Margaret Lockwood (1916-1990)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980...

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Margaret Lockwood (1916-1990)

Messagepar Profondo Rosso » 23 avr. 12, 11:51

J'ai commencé le coffret ITV consacré à Margaret Lockwood et constaté qu'il n'y avait pas de topic consacré à la dame c'est l'occasion !

Filmographie

1934 Lorna Doone – de Basil Dean avec John Loder
1935 The case of Gabriel Perry / Wild justice – de Albert de Courville avec John Wood
Honours easy – de Herbert Brenon avec Patric Knowles
Man of the moment – de Monty Banks avec Douglas Fairbanks Jr.
Someday / Some day / Young nowheres – de Michael Powell avec Esmond Knight
Midshipman easy / Men of the sea – de Carol Reed avec Hughie Green
1936 Jury’s evidence – de Ralph Ince avec Hartley Power
Le gentilhomme amateur / Le gentleman amateur ( the amateur gentleman ) de Thornton Freeland avec Douglas Fairbanks Jr.
Le vagabond bien-aimé ( the beloved vagabond ) de Curtis Bernhardt avec Maurice Chevalier
Irish for luck – de Arthur B. Woods avec Patric Knowles
1937 The street singer / Interval for romance – de Jean de Marguenat avec Arthur Tracy
Who’s your lady friend ? – de Carol Reed avec Betty Stockfeld
L’énigmatique docteur Syn / Capitaine Pirate ( doctor Syn ) de Roy William Neill avec George Arliss
Melody and romance – de Maurice Elvey avec Alastair Sim
Week-end / Vacances ( bank holiday / three on a weekend ) de Carol Reed avec Hugh Williams
1938 To the victor / Owd Bob – de Robert Stevenson avec John Loder
Une femme disparaît / Une femme à disparu ( the lady vanishes ) de Alfred Hitchcock avec Michael Redgrave
1939 A girl must live / A girl has to live – de Carol Reed avec Lilli Palmer
Susannah ( Susannah of the mounties ) de William A. Seiter & Walter Lang avec Randolph Scott
Les maîtres de la mer ( rulers of the sea ) de Frank Lloyd avec Douglas Fairbanks Jr.
Sous le regard des étoiles / Emmurés vivants ( the stars look down ) de Carol Reed avec Michael Redgrave
1940 Girl in the news – de Carol Reed avec Emlyn Williams
Train de nuit pour Munich ( night train to Munich / gestapo / night train ) de Carol Reed avec Rex Harrison
1941 Mariage sans histoire ( quiet wedding ) de Anthony Asquith avec Derek Farr
1942 Alibi – de Brian Desmond Hurst avec James Mason
1943 L’homme en gris ( the man in grey ) de Leslie Arliss avec James Mason
Dear Octopus / The Randolph Family – de Harold French avec Michael Wilding
1944 Romance d’amour ( love story / a lady surrenders ) de Leslie Arliss avec Stewart Granger
Give us the moon – de Val Guest avec Jean Simmons
1945 I’ll be your sweetheart – de Val Guest avec Michael Rennie
Le médaillon fatal ( a place of one’s own ) de Bernard Knowles avec James Mason
Le masque aux yeux verts ( the wicked lady ) de Leslie Arliss avec James Mason
1946 La perle noire ( Bedelia ) de Lance Comfort avec Ian Hunter
Le mont brûlé ( hungry hill ) de Brian Desmond Hurst avec Dennis Price
1947 Le manoir tragique / Jassy la bohémienne ( Jassy ) de Bernard Knowles avec Dermot Walsh
La licorne blanche ( the white unicorn / bad sister ) de Bernard Knowles avec Dennis Price
1948 Look before you love – de Harold Huth avec Griffith Jones
1949 Le chevalier de carton / Le cavalier de carton ( cardboard cavalier ) de Walter Forde avec Sid Field
L’implacable ennemie ( madness of the heart ) de Charles Bennett avec Paul Dupuis
1950 Mission dangereuse ( highly dangerous ) de Roy Ward Baker avec Marius Goring
1952 L’affaire Manderson ( Trent’s last case ) de Herbert Wilcox avec John McCallum
1953 Le tropique du désir ( laughing Anne / between the tides ) de Herbert Wilcox avec Wendell Corey
1954 Révolte dans la vallée ( trouble in the glen ) de Herbert Wilcox avec Forrest Tucker
1956 L’assassin s’est trompé ( cast a dark shadow / angel ) de Lewis Gilbert avec Dirk Bogarde
1976 Cendrillon et la rose ( the slipper and the rose / the slipper and the rose : The story of Cinderella ) de Bryan Forbes avec Kenneth More

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Re: Margaret Lockwood (1911 - 1990)

Messagepar Profondo Rosso » 23 avr. 12, 11:51

Et recyclage de quelques avis en vrac

Une femme disparaît d'Alfred Hitchcock (1938)

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Dans un train en provenance d'Europe centrale, Iris Henderson voyage en compagnie de Miss Froy, une vieille dame britannique comme elle, dont elle a fait connaissance dans un hôtel la veille. Au cours du voyage, Miss Froy disparaît mystérieusement. La jeune femme s’inquiète, mais personne ne veut la croire et on tente de la convaincre qu'elle a tout imaginé.

