Le Western américain : Parcours chronologique III 1955-1959

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980...

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Jeremy Fox
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Raw Edge

Messagepar Jeremy Fox » 22 févr. 13, 09:54

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La Proie des hommes (Raw Edge - 1956) de John Sherwood
UNIVERSAL


Avec Rory Calhoun, Mara Corday, Yvonne De Carlo, Neville Brand, Rex Reason, Emile Meyer
Scénario : Harry Essex & Robert Hill
Musique : sous la direction de Joseph Gershenson
Photographie : Maury Gertsman (Technicolor 1.85)
Un film produit par Albert Zugsmith pour la Universal


Sortie USA : 24 mars 1956


1842 en Oregon où la loi n’existe pas encore vraiment, le territoire étant toujours en attente de savoir s’il sera dirigé par les États-Unis d’Amérique ou la Grande Bretagne. C’est le riche propriétaire Gerald Montgomery qui, au mieux de ses propres intérêts, édicte et impose ses propres lois dont celle, peu banale, qui dit que toute femme veuve ou jeune fille deviendra sans son consentement la propriété du premier homme qui la réclamera. Hannah (Yvonne de Carlo), l’épouse du tyran local, est violentée dans une sombre écurie ; son assaillant a le temps de prendre la fuite sans qu’elle n’ait eu le temps de voir de qui il s’agissait. Le jeune fermier Dan Kirby (John Gavin), qui avait quelques minutes avant osé lever la voix sur la jeune femme, est accusé de l’agression et lynché sans plus attendre. Tex (Rory Calhoun), le frère du pauvre bougre venant d’être pendu, arrive peu après en ville ; en apprenant la tragédie survenue à Dan, il a bien l’intention de le venger. Quant à Paca (Mara Corday), la veuve de Dan, dans le respect de la loi de Montgomery, est ‘jetée en pâture’ à tous les mâles libidineux la région avant même qu’elle n’ait eu le temps de rejoindre son peuple (elle est d’origine indienne). C’est Sile Doty (Robert J. Wilke) qui, plus rapide que les autres, devient le nouvel époux de Paca. Le jour où Montgomery est tué par les indiens, c’est au tour de son épouse de se retrouver dans la même inconfortable situation ; en effet, elle est désormais ‘la proie des hommes’, ceux là même qui étaient sous les ordres de son défunt mari…


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Une ville d’Oregon (région alors tiraillée entre les anglais et les américains) sous la coupe d’un homme ayant édicté ses propres lois dont celle, peu commune et totalement amorale, qui dit que toute femme veuve ou jeune fille deviendra sans son consentement la propriété du premier homme qui la réclamera. Peu courant comme postulat de départ ; voire même totalement inédit ! Ici ce n’est pas l’appât du gain qui régit les comportements des uns et des autres mais la femme. Pour les beaux yeux et autres charmants atours de la toujours aussi charmante Yvonne De Carlo, quasiment tous les hommes du film vont s’entretuer à peine son époux ayant passé l’arme à gauche. Autant dire qu’avec une telle idée et un tel casting, nous étions en droit d’attendre beaucoup de ce western à l’intrigue pour le moins originale ! Malheureusement, de mon point de vue, le côté redondant du scénario n’a d’égal que sa bêtise ! Après un début intrigant (la très plaisante chanson du générique, l’étonnant postulat de départ dévoilé, la caméra suivant les jambes de Yvonne de Carlo sans dévoiler son visage, le suspense qui accompagne la séquence de sa tentative de viol dans la grange, le mystère quant à l’identité de l’agresseur, le lynchage puis l’arrivée de Rory Calhoun qui se heurte littéralement à son frère pendu…), ce western devient très vite répétitif, ne nous proposant jusqu’à la fin de ses pourtant courtes 73 minutes que cette incessante ronde de mâles en rut essayant de s’accaparer les veuves, précipitant même parfois leur solitude à coups de revolver afin de pouvoir "en profiter" plus tôt et plus vite. Et de suivre consternés cette incessante chasse à la femme qui tourne tellement vite en rond que c’est l’ennui qui nous gagne peu à peu, juste après la première apparition du comédien Rory Calhoun qui n'arrive qu'au bout de 16 minutes de film.


