Le cinéma naphta coréen

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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bruce randylan
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Re: Le cinéma naphta coréen

Messagepar bruce randylan » 21 août 15, 08:19

Abdul Alhazred a écrit :le coffret Yoo Hyeon-Mok du Korean Film Archive

Abdul Alhazred a écrit :Je continue avec le coffret Kim Soo-Yong du Korean Film Archive.

Tiens, c'est amusant, ce sont justement les deux coffrets que j'ai demandé à ma copine (coréene) de ramener lors de son dernier voyage.
nobody smith a écrit :Holiday de Lee Man-hee constitue une découverte tout à fait épatante.

Oui, excellent film en effet et sans aucune doute l'un des grandes réussites de Lee Man-hee à qui la cinémathèque avait concocté une rétrospective avec une douzaine de films
viewtopic.php?f=2&t=31403&p=1958452#p1958452


Un peu moins noble mais j'ai découvert cette semaine (et en 35 mm 8) )
Les dents du dragon aka Les Incorruptibles du Kung Fu aka The black leopard (Kim Si-Hyeon - 1974 ; sorti en 1977 chez nous).

Il s'agit d'un pur film d'exploitation façon arts-martiaux où les japonais font croire à un chinois que des résistants coréens ont assassinés son père dans le but de les aider à détruire ces rebelles. Il va sans dire que ce sont les envahisseurs les véritables responsables de la mort de son paternel. Mais un justicier masqué tente de rétablir l'ordre.

L'histoire est pour le moins brouillonne avec des personnages flous dont on a du mal à vraiment définir les nationnalités et donc les motivations d'autant que dans la VF d'époque, les résistants semblent faire parti d'une troupe de cirque :idea:
On imagine d'ailleurs que cette version française prend certaines libertés puisque plusieurs péripéties sont à la limite de la compréhension (dont l'histoire de l'enfant kidnappé, sous intrigue d'ailleurs jamais résolu).
A part ça, et malgré un scénario qui aurait pu donné quelque chose d'intéressant avec un meilleur traitement, on reste dans le kunf-fu/taekwondo basique pour un film qui se situe dans la moyenne basse du genre. Non seulement les chorégraphies sont médiocres (même pour l'époque) mais c'est surtout le héros qui pose problème puisque ce dernier est totalement dénué de charisme, en plus d'être un piètre artiste martial (au moins ça donne une séquence totalement kitsch avec un rêve romantique qui ressemble à du sous Chu Yuan façon Royal Canin). Heureusement Whang In-Shik, qui joue le chinois en quête de vengeance, vient redresser la barre de temps en temps avec un bon jeu de jambe, une souplesse plus convaincante et une rapidité pleine de puissance (on le retrouve au générique de la fureur du dragon ou Dragon Lord de Jackie Chan).
Quant au héros masqué (appelé "le chat noir"), ça arrive comme un cheveu dans la soupe et ça embrouille encore plus l'intrigue déjà bien emberlificoté. On s'est même demandé si ce n'était pas une production "deux en un". :mrgreen:

Par contre, il nous a fallut plus de temps pour retrouver le vrai titre du film que pour le regarder en entier !
En effet, le très court générique français est totalement à l'ouest créditant à la réalisation Doo Kwang Gee (Tu Guangqi sous son vrai nom), le cinéaste de Crush, détourné par René Vienet pour La dialectique peut-elle casser des briques? . Même chose pour les acteurs ! Et sur l'affiche française d'époque, on voyait même Shintaro Katsu :lol:
Image
Par chance, sur le site de Première (seul site évoquant le titre français et possédant lui aussi de nombreuses erreurs), on a trouvé mention de Whang In-Shik et en épluchant sa filmographie patiemment, on a fini par tomber sur ce Black Leopard qui pouvait correspondre au "chat noir" et bingo ! :D

Voilà, vous pouvez nous remercier pour ce travail d'exhumation :D
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Re: Le cinéma naphta coréen

Messagepar nobody smith » 31 août 15, 12:24

Tourné quelques années après la libération de la Corée, A Hometown In Heart échappe au statut "œuvre à pure valeur historique" dans lequel demeuraient Sweet Dream et Hurrah For Freedom. Il s’agit là au contraire d’un très beau petit film. L’histoire se concentre sur un enfant abandonné par sa mère aux moines d’un temple perché dans les montagnes. Malgré les années, l’enfant nourrit l’espoir que sa mère lui rende visite un jour. Il finit par projeter l’image de sa mère sur une jeune veuve venu en pèlerinage. La femme s’amourache du garçon et demande à l’adopter. Bien sûr, c’est précisément à ce moment que la vraie mère débarque. Etonnamment, si le mélodrame semble fonctionner sur une certaine cruauté, il y a surtout une tendresse qui transpire du long-métrage. Aucun personnage n’agit vraiment mal. Ils ont beau mentir et prendre parfois des décisions dures, leur conduite est toujours dicté par une volonté de ménager l’enfant et d’agir dans son intérêt. Ce qui amène logiquement à une conclusion où l’enfant (brillamment interprété, ce qui décuple l’attachement envers lui) finit par prendre ses propres décisions dans une fin très belle visuellement. Le film est d’ailleurs très joliment photographié, filmant avec simplicité toute la beauté de l’environnement. Une des qualités du long-métrage est ainsi d’éviter les excès. Sa justesse découle également de la description de ce lieu loin du tumulte de la ville où l’action avance par le biais des petits gestes du quotidien. Il se dégage de tout ceci un charme auquel il est difficile de ne pas succomber.
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Re: Le cinéma naphta coréen

Messagepar cinephage » 31 août 15, 12:51

nobody smith a écrit :
Tourné quelques années après la libération de la Corée, A Hometown In Heart échappe au statut "œuvre à pure valeur historique" dans lequel demeuraient Sweet Dream et Hurrah For Freedom. Il s’agit là au contraire d’un très beau petit film. L’histoire se concentre sur un enfant abandonné par sa mère aux moines d’un temple perché dans les montagnes. Malgré les années, l’enfant nourrit l’espoir que sa mère lui rende visite un jour. Il finit par projeter l’image de sa mère sur une jeune veuve venu en pèlerinage. La femme s’amourache du garçon et demande à l’adopter. Bien sûr, c’est précisément à ce moment que la vraie mère débarque. Etonnamment, si le mélodrame semble fonctionner sur une certaine cruauté, il y a surtout une tendresse qui transpire du long-métrage. Aucun personnage n’agit vraiment mal. Ils ont beau mentir et prendre parfois des décisions dures, leur conduite est toujours dicté par une volonté de ménager l’enfant et d’agir dans son intérêt. Ce qui amène logiquement à une conclusion où l’enfant (brillamment interprété, ce qui décuple l’attachement envers lui) finit par prendre ses propres décisions dans une fin très belle visuellement. Le film est d’ailleurs très joliment photographié, filmant avec simplicité toute la beauté de l’environnement. Une des qualités du long-métrage est ainsi d’éviter les excès. Sa justesse découle également de la description de ce lieu loin du tumulte de la ville où l’action avance par le biais des petits gestes du quotidien. Il se dégage de tout ceci un charme auquel il est difficile de ne pas succomber.


Je garde un très bon souvenir de ce mélodrame doux-amer, que j'avais trouvé remarquablement filmé et assez modéré dans ses enjeux et dans la réaction de ses personnages. La gestion du cadre naturel parvenait à donner à l'ensemble un ton apaisé qui m'avait vraiment séduit.
Obviously the world is not a wish-granting factory (The fault in our stars, Josh Boone, 2014)
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Re: Le cinéma naphta coréen

Messagepar bruce randylan » 19 sept. 15, 00:06

Au forum des Images en ce moment, un cycle de 2 mois sur le cinéma Coréen au travers de sa capitale Séoul.

Les fleurs de l'enfer (Shin Sang-ok - 1958)

Dans le Séoul de l'après-guerre, un jeune homme venu de la campagne est à la recherche de son grand frère. Il le retrouve à la tête d'un gang pillant les réserves de l'armée américaine et gérant un réseau de prostituée.

4ème film que je découvre du cinéaste et il confirme que Shin Sang-ok est un des meilleurs cinéastes du pays même si aucun titres ne peut mériter le rang de Chef d'oeuvre. Celà dit celui-ci possède une réelle importance historique puisqu'il fut le premier à sortir des studios pour une peinture sociale forcément inspirée du néo-réalisme : tournage en pleine rue sans autorisation, plan volés de vrais prostituées racolant des GI's, pratiquement aucune musique extradiégétique, une volonté de donner une image réaliste et cru de la ville entre bidon-ville, marché noire et "pute d'amerloques" comme se décrit un personnage féminin !

C'est assez réussi de ce point de vue là et Shin délaisse le cœur (économique) de Séoul pour se recentrer sur les déserts périphériques avec ses cabanons sordides et ses terrains vagues. La première demi-heure est vraiment d'un bon niveau avec un style dépouillé et sans artifice.
Mais le néo-réalisme (et les films progressistes japonais fin 40's ; début 50's) n'est pas la seule influence du cinéaste qui emprunte aussi aux mélodrames et aux films noirs US (pour ne pas dire le western). La partie mélodramatique est assez banale avec sa rivalité entre les deux frères causée par la copine du premier qui séduit le second. Malgré un très beau flash-back qui passe du présent au passé dans le même plan, ça manque d'originalité tout en dévoilant les faiblesses de la mise en scène (maquillage grossier, bruitage maladroit, approximation dans le découpage, manque de rythme).
Sans parvenir à combler les lacunes de la mise en scène (surtout la gestion de l'espace), il se rattrapera dans les 20 dernières minutes qui ne manque pas de lyrisme avec un longue poursuite quasi muette qui commence par une séquence d'attaque de train pour finir par une fusillade en voitures avant de finir dans une traque dans un marécage. Dans tous les cas, on sent un souci d'intégrer la situation dans un paysage qui reflète la tension du moment : une vallée entourée de montagnes escarpées et ce marécage qui évoque bien-sûr la déchéance morale et sociale des protagonistes.
Les derniers moments où les personnages peinent à avancer, enlisés dans la boue, sont assez marquant, avec un très belle photo, et renvoient au Gun Crazy de Lewis. :)

Avec une post-production plus soignée (un montage plus serré et un mixage moins bâclé), on aurait pu être devant un véritable classique.

Le film est disponible gratuitement sur youtube en VOSTA grâce à la KOFIC (la cinémathèque coréene)

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Re: Le cinéma naphta coréen

Messagepar bruce randylan » 24 sept. 15, 01:18

The barefooted young / la jeunesse aux pieds nus (Kim Kee-duk - 1964)

Alors qu'il est en "mission", une jeune recrue d'un clan de trafiquant vole à la rescousse d'une fille qui se fait agresser. Malgré ses origines bourgeoises, les deux adolescents se rapprochent, ce qui n'est pas du goût de leurs proches respectifs.

L'histoire me disait quelque chose... et pour cause c'est un remake du film japonais une jeunesse outragée de Ko Nakahira tournée un an plus tôt (ou une nouvelle adaptation du roman japonais).
Et cette transposition coréenne est bien en deçà du Nakahira qui n'était pourtant pas son meilleur, tout en demeurant tout à faire digne.
Le gros problème du film de Kim Kee-duk reste son extrême platitude et sa pauvreté visuelle. La mise en scène est bien incolore et ne permet presque jamais de rendre crédible à cette version sociale de Roméo et Juliette, surtout comparée au Nakahira qui insufflait autrement plus d'émotion et de lyrisme. Il suffit de comparer le dénouement qui est était une merveille de délicatesse chez le japonais et qui demeure totalement bâclé et précipité ici, préférant un invraisemblable moralisme totalement hors propos avec les gangsters se livrant à la police et le meilleur ami du protagoniste retournant chez sa mère pour s'occuper d'elle :roll: . La dernière séquence aurait pourtant pu donner quelque chose de glaçant avec la différence entre deux cortèges mais la voix-off préfère insister à deux reprises sur la pureté des grues (les oiseaux), déjà doublement évoquée quelques instants avant !

Le film est assez gênant dans la mesure où les meilleurs séquences sont totalement décalquées sur l'originale (les deux amoureux s'essayant aux passe-temps de l'autre ou l'arnaque autour des semelles à changer).
Les acteurs coréens manquent aussi de présence à l'écran et les musiques sont assez répétitives, ce qui n'arrangent rien.

Au final, ça donne 2 heures de passivité. Après, je ne sais pas si ceux qui ne connaisse pas le japonais (très confidentiel malheureusement, comme toute la filmographie passionnante de Ko Nakahira) pourront apprécier.
Celà dit, le film est vraiment culte en Corée pour avoir été le premier à dépeindre une jeunesse en rébellion face aux générations précédentes et demeure encore aujourd'hui comme un titre emblématique (limite caricatural) des mélo 60's. (Le père de copine chante souvent la chanson inspirée du film :mrgreen: )

Les curieux peuvent se faire une idée grâce au KOFIC :wink:



Le cocher (Kang Dae-jin - 1961)

Un veuf qui travaille comme un modeste cocher tente, tant bien que mal, d’élever ses 4 enfants malgré sa pauvreté, ses dettes la précarité de son emploi.

Un mélodrame social plutôt poignant qui bénéficie d'une jolie mise en scène de Kang, souvent proche de ses personnages, à quelques rares exemples près pour mieux représenter l'isolement d'un des personnages (la fille muette).
Beaucoup de cliché sont présents (les bourgeois cyniques ou les milles malheurs qui s'abattent sur la famille) mais le cinéaste, à l'instar du patriarche, préfère ne pas s'apitoyer sur son sort pour essayer d'aller de l'avant.
Surtout, lui et ses acteurs composent des personnages attachant qui sont moins manichéens que prévus, en particulier les enfants. Ils ont leurs défauts, leur égoïsme, leurs moments de faiblesse et de doute. On pourra tout de même regretter que celui qui vire dans la petite délinquance soit à ce point absent (encore que ça corresponde au récit).
Si la première moitié manque un peu d'implication émotionnelle et se contente d'une vague chronique sociale un peu trop confiné, la seconde partie est plus plus poignante quand une impasse se dessine mais qu'une certaine solidarité se construit pour répondre à un sentiment d'injustice, mais toujours à un niveau humain et finalement réaliste.
J'ai été assez ému par les 20 dernières minutes (même si les ficelles sont assez grosses). Les acteurs sont touchants, la mise en scène délicate (les moments entre le cocher et la servante sont toujours plein de tendresse pudique) et certains thèmes musicaux bien trouvé (c'est pas toujours le cas mais elle est plus en adéquation sur la fin).

Plutôt recommandé donc :)

La KOFIC l'a aussi mis en ligne sur sa page youtube :wink:
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Re: Le cinéma naphta coréen

Messagepar bruce randylan » 3 oct. 15, 12:43

Une femme libre / Madame Freedom (Han Hyeong-Mo - 1956)

Pour ramener un peu d'argent dans sa famille, une femme décide d'accepter un emploi dans une boutique de produits de beauté occidentaux. Il y a fait la connaissance de plusieurs collègues qui la poussent à prendre des cours de danses. Bientôt, elle finit par délaisser son mari et son fils.

Comme nombreux classiques coréens, ce film-ci a son importance historique mais ça n'en fait pas pour autant un bon film.
Madame freedom marqua en effet les esprits pour son climat immoral où l'épouse est tenté par l'adultère (avec un voisin plus jeune et un homme marié) tandis que le mari est sur le point de céder aux avances d'une élève (sans être une adolescente). On croisera aussi d'autres personnages féminins débauchés et un banquier escroc. Pas très reluisant donc et il me semble qu'il s'agit du premier film du pays a avoir eu des démêlés avec la censure.
Seulement le film est au final très réactionnaire puisque les influences occidentales sont forcément néfastes et qu'une femme ne doit pas chercher à trouver un emploi. Son bonheur passe avant tout pour sa dévotion envers sa famille. :?
Ca laisse un gout amer d'autant que le premier tiers (et son titre) laissait plutôt croire justement à un drame social et progressiste sur l'émancipation des femmes.

A côté de ça, la réalisation est au-dessus des standards de l'époque avec notamment plusieurs travellings et mouvements de grue élégants à l'image du dernier plan assez lyrique. Mais son rythme bien trop plat (2h00) ainsi qu'un interprétation sans éclat font qu'on s'ennuie surtout beaucoup.

[youtube]FkAbVQhfpmw [/youtube]
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Re: Le cinéma naphta coréen

Messagepar bruce randylan » 16 oct. 15, 01:10

Hyperbola of youth (Han Hyung-mo - 1956)

Dans la ville de Busan, au moment de d'après-guerre, un médecin conseille à deux personnes d'échanger de vie pendant 15 jours pour régler leurs problèmes de santé. En effet, l'un, issu d'une famille bourgeoise, malmène son estomac à force de trop manger tandis que le second vivant dans un bidon ville est loin de pouvoir se nourrir suffisamment.

Avant Madame Freedom Han Hyung-mo avait déjà attirer l'attention sur lui avec cette comédie (musicale), conçu volontairement comme un film populaire et commercial à une époque où celui-ci était inexistant. Il fut donc quasiment à l'origine de l'envol du cinéma local. Pour cela, il s'inspire fortement des comédies sociales américaines des années 30 (on songe un peu à La Cava) sans bien-sûr pouvoir rivaliser avec les standards techniques de ces dernières. Il tente tout de même régulièrement quelques travellings ou mouvements de grue plutôt bien exploités. Il fait également preuve d'un certains sens pour les extérieurs dans quelques plans vraiment réussis sur les hauteurs de Busan, englobant les bidons-villes et la baie plus fortunée en contre-bas.
Ca ne l'empêche pas cependant d'être beaucoup plus maladroit à d'autres moments, surtout dans le découpage particulièrement plus paresseux et sans imagination (d'autant que le film se déroule en majeure partie dans 2-3 décors).

Delà dit, l'intérêt du film réside surtout dans sa dimension comédie de mœurs qui confronte les milieux sociaux pour un humour, certes facile et prévisible mais bon enfant. On ne va donc pas dire qu'on rit souvent mais les personnages demeurent gentiment attachants. Le film possède en fait cette patine rétro qui lui donne une petite saveur candide bien que le discours social est loin d'être à négliger. C'est un oeuvre est ouvertement progressive en prônant la mixité des classes sociales et la fin de certaines traditions archaïques comme les mariages arrangés.

En étant un peu indulgent envers son âge et en le remettant dans son contexte économique, on passe un petit moment plaisant.
En revanche petite déception car l'aspect musical est quasi inexistant en réalité et se limite à la première moitié. C'est dommage car la première chanson est très entraînante par exemple.



Si vous n'avez pas envie de découvrir sur YouTube, Hyperbola of youtyh sera aussi diffusée au FFCP le 30 octobre (mais en matinée).
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Re: Le cinéma naphta coréen

Messagepar Tutut » 16 oct. 15, 18:37

Je suis étonné que personne n'ai encore mentionné The aimless bullet de Yoo Hyeon-Mok, considéré comme un classique du cinéma coréen. Ce film n'aurait jamais du sortir, le gouvernement trouvant qu'il renvoyait une mauvaise image du pays, heureusement, un attaché d'ambassade américain demanda s'il était possible de présenter le film au festival de San Francisco.

Image

C'est l'histoire de Cheol-ho un petit comptable, vétéran de guerre, qui a du mal à joindre les deux bouts, sous son toit vivent sa mère, un peu dérangée mentalement à cause de la guerre, sa femme enceinte qui ne mange pas à sa faim, son frère, vétéran aussi qui n'arrive pas à se réinsérer, et ne fait rien à par picoler avec d'autres anciens combattants, et sa soeur qui se prostitue avec des GI. Cheol-ho a de plus une rage de dent extrêmement douloureuse, mais ne veut pas se faire soigner parce qu'il n'en a pas les moyens...

C'est un film dramatique très noir, qui n'est pas lourd ou larmoyant, mais assez cynique.

Le DVD coréen que je possède est assez pointilleux et bugue avec certains lecteurs PC ou platines, je ne le conseille pas. Ce film est en cours de restauration, le gros souci vient des sous-titres "incrustés" dans l'image.

On le trouve sur Youtube en format 720p :

https://www.youtube.com/watch?v=1S3srD7qx9c

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Re: Le cinéma naphta coréen

Messagepar bruce randylan » 5 nov. 15, 11:44

Tutut a écrit :Je suis étonné que personne n'ai encore mentionné The aimless bullet de Yoo Hyeon-Mok, considéré comme un classique du cinéma coréen. Ce film n'aurait jamais du sortir, le gouvernement trouvant qu'il renvoyait une mauvaise image du pays, heureusement, un attaché d'ambassade américain demanda s'il était possible de présenter le film au festival de San Francisco.


Je l'ai vu il y a un peu plus d'un mois au Forum des Images justement et j'ai beaucoup aimé. Comme il y a pas mal de chose à dire, j'hésitais à en faire une "vraie" critique pour le site. Faut que je m'y replonge :wink:


Sinon, autre classique découvert au FFCP

Father and sons (Gwon Cheol-hwi - 1969)

Un père commence à désespérer de voir que ses 4 fils qui ont dépasser les 30 ans ne sont toujours marier. Il les pousse à se fiancer rapidement.

Une plaisante curiosité qui permet de se faire une idée des comédies populaires de l'époque. Ici, il s'agit plus particulièrement d'une comédie musicale qui a fort mal vieilli mais dont une partie des excès lui donne un certain charme rétro qui ne m'a pas déplu. Il y a une réelle candeur qui s'émane de tout ça.
Les chansons sont plutôt rigolote et décalées (post synchronisée n'importe comment :lol: ), les acteurs cabotinent à outrance (ça passe ou ça casse selon les moments), les insultes pleuvent et certaines expressions sont assez gratinées, le scénario est plutôt rythmé et quelques gags sont vraiment drôles tel la technique martial pour se débarrasser de malfrats.
Après, l’hystérie ambiant peut tout aussi bien rapidement saouler d'autant que l'humour est limite douteux par moment (la parodie de Louis Amstrong, quelques techniques de drague plus que limite).

Gwon Cheol-hwi n'a réalisé que 11 films et aucun ne se trouvent sur Youtube, c'est un peu dommage car ça a l'air d'un honnête artisan à défaut d'un grand cinéaste. J'avais pu voir l'an dernier son A public cimetery of Wolha (1967) histoire de fantôme qui tirait trop vers le mélo mais dans la photo en couleur donnait quelques séquences impressionnantes à la façon d'un Bava ou d'un Fisher.
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Re: Le cinéma naphta coréen

Messagepar nobody smith » 27 déc. 15, 19:26

The Widow (Park Nam-Ok) : Premier film coréen réalisé par une femme. Ça sera d’ailleurs l’unique réalisation de la cinéaste. Celle-ci aura été dégouté de l’expérience face la résistance entretenue par les maisons de production et les distributeurs. Le film a ainsi eu du mal à traverser les années (la dernière bobine est perdue et le son est manquant sur les dernières minutes de la copie survivante). Regrettable, le film se révélant nettement supérieur à ce que je pouvais m’attendre. Avec son titre explicite, je voyais se profiler le mélodrame autour d’une veuve sur laquelle tous les malheurs du monde s’abattent. Le début pourrait le faire croire. On y découvre le personnage principal tentant de joindre les deux bouts pour élever sa fille et recevant la visite d’une vilaine mégère qui l’accuse à tort de coucher avec son mari. La réalisatrice va toutefois éviter de jouer la carte de ce misérabilisme. Si ses efforts sont concentrés sur la veuve (décrite avec une certaine justesse), elle étend l’histoire sur plusieurs personnages et étudie les multiples relations qui se créent entre eux. La mécanique est savoureuse et captivante à suivre, même si elle se grippe dans la seconde moitié (le coup de l’ancienne petite amie ressuscitée mouais). Il faut dire que le rythme est assez rudimentaire, de même que certains moments de mise en scène (la scène de la noyade manque de crédibilité tant on ne saisit pas comment la mère ne se rend pas compte de l’agitation se produisant juste à côté). Il y a cela dit quelques moments plus inspirés et les défauts sont souvent compensés par la très belle photographie. Des qualités rendant The Widow plus intéressant qu’une simple date dans l’Histoire.
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Re: Le cinéma naphta coréen

Messagepar nobody smith » 23 mai 16, 18:48

Night Journey (Kim Soo-Yong) : Deuxième film que je découvre du cinéaste après Mist. On peut d’ailleurs trouver des points communs avec ce dernier qu’il réalisa dix plus tôt. Kim Soo-Yong s’attache ici à une employée de banque bloquée dans une médiocre relation avec un de ses collègues et profitant d’une période de congé pour faire le point. Comme son prédécesseur, on suit donc un personnage principal en pleine errance et ses flâneries le confronte à la morosité de son existence. Kim Soo-Yong réemploie à cet effet des mécanismes qu’il a déjà expérimenté. Il utilise ainsi les décors comme une expression de ses émotions des personnages (là encore les plans sont joliment composés et la photographie est de belle qualité) et manipule le montage en conséquence (on retrouve le concept des projections mentales avec l’incursion des images passant par la tête de l’héroïne). On est en territoire connu et le changement de sexe du protagoniste évite au film de tomber dans la redite. Je suppose que c’est dans ce souci d’éviter la répétition que Night Journey privilégie sa description du quotidien et ne s’attarde pas trop sur la partie du retour aux sources dans le village natale sur laquelle se concentrait intégralement Mist. Une attention d’écriture qui a toutefois un prix puisque Night Journey se montrera beaucoup moins efficace (la conclusion est particulièrement faiblarde). Ça reste quand même une belle découverte qui conforte ma bonne opinion envers le réalisateur.
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Re: Le cinéma naphta coréen

Messagepar bruce randylan » 28 oct. 16, 00:08

Dans le cadre du Festival de Films Coréen à Paris, on peut voir un hommage à Shin Sang-ok en 5 films jamais diffusé en France (voire en dehors du Japon). L'occasion d'avoir la confirmation que la cinémathèque prévoit de lui consacrer une rétrospective... mais ça sera pas pour tout de suite.

Love affair / Romance Grey ( Shin Sang-ok - 1963)

Image

Deux professeurs d'une cinquantaine d'années ont deux tous de jeunes maîtresses qu'ils entretiennent. Mais cette double vie ne tarde pas à être découvert par leurs proches.

Ce n'est pas avec cette comédie de mœurs que le cinéaste prouve son talent derrière la caméra. Contrairement à bien d'autres titres de sa carrière, celui-ci possède une réalisation anodine avec un découpage peu inspiré, des cadrages étriqués, un sens du rythme parfois poussif ou une photo sans relief. D'un pur aspect technique, le film accuse lourdement le poids des années et semble plus daté que des films plus anciens du cinéaste comme Les fleurs de l'enfer. Seul une séquence sur une barque sort du lot, comme si la médiocrité des personnages dictait le style de la mise en scène.

En revanche le scénario est beaucoup plus riche que prévu et du vaudeville annoncé, on se retrouve avec un portrait assez caustique de la société coréenne de l'époque. Pour le coup, le film parait autrement plus moderne, lucide et réaliste que Madame Freedom (1958), film emblématique de cette période mais au final très conservateur.
Dans Romance Grey (son titre original), Shin brocade ouvertement une société phallocrate où les hommes mènent une double vie dans le plus grand mensonge et mépris pour leur famille, ridiculise une bourgeoisie féminine hypocrite tandis que la femme de conditions plus modeste n'a guère de possibilité d'avenir en dehors de trouver un "Sugar Daddy". Certaines séquences sont particulièrement amer et grave et le cinéaste profite de certains monologues éloquents des protagonistes féminins pour les filmer en gros plans en leur demandant de regarder directement la caméra pour mieux questionner un spectateur et le mettre mal à l'aise face à ses convictions et préjugés.
Derrière les rires (ponctuels), il y dans ce film un réel volonté d'étoffer les personnages, de les complexifier, de les rendre plus humains, parfois dans les moments les plus inattendus tel le père de famille craquant après avoir été démasqué par son fils. C'est une bonne surprise sur ce point de vue et le réalisateur offre d'ailleurs une conclusion crédible (et tristement prophétique), refusant les facilités du happy-end en montrant que la nouvelle génération de femmes aura un rôle de sacrifiée dans cette nouvelle Corée.
Il en revanche très regrettable que le cinéaste ne parvienne pas à mieux dynamiser son écriture car de nombreuses séquences sont bien trop longues et finissent par violement desservir leur raisons d'être en durant au moins 2 fois trop longtemps tandis que certaines séquences ont l'air totalement expédié. Ca crée une gestion du temps plus qu'aléatoire où la fille d'un des père de famille semble tomber enceinte et accoucher en quelques heures (probable que son mari soit en réalité presque totalement coupé du montage, peut-être pour des raisons de censures)
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Re: Le cinéma naphta coréen

Messagepar bruce randylan » 30 oct. 16, 00:48

Triplet Shin Sang-ok

The homeless wanderer (1968)
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Malgré son statut d'auteurs et de cinéaste reconnu, Shin n'a pas pu échapper à des purs produits commerciaux comme le western avec ce homeless wanderer.
Le début est assez plaisant avec quelques paysages de montagnes escarpées typiquement coréennes qui se prête plutôt bien à une relecture locale du genre, un personnage féminin moins passive que la moyenne et un héros (poor lonesome cowboy) forcément archétypal. Il y a un petit parfum Pour une poignée de dollars qui flottent avec ce mercenaire qui accepte de rejoindre un clan de brigand pour mieux les trahir quelques minutes plus tard. Il est cependant moins égoïste que l'homme sans nom puisqu'il défend littéralement la veuve et l'orphelin qu'il aidera à parcourir une longue distance pour rejoindre leur famille.
L'action n'est clairement pas ce qui motive le cinéaste qui préfère largement le mélodrame et la transposition sociale qui pointe une nouvelle fois une Corée aux mentalités bien trop étriquées avec un personnage féminin qui ne trouve nulle part sa place, qui est bannie de son village natale et qui manque de se faire violer. Certains critiques de l'époque ont aussi vu dans le portrait du héros, une métaphore de l'individu malmené par les troubles politiques. Pourquoi pas, encore que ce niveau de lecture me semble loin d'être évident.
Shin Sang-ok se fait donc plaisir dans le pur mélodrame au point de livrer un dernier tiers rapidement fatiguant avec ses protagonistes qui refusent obstinément les chances de bonheur qui s'offrent à eux... avant de changer d'idées mais trop tardivement bien-sûr.
Mais le gros souci du film provient de sa production qu'on imagine réduite tant dans son budget que son temps de tournage. Les raccords lumières sont souvent aberrants et on comprend vite que le film a été tourné dans une région d'un ou deux kilomètres carrés.

The red scarf (1964) est un autre film plus commercial qui rencontra un vif succès à son époque et qui bénéficie encore aujourd'hui d'un certain statut culte. Les raisons en sont assez évidentes avec un film d'aviation en scope couleur qui bénéficie d'un budget permettant de nombreuses séquences aériennes tout à fait honnêtes (malgré les gros plans des acteurs dans les cockpits où on voit vraiment qu'ils sont à l'arrêt.
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En 2016, le film s'avère amusant à suivre, mais avant tout au second degré car il faut bien admettre que de nombreuses séquences sont vraiment ridicules avec des dialogues d'une profonde niaiserie, des personnages masculins bourrés de clichés sexistes et virils, des parties romantiques à côté de la plaque (encore une veuve à protéger) sans oublier les sacrifices et le meilleur ami qui meurent en missions alors qu'il vient de se marier... En fait, on pense presque plus à Pearl harbor que Top Gun.
Après le film ne suit pas sans déplaisir (coupable) avec un rythme pas trop mal géré et ses quelques scènes d'actions dont un sauvetage pour le moins inédit et que je n'avais jamais vu. Un pilote qui a atterrit en territoire ennemi se fait exfiltrer par un avion allié qui le saisit en plein vol grâce à un filet tendu au sol auquel il s'était fixé ! Ca doit quand même faire un peu mal au dos ! :mrgreen:

A college woman's confess (1958) est bien plus intéressant et personnel.
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Il s'agit d'un remake d'Abus de confiance d'Henri Decoin que Shin transpose dans la Corée de l'après-guerre pour un nouveau pamphlet contre une société viscéralement machiste. L'héroïne (jouée par Choi Eun-hee, son épouse à la ville et son actrice fétiche qui fut kidnappée en même temps que lui par la Corée du Nord) y campe une étudiante vivant dans la précarité qui refuse les emplois reposant sur les promotions canapés, doit repousser les dragueurs insistants ou encore les passants la considérant tout simplement comme une prostituée.
Cette ambiance est très bien retranscrite dans une réalisation pesante où la respiration est exclue des cadres avec des perspectives bouchées, des décors épurés et vides et une voix-off aussi éteinte que résignée.
Malheureusement, la réalisation manque fortement de concision et la durée de 2h00 n'est absolument pas justifiée tant le film prend son temps à progresser. On a même un véritable film dans le film de pratiquement 20 minutes pour illustrer une plaidoirie sur la fin. Une longue séquence qui n'y va pas avec le dos de la cuillère dans le pathos misérabilisme un brin complaisant. La musique est d'ailleurs bien trop envahissante, et pas que sur cette sous-intrigue.
Mais le charme des acteurs (dont Kim Seung-ho dont un rôle plus grave que ses comédies des 60's), la mélancolie du récit, sa fin très émouvante et surtout son féminisme engagée en font l'un des œuvres importantes du cinéaste. C'est sans doute pour ça qu'on le trouve sur YouTube via la page du Kofa :wink:

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Re: Le cinéma naphta coréen

Messagepar bruce randylan » 19 mars 17, 18:42

nobody smith a écrit :
Night Journey (Kim Soo-Yong) : Deuxième film que je découvre du cinéaste après Mist. On peut d’ailleurs trouver des points communs avec ce dernier qu’il réalisa dix plus tôt. Kim Soo-Yong s’attache ici à une employée de banque bloquée dans une médiocre relation avec un de ses collègues et profitant d’une période de congé pour faire le point. Comme son prédécesseur, on suit donc un personnage principal en pleine errance et ses flâneries le confronte à la morosité de son existence. Kim Soo-Yong réemploie à cet effet des mécanismes qu’il a déjà expérimenté. Il utilise ainsi les décors comme une expression de ses émotions des personnages (là encore les plans sont joliment composés et la photographie est de belle qualité) et manipule le montage en conséquence (on retrouve le concept des projections mentales avec l’incursion des images passant par la tête de l’héroïne). On est en territoire connu et le changement de sexe du protagoniste évite au film de tomber dans la redite. Je suppose que c’est dans ce souci d’éviter la répétition que Night Journey privilégie sa description du quotidien et ne s’attarde pas trop sur la partie du retour aux sources dans le village natale sur laquelle se concentrait intégralement Mist. Une attention d’écriture qui a toutefois un prix puisque Night Journey se montrera beaucoup moins efficace (la conclusion est particulièrement faiblarde). Ça reste quand même une belle découverte qui conforte ma bonne opinion envers le réalisateur.


Premier film que je découvre du coffret Kim Soo-yong et j'ai beaucoup aimé. :D

J'ai trouvé l'approche et l'écriture assez modernes avec une excellente gestion de la temporalité et des décors tout en reposant sur beaucoup de séquences qui pourraient venir de flash-backs, flash-forwards ou de fantasmes. Le personnage féminin est bien traité avec une traitement assez frontal de sa sexualité, ses frustrations et ses pulsions. Connaissant le machisme de la société coréenne et la censure très restrictive, le résultat est très audacieux pour son époque et fonctionne encore bien aujourd'hui. Vu la courte durée du film (77 minutes), je me suis douté qu'il y avait eut pas mal de coupe et c'est bien le cas, le film fut même bloqué 4 ans (tourné en 73, sorti en 77).
En même temps, ce n'est pas uniquement un portrait féminin, désabusé et touchant, puisque le film aborde aussi le capitalisme déjà bien implanté en ville avec ses montagnes de billets circulant dans la banque mais qui ne profite ni à ceux dans le besoin immédiat ni à ceux vivant à la campagne. On sent un réel dégoût envers la gente masculine (la séquence dans le bar où la caméra saute d'une conversation à une autre dans un montage très syncopé) et une terrible solitude qui passe par les lieux que traversent l'héroïne : étrange zoo désert, petites ruelles, place vide, immeuble de banlieue sans personnalité et même un cimetière militaire (on comprend pourquoi en fin de film).
Ca donne un spleen immédiat grâce à sa comédienne qui dégage une sorte d'érotisme fantomatique assez entêtant. Night journey possède un réel parfum de trouble dans ses moments plus abstraits, comme deux séquences où planent le viol entre souvenirs et fantasme.

La fin ne m'a pas gêné d'ailleurs, on reste dans cette idée d'impasse du quotidien assez réaliste.
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Re: Le cinéma naphta coréen

Messagepar bruce randylan » 12 août 17, 13:53

Je ne sais pas si ça a été déjà évoqué ailleurs mais la Korean Film Archive (KOFA) commence a éditer des films en blu-ray :D

J'ai tenté Aimless bullet (que j'aime beaucoup) et Heavenly Homecoming to Stars (connais pas). Il existe aussi l'incontournable The servant, l'excellent March of fools, Chil-su and Man-su (inconnu au bataillon) et Gagman (mais c'est une purge)
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