The Lady Vanishes est l'avant-dernier dernier film de la période anglaise d'Hitchcock (le dernier étant La Taverne de la Jamaïque l'année suivante) dont l'immense succès lui permettra de négocier en position de force son futur départ à Hollywood après l'échec commercial de ses trois précédents films. Au départ cette production Gainsborough ne lui est pourtant pas destinée. Un an plus tôt, le réalisateur Roy William Neill devait réaliser le film sous le titre The Lost Lady mais parti en repérage en Yougoslavie, l'équipe est prise à part puis expulsée par la police locale qui a découvert le portrait peu reluisant fait des autorités du pays dans le script. Hitchcock hérite donc du projet après l'éviction de la première équipe et comme à son habitude remanie considérablement le roman The Wheel Spins d'Ethel Lina White à l'origine du script pour le plier à sa vision. Par rapport au premier projet Hitchcock invente la contrée imaginaire de la Bandrika en lieu et place de la Yougoslavie, modifie le rôle désormais un peu moins innocent de Miss Froy, introduit les duettistes amateurs de cricket Charters and Caldicott et modifie plusieurs évènements (le trouble de l'héroïne causée par la chute d’un pot de fleur et plus un coup de soleil, le McGuffin ou encore la conclusion alors que le train ne s'arrête jamais dans le livre). Au casting le réalisateur fait confiance à deux inconnus, Margaret Lockwood qui n'a alors que quelques seconds rôles derrière elle et Michael Redgrave surtout célèbre au théâtre à l'époque (et qu'il ne souhaitait guère quitter son ami John Gielgud le convaincant d'accepter le rôle qui ferait de lui une star).

The Lady Vanishes est un des films d'Hitchcock où s'entremêlent le mieux sa causticité et son art du suspense. La première partie est ainsi un régal d'humour anglais où s'illustrent quelques moments savoureux présentant les différents protagonistes coincés dans un hôtel après le retard de leur train. On retiendra ces anglais choqués par le sans gêne de cette femme de chambre locale se changeant en toute décontraction dans leur chambre ou encore l'amusante altercation façon screwball comedy entre le bruyant musicien Michael Redgrave et Margaret Lockwood. La tension s'instaure de manière fort inattendue le temps d'une brève et mystérieuse séquence annonçant une suite moins détendue. L'intrigue se noue donc durant le voyage en train où Margaret Lockwood perd la trace de l'avenante vieille dame Miss Froy (Dame May Whitty) se volatilise et que personne ne semble l'avoir aperçue. Hitchcock instaure une paranoïa oppressante où la langue inconnue,les personnages double (les plus avenant étant toujours les plus fourbes) et les idées visuelle née de la confusion de Margaret Lockwood créent l'empathie en lui faisant progressivement perdre pied. A cela s'ajoute une veine plus critique et décalée entre le couple adultère qui par peur d'être découvert refuse d'appuyer les dires de Lockwood ou encore le duo Charters and Caldicott qui fait de même par peur qu'une enquête retarde le train et leur fasse rater un match de cricket(obéissant à un motif récurrent du cinéma anglais de l'époque où les personnages sont punis de leur "anglicité"). Charters and Caldicott sont de pures création des scénaristes Sidney Gilliat et Frank Launder qui les feront réapparaître (toujours incarnés par Naunton Wayne and Basil Radford) dans d'autre films comme Train de nuit pour Munich de Carol Reed (très voisin du Hitchcock avec toujours Margaret Lockwood plongée dans un suspense ferroviaire) et le film à sketch Ealing Au cœur de la nuit.

Alors que son argument principal permettrait de tenir un film entier chez un autre, Hitchcock amène lui de nombreux rebondissement surprenant qui relance constamment l'action. Après la paranoïa pure, c'est le jeu de piste, la course poursuite puis le siège qui s'alterneront au sein du train tout au long de l'intrigue trépidante. Hitchcock multiplie les idées ludiques sollicitant constamment notre attention tel les divers indices prouvant la véracité des dires de Lockwood mais que ces interlocuteurs ne voient pas ou trop tard. L'ensemble est rondement mené avec comme toujours chez Hitchcock son lot de péripéties extravagantes tel cet acolyte adepte de la magie (et une longue et laborieuse scène de bagarre) où cet épilogue où ne voit même pas être neutralisé un comparse qui menaçait nos héros d'une arme ! Un excellent suspense et un des meilleurs Hitchcock de sa période anglaise. 5/6

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Re: Margaret Lockwood (1911 - 1990)

Messagepar Profondo Rosso » 23 avr. 12, 11:53

Train de nuit pour Munich de Carol Reed (1940)

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Le 3 septembre 1939 à Prague — juste avant la déclaration de guerre —, le professeur Axel Bomasch, inventeur d'un procédé de blindage, ne voulant pas que sa trouvaille tombe aux mains de l'Allemagne nazie, parvient à s'enfuir à Londres, mais laisse derrière lui sa fille Anna, arrêtée par la Gestapo et envoyée en camp de concentration. Là, elle rencontre Karl Marsen, prisonnier comme elle. Ils parviennent à s'évader et à gagner Londres à leur tour. Par l'intermédiaire d'un agent des services secrets britanniques, Gus Bennett, la jeune femme retrouve son père, mais Karl, en réalité un officier nazi, kidnappe les Bomasch qui sont transférés à Berlin. Gus se rend alors dans la capitale du Reich, sous l'identité d'un officier allemand du Génie — il est germanophone —, pour tenter de ravir Anna et le professeur à la Gestapo et de les ramener en Angleterre...

Un Reed très mineur mais pas désagréable puisque si l'on ressent aisément ses objectifs de film de propagande la décontraction et le rythme enlevé de l'ensemble offre un bon moment. On peut même parler d'exercice Hitchcockien revendiqué puisque l'accumulation des péripéties invraisemblables rappelle grandement les extravagances que le Maître du Suspense se plaît à truffer ses intrigues. Plus précisément c'est à Une Femme disparaît que l'on pense ici puisqu'on en retrouve l'interprète principale Margaret Lockwood, le cadre du train et surtout le duo de scénaristes Sidney Gilliat et Frank Launder qui en signent une intrigue voisine où ils replacent même le duo de personnages comiques Charters et Caldicott incarné par Basil Radford et Naunton Wayne.