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La torpeur qui nous envahit alors n’est pas seulement due au pénible scénario des duettistes Harry Essex et Robert Hill avec leur sarabande de pantins complètement désincarnés, mais également à la mise en scène indigente de John Sherwood qui réalisait à l’occasion le premier de ses trois films (les deux autres seront des films fantastiques de second ordre) après avoir été un talentueux assistant aux côtés de noms prestigieux tels, excusez du peu, Howard Hawks, Frank Borzage, Douglas Sirk, George Sherman, Jack Arnold, Max Ophuls ou Sam Wood. Comme quoi un bon assistant ne devient pas nécessairement un réalisateur inspiré et (ou) efficace : les seules idées de mise en scène s’avèrent ici finalement assez gratuites même si intrigantes au premier abord, le reste étant on ne peut plus banal, terne et mal rythmé. Le budget de ce film étant ridicule, son esthétique se révèle d’une pauvreté affligeante, les décors sont réduits au strict minimum, les figurants pour interpréter les indiens semblent avoir été recrutés au hasard dans la rue juste avant de tourner les scènes, les cascadeurs ne sont guère énergiques et les transparences utilisées à foison ne sont pas bien intégrées : un comble pour une compagnie dont la principale qualité était en début de décennie d’éviter au maximum le tournage de ses westerns en studio. Ici, tout sent le factice à plein nez : ceci n’est évidemment pas bienvenue pour rehausser le niveau déjà bien faiblard sans ces paramètres financiers. Quand, pour corser l'ensemble, la musique se met à ressembler plus à une cacophonie envahissante qu'autre chose, et que les comédiens ont l'air de ne pas se sentir vraiment concernés, on décroche très vite.


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C’est d’autant plus dommage que le casting était pour le moins alléchant sur le papier. Aux côtés de Rory Calhoun (un peu effacé ici), toute une brochette de seconds couteaux que l’on connait très bien, si ce n’est de noms au moins de visages, la plupart ayant écumés le western à maintes reprises ; citons parmi ceux que vous reconnaitrez très probablement, Emile Meyer, Neville Brand (dont on oublie qu’il fût, après Audie Murphy, le deuxième soldat le plus décoré de la Seconde Guerre Mondiale ; merci à Patreick Brion de nous l'apprendre), Robert J. Wilke ou John Gavin dans son premier rôle au cinéma (plus tard, il interprétera entre autres Jules César dans le Spartacus de Stanley Kubrick). Du côté des protagonistes féminines, nous avons Mara Corday et surtout la toujours aussi charmante Yvonne de Carlo qui mettait un terme avec ce film à son contrat à la Universal, compagnie pour laquelle elle fut l’une des actrices fétiches depuis le milieu des années 40. Dommage qu’elle quitte le studio sur une si pitoyable prestation due très probablement à l’écriture de son personnage qui ne dégage pas plus d’émotion que n’importe quel autre. Car aucun acteur n’est vraiment mauvais dans ce film ; seulement, que pouvaient-ils faire de mieux pour pouvoir donner de la chair à de tels protagonistes aussi peu étoffés et brossés à la truelle par les auteurs ? Pour tout dire, on se fiche presque de ce qui arrive à n’importe lequel d'entre eux puisqu'il est quasiment impossible de ressentir de l'empathie envers quiconque. Quant à l'émotion, elle est aux abonnés absents. Comme à mon habitude, je ne vais pas prolonger cette critique pour deux raisons : pour ne pas donner plus d’importance à un film qui ne la mérite pas et pour ne pas enfoncer plus longuement un western qui possède probablement ses admirateurs.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Chrislynch » 22 févr. 13, 09:54

Jeremy Fox a écrit :
car je n'ai pas du tout l'esprit d'analyse (à l'inverse de nombreux forumeurs ici).


Je pense que tu possèdes beaucoup plus l'esprit d'analyse que tu ne le crois.

J'aimerais me joindre aux encouragements car je sais qu'il en faut dans ce genre d'entreprise de longue haleine.

Depuis que je connais ce site, c'est-à-dire déjà depuis fort longtemps, ton travail constitue pour moi une véritable mine d'or. Et je ne manque jamais d'aller y jeter un oeil lorsque je dois moi-même me pencher sur la réfléxion de tel ou tel film.

Et donc en un mot, courage ! :wink:

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hellrick
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar hellrick » 22 févr. 13, 10:03

Jeremy Fox a écrit :
hellrick a écrit :Il y avait deux entreprises titanesques en cours dans le domaine du cinéma: le Fantastic Guide de JPP


Tu peux m'en dire plus ? Je ne connais pas.


Jean Pierre Putters dans Mad Movies faisait, depuis plus d'une centaine de numéros, la critique alphabétique de tous les films fantastiques sortis depuis l'origine du cinéma, au rythme de 4 à 5 pages mensuelles il était à la lettre E...entreprise évidemment sans fin et folle, impossible à finir mais très plaisante à lire. Hélas, les relations houleuses entre JPP et l'éditeur du Mad actuel viennent d'y mettre un terme (en espérant une poursuite ailleurs) et le N° de février est le dernier à contenir les textes de JPP. :(

:wink:
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 22 févr. 13, 10:52

hellrick a écrit :
Jeremy Fox a écrit :
hellrick a écrit :Il y avait deux entreprises titanesques en cours dans le domaine du cinéma: le Fantastic Guide de JPP


Tu peux m'en dire plus ? Je ne connais pas.


