Le Western américain : Parcours chronologique III 1955-1959

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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L'étranger...
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar L'étranger... » 22 janv. 13, 22:40

pak a écrit :Sinon me revient en mémoire de mon adolescence Jeu De guerre (War Party) de Franc Roddam, qui raconte une reconstitution de la bataille de Milk River qui vire au désastre et réveille les relents racistes envers les indiens. J'avais bien aimé à sa sortie.


Exact, je l'avais en VHS celui-là et je l'avais beaucoup aimé à l'époque, une petite sortie en dvd ne serait pas de refus !
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Jeremy Fox
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Top Gun

Messagepar Jeremy Fox » 25 janv. 13, 13:54

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Top Gun (1955) de Ray Nazarro
EDWARD SMALL PRODUCTIONS


Avec Sterling Hayden, Rod Taylor, William Bishop, Regis Toomey
Scénario : Steve Fisher & Richard Schayer
Musique : Irving Gertz
Photographie : Lester White (Noir et blanc 1.37)
Un film produit par Edward Small pour la Edward Small Productions


Sortie USA : Décembre 1955


Années 1870 dans le Wyoming. Les habitants de Casper n’apprécient guère la venue dans leur paisible petite bourgade de Rick Martin (Sterling Hayden), un as de la gâchette responsable de la mort de trois de leurs concitoyens voilà quelques années. Il est pourtant venu ici pour les prévenir de l’arrivée imminente de la bande du dangereux Tom Quentin (John Dehner), assoiffée de whisky, d’argent et de femmes. Rick va se recueillir sur la tombe de sa mère décédée alors qu’il était en prison ; là, le shérif Bat Davis (James Millican) lui fait comprendre qu’il ne s’est probablement pas agit d’une mort naturelle et que le notable Canby Judd (William Bishop), pour pouvoir s’accaparer ses terres et sa propriété, n’y aurait pas été étranger. Le conseil municipal accorde à Rick de pouvoir rester une seule journée en ville après quoi il ne devra plus y remettre les pieds. Il profite de ce court laps de temps pour aller rendre visite à son ex-fiancée Laura (Karin Booth) pour lui proposer de l’emmener en Californie où ils pourraient refaire leur vie ; seulement, elle lui apprend qu’elle est sur le point d’épouser Canby. Ce dernier, de peur de voir se dévoiler ses malversations au grand jour et voyant en Rick un rival en amour, propose à la tête brûlée du village, Lem Sutter (Rod Taylor), de lui tendre un piège. Pendant ce temps, les quelques citoyens un peu courageux préparent la défense de leur cité ; ils se rendent vite à l’évidence : malgré leur répugnance à son égard, ils auront besoin de l’aide du 'Top Gun' Rick Martin…


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Nous n’avions pas encore eu l’occasion d’évoquer Ray Nazarro en ces lieux ; et pourtant, ce n’est pas faute d’avoir réalisé une multitude de westerns. Bien au contraire, ce fut probablement avec Lesley Selander et quelques autres artisans hollywoodiens l’un des plus prolifiques cinéastes à œuvrer dans le genre durant les années 40 et 50, capable de réaliser jusqu’à treize films dans la même année ! Né à Boston, il débuta sa carrière au cinéma à l’époque du muet, dirigeant alors de nombreux courts métrages. A partir de 1945 avec Outlaws of the Rockies (western mettant en scène le personnage de Durango Kid), il travailla exclusivement pour la Columbia à qui il fournit de la matière pour ses premières parties de séance, presque exclusivement des westerns de séries B ou Z tournés principalement vers l’action non stop sans pour autant (parait-il) que leur réalisateur n’en oublie de jeter un regard assez élégiaque sur l’Ouest américain. Top Gun, l’un de ses derniers films, est un parfait exemple de ce dosage à priori assez harmonieux pour les aficionados du genre. Après que les Majors aient abandonné la série B à la fin des années 60, Nazarro réalisa des westerns spaghettis en Europe et travailla également pour la télévision. Autant dire que seule une infime partie de l’iceberg filmographique du cinéaste nous est encore aujourd'hui connue ; mais, à l’instar d’un Lesley Selander, au vu de la réussite que constitue le western qui nous concerne ici, sa filmographie mériterait d’être creusée un peu plus ; car si probablement une majeure partie de sa production doit être constituée d’œuvres plus ou moins médiocres, il y a autant de probabilités pour que, à l’instar de Top Gun, quelques films sympathiques s’en dégagent.