L'intrigue dépeint donc une course poursuite et un jeu de faux semblants entre nazis et anglais pour s'assurer les connaissances d'un savant tchèque et de sa fille. Si le début alignant les images oppressantes de la mainmise nazie progressive sur l'Europe donne dans la gravité, c'est vraiment par sa tonalité presque légère que le film surprend. D'abord par la double face de ses héros masculins, Paul Heinreid avec son allure athlétique a tout du héros en puissance avant que l'on déchante grandement à son sujet et à l'inverse Rex Harrison tout en décontraction paraît bien inoffensif en agent dissimulé en chanteur populaire. Ce relâchement de l'ensemble peut également jouer contre le film puisque tout les éléments sont là pour susciter un suspense au cordeau et que finalement la tension ne se fait guère sentir malgré quelques rebondissements bien amenés.

On se raccrochera donc au rythme enlevé (il y aurait de quoi nourrir au moins 2 ou 3 films avec ce qui se déroule ici en 90 minutes), la mise en scène élégante de Reed (qui a bénéficié de gros moyens le temps de quelques séquences spectaculaires ou de décors impressionnants comme les maquettes de l'usine tchèque, l'intérieur du QG de la Gestapo) et d'un Rex Harrison épatant en espion précieux et insouciant (pour un peu James Bond n'est pas loin dans certaines de ses attitudes). Le final spectaculaire en téléphérique fait son petit effet (malgré là encore cette mollesse et manque de tension qu'on peut déplorer) annonçant une scène proche du futur Quand les aigles attaquent et conclu de manière satisfaisante cette production peu mémorable (dans ce mélange de tension et de second degré Reed fera bien mieux plus tard notamment Notre Homme à la Havane) mais sympathique.4/6

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Re: Margaret Lockwood (1911 - 1990)

Messagepar Profondo Rosso » 23 avr. 12, 11:56

Romance d'amour (Love Story) de Leslie Arliss (1944)

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Un magnifique mélo Gainsborough qui transcende totalement un pitch à faire peur tant il semble chargé dans le larmoyant outrancier. Lissa Campbell (Margaret Lockwood), pianiste à succès décide de mettre sa carrière entre parenthèse pour participer à l'effort de guerre. Catastrophe le jour de la visite médicale où les médecins lui annoncent qu'il ne lui reste plus que quelques mois à vivre ! Partie se ressourcer dans la campagne de Cornouailles, elle tombe amoureuse de Kit Firth (Stewart Granger) jeune ingénieur qui lui aussi dissimile un terrible secret, il devient aveugle...

Leslie Arliss le prouvera encore de magistrale façon avec son mémorable film suivant The Wicked Lady, il est passé maître dans l'art d'enchaîner les rebondissements les plus rocambolesque sans sombrer dans le ridicule. C'est encore le cas ici où les évènements évoqués s'enchaînent dans la première demi-heure avant que le récit (adapté d'un roman de Drawbell) prenne un tour intimiste étonnant. Arliss fait passer toutes les énormités par la caractérisation de son couple qui rend le tout crédible et touchant. Lissa et Kit ont ainsi deux attitudes totalement différentes face au funeste destin qui les attends et qu'ils se dissimulent encore (ce double secret rappelle un peu à Hollywood le I'll be seing you de Dieterle). Pour les derniers mois qui lui reste à vivre, Lissa embrasse la vie plain-pied, bien décider à ressentir les émotions dont son existence reclus de musicienne professionnelle l'ont privées. Elle rayonne littéralement (cette magnifique scène où elle surplombe une falaise cheveux au vent) et semble plus vivante que dans les premiers instants du film où elle ne savait rien de son mal. A l'inverse, Kit se réfugie dans une vie de coureur de jupons sans attache ni responsabilité mais la rencontre de Lissa viendra bouleverser ses velléités de détachement.

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Le script exploite d'ailleurs bien l'arrière-plan de la guerre pour accentuer le drame. Ainsi Margaret Lockwood se demande longuement pourquoi Granger, jeune homme fort et vigoureux n'est pas mobilisé. Honteux de lui avouer ses raisons, il feint l'égoïsme et finit par la faire douter de son courage et fait vaciller leur relation. Stewart Granger d'habitude si viril et imposant exprime ici une subtile vulnérabilité alors qu'à l'inverse la frêle Margaret Lockwood est d'une constante vigueur et saura remotiver son compagnon. A cela s'ajoute un triangle amoureux avec l'amie d'enfance de Granger jouée par Patricia Roc. Sa performance est encore meilleure que celle plus connue de The Wicked Lady où elle étoffe déjà considérablement un rôle potentiellement ingrat. Moins affectée par les malheurs que ces partenaires, elle compose peut être le personnage le plus tragique du film par ses tourments bien plus ordinaires. Confrontée à de terribles dilemmes (laisser Kit devenir aveugle pour l'avoir rien qu'à elle), elle voit impuissante (beau moment symbolique lors des adieux à la guerre où elle est en retrait du couple qui ne se quitte pas des yeux) l'homme qu'elle depuis toujours s'attacher à une autre.