Jean Pierre Putters dans Mad Movies faisait, depuis plus d'une centaine de numéros, la critique alphabétique de tous les films fantastiques sortis depuis l'origine du cinéma, au rythme de 4 à 5 pages mensuelles il était à la lettre E...entreprise évidemment sans fin et folle, impossible à finir mais très plaisante à lire. Hélas, les relations houleuses entre JPP et l'éditeur du Mad actuel viennent d'y mettre un terme (en espérant une poursuite ailleurs) et le N° de février est le dernier à contenir les textes de JPP. :(

:wink:


Ah oui, vraiment dommage qu'un tel chantier prenne fin à cause de mauvaises relations. L'avantage me concernant c'est que je n'ai de comptes à rendre qu'à moi même :mrgreen:

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Frances » 22 févr. 13, 10:53

Chrislynch a écrit : ton travail constitue pour moi une véritable mine d'or. Et je ne manque jamais d'aller y jeter un oeil lorsque je dois moi-même me pencher sur la réfléxion de tel ou tel film.

Pareil et j'avoue avoir déjà imprimé certaines de tes analyses pour les ranger dans un dossier :oops:

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feb
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar feb » 22 févr. 13, 22:38

J'apporte mon petit caillou à la montage de félicitations mais une fois de plus bravo pour ce texte M. Fox, je me retrouve complètement dans ton texte tant tu décris parfaitement tout ce que je ressens devant ce Ford :wink:

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Tribute to a Bad Man

Messagepar Jeremy Fox » 24 févr. 13, 19:59

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La Loi de la prairie (Tribute to a Bad Man - 1956) de Robert Wise
MGM


Avec James Cagney, Irene Papas, Don Dubbins, Stephen McNally, Vic Morrow, James Griffith, Lee Van Cleef, Royal Dano
Scénario : Michael Blankfort d'après Jack Shaefer
Musique : Miklós Rózsa
Photographie : Robert Surtees (Technicolor / Vistavision 2.35)
Un film produit par Sam Zimbalist pour la MGM


Sortie USA : 30 Mars 1956


Comme nous l'avons déjà dit à plusieurs reprises, si le western n'a pas été la spécialité de la Metro Goldwin Mayer, quand le studio du lion en produisait un le résultat était très souvent de grande qualité. En voici un nouvel exemple avec ce très beau film. Précédemment, avant Tribute to a Bad Man, il avait déjà réalisé deux westerns : Ciel rouge (Blood on the Moon) en 1948 avec Robert Mitchum, western hivernal et pluvieux à l’ambiance nocturne et enfiévrée de film noir ainsi que Les Rebelles de Fort Thorn (Two Flags West) en 1950, évocation de la vie quotidienne au sein d’un fort à la fin du 19ème siècle durant laquelle on pense beaucoup à John Ford mais un Ford sans chaleur et sans vie. Deux westerns donc, loin d'être mauvais, mais qui n'ont pas laissé de souvenirs impérissables. La Loi de la prairie est son ultime tentative dans le genre, sa plus belle réussite, et il eut comme se doit un honnête succès public. Après le western noir et le western militaire, Wise se lance donc dans le western psychologique et familial dans la lignée de films comme La Lance brisée (Broken Lance) d'Edward Dmytryk.


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Steve Miller (Don Dubbins) raconte quelques mois de sa vie passée (aux alentours de 1875) alors que, garçon d'épicerie en Pennsylvanie, il avait traversé les USA pour s'essayer dans l'Ouest au métier de cow-boy qu'il idéalisait grandement. Sur son chemin, arrivé dans le Montana, il sauve la vie d'un homme blessé. Ce vieil homme, Jeremy Rodock (James Cagney), est le propriétaire d'un immense domaine où il élève des chevaux. Il doit sans arrêt se défendre contre des voleurs qu'il fait pendre sans sommation s'il les surprend en flagrant délit. Jocasta Constantine (Irene Papas), la "Saloon Gal" qu'il a sauvée de la pauvreté et de la déchéance, vit à ses côtés sans être mariée avec lui. Elle l'aime tendrement mais ne supporte pas ses accès de fureur (sa "Hanging fever"), la violence avec laquelle il fait régner sa propre loi sur son territoire. Il en va de même pour le jeune et naïf Steve qui, s'il s'est pris d'amitié pour son nouveau patron, ne voit pas d'un bon œil ses manières expéditives à l'encontre de ceux qui veulent malmener son cheptel. Il va être tenté un moment de fuir avec la femme de son "père adoptif" après que celui-ci ai traité avec sadisme trois hommes qu'il suspectait (avec raison d'ailleurs) d'avoir voulu le spolier. En plus de devoir constamment surveiller ses chevaux, Jeremy doit faire attention à ce que ses hommes, privés de femmes, ne lorgnent pas sur sa maîtresse à laquelle il tient comme à la prunelle de ses yeux. Il n'hésite d'ailleurs pas une seconde à licencier son bras droit, McNutty (Stephen McNally), qui tournait de trop près autour d'elle. Cette tension constante au sein du ranch va-t-elle pouvoir être apaisée ?