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Pour en revenir à Top Gun, Ray Nazarro, réalisateur apparemment chevronné à force d’avoir signé des dizaines et des dizaines de films à la suite, arrive d’emblée à capter notre attention, et ce dès le générique. La musique assez mélancolique d’Irving Gertz est effectivement très belle et aide à nous plonger directement dans cet Ouest que nous aimons tant, celui que nous nous sommes plu à entourer d’une aura romantique dès notre jeunesse ; les cinq premières minutes muettes réussissent parfaitement bien à appréhender l’atmosphère et la topographie de cette petite ville du Far-West (pas spécialement originale mais bien filmée), et à immédiatement nous happer. Nous suivons un cavalier dont nous devinons d’emblée qu’il s’agit d’un étranger à cette bourgade. Celui-ci se dirige vers un petit cimetière pour se recueillir sur la tombe de sa mère. La caméra se déplace sur trois autres tombes sur lesquelles sont gravées non seulement le nom des morts mais également celui de leur meurtrier dont nous comprenons immédiatement qu’il s’agit de notre homme au vu du nom que nous avons auparavant remarqué sur la pierre tombale de la vieille dame. Puis, l'on découvre à côté, en même temps que Rick, une tombe creusée, prête à l’accueillir comme indiqué sur la pancarte qui trône au dessus du trou béant. Sursaut : un autre homme vient de faire sa subite apparition derrière lui : le shérif. Ils ont l’air de bien se connaitre et de s’apprécier malgré la demande que fait l’homme de loi à l’étranger de ne pas s’attarder dans les parages. En effet, ayant réussi à faire de Casper une cité sans problèmes et sans violence, il sait parfaitement bien que ses concitoyens verront d’un mauvais œil la venue de ce tireur d’élite ayant déjà occasionné des morts en ces lieux. Le shérif lui apprend également les circonstances de la mort de sa mère, peut-être plus criminelles qu’accidentelles. Il s’avère également que la petite amie de l’étranger soit sur le point d’épouser l’homme que le shérif soupçonne d’être le meurtrier. En retour, l’étranger prévient l’homme de loi de se préparer à une attaque d’une bande de hors la loi sur sa ville. Ce qui inquiète fortement le shérif d’autant plus que ses concitoyens sont loin d’être des parangons de courage.


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Ces innombrables pistes et tous ces postulats de départs sont donc délivrés avec fluidité et efficacité en à peine cinq minutes. Si l’on se rend bien compte à la lecture du paragraphe précédent qu’il n’y a rien de vraiment original que ce soit dans le caractère des personnages (le tireur d’élite au passé trouble, une douce jeune femme prise entre son ex-amant et son futur époux, un shérif héroïque, des notables corrompus…), dans les situations mises en place (des bandits impitoyables prêts à mettre à sac une ville, des citoyens couards craignant de devoir se défendre) ou encore dans les thématiques évoquées (la loi et l’ordre), il faut bien se rendre à l’évidence que tout ceci n’est pas bien grave lorsque l’écriture du scénario se fait aussi limpide. Ce qui est le cas pour ce film scénarisé par Steve Fisher d’après sa propre histoire qui reprend pas mal d’éléments du High Noon (Le Train sifflera trois fois) de Fred Zinnemann. Souvenons-nous que Steve Fisher nous avait précédemment offert les très belles réussites qu’étaient La Femme qui faillit être lynchée (Woman They Almost Lynched) de Allan Dwan ou encore Le Déserteur de Fort Alamo (The Man from the Alamo) de Budd Boetticher. Si l’on ajoute à cette histoire bien charpentée à défaut d’être inédite une mise en scène plutôt énergique et un casting de premier ordre, nous tenons là un petit western de série B bien agréable, l’un des meilleurs dans lesquels Sterling Hayden eut à jouer (hormis bien évidemment le sublime Johnny Guitar), la plupart des autres s’étant avérés bien médiocres. A ses côtés, toute une tripotée de sacrément bons seconds rôles dont les noms ne vous diront peut-être pas grand-chose alors que leurs trognes vous seront très certainement familières. Citons donc Rod Taylor dans un de ces premiers rôles de relative importance (ici le fou de la gâchette), Regis Toomey, Denver Pyle, Hugh Sanders mais surtout les toujours excellents John Dehner (le chef des Bad Guy), William Bishop (le propriétaire terrien corrompu) et James Millican que nous n’avions pas eu souvent l’occasion de voir dans la peau d’un homme de loi, s'étant retrouvé jusqu'ici le plus souvent de l’autre côté de la barrière. Karin Booth, à défaut d’être mémorable, s’avère bien charmante et son personnage aura une importance cruciale au final.


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Les amateurs d’action devraient être à la fête car coups de feu et coups de poing ne se font pas prier alors que les cascadeurs s'en donnent à cœur joie. Malgré parfois de grosses invraisemblances, ceux dont la préférence se reporterait plutôt sur des intrigues bien menées auront également de quoi se réjouir d’autant que les dialogues font souvent mouche, notamment lors des séquences réunissant Sterling Hayden et John Dehner. Un western à petit budget utilisant parfaitement bien ses décors minimalistes, une superbe photographie en noir et blanc signée Lester White (excellent chef-opérateur sur de bonnes séries B de Raoul Walsh ou André de Toth, ainsi que sur des pépites méconnues du film noir telle Pushover – Du plomb pour l’inspecteur de Richard Quine) pour 70 courtes minutes sans grandes surprises mais bien et correctement remplies. Au menu un triangle amoureux, une enquête à mener pour découvrir l'identité d'un meurtrier puis le confonde, la tentative de mise à sac d'une ville, quelques duels, quelques combats à poings nus... largement de quoi satisfaire l’aficionado !

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daniel gregg
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar daniel gregg » 25 janv. 13, 14:12

Tiens ta chronique m'a donné envie de le reprogrammer celui là ! :D
Il faudrait un jour passer un peu de temps sur le cas Philip Yordan, histoire de s'interroger sur ses véritables mérites en tant que scénariste actif ou non pour certains films.

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Jeremy Fox
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The Last Frontier

Messagepar Jeremy Fox » 25 janv. 13, 14:16

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La Charge des Tuniques Bleues (The Last Frontier - 1955) de Anthony Mann
COLUMBIA


Avec Victor Mature, Robert Preston, Anne Bancroft, James Whitmore, Guy Madison
Scénario : Philip Yordan & Russell S. Hugues
Musique : Leigh Harline
Photographie : William Mellor (Technicolor 2.35)
Un film produit par William Fadiman pour la Columbia


Sortie USA : 07 décembre 1955


Après La Porte du Diable (Devil’s Doorway), The Furies ainsi que les cinq films de son association avec James Stewart, Anthony Mann signe ici avec The Last Frontier (oublions d’emblée son titre français très mal approprié une fois encore) son 8ème western. Même si plus inégal et dans l’ensemble moins harmonieux, il s’agit une fois de plus d’une formidable réussite qui finit d’entériner le fait que le corpus westernien d’Anthony Mann s’avère jusqu’à présent (et pour encore longtemps, voire définitivement) le plus riche et le plus passionnant de l’histoire du genre. Après le splendide Fort Apache (Le Massacre de Fort Apache) de John Ford, voici une nouvelle variation sur une intrigue similaire lointainement inspirée de la fin de carrière de Custer et de sa défaite cuisante à Little Big Horn. Mais ne nous arrêtons pas à cette similitude car The Last Frontier ne se cantonne pas à cette simple histoire de soldat va-t-en guerre mais, comme d’ailleurs le film de Ford, se révèle dans le même temps un western complexe qui narre d'une part l'antagonisme entre la civilisation et la nature par l'intermédiaire de l'opposition qui se fait jour entre l'Armée (ses codes rigides, sa stricte discipline, ses uniformes…) et un homme des bois rustre et semi-sauvage, de l’autre une histoire d'adultère plutôt touchante sans oublier la rivalité entre plusieurs officiers concernant la guerre et la discipline. Un enchevêtrement de thèmes et de situations pour un défi relevé à nouveau brillamment par Philip Yordan qui venait d’écrire pour Mann le non moins superbe L’Homme de la Plaine (The Man from Laramie), son dernier western avec James Stewart. Et comme pour ce dernier, le cinéaste de nous ravir par son utilisation prodigieuse du Cinémascope !


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1860 en Oregon alors que la Guerre de Sécession vient de débuter et que la majorité des soldats américains a été réquisitionnée pour cette occasion. Trois trappeurs, Jed Cooper (Victor Mature), Gus (James Whitmore) et l’indien Mongo (Pat Hogan), descendent de montagne après une saison de chasse hivernale bien remplie. Ils sont cependant dépouillés de leurs biens (chevaux, fusils et fourrures) par les Sioux de Red Cloud qui ne veulent désormais plus rencontrer d’hommes blancs sur leur territoire, ayant vu d’un mauvais œil l’installation alentour de quelques forteresses militaires. L’incursion des Tuniques Bleues proche de leurs terres semblant être la principale raison de la colère des indiens, les trois hommes n’ont plus d’autres ressources que de se rendre au fort le plus proche et demander à se faire rétribuer leurs marchandises volées. A Fort Shallan, c’est le Capitaine Riordan (Guy Madison) qui les accueille et qui par sa gentillesse réussit à les convaincre de s’engager à ses côtés en tant qu’éclaireurs civils. Jed est attiré par ce nouveau mode de vie ‘civilisé’, son rêve étant de pouvoir porter plus tard l’uniforme bleu de la cavalerie et de fonder une famille. Il convoite d’ailleurs Corrina (Anne Bancroft), la femme d’un colonel actuellement en mission, qu’il demande même en mariage. Mais le colonel refait son apparition et décide de prendre le commandement de la place ; c’est un homme humilié depuis qu’on l’a surnommé ‘le boucher de Shiloh’ après qu’il ait fait tuer 1500 de ses hommes lors de cette bataille. Voulant absolument redorer son blason bien terni, il n’a plus qu’une idée en tête, aller sans plus tarder anéantir les indiens de la région qui viennent de lui faire subir une autre cinglante défaite en prenant d’assaut le fort qu’il avait sous son commandement. Malgré les conseils de prudence de part et d’autres et malgré le fait que l’engagement de tous les soldats dans ce combat reviendrait à laisser les civils sans défense, ivre de revanche, Martson n’en démord pas. Mais que ce soit Jed ou le capitaine Riordan, ils vont tout faire pour empêcher cette action-suicide jusqu’à le laisser moisir dans un piège à ours pour le premier, jusqu’à penser le démettre de ses fonctions pour le second…


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Curieusement, Anthony Mann et Philip Yordan ont toujours méprisé leur western militaire, le traitant de ‘pétard mouillé’. Et pourtant, The Last Frontier, 29ème titre du grand réalisateur, ne mérite pas une telle sévérité même si nous n'arrivons certes pas au niveau d'excellence qu'avait pu atteindre Mann dans ses westerns avec James Stewart. Voilà ce qu’en disait Philip Yordan, auteur l’année précédente du scénario d’un des plus beaux films de l’histoire du cinéma, Johnny Guitar de Nicholas Ray : "Franchement, je crois que nous n'avons pas réussi The Last Frontier. Les gens n'ont pas compris, donc nous nous sommes mal expliqués. Et pourtant le concept qui servait de point de départ, cette vision de la civilisation par un sauvage était formidable. A mon avis, c'était un des plus beaux sujets de western que l'histoire de ce trappeur qui ne voit la civilisation qu'à travers l'uniforme, qui s'imagine que la civilisation, c'est la femme et l'uniforme, alors qu'il n'est visiblement fait ni pour l'un ni pour l'autre. Il devait mourir d'ailleurs à la fin mais la Columbia imposa les derniers plans qui constituent un happy end stupide. C'était un sujet très amer car l'on y attaquait aussi bien le sauvage que la civilisation qui avait réussi à produire des gens haïssables, comme le colonel ou le sergent." Et si les auteurs avaient renié leur film suite à l'obligation par les producteurs d’insérer un tel happy-end totalement en porte à faux par rapport à tout ce qui a précédé ? Ca pourrait tout à fait se concevoir mais ne partons pas dans de vaines supputations et apprécions le film tel qu’il nous est proposé, dans toute sa richesse et sa noirceur, son originalité et sa virtuosité.


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L’histoire de cet officier borné, revanchard et violent qui, par fanfaronnade et rêve de gloriole, va faire exterminer tout son régiment au sein d’une bataille perdue d’avance, a pour modèle historique un mélange de la défaite de Custer et de celle du capitaine Fetterman. Si la première est déjà bien connue sous le nom de la bataille de Little Big Horn, la seconde l’est un peu moins ; et pourtant un plus grand nombre d’éléments du scénario de Yordan font penser qu’il s’en serait principalement inspiré même si les faits se sont déroulés après la Guerre de Sécession alors que l’action du film de Mann a lieu lors de ses prémisses. Le Capitaine Fetterman était un homme qui se vantait de pouvoir anéantir la nation Sioux avec moins d’une centaine de soldats. Le 21 décembre 1866, avec 80 cavaliers, il partit à la poursuite de Crazy Horse mais tomba dans un guet-apens qui leur fut fatal. Le personnage de Marston, qui rappelle un peu celui du Lieutenant-colonel Owen Thursday joué par Henry Fonda dans le deuxième volet de la trilogie de John Ford consacrée à la cavalerie, est cette fois interprété par ce merveilleux second rôle qu’est Robert Preston (Whispering Smith), ici encore très convaincant. Les auteurs ont eu l’intelligence de ne pas en faire un homme que l’on aime détester. Certains traits de son caractère nous le font au contraire trouver attachant malgré la haine virulente qu’il voue aux ‘peaux rouges’, malgré son inconscience totale de se lancer dans un combat que tout le monde lui déconseille au risque même de laisser tous les civils sans défense. L’exemple le plus flagrant est l’admiration qu’il a du courage du Capitaine Riordan d’avoir voulu se mutiner contre lui au point d’avoir tenté de le démettre de ses fonctions. Il ne lui en fera d’ailleurs ensuite pas grief, probablement conscient de son propre grain de folie et assez intelligent pour comprendre qu'il aura besoin de tous ses hommes. L’amour qu’il voue à son épouse et sa relative faiblesse à son égard, le fait qu’il ne rétorque pas ni ne s’emporte lorsqu’elle lui fait des reproches justifiés ("j’ai épousé un homme non un uniforme"), viennent encore renforcer ce côté humain, première preuve d’un scénario absolument pas manichéen.


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Face à lui donc, toujours parmi les militaires, le raisonnable capitaine Riordan interprété par un Guy Madison tout aussi probant. Malgré sa beauté, les auteurs n’en font jamais un bellâtre fanfaron, pas même dragueur ; il s’agit d’un officier sensé et charmant qui doit veiller sur ses jeunes recrues, des soldats pour la plupart ‘désaxés’, trop inexpérimentés ou violents, n’ayant pas été envoyés à la guerre pour cause d’insubordination ou autres défauts difficiles à gérer. A ce propos, une petite digression : au contraire des films de cavalerie de John Ford, il y a une chose que les scénaristes n’ont pas du tout abordé, c’est la description de ces cavaliers qui restent tous anonymes durant le film, seuls les officiers étant mis en avant. On apprend juste que ce sont des ‘Misfits’ au détour d’une conversation entre gradés mais on ne les voit jamais vivre, ne représentant qu'un groupe, que de la chair à canons. Il ne faut donc pas s’attendre ici à des séquences de franche camaraderie entre hommes de troupe, l’humour étant d’ailleurs quasiment absent de ce western sans que ce ne soit d’ailleurs un mal. Le Capitaine Riordan donc, un homme affable et tolérant, intelligent et sensé, pensant avant tout à la sécurité de ses hommes, ne s’offusquant pas de se mettre à leur niveau, essayant même d’inculquer à Jed, le trappeur un peu frustre, lors d’une soirée passée à siroter de l’alcool, ce qu’est la civilisation, bousculant même la morale judéo-chrétienne lorsqu’il lui explique que le fait de fonder une famille n’est qu’un précepte de cette ‘culture’ et qu’il n’est aucunement nécessaire de s’y plier pour faire partie des gens civilisés. Assez culotté au sein d’un genre qui a toujours prôné la valeur familiale ! Bref, un personnage tout à fait intéressant qui va se trouver lui aussi confronté à de difficiles tiraillements, devant choisir entre son amitié et son devoir, ne supportant pas par exemple que l’on manque de respect envers son supérieur même si ce dernier est prêt à les conduire au suicide. Constamment à ses côtés, le médecin du fort qui a l’occasion de débiter une phrase magnifique après que Marston ait fustigé cette troupe de soldats couards et lâches : "si la définition d’un lâche est celle d’ un homme rebuté par la tuerie et le sang, j’en suis un" ! Et Yordan de nous lancer sur une autre piste de réflexion, à savoir la frontière qui sépare le courage et la lâcheté.


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Troisième personnage important, un civil cette fois, évidemment celui du trappeur Jed Copper, un héros de western comme nous n’avions encore jamais eu l’occasion d’en rencontrer à cette date ; encore un personnage d’une formidable richesse, pas nécessairement tout blanc ni constamment sympathique, assez cocasse avec pour toute arme une corde sans cesse à sa ceinture. Jed est un homme simple et peu cultivé, rude gaillard, bravache, braillard, soudard et plutôt vulgaire, qui n’agit que par instinct sans prendre en compte la liberté d'autrui ni les interdits de la civilisation (et pour cause ; il ne les connait sans doute pas), et en dépit de toute prudence. Lors de la superbe première séquence, alors qu’avec ses deux amis, ils sont encerclés par les indiens qui décident de leur subtiliser leur chasse de l’hiver, il est prêt à les en empêcher malgré le fait qu’ils soient 3 contre 100. Lorsqu’il se sent attiré par Corrina, il ne se pose pas la question de la savoir mariée et serait presque prêt à la violer ou tout du moins l’embrasser de force avant de lui demander d’être son épouse, sûr de son bon droit et de son charme. Il ne se pose aucun problème de conscience quant il s'agit de tuer un homme pour en sauver une centaine. C’est un être frustre, presque animal (voire justement ses relations avec Anne Bancroft) mais ne pensant cependant jamais à mal : un rôle qui va comme un gant à Victor Mature qui arrive sans forcer ni trop en faire à le rendre poignant et pathétique. Inculte ne veut pas forcément dire inintelligent et, concernant le conflit indien par exemple, son approche montre davantage d’acuité que celle du colonel. Mais sa naïveté fait qu’on ne l’écoute guère et qu’on ne suit pas ses conseils souvent avisés. C’est surtout au travers du regard de ce protagoniste et au travers de ses relations avec les autres qu’est développé le thème culture/nature, nature/civilisation.


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Constat assez savoureux, James Whitmore qui joue l’homme ayant fait l’éducation de Jed et qui semble même l’avoir élevé, avait dans la vraie vie 8 ans de moins que Victor Mature, son ‘fils adoptif’ dans le film !!! Très belle prestation de ce très bon comédien dans le rôle de ce Old Timer. Gus, un homme pragmatique, antimatérialiste et posé qui, contrairement à Jed, ne se lancera jamais bille en tête dans des actions insensées et inconscientes, tenant bien plus à sa vie qu’à toutes autres choses ; c’est lui qui retient ses amis durant la première scène, leur disant de laisser les indiens les piller sans broncher. Dans le film, nous trouvons une belle description de l'amitié qui le lie à Jed qui culminera dans une séquence nocturne très poignante, Gus maternant presque son protégé qui, par le fait de se rendre compte être ‘un ours’, comprend avec tristesse que son tempérament peut passer pour trivial et s’en désole d’autant qu’il souhaite désormais faire bonne figure face à la femme dont il est tombé amoureux. Gus aura une belle tirade en tout début de film démontrant son pessimisme quant à la pérennité de leur mode de vie face à la civilisation galopante : "Civilization is creepin' up on us, lads. The Blue Coats aren't satisfied with gobblin' up all the lands east of the 'Sippi. No, they won't stop till they've pushed us over the Rockies and into the Pacific Ocean. It's a drownin' fate that awaits us all. These are calamitous times, Jed, calamitous times". Quant au troisième larron, il s’agit d’un indien interprété par Pat Hogan qui l’était aussi réellement dans la vie et qui vengera tous ceux qui n’ont jamais pu se remettre de tous ces indiens interprétés par des blancs. Enfin, le dernier personnage important de l’intrigue, très bien écrit lui aussi, n’est autre que celui interprété par la toute jeune et déjà excellente Anne Bancroft. Une femme tiraillée entre un époux qu’elle n’aime plus et un homme fruste qui la révulse avant de l’attirer. Les séquences qui les mettent tous deux en scène sont d’une violence (la tentative de Jed de l’embrasser de force) ou d’une sensualité (quand Corrina commence à céder à ses désirs refoulés) assez rares pour l’époque.


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Outre ce passionnant brassage de thématiques et une interprétation de très grande qualité, la mise en scène d’Anthony Mann n’est pas en reste ; on s'en rend déjà compte rien qu'à sa manière de filmer le fort. Son utilisation du scope est toujours aussi maîtrisée et certains mouvements de caméra ou de grues toujours aussi virtuoses. Qui ne sera pas subjugué par celui qui précède la grande bataille finale ? Un lent panoramique en légère plongée suit de loin (de l'intérieur de la forêt) James Whitmore s’avancer sur sa monture dans la plaine déserte ; la caméra se met à s’élever pour tomber sur Victor Mature en train de grimper à un arbre et qui découvre à son tour en même temps que nous et la caméra toujours en mouvement, des centaines d’indiens en embuscade, tapis dans la forêt et prêts à fondre sur les Tuniques Bleues. Ce n’est qu’un exemple car il faudrait aussi pouvoir citer celui qui suit la colonne de soldats blessés et harassés rentrant au fort, se terminant par un travelling ascendant (préfigurant celui de Sergio Leone dans Il était une fois dans l’Ouest lors de l’arrivée en gare du train amenant Claudia Cardinale), accompagné par un thème musical déchirant signé Leigh Harline qui nous délivre tout du long une partition très réussie aux belles envolées lyriques, sans oublier la très entrainante chanson du générique interprétée par Ned Washington. Enfin, si les scènes d’action sont rares, elles sont également d'une étonnante efficacité que ce soient les séquences de batailles contre les indiens ou le combat à mains nues qui oppose Jed et le sergent qui depuis le début du film lui vouait une haine mortelle. Un pugilat d’une grande rudesse à l'image d'un film assez âpre psychologiquement parlant.


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Un western amer qui, avant ce happy-end rajouté par les producteurs, se termine sur l’impossibilité pour les deux amis de rester ensemble, l’indien devant retourner chez les siens tandis que Jed, ‘contaminé’ par la civilisation, devant définitivement la rejoindre, déjà inéluctablement soumis à cette nouvelle forme de société qu’il a lui-même choisi d’intégrer en rêvant d’uniforme et de famille : "You don't belong there, I do" lui dira l’indien alors que Jed avait dans l'idée de repartir dans les montagnes avec lui. Comme dans Je suis un aventurier (The Far Country), Mann veut nous faire comprendre qu’un homme ne peut vivre à l'écart de ses semblables et qu’il doit au contraire faire un effort d’insertion malgré toutes les difficultés que cela comporte. Un western qui, à travers le regard naïf d’un homme frustre, nous propose donc une intelligente et subtile réflexion sur les apports bons ou mauvais de l’avancée de la civilisation, les hommes les plus civilisés ou au contraire les plus ‘barbares’ n’étant pas obligatoirement ceux qui pensent l’être. Il nous offre également d’assister à la confrontation de deux modes de vies antagonistes et qui allaient le devenir de plus en plus, à la difficile adaptation de l’un à l’autre. Le tout avec nuance et sans aucun manichéisme. Pour son unique western de cavalerie, une nouvelle réussite de la part d’Anthony Mann pour un film sombre et rigoureux avec très peu d’action mais d’intenses affrontements psychologiques.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar hellrick » 25 janv. 13, 14:17

daniel gregg a écrit :Il faudrait un jour passer un peu de temps sur le cas Philip Yordan, histoire de s'interroger sur ses véritables mérites en tant que scénariste actif ou non pour certains films.