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Leslie Arliss impose un rythme lent où chaque moment partagé par le couple se doit d'être vécus comme s'il était le dernier à travers de belles séquences romantiques rurales où les paysages de Cornouailles sont magnifiés (la balade en barque dans la crique, le théâtre en plein air face à la mer) par le lyrisme de la mise en scène. L'alchimie entre Stewart Granger et Margaret Lockwood fait merveille et la nature hors-normes de leurs personnages (on peut faire un rapprochement avec Le Secret Magnifique de Sirk et ses héros plus grands que nature également) se voit équilibrée par une tout aussi touchante Patricia Roc et aussi Tom Walls en mentor bienveillant. Très beau film auquel on peut juste reprocher un épilogue à rallonge qui n'ose pas la grande tragédie finale attendue. Jusqu'au bout, le film esquive les clichés qui le guettent pour un étonnant happy-end en pointillé... 4,5/6

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Re: Margaret Lockwood (1911 - 1990)

Messagepar Profondo Rosso » 23 avr. 12, 11:59

The Wicked Lady de Leslie Arliss (1945)

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Barbara Worth, beauté du XVIIe siècle, entame sa carrière criminelle en volant le mari de sa meilleure amie, laquelle vient juste de convoler…

The Wicked Lady est une des plus fameuses productions du studio Gainsborough et un des grands succès du cinéma anglais des années 40. Cette popularité s’avère tout à fait fascinante à la vision d’un spectacle délicieusement amoral. Le film s’ouvre sur les amours courtois entre les fiancés Caroline (Patricia Roc) et Sir Ralph Skelton (Griffith Johns) effectuant une balade à cheval en campagne tout en échangeant des mots doux. Cette tonalité douce et timorée se voit en un instant balayé avec l’entrée en scène de Barbara (Margaret Lockwood) meilleure amie de la future mariée et ambitieuse sans scrupule rêvant de la grande vie. Le film adapte le roman The Life and Death of the Wicked Lady Skelton de Magdalen King-Hall qui s'inspirait elle-même des moeurs dissolues de Lady Katherine Ferrers qui fit scandale dans l'Angleterre du XVIIe siècle. Sur ces bases réalistes le film ne se refusera aucune surenchère.Ainsi vingt minutes ne se sont pas écoulées que la belle a déjà séduit et épousée le fiancé de son amie (qui humiliation suprême est réduite à demoiselle d’honneur de son mariage annoncé) et trouvé le moyen le moyen de tomber follement amoureuse d’un autre durant les festivités des noces ! Seulement la vie rurale morne au côté d’un homme qu’elle méprise ne lui sied guère et en tentant de récupérer un diamant perdu au jeu elle embrasse la carrière criminelle où elle va croiser la route du bandit de grand chemin Jerry Jackson.

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Il y a déjà matière à trois films avec cet aperçu qui occupe à peine un tiers de l’histoire. Le récit enchaîne sans discontinuer les rebondissements rocambolesques jusqu’à l’excès. Cette frénésie est dictée par la vénéneuse héroïne incarnée par une Margaret Lockwood étincelante de perversion. Guidée par ses seuls désirs, elle éliminera tous les obstacles à son plaisir et ses ambitions sans le moindre remords et par les moyens les plus vils : vol, duperie, assassinat… Le script noie toute tentative de l’humaniser quelque peu tel ce moment où elle commet son premier meurtre par maladresse lors d’un vol et que dès la séquence suivante elle se réjouit de découvrir que sa prime de capture est plus élevé que celle de James Mason. Ce dernier s’en donne à cœur joie également en voleur à la gouaille irrésistible et porté sur les jolies femmes et les échanges avec Margaret Lockwood sont un festival de sous-entendus sexuels, sans parler des nombreuses situations équivoques. De plus Les décolletés vertigineux des deux personnages féminins vaudront (en plus du reste) les coups de ciseaux de la censure américaine lors la sortie du film outre atlantique.

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On comprend totalement le succès du film, divertissant et jubilatoire de bout en bout par son sens de l’excès. Cette Barbara si peu fréquentable (à faire passer l’Ambre de Kathleen Windsor pour un parangon de vertu) s’avère finalement aussi attachante que fascinante dans sa manière de suivre ses envies sans se soucier des conséquences et la délectation de Margaret Lockwood à interpréter un tel personnage est contagieuse. Tout aussi avenante, Patricia Roc évite de tomber dans la niaiserie pour contrebalancer l’âme noire de sa rivale et maintient également pour la douce Caroline, ce que ne parviennent pas à faire les autres figures masculines (à se demander comment Barbara peut préférer le fade Michael Rennie à Mason) écrasées par le charisme de James Mason. Leslie Arliss mène là un récit alerte et trépidant orné par le luxe et le soin habituel des productions Gainsborough. Un vrai plaisir coupable, scandaleux et charmant. Apparemment, il existerait un remake réputé assez piteux avec Faye Dunaway réalisé par Michael Winner en 1983... 5/6

Highly Dangerous de Roy Ward Baker (1950)

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Un film d'espionnage aussi fantaisiste qu'efficace que ce Highly Dangerous . Margaret Lockwood est ici une entomologiste que les services secrets britanniques envoient dans un pays de l'est pour étudier les insectes d'un laboratoire local soupçonnés d'être modifié génétiquement pour une attaque biologique. A partir de ce pitch nous sommes partis pour 85 minutes trépidantes, inventives et bourrées de rebondissements inventifs. Au départ avec cette scientifique sérieuse on a le sentiment que Margaret Lockwood délaisse les rôles piquant qui ont fait sa renommée mais quelques indices laissent poindre que ce ne sera pas tout à fait le cas. Elle refuse la mission qui lui est proposée dans un premier temps mais le script révèle les lubies de cette femme rangée lorsqu'on nous la montre surexcitée au volant par un serial radio d'espionnage qu'elle écoute pour le narrer à son neveu avec moult détails.

On ne s'embarrasse pas trop de réalisme (pas de formation au terrain, un rapide briefing et elle est dans l'avion) et on se trouve déjà dans cette république totalitaire hostile. Roy Ward Baker instaure d'emblée une atmosphère oppressante notamment lors de l'arrivée de Margaret Lockwood (dont le jeu anxieux fait merveille) à la gare où la photo de Reginald H. Wyer joue superbement sur les ombres pour y rendre la moindre silhouette menaçante. Autre atout de taille, Marius Goring grimé et bien vieilli qui campe un mémorable méchant avec ce chef de police à la bonhomie de façade et assez redoutable et perspicace. Le début voit le piège se refermer sur Margaret Lockwood dont le contact est rapidement tué et qui se retrouve aux mains de la police locale. On aura droit à une éprouvante scène d'interrogatoire (ou le montage percutant d'Alfred Roome fait merveille pour traduire la confusion de l'héroïne) avant qu'un étonnant rebondissement nous emmène dans une direction inattendue. Soumise à un sérum de vérité, Margaret Lockwood pour ne rien révéler se réfugie dans son inconscient et fusionne sa personnalité avec celle du héros radio qu'elle écoutait au début (ce qui est annoncé subtilement précédemment lorsqu'elle choisit Frances "Conway" comme couverture soit le même nom que le personnage radio). Stupéfaction alors notre frêle et fragile héroïne se métamorphose pendant près d'une demi-heure en quasi barbouze totalement casse-cou laissant son seul allié le journaliste Bill Casey (Dane Clarke) complètement dépassé.

Totalement fantaisiste sur le papier, l'argument fonctionne parfaitement à l'image grâce à l'efficacité et au rythme soutenu qu'instaure Baker ne nous laissant pas réfléchir à l'improbabilité de la chose. Margaret Lockwood est excellente pour exprimer ce basculement passant de la fébrilité apeurée à la détermination sans faille et comiquement on a parfois l'impression que c'est Dane Clarke qui remplit le cliché de figure "féminine" peinant à suivre le héros énergique (même si les choses rentrent un peu plus dans l'ordre sur la toute fin). Le suspense est redoutable et les péripéties variées notamment une traque finale en forêt des plus palpitante et une fuite finale des plus fine. On sentait déjà le savoir-faire de Roy Ward Baker dont c'est un des premiers films et qui serait un touche à tous des plus doué du cinéma britannique notamment au sein de la Hammer. Excellent et très enlevé divertissement en tout cas. 4,5/6

Et c'est tout pour l'instant à vous !

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Re: Margaret Lockwood (1911-1990)

Messagepar feb » 23 avr. 12, 12:08

:oops: :shock: J'ai bien fait de le prendre ce coffret UK.
Il y a une suite Profondo ? :mrgreen:
ed a écrit :Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)

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Re: Margaret Lockwood (1911-1990)

Messagepar Profondo Rosso » 23 avr. 12, 12:16

feb a écrit ::oops: :shock: J'ai bien fait de le prendre ce coffret UK.
Il y a une suite Profondo ? :mrgreen:


Merci qui pour la tentation ? :mrgreen: En tout cas tu devrais bien jubiler devant The Wicked Lady et avoir l'oeil tout humide avec Love Story. Le reste du coffret a l'air prometteur aussi ! La suite bientôt oui :mrgreen:

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Re: Margaret Lockwood (1911-1990)

Messagepar feb » 23 avr. 12, 15:27

Profondo Rosso a écrit :Merci qui pour la tentation ? :mrgreen: En tout cas tu devrais bien jubiler devant The Wicked Lady et avoir l'oeil tout humide avec Love Story. Le reste du coffret a l'air prometteur aussi !

Merci Msieur :wink: C'est vrai qu'en jetant un oeil à tes captures de The Wicked Lady, je m'en frise les moustaches :mrgreen:
La suite bientôt oui :mrgreen:

Et la critique de The Women c'est pour quand ?...le mec pas relou qui en veut toujours plus :mrgreen:
ed a écrit :Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)

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Re: Margaret Lockwood (1911-1990)

Messagepar Profondo Rosso » 23 avr. 12, 18:04

Ca arrive bientôt The Women en tout cas il est dans la pile infernale "à voir" J'ai la pression pour les captures c'est ça ? :mrgreen:

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Re: Margaret Lockwood (1911-1990)

Messagepar feb » 23 avr. 12, 18:49

Profondo Rosso a écrit :J'ai la pression pour les captures c'est ça ? :mrgreen:

Un peu oui :mrgreen: ...Joan Crawford, Norma Shearer, Joan Fontaine et Paulette Godard :fiou:
ed a écrit :Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)

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Re: Margaret Lockwood (1911-1990)

Messagepar Watkinssien » 25 avr. 12, 17:11

J'aime assez cette actrice... Son meilleur rôle reste néanmoins son plus connu, celui du superbe The Lady vanishes...
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Mother, I miss you :(

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Re: Margaret Lockwood (1916-1990)

Messagepar Profondo Rosso » 26 avr. 12, 02:11

Bank Holiday de Carol Reed (1938)

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Une jeune nurse qui s'évade pour un week-end avec un son amant. Sa patiente délaissée mourant en accouchant, la jeune femme sera bouleversée par le désarroi du mari.

Sorti la même année que Lady Vanishes, Bank Holiday contribue avec le film de Hitchcock à asseoir la notoriété de celle qui sera la plus grande star anglaise de la décennie suivante, Margaret Lockwood. A la mise en scène on trouve un tout jeune Carol Reed (32 ans à l'époque) qui se situe ici aux antipodes des thrillers qui feront plus tard sa réputation. Le film est en effet un curieux mélange de mélodrame et de comédie, de gravité et de légèreté. Le Bank Holiday en titre désigne la tradition des quatre jours fériés en Angleterre (à l'époque du film en tout cas aujourd'hui ils sont plus nombreux) et le film s'ouvre sur l'imminence de l'un d'entre eux (le 1er mai on suppose vu l'ambiance estivale) à travers différente saynètes comiques en ouverture où les ouvriers jettent soudain leur pelles au loin, les secrétaires tapent frénétiquement à la machine en surveillant l'horloge ou encore les maçon abandonne sac de ciment dès que la cloche retentit...