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Et c'est Spencer Tracy qui, après avoir fait très bonne impression dans le film de Dmytryk, avait été retenu pour le western de Robert Wise et avait même commencé le tournage durant quatre jours. Mais pour des ennuis de santé (l'altitude à laquelle le film a été tourné lui posait des problèmes de respiration) et de mauvaise entente avec le réalisateur, supportant mal la canicule qui régnait dans le Colorado et disant ne pas aimer le script, le grand acteur a préféré tout arrêter. C'est sur cet échec qu'il met un terme à 21 ans de bons et loyaux services pour le studio du lion, sa dernière prestation pour la MGM demeurera celle, sublime, qu'il livre dans Bad Day at Black Rock (Un homme est passé) de John Sturges. Clark Gable fut le premier acteur prévu pour le remplacer mais il refusa l'offre. James Cagney fut le suivant sur la liste, et bien lui en a pris d'accepter car le personnage de Jeremy Rodock lui offrit l'un de ses rôles les plus mémorables, notamment durant les années 50. Mais ce n'est pas le seul personnage intéressant du film, bien au contraire. En effet, si La Loi de la prairie ne brille pas par son intrigue (pourtant bien menée) ni par ses thématiques finalement assez simples, les personnages et les situations se révèlent en revanche d'une profonde richesse grâce à un scénario très réussi de Michael Blankfort qui mise plus sur la psychologie que sur l'action.


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A tout seigneur tout honneur, commençons par le protagoniste interprété par un formidable James Cagney, plus touchant que haïssable contrairement à ce que l'on aurait pu croire au vu du titre original. Jeremy Rodock est un éleveur tenu à l'écart de la civilisation et qui a trimé des années pour bâtir son domaine. Aujourd'hui à la tête d'un immense cheptel de chevaux et d'une grande fortune, il n'a en tête que de protéger le mode de vie qu'il a construit de ses propres mains et ne souhaite surtout pas voir son travail anéanti par n'importe quels brigands. Résultat : étant à des lieux de la première ville et ne pouvant pas faire appel à un quelconque shérif ou Marshall pour l'aider à se défendre, il a décidé d'appliquer sa propre loi, à savoir celle du talion : s'il prend un voleur la main dans le sac, il n'hésite pas à le balancer au bout d'une corde sans aucune autre forme de procès en disant à qui veut l'entendre (et notamment à sa compagne à qui il peine à faire comprendre ses méthodes un peu expéditives) : "C’est la peur qui les rend honnêtes. Avec cette pendaison j’ai dressé une barrière de trois mètres de haut au-dessus de mes terres"

"Jo... you come as close to bein'... well, as close to bein' everything to me as anything livin'. But I still can't do what you want me to do. We're livin' in the middle of nowhere. Two hundred miles from any kind of law and order. Except for what I built myself. Ever since I started - and this you don't know - I've been badgered, skunked, bitten out and bushwhacked by thieves from everywhere. And now, one of my men's been killed. I find my horses, I find the killer. If I find the killer, I hang him. I gotta' keep my own reckoning, Jo. It's the way I built my life and half the transportation of the West."

Il est clair que vu de notre petite lorgnette au 21ème siècle, c'est une attitude peu recommandable - voire même condamnable - ; mais si l'on essaie de se replacer dans le contexte de cette époque et au vu de la situation de cet homme isolé, constamment en but aux larrons de toute sorte, on peut arriver à le comprendre sans pour autant l'excuser. Face à lui, nous nous retrouvons donc en quelque sorte un peu dans la situation dans laquelle se trouvent les personnages interprétés par Irene Papas et Don Dubbins : on peut comprendre son attitude sans pour autant la cautionner. Mais comme Jeremy le dit lui-même : "I’m tired and angry !" Plus apitoyant que réellement méchant donc, même s'il lui arrive de se comporter "Pire qu’un loup à la pleine lune" notamment lors de la longue séquence qui termine presque le film et qui a probablement influencé Sergio Leone pour Le Bon, la brute et le truand, celle au cours de laquelle il oblige avec sadisme trois voleurs à marcher pieds nus durant des centaines de kilomètres jusqu'à la ville où ils devront être jugés. Devant le courage du personnage joué par Vic Morrow, devant l'incompréhension de ses proches, cet homme rugueux finira par se rendre compte de son inhumanité et faire amende honorable en se remettant en cause et en évoluant ainsi vers plus de sensibilité et de tolérance. Sa jalousie compréhensive (il a constamment peur que sa compagne ne le quitte pour un plus jeune) n'aura également plus lieu d'être puisque Jocasta retrouvera du coup un être sans les traits de caractère qui lui faisait parfois le haïr en silence.


