Le cinéma naphta coréen

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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bruce randylan
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Le cinéma naphta coréen

Messagepar bruce randylan » 27 oct. 11, 15:58

Hop, je continue ici les compte-rendus du FFCF avec les quelques films classiques que j'ai pu voir (sur le thème du remake)

Eunuch (1968 - Shin Sang-ok)
Un noble envoie sa fille dans le "harem" du roi en espérant en faire une de ses concubines favorites. Sauf que celle-ci est amoureuse d'un homme qui se fait passer pour un eunuque pour la voir en secret (puisque seuls les eunuques ont le droit de travailler dans cette partie du palais).

Une bonne surprise à quelques défauts de rythme près dans le tiers central.
Vu les thèmes du film, le réalisateur ne prend pas trop de pincettes pour traiter son sujet et aborde de front la sexualité, le désir et le pouvoir. C'est assez osé et parfois étonnement sensuel (la scène lesbienne au début du film) sans tomber dans du racoleur et du mauvais gout. Shin Sang-ok ne perd jamais de vue l'aspect humain et la psychologie de ses personnages pour une histoire assez cruelle dans l'ensemble. Il dresse un univers où la frustration domine en maitre. Cela donne quelques excellentes scènes comme ce moment où l'amant, castré à son tour, doit écouter sa fiancée passer une nuit avec le souverain.
Cette violence des sentiments déboulent sur une violence tout court dans un combat final très sanglant qui doit autant au chambara qu'au sadisme de Chang Cheh. La aussi, c'est assez cru et intense surtout pour son année de réalisation je trouve.

Une histoire solide (avec tout de même des conventions et des clichés - cf le dénouement) mais des personnages crédibles, une réalisation soignée, un esthétisme sophistiqué et une intrigue prenante. Vraiment sympa quoi !

Pas vu le remake de 1986 signé Lee Doo-yong mais on m'a dit que si visuellement et narrativement, il y avait un gain non négligeable... niveau émotion et intensité dramatique c'est beaucoup plus décevant et finalement moins osé et plus fade. Le déroulement du scénario avait l'air très proche.


Promise of the flesh (1975 - Kim Ki-young)

(accompagnée de sa gardienne, une criminelle se rend sur la tombe de sa mère. Dans le train, elle croise un homme qui essaye de lui redonner le gout de vivre. Il devient malgré lui un fugitif à son tour.

Un film très étonnant capable du meilleur comme du pire. Le pire ce sont des passages mélodramatiques tellement grotesques qu'on pouffe de rire à plusieurs moments. Le réalisateur verse tellement dans la surenchère de pathos et de malheur qu'on perd énormément en force (le personnage masculin complice d'un meurtre malgré lui, l'héroïne victime d'hommes tous plus machistes les uns que les autres). Les dialogues comme les acteurs manquent en plus totalement de finesse. On en vient vraiment à se demander s'il n'y a pas de la parodie tant tout est vraiment surligné et caricaturé à l'extrême d'autant que certains évènements sont amenés de manière très abruptes.
Mais voilà, en même temps, Kim Ki-young fait un travail épatant à la réalisation avec des idées permanentes pour retranscrire le malaise, l'abandon et le pessimisme qui frappe le personnage féminin (l'actrice est épatante elle) : jeu virtuose sur les couleurs, les décors, les décadrages, les premiers plans, les caméras portées ou le flou. De l'excellent travail qui vient rappeler (et confirmer) que le cinéaste est considéré comme l'un des maitre des années 60-70 (la première version de the Housemaid c'est lui). Il sait créer un pur climat de lyrisme fataliste qui donne ce sentiment d'étouffement et d'écrasement.

Malgré donc de grosses lacunes dans la direction d'acteurs et le scénario, cette mise en scène mérite vraiment qu'on lui donne une chance.

Il existe 2 remakes de ce film (une datant des années de 1981 et une toute récente de 2010, tous deux intitulés Late autumn) mais il faut préciser que ce Promise of the flesh est lui-même un remake d'un film des années 60 de Lee Man-hee qui avait une excellente réputation. D'ailleurs, chose assez rare pour le signaler, le film fut présenté à l'étranger et c'est là que fut détruite la dernière copie connue (par un douanier espagnol suite à une taxe non payée ! :shock: :( ). En tout cas, l'histoire est tout à fait dans les thèmes du réalisateur de Holiday : la solitude, l'errance, les marginaux, les personnages masculins immature etc...

Pour rappel Lee Man-hee
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Re: Le cinéma naphta coréen

Messagepar bruce randylan » 17 avr. 12, 16:29

Dream (SHIN Sang-ok - 1954)
Vu son âge on peut se dire qu'il s'agit de l'un des plus vieux films conservés du cinéma coréen (il a été redécouvert il y a peu).
D'ailleurs la technique est très balbutiante. On a l'impression de voir un film européen (ou américain) du tout début du parlant : Le film a clairement été filmé sans son à l'exception de quelques scènes dialoguées à la technique très rudimentaire. Le reste des séquence est seulement accompagné par des 2-3 "standards" de la musique classique (façon nuit sur un mont chauve) passés en boucle d'une scène à l'autre.

Pour continuer dans l'aspect pré-historique, le film semble n'avoir survécu que dans une copie 16 mm à la photographie sans aucune nuance dans le gris. Rarement noir et blanc aura autant trouvé son sens ! Les images baignent donc dans une obscurité tellement présente qu'on a l'impression d'un parti pris expressionniste épuré.
Assez frustrant car on imagine que la photo avait l'air d'être soigné avec un vrai travail sur les sources de lumière en intérieur et des extérieur assez jolis.
L'histoire, elle, est vraiment en dent de scie alternant passages mélo tellement premier degré qu'on y trouve un charme (la encore) primitif et des passages bien plus prenant quand on suit la fuite du couple interdit malgré un pessimisme très artificiel (le prêtre ne tergiverse pas quand il s'agit de supprimer un témoin gênant).
Bien sûr comme son nom le dit, tout ça n'est qu'un rêve et tout rentrera dans l'ordre dans une conclusion moralisatrice au possible - quoique qu'à l'ironie truculente.

Une curiosité (comme on dit) qui donne envie de voir plus de films de cette période pour mieux connaître les "débuts" du cinéma coréen.
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Re: Le cinéma naphta coréen

Messagepar Abdul Alhazred » 18 avr. 12, 08:53

Sur le cinéma coréen de patrimoine, le Korean Film Archive fait un boulot impressionnant. J'ai récemment récupéré plusieurs de leurs coffrets : sous-titres anglais systématiques, livrets et bonus explicatifs, films restaurés : http://www.koreafilm.org/publica/dvds.asp

Ils ont plusieurs films encore plus anciens que celui que tu décris, notamment leurs 4 coffrets The Past Unearthed, des films réalisés durant l'occupation japonaise.
J'ai vu les 3 films du 2e coffret, tous trois des années 30 (le 1er coffret est épuisé et je n'ai pas réussi à l'acquérir) : une œuvre clairement de propagande, Military Train, et deux mélos, Sweet Dream et Fisherman’s Fire.
Comme pour le film que tu décris, c'est plutôt simple techniquement (bien que Military Train et Fisherman’s Fire comportent quelques plans intéressants) et assez manichéen, mais les trois films se regardent sans déplaisir. Malgré la restauration, l'image et le son restent assez mauvais, surtout pour Sweet Dream de mémoire, mais j'ai connu bien pire.

J'ai reçu hier les coffrets Yoo Hyeon-Mok, Kim Soo-Yong et le coffret des comédies romantiques des années 50. Faudra que je pense à en faire un retour ici.

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Re: Le cinéma naphta coréen

Messagepar bruce randylan » 18 avr. 12, 10:36

Ah, je ne connaissais pas ce site. Merci bien, y-a beaucoup de chose alléchantes. Tu commandes directement dessus ?

