Le Western américain : Parcours chronologique III 1955-1959

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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daniel gregg
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar daniel gregg » 25 janv. 13, 15:06

Mystère, et les ouvrages sur son compte, ne sont pas légion, hélas, car je pense justement qu'il y aurait matière à faire un sacré roman.

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someone1600
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar someone1600 » 25 janv. 13, 15:15

Tiens je ne l'ai pas vu celui-la... faudra que je trouve un moyen de le voir.

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cinephage
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar cinephage » 25 janv. 13, 15:19

Etant actuellement en pleine lecture de Backstory, dans lequel Patrick McGilligan interviewe des scénaristes de l'age d'or hollywoodien, il apparait tout de même de l'ensemble de ces témoignages que les crédits, d'une façon générale, ne correspondent que de façon distante à la réalité, et ce de façon très relative. Un scénariste peut être inscrit au générique sans avoir travaillé un seul jour sur un script, ou en y ayant contribué de façon mineure.

A l'inverse, il est fort rare qu'un script ne soit le fruit que d'une seule plume. Là encore, la plupart des scénaristes expriment le regret, une fois leur contribution faite, d'avoir dû supporter qu'on retouche leurs scripts, ce qui était pourtant fait régulièrement (à l'inverse, ils semblent moins s'indigner des nombreuses fois où ils sont appelés à la rescousse pour changer un script "qui ne marche pas").

La découverte dont B. Tavernier fait état dans Amis Américains m'apparait donc comme non seulement plausible, mais carrément vraisemblable.

Après, comme disait Desproges, plus le temps passe, et moins on croise de gens qui ont connu Napoléon...
Obviously the world is not a wish-granting factory (The fault in our stars, Josh Boone, 2014)
Pour caler mes bennos

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daniel gregg
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar daniel gregg » 25 janv. 13, 15:28

Certes, mais les faits énoncés dans 50 ans sont pour l'essentiel, rapportés par des acteurs directs (scénaristes, réalisateurs, journalistes) de cette époque, et même si pour certains, on peut éventuellement envisager un témoignage fait d'amertume, les historiens qui se sont depuis, penchés sur le cas Philip Yordan, corroborent ces soupçons.
D'accord avec toi sur la difficulté toute relative d'attribuer les mérites d'un scénario à un seul homme lorsque dans chaque studio, les départements scénarios étaient une véritable fourmilière, avec souvent, selon les caprices des producteurs, des scripts retravaillés d'innombrables fois, sauf que dans le cas de Yordan précisément, on a à faire à une véritable usine de contrefaçons.

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 25 janv. 13, 15:36

Rendons donc au moins à Russell H. Hughes une petite partie du très beau travail effectué en écriture sur le film de Mann, scénariste des très bons Des Monstres attaquent la ville de Gordon Douglas, La trahison du Capitaine Porter de De Toth et surtout du magnifique Jubal de Delmer Daves. J'aurais du le citer.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar daniel gregg » 25 janv. 13, 15:38

:mrgreen: Il faudrait ouvrir un Topic Scénaristes. :idea:

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 25 janv. 13, 15:42

Bon, encore trois films et j'en aurais terminé avec l'année quantitativement la plus copieuse du parcours.

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A Lawless Street

Messagepar Jeremy Fox » 29 janv. 13, 22:19

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Ville sans Loi (A Lawless Street - 1955) de Joseph H. Lewis
COLUMBIA


Avec Randolph Scott, Angela Lansbury, Warner Anderson, Jean Parker, Wallace Ford
Scénario : Kenneth Gamet
Musique : Paul Sawtell
Photographie : Ray Rennahan (Technicolor 1.85)
Un film produit par Harry Joe Brown pour la Columbia


Sortie USA : 15 décembre 1955


Quand on évoque le nom de Joseph H. Lewis, on pense avant tout au film noir ; il s'agit en effet, avec pourtant peu de titres à son actif, de l'un des plus grands cinéastes de série B ayant œuvré dans le genre. On se souviendra surtout du fulgurant Gun Crazy (Le Démon des Armes), du très bon A Lady Without Passport ainsi que de l'excellent The Big Combo (Association Criminelle), ce dernier étant d'ailleurs sorti la même année que le film qui nous concerne ici. Si beaucoup penseront que Ville sans Loi est son premier western, il n'en est en fait rien. Avant ça, étalés sur une vingtaine d’années, il en réalisa une douzaine d'autres qui, il est vrai, sont devenus rarissimes. Ils furent tournés exclusivement pour les studios Universal et Columbia, ne dépassèrent jamais les 60 minutes et devaient être diffusés en salles en première partie de programme. Disons le d'emblée, même si A Lawless Street est un western très agréable et assez original sur la forme (préfigurant d'ailleurs assez Forty Guns – 40 Tueurs de Samuel Fuller), nous sommes loin d'atteindre le niveau des films noir précités, y trouvant trop d’afféteries dans la réalisation là où nous aurions souhaité plus de simplicité. Ceci étant dit, l'intrigue a tellement été vue et revue que pour sortir du lot, le cinéaste s'est peut-être senti obligé de forcer la dose et de trop en faire au risque de se regarder parfois filmer.


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La petite bourgade de Medicine Bend est encore endormie ; sur son cheval, un homme inquiétant y pénètre. Le shérif Calem Ware (Randolph Scott) apprend donc une fois de plus en se réveillant qu’un malade de la gâchette est arrivé en ville et qu’il semble ne pas lui vouloir que du bien. Mais c’est son quotidien depuis 3 années passée ici et il a fini par s’y habituer même s’il commence à fatiguer et que son souhait le plus cher serait que cela cesse une fois pour toutes. Calem est en effet venu à Medicine Bend appelé par le plus gros rancher de la région, Asa Dean (James Bell), qui, ayant appris sa réputation de 'nettoyeur', l'a embauché pour faire respecter la loi et l’ordre ; mais il parait gêner des notables corrompus qui ne cessent de louer les services de tueurs afin de faire place nette. Ces grosses huiles sont le directeur du cabaret, Hamer Thorne (Warner Anderson), ainsi que le propriétaire du saloon, Cody Clark (John Emery) ; ils ont en effet conclu une alliance secrète afin de se débarrasser du shérif et avoir les coudées franches pour prendre le pouvoir sur la ville. Ils s’occuperont ensuite de leur ennemi le plus acharné, Asa Dean, dont l’épouse fréquente l’un d’entre eux. Thorne vient d'engager comme chanteuse pour son établissement Tally Dickson (Angela Lansbury) ; il annonce à ses concitoyens qu'ils souhaitent se marier sans savoir qu'elle est déjà l'épouse du shérif qu'elle a quitté, ne pouvant plus supporter les dangers que son métier lui faisait encourir. Calem est néanmoins ravi de la retrouver ; une note de fraîcheur dans son quotidien seulement éclairé par sa logeuse (Ruth Donnelly) qui lui prépare de bons petits plats ainsi que par le docteur (Wallace Ford), le seul habitant prêt à lui donner un coup de main. Un nouveau tueur à gages fait son entrée en ville, un homme que Calem a autrefois déjà rencontré, un redoutable tireur d'élite, Harley Baskam (Michael Pate)...


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Un homme seul contre (presque) tous pour faire régner la loi dans une bourgade ayant tendance à être un peu trop ‘dissipée’. Un Marshall se réveillant tous les jours la peur au ventre, dans l’angoisse permanente de se faire provoquer ou (et) tuer, surtout qu’en ville, on prend des paris sur le moment auquel ça arrivera... Rien de bien original dans cette histoire (L'homme au Fusil – Man with a Gun de Richard Wilson, sorti quelques semaines plus tôt, avait quand même pas mal défriché le sujet et possédait à postériori déjà beaucoup de points communs avec ce film) mais le scénario de A Lawless Street fourmille de détails insolites, assez noirs ou au contraire très délicats qui en font l'un des bons westerns urbains de cette période. Quelques exemples : le Marshall s’enferme pour faire sa sieste dans une cellule de sa prison afin d’y être tranquille ; il s'effondre seul à son bureau après avoir tué un homme malgré le fait qu’il en ait l’habitude de par sa profession et à cause de tous les tireurs d’élite qui ne rêvent que de se frotter à lui ; sa femme s'est autrefois enfuie par peur de la vie dangereuse qu’il mène, ne sachant jamais si elle le trouvera encore en vie le lendemain ; la ville se réjouit à l’annonce de ‘la mort’ de son shérif... Le film n’est pas non plus avare de séquences assez réalistes qui annoncent les films de Sam Peckinpah comme par exemple la mise en scène du spectacle de cabaret, démonstrations de musique, de chant et de danse certainement plus proches de ce qu’elles devaient être que celles, plus ‘folkloriques’, que l’on trouve habituellement dans la plupart des westerns de cette époque : un spectacle amateur un peu ‘cheap’, pas loin d’être déprimant tellement les danseuses font pitié avec leurs pauvres costumes et leur flagrant manque de talent. Malgré tout, la chanson entonnée par une excellente et charmante Angela Lansbury reste assez vite entêtante et cette assez longue séquence se déroulant dans la théâtre demeure un des très bons moments du film.


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La mise en place de l'intrigue avec la description de la ville, de ses habitants et de leur vie quotidienne est ainsi très bien vue. Les séquences qui se déroulent au sein de la pension où vit le shérif sont même très attachantes grâce au personnage de la vieille cuisinière (qui se fait du soucis pour l’homme de loi comme s’il s’agissait de son propre fils) et aussi par le fait que Randolph Scott n’ait jamais semblé aussi humain (voire tous les exemples de situations décrites au paragraphe précédent) ; seulement, à mi-parcours, son personnage se fait gravement blesser lors d’une confrontation avec Michael Pate et n'intervient alors presque plus durant le reste du film (hormis lors du fulgurant duel final où il fait son apparition en se jetant de dessous la porte à double battant). Dès cet instant, celui qui voit la ville en effervescence suite à la disparition de son homme de loi (car tout le monde pense qu'il a été tué), le film perd en intérêt même si la vision de ce nouvel 'enfer sur terre' est l'idée la plus originale des auteurs. Seulement le compositeur Paul Sawtell, à l'instar du metteur en scène, semble avoir voulu faire résonner moderne à tout prix et ce n'est pas forcément toujours réussi, souvent même pénible, voire raté. Une cacophonie assez vite fatigante alors que le thème musical principal du film, celui que l’on pouvait entendre dès le générique, était en revanche très beau. Et le scénario de patiner un peu lui aussi, n’ayant plus grand-chose à nous proposer hormis cette description d’une ville qui jubile de ne plus avoir de loi, hormis les magouilles mises en place pour affirmer la mainmise des notables véreux, avec entre autres ‘l’écrémage’ de ceux qui avaient soutenu le camp adverse.


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Le personnage (interprété par un Randolph Scott une nouvelle fois excellent) est donc plutôt fouillé, un peu moins impassible que nombre de ceux joués par l'acteur, plein de doutes et rongé par le remords ; il annonce un peu ceux que le comédien trouvera sous la direction de Budd Boetticher pas plus tard que l’année suivante. Sa métaphore lui faisant comparer le ville à une bête sauvage est assez mémorable puisque revenant à plusieurs reprises et montrant un ton plutôt inhabituellement pessimiste quant à la nature humaine : "This town is like a wild animal in chains, Molly. It doesn't fight back right away. It just lies there and snarls, waiting for a chance to pounce on you." Angela Lansbury est également assez touchante par exemple lorsqu'elle explique à son ex-époux la vie qu’elle menait à ses côtés et pourquoi elle a du le fuir : "I didn't know what it was like for a man to make his living with his gun, walking the streets a living target. I died a little more each day and I died more at night." On peut se rendre compte aux travers de ces deux répliques de la bonne qualité des dialogues écrits par Kenneth Gamet (qui se permet même des Private Joke avec son nom ; mais je vous laisse le découvrir). Sinon, on trouve également d’autres protagonists attachants comme ceux interprétés par Wallace Ford ainsi que par le duo Jeanette Nolan / Don Megowan (contre ce dernier, Randolph Scott, où plutôt sa doublure, aura un combat à mains nues d’une grande brutalité). Le reste de la distribution est malheureusement un peu en deçà, à commencer par les Bad Guys hormis Michael Pate assez inquiétant dans la peau du tueur à gages ; ce qui rend logiquement la seconde partie bien moins captivante alors que ça aurait dû être le contraire.


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A la fin du film, Randolph Scott pose les armes en expliquant que la loi ne devrait pas se trouver entre les mains d’un seul homme du moment qu’il porte un insigne mais que ses concitoyens devraient parfois l’épauler dans sa tâche qui sans ça s’avèrererait vraiment trop ardue. Le message qu’il fait passer aux habitants de Medicine Bend est que maintenant qu’ils ont pris conscience que pour retrouver une certaine tranquillité, il fallait tous y mettre du sien et s’entraider dans la lutte contre les personnes corrompues et violentes, ils n'ont désormais plus besoin de ses services. Il va enfin pouvoir lui aussi trouver la paix et la sérénité en allant convoler de nouveau avec son épouse. Voici pour le fond, très respectable. Sur la forme, avec Joseph H. Lewis aux commandes, cadrages, plan-séquences, placements et mouvements de caméra sont souvent inaccoutumés et détonnent dans le western classique de l'époque sans encore (mais c'est tout juste) aller vers un trop grand formalisme limite agaçant et ‘tape à l’œil’ comme ce sera le cas avec son western suivant, Terror in Texas Town. Bref, la description de la petite ville est assez bien vue, les seconds rôles bien typés, l'intrigue conventionnelle au possible mais bien menée et les 77 minutes de ce western passent comme une lettre à la poste. Ne vous attendez pas à un film du niveau exceptionnel de Gun Crazy par exemple, mais, s'il s'avère dans l'ensemble assez inégal, il n'en constitue pas moins une assez bonne surprise, un western urbain qui ne manque pas de charme et qui se clôt par un long duel très efficace. Un western marchant à nouveau sur les plates-bandes de High Noon pour les thèmes abordés mais une nouvelle fois, à mon avis, bien moins balourd et figé. Ville sans Loi est le dernier film de Randolph Scott avant qu’il n’entame sa dernière partie de carrière, la plus prestigieuse et inoubliable, celle qui voit le début de sa collaboration avec Budd Boetticher.

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Re: A Lawless Street

Messagepar Jeremy Fox » 30 janv. 13, 18:21

En recherchant des photos, nouvelle petite leçon de teasing pour Rick Blaine :mrgreen:

A suivre : Les Forbans (The Spoilers) de Jesse Hibbs avec Jeff Chandler et Anne Baxter


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Re: A Lawless Street

Messagepar Rick Blaine » 30 janv. 13, 20:37

Jeremy Fox a écrit :En recherchant des photos, nouvelle petite leçon de teasing pour Rick Blaine :mrgreen:


Je note!! :mrgreen:

Mais je ne vais pas tout appliquer d'un coup, parce que le teasing c'est bien, mais en ce moment je n'ai pas le temps d'écrire une ligne... :oops:

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The Spoilers

Messagepar Jeremy Fox » 2 févr. 13, 08:18

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Les Forbans (The Spoilers - 1955) de Jesse Hibbs
UNIVERSAL


Avec Jeff Chandler, Anne Baxter, Rory Calhoun, John McIntire, Ray Danton, Barbara Britton, Wallace Ford
Scénario : Oscar Brodney & Charles Hoffman d’après une histoire de Rex Beach
Musique : Joseph Gersenshon (Herman Stein, Henry Mancini, Hans J. Salter, Everett Carter, Milton Rosen, Oliver Drake et Jimmy Wakely)
Photographie : Maury Gerstman (Technicolor 1.37)
Un film produit par Ross Hunter pour la Universal


Sortie USA : 15 décembre 1955


Les Forbans est la cinquième et dernière adaptation cinématographique d’un roman écrit par Rex Beach en 1906. La première avait vu le jour en 1914 et William Farnum (qui jouera le juge véreux dans la 4ème version) tenait alors le rôle de Glennister, le principal protagoniste de l'intrigue. En 1930, c’est au tour de Gary Cooper d’endosser la défroque du mineur avant que John Wayne vienne prendre sa suite dans la version qui demeure encore aujourd’hui celle de référence pour cette histoire, celle réalisée par Ray Enright en 1942, avec également Randolph Scott et Marlene Dietrich. Tous ces films font partie de ce courant ‘westernien’ faisant se dérouler ses intrigues à l’époque de la ruée vers l’or, signifiant une limite géographique se situant au Nord-Ouest des USA, au Klondike plus particulièrement. Dès 1925, dans La Ruée vers l’or (The Gold Rush), Charlie Chaplin pose les bases de ces ‘Northern western’ en décrivant de façon inoubliable la faune grouillante s’étant établie dans ces terres froides et les décors au sein desquels ils évoluaient : ses chercheurs d’or avides, ses rues boueuses, ses hommes de loi véreux, ses saloons débordant de vitalité, de filles et de violence… Ce sont surtout dans les années 40, plus particulièrement à la RKO et à la Republic, que l’on verra fleurir les westerns narrant avec nonchalance, sans jamais se prendre vraiment au sérieux, les problèmes opposant les mineurs aux ‘spoilers’, mais c’est Anthony Mann qui nous offrira en 1954 le plus beau fleuron du ‘goldrush western’ avec son sublime et inoubliable Je suis un aventurier (The Far country).


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1899. Nome (Alaska) en plein boom de la ruée vers l’or. De prétendus agents du gouvernement font régner la loi dans la région en spoliant les chercheurs d’or ; le vol de concessions sous couvert juridique va bon train. Les petits propriétaires décident alors de s’associer à Roy Glennister (Jeff Chandler), détenteur d’un des plus gros gisements de la région, pour contrer les ‘écumeurs’ menés par Alexander McNamara (Rory Calhoun), pourtant commissaire aux mines. Avec l’aide d’un juge véreux, McNamara essaie de s’approprier les terrains aurifères les plus juteux dont le filon découvert par Glennister. Ce dernier, trompé par ses adversaires, perd le bénéfice de ses parts et est envoyé en prison. Au milieu de tous ces imbroglios, on trouve Cherry Malotte (Anne Baxter), patronne du saloon, tiraillée entre la jalousie de voir son amant Glennister reluquer Helen (Barbara Britton), la nièce du juge, l’amour intense que lui porte Blackie, le croupier (Ray Danton), et la tentative de séduction du peu recommandable McNamara. Elle finira par aider Glennister et son associé Dextry (John McIntire) à contrecarrer les sombres complots du fonctionnaire malhonnête en jouant de ses charmes pour neutraliser ce dernier.


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Des images du chef-d’œuvre d’Anthony Mann serviront d’ailleurs d’arrière-fond au générique du film qui nous concerne ici ; on imagine donc d’emblée que les moyens alloués au western de Jesse Hibbs furent probablement très restreints. Au fur et à mesure de l’avancée du film, on en est de plus en plus convaincu (maquettes un peu trop voyantes du train et de son déraillement, décors vides et étriqués, extérieurs rarissimes…) ; d’où un premier argument qui ne fait qu’entériner le constat fait depuis déjà quelques temps d’un certain déclin qualitatif du western de série B à la Universal, le studio qui fut pourtant le roi en ce domaine, disons entre 1948 et 1953. Alors que les séries B de cette période bénéficiaient d’efficaces équipes techniques qui faisaient que les faibles budgets n’étaient pas trop visibles à l’écran, ce n’est plus le cas pour cette version de The Spoilers. Dans l’attention portée à tous les éléments constitutifs d’un film, il semble également que les producteurs étaient plus vigilants et motivés quelques années auparavant ; il est fort probable qu’en 1955, Ross Hunter se préoccupait bien plus des mélodrames de Douglas Sirk que de ces petits westerns de série uniquement destinés à divertir et qui devaient alors commencer à lasser même les aficionados. Sinon pourquoi également partir à nouveau d’une histoire tournée pas plus tard qu’une dizaine d’années en arrière avec à l’époque des stars d’une toute autre envergure ? Pour l’ajout du Technicolor ? C’est bien peu d’autant que les extérieurs sont assez rares. Bref, tout ça pour dire que si vous avez déjà vu la version de Ray Enright, il n’est pas nécessaire de se jeter sur celle réalisée par Jesse Hibbs qui, même si pas spécialement mauvaise, ne vaut quasiment que pour la délicieuse prestation d’Anne Baxter ainsi que pour sa garde-robe qui semblerait presque avoir engloutie la moitié des moyens mis à disposition pour le film.


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Cette ‘dégénérescence’ de la série B westernienne au sein de la compagnie peut aussi très bien se remarquer si on compare ce troisième western de Jesse Hibbs avec un autre de la veine ‘légère’ Universal qui lui est proche par le ton et par le fait d’avoir une saloon gal pour personnage principal, Frenchie (La Femme sans Loi) de Louis King avec Shelley Winters, déjà scénarisé par Oscar Brodney : "Western bon enfant, drôle, mouvementé, très bien écrit, très bien interprété, très correctement réalisé, piquant et amusant, il se laisse regarder avec un immense plaisir tout du long d'autant que Shelley Winters s'en donne à cœur joie, s'amusant comme une folle à interpréter ce rôle pittoresque." Le seul point commun avec ce que je disais à propos de cette petite perle méconnue, c’est, à l’instar de celle de Shelley Winters, la prestation d’Anne Baxter, la comédienne étant toute aussi pétillante et qui plus est, vêtue dans ce film des robes et des déshabillés les plus sexys et des décolletés les plus pigeonnants jamais vus dans un western. Elle est non seulement épatante mais d’une beauté et d’une sensualité qui font que le film peut grâce à sa seule présence enchanteresse nous faire passer un très agréable moment. Après avoir été le personnage féminin principal dans deux westerns très graves et très noirs, Yellow Sky (La Ville Abandonnée) de William Wellman et Les Bannis de la Sierra (The Outcasts of Poker Flat) de Joseph Newman, l’actrice surtout célèbre pour avoir joué dans le Eve de Mankiewicz, prouvait à cette occasion que son registre pouvait aussi s’étendre à la comédie puisque dans le film de Jesse Hibbs, elle ne manque pas de fantaisie ni d’allant. Elle porte quasiment le film sur ses épaules ; on ne peut pas en dire autant de ses partenaires qui font bien pâle figure, encore plus quant on les compare au duo John Wayne/Randolph Scott. Que ce soit Rory Calhoun (le ‘méchant’ dans Rivière sans retour d’Otto Preminger) ou Jeff Chandler (plus convaincant en Cochise dans La Flèche Brisée de Delmer Daves), ils se révèlent ici assez terne à l’image de la mise en scène de Jesse Hibbs qui ne retrouve ni le rythme ni l’efficacité de son premier western, le très bon Chevauchée avec le Diable (Ride Clear of Diablo) avec son acteur de prédilection (également la star du studio de cette époque), Audie Murphy. Parmi les seconds rôles, seul le toujours excellent John McIntire arrive à tirer son épingle du jeu dans le rôle du partenaire de Jeff Chandler.


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Si l’exercice de comparaison d’un remake reprenant la version précédente presque séquence par séquence s’avère assez intéressant voire ludique, la conclusion n’est malheureusement pas en faveur du film de Jesse Hibbs, bien trop plat et anodin, mou et peu captivant, faute à un ensemble qui manque singulièrement de rigueur, à un budget ridiculement minime et à des comédiens qui ne semblent pas spécialement s’amuser. Mais néanmoins, en plus de la truculence de l’interprétation de la charmante Anne Baxter, on sauvera quand même aussi, outre le Technicolor aux teintes pastels de Maury Gerstman, quelques savoureuses punchlines ainsi que certaines images 'marquantes' comme celle de la première apparition de la comédienne descendant les escaliers en glissant sur la rampe, celle de l’arrivée du train dans la rue principale, celles des rues peut-être les plus boueuses que l’on ait pu voir à l’écran. En revanche la bagarre finale tant attendue (en se remémorant que celle du film d’Enright était phénoménale) est loin de parvenir à atteindre l’intensité et le pouvoir de destruction de la précédente. Drames, exotisme (le Klondike est assez peu représenté dans le western) action, romances et humour au menu ; un patchwork malheureusement ici en partie raté !

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar hellrick » 2 févr. 13, 10:29

Je vais quand même essayer de le regarder dans la semaine pour voir si je suis moins sévère que toi :wink:
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 2 févr. 13, 10:31

hellrick a écrit :Je vais quand même essayer de le regarder dans la semaine pour voir si je suis moins sévère que toi :wink:



Fixe ton attention sur les tenues d'Anne Baxter et les 80 minutes passeront comme une lettre à la poste :wink:

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Re: The Spoilers

Messagepar Lord Henry » 2 févr. 13, 11:28

Jeremy Fox a écrit :Musique : Joseph Gersenshon


Comme je suis familier de ton exigence de précision, je glisse ici la liste des compositeurs dont le travail a été utilisé pour ce film: Herman Stein, Henry Mancini, Hans J. Salter, Everett Carter, Milton Rosen, Oliver Drake et Jimmy Wakely

A l'avenir, si tu veux te simplifier la vie, il suffit de faire figurer la mention "direction musicale" à côté du nom de Joseph Gershenson. Cela lui restitue sa fonction véritable et dispense de s'atteler à établir à chaque fois l'identité des musiciens dont il a sélectionné les compositions.
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Re: The Spoilers

Messagepar Jeremy Fox » 2 févr. 13, 11:58

Lord Henry a écrit :
A l'avenir, si tu veux te simplifier la vie, il suffit de faire figurer la mention "direction musicale" à côté du nom de Joseph Gershenson. Cela lui restitue sa fonction véritable et dispense de s'atteler à établir à chaque fois l'identité des musiciens dont il a sélectionné les compositions.


Oui en fait j'indique le compositeur qui apparait au générique ; de toute manière la musique de ce film manque tellement d'imagination...