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La tragédienne grecque Irene Papas, pour son premier rôle hollywoodien, s'avère au moins aussi inoubliable que son partenaire masculin, d'une grande sobriété de jeu contrairement à certaines accusations d'interprétation outrancière qui n'ont vraiment pas lieu d'être en l'occurrence. Le couple qu'elle forme avec James Cagney se révèle tout à fait convaincant et Jocasta s'avère toute aussi émouvante que Jeremy. Cette enfant de la guerre (de Sécession) obligée de se prostituer pour pouvoir survivre, sauvée de la déchéance par un homme plus âgé dont elle tombe amoureuse d'abord par reconnaissance puis par véritable amour, est un superbe rôle. A sa première apparition, à sa manière d'allumer son cigarillo, on est déjà conquis par l'actrice et son personnage. C'est elle qui représente un peu la bonne conscience du film, mais sans excès de moralisme ; juste un personnage qui en appelle à la raison ! Elle a beau admirer et aimer avec tendresse son homme, elle ne supporte pas quand ce dernier est pris de "Hanging Fever", d'une part parce qu'elle angoisse fortement qu'il n'en revienne pas et d'autre part parce qu'elle ne tolère pas la violence. Elle regrette également que son homme ne lui fasse pas entièrement confiance : "I understand now why you never married or ever wanted to marry. To marry you have to invest your heart in someone. How can you invest if you don't trust ?" Ayant une forte estime pour le jeune homme qui a sauvé son amant et ne souhaitant pas qu'il devienne aigri et rustre comme tous les hommes qu'elle côtoie au ranch, elle lui conseille d'abandonner, de repartir et de recommencer une "vie normale" : "Go home. Before you kill your first man. Or put a rope on your first hanging, and it begins to eat you up alive. Learn a decent trade. Find yourself a nice girl and get married. Live in a place where you can bring up children. A normal life." Une vie normale qu'elle accepte de ne pas avoir pour elle, sachant déjà reconnaître sa chance d'avoir pu être sortie de la situation peu reluisante dans laquelle elle se trouvait lorsqu'elle était pianiste de bar à Cheyenne (d'ailleurs, dans le courant du film, l'actrice nous chante en grec la superbe 'They Are Giving My Sweetheart Away'). Jocasta est une femme de tête qui sait se contenter de ce qu'elle a, même si elle n'est pas insensible aux propositions des hommes à qui elle a fait tourner la tête sans le chercher. Mais elle arrivera à rester fidèle à son "sauveur" et c'est tout à son honneur.


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Le "pied tendre" que Jocasta et Jeremy ont pris sous leur aile est un jeune épicier venu de l'Est pour être cow-boy, un métier qu'il a toujours rêvé de faire à sa manière romantique de jeune naïf, un travail qu'il a toujours idéalisé. Si le personnage apparaît un peu fade, c'est un fait volontaire ; Steve est un garçon maladroit, sensible, timide, gentil et naïf mais il évoluera en cours de route sans pour autant tomber du "côté obscur", comme le redoute Jocasta qui d'ailleurs lui remet les pieds sur terre en lui faisant prendre conscience de la réalité des choses quant à la valeur du cow-boy, et qui balance par la même occasion un sacré coup de pied dans la fourmilière s'agissant de la vision idéalisée que nous en avions nous aussi, spectateurs en culottes courtes élevés à La Dernière Séance (celle de notre Schmoll national) à coups de westerns classiques hollywoodiens : "Un cow-boy est un bon à rien à cheval. De mauvaises dents, des os cassés, une hernie et des poux !" (Steve, we've only talked a few times since you came here. But I know this about you. You are gentle. You haven't been used, and made hard. This is not your kind of life. Look at the men in the bunkhouse : Baldy, and Fat Jones, and Abe. Never a chance for a family, or a home. In ten years, you're gonna' be like them - a "nobody" on a horse. That's what a wrangler is : a "nobody" on a horse. With bad teeth, broken bones, double hernia, and lice !)" L'amour qu'éprouve ensuite Steve pour Jocasta est tellement sincère que cette dernière est à deux doigts d'abandonner son bienfaiteur pour enfin accomplir son rêve d'une vie "normale" et sans violence.


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James Cagney, Irene Papas et même le méconnu Don Dubbins dont c'était le premier rôle au cinéma sont remarquables. Ce dernier remplaça d'ailleurs au pied levé son collègue sur Ouragan sur le Caine, Robert Francis, qui mourut dans un accident d'avion après avoir commencé le tournage. Si les éloges viennent fort à propos quant il s'agit du trio principal, les seconds rôles n'en sont pas moins également à féliciter. Il y a tout d'abord l'ex-héros du cultissime Apache Drums (Quand les tambours s'arrêteront) de Hugo Fregonese, Stephen McNally, dans le rôle de l'homme de main de James Cagney qui, encouragé par le fait qu'elle ne soit pas mariée, essaie de s'enfuir avec la maîtresse de son boss ; puis Lee Van Cleef qui n'en peut plus de savoir qu'il n'existe aucune présence féminine (autre que l'intouchable Jocasta) à moins 200 lieues à la ronde et qui bave d'avoir entre les mains les catalogues Sears sur lesquels il pourrait voir des femmes en corsets ; Royal Dano (inoubliable et étrange visage repéré notamment dans The Red Badge of Courage de John Huston) jouant de l'ocarina ; la toujours superbe Jeannette Nolan même si son temps de présence est très court et surtout Vic Morrow, l'inoubliable "ennemi" de Glenn Ford dans Graine de violence (Blackboard Jungle) de Richard Brooks, ici encore particulièrement mémorable même si son jeu très "Actors Studio" détonne par rapport à celui de ses partenaires.