Je savais qu'il existait un coffret comédies des années 50 et les Lee Man-hee mais je ne pensais pas qu'il y en avait autant. A noter sur la wish list :?
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Re: Le cinéma naphta coréen

Messagepar Abdul Alhazred » 18 avr. 12, 11:23

bruce randylan a écrit :Ah, je ne connaissais pas ce site. Merci bien, y-a beaucoup de chose alléchantes. Tu commandes directement dessus ?

Non, je n'ai pas encore testé le site donné en lien, qui semble être un site coréen de vente en ligne partenaire : les deux fois où j'ai acheté des films du Korean Film Archive, ils n'avaient plus un des coffrets que je cherchais. Je suis toujours passé par yesasia.

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Re: Le cinéma naphta coréen

Messagepar Alphonse Tram » 18 avr. 12, 12:59

J'ai déjà commandé sur seoulselection (the housemaid, under the sky of seoul) : aucun problème à l'internationnal.
Le travail d'édition sur ces films de patrimoine est splendide.
Souhaits : Alphabétiques - Par éditeurs
- «Il y aura toujours de la souffrance humaine…mais pour moi il est impossible de continuer avec cette richesse et cette pauvreté». - Studs Terkel.

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Re: Le cinéma naphta coréen

Messagepar bruce randylan » 18 avr. 12, 15:10

Ah oui, si on les trouve sur yesasia, je vais pas aller voir plus loin. :D
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Re: Le cinéma naphta coréen

Messagepar monk » 19 avr. 12, 09:38

Chaudement recommandé (mais visiblement OOP) Hurray For Freedom (1946) de Choi In-kyu. Très beau film sur la liberté et le combat nécessaire à son obtention. Il manque la dernière bobine, définitivement perdue, mais le film tel quel se tient très bien et la fin est décrite avec précision dans le livret bilingue et dans les bonus.

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Re: Le cinéma naphta coréen

Messagepar Abdul Alhazred » 24 mai 12, 19:30

Avis rapide sur le coffret Yoo Hyeon-Mok du Korean Film Archive :
Image

Le coffret comprend 4 films, un documentaire de 50 minutes consacré au réalisateur et un livret de 66 pages, moitié en coréen moitié en anglais. Les films et le documentaire possèdent des sous-titres coréens, anglais et japonais.

FOREVER WITH YOU (그대와 영원히) de Yoo Hyeon-Mok (1958)
Le film suit les périples de trois jeunes délinquants, qui gagnent leur vie de petits méfaits. Un jour, un cambriolage tourne mal et l’un d’entre eux se fait attraper.
En sortant de prison 10 ans plus tard (il avait pris 3 ans mais a tenté de s’évader, a tué involontairement un détective et en a repris pour 7 ans), il se rend compte que son monde a changé : la fille qu’il aimait s’est mise avec un de ses anciens partenaires, tandis que le troisième de la bande est devenu prêtre.


THE DAUGHTERS OF KIM'S PHARMACY (깅약국의 딸들) de Yoo Hyeon-Mok (1963)
Monsieur Kim, ancien pharmacien et notable du village, a 4 filles. Suite au suicide de sa mère des décennies auparavant, sa famille est considérée maudite.
En proie à des difficultés financières, il espère marier sa 3e fille au gérant de sa petite flotte de pêcheurs, un homme sérieux et compétent. Mais la 3e fille est amoureuse du serviteur de la maison. La situation s’envenime rapidement avec le retour de la 2e fille, une intellectuelle faisant ses études à la capitale.


THE GUESTS OF THE LAST TRAIN (막차로 온 손님들) de Yoo Hyeon-Mok (1967)
Autre film s’intéressant à la vie de trois hommes, cette fois dans le Séoul de la deuxième moitié des années 60.
Le premier homme, personnage principal du film, est un traducteur, ancien caissier de banque, atteint d’un cancer de la langue en phase terminale. Il n’a plus que quelques mois à vivre et ère sans but, jusqu’à ce qu’il tombe sur une fille tout aussi perdue que lui. Il est soutenu malgré lui par son ami médecin, amoureux d’une de ses patientes, une riche veuve. Le troisième larron est un artiste, revenu récemment en Corée après avoir fait fortune au Japon, qui déprime suite au départ de sa femme.
Les trois amis ne réussissent pas à s’intégrer à une société coréenne en phase de modernisation accéléré. Cyniques et désabusés, ils regardent défiler leur vie.


RAINY DAYS (장마) de Yoo Hyeon-Mok (1979)
L’histoire se déroule dans la campagne coréenne pendant la guerre de Corée.
Afin de fuir les problèmes de la capitale, une vieille femme s’installe dans la famille de son beau-fils avec sa deuxième fille et son fils. Ce dernier, un intellectuel, est pro-Sud, tandis que le frère du beau-fils est pro-Nord. Le récit va se concentrer sur les dissensions entre les deux familles, sous le regard innocent du petit-fils, pris entre deux feux.


Ces 4 films, bien que fort intéressants, ne sont apparemment pas les plus marquants et représentatifs de Yoo Hyeon-Mok (je tire ces informations du livret explicatif et du documentaire présents dans le coffret).
Le réalisateur, qui a fait 45 films entre 1956 et 1996, s’est fait connaître en 1961 avec Aimless Bullet. Considéré comme un cinéaste intellectuel, un auteur à part entière, il a beaucoup œuvré dans le domaine du cinéma expérimental, a produit nombre de courts métrages et films culturels, et a enseigné le cinéma à l’université à partir de 1976.

Deux grandes thématiques se dégagent de ses films : les conflits externes propres à la société coréenne dans la première partie de sa carrière ; et les conflits internes, notamment entre l’homme et Dieu (il vient d’une famille religieuse), dans la deuxième partie de son œuvre.
Les deux premiers films du coffret correspondent à la première problématique, tandis que les deux suivants sont plutôt centrés sur la seconde. Il manque toutefois dans ce coffret un film sur la question religieuse.

Bien qu’ayant trouvé les 4 films intéressants, j’ai particulièrement apprécié les deux derniers. The Guests of the Last Train illustre bien la désorientation engendrée par la modernisation et la perte de repères de la société coréenne de la fin des années 60. Quant à Rainy Days, il montre le conflit coréen sous un angle original, à une petite échelle et sans grandiloquence. En outre, les récits des deux derniers films sont plus posés, évitant les quelques facilités mélodramatiques présentes dans les deux premiers.
Forever with You pourra cependant avoir ses fans. C’est un pur mélodrame policier lorgnant sur le film noir américain, avec femme fatale, héros déchu et sans avenir, gangsters en costards et flash-back. Le tout filmé de façon très efficace et rappelant par certains côtés le genre de films qui se faisaient à la même époque au Japon à la Nikkatsu.

Les quatre films sont proposés dans des restaurations impeccables, à la fois pour l’image et pour le son. Les sous-titres anglais sont très bons, du moins autant que je puisse en juger vu que je ne parle pas un mot de coréen.
Le documentaire sur Yoo Hyeon-Mok n’est pas exceptionnel (celui sur Kim Soo-Yong, sur lequel je reviendrais plus tard, était bien meilleur) mais, vu le peu d’informations disponibles sur ce réalisateur, il est tout de même très instructif.

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Re: Le cinéma naphta coréen

Messagepar Abdul Alhazred » 28 mai 12, 15:52

Je continue avec le coffret Kim Soo-Yong du Korean Film Archive.
Image

A l’instar des autres coffrets consacrés à des réalisateurs, le coffret Kim Soo-Yong comprend 4 films, un documentaire de 50 minutes consacré au réalisateur et un livret de 52 pages, moitié en coréen moitié en anglais. Les films et le documentaire possèdent des sous-titres coréens, anglais et japonais.

THE SEASHORE VILLAGE (갯마을) de Kim Soo-Yong (1965)
Une jeune femme, tout juste mariée à un pêcheur, se retrouve veuve suite au décès de son mari dans une tempête en mer. La période de veuvage coutumière d’un an va s’avérer bien longue pour la jeune femme, courtisée par la grande gueule du coin.

CONFESSION OF AN ACTRESS (어느 여배우의 고백) de Kim Soo-Yong (1967)
Un ancien acteur tombé dans l’oubli apprend par hasard l’existence de sa fille. Il pensait qu’elle était morte durant l’accouchement, à l’instar de la mère de l’enfant, son ancienne amante.
Tout en lui cachant leur lien de parenté et en restant dans l’ombre, il va s’arranger pour faire de sa fille une star de cinéma.


MIST (안개) de Kim Soo-Yong (1967)
Un homme est envoyé en vacances dans son village natal par sa femme, fille d’un riche industriel, le temps de lui arranger une promotion. En revenant dans sa contrée d’origine, il va être submergé par les souvenirs et par l’ennui, sensation éprouvée par tous les habitants de ce lieu brumeux et déprimant.

NIGHT JOURNEY (야행) de Kim Soo-Yong (1977)
Une employée de banque mène une vie monotone et répétitive. Seule femme non mariée de son service, elle entretient une liaison secrète depuis plusieurs années avec un collaborateur et attend désespérément qu’il la demande en mariage.
Elle va profiter de quelques jours de congés pour retourner dans son village natal, voyage qui la poussera à remettre en cause son train train quotidien.


Réalisateur de 109 films entre 1958 et 1999, Kim Soo-Yong a œuvré à la fois dans le pur cinéma commercial, dans le cinéma de propagande, et a également tourné des métrages plus auteuristes. Il s’est notamment spécialisé dans l’adaptation de romans, dont quatre exemples sont proposées ici.
Cinéaste très populaire dans les années 60, il a pu se permettre pas mal d’expérimentations formelles. Ses films apparaissent plus originaux dans leur montage et dans leur déroulement narratif que ceux de Yoo Hyeon-Mok, qui a pourtant travaillé dans l’expérimental.

Le coffret propose trois types de films assez différents :
    - The Seashore Village est un mélodrame à tendance naturaliste. Kim Soo-Yong s’attarde longuement sur la vie quotidienne des pêcheurs, sur leurs traditions, leurs fêtes et coutumes.
    Ce cadre importe plus que le scénario, et le film baisse en intérêt dans le dernier quart, lorsque l’héroïne quitte le village.

    - Confession of an Actress est un pur mélodrame larmoyant, avec gens qui pleurent tout le temps, révélations, maladies et mort.
    L’intérêt vient une fois encore du cadre. Tous les personnages sont liés au milieu du cinéma, acteurs et actrices, producteur, réalisateurs. Le film permet de percevoir ce qu’était le milieu du cinéma coréen dans les années 60.

    - Mist et Night Journey m’ont fait penser à The Guests of the Last Train de Yoo Hyeon-Mok, dont j’avais parlé précédemment.
    Des personnages solitaires, en perte de repères, errent dans une société coréenne en proie à la déshumanisation. Les gens s’ennuient, ne s’intéressent qu’aux choses matérielles et à eux-mêmes. Et lorsqu’une tentative de révolte survient, elle est bien vite étouffée par le quotidien.

Comme le reconnaît le Korean Film Archive dans son livret, Kim Soo-Yong n’a jamais réalisé de chefs d’œuvre et ce coffret est bien inférieur à celui consacré à Yoo Hyeon-Mok.
Les films proposés restent cependant très intéressants, en particulier The Seashore Village et Mist.

Techniquement, rien à redire. Images et son restaurés de façon impeccable, livret très instructif et documentaire très intéressant. Ce dernier retrace la carrière de Kim Soo-Yong, avec de nombreuses interventions du réalisateur, très réaliste et franc sur sa carrière.

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Re: Le cinéma naphta coréen

Messagepar Music Man » 29 juil. 12, 17:51

Image
HYPERBOLA OF YOUTH (Ch'ŏnch'un Ssanggoksŏn) Han HYUN-MO -1956
Avec Hwang Hae, Ji Hak-Ja et Kim Hee-Gap

Deux anciens camarades de classe se retrouvent chez le docteur : l’un, pauvre enseignant, souffre de malnutrition et l’autre, issu d’une famille riche est obèse. Pour les soigner, le docteur propose d’inverser la situation de chacun. Le pauvre passera 2 semaines dans la famille riche et vice versa.

Première comédie musicale du cinéma coréen d’après-guerre, et grand succès commercial en son temps, Hyperbole de la jeunesse frappe par sa grande naïveté. Le scénario très simple oppose une famille très riche et désœuvrée à de très humbles citadins vivant dans un taudis. L’échange pratiqué entre les deux familles, permettra aux deux jeunes hommes de comprendre que l’argent n’est pas tout dans l’existence et même de trouver l’amour. C’est gentillet et correctement réalisé mais vraiment d’une grande ingénuité. On fait semblant d’être malade avec un grand clin d’œil, le portrait du beau papa suspendu au mur, fait la grimace d’un air réprobateur : on se croirait dans un film du tout début des années 30.
Le film est parfois interrompu de charmantes balades musicales (notamment un chanteur des rues qui propose un joli medley), voire d’airs américains comme « la chapelle au clair de lune ». Un trio d’infirmières (les Kim Sisters dont le succès s’étendra aux USA grâce à 22 passages au Ed Sullivan show) nous propose un air swing dans un style très proche de Les Paul et Mary Ford.
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Re: Le cinéma naphta coréen

Messagepar Abdul Alhazred » 5 janv. 13, 22:04

Importante nouvelle : le Korean Film Archive a sorti 70 films avec sous-titres anglais sur youtube, consultable gratuitement. Les films vont de 1949 à 1996.

1. Top Ten hebdo : http://www.youtube.com/playlist?list=PL6C8998808EBF530E
2. HD (7 films) : http://www.youtube.com/playlist?list=PL91CCF315750E00F5
3. 1949 (1 film) : http://www.youtube.com/playlist?list=PL5D6716D5774631C8
4. 1950s (13 films) : http://www.youtube.com/playlist?list=PLB36747D4ABE492D0
5. 1960s (24 films) : http://www.youtube.com/playlist?list=PLC403C945BEE631E7
7. 1970s (6 films) : http://www.youtube.com/playlist?list=PL45947BD778031794
8. 1980s (15 films) : http://www.youtube.com/playlist?list=PLC5EBBCD66FD252F8
9. 1990s (10 films) : http://www.youtube.com/playlist?list=PL923052D060E61EF2
10. Films de Kim Ki-yong (7 films) : http://www.youtube.com/playlist?list=PLC9AB9E77C6A42135
11. Films de Shin Sang-ok (6 films) : http://www.youtube.com/playlist?list=PL787B4B9F8A07125E
12. Films de Im Kwon-taek (4 films) : http://www.youtube.com/playlist?list=PL869F027150CACBFE

Le Korean Film Archive a également plus de 400 films disponibles en pay-per-view sur http://www.kmdb.or.kr/vod/.

Merci à Aaron Gerow pour avoir fait suivre cette news de Yoo Kwang-On.

Je n'ai pas encore regardé dans le détail les films proposés, j'en ai sûrement vu quelques-uns et j'en ai sûrement quelques autres en DVD. Une bonne nouvelle en tout cas.

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Re: Le cinéma naphta coréen

Messagepar nobody smith » 6 juil. 15, 18:37

Je n'avais pas fait attention au message d'Abdul datant déjà de deux ans et j'ai pris connaissance uniquement le mois dernier de la disponibilité du catalogue de Korean Film Archive sur youtube. Je pense explorer tranquillement son très riche contenu. J'ai déjà vu The Empty Dream (oeuvre expérimentale plutôt plaisante mais vaine - le titre ne ment pas sur la marchandise) et Mist (très beau drame fort soigneusement mise en scène). Hier, j'ai vu Sweet Dream. Il s'agit du plus ancien film coréen qui a pu être conservé. Comme indiqué plus haut, la copie survivante est dans un piteux état. ça affecte forcément le visionnage même si cela ne justifie pas à mon sens le constat d'un film très moyen. Au-delà de sa valeur historique, il n'y a pas vraiment énormément de choses passionnantes dans ce mélo où une femme au foyer insatisfaite quitte sa famille et va vivre avec son voyou d'amant. Je crois que le gros point noir du film reste l'interprétation très figée de l'intégralité du casting. Les prémisses de l'histoire avec sa peinture sociale sont pourtant assez intéressante mais son évolution peine à convaincre. A ce titre, la fin vaut son pesant de cacahouètes. On dit souvent que le cinéma coréen de ces dernières années se vautre dans des excès de noirceur et de sadisme mais ça ne date pas d'hier cette affaire :mrgreen: Reste quelques aspects de mise en scène qui retiennent l'attention (le plan du miroir basculant marquant la séparation de la femme avec son mari, l'utilisation des inserts sur la cage à oiseau) mais l'ensemble ne dépasse guère au final le stade de la curiosité.
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Re: Le cinéma naphta coréen

Messagepar nobody smith » 12 juil. 15, 17:19

monk a écrit :Chaudement recommandé (mais visiblement OOP) Hurray For Freedom (1946) de Choi In-kyu. Très beau film sur la liberté et le combat nécessaire à son obtention. Il manque la dernière bobine, définitivement perdue, mais le film tel quel se tient très bien et la fin est décrite avec précision dans le livret bilingue et dans les bonus.


Je viens de voir ce Hurrah For Freedom et je ne suis personnellement pas convaincu. C'est à mes yeux de l'ode à la résistance réalisé sans grande finesse. Certes, comment aurait-il pu en être autrement ? Le film a été tourné immédiatement après la libération. Il n'a d'autre ambition que de glorifier ses combattants et non d'essayer d'offrir une description avec du recul. D'une certaine manière, on se rapproche de ce qui a été fait dans nos contrées avec La Bataille Du Rail. La différence, c'est que René Clément insérait lui de vraies idées de mise en scène dans l'entreprise. Le spectacle de Hurrah For Freedom m'a lui paru assez pauvre, déclamant trop souvent son propos au gré de dialogues peu subtils. Encore un film qui n'a donc pas grand intérêt au-delà de sa valeur historique.
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Re: Le cinéma naphta coréen

Messagepar nobody smith » 28 juil. 15, 18:29

Après deux films à pure valeur historique, Holiday de Lee Man-hee constitue une découverte tout à fait épatante. L’expérience se rapproche assez du Mist de Kim Su-Yong qui fut tourné juste l’année précédente. On y retrouve l’acteur Shin Seong-il dans un registre similaire, personnage en pleine errance (cette fois-ci en milieu urbain) traînant avec lui tout son mal-être et sa lâcheté. Après les dispositifs de mise en scène divergent quelque peu. Kim Su-Yong jouait lui sur des concepts de projections mentales, ce qui n’est pas vraiment le cas de Lee Man-hee (à l’exception du flashback utilisé dans les dernières minutes). Cela n’empêche pas le cinéaste d’utiliser l’environnement comme un moyen d’expression de l’état d'esprit de ses protagonistes. Un côté donc un peu plus dégraissé que dans Mist, ce qui se raccorde plutôt bien avec une histoire se déroulant sur une seule journée. D’ailleurs, le titre Holiday est assez inapproprié. Les sous-titres anglais sont plus juste en choisissant de le ré-intituler Day Off. L’action prend ainsi place durant un dimanche. Le personnage principal doit retrouver sa petite amie. Une voyante aura beau lui prédire qu’il devrait éviter les femmes aujourd’hui, il va néanmoins à sa rencontre. Cette dernière lui apprend qu’elle est enceinte. N’ayant pas les moyens d’élever un enfant, il va tenter de trouver l’argent pour payer l’avortement. S’en suit alors un parcours où il côtoiera d’autres protagonistes flânant à leur guise en cette journée de repos et des déambulations le conduisant à se confronter à ses responsabilités. Comme dit plus haut, le processus doit beaucoup à la qualité de sa mise en scène. La photographie en noir et blanc est magnifique et les compositions de plan autour des différents environnements sont remarquables. A cela se rajoute la musique avec son charme entêtant. Bref, un très objet aussi simple qu’émouvant.
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