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L'intrigue adopte ainsi un ton contrasté en voguant d'un groupe à l'autre de personnages au destin léger ou dramatique, de leur départ de Londres en train jusqu'à leur séjour au bord de la mer. Pour les plus anodins mais amusant on a un deux jeunes écervelées qui vont participer à un concours de beauté (René Ray et Merle Tottenham délicieusement jolies et superficielles) ou encore une mère de famille (très attachante Kathleen Harrison) qui a bien du mal à gérer sa marmaille turbulente puisque son rustre de mari goute aux divers plaisir locaux plutôt que de l'aider.

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La facette dramatique sera évidemment la plus intéressante. On y voit Margaret Lockwood, jeune infirmière assister impuissante à la morte d'une patiente en couche. Touchée par la détresse de l'époux (John Lodge), elle le quitte la mort dans l'âme et il ne quittera plus ses pensées durant son weekend de vacances. Loin des rôles de garces magnifique à venir de The Wicked Lady ou The Man in Grey, Margaret Lockwood est ici très touchante en infirmière compatissante et amoureuse. Reed amène avec brio les sentiments naissant de cette jeune femme pour cet homme anxieux puis accablé par la perte de son épouse. Le dialogue entre eux avant le drame noue superbement le lien en captant l'étincelle dans le regard d'une Margaret Lockwood surprise d'être si troublée et John Lodge est l'homme idéal et passionné incarné avec sa prestation tout en fragilité. C'est par leur relation que le film trouve tout son intérêt.

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En vacances avec son pressant et immature petit ami (Hugh Williams sorte de sosie de Kyle MacLachlan) elle ne songe qu'à cette homme qu'elle a laissé à Londres seul en détresse tout comme ce dernier se partage entre mélancolie et pensée pour celle qui sut si bien le réconforter de à sa perte. Carol Reed use de belles idées visuelles pour tisser ce lien fragile. Parmi les plus beaux on retiendra ce fondu au noir où le regard de Margaret Lockwood se perd dans les eaux de la Manche pour remonter les eaux de la Tamise dans la scène suivante et capturer le visage tout aussi abattu de John Lodge, illustrant magnifiquement leur pensée commune l'un pour l'autre. Il y a aussi les déambulations de John Lodge dans un Londres vidé de sa population le renvoyant à sa solitude, les souvenirs affluant en flashback refaisant apparaître les mêmes rues grouillantes d'une vie symbolisée par sa compagne encore à ses côtés.

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Le film aurait vraiment dû s'axer essentiellement sur cette facette dramatique et approfondir. Les apartés comiques sur les autres personnages sans être raté font au mieux sourire mais on attend constamment de revenir à Margaret Lockwood et John Lodge malgré les interactions que le script tente entre les personnages secondaires. Du coup c'est assez inégal avec pas mal de péripéties inutiles et une fin un peu expédiée alors qu'il y avait mieux à faire. Cependant le beau spleen qui souffle sur le film retient vraiment l'attention grâce à la maîtrise de Carol Reed et Margaret Lockwood irradie l'écran de sa jeunesse, de sa beauté et fragilité. Un joli moment tout de même malgré les défauts.4/6

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Re: Margaret Lockwood (1916-1990)

Messagepar Profondo Rosso » 10 mai 12, 01:51

Give us the moon de Val Guest (1944)

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Pour ce qui est seulement son troisième film, Val Guest réalise avec Give us the moon un objet à l'opposé de ce qui fera sa renommée future au sein de la Hammer avec la notamment cultissime série des Quatermass. Ici on est plutôt dans la tentative de screwball comedy à l'anglaise adapté par Val Guest du roman The Elephant is White de Carl brahms et S.J. Simon. Quelques années après la fin de la guerre, l'Angleterre et plus particulièrement Londres sont en ébullition avec une activité économique en pleine reprise et le plein emploi pour tous. Tous ? Pas tout à fait puisque Peter Pyke (Peter Graves aucun lien avec le futur héros de Mission: Impossible) ancien héros de guerre et fils d'un riche propriétaire hôtelier ne fait rien et mène fièrement une existence oisive au grand désespoir de son père. Alors qu'il reçoit pour la énième les reproches de ce dernier, Peter reçoit une mystérieuse invitation d’une princesse russe désirant le rencontrer dans un restaurant obscur. Cela dissimule en fait un stratagème des propriétaires pour attirer la clientèle masculine et les faire passer la soirée sur place à consommer dans l'attente de ladite princesse. Ayant deviné l'astuce Peter fait la connaissance de ses auteurs, les "Eléphants", joyeuse troupe d'émigrants russe sans le sous qui vivote ainsi d'arnaque en tout genre. On y trouve un joyeux gouailleur qui sollicite financièrement les passant l'ayant "sauvé" du suicide, un écrivain amateur de femme mariées banlieusarde et surtout la délicieuse Nina (Margaret Lockwood), un peu voleuse et mythomane sur les bords. Peter trouve enfin ses égal en fainéantise et décide d'intégrer la communauté des éléphants mais c'est compter sans son père qui lui confie la gestion d'un de ses nouveaux hôtel.

Voilà un pitch des plus prometteurs mais malheureusement le scénario est assez inconsistant. Peu ou pas de progression dramatique malgré des enjeux bien posés (Peter va-t-il grandir et intégrer le monde du travail ?) et les personnages n'ont guère évolués le générique de fin venus. Cet écueil est rattrapé par le sérieux grain de folie qui contamine l'ensemble. Les personnages sont plus loufoques les uns que les autres à commencer par une Margaret Lockwood irrésistible avec son accent russe outrancier, son débit mitraillette et un festival de minauderies destinées à piéger le gogo. On retiendra également Vic Oliver en aristocrate sans le sous et au verbe haut perché, Roland Culver "l'écrivain" raté qui passe l'essentiel du film affalé dans un fauteuil et Frank Cellier qui en fait également des tonnes en papa soupe au lait. Peter Graves jeune premier insouciant et souriant est fort à son avantage aussi. Les scènes déjantées s'enchaînent donc sans temps mort et on retiendra plus particulièrement l'arnaque d'ouverture dans le restaurant ou encore un duel au petit matin où chacun des deux adversaires semblent fuir le combat (et surtout la veillée d'armes ou "les amis" se partagent les biens du futur duelliste). Malgré l'aspect un peu sans queue ni tête on rit donc beaucoup et le film se réserve néanmoins un atout qui le rend important. Val Guest aura repéré avant le tournage une jeune adolescente à un cours de danse qu'il décide d'engager sur Give us the moon. L'heureuse élue se nomme Jean Simmons et illumine déjà l'écran pour cette première apparition. Elle incarne la petite teigne Heidi qui jure comme un charretier, fume et est rétive à toute autorité. Elle offrira ainsi un des moments les plus drôles du film en mettant sens dessus dessous un pensionnat chic où elle a été admise et s'avère même plutôt touchante vers la fin lorsqu'elle s'étonnera d'apprécier les vertus du travail. Rien que pour ses charmants premiers pas (son premier grand rôle dans Les Grandes Espérance de David Lean arrive deux ans plus tard) le film quand même assez oubliable vaut le coup d'œil. 3,5/6

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Re: Margaret Lockwood (1916-1990)

Messagepar Profondo Rosso » 18 oct. 12, 14:02

The Man in Grey de Leslie Arliss (1943)

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En 1943, une jeune femme faisant partie de la marine britannique et un pilote de la R.A.F. font connaissance lors de la vente des biens de la famille Rohan, dont le dernier membre mâle vient de trouver la mort à Dunkerque. Après que le pilote a tenu des propos calomnieux sur ladite famille, la jeune femme lui révèle que le dernier des Rohan était en fait son frère…

Retour dans l'Angleterre de 1830 : la riche et fragile Clarissa Richmond et son amie d'enfance, Esther Shaw, issue d'un milieu pauvre, se séparent lorsque cette dernière décide de suivre un jeune officier. Clarisse, pour sa part, épouse un dandy libertin, le marquis de Rohan. Quelques années s'écoulent. Clarisse retrouve son amie, devenue actrice, et s'éprend discrètement de son partenaire, Peter Rokeby...


The Man in Grey est une œuvre importante pour le cinéma anglais des années 40. Le film lance la vague des grands mélodrames Gainsborough qui rencontreront un succès considérable durant ces années-là avec leur cocktail de raffinement, romanesque et provocations. De plus le film réunit un casting emblématique où on trouve ici toute les futures stars du genre et pour certaines du cinéma anglais des années à venir. Margaret Lockwood était déjà une vedette établie grâce aux succès de sa doublette à suspense Une femme disparaît/Train de nuit pour Munich signé Hitchcock et Carol Reed mais c'est réellement avec ce Man in Grey qu'elle se forge une identité auprès des spectateurs anglais avec ce rôle de garce séductrice qu'elle amplifiera encore avec le plus audacieux encore The Wicked Lady. James Mason est un peu dans la même situation, acteur déjà installé c'est avec ses rôles de méchants ténébreux à la Gainsborough qu'il deviendra la star la plus populaire d'Angleterre même si lassé de ces emplois limités il ira poursuivre sa carrière aux Etats-Unis à la fin de la décennie. De même Stewart Granger trouve là son premier grand rôle en jeune premier romantique fougueux et aussi Phyllis Calvert en femme victime fragile. Ces quatre-là se croiseront plus d'une fois dans les succès à venir du studio : Phyllis Calvert à nouveau tourmentée par James Mason dans Fanny by Gaslight, Margaret Lockwood et Mason couple vénéneux dans The Wicked Lady, Phyllis Calvert séduite par un Stewart Granger retors dans Madonna of the Seven Moons, Granger et Lockwood en couple poignant dans Love Story. The Man in Grey n'est pas le meilleur mélo produit par la Gainsborough mais il en pose toute les bases, autant par les archétypes des rôles composés par ses acteurs donc, mais aussi par son intrigue (notamment la source littéraire commune que sont les romans de Eleanor Smith adaptée ici ou plus tard pour Caravan) calquée en partie plus tard pour The Wicked Lady ou la réminiscence de certaines scène avec là un Leslie Arliss qui filme presque à l'identique la première apparition nocturne de Stewart Granger et plus tard celle de James Mason dans The Wicked Lady.

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L'histoire narre les destins liés de deux amies, Esther (Margaret Lockwood) et Clarissa (Phyllis Calvert). Depuis l'enfance leur nature profonde et leur différence sociale les différencie. Issue d'un milieu pauvre, Esther pour combler ce complexe face à ses camarades adopte une attitude distante et renfermée tandis que l'aisée Clarissa est ouverte et avenante envers tous. Ambitieuse et égoïste, Esther voit ses mauvais penchants atténués par la bonté de Clarissa mais une diseuse de bonne aventure leur prédit une opposition fatale dans le futur si elles poursuivent cette amitié. On les retrouve quelques années plus tard, Clarissa mal mariée au ténébreux Rohan (James Mason) qui ne l'aime pas et souhait juste qu'elle lui donne un héritier et Esther végétant comme actrice dans un théâtre miteux. Clarissa prend une nouvelle fois son amie sous son aile sans se douter du drame à venir. Rohan perce Esther à jour et ayant reconnu une volonté et une âme noire semblable à la sienne en fait sa maîtresse tandis que Clarissa va tomber sous le charme d'un saltimbanque partenaire d'Esther, Rokeby (Stewart Granger).

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Leslie Arliss développe déjà ici son brio narratif avec cette capacité à rendre limpide une intrigue très dense, en enchaîner les rebondissements rocambolesque sans perdre le spectateur et à alterner les ambiances avec une aisance parfaite. Après une première partie d'enfance posant idéalement le caractère de chacune des héroïnes on bascule donc dans un enchevêtrement romanesque des plus prenants avec ses enjeux impossible à résoudre. Les scènes romantiques chatoyantes entre Phyllis Calvert et Stewart Granger alternent donc avec les étreintes plus torrides de Margaret Lockwood et James Mason mais les codes de ce monde aristocratique empêchent les couples de s'intervertir officiellement sous peine de scandale. Dès lors des solutions plus radicales s'imposent, surtout pour le personnage de Margaret Lockwood prête à toute les bassesses pour prendre sa revanche sur ses origines.

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L'interprétation est pour beaucoup dans l'attrait du film. Margaret Lockwood campe un personnage à la dualité plus prononcée que dans The Wicked Lady (où elle était totalement malfaisante), constamment partagée entre sa réelle amitié pour Clarissa et ses rêves de grandeur, avec en point d'orgue une fabuleuse scène où elle a l'occasion de tuer pour de bon sa rivale mais semble prise de remords au dernier moment. James Mason captive par son seul talent ce qui aurait pu être un grotesque rôle de châtelain sadique et est ici extraordinaire par ses moues dédaigneuses (la première rencontre avec Clarissa sommet de mépris) et la perversité constante qui se dégage de ses regards. Stewart Granger fait preuve d'un beau panache en amoureux fougueux (la bagarre avec Mason excellente) mais son personnage disparait un poil trop tôt. Phyllis Calvert peut parfois être agaçante quand elle se laisse trop aller dans ses élans pleurnichards (ce qui gâchait grandement Fanny by Gaslight) mais trouve ici le ton juste avec cette héroïne passionnée et fragile.

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Le film traîne parfois en longueur mais la beauté plastique de l'ensemble happe de bout en bout avec ses intérieurs somptueux, la splendide photo de Arthur Crabtree (futur réalisateur de la firme) et les costumes recherché où pointent les écarts sexy à venir avec les décolletés vertigineux l'oie blanche Clarissa, les chemises de nuits semi transparentes de la provocante Esther et un James "Man in Grey" Mason qui a fière allure dans ses redingotes collées au corps. Les élans de cruauté et de sadisme sont inédits pour l'époque, on retiendra particulièrement la terrible trahison de Margaret Lockwood et surtout le sévère châtiment que lui réservera un James Mason au regard fou. Les flashbacks au présent tentent d'amener un peu de candeur à l'ensemble en réunissant à l'ère moderne le coule brisé dans le passé mais c'est surtout cette profonde noirceur et cette provocation qui marqueront les spectateurs anglais qui feront un triomphe au film, incitant Gainsborough à poursuivre dans cette veine. Ce sera fait avec The Wicked Lady, bien plus audacieux encore et réunissant quasiment la même équipe gagnante. The Man in Grey constitue cependant une belle entrée en matière pour s'initier à l'art encore imparfait de Gainsborough. 4,5/6

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Re: Margaret Lockwood (1916-1990)

Messagepar Profondo Rosso » 7 nov. 13, 01:59

L'Affaire Manderson d’Herbert Wilcox (1952)

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Un journaliste enquête sur la mort mystérieuse d'un homme d'affaires de renom.

Trent's Last Case est un whodunit assez astucieux dont l'intrigue adaptée d'un roman de E. C. Bentley connu une première version à Hollywood en 1929 et réalisée par Howard Hawks dont ce fut l'un des premiers films. Au petit matin, un cadavre un découvert dans le jardin d'une luxueuse demeure. Il s'agit de du richissime homme d'affaire Sigsbee Manderson et la nouvelle fait bientôt le tour du monde tant cette mort semble entourée de mystère. Le journaliste Phillip Trent (Michael Wilding) est dépêché pour mener l'enquête et bien que le jugement opte pour un suicide les soupçons du héros vont bientôt se porter sur la veuve du défunt (Margaret Lockwood) et son secrétaire John Marlowe (John McCallum) soupçonnés d'être amants. D'autres indices sèment le trouble dans option du suicide comme l'arme du crime retrouvé dans la main droite du mort qui était pourtant gaucher.

La première partie où Trent sonde et interroge tous ses suspects est un peu longuette car trop bavarde et sans mystère, Michael Wilding supposé mener la danse manquant singulièrement de présence face aux très charismatique suspects incarnés par Margaret Lockwood et John McCallum. Margaret Lockwood incarne ici un personnage trop innocent pour être honnête et le passif filmique de la star suffit à semer le doute malgré ses airs angéliques et McCallum séduisant et suave affiche une belle présente. On s'ennuie un peu et pense voir venir l'issue quand une remarquable seconde partie nous prend réellement de cours par ses rebondissements. Acculés, les deux suspects racontent les évènements ayant menés au drame initial la narration en flashback permettant enfin de donner un visage à Manderson et quel visage puisqu'il s'agit d'Orson Welles. La star en 15 minutes de présence vampirise littéralement le film, Herbert Wilcox théâtralisant largement son introduction qui se fait d'abord par sa voix de stentor alors qu’il place face à lui sa femme et son secrétaire qu'il soupçonne. Une fois à l'image, sa présence monstrueuse s'impose littéralement aux autres protagonistes pour qui sa démence ne fait aucun doute. On va ainsi assister à une terrible machination de la part de cet homme jaloux mais les circonstances et la fatalité vont venir entraver la tournure criminelle de l'ensemble. Difficile d'en dire plus sans déflorer la surprise mais c'est tout à fait étonnant, le final virant même presque au pastiche et à la plaisanterie. Très inégal mais pas déplaisant et du coup curieux de voir la version de Hawks qui se délecterait potentiellement d'une trame pareille. 4/6