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En plus d'une parfaite direction d'acteurs, Robert Wise accomplit également un très bon travail concernant la réalisation. Le classicisme de sa mise en scène n'est aucunement un handicap et porte au contraire avec un doux lyrisme ce qui s'avère finalement une belle histoire d'amour. La précision des cadrages, la douceur de la photographie (splendide travail de Robert Surtees qui utilise les cieux sombres et nuageux avec génie, qui sait se servir avec talent des nuits américaines et dont les couleurs chaudes et brunes des intérieurs donnent une atmosphère ouatée très particulière), la splendide utilisation du format CinémaScope et des merveilleux paysages à disposition ainsi que la beauté des mouvements de caméra donnent un bel aspect plastique à ce western brillamment filmé. Les séquences mouvementées sont rares mais quant elles arrivent, elles nous régalent tout en cherchant à aucun moment à nous en mettre plein la vue. On trouve par exemple une âpre séquence de bagarre à poings nus d'une grande brutalité entre James Cagney et Stephen McNally, Cagney ayant prévenu ("I fight dirty") et utilisant surtout ses coudes qui semblent faire le plus grand mal à son adversaire. L'ensemble du film est soutenu par une très belle partition de Miklos Rozsa, dont le style est reconnaissable entre tous dès les premières secondes de chaque thème, et qui se sera révélé aussi doué dans tous les genres même s'il restera avant tout dans les esprits pour ses musiques de péplums hollywoodiens.


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La Loi de la prairie est une simple, belle et cruelle histoire d'amour et d'amitié en même temps qu'un film développant un thème intéressant qui nous pose la question de savoir à partir de quelle limite doit-on s'autoriser à faire justice soi même ou, pour être plus juste, doit-on se l'autoriser quelles que soient les situations. Même si le personnage joué par James Cagney a des circonstances atténuantes, le scénariste arrive à la conclusion que non. Pour "célébrer" ce résultat très moral, il achève même son histoire par un happy end un peu déconcertant car moyennement crédible au vu des séquences qui l'ont précédé et du ton d'ensemble très dramatique qui a pesé sur les protagonistes, mais qui s'avère au final assez émouvant en nous mettant du baume au cœur. Dommage que les situations et les dialogues soient un peu répétitifs, que l'intrigue ne possède pas la force et la richesse de ses personnages et que l'ensemble manque un peu d'ampleur. Néanmoins, il s'agit d'un très bon western intimiste, non dénué d'intensité et d'émotion, aux personnages riches et attachants et qui pourrait même plaire à ceux qui ne sont pas spécialement friands du genre.

« I never saw Mr. Rodock again, and I never saw Jocasta again. But I carried them with me wherever I went, and I loved them both my whole life long. »

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar hellrick » 27 févr. 13, 11:30

Une idée qui m'est venue qui pourrait être sympa c'est de faire un tableau dans le même style que les classements annuels des films où chacun pourrait noter les westerns qu'il a vu...Enfin je ne sais pas si c'est faisable facilement ou intéressant mais je me disais que ça pourrait être bien, pour ma part comme je note déjà sur 10 sur imdb je pourrais facilement retrouver mes notes mais je ne sais pas si d'autres seraient partant (oui j'aime bien les notes et les tableaux :fiou: )
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 27 févr. 13, 11:32

hellrick a écrit :Une idée qui m'est venue qui pourrait être sympa c'est de faire un tableau dans le même style que les classements annuels des films où chacun pourrait noter les westerns qu'il a vu...Enfin je ne sais pas si c'est faisable facilement ou intéressant mais je me disais que ça pourrait être bien, pour ma part comme je note déjà sur 10 sur imdb je pourrais facilement retrouver mes notes mais je ne sais pas si d'autres seraient partant (oui j'aime bien les notes et les tableaux :fiou: )



Une bonne idée d'autant que j'aime ça aussi mais alors je suis nul de chez nul en tableaux excel et autres. Donc je passe la main pour m'en occuper.

Sinon le prochain ne sera donc pas le Daves mais L'attaque de Fort Douglas de Kurt Neumann qui sort le 02 avril chez Artus. Critique ici vendredi au plus tard.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Père Jules » 27 févr. 13, 11:39

Je découvre un peu tardivement ta chronique de La loi de la prairie. Les images sont juste à tomber par terre avec toujours cet incroyable sens du cadre de Wise. Voilà qui pourrait me donner envie de tenter le coup d'autant que le film a l'air plutôt bon.

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 27 févr. 13, 11:45

Père Jules a écrit :Je découvre un peu tardivement ta chronique de La loi de la prairie. Les images sont juste à tomber par terre avec toujours cet incroyable sens du cadre de Wise. Voilà qui pourrait me donner envie de tenter le coup d'autant que le film a l'air plutôt bon.


