Le Western américain : Parcours chronologique III 1955-1959

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 7 févr. 13, 07:50

Merci 8)

Satisfait ou remboursé n'est-ce pas ? Tu partages avec moi hein ? :mrgreen:

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daniel gregg
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar daniel gregg » 7 févr. 13, 09:44

Jeremy Fox a écrit :
Frances a écrit :Un de mes premiers achats western :oops:



Et, toujours pas vu ? Pas apprécié ?

Pourtant daniel, De Toth !!! Tout ça à cause d'un avis moyen de Tatav ? Il fait du mal parfois le Bertrand.


Il y a un peu de çà j'avoue mais ce n'est pas une excuse, surtout de la paresse en fait.
Mais je vais vite y remédier maintenant que tu dis en plus que l'édition Zone 2 est excellente.

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hellrick
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar hellrick » 7 févr. 13, 14:23

Une belle critique pour un très beau film...
(bon je ne suis pas original mais inutile d'en rajouter à ce qu'à dit le shérif :wink: )
Critiques ciné bis http://bis.cinemaland.net et asiatiques http://asia.cinemaland.net

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L'étranger...
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar L'étranger... » 10 févr. 13, 08:44

Jeremy Fox a écrit :...
Satisfait ou remboursé n'est-ce pas ? Tu partages avec moi hein ? :mrgreen:


Et bien oui, car The indian fighter/La rivière de nos amours me semble être un western idéal, soit pour faire découvrir le western à une personne/enfant qui n'y connait rien, soit à quelqu'un qui a des à priori négatifs sur le genre, je pense qu'il est même préférable de montrer un film comme celui-ci qu'un Ford, car pour moi ses films s'adressent aux amoureux du genre, ceux qui connaissent déjà bien le western.

Et mine de rien, ce n'est pas si évident que ça de conseiller des films phares qui représentent un genre et qui plairont aux spectateurs lambdas, car dans nos "tops" ont inclus souvent des films qui nous apportent un petit plus à un genre que nous connaissons parfaitement (le coup de coeur, la rareté sympa que les autres n'ont pas vu et qui les fait baver -je l'aime bien celle-là-, le film de tel acteur qu'on adore, l'autre du réal qu'on suit de près, etc...). Du coup, ce n'est pas sûr que la personne débutante accroche. Vous en pensez quoi ? Des anecdotes sur des conseils que vous avez donné et qui n'ont pas plus (alors que d'autres films du même genre oui) ?
Dernière édition par L'étranger... le 10 févr. 13, 08:54, édité 1 fois.
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 10 févr. 13, 08:47

Et je dis du bien de Rory Calhoun dès demain. Et ça, ça s'appelle du teasing personnalisé

Trop tard, il est parti l'étranger :mrgreen:

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar L'étranger... » 10 févr. 13, 08:56

Jeremy Fox a écrit :Et je dis du bien de Rory Calhoun dès demain. Et ça, ça s'appelle du teasing personnalisé

Trop tard, il est parti l'étranger :mrgreen:


Non, j'ai même édité mon message avec une question qui m'intéresse ! :wink:
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 10 févr. 13, 09:32

L'étranger... a écrit :
Jeremy Fox a écrit :Et je dis du bien de Rory Calhoun dès demain. Et ça, ça s'appelle du teasing personnalisé

Trop tard, il est parti l'étranger :mrgreen:


Non, j'ai même édité mon message avec une question qui m'intéresse ! :wink:


Ah mais le conseil n'est pas une chose toujours évidente ; pour se faire, je pense avant tout à la personne que je conseille plutôt qu'à mes propres goûts ; enfin, il faut essayer de concilier les deux dans la mesure du possible. Il faudrait essayer de faire une liste de 10 westerns susceptible de plaire au plus grand nombre ; et je n'y mettrais pas les Boetticher par exemple (quoique pour Colqhoun, j'aurais commencé par lui conseiller ceux là), ni les Ford. Des exemples précis, là comme ça, je n'en vois pas forcément : ah si Fort Osage de Selander dont je pensais qu'il plairait à ma femme et ça a marché ; et pourtant sa réputation de départ n'était pas forcément très bonne.

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Red Sundown

Messagepar Jeremy Fox » 11 févr. 13, 07:38

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Crépuscule sanglant (Red Sundown - 1956) de Jack Arnold
UNIVERSAL


Avec Rory Calhoun, Dean Jagger, James Millican, Martha Hyer, Grant Williams, Leo Gordon
Scénario : Martin Berkeley
Musique : Hans J. Salter
Photographie : William E. Snyder (Technicolor 2.00)
Un film produit par Albert Zugsmith pour la Universal


Sortie USA : Mars 1956


Jack Arnold, qui fut tout d’abord l'assistant de Robert Flaherty au Service Cinématographique de l'Armée, une fois embauché au studio Universal, devint sous la tutelle du producteur William Alland l’un des plus grands spécialistes du film fantastique et de science fiction. En tant que cinéaste, il réalisera donc l’excellent Le Météore de la nuit (It Came from Outer Space) en 1953, puis les agréables et attachants L’Etrange créature du lac noir (Creature from the Black Lagoon) en 1954 et Tarantula en 1955. Il ne s’arrêtera d’ailleurs pas en si bon chemin puisqu’en 1957, il signera son chef-d’œuvre, toujours à l’intérieur de ce genre, L’Homme qui rétrécit (The Incredible Shrinking Man), dont l’acteur principal sera Grant Williams qui interprétait déjà dans Red Sundown le personnage le plus mémorable du film, le tueur sadique au visage d’ange dont le cynisme fait froid dans le dos ; mais nous y reviendrons juste après. Avant Crépuscule sanglant, Arnold avait déjà réalisé un western, pas plus tard que l’année précédente, le très médiocre Tornade sur la Ville (The Man from Bitter Ridge) que je décrivais à peu près ainsi : "Nous nous trouvons donc devant une série B médiocre et indigente à presque tous les niveaux […] J’avoue avoir aussi quelques difficultés à suivre Bertrand Tavernier quand il s’extasie sur la mise en scène de Jack Arnold qui m’a semblé au contraire, à deux ou trois séquence près, d’une platitude et d’une mollesse incroyables…" Ce ne sera heureusement pas le cas pour ce deuxième essai, bien plus convaincant.


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Alec Longmire (Rory Calhoun) sauve la vie de Buck Purvis (James Millican) qu’il a trouvé assoiffé en plein désert. Buck connait Alec de réputation : un tueur à gages qu’il admire pour sa rapidité et son efficacité dans le maniement des armes à feu. Ils se prennent d’amitié mais, dès leur arrivée en ville, sont pris à partie par des cow-boys à sang chaud ; après avoir été obligés de tuer en état de légitime défense un des provocateurs, ils doivent s’enfuit à bride abattue et trouvent refuge dans une cabane abandonnée où ils décident de passer la nuit. Ils sont malheureusement retrouvés par le groupe commandé par Rod Zellman (Leo Gordon) qui n’a qu’une idée en tête, mettre fin à leurs jours. Buck est mortellement blessé ; il trouve une solution rocambolesque pour sauver à son tour son partenaire de fortune. En se sacrifiant, Buck fait promettre à Alec que s’il s’en sort indemne, il arrêtera de vivre de ses armes. Alec, s'étant tiré de la situation sain et sauf, décide de suivre les conseils de son défunt ami. Quelques jours plus tard, sans armes à sa ceinture, il fait son entrée à Durango où, pour fuir son passé, il décide de trouver un travail plus honnête. Mais, le shérif Jade Murphy (Dean Jagger), le connaissant lui aussi de renom et étant persuadé qu’un homme peut changer, lui demande de devenir son assistant. En effet, il a beaucoup de mal à faire respecter la loi dans une ville ou les éleveurs se font la guerre à cause du barbelé, le plus influent d’entre tous, le cauteleux Rufus Hershaw (Robert Middleton) ayant même loué les services d’un tueur pour résoudre ses problèmes. Jade l’ayant convaincu que l’usage d’une arme pour faire respecter la loi était tout autre que celui de tuer pour de l’argent, Alec accepte de porter l’étoile d’homme de loi d’autant qu’il trouve charmante la fille de son nouvel employeur (Martha Hyer)…


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Un tueur à gage qui veut fuir son passé et retrouver ainsi un certain sens de l’honneur ; l’affrontement d’as de la gâchette ; des ranchers se disputant des parcelles de terrains à coups de fusils et de poses de fil de fer barbelé ; l’embauche d’un tueur à gages pour effrayer les fermiers réticents à quitter le pays pour pouvoir s’approprier leurs terres… Rien de bien nouveau sous le soleil du western concernant l’intrigue proprement dite. Sur la forme non plus d’ailleurs, rien de bien original ou novateur. Seulement cette fois, le scénario s’avère bien écrit et la mise en scène de Jack Arnold plutôt efficace. C’est donc une bonne série B que nous offre Universal en ce début d’année 1956 avec notamment et principalement un excellent casting. Rory Calhoun trouve probablement ici un de ses meilleurs rôles ; jusqu’à présent il n’avait encore jamais été aussi convaincant. Nous le connaissions surtout pour avoir été le ‘Bad Guy’ face à Robert Mitchum et Marilyn Monroe dans Rivière sans retour (River of no Return) d'Otto Preminger et nous l’avions vu quelques mois auparavant dans le très moyen Le Trésor de Pancho Villa de George Sherman, puis encore plus récemment dans la dernière version de The Spoilers mollement mise en scène par Jesse Hibbs, et où il n’arrivait pas à nous faire oublier Randolph Scott dans le même rôle en 1942 sous la direction de Ray Enright. Dans le western de Jack Arnold il nous dévoile un talent certain que nous ne soupçonnions pas ; il est tout à fait crédible en ex-tueur à gages qui cherche à tout prix la rédemption en se trouvant une situation plus respectable.


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Aux deux jeunes enfants qui l’idolâtrent pour sa réputation de tireur d’élite et qui n’ont pas de plus beaux rêves que de savoir manier un jour le pistolet aussi bien que lui, Alec leur fait la leçon en leur disant "Il y a de braves gens qui ne savent pas tirer et des crapules qui ne loupent jamais leurs coups." Pour en rester à ces deux jeunes garçons, une première bonne idée de la part du scénariste qui s’en sert un peu comme des chœurs dans la tragédie grecque ; à savoir qu’ils commentent l’action, donnent leurs sentiments sur ce qui se déroule sous leurs yeux et présentent les habitants de leurs villes avec un peu d’humour mais jamais ni lourdeur ni de naïveté. Pour en revenir au personnage principal, on le voit aussi se remémorer avec tristesse son passé de tueur et les hommes qu’il a dû descendre pour de l’argent, au sein de surimpressions de flashs-back en noir et blanc tout droits tirés d’un autre western interprété par le comédien, Vengeance à l'aube (Dawn at Socorro) de George Sherman. Malgré un ensemble très conventionnel, on trouve donc quelques jolies trouvailles dues au scénariste Martin Berkeley (surtout tristement connu d’après Bertrand Tavernier pour avoir balancé le plus grand nombre de noms lors de la chasse aux sorcières : plus de 150) , surtout dévolues au personnage d'Alec comme le fait qu'il se serve d’un fusil une fois passé du côté de la loi même si ce n’est pas très Fair-play pour ses adversaires qui ne peuvent lutter contre lui avec un simple revolver. Le duel final, très court, est d’ailleurs pensé sur le même modèle ; ce n’est pas un héros qui se débarrasse du tueur mais un homme qui souhaite s’en défaire coute que coute et au plus vite même si la manière de le faire n’est pas des plus glorieuses. Tout cela nous amène, en arrière fond néanmoins, à une certaine intéressante réflexion sur l’héroïsme, le statut de tueur à gages et (ou) de tireur d’élite.


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Outre un Rory Calhoun très convainquant, la comédienne Martha Hyer possède un joli minois et n'est pas dénuée de talent, mais l'importance de son personnage dans l'intrigue est minimaliste tout comme l'autre protagoniste féminin interprété par Lita Baron, Mme Calhoun à la ville à cette époque. Sinon, James Millican confirme tout le bien que j'en pensais ; dommage que son personnage de 'gunsliger' fatigué passe l'arme à gauche à la fin du premier quart d'heure. Reste un Dean Jagger égal à lui même dans le rôle de l'honnête homme de loi et surtout un Grant Williams tout à fait mémorable : c'est lui qui, pour son premier rôle au cinéma, est chargé de personnifier Chet Swann, l'inquiétant tueur à gages embauché par l'ombrageux Robert Middleton. S'il ne fallait qu'une seule raison pour visionner ce western de série B, ce serait sa présence qu'il aura fallu néanmoins attendre pendant presque les ¾ du film. La séquence de torture psychologique qu'il inflige à un couple de vieux fermiers pour les effrayer est absolument géniale, d'une extrême tension ; si on veut faire une comparaison avec un futur western d'une toute autre notoriété, on pourrait penser que Sergio Leone, 10 ans plus tard, s'en est inspiré pour les premières séquences du Bon, la brute et le truand lorsque Sentenza (Lee Van Cleef) entre en scène. Le comédien, beau gosse et tout sourire, accomplit une prestation tout à fait réjouissante, rendant son personnage d'autant plus vicieux et effrayant que son visage n'est jamais crispé et qu'il semble sadiquement s'amuser. D'ailleurs, Le producteur Albert Zugsmith et le cinéaste furent tellement impressionnés par son travail qu'ils firent rajouter quelques séquences le mettant en scène. Heureux également d'avoir retrouvé Leo Gordon et ses petits yeux bleus électriques lors de la première partie, celle qui a lieu avant l'arrivée d'Alec à Durango et qui se termine avec cette idée de 'serial' qui détonne un peu avec le sérieux de l'ensemble, Rory Calhoun, pour ne pas se faire tuer par les assiégeants de la cabane où il s'est réfugié, se faisant enterrer vivant par son acolyte sur le point de mourir qui lui installe un tuyau de poêle de cheminée à ses côtés pour pouvoir respirer.


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Si Jack Arnold n'accomplit rien d'inoubliable, son travail ne manque ni d'intensité ni de solidité. Il nous octroie quelques séquences formidablement efficaces comme la sortie du saloon à reculons par Rory Calhoun et James Millican qui rappelle beaucoup celle similaire dans Bend of the River (Les Affameurs) d'Anthony Mann. Le duel final, quoique très ramassé et anti-héroïque, est lui aussi parfaitement monté et cadré. Dans l'ensemble pas grand chose à redire sur la forme d'autant que la photo en Technicolor de William E. Snyder dans un format large de 2.00 est assez belle et que Hans J, Salter nous gratifie à nouveau d'une partition réussie avec pour commencer la très belle ballade du générique chantée par Terry Gilkyson et qui deviendra le thème principal du film. Quant aux décors, Bertrand Tavernier a beau dire que ceux de la petite ville de Durango ont été maintes fois vus et revus, il ne me souvient pas avoir vu un saloon en angle de rue comme c'est le cas ici. Un film aussitôt vu aussitôt oublié mais jamais ennuyeux, assez dense et constamment plaisant.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar L'étranger... » 13 févr. 13, 22:30

Alors oui, je suis fan de Rory Calhoun donc je ne suis pas totalement objectif, mais c'est justement ce genre de films qui a fait que j'aime autant cet acteur. Ca pourrait être une série B comme des dizaines d'autres mais comme Jeremy le souligne, il y a moultes détails qui font qu'il se positionne au-dessus des autres.
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Jeremy Fox
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Comanche

Messagepar Jeremy Fox » 15 févr. 13, 10:18

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Comanche (1956) de George Sherman
UNITED ARTISTS


Avec Dana Andrews, Kent Smith, Linda Cristal, Nestor Paiva, Henry Brandon, John Litel
Scénario : Carl Krueger
Musique : Herschel Burke Gilbert
Photographie : Jorge Stahl Jr (Technicolor 2.35)
Un film produit par Carl Krueger pour la United Artists


Sortie USA : Mars 1956

1956. George Sherman a déjà réalisé une dizaine de très bons westerns (surtout entre 1948 et 1952) et parmi ceux-ci, son chef-d’œuvre, Tomahawk, un western pro-indien d’une rare puissance d’évocation à propos des massacres perpétrés envers les tribus Sioux. Même si après The Battle of Apache Pass (Au Mépris des lois) en 1952, le cinéaste ne nous a plus donné d’autres films aussi réussis dans le genre, et surtout pas sa ridicule hagiographie de Crazy Horse (Le Grand chef), on pouvait néanmoins fonder un semblant d’espoir sur ce western à gros budget produit par la United Artists, le studio n’ayant pas lésiné sur la figuration, le film ayant été tourné en cinémascope et dans les extérieurs naturels de la région de Durango au Nouveau-Mexique. George Sherman faisait à cette occasion une infidélité à la Universal qui malheureusement n’a pas réussi à le remettre sur les rails car à mon humble avis, Comanche s’avère encore plus mauvais que ses 5 ou 6 ratages précédents. Un western sans quasiment d’autre intérêt que de nous présenter l’un des chefs indiens les plus célèbres aux USA et pourtant des moins connus dans nos contrées, Quanah Parker.


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1875. Un groupe de Comanches commandé par Black Cloud (Henry Brandon) attaque et détruit un village mexicain, prenant en otages quelques femmes dont la jeune Margarita Alvarez (Linda Cristal). Les Indiens échappent aux troupes mexicaines en allant se réfugier aux USA de l’autre côté du Rio Grande. S’ils commettent de tels actes, c’est surtout pour se venger du commerce juteux que rapporte le trafic de scalps. Mais Quanah Parker (Kent Smith), le chef de la tribu Comanche des Antelope, souhaite faire cesser ces représailles, préférant mettre un terme aux agissements des chasseurs de scalps par un décret pris en commun avec les américains. Il empêche ainsi Black Cloud de tuer un ‘Scalphunter’, Art Downey, afin de faire comprendre aux soldats les plus proches qu’il désirerait entrer en pourparlers avec eux. De son côté, l’éclaireur Jim Read (Dana Andrews) a les mêmes idées pacifiques ; il demande à Downey de quitter le territoire et prend en grippe John Ward, le délégué aux affaires indiennes, qui préfère aller se battre pour mettre un terme aux raids que de parlementer. Avant de s’engager dans tous gestes inconsidérés, il obtient l’autorisation d’aller essayer de persuader Quanah de faire la paix en échange de quoi il promettra que mexicains et américains cesseront le trafic des scalps. Le voilà parti avec pour seul compagnon de voyage, un trappeur, Puffer (Nestor Paiva). Quand Ward apprend de la bouche de Downey que Quanah et Jim sont en fait cousins par leur mère, n’ayant plus aucune confiance dans les paroles de l’éclaireur, il décide de ne pas attendre le retour de ce dernier et d’envoyer des troupes se battre contre les Comanches malgré les réticences du Général Miles qui doit cependant obéir aux ordres de l’envoyé du Président Grant…


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A l’instar du portrait de Cochise dans La Flèche brisée (Broken Arrow), nous avons donc l’occasion au travers de ce western de faire la connaissance d’un des plus éminents chefs du peuple Comanche, Quanah Parker, un indien Kwahadi dont la mère, Cynthia Ann Parker, était une femme blanche enlevée en 1836 à l’âge de neuf ans par la tribu lors du massacre de Fort Parker. D’ailleurs, comme dans le film de Delmer Daves, l’histoire est avant tout celle d’un éclaireur allant essayer de faire aboutir des négociations pacifiques entre blancs et indiens, ici entre mexicains, américains et comanches. L’animosité du peuple indien envers les mexicains remonte à assez loin puisqu’au début du 18ème siècle, les espagnols firent des Comanches leurs esclaves, les utilisant pour travailler dans les mines d’argent se trouvant sur les propres territoires de ces derniers. A un moment donné, les Indiens se rebellèrent et perpétuèrent des massacres. Depuis ce jour, les espagnols offrirent des primes à qui rapporteraient des scalps d’indiens, femmes et enfants compris. Une fois le Mexique ayant obtenu son indépendance, le gouvernement mis fin à cette pratique mais les chasseurs de scalps ne voulurent jamais mettre fin à un business aussi rentable qui perdura néanmoins. Dans le film de George Sherman, l’on évoque tous ces sujets historiquement très peu abordés au cinéma ; il y avait donc pas mal d’éléments intéressants et assez nouveaux à la base avec aussi, faisant office de 'Bad Guys', des chasseurs de scalps, personnages encore jamais croisés jusqu'ici. Mais quand on est producteur, on ne s’improvise pas scénariste du jour au lendemain ; ce fut le cas sur ce film, Carl Krueger s'étant attribué les deux rôles. Scénariste est un métier, ce que Carl Krueger ne semblait pas avoir pris en compte !


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Et tout logiquement, le résultat au niveau de l’écriture est tout simplement catastrophique ; aucune intensité ni progression dramatique, aucun rythme, aucun personnage intéressant mais une succession de séquences aussi bavardes et ennuyeuses les unes que les autres. Quant aux passages mouvementées, ils ont beau bénéficier d’une importante figuration (rarement nous n’avions eu l’occasion de voir réunis autant de guerriers indiens au sein d’un même plan), George Sherman semble s’en être totalement désintéressé. Hormis mettre en valeur les paysages qu’il avait à disposition, excepté le soin apporté à son cadre, le cinéaste parait avoir abdiqué toute tentative de sauver les meubles au vu de l'indigence du scénario, de la bêtise des dialogues ainsi que de l’exécrable interprétation d’ensemble. Sont-ce d’ailleurs les comédiens qui étaient mauvais où le cinéaste qui n’a pas trouvé indispensable de les diriger ? Reste que Dana Andrews a rarement été aussi terne, que Kent Smith n’est pas une seule seconde crédible dans le costume du grand chef indien, que Linda Cristal se révèle piètre actrice pour son premier rôle dans un film hollywoodien et que Nestor Paiva fait un peu pitié dans sa tentative d’être drôle comme pouvaient l’être ses ancêtres 'Old Timer westernien à l’écran, George Gabby Hayes, Arthur Hunnicut ou Walter Brennan.


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Dommage, qu'avec aussi Chief Crazy Horse, d'avoir deux aussi somptueux livres d'images gâchés par des histoires écrites avec autant d'incompétences. Et quelle drôle d'idée d'avoir demandé à Herschel Burke Gilbert (déjà auteur de la musique assez pénible de The Naked Dawn – Le Bandit de Ulmer) de composer une chanson ('A Man is as Good as his Word') que l'on croirait avoir été écrite pour une pure comédie ou un film d'aventure du style Davy Crockett produit par Disney (les deux films partagent d'ailleurs une même médiocrité) ! Son utilisation récurrente est tout bonnement insupportable, finissant de rendre le film ridicule. Pour l'anecdote, Henry Brandon, interprétant ici l'indien renégat face à Quanah Parker, jouera ce dernier rôle dans Les Deux cavaliers (Two Rode Together) de John Ford, western qui comptera également Linda Cristal au sein de son casting. Les Comanches, des blanches captives de ces derniers, des Tuniques bleues à leur recherche, Henry Brandon en indien... nous retrouverons tout cela ce même mois de mars 1956 dans un film d'une toute autre envergure puisqu'il s'agira non moins que d'un des westerns les plus célèbres de l'histoire du cinéma : La Prisonnière du désert (The Searchers). Ne nous appesantissons donc pas plus longtemps sur un film au scénario aussi mauvais que les cadrages peuvent être splendides. A ce propos et pour ne pas finir sur une note négative, conseillons néanmoins la vision du film pour un seul plan, celui où sont réunis des centaines de figurants à Blanco Canyon, les guerriers de Quanah Parker s'étalant tout le long de la crête montagneuse surplombant la plaine où va se dérouler le dernier combat, celui opposant les soldats aux renégats indiens. Il y avait déjà un plan similaire dans le précédent western de George Sherman, Le Trésor de Pancho Villa ; comme quoi le cinéaste a néanmoins laissé sa marque dans sa capacité à superbement filmer d'immenses étendues.

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Re: Comanche

Messagepar Beule » 15 févr. 13, 19:14

Jeremy Fox a écrit : Et quelle drôle d'idée d'avoir demandé à Herschel Burke Gilbert (déjà auteur de la musique assez pénible de The Naked Dawn – Le Bandit de Ulmer)


:shock: :twisted:
Spoiler (cliquez pour afficher)
Crenondiju, ce score, tout minimaliste qu'il soit dans son otchestration, distille les résonances envoûtantes d'une litanie latente qui sublime le désenchantement et la complainte d'un eden tellurique perdu.
Mais il se sent obligé d'en rajouter, le bougre :lol:
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar daniel gregg » 15 févr. 13, 19:22

:lol: Mais tu sais, il n'est pas rancunier, il va quand même l'acheter le mois prochain.
Il se pourrait bien qu'on en écoute encore parler... :mrgreen:

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Re: Comanche

Messagepar Jeremy Fox » 16 févr. 13, 08:10

Beule a écrit :
Jeremy Fox a écrit : Et quelle drôle d'idée d'avoir demandé à Herschel Burke Gilbert (déjà auteur de la musique assez pénible de The Naked Dawn – Le Bandit de Ulmer)


:shock: :twisted:
Spoiler (cliquez pour afficher)
Crenondiju, ce score, tout minimaliste qu'il soit dans son otchestration, distille les résonances envoûtantes d'une litanie latente qui sublime le désenchantement et la complainte d'un eden tellurique perdu.
Mais il se sent obligé d'en rajouter, le bougre :lol:



Oui, je vais revoir et réécouter tout ça attentivement très bientôt : il n'est pas impossible que je sois passé totalement à côté

CC Baxter
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar CC Baxter » 16 févr. 13, 15:03

Quelqu'un à déjà signalé que Criterion va sortir 3 heures 10 pour Yuma et Jubal en DVD et Bluray?
You... bastard!
Yes, sir... In my case it was an accident of birth.... But you are a self-made man.


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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 16 févr. 13, 15:09

CC Baxter a écrit :Quelqu'un à déjà signalé que Criterion va sortir 3 heures 10 pour Yuma et Jubal en DVD et Bluray?


Il ne me semble pas mais Jubal avait bien besoin de subir un rafraichissement après le mauvais DVD. Je ne repasserais pas à la caisse pour 3.10 pour Yuma en revanche car le DVD est magnifique.