L'article dans "Amis américains" est quand même très complet à ce sujet (en admettant qu'il n'y ait pas d'erreurs) :wink:
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Re: The Last Frontier

Messagepar onvaalapub » 25 janv. 13, 14:19

Jeremy Fox a écrit :Le film existe en zone 2 avec VF et VOST ; malheureusement la copie est plus que moyenne.

Il passe bientôt en HD sur TCM. J'espère que la copie sera bien meilleure. En tout cas ta chronique me conforte dans mon envie de le découvrir. :wink:
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar daniel gregg » 25 janv. 13, 14:20

hellrick a écrit :
daniel gregg a écrit :Il faudrait un jour passer un peu de temps sur le cas Philip Yordan, histoire de s'interroger sur ses véritables mérites en tant que scénariste actif ou non pour certains films.


L'article dans "Amis américains" est quand même très complet à ce sujet (en admettant qu'il n'y ait pas d'erreurs) :wink:


Oui en fait, je voulais dire ici sur Classik. :mrgreen:
Les rumeurs sur son compte, laissant entendre que pour de nombreux films, il aurait servi de prête-noms à des scénaristes blacklistés semblent relativement fondées.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 25 janv. 13, 14:22

daniel gregg a écrit :Les rumeurs sur son compte, laissant entendre que pour de nombreux films, il aurait servi de prête-noms à des scénaristes blacklistés semblent relativement fondées.


Je ne savais pas.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar daniel gregg » 25 janv. 13, 14:29

Jeremy Fox a écrit :
daniel gregg a écrit :Les rumeurs sur son compte, laissant entendre que pour de nombreux films, il aurait servi de prête-noms à des scénaristes blacklistés semblent relativement fondées.


Je ne savais pas.


Cf. l'article qui lui est consacré dans 5O ans de cinéma américain dans le dictionnaire des scénaristes. :wink:

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 25 janv. 13, 14:32

Je lirais ça ce soir.

En tout cas, ce qu'il a écrit après la chasse aux sorcières, les Ray des années 60 par exemple ou La chevauchée des bannis, j'aime beaucoup.

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daniel gregg
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar daniel gregg » 25 janv. 13, 14:36

Jeremy Fox a écrit :Je lirais ça ce soir.

En tout cas, ce qu'il a écrit après la chasse aux sorcières, les Ray des années 60 par exemple ou La chevauchée des bannis, j'aime beaucoup.


A propos duquel De Toth, selon toute vraisemblance, revendique la paternité des dialogues.
Mais tu verras ce soir. :mrgreen:

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hellrick
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar hellrick » 25 janv. 13, 14:45

Sans oublier "son" plus beau, JOHNNY GUITAR, qui ne serait pas de lui non plus :fiou:
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 25 janv. 13, 14:48

Ben zut alors ; moi qui lui tressais des lauriers :mrgreen:

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar daniel gregg » 25 janv. 13, 14:55

Jeremy Fox a écrit :Ben zut alors ; moi qui lui tressais des lauriers :mrgreen:


Cà dépend de quel point de vue tu te places ! :mrgreen:
-En fait il avait au moins le mérite de faire travailler, en leur servant de prête-nom, de nombreux scénaristes qui ne trouvaient plus de travail en raison du McCarthysme.
-En revanche, il les sous payait, et s'attribuait l'essentiel des mérites de la réussite artistique et financière de ces films.
Pour certains d'entre eux, il a même continué de les faire travailler après la liste noire.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 25 janv. 13, 14:58

Donc par exemple, tu penses que pour des films comme Le Roi des rois ou les 55 jours de Pékin (que j'aime énormément tous deux même si je dois bien être assez esseulé sur le coup), ce pourrait ne pas être lui non plus ?