Je pense qu'il pourrait te plaire.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar hellrick » 27 févr. 13, 13:07

Jeremy Fox a écrit :Une bonne idée d'autant que j'aime ça aussi mais alors je suis nul de chez nul en tableaux excel et autres. Donc je passe la main pour m'en occuper.


j'y comprends rien non plus à excel, je l'utilise jamais.
Faudrait qu'une bonne âme se penche sur la question :wink:

(je planche aussi sur ma chronique de l'attaque du fort douglas)
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Jeremy Fox
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Mohawk

Messagepar Jeremy Fox » 1 mars 13, 08:26

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L’Attaque de Fort Douglas (Mohawk - 1956) de Kurt Neumann
EDWARD L. ALPERSON PRODUCTIONS


Avec Scott Brady, Rita Gam, Ted de Corsia, John Hudson, Lori Nelson
Scénario : Maurice Geraghty & Milton Krims
Musique : Edward L. Alperson Jr.
Photographie : Karl Struss (Pathécolor 1.37)
Un film produit par Edward L. Alperson


Sortie USA : 01 avril


« Mohawk est un très bon western sur les guerres indiennes, nullement indigne de Sur la piste des Mohawks (Drums along the Mohawk) de John Ford ». Même s’il s’agit d’un formidable outil de travail du fait de son exhaustivité, on savait les dictionnaires de Jean Tulard parfois assez fantaisistes ; cet avis tiré du dictionnaire des réalisateurs est une fois de plus là pour nous le prouver. Car qui aujourd’hui pourrait avoir le culot de sortir une pareille ineptie ?! Les deux films ont beau se dérouler à la même période et dans la même région, le fait d’oser comparer et surtout mettre au même niveau le chef-d’œuvre de Ford avec un western de série Z utilisant pour 1/5 de sa durée des stock-shots dudit film de Ford s'avère d’un ridicule achevé (après, que la vision de l'un soit plus plaisante que celle de l'autre, ça peut se concevoir). Alain Paucard aurait signé cette notule que ça ne m’étonnerait qu'à moitié car malheureusement le fait de ne pas avoir vu tous les films dont il parle ainsi que son esprit de provocation plus bête que méchant sont désormais légendaires au sein de ces imposants ouvrages ; et c'est bien dommage car ce monumental ensemble perd ainsi en crédibilité. Tout ça pour dire de vous méfier et de ne pas prendre à la lettre de telles incongruités au risque d'être sacrément déçus à l'arrivée. Car hormis les amateurs de kitsch et (ou) de cinéma bis, je ne vois pas qui d'autre pourrait apprécier ce western de Kurt Neumann qui, dans le genre, avait déjà signé en 1950, Le Kid du Texas, tout petit film de série sans grand intérêt mais important pour avoir été le premier western avec Audie Murphy en tête d’affiche. Le plus grand titre de gloire de son auteur aura été ce classique du cinéma fantastique datant de 1958, La Mouche Noire (The Fly), qui aura traumatisé plus d'un spectateur.


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Fin du 18ème siècle dans la vallée Mohawk. Jonathan Adams (Scott Brady) est un artiste commandité par une société du Massachusetts pour peindre les paysages de la Nouvelle Angleterre. Il accomplit sa tache tout en vivant au sein de Fort Alden. Homme à femmes, il flirte avec son modèle du moment, Greta (Allison Hayes), la fille du maréchal-ferrant qui travaille également en tant que serveuse dans le cabaret situé dans l'enceinte du fort. Ce jour-là, alors qu'il rentre après une journée de 'travail' champêtre, Jonathan a la fâcheuse surprise de voir que Cynthia (Lori Nelson), sa fiancée bostonienne, est venue sur place lui rendre visite. Mais des choses bien plus graves que ces petits tracas sentimentaux se préparent dans le même temps. John Butler (John Hoyt) ne pense qu'à ranimer la guerre entre américains et iroquois afin que les deux camps s'entretuent, décampent et lui laissent la pleine propriété de la vallée. Il va faire croire au pacifique chef Kowanen (Ted de Corsia) que les soldats viennent de recevoir des convois d'armes dans le but de les décimer. Kowanen n'en croit rien mais le doute s'installe dans l'esprit de son jeune fils Keoga (Tommy Cook) et du guerrier Tuscarora (Neville Brand) dont le père a été tué par les blancs. Ils sont prêts à aller voler les armes au sein du fort mais en sont empêchés au dernier moment par le peintre qui fait ainsi la connaissance d'Onida (Rita Gam), la fille de Kowanen qui accompagnait son frère lors du raid. L'artiste en tombe amoureux et tous deux se rendent au campement indien, Jonathan estimant que c'est une aubaine pour lui de pouvoir peindre des tableaux représentant ce peuple. Se sentant parfaitement à l'aise au sein de la tribu, il en oublie de rentrer au fort et Butler d'en profiter pour faire croire aux soldats que l'artiste s'est fait tuer par les indiens. Le Capitaine Langley (John Hudson) n'en croit rien et refuse lui aussi de partir sur le sentier de la guerre ; Butler va alors accélérer les choses en abattant Keoga...


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« Historiquement le film ne correspond à rien » dit Georges Ramaïolli dans sa présentation du film en supplément du DVD. Maîtrisant son sujet sur le bout des ongles, véritable puits de connaissance à propos de cette période et du genre qui nous concerne ici, nous pouvons lui faire entièrement confiance. Au vu du film, on s'en serait néanmoins douté mais il n'est pas inutile de le rappeler pour ceux qui penseraient tomber sur un western historiquement sérieux du même acabit que celui de John Ford. Rares ont été les films ('Easterns ' donc) abordant cette période, les autres plus connus ayant été Le Grand Passage (Northwest Passage) ainsi que Les Conquérants du Nouveau Monde (Unconquered) de Cecil b. DeMille. Il n'est donc pas désagréable de tomber sur d'autres titres se déroulant à cette époque et dans cette région comme cet amusant Mohawk, même si comme je le prévenais d'emblée, il faut, pour pouvoir l'apprécier, accepter de le regarder au 12ème degré. Pour ce film, le producteur Edward L, Alperson ne voulait pas dépenser beaucoup d'argent ; il fit appel à Kurt Neumann réputé pour sa vitesse d'exécution (il tournera le film en 3 jours) ainsi qu'à son propre fils pour composer la musique (pas désagréable d'ailleurs dans l'ensemble). Il réussit également à avoir l'autorisation de la Fox de pouvoir utiliser des plans et séquences entières du film de John Ford ; ainsi, la plupart des plans en extérieurs, des séquences de batailles (la fameuse attaque de Fort Douglas du titre français) et autres scènes d'action proviendront tous de ce film de 1939 y compris la fameuse séquence au cours de laquelle Henry Fonda se faisait courser à pieds par trois guerriers indiens : seuls quelques plans de coupe sur le visage de Scott Brady viennent s'intégrer au reste de la séquence quasi intégralement restituée. Pour tout dire, tous les beaux plans du film proviennent d'un autre ! Le reste est platement mis en scène par Kurt Neumann au sein de décors minimalistes en studio, très cheap et parfois du plus mauvais effet. Cependant, les stock-shots du film de Ford sont dans l'ensemble relativement bien intégrés au reste à l'exception de la scène de bataille finale qui fait se succéder plans nocturnes et diurnes.


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Si la mise en scène s'avère sans intérêt, le scénario ne se révèle guère meilleur malgré le fait qu'il soit signé en duo par deux auteurs nous ayant auparavant donnés l'occasion de grandement nous réjouir. Maurice Geraghty avait écrit le superbe Tomahawk de George Sherman tandis que Milton Krims signait le non moins magnifique Le Mariage est pour demain (Tennessee's Partner) de Allan Dwan. Ils ne se sont sans doute ici pas trop pris au sérieux, s'amusant à écrire des situations et dialogues aussi cocasses que ridicules au premier degré ; il faut avoir vu les squaws jouer avec un ancêtre du frisbee, Scott Brady peindre sa pulpeuse maîtresse dans un cadre champêtre avec vache en fond de plan, Neville Brand les yeux exorbités entonner un chant guerrier et se trémousser autour du feu, etc., pour se dire que tout ceci a probablement été fait exprès. Et c'est à ce moment là que le spectateur peut lui aussi se prendre au jeu et s'amuser un peu d'autant que Scott Brady (l'inoubliable Dancing Kid de Johnny Guitar) est un comédien toujours aussi sympathique et que les trois actrices qui tournent autour de lui ne manquent ni d'atours ni de charmes, le plan au cours duquel Rita Gam et Scott Brady s'enlacent au sortir de l'eau n'étant pas loin de posséder un potentiel érotique aussi puissant que le plan équivalent dans le superbe La Rivière de nos amours (The Indian Fighter) d'André de Toth avec, dans la même posture équivoque, Kirk Douglas et Elsa Martinelli.


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Le côté bis et Kitsch, deux plaisantes chansons, le look déjanté des indiens (ceux de Ted De Corsia et de Tommy Cook risquent de vous arracher des fous rires, ce dernier ressemblant à un blouson noir s'étant rendu à un carnaval), l'impression en 1956 de voir un film sorti d'un autre âge, quelques plans sacrément émoustillants sur Rita Gam sortant de l'eau et mon attachement pour Scott Brady interprétant un personnage de peintre (ce qui n'était pas courant pour le protagoniste principal d'un western) m'ont fait passer un moment plutôt plaisant ; mais il est clair que je ne le conseillerais à personne et que je ne suis pas prêt d'y retourner de suite. Peut faire passer un agréable moment à condition d'être prévenu de la bêtise voulue ou non de l'ensemble. Objectivement mauvais mais pas forcément désagréable pour autant d'autant que le film prend clairement le parti des indiens et que nous assistons à une sympathique romance interraciale !

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Rick Blaine » 1 mars 13, 08:40

Ton texte confirme que je vais faire l'impasse sur cette sortie, je sens que ça ne va pas être mon truc.

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 1 mars 13, 08:41

Rick Blaine a écrit :Ton texte confirme que je vais faire l'impasse sur cette sortie, je sens que ça ne va pas être mon truc.



Je ne pense pas non plus :mrgreen: