déçu : Le brigand bien aimé de Nicholas Ray et dans une moindre mesure les deux films de Samuel Fuller : 40 tueurs et Le Jugement des flèches


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Les westerns les plus importants (historiquement) de cette année :


* Le Brigand bien aimé (The True Story of Jesse James) : Nicholas Ray :arrow: Page 40
* L’Homme de l’Arizona (The Tall T) : Budd Boetticher :arrow: Page 43
* Règlements de Comptes à OK Corral (Gunfight at Ok Corral) : John Sturges :arrow: Page 45
* Trois heures dix pour Yuma (3 :10 to Yuma) : Delmer Daves :arrow: Page 50
* Quarantes Tueurs (Forty Guns) : Samuel Fuller :arrow: Page 51
* Le Jugement des Flèches (Run of the Arrow) : Samuel Fuller :arrow: Page 51
* Du Sang dans le Désert (The Tin Star) : Anthony Mann :arrow: Page 53
* Joe Dakota : Richard Bartlett :arrow: Page 54
* Décision à Sundown (Decision at Sundown) : Budd Boetticher :arrow: Page 56



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Si les éditeurs cherchent des idées, il me serait très agréable de trouver pour ce cru 57

* Pour la Allied Artists : Dragon Wells Massacre de Harold Schuster avec Barry Sullivan & Mona Freeman

* Pour la United Artists : Gusight Ridge de Francis D. Lyon avec Joel McCrea & Joan Weldon

* Pour la Warner : Shoot out at Medicine bend de Richard Whorf avec Randolph Scott & James Craig

* Chez d'autres petits studios : Revolt at Fort Laramie de Lesley Selander avec John Dehner & Gregg Palmer
The Tall Stranger de Thomas Carr avec Joel McCrea & Virginia Mayo




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Mon top 30 arrivé à cette date :

* 1- La Charge Héroïque (John Ford)
* 2- Le Passage du Canyon (Jacques Tourneur)
* 3- Les Affameurs (Anthony Mann)

* 4- Johnny Guitar (Nicholas Ray)
* 5- Decision at Sundown (Budd Boetticher)
* 6- Je suis un aventurier (Anthony Mann)
* 7- La Porte du Diable (Anthony Mann)
* 8- Le Massacre de Fort Apache (John Ford)
* 9- Au-Delà du Missouri (William Wellman)
* 10- 3.10 pour Yuma (Delmer Daves)
* 11- Sept hommes à abattre (Budd Boetticher)
* 12- La Dernière caravane (Delmer Daves)
* 13- L'Homme de la Plaine (Anthony Mann)
* 14- Convoi de Femmes (William Wellman)
* 15- La Ville Abandonnée (William Wellman)
* 16- Le Convoi des Braves (John Ford)
* 17- Rio Grande (John Ford)
* 18- Le Traître du Texas (Budd Boetticher)
* 19- La Rivière de nos Amours (André de Toth)
* 20- Fort Bravo (John Sturges)
* 21- Règlement de comptes à OK Corral (John Sturges)
* 22- Sur la Piste des Mohawks (John Ford)
* 23- Une Aventure de Buffalo Bill (Cecil B. DeMille)
* 24- Winchester 73 (Anthony Mann)
* 25- La Prisonnière du désert (John Ford)
* 26- L'Homme de l'Arizona (Budd Boetticher)
* 27- Le Mariage est pour Demain (Allan Dwan)
* 28- La Charge Victorieuse (John Huston)
* 29- Tomahawk (George Sherman)
* 30- Quatre étranges cavaliers (Allan Dwan)

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Gun Fever

Messagepar Jeremy Fox » 21 sept. 13, 20:23

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Le Sentier de la Vengeance (Gun Fever - 1958) de Mark Stevens
UNITED ARTISTS


Avec Mark Stevens, John Lupton, Larry Storch, Jana Davi
Scénario : Stanley H. Silverman & Mark Stevens
Musique : Paul Dunlap
Photographie : Charles Van Enger (1.37 Noir et blanc)
Un film produit par Harry Jackson pour la United Artists


Sortie USA : janvier 1958


Simon (John Lupton) décide de quitter le gang de l’effrayant Trench (Aaron Saxon), écœuré par la sauvagerie de ses membres. Durant les années qui suivent, Trench poursuit ses vicieux méfaits en incitant les indiens à attaquer les colons tandis que Simon est devenu chercheur d’or en compagnie de Lucas Rand (Mark Stevens) dont les parents tiennent un relais de diligence. Avec le peu de gisement récupéré, Lucas a dans l’idée de partir en Arizona pour y devenir éleveur. Avant ça il rend visite à ses parents pour leur faire ses adieux. Ce jour là, les exactions de Trench, de ses indiens et de son complice Amigo (Larry Storch) se portent malheureusement sur le relais où tous ceux qui s’y trouvaient sont massacrés. Le lendemain Simon vient retrouver Lucas dont il découvre qu’il est l’unique survivant de cette tuerie. Lucas ne va désormais avoir qu’une seule idée en tête, se venger de Trench même s’il doit y consacrer le restant de sa vie…


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Comme on peut le constater à la lecture du pitch ci-dessus et même si l’on sait qu’il existe un élément de surprise quant aux relations familiales entre certains personnages -spoiler : le meilleur ami du vengeur se révèle être le fils de celui dont on cherche à se venger-, l’intrigue de départ de Gun Fever s’avère on ne peut plus banale puisqu’elle ne raconte rien d’autre qu’une vengeance, un honnête prospecteur partant à la recherche du meurtrier de ses parents. Le budget est ridicule, l’auteur complet qu’est Mark Stevens -coscénariste, acteur et réalisateur- ayant eu l’idée de filmer la quasi-totalité de son film dans le vent et la poussière dans le but très probable de cacher la pauvreté des décors et les lieux de tournage qui ne correspondaient peut-être pas vraiment à ceux de son histoire. Mais cette absence de moyens et l'aspect fauché qui en découle ne sont aucunement rédhibitoires, servant au contraire parfaitement bien le western de Stevens, l’atmosphère ainsi créée se révélant assez unique, se situant paradoxalement entre irréalité et hyperréalisme, en parfaite corrélation avec le ton brutal et sordide de l’ensemble. Et d’ailleurs d'emblée, les lettres du générique à la manière d’un film d’épouvante nous immergent sans tarder dans un climat d’étrangeté et nous font comprendre immédiatement que ce western noir et étouffant ne ressemblera à aucun autre.


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Lors de sa sortie, le Protestant Motion Picture Council écrivait à propos de Gun Fever : "The cruelty, senseless beatings and killings, the ugliness of the villains, the lack of motivation outside of vengeance and sheer desire for murder, the inducements offered to Sioux Indians to provoke them to robbing, raiding and massacre combine to produce a fearful, overdone, vicious, sinister, objectionable picture of the old West." Le conseil de la censure avait d’ailleurs refusé la première version du script pour brutalité inacceptable et l’Allemagne a toujours refusé de le sortir en salles pour la même raison. Si vous pensiez tout ceci exagéré -et à condition bien évidemment de se replacer dans le contexte de l’époque- sachez qu’il n’en est rien ! Effectivement, rarement un film des années 50 n’aura dégagé une telle férocité, une telle sauvagerie et une telle brutalité. Si les séquences ouvrant le film pouvaient faire craindre le pire -avec notamment ces gros plans en surimpressions sur le visage grimaçant et ricanant de l’acteur Aaron Saxon-, le ton d’ensemble très original créé par Stevens aide presque immédiatement à nous rendre le film captivant malgré l’extrême dépouillement des décors, la simplicité de l’intrigue, la rudesse du ton et la lenteur du rythme, des éléments qui participent d’ailleurs au contraire de sa réussite.


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Ils sont en effet peu nombreux les films qui peuvent se targuer de nous intriguer de bout en bout par la seule force/originalité de leur mise en scène, sachant que l’écriture manque en revanche singulièrement de rigueur, ayant parfois l’impression que certaines séquences ont été coupées, ayant de temps en temps du mal à comprendre les motivations ou réactions des différents protagonistes ou encore s'étonnant du manque de fluidité d'une histoire pourtant simplissime. C’est donc le cas du troisième film de Mark Stevens en tant que cinéaste après qu'il ait débuté sa carrière derrière la caméra dans le domaine du film noir. Un western inhabituel qui devient très vite entêtant avant tout aussi par le hiératisme voulu du jeu des comédiens -excepté ceux qui interprètent les hors-la-loi qui n’hésitent pas au contraire à en faire des tonnes-, la sobriété absolue des décors (notamment ce saloon sans aucune table ni chaise, son sol en terre battue servant de ring à un Fistfight redoutablement teigneux), ainsi que par son intrigante bande originale signée Paul Dunlap, d’un étonnant modernisme et dont l’utilisation du hautbois amène parfois le film à un haut degré de lyrisme -voire à ce propos la superbe et douce séquence au cours de laquelle l’indienne se promène en forêt avant d’aller se baigner nue dans le point d’eau le plus proche, puis être rejointe par le jeune Simon avec qui ils partageront la seule et brève séquence romantique du film.


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John Lupton dans ce rôle est assez convaincant –voire même attachant-, tout comme Mark Stevens d’ailleurs moins renfrogné que dans son fameux Jack Slade qui, malgré ses gros défauts, était déjà troublant par son atmosphère assez originale et son réalisme sordide très éloignées du classicisme westernien de ces années-là. Si Larry Storch et Aaron Saxon cabotinent en revanche à outrance, c’est peut-être pour amener à un fort contraste ; et du coup il est vrai que ces deux psychopathes démoniaques sont assez effrayants et que les séquences de violence qu’ils provoquent font partie de ce que l'on a pu voir à l'époque de plus sec et de plus rude d’autant que pour augmenter leur sauvagerie elles sont précédées pour beaucoup de brusques, perçants et puissants cris d’indiens. Non seulement les séquences violentes marqueront les esprits –tirs à bout portant, brutaux coups de couteau- mais également à plusieurs reprises les impressionnantes images hyperréalistes d’après massacres. Difficilement oubliables également les énormes Tumbleweeds (buissons de poussière) qui, soulevés par des vents violents, déboulent à tout bout de champs devant les protagonistes, les incessants nuages de poussière qui cachent les décors naturels ou encore -ce qui était encore rarissime dans les westerns des années 50, les vêtements crasseux des personnages, leur perpétuelle sueur coulant de leurs visages mal rasés...


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A son avantage nous noterons également un sous texte pro-indien lorsque le père dit que les relations avec les natives se passeraient mieux si les hommes blancs usaient d’honnêteté et d’humanité à leurs égards et si certains d’entre eux ne les incitaient pas à perpétrer des tueries. Malgré des ‘méchants’ fortement caricaturaux et une écriture pas toujours satisfaisante, un curieux western non-conformiste et épuré qui mérite vraiment que l’on s’y arrête plus que quelques secondes puisqu’il s’avère valoir bien mieux que sa seule rareté ! Un film sans fioritures, intrigant et presque captivant par la seule unicité de son ton et de son atmosphère.

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daniel gregg
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar daniel gregg » 21 sept. 13, 20:24

Il ne va bientôt plus y avoir que des films de Boetticher dans ton top 30. :mrgreen:

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 21 sept. 13, 20:27

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La Chevauchée des Vaqueros (Cattle Empire - 1958) de Charles Marquis Warren
20TH CENTURY FOX


Avec Joel McCrea, Gloria Talbott, Don Haggerty, Phyllis Coates
Scénario : Endre Bohem & Eric Norden d’après une histoire de Daniel B. Ullman
Musique : Paul Sawtell & Bert Shefter
Photographie : Brydon Baker (2.35 Deluxe)
Un film produit par Robert Stabler pour la 20th Century Fox


Sortie USA : 1958


John Cord (Joel McCrea) vient de passer cinq années en prison pour avoir été tenu responsable du saccage d’une ville par ses cowboys ivres qui s'étaient rendus dans cette bourgade pour fêter la fin de leur long convoyage de bétail. A Hamilton où eurent lieu ces fâcheux événements ayant causé blessés et morts, les habitants ne lui ont toujours pas pardonné ; avides de vengeance, dès que Cord remet les pieds en ville, ils tentent le lyncher. Heureusement pour lui, l’intervention du plus gros éleveur de la ville vient stopper ces violences in extremis. Ce rancher a pourtant perdu la vue lors de cette tristement célèbre soirée de vandalisme mais semble avoir tourné la page. Il s’est entre-temps marié avec la fiancée de Cord et propose à ce dernier de convoyer son troupeau de plusieurs milliers de bêtes. Cord accepte à condition que lui, son épouse ainsi que tous les éleveurs qui ont failli le pendre fassent partie du convoi… Pour quelles raisons mystérieuses, on ne le comprendra jamais vraiment…


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Charles Marquis Warren, tout d’abord écrivain, avait consacré de nombreux de ses romans à l’histoire de l’Ouest, privilégiant les faits peu connus, les thèmes originaux, les personnages atypiques. Il fut aussi un scénariste parfois très efficace, écrivant par exemple le script diablement réjouissant de l’excellent La Mission du Commandant Lex (Springfield Rifle) d’André de Toth avec Gary Cooper. Quant au début des années 50 on lui proposa de passer derrière la caméra, il le fit sans hésitation, demandant néanmoins des conseils à Budd Boetticher. Après le très bon Little Big Horn, le médiocre et raciste Arrowhead (Le Sorcier du Rio Grande) nous avait déjà mis la puce à l’oreille quant à la médiocrité de Warren en tant que réalisateur. Même si auparavant Hellgate tenait également un peu mieux la route grâce surtout au décor unique choisi pour y implanter son intrigue, il s’avère désormais clair que le cinéaste n’a pas eu l’air de tenir compte des recommandations prodiguées par le réalisateur de Comanche Station tellement une fois encore la mise en scène de Cattle Empire reste nullissime tout du long, le film s'avérant encore plus mauvais que le précédent et déjà minable Trooper Hook, tous deux d’une immense platitude, sans aucune vigueur ni rigueur, et dont la direction d’acteurs se révèle tout aussi inefficace, trouvant le moyen de rendre ici et là Joel McCrea totalement amorphe ; sans parler du reste du casting, tous les comédiens étant plus mauvais les uns que les autres.


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Et pourtant sur le papier ça semblait pouvoir tenir la route, l’histoire de départ ayant de plus été écrite par le très bon Daniel B. Ullman qui scénarisera avec talent des westerns aussi réussis que Fort Osage de Lesley Selander, Un jeu risqué (Wichita) de Jacques Tourneur, Terre de violence (Good Day for a Hanging) de Nathan Juran ou encore Le Salaire de la haine (Face of a Fugitive) de Paul Wendkos. Un lynchage sur l e point d’avoir lieu sur un homme dont on ne sait pas vraiment de quels maux il est accusé ; un rancher aveugle qui a épousé la fiancée de ce dernier alors que celui-ci purgeait une longue peine de prison ; des citoyens haineux qui vont devoir se joindre à un convoi dont le patron sera celui qu’ils voulaient pendre… Des situations plutôt nouvelles -ou en tout cas rarement vues- et à priori assez intéressantes à développer ; mais quand vous aurez constaté à quel point tout ceci est mal amené et mené, vous aurez d’emblée compris que le visionnage de ce film pourrait s'avérer être un véritable calvaire.


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Une chose positive, on pressent dès le laborieux préambule que le western de Charles Marquis Warren va être mauvais. Alors qu’il aurait dû être tendu, ce prologue se voulant également très sombre se révèle aussi anémié que tout ce qui va suivre, le budget étant de plus ridicule, les équipes techniques et artistiques n’ayant fait aucun effort pour dissimuler ce manque de moyens. On a beau dire que des conditions difficiles forcent parfois les artistes à se surpasser, à stimuler leur imagination et à avoir de l’inspiration pour trouver des solutions palliatives… ici ce n’est absolument pas le cas : tout s'avère au contraire d’une pauvreté abyssale, que ce soit l’écriture, la réalisation, la musique, la photographie –pauvre cinémascope, utilisé sans la moindre once de talent-, les décors en studio ou l’interprétation... il faut dire que les personnages sont tous décrits sans la moindre nuance, le pompon allant aux protagonistes féminins totalement sacrifiés ou –et- nunuches comme ce n’est pas permis. A signaler néanmoins que les dernières minutes se déroulent au même endroit de Lone Pine où furent tournés les chefs d’œuvres de Boetticher.


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A force de vouloir faire mystère de tout ce qui concerne certains personnages, on ne comprend rien aux motivations de chacun et à vrai dire on s'en désintéresse totalement d’autant que par ailleurs les poncifs se font abondants, que les invraisemblances s’accumulent et que personne ne semble s’être senti impliqué, le film paraissant du coup durer trois heures. Bref, ayant des milliers de choses plus intéressantes à voir que ce western à l’encéphalogramme plat, on va s’en arrêter là en vous laissant vous faire votre propre opinion. Mon conseil serait pourtant "circulez, y a rien à voir" ; décidément, la filmographie westernienne de Joel McCrea n’aura pas vraiment été très glorieuse, seul un petit quart s’en sortant relativement bien. Revoyez plutôt que ce film totalement bâclé La Rivière rouge de Howard Hawks, western inégalé pour ce type d’histoires.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar daniel gregg » 21 sept. 13, 20:32

Jeremy Fox a écrit :
daniel gregg a écrit :Il ne va bientôt plus y avoir que des films de Boetticher dans ton top 30. :mrgreen:


Avec 4 westerns placés, troisième place pour l'instant après Ford (6 films) et Mann (5 films)


Sachant qu'il te reste L'aventurier du Texas, La chevauchée de la vengeance et Comanche station (je ne pense pas, sans trop m'avancer, que Le courrier de l'or risque de s'immiscer...), çà pourrait bientôt faire 7.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 21 sept. 13, 20:37

daniel gregg a écrit :
Jeremy Fox a écrit :
daniel gregg a écrit :Il ne va bientôt plus y avoir que des films de Boetticher dans ton top 30. :mrgreen:


Avec 4 westerns placés, troisième place pour l'instant après Ford (6 films) et Mann (5 films)


Sachant qu'il te reste L'aventurier du Texas, La chevauchée de la vengeance et Comanche station (je ne pense pas, sans trop m'avancer, que Le courrier de l'or risque de s'immiscer...), çà pourrait bientôt faire 7.


Peut-être pas quand même non plus l'aventurier du Texas dans le top 30. Mais les deux autres, il y a de fortes chances.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Chip » 22 sept. 13, 09:16

GUNSIGHT RIDGE -1957- de Francis D.Lyon avec Joel Mc Crea et Mark Stevens , n'est pas un film Universal , mais un film United Artists.

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 22 sept. 13, 09:29

Chip a écrit :GUNSIGHT RIDGE -1957- de Francis D.Lyon avec Joel Mc Crea et Mark Stevens , n'est pas un film Universal , mais un film United Artists.


Oui exact : j'ai lu UA et j'ai traduit par Universal :oops:

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar someone1600 » 23 sept. 13, 20:36

C'est incroyable le travail colossal auquel tu t'es livrer ! Mais quel travail ! ! ! ! Lâche pas Jérémy.

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 24 sept. 13, 08:27

someone1600 a écrit :C'est incroyable le travail colossal auquel tu t'es livrer ! Mais quel travail ! ! ! ! Lâche pas Jérémy.


Je ne lâcherais pas jusqu'à avoir bouclé cette partie. Pour la suite, on avisera mais ce n'est pas encore certain : ça dépendra de beaucoup de paramètres :wink:

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Frances » 24 sept. 13, 08:59

Jeremy Fox a écrit :
someone1600 a écrit :C'est incroyable le travail colossal auquel tu t'es livrer ! Mais quel travail ! ! ! ! Lâche pas Jérémy.


Je ne lâcherais pas jusqu'à avoir bouclé cette partie. Pour la suite, on avisera mais ce n'est pas encore certain : ça dépendra de beaucoup de paramètres :wink:


De l'avis de someone à 100 %. Ca représente une mine formidable de documents et d'infos jamais compilés jusqu'alors. Chapeau bas monsieur et merci.
Dernière édition par Frances le 24 sept. 13, 09:35, édité 1 fois.