Le Western américain : Parcours chronologique III 1955-1959

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Re: The Fastest Gun Alive

Messagepar Jeremy Fox » 16 avr. 13, 11:28

hellrick a écrit :
Jeremy Fox a écrit :Quoiqu'il en soit, et même sans ça, Collines brûlantes est encore un très mauvais western Warner. A suivre


je m'en souviens (peu) comme d'un western essentiellement romantique et gnan gnan...je l'avais noté 5/10 (sans doute un peu généreusement mais je descend rarement sous la moyenne pour les westerns - à part pour "Le Banni") :fiou:


Même pas très romantique puisque l'alchimie entre les deux acteurs est quasiment nulle : Natalie Wood en fait des tonnes et Tab Hunter n'a aucun charisme. Les personnages n'ont aucune consistance, le scénario se révèle vite inintéressant et la mise en scène est plate. Quant à la cacophonie de Buttolph, elle achève d'en faire un western rapidement pénible.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Chip » 16 avr. 13, 16:24

J'ai toujours eu une tendresse particulière pour " The burning hills " et ne peux qu' être d'accord avec Bertrand Tavernier, quand il qualifie le film de " splendide ballade romantique" . J'avais été sensible lors d'une première vision- c'était à sa sortie, dans les années 50- à la jeunesse des principaux protagonistes, chose assez rare ; Hunter, Homeier et Holliman avaient à peine 25 ans et Wood tout juste 17 . Ce western délicat était troué de violentes bagarres, remarquablement filmées et le personnage de l'éclaireur métis, bien joué par Arthur Franz, était inhabituel et attachant, et permettait au film de conclure sur une fin heureuse, mais crédible et originale. Il y avait aussi dans un rôle plus étoffé qu'à l'accoutumé, l'excellent troisième couteau qu'était le regretté Ray Teal.
On peut ne pas aimé ce western discret, mais dire que c'est un "très mauvais" western Warner, me semble excessif et me consterne. Personnellement je le classe dans mon top tens et souhaite ardemment sa sortie dvd zone 2.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 16 avr. 13, 16:27

L'as tu revu depuis cette époque ? Car j'imagine que si je l'avais découvert à l'adolescence moi aussi, j'aurais peut-être été touché par le couple de jeunes acteurs. Après, je ne dis pas détenir la vérité mais franchement, splendide ballade romantique m'interpelle probablement tout autant que tu l'as été par mon avis (sans me consterner pour autant). On croirait qu'il parle de Johnny Guitar et on peut dire sans trop se tromper que les deux films ne boxent pas dans la même catégorie (et pourtant tu les places tous deux dans top top 10 ; à mon tour d'être interloqué et de te trouver tout aussi excessif si tu le permets) . Et "discret" et "délicat" sont les derniers adjectifs auxquels j'aurais pensé pour parler de ce film que rien que la musique rend "tonitruant" (à mauvais escient je te l'accorde). En fait, rien n'est subtil dans ce film, je trouve.

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Seven Men from Now

Messagepar Jeremy Fox » 16 avr. 13, 22:29

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7 Hommes à abattre (Seven Men from Now – 1956) de Budd Boetticher
BATJAC


Avec Randolph Scott, Lee Marvin, Gail Russell, Walter Reed, John Larch
Scénario : Burt Kennedy
Musique : Henry Vars
Photographie : William H. Clothier (Warnercolor 1.85)
Un film produit par Andrew V. McLaglen, Robert E. Morrison & John Wayne pour la Batjac


Sortie USA : 04 aout 1956


5ème immense western de l'année 1956 ; décidément un cru exceptionnel ! The Cimarron Kid (A feu et à sang), Le Traître du Texas (Horizons West) et Le Déserteur de Fort Alamo (The Man from Alamo) avaient déjà été de formidables réussites signées Budd Boetticher. Mais personne n'aurait pu s'attendre à ce qui allait faire suite, à savoir la collaboration du réalisateur avec l'acteur Randolph Scott dont 7 Hommes à abattre est le premier de sept films formidables, sept fleurons du genre, probablement ce qu'on a fait de plus pur dans le domaine. Mais n'anticipons pas plus et concentrons nous sur ce splendide Seven Men from Now, le véritable western-charnière entre classicisme et modernisme.


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"Mon admiration pour le film ne me fera pas conclure que Budd Boetticher est le plus grand réalisateur de westerns - bien que je n’exclue pas cette hypothèse - mais seulement que son film est peut-être le meilleur western que j’ai vu depuis la guerre, le plus raffiné et le moins esthète, le plus simple et le plus beau". Lorsque André Bazin écrit ces phrases dans les années 50, Boetticher est un quasi inconnu en France bien que son premier film sorti dans nos contrés fut l’excellent Déserteur de Fort Alamo (1953) dont le final impressionnant de maîtrise et de rythme aurait déjà dû mettre la puce à l’oreille sur les aptitudes de ce réalisateur à pouvoir se hisser au niveau des plus grands. Brusquement imposé à l’admiration des aficionados du western par la plume aiguisée d’un des analystes et critiques les plus respectés de l’époque, Boetticher trouve en Bazin un parrain idéal pour sa reconnaissance en tant qu’auteur. Les Cahiers du Cinéma lui emboîtent le pas avec un autre admirateur, leur correspondant aux USA, Andrew Sarris ; Positif, ne voulant peut-être pas sembler marcher sur les traces de son pire ennemi consacre une brève mais dithyrambique notule en fin fond de numéro. Ils seront ensuite nombreux, les critiques, à aduler cet efficace cinéaste, prince de la série B westernienne, Peter Bogdanovich en tête. De nos jours, des réalisateurs comme Clint Eastwood et Quentin Tarantino continuent de porter le flambeau après que Sergio Leone ait auparavant exprimé avec chaleur tout le bien qu’il pensait de Boetticher. Cette reconnaissance n'est guère étonnante puisque ce cycle de western est celui qui annonce le plus clairement le western contemporain à commencer par celui de Peckinpah ou Leone.


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Une nuit d’orage dans le désert d’Arizona. Un homme vient s’abriter dans une grotte où se trouvent déjà deux individus qui l’invitent à boire le café. Quelques secondes après, ces derniers sont brutalement abattus par l’étranger... Ben Stride (Randolph Scott), tel est son nom, rencontre un couple de pionniers, John et Annie Greer se rendant en Californie, et les aide à sortir leur chariot d’ornières boueuses. Sur leur insistance, il accepte de les accompagner un bout de chemin afin de les escorter et de les protéger des Chiricahuas affamés qui vagabondent dans la région. Son mari (Walter Reed) n’étant à priori pas fait pour la vie dans cet Ouest sauvage, Annie (Gail Russell) n’est pas insensible au charme du ténébreux aventurier. La réciproque est aussi valable ! Lors d’un arrêt dans un relais de diligence abandonné, ils sont bientôt rejoints par Bill Masters (Lee Marvin) qui semble très bien connaître Stride qu’il appelle "Shérif". En effet, ex-Marshall de Silver Springs, Stride vient de perdre son épouse, tuée lors du hold-up de la Wells Fargo pour qui elle travaillait. Désormais, Stride n’a de cesse de poursuivre les sept hommes responsables pour les exterminer. Masters, étant au courant de toute l’histoire et sachant que les bandits se sont emparés de 20 000 dollars en or, décide pour les retrouver de s’associer momentanément et faire route avec l’homme qui l’a autrefois emprisonné à deux reprises. Leurs buts évidemment diffèrent et, pour compliquer encore les choses, Annie ne laisse pas indifférent Masters non plus. La tension monte au sein du groupe...


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C’est par l’intermédiaire de la tauromachie que le réalisateur fait son entrée à Hollywood. Vivant alors au Mexique, passionné de corrida et toréant lui même, il est engagé en 1941 par Rouben Mamoulian comme conseiller technique sur son film consacré au sujet, Arènes sanglantes (Blood and Sand). Il réalise ensuite une bonne dizaine de films sous le nom de Oscar Boetticher avant de tourner son premier western, seulement en 1952 : The Cimarron Kid. L’année précédente, ayant eu l’occasion de mettre en scène le premier film qui lui tenait vraiment à cœur (le sujet étant la corrida), il décidait de signer désormais ses films sous le nom qu’on lui connaît de nos jours : Budd Boetticher. S’ensuivront quelques titres palpitants et aguichants qui fleurent bon le dépaysement tels Horizons West, Seminole, City Beneath the Sea, East of Sumatra. Puis, comme Anthony Mann avec James Stewart, le cinéaste entamera sa fameuse collaboration, moins connue mais tout aussi digne d’intérêt, avec l’acteur Randolph Scott, qui donnera naissance à sept westerns d’une belle et parfaite cohérence. "Des canyons, toujours les mêmes, des bivouacs où l’on met à chauffer un sempiternel café, des pistes poudreuses que l’on parcourt jusqu’à plus soif, quelques rares rivières où se rafraîchir... Des Indiens affamés pouvant surgir à tout instant, des compagnons de route qui, le cas échéant, peuvent prendre le visage d’ennemis impitoyables... Une femme éhontément attractive, poitrine bombée, décolleté en dentelle, blonde, voluptueuse et innocente à s’en damner ; un héros pour la protéger... Telles sont au bas mot, les pièces maîtresses que Budd Boetticher redispose sur l’échiquier du Grand Ouest, à chacun des sept westerns qu’il réalisa avec l’acteur Randolph Scott entre 1956 et 1960" écrivit avec justesse Pascal Sennequier en 2003 dans le N°509/510 de la revue Positif. Mais si l'on retrouve effectivement tous ces éléments au sein de cette série de films, cet extrait de description des bases sur lesquelles reposent les westerns du cinéaste, hors contexte d’un texte par ailleurs passionnant de bout en bout, pourra néanmoins sembler assez réducteur. Si maintenant l’on écoute Boetticher lui-même lorsqu’il parle à Tavernier dans Amis américains, on entrevoit mieux la complexité qui se cache en fait sous le vernis du tableau à priori sans prétention : "Tous les films avec Randy Scott racontent à peu près la même histoire avec des variantes. Un homme dont on a tué la femme recherche le meurtrier. Cela me permet de montrer les rapports assez subtils entre un héros qui s’enferme à tort dans sa vengeance et des hors-la-loi qui au contraire essaient de rompre avec leur passé. Ce sont les rapports les plus simples du western mais aussi les plus essentiels". Tout est dit ici et Bazin résumera cette conception en parlant de westerns oscillant entre néo-classicisme (l’innocence de ceux des années 30/40) et modernisme (ambiguïté, ironie, tendance à la psychologie pour les plus récents) tout en misant sur une espèce de naïveté de la part du réalisateur tournant des chefs-d’œuvre sans chercher à le faire, "la beauté du western procédant notamment de la spontanéité et de la parfaite inconscience de la mythologie dissoute en lui, comme le sel dans la mer".


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Mais il est temps de plonger dans le vif du sujet qui nous intéresse à cette heure, à savoir le premier film de ce cycle, Sept hommes à abattre. C’est une nouvelle fois John Wayne, par l’intermédiaire de sa société Batjac, qui produit le film. En admiration devant le premier script de Burt Kennedy, il aurait bien voulu se trouver dans la peau de Ben Stride, mais trop occupé par ailleurs sur le tournage de La Prisonnière du désert (The Searchers), il laisse le rôle à Randolph Scott. En revanche, déterminé à relancer la carrière (sacrément compromise par l’alcool) de Gail Russell, sa partenaire inoubliable de L’Ange et le mauvais garçon (The Angel and the Badman)(1947) et du Réveil de la sorcière rouge (Wake of the Red Witch)(1948), il insiste pour que le personnage féminin lui soit attribué. Bien lui en a pris même si malheureusement, l’actrice décèdera peu de temps après à l’âge de 36 ans, des suites de ses problèmes d’alcoolisme. A la sortie de l’avant-première du film, Wayne déclarera regretter n’avoir pas été de la partie. Invisible pendant quelques dizaines d’années, ce western était devenu entre temps un film culte ; il fut récemment restauré et montré avec un immense succès à la Cinémathèque Française où l’on put enfin constater que sa réputation était loin d’être usurpée. Il s'agit selon moi, plus que Vera Cruz d'Aldrich et bien avant Coups de feu dans la Sierra de Peckinpah, du western qui aura véritablement passé le relais entre western classique et western contemporain.


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Comme pour les films suivant du 'Ranown cycle' - surnommé ainsi pour (Ran)dolph Scott et Harry Joe Br(own), le producteur de la Columbia qui mettra en branle les autres films de la série à partir de L'Homme de l'Arizona (The Tall T, 1957) - Boetticher nous propose avec Sept hommes à abattre, au milieu de décors minimalistes, un western pur jus mais totalement dégraissé. Le script brillant de Burt Kennedy, impeccablement construit, parfaitement huilé, dépouille jusqu’à l’épure le thème de la vengeance, décrivant des situations simples mais exploitées jusqu’à la moelle, enrichies par une très belle écriture des différents personnages. Loin des préoccupations "psychologisantes" du 'surwestern' qui commençait à envahir les écrans de l’époque (sans que je ne juge ces derniers péjorativement une seule seconde), Burt Kennedy nous octroie un scénario à la linéarité exemplaire qui se cantonne dans une simple mais riche étude de comportements. Ici donc, comme dans les variations que constitueront les six autres films, pas de psychologie explicative, pas de pittoresque inutile (excepté le 'Old Timer' dont on peut se délecter quelques secondes), peu de digressions : bref, exit les fioritures ! Un western dense, resserré (sa durée n’excède pas 75 minutes) et extrêmement tendu qui pourrait certainement aussi bien plaire aux fans de films de série sans prétention qu’à ceux qui ne recherchent dans le genre que les 'classiques', ne souhaitant pas se coltiner une centaine de films trop conventionnels avant de tomber sur une pépite.


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Pas de fioritures dans le fond ; pas de frime non plus dans la mise en scène ! Et pourtant, quelle inventivité dans la sobriété, quelle majestueuse simplicité de la forme ! Pas de mouvements de caméras voyants pour y arriver ; tout passe par le cadrage (la précision minutieuse des plans, la simplissime beauté des champs/contrechamps, confinent à l’évidence) et le montage. Et il n’est pas besoin d’attendre longtemps pour s’en rendre compte. La première séquence suffira à vous dévoiler le style sec, concis et efficace du cinéaste. Il pleut et des éclairs strient la nuit éclairant ainsi un coin de désert avec en fond la faible lueur d’un feu crépitant sous une grotte. Un cow-boy de grande prestance fait son apparition dans le cadre, de dos, et s’avance vers la lumière. Gros plan sur l’intérieur de la grotte et sur les deux hommes y prenant un café, étonnés de voir arriver un étranger. Gros plan sur le visage dur et fermé de Randolph Scott. Une discussion s’entame en simple et très beaux champs/contrechamps. Malgré l’apparente absence de mise en scène, tout cela est d’une grande force, beaucoup de choses se passant dans le cinéma de Boetticher plus par l’intermédiaire des regards et des gestes que par l’expression orale, même si cette dernière reste importante (les dialogues sont superbes). La tension monte suite à quelques paroles dites mal à-propos. On voit les deux hommes prendre peur, se lever pour dégainer leurs revolvers. Cut ! Plan sur les chevaux sous la pluie à l’extérieur à la même seconde où claquent deux violents coups de feu. Fondu au noir. Au plan suivant, il fait jour et Randolph Scott s’est approprié les deux chevaux des hommes qu’on comprend qu’il a tués. Simple, concis, limpide, dynamique, parfait !


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En terme de pure mise en scène, la séquence du duel final est encore plus étonnante et va à l’encontre des conventions de l’époque : le plan de coupe, sans cesse retardé alors qu’on le souhaite de tout cœur, ne vient pas au moment où on l’attend. La violence et la surprise en sont d’autant plus fortes. Je suis conscient qu’il est difficile d’arriver à comprendre ce que j’ai voulu dire sans avoir vu le film, mais il m’est impossible d’aller plus loin dans la description technique de la scène sans en déflorer le dénouement. Si en revanche vous le connaissez, vous aurez certainement saisi de quoi il retourne. Pour les autres, sachez seulement que, en totale opposition à la mise en scène de Leone filmant des duels, celui de Seven Men from Now n’en est pourtant pas moins aussi fabuleux tout en restant d’une rigoureuse simplicité. La manière de filmer des affrontements stylisés dans des paysages cadrés avec une précision géométrique confine à l’abstrait mais tout dans le film n’est pas dénué d’une certaine poésie. D’ailleurs, malgré la brève durée dont il dispose pour nous narrer son histoire, Boetticher, au contraire des autres cinéastes de série B, ne rechigne pas à prendre son temps et à se faire plaisir pour nous gratifier ici et là de longs et vastes travellings latéraux montrant les personnages et les chevaux se déplaçant au milieu de paysages parfois magnifiques (même si lunaires et sauvages), le tout superbement photographié par William Clothier et accompagné par une partition très inspirée d’un compositeur polonais assez méconnu : Henry Vars.


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"Même s’il n’y a en jeu qu’une vengeance, mes personnages, hommes ou femmes, ont toujours décidé de la manière dont ils allaient agir. Ils ont fait un choix auquel ils tiennent". En effet, si ces derniers semblent être au premier abord taillés à la serpe, il n’en est rien en réalité. Ce n’est pas parce que la psychologie est laissée sur les bas-côtés, que les dialogues sont peu abondants, que les protagonistes sont avares en épanchements et ne poursuivent qu’un seul but, que les personnages ne sont pas subtilement croqués. Ben Stride, taciturne, rigide et impassible, n’en est pas moins torturé comme l’étaient les personnages interprétés par James Stewart chez Anthony Mann. Hanté par les fantômes de son passé, se sentant responsable de la mort de son épouse, il est devenu désabusé et a du mal à se le pardonner : en effet, trop fier pour accepter un poste d’adjoint après avoir perdu les élections pour être réélu shérif, il laisse sa femme prendre un emploi pour subvenir à leurs besoins ; mais malencontreusement, elle est tuée sur son lieu de travail. Les regrets ne cesseront désormais de le poursuivre, la mort des tueurs seule pouvant éventuellement le rasséréner. Aucun machisme non plus chez Ben Stride puisqu’on le verra au cours du film aider Annie Greer à étendre le linge : la force chez Boetticher est rarement synonyme de virilité mais tient surtout au fait de se fixer un but et d’arriver à assumer ses choix de départ sans en dévier d’un iota. Randolph Scott, "l’homme au visage en couteau" (Clelia Cohen dans 'Le Western'), s’il ne possède pas autant de possibilités en tant qu’acteur que John Wayne ou Gary Cooper, représente de plus en plus l’archétype parfait de l’homme de l’Ouest, du cow-boy, celui auquel beaucoup d’enfants auraient voulu pouvoir s’identifier lorsqu’ils étaient encore en culottes courtes. Son jeu tout en 'underplaying' sert à merveille les personnages écrits par Burt Kennedy, et il possède une prestance et une classe qu’on peut difficilement remettre en cause. Bon acteur (il a autrefois prouvé qu’il n’était pas ridicule non plus dans le registre de la comédie), il arrive même souvent à faire transparaître de la tristesse, de l’ironie et de la tendresse sous sa stoïque carapace à priori inattaquable.


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Sans son charisme évident, comment aurait-il pu rivaliser avec Lee Marvin qui (anticipant son rôle dans L'Homme qui tua Liberty Valance), compose un Bill Masters absolument réjouissant ? Un 'bad guy' tour à tour truculent et angoissant mais qui arrive néanmoins à être extrêmement attachant. Lee Marvin, sans trop en faire, dévore littéralement l’écran par sa manière de se déplacer, de fumer son cigare, jouant avec efficacité de ses mimiques, de ses attitudes, de la manière de se servir de ses revolvers, de la façon de prononcer ses 'Poo' en faisant semblant de tirer dans le vide. Du grand art ! Il arrive à nous faire ressentir aussi son attirance pour Annie tout en sachant intérieurement qu’il ne pourra jamais se faire apprécier d'elle. Sa jalousie vis-à-vis de Stride, qu’il devine avoir conquis son cœur, s’exprimera lors d’une scène remarquable (d’ailleurs la préférée à la fois de Boetticher et de Kennedy non seulement pour ce film mais pour l’ensemble de leurs travaux) au cours de laquelle, à l’intérieur d’un chariot, Masters fait comprendre à son entourage (Stride, Annie et John Greer) qu’il a parfaitement deviné les sentiments qui se jouent entre eux quatre, la faiblesse du mari, l’attirance de la femme pour l’aventurier protecteur, etc., tout en avouant lui-même à Annie, par des compliments non feints, le rêve qu’il aurait eu d’en faire sa femme. Scène à la fois émouvante et extrêmement tendue qui nous fait de seconde en seconde le haïr et l’aimer : grand moment ! Quant à Annie, contrairement à ce que Pascal Sennequier décrivait en parlant des personnages féminins du cycle, c’est peut-être la seule à laquelle "une femme éhontément attractive, poitrine bombée, décolleté en dentelle, blonde, voluptueuse" ne convient pas. Gail Russell interprète une femme déterminée mais douce et fragile et dont le visage est marqué par la fatigue. Chez Annie, mal mariée à un homme qui pourtant essaie de tout faire pour la rendre heureuse, son besoin d’une autre forme d’amour ressort dans son regard, dans ses gestes, et le spectateur, comme nos deux héros, se sent un besoin impérieux de la protéger. Encore une belle performance de cette merveilleuse et discrète actrice. Le plan où elle va pour donner un baiser à Randolph Scott reste un moment les plus poignants du film.


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Les seconds rôles ne sont pas en reste et sont traités avec tout autant d’attention par Burt Kennedy. Même s'ils n'ont que peu de temps de présence à l'écran, on se souviendra longtemps de John Larch par exemple. On voit que rien n’a été laissé au hasard (pas même les paysages de Lone Pine qui n'auront jamais été mieux mis en valeur qu'ici) et que ce récit au dynamisme concentré n’en a pas oublié pour autant de donner de la chair et une âme aux individus qui le font vivre et qui ne se retrouvent pas n’être que de vulgaires pantins au profit de l’histoire. Une superbe introduction au cycle Scott/Boetticher, un parmi tant d’autres des très grands westerns des années 50 ! Je laisse la conclusion à Christian Viviani, auteur d’un superbe ouvrage sur le genre et qui dit de la filmographie du cinéaste "l’une des plus belles carrières de western et aussi l’une des plus discrètes. S’étant rarement aventuré dans la série A, Budd Boetticher, d’abord à l’Universal, puis à la Columbia, et enfin comme indépendant, a bâti son oeuvre avec l’humilité grandiose d’un bâtisseur de cathédrale". La suite le confirmera.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar feb » 16 avr. 13, 22:33

Un Randolph Scott impeccable, une mise en scène de Boetticher très classe, un Lee Marvin délectable et Gail Russell...un très grand film :wink:
ed a écrit :Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 16 avr. 13, 22:37

Je pense que Lee Marvin dans ce film a du être l'un des modèles les plus importants pour Leone pour ses portraits de Bounty Hunter dans sa première trilogie. Il est en tout cas absolument jubilatoire.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Chip » 17 avr. 13, 10:07

J'ai revu, bien sûr, ces" collines brûlantes " plusieurs fois, la dernière ce devait être l'an passé ( j'ai un bon enregistrement télé vo s/t, sur dvd). Je viens de relire dans les nombreux ouvrages sur le genre, les passages qui sont consacrés au film de Heisler, critiques globalement positives, ce qui me conforte, bien qu'un jugement n'influence pas le mien. Quant à " Johnny Guitar" qui est mon film préféré, je connais des gens qui le détestent à commencer par ses principaux interprètes . Pour l'instant " The burning hills" reste dans mon top tens, mais ce classement (tu peux le voir sur westernmovies) est fluctuant, sauf en ce qui concerne les trois premiers. Ces échanges d'avis me donne l'envie d'une nouvelle vision, voilà le côté positif de la chose, fait de même...

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar L'étranger... » 17 avr. 13, 10:08

Pour Collines brûlantes, je comprends Chip qui défend ses goûts (j'ai fait la même pour La première balle tue), disons que quand tu aimes un film et comme tes critiques sont très bien faite, il est souvent inutile d'en rajouter, alors quand elle est négative (et je ne te critique pas car tu as tout as fait le droit de ne pas aimer :wink: ) alors que c'est un film qu'on a aimé, ça fait un peu mal au fan que nous sommes et personnellement, je me sens obligé de rajouter un avis positif, ne serait-ce que pour LA personne qui peut découvrir ce film et l'aimer, en tout cas tu as la délicatesse de respecter nos avis alors c'est cool.
Sinon, pour Collines brûlantes, je le trouve agréable, plutôt au dessus de la moyenne, donc mon avis se situe entre vous deux ! En tout cas, pour le tandem Boetticher/Scott, on est tous d'accord pour dire que c'est excellent ! :lol:
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 17 avr. 13, 10:19

J'accepte évidement tous les avis contraires au mien mais le terme "consterné" est en général très péjoratif envers l'avis concerné. C'est pour cette raison que je me suis permis de réagir en espérant qu'on ne me ressortira pas une nouvelle fois Five Guns West :fiou: :mrgreen:

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 17 avr. 13, 10:21

L'étranger... a écrit :alors que c'est un film qu'on a aimé, ça fait un peu mal au fan que nous sommes et personnellement, je me sens obligé de rajouter un avis positif, ne serait-ce que pour LA personne qui peut découvrir ce film et l'aimer,


Je suis le premier à faire de même :wink:

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Doc Boone » 17 avr. 13, 22:20

Boum !! Ben j'ai encore un sacré retard ! Je découvre les deux dernières critiques sur ce fil, dont ce 'pavé' sur '7 Men from Now" (je dis 'pavé' comme on dit un pavé de rumsteak, en salivant à l'avance) ... Mais je veux revoir ce dernier avant de lire l'avis de 'Jérémy'. J'ai le dvd, mais en suis à la recherche depuis des mois pour le revoir et le ranger avec les autres Boetticher-Scott ...
Existe-t-il, comme indiqué ci-dessus, une VF ? J'ai de gros doutes ...

Et puis, ensuite, j'aurai encore à lire vos avis sur les dernières sorties westerns chez Sidonis (pas encore achetées, car j'attendais une baisse de prix sur un site de ventes en ligne, comme les fois précédentes ... Mais pour l'instant, je ne vois rien poindre ... Ne suis guère enthousiasmé, il faut dire, par ces sorties depuis Septembre dernier).

Quant à "The Burning Hills", je l'avais commandé en Zone 1 aux États-Unis ... Vu une fois rapidement, je dois le voir à tête reposée, pour bien en profiter ; un western assez fauché, avec des extérieurs quelconques dans la première partie, mais beaux paysages, bien filmés dans la poursuite ; une rencontre assez calamiteuse avec des Indiens, même si l'idée n'est pas mauvaise -car inattendue, la présence des Indiens n'ayant pas été mentionnée auparavant- pour se débarrasser d'une partie de la troupe des poursuivants, je crois qu'ils tombent quasiment nez à nez avec des Indiens qui se trouvaient dans le coin, mais figurants et cascadeurs tous avec perruques et bandeaux pour les tenir ...
C'est du moins le souvenir que j'en ai ... à confirmer ou infirmer, en ce qui me concerne, après un (re)visionnage 'sérieux' ; quelques bonnes idées, quelques bonnes surprises, ou surprises tout court, comme la 'sortie' rapide d'un Claude Akins, dans un rôle de contremaître plutôt droit, si j'ai bonne mémoire. Ray Teal, effectivement, un second rôle solide, que l'on a toujours plaisir à retrouver. Et j'aime assez sa voix, son accent un peu traînant.
Franz reprend quasiment son personnage de 'Two Moons' dans "Broken Lance", de la coiffure en catogan à son rôle final dans la poursuite, en Indien (métis ici, de père hollandais, je crois ... nationalité assez rarement évoquée dans un western pour le noter, à part quelque 'Dutch Henry' ici ou là) droit, engagé comme pisteur mais indépendant, avec une conscience morale propre, contrairement aux autres employés et sbires de Sutton.
Une "bal(l)ade romantique", assurément, jolie, peut-être, car, comme le dit chip, menée par des jeunes acteurs, deux choses qui, réunies, sont peut-être assez rares dans un western ... mais je n'irai cependant certes pas jusqu'à 'splendide'.
Mais comme ce dvd là, je sais où il est, je vais le (re)voir dans les prochains jours ; il me fallait une impulsion ; votre discussion me l'a donnée.


Un détail : chip a écrit :
le personnage de l'éclaireur métis, bien joué par Arthur Franz, était inhabituel et attachant, (...)
. Il s'agit ici d'Eduard, et non d'Arthur.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 17 avr. 13, 22:28

une rencontre assez calamiteuse avec des Indiens, même si l'idée n'est pas mauvaise -car inattendue, la présence des Indiens n'ayant pas été mentionnée auparavant- pour se débarrasser d'une partie de la troupe des poursuivants, je crois qu'ils tombent quasiment nez à nez avec des Indiens qui se trouvaient dans le coin, mais figurants et cascadeurs tous avec perruques et bandeaux pour les tenir ...


L'idée n'était pas mauvaise mais la réalisation est effectivement calamiteuse tout comme le monteur et les cascadeurs dans cette séquence.

Ray Teal, effectivement, un second rôle solide, que l'on a toujours plaisir à retrouver. Et j'aime assez sa voix, son accent un peu traînant.


Sauf qu'il n'a qu'à peine 5 mn de présence à l'écran. C'est Skip Homeier qui chipe la vedette à tout le monde à mon avis. Earl Holliman, belle présence aussi. Les Bad Guy sont peut-être d'ailleurs la seule chose que j'ai trouvé à sauver :oops:

Doc Boone
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Doc Boone » 18 avr. 13, 00:27

Jérémy a écrit : "Les Bad Guy sont peut-être d'ailleurs la seule chose que j'ai trouvé à sauver :oops: "
... :| Oups ! :uhuh:

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 18 avr. 13, 07:06

Ben, pour être sûr (ou non) de mon coup, je le revois ce soir avant de poser mon avis ; z'êtes pas sympas. :twisted: Je ferais juste en sorte de ne pas entendre la musique :mrgreen:

Chip
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Chip » 18 avr. 13, 08:30

Tiens! " 7 hommes restent à tuer" et non" à abattre " comme on l'appelle trop souvent, est aussi dans mon Top tens...je vais moi aussi gravir une fois encore ces très chaudes collines. :wink: