Le Western américain : Parcours chronologique II 1950-1954

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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The Vanquished

Messagepar Jeremy Fox » 27 déc. 11, 11:13

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La Ville sous le joug (The Vanquished - 1953) de Edward Ludwig
PARAMOUNT


Avec John Payne, Lyle Bettger, Jan Sterling, Coleen Gray
Scénario : Lewis R. Foster, Winston Miller & Frank L. Moss
Musique : Lucien Cailliet
Photographie : Lionel Lindon (Technicolor 1.37)
Un film produit par William H. Pine & William C. Thomas pour la Paramount


Sortie USA : 03 juin 1953


La Guerre de Sécession a pris fin. A Galeston, ce n’est pas un homme de l’Union mais bien un habitant de cette petite ville du Sud, Roger Hale (Lyle Bettger), qui a été placé en tant qu’administrateur civil. Pas de chance pour ses concitoyens puisque Hale administre Galeston par la terreur, s’avérant impitoyable au point de ne pas hésiter à faire fonctionner à plein la potence pour s’y faire balancer ses ex-compatriotes. Le Général Hildebrandt a reçu de nombreuses lettres des citoyens de Galeston se plaignant et dénonçant le diktat imposé par cet homme corrompu jusqu’à la moelle, les ruinant sciemment afin de racheter leurs propriétés une bouchée de pain. Rockwell Grayson (John Payne), membre d’une aristocratique famille du Sud, captif des nordistes depuis un certain temps, est libéré par Hildebrandt qui lui demande en retour de lui fournir de solides preuves des activités illégales et agissements douteux de l’administrateur civil de sa ville natale. Grayson va tellement bien jouer le jeu, se mettant au service de Hale pour collecter les impôts, que tout le monde va se mettre à le détester sauf Jane (Coleen Gray), sa fiancée, qui veut continuer à croire à son intégrité ; le jour où elle se rend compte qu’il se rapproche de Rose (Jan Sterling), la compagne de Hale, la confiance de Jane commence elle aussi à vaciller…


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The Vanquished (plus tard ressorti aux USA sous le titre The Gallant Rebel) est le second des trois westerns réalisés par Edward Ludwig, cinéaste américain d’origine russe surtout connu pour une œuvre qui détonne au sein d’une filmographie à priori médiocre, le très attachant Le Réveil de la Sorcière rouge (Wake of the Red Witch) avec John Wayne et Gail Russell, un film d’aventure poético-romantique au ton assez unique. Les deux autres films dans lesquels il fera tourner le Duke, Alerte aux Marines et Big Jim McLain, font en revanche partie des plus mauvais de la carrière de l’acteur. Dans le genre qui nous concerne ici, Edward Ludwig avait déjà signé en 1947 The Fabulous Texan avec Bill Elliot et mettra un terme à sa carrière dans le long métrage en 1963 avec le très mauvais Le Justicier de l’Ouest (The Gun Hawk) qui avait pour têtes d’affiches le duo Rory Calhoun et Rod Cameron. Autant dire que nous n’attendions pas grand-chose de cette Ville sous le joug. Sans effectivement 'casser trois pattes à un canard', il n’en demeure pas moins plaisant, non pas grâce à son réalisateur dont la mise en scène s’avère tout à fait anodine, mais surtout grâce à trois scénaristes chevronnés et à quelques comédiens habitués du genre et qui accomplissent ici leur travail avec professionnalisme si ce n’est avec génie.


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"Following the War between the States many Southern towns were occupied by Union forces and Civil Administrators were appointed to carry out the terms of peace. In some instances these administrators were just; in others cruel and despotic. This is the story of such an occupied town." Tel est le carton qui apparait en préambule après la fin du générique se déroulant sur fond d’une musique assez peu raccord signée Lucien Cailliet, compositeur d’origine française. En effet, ses mélodies et orchestrations font bien plus penser à une opérette viennoise qu’à un western. Assez entêtant, son thème principal n’en est pas pour autant désagréable ; si l’on voulait faire jouer ‘le verre à moitié plein’, on dirait que la musique apporte un ton assez original à ce western. Pour en revenir aux faits historiques abordés au travers de ce que nous annoncent les auteurs, il s’agit donc d’une intrigue se déroulant durant la période de reconstruction qui a suivi la Guerre de Sécession alors que le Nord occupait encore le terrain en ayant instauré une sorte de loi martiale. Le lieu : une de ces quelques villes qui furent dominées par des escrocs notoires, des profiteurs d’après-guerre. Beaucoup de ces derniers étaient ce que l’on a appelé des ‘Carpetbaggers’, des administrateurs civils unionistes, les autres -peut-être encore plus méprisables par le fait d’être traîtres à leur cause en plus de s’en mettre plein les poches sur le dos de leurs concitoyens-, les ‘Scallawags’, des hommes du Sud ayant pour certains combattus aux côtés des sécessionnistes. Le personnage de Lyle Bettger en est un, ce qui n'est pas inintéressant puisque les Scallawags ont beaucoup moins été représentés que les Carpetbaggers au sein du genre. On a d'ailleurs déjà rencontré une multitude de westerns abordant cette période dramatique de la reconstruction, notamment dans le western de série B des années 50, nombre d’entre eux ayant eu Randolph Scott comme tête d’affiche.


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La Ville sous le joug, s’il ne s’avère ni très nouveau ni original dans son traitement, n’en est pas moins étonnement incisif et débute d’une manière assez violente, par la pendaison pure et simple d’un citoyen qui semble ne pas avoir voulu se soumettre ni avoir eu l’occasion de se défendre face aux accusations de meurtre qu’on lui impute. C’est ensuite le retour au pays du héros de guerre qu’est Grayson où, contrairement à ce qu’on attendait de lui, il délivre un discours d’acceptation de la défaite et du joug du nouveau maître de la ville, un homme non seulement traître à leur cause mais profiteur sans scrupules, acculant ses concitoyens à la débâcle pour mieux s’emparer de leurs domaines, les impôts collectés tombant pour une bonne partie dans sa poche, l’état étant quasiment floué de la moitié. C’est ensuite la description sans concessions de deux immondes crapules, non seulement Hale, cet administrateur civil installé par le Nord mais plus encore Rose, sa compagne, d’origine elle aussi modeste, fière de pouvoir désormais écraser de son mépris tous les habitants de la ville et réjouie de pouvoir se repaitre avec délectation de leur déchéance ; à propos de son compagnon de magouilles, elle répond avec une arrogance assez crue au questionnement d’un homme qui tenait à savoir s’il n’avait pas honte de s’en prendre à d’ex-concitoyens "que non au contraire, il est heureux d'avoir plein pouvoir sur des gens qui autrefois ne lui auraient pas adressé la parole". Pour incarner ces deux protagonistes qu'on se plait à haïr, un réjouissant Lyle Bettger, spécialiste de ce genre de rôle, interprétant à la perfection les Bad Guys de séries B aussi cruels et sournois qu’élégants ; pour le grand public il fut aussi le ‘méchant’ dompteur d’éléphants dans Sous le plus grand chapiteau du monde de Cecil B. DeMille. Côté féminin, Jan Sterling, surtout connue par les amateurs de films noirs (Le Gouffre aux chimères de Billy Wilder ; Midi gare centrale de Rudolph Maté ; Plus dure sera la chute de Mark Robson…), interprétant le personnage probablement le plus marquant de ce western ; la comédienne semble s’être délectée de ce rôle vénéneux à souhait.


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Dans l’autre camp, une Coleen Gray (Quand les tambours s'arrêteront - Apache Drums de Hugo Fregonese) bien trop lisse et sous employée, ainsi qu'un John Payne un peu trop en retrait ; si son jeu en 'underplaying' paye très souvent (notamment chez Lewis R. Foster et Allan Dwan), il ne fait au contraire ici que renforcer un peu son manque de charisme ; il est également fort dommage que les auteurs aient choisi de dévoiler d’emblée le statut 'd’infiltré' de son personnage, cette information mettant à mal l’ambigüité qu’il aurait pu avoir durant une bonne partie du film, le suspense devenant par ailleurs presque inexistant. The Vanquished est un western urbain en gros divisé en deux parties : une première très intéressante sans quasiment d’action qui dépeint surtout l’atmosphère de cette époque de la reconstruction (avec ce qu’elle fait ressortir comme rancœurs, sentiments d’humiliation suite à la défaite et en raison de l’occupation de l’ennemi...), décrit l'enquête de l'espion infiltré dans la gueule du loup ainsi que les agissements peu scrupuleux des maîtres de la ville ; une seconde, qui débute alors que Hale comprend que la seule manière de se sortir du guêpier où il semble être tombé est de se débarrasser de ses ennemis, pétaradante mais sans presque plus aucun intérêt, les retournements de situations se succédant dans le plus grand désordre et surtout se terminant dans le bâclage le plus total après nous avoir fait assister à des séquences sur le fil du ridicule comme celle au cours de laquelle Coleen Gray menace sa rivale en la terrorisant. Pour couronner le tout, rarement un final aura été aussi vite expédié.


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Même si l’action est moyennement bien filmée, faute aussi à la faiblesse des moyens alloués, les amateurs de mouvement auront néanmoins pu en avoir leur comptant durant le dernier quart d’heure après en avoir été privé durant la majeure partie du film. Pour le reste, les aficionados de westerns de série B devraient avoir passé un agréable moment grâce à des dialogues assez vifs et spirituels (probablement écrits pas Lewis R. Foster), des comédiens chevronnés et un scénario plutôt bien écrit, au moins durant les ¾ de sa durée. Sans surprises mais pas déplaisant pour autant.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar daniel gregg » 27 déc. 11, 11:18

Jeremy Fox a écrit :
Rick Blaine a écrit : On regrette d'ailleurs la copie proposée par Sidonis, une meilleur qualité aurait sans doute encore amélioré ma perception du film. Elle est regardable bien sur, mais le standard est élevé chez cet éditeur, et c'est un de leur DVD les plus décevants.


C'est vrai aussi et nos avis sur le film sont à priori encore assez convergents :wink:
Je les enquille les mauvaises copies en ce moment ; hier soir c'était Vaquero, encore bien pire (et encore un John Farrow qui prouvait que le western, ce n'était pas son truc). A suivre...


Pourtant vu hier soir son California sans déplaisir, servi il est vrai par ces deux interprètes de grand talent que sont Ray Milland et Barbara Stanwyck. :wink:

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Rick Blaine » 27 déc. 11, 11:20

Jeremy Fox a écrit :C'est vrai aussi et nos avis sur le film sont à priori encore assez convergents :wink:


:D Père Jules va encore faire des remarques! :mrgreen:

Jeremy Fox a écrit :Je les enquille les mauvaises copies en ce moment ; hier soir c'était Vaquero, encore bien pire (et encore un John Farrow qui prouvait que le western, ce n'était pas son truc). A suivre...




Je ne l'ai pas encore vu ce Vaquero, je vais te lire avec intérêt (je recule à cause de la réputation de la copie...). Finalement, d'après ce que tu dis, on ne sait pas trop ce que c'est son truc à John Farrow, parce que je n'ai rien vu de mémorable de lui à part La Grande Horloge, qui semble finalement être plus un heureux accident qu'autre chose.

daniel gregg a écrit :Pourtant vu hier soir son California sans déplaisir, servi il est vrai par ces deux interprètes de grand talent que sont Ray Milland et Barbara Stanwyck. :wink:


Voilà peut-être une piste alors :D

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Powder River

Messagepar Jeremy Fox » 27 déc. 11, 11:24

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La Rivière de la poudre (Powder River – 1953) de Louis King
20TH CENTURY FOX


Avec Rory Calhoun, Cameron Mitchell, Corinne Calvet, John Dehner, Penny Edwards
Scénario : Sam Hellman, Stuart N. Lake & Daniel Mainwaring
Musique : Lionel Newman
Photographie : Edward Cronjager (Technicolor 1.37)
Un film produit par André Akim pour la 20th Century Fox


Sortie USA : 08 juin 1953

En allant voir ce film à sa sortie en 1953, les amateurs de westerns ont du se dire pendant toute la séance que beaucoup d'éléments de l'intrigue ne leur étaient pas inconnus. Un ancien shérif souhaitant ne plus exercer, mais reprenant son métier à contrecœur après qu'un de ses amis se soit fait tuer ; un médecin déchu, atteint d'une maladie mortelle et, n'ayant plus rien à perdre, se mettant du côté de la loi en espérant se faire tuer dans le feu de l'action plutôt que d'être détruit par sa maladie ; le shérif s'éprenant de la fiancée de son nouvel associé qui tombe quant à lui dans les bras d'un Saloon Gal ; le conflit entre les hommes de loi et des frères peu recommandables... Si l'on accole respectivement aux personnages se trouvant dans les situations décrites ci-dessus les noms de Wyatt Earp, Doc Holliday, Clementine, Chihuahua et les frères Clanton, il est évident que ça devient immédiatement plus limpide. Et effectivement, Daniel Mainwairing, sous un nom d'emprunt, a signé une sorte d'adaptation fantaisiste du roman Frontier Marshall de Stuart Lake déjà précédemment porté à l'écran par Lewis Seiler en 1934 avec George O'Brien, puis par Allan Dwan en 1939 (Frontier Marshall – L'Aigle des frontières) avec Randolh Scott, avant que John Ford ne s'en empare à son tour pour signer son prestigieux My Darling Clementine (La Poursuite infernale) avec cette fois-ci Henry Fonda dans le rôle du fameux shérif de Tombstone.


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1875. Chino Bull (Rory Calhoun), ancien marshall célèbre pour son habileté au tir, fatigué de ce métier dans lequel violence et bains de sang rythmaient son quotidien, préfère désormais se consacrer à la prospection de l'or dans la région de Powder River. Parti se ravitailler en ville, lors de son retour au campement Chino découvre son partenaire assassiné, son or volatilisé. De retour en ville, il accepte l'offre (dans un premier temps refusée) que le maire lui avait faite lors de sa halte précédente après qu'il ait réussi à mettre fin à un conflit meurtrier faisant pour victime le shérif ; il accepte donc d'endosser la fonction de nouvel homme de loi de la ville le temps de mener son enquête. Il commence par fréquenter le Saloon Bella Union tenu par la pétillante Frenchie Dumont (Corinne Calvet) et dont l'un des troupiers, Harvey Logan (John Dehner), n'est autre que le frère d'un des hommes qu'il soupçonne d'avoir assassiné son ami. Il en est de plus en plus persuadé lorsqu'Harvey se met à ouvrir un établissement concurrent à celui de Frenchie alors qu'il semblait évident que son salaire n'était pas assez conséquent pour pouvoir se lancer dans une telle affaire. Au cours de son enquête, Chino va trouver de l'aide en la personne du 'garde du corps' de Frenchie, Mitch Hardin (Cameron Mitchell), ancien médecin qui, gangréné par une tumeur au cerveau, sait qu'il n'en a plus pour longtemps à vivre et qui choisit de se lancer à corps perdu dans la lutte contre le crime, préférant mourir en pleine action que terrassé par sa maladie. Sachant sa mort prochaine, il avait abandonné sa fiancée Debbie (Penny Edwards) qui, non au courant du drame à venir, vient d'arriver en ville pour le décider à l'épouser ; elle le trouve dans les bras de Frenchie mais Chino ne va pas tarder à la consoler....


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Si l'on cherche à comparer le film de Louis King avec son illustre prédécesseur, il n'aura aucune chance de s'en sortir au sein de ce combat perdu d'avance. Mais le scénariste ayant bien déguisé ses emprunts, il n'est pas nécessaire de chercher à y voir à tout prix un remake. On peut tout à fait l'apprécier pour ce qu'il est sans tenter de le confronter à ses aînés. Malgré tout, même si assez plaisant, le film n'est pas, loin s'en faut, une très grande réussite. Nous en sommes autant surpris qu'attristé puisque le précédent western de Louis King s'était au contraire révélé tout à fait jubilatoire. Il s'agissait déjà d'une sorte de remake d'un célèbre western, Femme ou démon (Destry Rides Again) de George Marshall avec Marlène Dietrich et James Stewart, et pouvait se targuer d'être aussi délicieux que son prédécesseur notoire. Son titre original était Frenchie (personnage superbement interprétée par une Shelley Winters survoltée), surnom que reprend l'un des protagonistes principaux de La Rivière de la poudre, cette fois sous les traits de Corinne Calvet, la jeune et naïve française au bonnet qui tournait autour de James Stewart dans le sublime The Far Country (Je suis un aventurier) d'Anthony Mann. L'actrice est d'ailleurs assez pétillante dans ce western de Louis King ; sa partenaire, Penny Richards, s'avère quant à elle douce et charmante, la séquence la plus mémorable du film bénéficiant de sa présence. Il s'agit de celle de la balade bucolique au bord d'un lac paradisiaque, se terminant par le recueillement du 'couple' auprès de la tombe de l'ami assassiné du shérif joué par Rory Calhoun. Une pause champêtre inoubliable par les paysages dans lesquels elle se déroule, par le seul très bon thème musical du film, celui consacrée à Debbie, par son rythme apaisé, la douceur de ses dialogues et la sensibilité des sentiments qui s'y expriment. Un instantané qui n'est pas sans rappeler les plus beaux moments des films du frère du cinéaste, l'illustre Henry King ; une scène qui nous fait enfin regretter que le film ne soit pas constamment de ce niveau, celui des plus belles chroniques villageoises du cinéma américain, ce que l'on a tendance à nommer 'les tranches d'Americana' : pour donner une idée plus précise de ce 'genre', Stars in my Crown de Jacques Tourneur est l'un des de ses meilleurs représentants.


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A la lecture du sujet, on se rend compte que le scénario est un mélange d'intrigue policière en milieu westernien, de drame romanesque à quatre personnages et même de tragédie par l'intermédiaire de cet élément concernant la maladie incurable d'un des principaux protagonistes. Et pourtant, au vu du titre français, nous nous serions plutôt attendus à tomber sur un film d'aventure mouvementé ; la traduction littérale du titre original 'Powder River' est ici tout à fait inappropriée puisqu'en anglais il s'agissait du nom de la région dans laquelle se déroule l'histoire et non d'un quelconque cours d'eau. Il n'est en effet question ici ni de poudre ni de rivière (bien que celle-ci soit présente en tout début de film, le campement de nos deux prospecteurs étant implanté sur un de ses bords) mais d'un western au ¾ 'urbain', les seules séquences se déroulant hors de la ville étant celle du prologue, celle de la promenade au bord du lac décrite ci-avant, puis plus tard celle du passage tumultueux de la rivière sur un bac alors que des hors-la-loi tentent de tuer les passagers qui ont pris place à bord. Et puis pour continuer et en finir avec le titre français, il est d'autant plus trompeur que les rares séquences d'action sont bien pauvrement réalisées, sans rythme ni aucune vigueur, le monteur ne sachant pas non plus comment les rendre plus dynamiques : le 'gunfight' final qui aurait du faire pendant à celui d'OK Corral est à ce titre une sacrée déception, expédié en deux temps trois mouvements, probablement par le fait de ne pas savoir comment le filmer correctement. Amateurs d'actions, soyez donc prévenus : non seulement le film n'en comporte pas trop (ce qui en soi n'est pas forcément un mal) mais les quelques scènes agitées sont totalement dépourvues d'efficacité, à l'exemple de celle interminable évoquée juste avant de la traversée de la rivière sur le bac attaqué de la berge par les hors-la-loi : de simples champs/contrechamps avec coups de fusils à droite et à gauche sans aucune puissance dramatique, sans aucun point de vue, sans aucune dynamique.


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Par le manque de rigueur du scénario et surtout par l'absence d'épaisseur dans l'écriture des personnages (il y avait pourtant de quoi faire), le film n'est jamais non plus captivant durant le reste de l'intrigue. Ceci dit, ce n'est pas la faute des comédiens puisque, outre les deux actrices dont on a déjà parlé et qui s'avèrent plutôt convaincantes, Rory Calhoun se révèle excellent dans le rôle du shérif à la force tranquille qui préfère ne pas porter d'armes ; l'acteur aura rarement été aussi charismatique : il faut l'avoir vu prendre avec sang froid l'arme de son adversaire par son barillet pour empêcher ce dernier de pouvoir tourner et ainsi faire partir le coup de feu ; il faut l'avoir vu lors d'une autre séquence extrêmement tendue (dont je vous laisse découvrir les tenants et aboutissants) pointer sans sourciller son fusil sur son associé et le menacer de tirer s'il ne tire pas le premier... Son acolyte qui est revanche assez mal joué par un Cameron Mitchell très peu à l'aise avec ce rôle, cabotinant d'une manière assez déplaisante et rendant ainsi son personnage très peu crédible, notamment lors de sa dernière apparition qui aurait pourtant due, émotionnellement parlant, être le clou du film . Mais hormis cette fausse note dans l'interprétation, le casting est l'une des raisons qui font que Powder River arrive à être plaisant à visionner avec aussi quelques amusantes phrases de dialogues, certains coups de théâtres assez inattendus, un ton parfois attachant, quelques belles séquences élégiaques et certains détails assez cocasses comme celui des pêches en conserve en tout début. Dommage que les deux chansons indiquées lors du générique de début (et probablement interprétées par Corinne Calvet) aient été coupées au montage !


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J'écrivais à l'occasion de la sortie de Femme sans loi : "Illustre inconnu pour nombre d'entre nous, si ce n'est pour ses films 'animaliers' tel Le Fils de Flicka ou Green Grass of Wyoming , le frère cadet de l'illustre Henry King n'a certes pas marqué l'histoire du cinéma mais a pu cacher au sein de son imposante filmographie quelques autres petites pépites de cet acabit. Il serait intéressant que les éditeurs de DVD puissent donner leur chance à d'autres de ses films afin de savoir si Frenchie était un 'one shot' ou non." Merci à Sidonis d'avoir exaucé ce souhait même s'il s'avère encore pour l'instant que Frenchie ait bien été une réussite isolée. Espérons que de futures sorties puisse nous détromper : Massacre par exemple, son dernier film réalisé l'année suivante ?! La Rivière de la poudre n'est pas un mauvais western ; il faut juste ne pas en attendre monts et merveilles et surtout ne pas le visionner pour ses scènes d'action assez minables. Il pourra peut-être dans ces conditions faire passer un agréable moment mais, comme ¾ des westerns produits, il n'est encore une fois à ne conseiller qu'aux amateurs purs et durs du genre !

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Rick Blaine » 27 déc. 11, 11:28

Jeremy Fox a écrit :Heureusement, Hondo rattrapera un peu le coup si mes souvenirs sont bons


J'ai souvenir d'un divertissement honorable, mais rien de bien mémorable. C'est un film qui ne m'a pas marqué du tout. Il faudrait que je le revois.

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The Last Posse

Messagepar Jeremy Fox » 27 déc. 11, 11:33

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The Last Posse (1953) de Alfred L. Werker
COLUMBIA


Avec Broderick Crawford, John Derek, Charles Bickford, Wanda Hendrix
Scénario : Kenneth Gamet, Seymour & Connie Lee Bennett
Musique : Ross DiMaggio
Photographie : Burnett Guffey (Noir et blanc 1.37)
Un film produit par Harry Joe Brown pour la Columbia



Sortie USA : 04 juillet 1953


Roswell, petite ville du Nouveau-Mexique. 48 heures après son départ, une patrouille de cavalier rentre en ville, ses membres sombres et exténués. Non seulement elle revient avec le shérif John Frazier (Broderick Crawford) mortellement blessé mais elle a également perdu l’un de ses membres, l’impitoyable rancher Sampson Drure (Charles Bickford). C’est pourtant à son initiative que le groupe s’était lancé à la poursuite de trois hommes lui ayant dérobé 100.000 dollars ; ces derniers n’avaient pas supporté que cet arrogant Cattle Baron se soit une fois encore enrichi sur leur dos en revendant dix fois plus cher le troupeau qu’il venait de leur acheter, et s’étaient sentis dans leur bon droit en s’octroyant en compensation ce petit magot. Le groupe de poursuivant était constitué du riche éleveur et de son fils adoptif Jed Clayton (John Derek), de quatre notables de la cité ainsi que du shérif qui, malgré son état de santé dangereusement compromis par l’alcool, voulait absolument éviter un lynchage. Une fois le posse de retour, les habitants apprennent que les voleurs ont été abattus mais que l’argent dérobé n’a pas été retrouvé. Mais est-ce l'entière vérité ? Les participants à la poursuite, plus taciturnes qu’à l’accoutumée, semblent cacher un terrible secret…


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… un voire plusieurs secrets qui seront révélés au fur et à mesure de l’avancée du film construit à l’aide de quelques flashbacks qui garderont cependant l’ordre chronologique du déroulement des évènements. En effet, il ne s’agit pas ici d’une construction à la Rashomon -comme ce sera le cas plus tard pour le Valerie de Gerd Oswald- avec le même fait raconté selon trois points de vue différents -certains étant même intégralement mensongers-, mais bien d’une intrigue parfaitement linéaire entrecoupée régulièrement de retours au présent, les différents narrateurs ne racontant que la portion de l’histoire qu’ils ont vécu. Les auteurs ne nous tendent ici aucun pièges et ne font pas non plus de ‘direction de spectateurs’ (puisque tout ce qui est vu à l’écran s’avère être la vérité), mais mettent en place un efficace suspense grâce au malaise instauré dès le départ et quelques mystères tangibles qui ne seront mis à jour qu’en toute fin lors d’une séquence vraiment peu banale que je prendrais bien soin de ne pas vous dévoiler d'autant qu'elle se révèle doublement surprenante. La Dernière chevauchée débute par le retour d’un Posse dont tous les participants semblent atterrés ; il y a de quoi puisque l’un des membres du groupe a été tué, l’autre mortellement blessé, et la somme d’argent recherchée n’ayant pu être retrouvée malgré la mort des trois ‘bandits’ poursuivis. Suite au questionnement d’un étranger de passage, c’est un commis-voyageur en ville depuis quelques jours qui lui narre les causes de la formation de cette ‘expédition punitive’.


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Où l’on apprend alors à connaitre le shérif de la ville devenu une véritable loque, méprisé par ses concitoyens dont les notables qui lui ont retiré leur confiance depuis qu'il ne lâche plus la bouteille (c'est tout du moins leur excuse). C’est Broderick Crawford, ‘oscarisé’ quelques années auparavant pour sa prestation dans Les Fous du roi (All the King’s Men) de Robert Rossen, qui tient ce rôle d'homme de loi alcoolique. On peut dire que son personnage est assez unique dans les annales du western ; il ne me semble pas me rappeler avoir déjà vu un shérif aussi limité et lourd dans ses mouvements, aussi fatigué physiquement et moralement que John Frazier, au point de marcher d’une allure non seulement titubante mais extrêmement lente voire même de tomber plusieurs fois de sa monture durant le film. Un protagoniste complexe et bougrement attachant ; car on se doute bien dès le départ qu’il s’agit d’un homme probe et pas nécessairement aussi couard qu’on le dit, que son alcoolisme a une cause bien plus profonde que ses concitoyens le laissent entendre. Où l’on se rend aussi compte que les hors-la-loi qui vont être poursuivis ne sont pas forcément de mauvais bougres contrairement à ceux qui ont été lésés ; lésés à juste titre même si la manière d'agir des pauvres fermiers n’est ni légale ni excusable. Le départ du Posse va être ensuite narré par un des quatre notables y ayant pris part ; il s’agira de la partie la plus longue du film, celle se déroulant dans les extérieurs chéris par le producteur du film, l’un des plus appréciés des amateurs du genre, Harry Joe Brown ; en effet, c’est ce même homme qui sera ensuite à l’origine avec Randolph Scott de la fabuleuse série de westerns que le comédien tournera avec Budd Boetticher. Vous aurez alors certainement deviné que les paysages au sein desquels se déroule cette poursuite ne sont autres que ceux rocailleux de Lone Pine dans les Alabama Hills de Californie.


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Le grand chef-opérateur Burnett Guffey s’en régale et nous offre une photographie en noir et blanc somptueuse, utilisant à merveille ces concrétions rocheuses d’une blancheur qui accentue le côté désertique et rugueux des lieux. Alfred L. Werker réalise d’ailleurs de bien belles séquences au milieu des rochers comme ces superbes dix dernières minutes au cours desquelles les trois fugitifs doivent les escalader pour ne pas se faire tirer dessus par leurs poursuivants, ou encore, quelques scènes plus tôt, la longue chevauchée solitaire de Broderick Crawford pour aller couper la route à Charles Bickford ayant faussé compagnie au groupe ; une scène spectaculaire qui voit le comédien tomber à bas de sa monture lors d’une descente très escarpée, le cheval chuter à son tour et entrainer son cavalier le long de la pente poussiéreuse. A propos de poussière, le cinéaste filme également une impressionnante tempête de sable. Tout ceci -comme la plupart du temps chez Universal à la même époque- sans transparences ni plans en studio, ce qui n’en est que plus plaisant. Le film bénéficie aussi d'une musique très agréable dirigée par le méconnu Ross DiMaggio -notamment le thème un peu martial du générique-, de personnages fortement caractérisés et d’une solide interprétation d’ensemble, l’excellent casting réunissant de nombreux acteurs chevronnés de la Columbia, le toujours talentueux Charles Bickford (ici dans la peau du véritable Bad Guy), la charmante Wanda Hendrix -dont le rôle s'avère néanmoins totalement inintéressant-, le jeune John Derek ou encore James Bell, Guy Wilkerson, Tom Powers, Warner Anderson, Henry Hull, Will Wright ou Skip Homeier… Des noms qui ne vous diront peut-être pas grand-chose mais dont vous connaissez très certainement le visage au moins pour la moitié d’entre eux.


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Juste ce qu’il faut d’action, pas d’humour intempestif ni de temps morts -la durée du film n’excède pas 70 mn-, un peu de mystère, une construction serrée, plutôt originale et sans aucune lourdeur -ce qui n’était pas évident, l’utilisation de flashback ne me satisfaisant que très rarement- et des auteurs -dont les époux Bennett- en profitant pour critiquer la justice expéditive ainsi que, sans trop de sarcasmes, une société pudibonde qui s’avère en fin de compte bien moins innocente que les voleurs poursuivis. Car que s’est-il réellement passé lors de cette expédition ? Pourquoi l’argent a-t-il disparu ? Comment l’éleveur a-t-il perdu la vie ? Pourquoi les hors-la-loi n’ont-ils pas été ramenés en ville afin d’y être jugés ? Quels étaient les véritables motivations des membres du Posse dans leur volonté de poursuite des voleurs ? Pourquoi d’emblée les notables souhaitent en leur for intérieur que le shérif ne se rétablisse pas ? Le final s''avèrera à la hauteur de ce qui a précédé : non seulement il apporte la réponse à toutes les interrogations posées ci-dessus mais se termine également par une image rarement vue dans un western. Une très bonne surprise et un film qui, même s'il aurait très probablement gagné en tension, en profondeur et en ampleur sous la caméra d'un cinéaste un peu plus personnel, devrait cependant plaire autant aux aficionados du genre qu'à ceux du film noir.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Rick Blaine » 27 déc. 11, 11:38

Jeremy Fox a écrit :The Big Clock aussi d'ailleurs.


Je l'avais plus aimé, il m'a laissé des souvenirs celui là. Peut-être plus par l’interprétation que par la mise en scène remarque, mais en tout cas il m'avait beaucoup plu. Sur les 5 ou 6 Farrow que j'ai vu, c'est le seul qui m'ait laissé cette impression, les autre je les ai oubliés aussi vite que je les ai vus, à part peut-être Fini de Rire qui a des qualités, mais celles-ci viennent surement plus de Fleischer qui avait participé au tournage que de Farrow.

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Jeremy Fox
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Vaquero

Messagepar Jeremy Fox » 29 déc. 11, 08:38

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Vaquero (Ride, Vaquero, 1953) de John Farrow
MGM


Avec Robert Taylor, Anthony Quinn, Ava Gardner, Howard Keel, Jack Elam, Ted De Corsia, Rex Lease
Scénario : Frank Fenton
Musique : Bronislau Kaper
Photographie : Robert Surtees (Ansco Color)
Un film produit par Stephen Ames pour la MGM


Sortie USA : 15 juillet 1953

Ce fut dans le milieu des années 70, étant enfant, un des premiers westerns à m’avoir fait tomber amoureux du genre notamment grâce au mystérieux personnage peu loquace joué par Robert Taylor que je trouvais alors (et toujours d’ailleurs) d’une grande classe (un peu vêtu de la même manière que son Billy le Kid en 1941) et à qui je rêvais de m’identifier ; aujourd’hui, ce western ne me fait plus guère vibrer, John Farrow ayant une fois de plus gâché un beau sujet et une distribution en or massif. D’ailleurs la belle Ava ne s’est pas du tout entendu avec son metteur en scène et Robert Taylor a toujours dit qu’il s’agissait d’un de ses plus mauvais films ; en comparaison de ses quatre westerns précédents (dont le sublime La Porte du diable), on peut le comprendre même si ça peut sembler exagéré !


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Imbrication de citations :
« A propos de California (Californie, Terre Promise), le précédent western signé John Farrow, j’écrivais : « le scénariste et le réalisateur ont eu du mal à maintenir l’intérêt tout du long, les ambitions de départ se trouvant un peu anéanties par un trop grand dispersement de l’intrigue mais aussi par des options de mises en scène un chouia prétentieuses… John Farrow, conscient de son talent, en fait parfois trop. »
Finalement on aurait bien aimé au moins pouvoir en dire autant de sa deuxième incursion dans le genre mais malheureusement, pour Terre Damnée (Copper Canyon), le cinéaste a abdiqué toute inventivité et n’a pas eu ne serait-ce qu’une toute petite idée originale de mise en scène
» écrivais-je donc cette fois à propos de son deuxième western. Cette troisième tentative que représente Vaquero finit d’entériner ce fait : John Farrow, plutôt à l’aise dans le film noir, ne l’était pas du tout dans le western ! Au vu de ses deux premiers essais, soit il eut trop d’ambition soit il n’en eut pas assez. Vaquero combine les deux : l’histoire originale et son postulat de départ auraient pu donner lieu à un grand film mais la fadeur du scénario de Frank Fenton (qui venait de nous octroyer celui très mauvais de The Wild North - Au Pays de la peur de Andrew Marton) et le manque de conviction de la mise en scène accouchent d’un résultat très peu captivant même si pas non plus catastrophique.


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Au Texas près de la frontière mexicaine. La Guerre de Sécession vient de prendre fin, ce qui n’est pas du goût du leader des desperados mexicains qui tient la région sous sa coupe, Jose Esqueda (Anthony Quinn). Il craint que les soldats, de retour des combats, viennent à nouveau s’occuper de leur cas et ne souhaite pas que la région vienne être envahie par les vaincus voulant se réinstaller, amenant avec eux loi et civilisation : ces trop grands changements risquent de faire péricliter son influence et sa domination. Avec l’aide du tireur d’élite Rio (Robert Taylor), son frère de lait, il décide de brûler tous les ranchs qui s’érigeraient en ces contrées. King Cameron (Howard Keel), ancien colonel sudiste, arrive dans la région avec justement la ferme intention de construire un domaine imposant destiné à l’élevage. Il est accompagné de sa charmante épouse, Cordelia (Ava Gardner). A peine installé sur place, il décide de ne pas se laisser faire par Esqueda, tentant même convaincre (sans succès) ses concitoyens de l’aider à le chasser de la région. Esqueda ne se laisse pas démonter non plus et détruit à deux reprises les constructions dressées par Cameron. Lors d’un raid, Rio est blessé par Cameron qui le conduit dans son ranch afin de le soigner. Il réussit même à le persuader d’abandonner sa vie de hors-la-loi et de devenir son associé ; la beauté de Cordelia n’est probablement pas étrangère à son acceptation alors même que la jeune femme a en retour du mal à lui faire confiance. Elle change d’avis le jour où elle apprend que Rio vient de sauver la vie de son époux ; elle tombe même sous le charme de l’ex-Outlaw…


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Dommage que la mise en scène de John Farrow ne brille d'aucun éclat particulier et que le scénario soit aussi plat ou décousu (on laisse parfois des personnages principaux sur le carreau pendant de bons quart d’heure) car au travers de cette belle histoire d’amour et d’amitié encastrée dans une plus traditionnelle intrigue de rivalité entre deux camps pour s’accaparer des terres, nous aurions pu facilement avoir un très grand film lyrique et romantique. Car, si Vaquero entre dans la lignée de ces films tels Duel au soleil (Duel in the Sun) de King Vidor ou de The Furies d’Anthony Mann, il ne possède pas la flamboyance plastique du premier ni la puissance dramatique du second. Contrairement à ses aînés, il s’avère esthétiquement bien trop terne, rythmiquement bien trop mou pour nous tenir en haleine ou en éveil tout du long. Si les intentions étaient de livrer un film au baroque flamboyant, il n’en est malheureusement rien dans les faits ! Le film avance sans à coups, sans véritable tension. Les relations attachantes et (ou) ambigües entre Rio et Esqueda (on peut penser à de l’homosexualité même si on le réfute à deux ou trois reprises durant le courant du film au profit d’une forte amitié fraternelle), entre Rio et Cordelia (un adultère en suspens), entre Rio et Cameron (un immense respect mutuel) font partie de ce que l’on trouve de plus intéressant dans ce film de John Farrow. Mais que de passions exacerbées pour un résultat qui manque singulièrement de chaleur !


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Malgré tout, une belle histoire d'amitié entre les deux personnages antagonistes et éminemment contrastés interprétés par Anthony Quinn (composition magistrale qui découle un peu de son rôle dans Viva Zapata de Kazan) et Robert Taylor, le premier sanguinaire et inquiétant mais aussi truculent et picaresque à souhait, voire même parfois touchant (son style de jeu rappelle un peu celui de Wallace Beery), le second au contraire impassible, grave et peu volubile. « Tu es étrange Rio ; tu n’as aucun vice. Ni le vin, ni les femmes ni une parole de trop. Une balle dans le cœur ne te tuerais pas ! » dira même Esqueda un peu excédé par le sérieux de Rio. De belles relations s’établissent également entre Rio et Cameron, ce dernier d’une droiture telle qu’elle risque de lui couter la vie : « Tu es bêtement fier ; mourir par fierté, c’est idiot » lui dira Rio. Rio qui s’avère finalement le pivot central de ce quatuor, celui qui sera tiraillé entre sa loyauté envers Esqueda, son respect envers Cameron et son amour pour l’épouse de son bienfaiteur. Une situation conflictuelle qui est le véritable cœur du film, le conflit entre Cameron et Esqueda étant relégué en arrière plan. On retrouve aussi l’aspect religieux qui a toujours tenu à cœur au cinéaste, ici par l’intermédiaire du prêtre interprété sans trop de conviction par un Kurt Kasznar sous utilisé, tout comme Jack Elam dans le rôle du bras droit d’Esqueda.


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Sinon, de fulgurants éclairs de violence, quelques répliques cinglantes (“Can you imagine a smile on Barton’s face? ” - “ It’s the only place where a smile could be ugly.”, Barton étant joué par Jack Elam), un score correct de Bronislau Kaper mélangeant éléments symphoniques et motifs exotiques à la mexicaine et surtout un casting quatre étoiles constitué, en plus du duo Quinn/Taylor, d'un Howard Keel que je n'attendais pas aussi à l'aise dans le western et d'une Ava Gardner au sommet de sa beauté (le couple avait déjà été réuni deux ans plus tôt dans l’un des chefs-d’œuvre de George Sidney, Show Boat). A l'actif de John Farrow tout de même, quelques très beaux plans comme celui en haute contre plongée voyant tous les hors la loi se réunir en arrivant des quatre coins de l'écran et une mise en scène plus vigoureuse lorsqu'il s'agit de filmer la violence, ce qui donne quelques séquences formidablement tendues notamment dans la dernière demi-heure avec une ultime scène dans le saloon assez intense.


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Un western psychologique et anti-spectaculaire dont le scénario aurait mérité d’être développé et enrichi et qui aurait gagné à bénéficier de plus de lyrisme dans sa réalisation mais qui, en l'état, se révèle néanmoins honnête même si au final très conventionnel et assez fade.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Flavia » 29 déc. 11, 16:27

Obnubilée par Robert Taylor j'avais oublié que l'image était vraiment moyenne :mrgreen: je suis d'accord sur ta critique, il manque un petit quelque chose pour en faire un bon western, restent les confrontations entre Anthony Quinn et Robert Taylor, tous deux excellents.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar bogart » 29 déc. 11, 18:53

Pas revu depuis ses multiples diffusions dans les années 70-80... je me souviens surtout de la confrontation entre Robert Taylor et Anthony Quinn et, la transparence de l’héroïne féminine Ava Gardner.
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Jeremy Fox
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The Great Sioux Uprising

Messagepar Jeremy Fox » 3 janv. 12, 16:22

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L'Aventure est à l'Ouest (The Great Sioux Uprising, 1953) de Lloyd Bacon
UNIVERSAL


Avec Jeff Chandler, Faith Domergue, Lyle Bettger, Stacy Harris, Peter Whitney, Walter Sande, John War Eagle
Scénario : Melvin Levy, J. Robert Bren & Gladys Atwater
Musique : Joseph Gershenson
Photographie : Maury Gertsman (Technicolor)
Un film produit par Albert J. Cohen pour la Universal


Sortie USA : 17 juillet 1953

Lloyd Bacon n’aura réalisé que deux westerns tout au long de sa prolifique carrière (quelques 130 films). On ne peut pas dire qu’il ait laissé son empreinte au sein du genre alors qu’il aura été à l’origine de quelques formidables réussites dans d’autres domaines comme la comédie musicale avec par exemple le superbe et novateur 42ème rue (42nd Street) ! Son premier western était un sacré navet, un des pires vus jusqu’à présent, Terreur à l’Ouest (The Oklahoma Kid), avec pourtant un duo plus qu'alléchant : James Cagney / Humphrey Bogart. L'Aventure est à l'Ouest (quelle imagination de la part des distributeurs français !), l’un de ses derniers films, loin d’être mémorable non plus, a au moins l’avantage d’être plaisant et assez original dans son postulat de départ, abordant la Guerre de Sécession encore sous un angle assez original tout comme le précédent western Universal, L’Héroïque Lieutenant (Column South) signé Frederick de Cordova. Tous deux des séries B plutôt divertissantes à condition cependant de ne pas en demander trop.


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La Guerre de Sécession est bien entamée. Les troupes Nordistes pensent que la victoire leur serait plus rapide si la cavalerie pouvait disposer de plus de montures ; ces dernières leurs font en effet cruellement défaut. Ils en ont urgemment besoin mais les maquignons du Wyoming n’ont plus grand-chose ‘en stock’. La charmante Joan Britton (Faith Domergue), ayant récupéré l’écurie de son père décédé, a pris sa succession à la tête de son affaire de vente de chevaux. Elle arrive à convaincre Heyoka, sa cuisinière indienne, de la conduire au chef des Sioux, Nuage Rouge (John War Eagle), qui cache d’immenses troupeaux sur les plateaux. Mais le célèbre chef indien refuse de vendre des bêtes qui serviraient ensuite à des soldats qui, avant la Guerre Civile, les ont délogés de leurs terres. Stephen Cook (Lyle Bettger), l’autre maquignon de la région qui tourne autour de Joan depuis quelques années (probablement pour annihiler la concurrence par la même occasion), n’a aucun scrupules à avoir suivi cette dernière pour trouver les centaines de chevaux dont il n’hésite pas à s’emparer, tuant au passage quelques membres de la tribu. Un ancien médecin de l’armée, Jonathan Westgate (Jeff Chandler), arrive au campement peu après afin de soigner un cheval ; déprimé d’avoir laissé autant de mourants sur les champs de bataille sans pouvoir les sauver, il s’est reconverti en tant que vétérinaire. Nuage Rouge lui explique ce qui vient de se passer, pensant que Joan était de mèche avec les voleurs. De retour en ville, Jonathan va tenter de démêler la vérité, ayant promis à Nuage Rouge de punir les assassins et voleurs pour éviter que la paix entre blancs et indiens viennent à se fissurer…


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Des maquignons, durant la Guerre de Sécession, nous en avions déjà croisé au sein de l’excellent Springfield Rifle (La Mission du Commandant Lex) de André De Toth. Mais dans le western de Lloyd Bacon, ce sont les personnages principaux aux côtés d’un médecin/vétérinaire. Déjà un petit côté novateur au travers de la profession des principaux protagonistes du film. Le fait d’apprendre que la cavalerie américaine était à cette époque en cruel manque de montures, les grands ranchers du Sud refusant en toute logique de vendre leur cheptel à l’ennemi, est assez intéressant. Tout comme le personnage réel du général Stan Watie, un Cherokee ayant tenté de monter les tribus indiennes contre les soldats de l’Union prétextant un ennemi commun au vu de l’histoire toute récente. Il leur a fourni des fusils et des carabines en essayant de les inciter à rejoindre les troupes confédérées mais sans résultats. Je ne connais pas les raisons du refus dans la réalité mais dans le film de Lloyd Bacon c’est le personnage joué par Jeff Chandler qui intervient. Après avoir vu le Général maltraiter l’un de ses serviteurs noirs, il conseille aux chefs indiens réunis de garder leur neutralité et leur rappelle que fournir un soutien aux confédérés reviendrait à soutenir l’esclavage ; discours naïf mais une nouvelle fois encore bien plaisant à entendre au sein d’un film censé au départ n’être destiné qu’à divertir. Quoiqu’il en soit, pour l’anecdote et la petite histoire, le Général Watie fut en 1864 le seul natif américain à atteindre ce grade au sein de l’armée américaine après avoir eu sous son commandement deux régiments nommés ‘the Cherokee Mounted Rifles’ ; il fut également le dernier Général sudiste à se rendre à la fin du conflit.


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De nombreuses notations inédites auxquelles nous pouvons ajouter une femme maquignon, un héros ‘dépressif’ ne pouvant plus supporter la violence ni les armes, une opération de l’appendicite ainsi qu’une ‘bataille de versets’ entre Jeff Chandler et l’affable Peter Whitney. C’est donc avant tout grâce à un scénario bien écrit et peu avare d’éléments nouveaux et cocasses que l’on peut suivre ce petit western avec plaisir d’autant que dans le même temps il est relativement bien interprété par le trio Jeff Chandler, la séduisante Faith Domergue (la tueuse dans Duel sans merci - Duel at Silver Creek de Don Siegel) et Lyle Bettger assez convainquant en vicieux Bad Guy ; pas certain que Stephen McNally prévu au départ ait été plus à sa place. Parmi les seconds rôles, on retrouve avec plaisir l’inquiétant Stacy S. Harris ou l'inévitable John War Eagle en chef indien.


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Le dernier quart du film, un peu plus fouillis, multiplie les péripéties, fait se succéder scènes d’action et rebondissements plus conventionnels qui font un peu retomber notre attention d’autant que la mise en scène de Lloyd Bacon ne brille pas à ces moments là par son efficacité. C’est là que le bât blesse ; si dans son écriture, The Great Sioux Uprising se tient assez bien, la réalisation a du mal à suivre, se contentant du strict minimum, incapable de donner le moindre souffle aux séquences mouvementées, inapte à faire monter la tension quand la violence se fait jour (voire la scène totalement terne de l’épreuve que font subir les Sioux à Jeff Chandler). "Un western qu'aurait pu signer Nathan Juran" : la phrase de Bertrand Tavernier jugeant négativement le film tombe donc un peu à plat puisque ce dernier réalisateur avait prouvé qu’il était autrement plus doué dans le genre que monsieur Lloyd Bacon et d'ailleurs pas plus tard que la même année avec son trépidant Quand la poudre parle (Law and Order). On se consolera en se répétant que les extérieurs de l’Oregon sont magnifiques, qu’aucune transparence n’est utilisée et que le décorum rutilant et en Technicolor des intérieurs flatte l’œil même si la cuisine de Faith Domergue ressemble plus à celle d’une femme moderne des années 50 qu’à une femme de l’Ouest au 19ème siècle ! Aucunement mémorable mais néanmoins pas désagréable.

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The Stranger wore a Gun

Messagepar Jeremy Fox » 7 janv. 12, 15:50

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Les Massacreurs du Kansas (The Stranger Wore a Gun, 1953) de André De Toth
COLUMBIA


Avec Randolph Scott, Claire Trevor, Joan Weldon, George Macready, Alfonso Bedoya, Lee Marvin, Ernest Borgnine, Pierre Watkin
Scénario : Kenneth Gamet d’après une histoire de John W. Cunningham
Musique : Milton Drake
Photographie : Lester White (Technicolor)
Un film produit par Harry Joe Brown pour la Columbia


Sortie USA : 30 juillet 1953

Mauvaise année westernienne pour André de Toth qui aura vu presque coup sur coup sortir ses deux plus mauvais films dans le genre. Les Massacreurs du Kansas est certes un petit cran au dessus de Last of The Comanches (Le Sabre et la flèche) mais s'avère néanmoins lui aussi très médiocre. Il s'agit pourtant d'une production Harry Joe Brown pour la Columbia tout comme l'était, du même réalisateur, Man in the Saddle (Le Cavalier de la mort) avec déjà Randolph Scott comme acteur principal et Kenneth Gamet à l'écriture. A travers cet exemple, il est une nouvelle fois facile de vérifier que deux films avec quasiment les mêmes éléments et les mêmes équipes peuvent aboutir à des résultats pratiquement opposés. Pour André de Toth, entre ces deux westerns, il y eut, toujours avec Randolph Scott le plaisant mais oubliable Les Conquérants de Carson City (Carson City) puis, toujours pour la Warner, en revanche cette fois-ci l'un des meilleurs westerns du studio : La Mission du Commandant Lex (Springfield Rifle). Donc, malgré les deux dernières grosses déceptions (dont le film qui nous concerne ici), la filmographie westernienne d'André De Toth demeure pour l'instant sur un versant très positif.


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Espion pour Quantrill durant la Guerre de Sécession, Jeff Travis (Randolph Scott) décide de l’abandonner après l’avoir vu tuer de sang froid un vieil unioniste de ses amis et mettre à sac la ville de Lawrence au Kansas tout en massacrant ses habitants. Mais le conflit terminé, on ne lui pardonne pas d’avoir combattu aux côtés de ce 'boucher' et, après avoir plusieurs fois échappé à la mort, il doit sur les conseils de son amie Josie (Claire Trevor) se réfugier en Arizona, où il pense pouvoir recommencer une nouvelle vie moins agitée. A Prescott, il rencontre Jules Mourret (George Macready), tenancier du saloon, qui sait tout de son passé ayant lui aussi été au service de Quantrill. Mourret, de prime abord honnête homme, tient en fait la ville sous sa coupe et fait dévaliser par son gang l’or transporté dans les diligences. Connaissant les antécédents du nouveau venu, Mourret voudrait l’avoir à son service. Mais Travis, tombé amoureux de la fille du propriétaire de la compagnie de transport et écœuré des méthodes expéditives de Mourret, va essayer de rétablir un semblant d’ordre dans la ville. Pour se faire, il devra jouer un triple jeu...


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On retrouve donc ici Randolph Scott sous la direction d'un de ses réalisateurs de prédilection et dans un film qu’il a coproduit avec son ami Harry Joe Brown pour la Columbia, le dernier en date étant l'excellent Hangman's Knot (Le Relais de l'or maudit) de Roy Huggins dont The Stranger wore a Gun reprend certains de ses lieux de tournage (et probablement certains plans), les paysages secs et rocailleux de Lone Pine. Le Cavalier de la mort contenait déjà toutes les figures de style et les 'thématiques' que De Toth développera dans ses autres westerns dont Les Massacreurs du Kansas. En provenance directe du film noir, un certain fatalisme règne sur les ceux œuvres. Que ce soient Owen Merritt (Le Cavalier de la mort) ou Jeff Travis ici, les deux hommes cherchent tous deux à fuir un passé qui ne cesse de les poursuivre. Jeff Travis ne peut pas faire un pas sans que le fait d’avoir travaillé pour Quantrill le fasse haïr partout où il passe. Au début de chacun des deux westerns, ses personnages sont résignés, ne savent pas quoi faire, dans quel camp se situer, Owen se laissant même aller à boire pour oublier ses peines de cœur. Que leurs amis se fassent tuer devant eux ne les fait pas bouger le petit doigt pour se révolter et réagir comme des 'héros' qu’ils seraient censés être, série B et Randolph Scott obligent ! Il faudra des pertes humaines plus proches ou répétées un peu trop souvent pour qu’ils commencent tous deux à retrousser leurs manches. Randolph Scott interprète dans les deux cas des rôles plutôt ambigus, nous faisant souvent nous demander (tout au moins durant les premières demi-heures) quelles sont leurs motivations. De Toth et son scénariste Kenneth Gamet aiment donc à brouiller les pistes mais tout cela devient plus limpide et manichéen une fois que leurs valeureux héros ont ouvert les yeux.


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Malgré une certaine complexité, des intrigues riches en rebondissements et constamment dynamiques, rien de bien neuf ni de très original contrairement à ce qu’auraient pu nous faire croire leurs prologues. Toute la mise en place des Massacreurs du Kansas est parfaitement bien écrite et laissait présager bien plus que ce qu'il en ressortira au final. Le film débute par le massacre (historiquement réel) de 180 habitants de la ville de Lawrence et le meurtre de sang-froid d’un ami de Travis, ce dernier étant présent mais n’intervenant pas. Hormis quelques surprises plutôt bienvenues et des coups de théâtres incessants, les scénarios des deux premiers De Toth/Scott/Brown deviennent plus sages et traditionnels à mi parcours et au bout du compte, avec les mêmes ingrédients, le même scénariste, le même réalisateur et une bonne partie des mêmes acteurs, l’un des film est réussi, l’autre assez médiocre. Dans Le Cavalier de la mort, l’histoire de Ernest Haycox (Stagecoach) faisait que l’on s’attardait un peu sur les différents personnages ; malgré la faible durée du film, nous avions eu le temps de nous y attacher car tous soigneusement écrits et interprétés y compris les deux rôles féminins. C'est tout l'inverse qui se produit ici.


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Si l’on voulait d’ailleurs s’amuser à faire la comparaison rôle par rôle entre les deux films, l’avantage reviendrait systématiquement au premier. Même si Claire Trevor est plus célèbre, elle fait pâle figure face à Joan Leslie. La différence est encore plus accentuée concernant les 'méchants' et, si vous vous rappelez d’un célèbre adage hitchcockien qui disait que plus le méchant était réussi plus le film l’était aussi, Alexander Knox et son complexe d’infériorité bat par KO l’insignifiant George MacReady. Alors oui, Les Massacreurs du Kansas nous offre l’une des premières occasions (avant Un Homme est passé de John Sturges et L’Empereur du Nord de Robert Aldrich) de voir ensemble deux des seconds rôles de teigneux les plus réjouissants du cinéma mais Lee Marvin n’a qu’un temps de présence très court et effectivement, Ernest Borgnine est l’une des rares raisons de pouvoir prendre du plaisir à ce western totalement bâclé et aux qualités d’écriture bien moindre que celle de Man in the Saddle, le film nous faisant souvent sombrer dans l’ennui malgré l’action incessante.


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De l’action, il y en avait à la pelle aussi dans Le Cavalier de la mort mais les protagonistes nous étaient plus proches car intéressants et psychologiquement bien fouillés, les relations qui les unissaient ou désunissaient bien plus fortes et, plastiquement parlant, en plus d’une belle utilisation du Technicolor par Charles Lawton, on y décelait pas mal de très bonnes idées de mise en scène qu'on peut au contraire compter sur les doigts d'une main au sein de The Stranger wore a Gun. Si certains avaient pu remarquer la doublure de Randolph Scott lors du titanesque combat qui l’opposait à John Russell, rien de comparable avec la ridicule doublure d’Ernest Borgnine lors d’une non moins percutante bataille à poings nus dans Les Massacreurs du Kansas. Ce détail insignifiant en est un parmi tant d’autres qui nous prouve que ce dernier film semble avoir été tourné sans grande conviction ou alors dans le seul but de fournir un film de plus en 3D pour les salles de cinéma, ce western étant le premier à 'bénéficier' de cette nouveauté ; la même année le cinéaste tournait une œuvre d’une toute autre envergure avec cette technique, L’Homme au masque de cire (House of Wax). Dans le western, pas mal d’objet nous sont jetés à la figure et l’effet devait être saisissant lorsque par exemple, la torche d’un des incendiaires de Quantrill s’approche de la caméra en très gros plan. Étonnamment, d’autres séquences sont filmées à plat toujours avec pour but de nous donner une sensation de relief. Peine perdue, ces scènes qui sont des séquences de poursuites, donneraient presque l’impression d’avoir été réalisées par Ed Wood ! De vilains stock-shots quasiment en noir et blanc sont projetés en arrière-plan, l’avant-plan étant occupé par des rochers et buissons en cartons de couleurs vives posés sur rails qui sont actionnés pour donner une impression de mouvements. Le résultat est hideux (était-il le même en 3D ?)


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Si le maître mot de The Stranger Wore a Gun est 'Action', les amateurs devraient être comblés car ça n'arrête pas une seconde, malheureusement au détriment d'une écriture solide du scénario (qui annonce pourtant Yojimbo et Pour une poignée de dollars, le personnage de Randolph Scott prétendant se joindre à deux bandes ennemies afin qu’elles finissent par s’autodétruire) et des personnages. D'ailleurs, concernant les protagonistes, ils ne possèdent ici aucune épaisseur et l'on prend De Toth et Gamet en flagrant délit de pitrerie assez déplorable ; en effet, on a un peu de peine à voir Alfonso Bedoya & Joseph Vitale cabotiner à mort sans jamais nous décocher un sourire. Résultat, ça bouge mais on n'a jamais eu le temps de s'attacher à quiconque et c'est tout juste si l'ennui ne pointerait pas le bout de son nez. Trop rapide et trop schématique, un western trépidant mais sans âme pour lequel on n’a même pas pris la peine de faire écrire une musique originale, la BOF étant composée de morceaux empruntés à droite à gauche. Reste une très bon premier quart d'heure, une impressionnante séquence d'incendie qui vient clore le film et un Randolph Scott seul à tirer son épingle du jeu. C'est bien faible. Espérons que le cinéaste saura relever la tête dans les années qui suivront. Mon petit doigt me dit que c'est ce qui arrivera !

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hellrick
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar hellrick » 7 janv. 12, 17:57

Bon petit divertissement mais rien de mémorable (d'ailleurs j'en ai déjà quasi tout oublié 6 mois après l'avoir vu)...mais il y a Randolph Scott

A ce propos je ne peux résister [Scott] "permit à de petits artisans comme deToth ou Peckinpah de signer leurs moins mauvais films" :shock: :shock: :shock:

Qui a dit ça? :mrgreen:
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The Lone Hand

Messagepar Jeremy Fox » 7 janv. 12, 18:11

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Le Solitaire des Rocheuses (The Lone Hand - 1953) de George Sherman
UNIVERSAL


Avec Joel McCrea, Barbara Hale, Alex Nicol, Jimmy Hunt
Scénario : Joseph Hoffman d’après une histoire d’Irving Ravetch
Musique : Joseph Gershenson
Photographie : Maury Gertsman (Technicolor 1.37)
Un film produit par Howard Christie pour la Universal


Sortie USA : 26 juin 1953


Son épouse venant de décéder, Zachary Hallock (Joel McCrea) vient s’installer à Timberline avec son jeune garçon Joshua (Jimmy Hunt), estimant qu’au sein de ces grands espaces son fils pourrait mieux s’épanouir. Ils s’endettent pour s’acheter une vieille ferme délabrée tout en espérant que les premières récoltes leurs permettront d’être financièrement à jour. Malheureusement ils se rendent vite compte de la difficulté à vivre décemment en tant que fermier ; l’argent commence sérieusement à faire défaut. Un jour, Joshua est témoin du meurtre d’un détective de l’agence Pinkerton par les deux frères Warden, Gus (James Arness) et Jonah (Alex Nicol). Il reconnait même la botte de l’un des deux, la même que celle de l’assassin du shérif, crime auquel le jeune garçon avait également assisté le premier jour de son arrivée en ville. Il en avise son père qui, étrangement, l’oblige à ne surtout en parler à personne. Peu après, sachant Zachary empêtré dans des embarras financiers, ces mêmes frères Warden viennent lui proposer de s’associer à eux pour mettre la région à feu et à sang. Fatigué de travailler durement pour ne récolter que des clopinettes, il accepte, au grand désespoir de son fils qui jusqu’ici voyait son père comme un homme honnête et loyal. Quelles vont être également les réactions de sa toute jeune et nouvelle épouse, Sarah Jane (Barbara Hale), en découvrant les malversations que commet son mari ?


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Après nous avoir offert à la fin des années 40 des westerns aussi plaisants et colorés que Black Bart (Bandits de grands chemins) et Calamity Jane and Sam Bass (La Fille de la prairie), George Sherman entamait en début de décennie suivante une série de westerns pro-Indiens aujourd’hui un peu oubliés mais pourtant tout à fait dignes d’éloges. Ce fut tout d'abord Sur le territoire des Comanches (Comanche Territory) dont le côté bon enfant et l’imagerie naïve étaient totalement assumés, puis surtout le splendide et méconnu Tomahawk ainsi que le très bon Au mépris des lois (Battle at Apache Pass), traités tous deux au contraire avec le plus grand sérieux, la plus grande gravité. Dès l’année suivante, en 1953, The Lone Hand marquait un net recul qualitatif comparativement à tous ces précédents films ; d’ailleurs, même si cet argument n’est pas nécessairement toujours valable, il ne bénéficie même pas d’une notule dans la ‘bible westernienne’ américaine, l'imposant catalogue publié par Phil Hardy. Les deux westerns de Sherman qui suivront immédiatement ne seront guère plus mémorables, que ce soit A l’assaut de Fort Clark (War Arrow) ou Les Rebelles (Border River), ce dernier à nouveau avec Joel McCrea en tête d’affiche. Dans ce domaine, le cinéaste ne retrouvera d’ailleurs à mon avis jamais plus le niveau de ceux tournés à l’orée des années 50, même si certains autres aficionados du genre portent encore au pinacle des titres plus récents tels Le Trésor de Pancho Villa (The Treasure of Pancho Villa), Duel dans la Sierra (The Last of the Fast Guns) avec l’injustement méconnu Jock Mahoney, voire même son dernier film avec John Wayne, Big Jake, aujourd'hui encore son film le plus connu.


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Si The Lone Hand ne vous semblera probablement pas inoubliable, il n’aura cependant pas été désagréable à visionner d’autant qu’il n’est pas dépourvu de qualités à commencer par son postulat de départ et son point de vue. En effet, même si la première séquence semble annoncer par ses images un western idyllique voire une douce tranche d’americana, la voix-off du jeune garçon, tout en posant les bases du récit -à savoir l’installation de lui et son père nouvellement veuf en tant que fermiers dans une région verdoyante du Colorado- prévient d’emblée que son paternel va mal tourner, narrant des évènements qui ont déjà eu lieu. Le spectateur, tout en assistant à des séquences de chroniques paysannes typiques d’un western familial, s’attend d’un moment à l’autre à l’irruption du drame, à ce que le film bifurque vers plus de noirceur. Et ce léger suspense est immédiatement mis en branle puis accentué dès l’arrivée en ville, séquence au cours de laquelle le jeune narrateur assiste à des scènes assez violentes alors que son père est en train de s’occuper de l’achat d’un terrain et d’une ferme ; en effet il est témoin d’un hold-up qui se solde par la mort du shérif abattu à bout portant. Mais les défauts du scénario (qui demande un peu trop au spectateur la suspension d’incrédulité) sont eux aussi d’emblée présents et c’est cette constante oscillation entre originalité et manque de crédibilité qui va rendre le film assez bancal et au final plutôt moyen. Non seulement Joshua ne parle quasiment pas à son père de ce dont il vient d’être témoin mais les deux hommes semblent ne pas en être bouleversés outre-mesure oubliant aussitôt ce fait sanglant. Mais l'audace du scénario reprend le dessus : quelque temps après le jeune Joshua se trouve à nouveau sur les lieux d’un autre meurtre, celui d’un détective de l’agence Pinkerton. En faisant part à son père, ainsi que du fait d’avoir reconnu l’un des assassins du shérif, il est étonné de se voir réduit au silence, menacé de punition s’il en parle à qui que ce soit ; d’homme noble et loyal qu’il vénérait, son père descend de plus en plus de son piédestal. Il va d’abord le trouver lâche de ne pas vouloir être mêlé à ces faits avant d’être désespéré de le voir prendre la mauvaise voie, celle du crime. Idée assez passionnante !


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Les deux principales qualités du film sont donc une histoire contée à postériori du point de vue d’un enfant d’une dizaine d’année ainsi que le fait que ce jeune garçon ait été fortement troublé par les évènements dont il a été témoin avec un pic émotionnel face à l’attitude amorale qu’il commence à percevoir chez un père devant lequel il était jusqu’à présent en admiration : pourquoi ce modèle de loyauté ne supportant pas la violence devient-il du jour au lendemain non seulement un couard mais également un hors-la-loi ? Seulement l’intensité dramatique liée à cette consternation et à cette sensation de désespoir n’est pas vraiment de la partie : le spectateur a non seulement du mal à croire que Joel McCrea puisse passer du mauvais côté de la loi, surtout après nous avoir été présenté comme une sorte de père idéal, mais [Spoilers] il est tout autant invraisemblable de savoir que cet ‘infiltré’ (puisqu’il s’agit également d’un western à twist) en est passé par plus de six mois de labeur acharné avant d’intégrer la bande et encore plus de le voir fracasser des cranes lors des méfaits perpétrés par le gang : tuer des innocents pour faire aboutir son enquête n’est absolument pas crédible. Outre ce retournement de situation finalement assez prévisible en connaissance de cause (notamment par le fait de connaitre la filmographie du comédien principal et sa rectitude morale quant aux personnages qu’il avait à interpréter), une autre surprise amenée par le scénario est celle de l’identité du chef de gang que je dois avouer en revanche ne jamais avoir deviné [fin des spoilers]. Joel McCrea avait déjà tourné deux westerns avec pour partenaire un enfant-vedette : Saddle Tramp de Hugo Fregonese et Cattle Drive de Kurt Neumann. C’est à nouveau le cas avec The Lone Hand où il donne la réplique au jeune Jimmy Hunt (Invaders from Mars). Sans posséder autant de naturel et de talent que Dean Stockwell, il se révèle cependant assez crédible, tout autant que la charmante Barbara Hale dans un rôle plutôt mûr et complexe. Dommage en revanche que les Bad Guys soient aussi peu étoffés d’autant qu’ils bénéficiaient du talent d’acteurs tels Alex Nicol et James Arness.


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Un western assez original et audacieux dans la conduite de son récit mais néanmoins mineur par son manque de rigueur dans l’écriture. Formellement, même si l’ensemble reste très professionnel (avec notamment des séquences d’action bien menées, aidées en cela par cascadeurs chevronnés), rien qui ne nous marque vraiment malgré les décors naturels du Colorado très ressemblants à nos majestueuses Alpes françaises ; dans sa mise en scène, sa gestion de l'espace et du rythme, George Sherman fut préalablement souvent bien plus inspiré qu’ici. Cependant, les aficionados des westerns Universal en Technicolor des années 50 devraient passer un agréable moment. A signaler pour finir que le titre français inventé par Sidonis n'a pas vraiment de rapport avec l'intrigue du film.

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Jeremy Fox
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Messagepar Jeremy Fox » 7 janv. 12, 18:11

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