Le Western américain : Parcours chronologique II 1950-1954

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Calamity Jane

Messagepar Jeremy Fox » 21 févr. 12, 13:22

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La Blonde du Far West (Calamity Jane, 1953) de David Butler
WARNER


Avec Doris Day, Howard Keel, Philip Carey, Dick Wesson, Paul Harvey, Chubby Johnson, Allyn Ann McLerie
Scénario : James O'Hanlon
Musique : Sammy Fain & Paul Francis Webster
Photographie : Wilfred M. Cline (Technicolor)
Un film produit par William Jacobs pour la Warner


Sortie USA : 04 novembre 1953

Après The Harvey Girls et Annie reine du cirque (Annie Get your Gun), tous deux signés George Sidney, voici avec Calamity Jane une troisième comédie musicale se déroulant dans le Far-West du 19ème siècle et s'appropriant respectueusement tous les codes et ingrédients du genre, toujours avec beaucoup d'humour. Annie Get your Gun mettait déjà en scène un fameux personnage féminin de l'histoire de l'Ouest, Annie Oakley, qui fut l'une des principales attractions du cirque de Buffalo Bill. Concernant cette autre célébrité qu’est Calamity Jane, nous avions déjà eu l'occasion de rencontrer ce personnage sous les traits de Jean Arthur dans le superbe The Plainsman (Une Aventure de Buffalo Bill) de Cecil B. DeMille aux côtés de Gary Cooper dans le rôle de Wild Bill Hickok, puis sous ceux de la splendide Yvonne De Carlo dans un western beaucoup moins connu mais excellent lui aussi, réalisé par George Sherman en 1949, La Fille des prairies (Calamity Jane ans Sam Bass). En cette année 1953, c’est au tour de Doris Day d’endosser le rôle de la tireuse d’élite la plus emblématique qui soit ; et elle le fait avec un abattage confondant !


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Calamity Jane (Doris Day), très populaire dans sa ville de Deadwood (Dakota), est un véritable garçon manqué aux manières frustres, très habile au tir. Derrière son dos, attisé par Wild Bill Hickok (Howard Keel), ses concitoyens ne manquent pas une occasion de se moquer de sa vantardise outrancière, de sa naïveté et de son caractère très ‘soupe au lait’. Tous ces défauts ne l'empêchent pas d'avoir un cœur d'or ; elle va tout faire pour sauver de la faillite son ami Henry Miller (Paul Harvey), le tenancier du saloon local qui vient de subir un bide monumental avec la prestation calamiteuse de Francis Fryer (Dick Wesson) qu'il avait obligé à se travestir en femme après avoir annoncé à ses clients la venue d'une certaine... Frances Fryer. Pour que son établissement ne soit pas vite déserté, il faut qu'il trouve au plus vite une remplaçante qui fasse le poids. Voilà que Calamity part pour ‘Chicagee’ à la recherche d'Adélaïde Adams, une chanteuse adulée que les habitants de Deadwood, en manque de présence féminine, rêveraient de voir se produire dans leur petite bourgade. Mais ‘Calam’ ramène sans le savoir sa bonne, Katie Brown (Allyn Ann McLerie) qui, rêvant de monter sur scène, se fait passer pour sa patronne. Le lieutenant Danny Gilmartin (Philip Carey) et Wild Bill Hickok ne vont pas être insensibles aux charmes de la nouvelle venue, au grand dam de Calamity qui prend du coup conscience de son manque de féminité...


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Cette parodie a été réalisée par David Butler, cinéaste assez peu connu que nous avions pourtant déjà croisé aux alentours de 1946 lorsque nous avions abordé le plaisant San Antonio, l'un des plus gros budgets de la Warner dans le genre et qui mettait en scène Errol Flynn et Alexis Smith. Mais les amateurs de comédies musicales le connaissent mieux que les westernophiles puisque ce fut quasiment son genre de prédilection. Toujours à la Warner pour qui il fut très fidèle, après celles de Michael Curtiz, Butler a sans doute réalisé les films musicaux les plus sympathiques du début de carrière de Doris Day avec Tea for Two et Escale à Broadway (Lullaby of Broadway). Mais il est évident que son talent est bien moindre que celui de George Sidney et, techniquement et plastiquement parlant, son Calamity Jane n’est pas du même niveau que The Harvey Girls ou Annie Get your Gun avec lequel il possède néanmoins d’innombrables points communs à commencer par son personnage principal qui aurait d’ailleurs très bien pu être interchangeable, Betty Hutton et Doris Day les interprétant sur le même tempo et sur le même registre, à savoir celui du cabotinage le plus éhonté ; il vaut mieux prévenir car ces deux prestations pourraient en fatiguer ou agacer plus d’un alors que d’autres au contraire se réjouiront d’une telle énergie à revendre !


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Même si le film possède un rythme assez soutenu, la mise en scène est trop peu inspirée pour en faire une grande comédie musicale. Ceci dit, elle s’avère néanmoins franchement très amusante. Elle est portée à bout de bras par une Doris Day gouailleuse et survoltée qui s'amuse visiblement comme une folle à se comporter et à parler comme un garçon mal dégrossi. Son énergie et son abatage sont communicatifs ; son registre étant assez vaste, elle arrive même vers la fin du film à nous toucher par sa vulnérabilité : se rendant compte de sa grossièreté et de sa lourdeur, bref de son manque de féminité qui, jusqu’à ce qu’elle tombe amoureuse, ne lui faisait pas défaut, elle tente de retrouver charme et attrait, faisant également en sorte d’oublier sa pudibonderie exagérée. Naïve, voire même idiote, moquée par ses concitoyens qui ne peuvent s’empêcher dans le même temps de la respecter et l’admirer, Doris Day compose un personnage clownesque mais finalement très attachant. Quant à Howard Keel, il se révèle toujours aussi sympathique, n’hésitant pas une seconde à se moquer de lui-même et de son personnage de bellâtre vantard. Si certains (nombreux) ne seront pas encore convaincus à cette occasion par leurs talent de comédiens, ils devraient en revanche l’être par leur génie vocal car ce qui est certain, c'est que ce sont deux chanteurs formidables et ils ont ici de quoi le prouver car les tubes se suivent sans discontinuer à commencer dès le début par le revigorant ‘The Deadwood Stage’ (sur fond d’hideuses transparences décidément typiques de la Warner de cette époque.)


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S’ensuivent, toujours aussi remuantes, l’amusante et acrobatique ‘Just Blew in from the Windy City’ par une Doris Day qui se démène comme un beau diable ; l’hilarante ‘I Can Do Without You’ en duo avec Howard Keel, chanson qui ressemble étrangement à la plus mémorable de celles que l’on trouvait dans Annie Get your Gun, déjà un duo-scène de ménage entre Howard Keel et Betty Hutton, ‘Anything You Can Do, I Can Do Better’ ; la sympathique ‘A Woman's Touch’, un duo de femmes chanté par Doris Day et la très belle découverte qu’a été l’actrice Allyn Ann McLerie dont on regrette qu’elle n’ait pas fait une grande carrière au cinéma. Howard Keel prouvait qu’il était toujours un fabuleux baryton avec la délicieuse ‘Higher than a Hawk’ ; la très belle ballade ‘The Black Hills of Dakota’ précédée d’une phrase de Doris Day nous rappelant que nous étions en pleine période de réhabilitation de la nation indienne : "Pas étonnant que les indiens se battent pour garder ce pays". Et enfin, la chanson phare du film enregistrée en une seule prise, celle qui du jour au lendemain a propulsé Doris Day encore plus haut dans les sommets des box-office, ‘Secret Love’ : plus d’un million d’exemplaires vendus et l’Oscar de la meilleure chanson de l’année !


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Alors il semble évident qu’il ne faut pas chercher ici quelconque élégance ou finesse : David Butler et son scénariste sortent la grosse artillerie (ceci dit extrêmement efficace), et la bonne humeur qui parcourt le film devient vite contagieuse. On retrouve avec plaisir Philip Carey, inoubliable quelques mois auparavant dans Bataille sans merci (Gun Fury) de Raoul Walsh, ici il est vrai, un peu effacé par le dynamisme de ses partenaires dont un Howard Keel qu’il faut avoir vu être obligé de se déguiser en squaw suite à un pari qu’il pensait perdu. D’excellentes chansons et une énergie débordante sans lesquels le film serait probablement tombé aux oubliettes. Un film qui plaira avant tout aux fans de Doris Day qui s’est d’ailleurs toujours plu à dire qu’il s’agissait de son film préféré. Elle écrivait dans son autobiographie intitulée ‘Doris Day, her own Story’ : “In 1953 I made one of my favorite musicals, Calamity Jane. I loved portraying Calamity Jane, who was a rambunctious, pistol-packing prairie girl (I lowered my voice and stuck out my chin a little). I can’t say that the physical high jinks of jumping on horses, bars, wagons, and belligerent men or doing pratfalls in muddy streams seemed to be particularly exhausting…I had a great working relationship with my costar, Howard Keel, and absolutely first-rate songs to sing (by Sammy Fain and Paul Webster), one of which, ‘Secret Love,’ became my third million-plus recording and won that year’s Academy Award.”

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Rick Blaine
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Rick Blaine » 21 févr. 12, 13:33

Ta chronique me fait envie en fait. Je vois bien l'énergie de Doris Day (dont il faudra que je continue à découvrir les films un de ces jours) dans ce film. Et tes captures font tout pour convaincre.
J'ai beau avoir essuyé un échec avec ma première tentative de 'Western Musical' (avec The Harvey Girls), j’essaierai volontiers celui-ci!

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Jeremy Fox
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Jack Slade

Messagepar Jeremy Fox » 21 févr. 12, 13:39

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Jack Slade le damné (Jack Slade, 1953) de Harold D. Schuster
ALLIED ARTISTS


Avec Mark Stevens, Dorothy Malone, John Harmon, John Litel, Barton MacLane, Paul Langton, Harry Shannon, Lee Van Cleef
Scénario : Warren Douglas
Musique : Paul Dunlap
Photographie : William A. Sickner (noir et blanc)
Un film produit par Lindsley Parsons pour la Allied Artists


Sortie USA : 08 novembre 1953

Pour sa violence, sa noirceur et son pessimisme assez inhabituels, ce western de série est devenu culte pour les quelques westernophiles ayant eu la chance de le voir. Car Jack Slade n’est pas un film très connu, probablement par le fait d’avoir été produit par un petit studio, la Allied Artists, et donc mal distribué puis diffusé à dose homéopathique sur le petit écran. Pour ma part, sans vouloir être méchant ni avec l’intention de vexer les fans, j’aurais plutôt tendance à penser que si Jack Slade est également très rarement abordé au sein des différents ouvrages sur le western (pas même une notule dans le ‘catalogue’ de Phil Hardy) c’est parce qu’il ne méritait pas de l’être plus. Il est cependant tout à fait légitime que les admirateurs du film de Harold ‘Mon ami Flicka’ Schuster aient envie de leur côté de le défendre becs et ongles. Bref, le mieux est de vous faire votre propre opinion car l’amour que certains vouent à ce western est d’une telle sincérité et d'une telle intensité que je ne voudrais surtout pas faire de l’ombre à leur farouche volonté de faire sortir Jack Slade des oubliettes.


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En lui lançant une pierre à la face, Joe Slade (Mark Stevens) tue son premier homme par accident alors qu’il a seulement treize ans. Ce drame le contraint à quitter la région en compagnie de son père (Harry Shannon). Lors de l’attaque de la diligence où ils se trouvaient tous deux, son père est abattu par les hors-la-loi en s’interposant pour sauver son jeune garçon. Se sentant doublement responsable, l’adolescent va voir sa vie basculer dans une spirale ininterrompue de violence, persuadé dès lors que son destin sera funeste. Recueilli par le conducteur de la diligence, il change son prénom, se faisant désormais appeler Jack. Quelques années plus tard, de retour de la guerre contre le Mexique, il devient maître de poste de la compagnie Overland. Il épouse Virginia Dale (Dorothy Malone) qui va le soutenir envers et contre tous, alors qu’il commence à être décrié partout où il passe, précédé par sa réputation d’homme taciturne et violent, n’hésitant pas à tuer ou lyncher de sang froid les bandits qui se mettent au travers de sa route. Le voilà même qui sombre dans l’alcoolisme après qu’il ait accidentellement blessé une petite fille et avoir laissé tuer un adolescent orphelin qu’il avait décidé de recueillir…


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"Il tue, il boit, il se déteste" dira le personnage joué par Dorothy Malone pour décrire son époux dans le film. Joseph Slade a réellement existé. Travaillant pour différentes compagnies de diligence, il acquit rapidement une réputation de tireur d’élite ; en effet, son travail étant de faire en sorte que rien ne retarde les convois, il ne les laissait pas attaquer sans les défendre avec férocité, de nombreux outlaws étant tombés sous ses balles à ces occasions et en d’innombrables autres. Au début des années 60, il supervisa la construction de plus de deux cent relais de poste du Pony Express. Son image s’est très vite terni d’autant plus qu’il s’était mis à la boisson. Il fut lynché par la milice locale de Virginia City en 1864, accusé de troubler l’ordre public. Mark Twain en fit un fulgurant portrait au sein de son roman daté de 1872, ‘Roughing it’, repris en préambule du film. "There was such magic in that name, SLADE! A high and efficient servant of the Overland, an outlaw among outlaws and yet their relentless scourge, Slade was at once the most bloody, the most dangerous, and the most valuable citizen that inhabited the savage fastnesses of the mountains." C’est donc un personnage d’une rare noirceur qu’interprète Mark Stevens, comédien qui aurait également assisté Harold Schuster à la mise en scène. Un Jack Slade brutal et tourmenté qui n'arrive pas à mettre un terme à cette spirale de violence qu'il a initié et qui finit par se résigner en acceptant son sort peu enviable d'homme honnête mais dangereusement intransigeant, obligé d’en arriver à survivre en tuant. Il aurait rêvé de mener une vie normale mais son tempérament sanguin, la malédiction qui s’est abattue sur lui et à laquelle il croit dur comme fer, ainsi que les virages du destin, l’en empêchent.


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Dommage que dans la peau de cet antihéros suicidaire, l’acteur Mark Stevens soit aussi peu charismatique, n’ayant quasiment qu’une seule expression de visage tout du long, et que le personnage soit aussi schématiquement écrit (tout comme le reste du scénario d’ailleurs) : on ne ressent à aucun moment une quelconque empathie à son égard alors qu’il semble évident que l’auteur a voulu le rendre humain au vu des nombreuses séquences où on le voit s’apitoyer sur un orphelin, s’excuser d’avoir blessé une petite fille, tenter d’avoir une vie normale auprès de son épouse… Mais l’écriture du film est si schématique et hachée que le film devient assez vite répétitif et monotone, nous empêchant de nous attacher à qui que ce soit, pas plus à Mark Stevens qu'à Dorothy Malone d'ailleurs, qui ne semble pas encore à son aise dans le genre. La volonté de faire réaliste était elle aussi louable et certains détails s'avèrent très intéressants et assez nouveaux comme ce comptoir de saloon fait de tonneaux et d'une planche. Mais d'autres semblent vite lourds et trop appuyés comme le fait de montrer que l'Ouest était sale et poussiéreux et de faire porter à Mark Stevens des chemises toutes aussi maculées de sueur. Mais à ce niveau, le film de Harold Schuster pourrait avoir été une des influences des cinéastes des années 60 au nombre desquels on peut compter les futurs réalisateurs du western italien.


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Si seulement derrière la camera se trouvait un bon réalisateur ; mais la mise en scène de Schuster se révèle totalement impersonnelle, nous octroyant néanmoins quelques très bonnes idées comme celle du lynchage du jeune musicien, le balancement de ses pieds une fois pendu faisant résonner les cordes de sa guitare posée au sol. On met souvent en avant cette noirceur et ce pessimisme qui parcourent le film. On ne peut pas nier ces éléments. Et pourtant, si l’on revient en arrière, on trouve déjà des westerns tout aussi sombres mais d’une toute autre trempe : pensez aux deux westerns en noir et blanc de William Wellman dans les années 40 (The Ox-Bow Incident - L'Etrange incident et Yellow Sky - La Ville abandonnée), ou, à propos d’anti-héros ‘victimes du destin’, de bien plus convainquants Rock Hudson dans The Lawless Breed (Victime du destin) de Raoul Walsh ou Robert Ryan dans Horizons West (Le Traître du Texas) de Budd Boetticher pour n’en citer que deux.


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Bref, si l'idée était intéressante, si l'histoire initiale avait tout pour accoucher d'un très bon film, 'l'emballage' s'avère totalement quelconque que ce soit la mise en scène sans aucune personnalité ou le scénario sans aucun liant. Un film sans âme et sans vie (pas aidé par un Mark Stevens qui ne m'a pas convaincu, pas plus que le reste du casting) dont on ne peut que regretter qu'il n'ait pas été mis en scène par un Samuel Fuller. Un ton amer pour une amère déception au cours de laquelle les morts ont beau s’accumuler, ils ne nous touchent guère. Malgré le fait de ne pas y avoir accroché, je le conseille néanmoins pour son atmosphère assez originale et son réalisme sordide qui pourra plaire à certains n’appréciant guère le classicisme dans le western de ces années là. L’année suivante, le studio allait sortir The Return of Jack Slade, toujours réalisé par Harold D. Schuster, avec John Ericson dans le rôle du fils du célèbre tireur.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Rick Blaine » 21 févr. 12, 13:51

Jeremy Fox a écrit :A consommer cependant avec modératin et avec précautions d'usage :mrgreen:
Niveau mise en scène, c'est quand même nettement moins bon que The Harvey Girls.. N'ayant pas apprécié celui-ci, je ne sais pas si Calamity Jane pourrait plus te plaire. Quoique, tu avais assez apprécié les Curtiz il semble me souvenir.


Oui j'avais beaucoup aimé les Curtiz, surtout le premier (Romance on The High Seas). J'avais également beaucoup aimé le Butler (It's a Great Feeling).
Mais j'ai encore pas mal de films avec Doris Day à découvrir, dont certains sur lesquels je mise beaucoup (comme Young at Heart par exemple), je note tout de même celui ci pour la suite, éventuellement. (Et dans ce cas je prendrais es précautions d'usage!! :mrgreen: )
Dernière édition par Rick Blaine le 21 févr. 12, 13:56, édité 1 fois.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Jeremy Fox » 21 févr. 12, 13:56

Rick Blaine a écrit : J'avais également beaucoup aimé le Butler (It's a Great Feeling).
.


Dans ce cas là, tu es sauvé ; Calamity Jane lui est bien supérieur. Quant à Young at heart, je le considère comme le meilleur film de l'actrice, c'est peu dire.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Rick Blaine » 21 févr. 12, 14:02

Jeremy Fox a écrit :
Rick Blaine a écrit : J'avais également beaucoup aimé le Butler (It's a Great Feeling).
.


Dans ce cas là, tu es sauvé ; Calamity Jane lui est bien supérieur.


:D J'avais vraiment trouvé le Butler formidablement réjouissant. Et puis, il ne faut pas se mentir, le charme de Doris Day est quand même un énorme plus pour un film. J'ai vu très peu de ses rôles, mais je commence à te comprendre... :fiou:


Jeremy Fox a écrit :Quant à Young at heart, je le considère comme le meilleur film de l'actrice, c'est peu dire.

Je vais me regarder ça rapidement alors.

Chip
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Chip » 22 févr. 12, 14:16

Doris Day était excellente , pour ne pas dire remarquable dans le rôle de la chanteuse Ruth Etting du film de Charles Vidor " Love me or leave me" (les pièges de la passion ), à mon avis sa plus belle prestation. Un bon film à (re)découvrir.

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Hondo

Messagepar Jeremy Fox » 24 févr. 12, 11:36

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Hondo, l’homme du désert (Hondo, 1953) de John Farrow
WARNER


Avec John Wayne, Geraldine Page, Ward Bond, Michael Pate, Rodolfo Acosta, James Arness, Leo Gordon, Paul Fix
Scénario : James Edward Grant d’après une nouvelle de Louis L’Amour
Musique : Hugo Friedhofer & Emil Newman
Photographie : Robert Burke & Archie Stout (Warnercolor)
Un film produit par Robert Fellows & John Wayne pour la Wayne-Fellow Production


Sortie USA : 25 novembre 1953


La société de production créée en commun par John Wayne et Robert Fellows, la Batjac, n'aura compté à son actif qu'à peine une trentaine de films, la plupart distribués par la Warner, et dont le plus grand titre de gloire sera sept ans plus tard le fameux Alamo. Hondo est le quatrième titre de la compagnie a être sorti sur les écrans américains et le premier western. Invisible durant plus d’une décennie, il était devenu une sorte de film culte de par sa rareté et du fait que John Ford en ait tourné une petite partie. De plus, il s’agissait d’un des rares westerns d’importance avec John Wayne à demeurer invisible pour des problèmes de droit. Tous ces éléments firent, qu’à l’instar de Apache Drums de Hugo Fregonese, il faisait partie il y a encore peu des westerns les plus recherchés par les amoureux du genre. Mais contrairement à Quand les tambours s’arrêteront, le western de John Farrow s’avère, sinon mauvais (loin de là) mais sacrément bancal. Hondo étant son dernier western, on peut désormais affirmer que le cinéaste n’aura pas spécialement brillé dans le genre, gâchant en partie quasiment tous les bons scénarios qu’il eut entre les mains. Hondo, reste néanmoins sa meilleure contribution au genre, un western pas désagréable, seulement bien décevant au regard de sa réputation.


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1874 alors que les guerres indiennes battent leur plein suite aux traités de paix non respectés par le gouvernement américain. Hondo Lane (John Wayne), un éclaireur de l'armée américaine qui vient de perdre son cheval lors d’une échauffourée avec les Indiens, arrive dans le ranch isolé d'Angie Lowe (Geraldine Page) qui vit avec son fils Johnny, un garçon de dix ans. On lui offre gite, couvert et même monture. Malgré les affirmations de la jeune femme comme quoi son époux devrait revenir d’un jour à l’autre, Hondo comprend vite qu'elle a été abandonnée et qu'elle doit s'occuper seule de sa ferme. Il décide alors de rester quelque temps auprès d’eux, cherchant à les persuader de quitter la région sous peine de se faire massacrer par les Apaches. Mais Angie, confiante en un peuple qui ne lui a jamais fait le moindre mal, les Indiens venant abreuver leurs chevaux depuis des années sur ses terres, refuse de partir. N’étant pas arrivé à la convaincre, Hondo finit par se rendre à Fort Seddon où il se frotte à un rustre qui n’est autre que le mari d’Angie, Ed (Leo Gordon). Pendant ce temps là, le chef Apache Vittorio (Michael Pate), l’homme qui donne le plus de fil à retordre à la cavalerie, arrive au ranch des Lowe où, alors qu’il venait pour les menacer, impressionné par la bravoure du jeune Johnny, décide de les protéger et de faire du jeune garçon son frère de sang. En revanche, il explique à sa mère que si elle n’a plus d’époux, il va falloir qu’elle en choisisse un parmi ses guerriers si elle veut ne pas être inquiétée lors des raids meurtriers programmés qui devraient s'abattre sur la région…


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A l’origine, John Wayne ne devait que produire Hondo et c’était Glenn Ford qui devait tenir le rôle-titre. Sous contrat avec Batjac, ce dernier venait de tourner Les Pillards de Mexico (Plunder of the Sun) sous la direction de John Farrow et préféra s’abstenir de recommencer l’expérience suite à ses rapports tendus avec le cinéaste. John Wayne, en remplacement de Katharine Hepburn dont le nom avait été d’abord pressenti pour le rôle d’Angie, dénicha une jeune actrice de théâtre new-yorkaise qui dans le même temps enseignait l’art dramatique. C’est ainsi que Géraldine page obtint son premier rôle au cinéma (et non moins qu'une nomination aux Oscars). Outre Ward Bond, l’ami de toujours du Duke, on trouve également au sein du casting, James Arness, qui était en quelque sorte le protégé de l’acteur-producteur, ce dernier l’encourageant plus tard (sans réussite) à reprendre le rôle de Hondo dans la série qui sera tirée du film en 1967. Quant au jeune Lee Haker, il deviendra une grande vedette de la télévision dès l’année suivante puisqu’il sera Rusty dans la série ‘Rintintin’. Du fait du maniement très pénible des caméras destinées à la 3D (et notamment sous la chaleur écrasante de cet été mexicain), le retard pris au tournage obligea John Farrow à le quitter avant la fin, ayant pris d’autres engagements par ailleurs et devant rentrer à Hollywood. C’est John Ford, habitué des plateaux Batjac en tant que grand ami de John Wayne, qui mit la main à la pâte et qui filma la longue scène finale de l’attaque du convoi de pionniers par les indiens. Franchement, même en le sachant, on n’arrive pas vraiment à reconnaître son style ni le souffle habituel qu’il arrive à insuffler à ses scènes d’action ; Ford semble avoir tourné ces séquences supplémentaires sans forte conviction, juste pour donner un coup de main en passant.


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Un zest de Shane (tout le postulat de départ avec l’arrivée de l’aventurier solitaire, son ‘intégration’ au sein d’une famille de fermiers ainsi que sa relation avec le jeune garçon), une pincée de L’Ange et le mauvais garçon déjà scénarisé par James Edward Grant (les passionnantes relations du personnage interprété par John Wayne avec sa partenaire féminine), quelques dialogues et situations en faveur de la nation Apache (puisque nous étions en plein vague pro-indienne), un John Wayne très à son aise avec les dialogues laconiques que lui a écrit son scénariste favori pour au final un western en fait très classique. Il fut tourné en 3D alors qu’en cette fin 1953 le système (dans cette version) vivait déjà ses dernières heures après n’avoir perduré qu’à peine une année. Ce ne sont pas les spectateurs que nous sommes qui allons nous en plaindre car le résultat en 2D a souvent été assez hideux, le metteur en scène se préoccupant souvent plus de se mettre au service de ce gadget visuel plutôt que de se concentrer sur la beauté de ses plans. Ainsi, quelques scènes comme celle du combat au couteau entre John Wayne et Rodolfo Acosta, qui aurait du être le clou du film, se révèlent parfois pataudes et ridicules avec ces plans des acteurs tendant l’arme au spectateur sur fond de transparences très visibles. Heureusement, l’utilisation de la 3D a lieu ici à dose homéopathique et d’autres séquences mouvementées comme la poursuite de John Wayne par les indiens rattrapent le coup par une belle efficacité ; dommage par contre que la musique soit aussi souvent envahissante alors même que le doux thème principal du film que l'on entendait dès le générique s’avèrait une totale réussite.


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Si la mise en scène est finalement assez fade (malgré de très beaux moments), le scénario n’est pas non plus entièrement satisfaisant. Il semblerait que les auteurs du films n’aient pas pu faire ce qu’ils souhaitaient car le script comporte de gros trous et beaucoup d’approximations ; dès qu’une piste intéressante est amorcée, on passe immédiatement à autre chose sans avoir eu le temps d’approfondir. Et puis cette intermission au bout de 40 minutes au sein d’un film ne dépassant pas l’heure et demie est on ne peut plus incongrue ! Comme si Hondo avait été charcuté par les producteurs ; ce qui ne semble pourtant pas avoir été le cas. Un grand mystère en tout cas mais la patte de James Edward Grant ressort heureusement dans toute sa sensibilité quant il s’agit de décrire les relations entre les deux personnages principaux. Les premières vingt minutes sont à ce propos sans doute les plus réussies du film. D’un côté ce ‘Lonesome Cow-boy’ au sang-mêlé, charismatique à souhait mais hautement sentencieux, prônant l’indépendance comme mode de vie idéal (de l’égoïsme à ce niveau là), balançant à tout bout de champ sa phrase fétiche : "A man oughta do what he thinks is right". Un de ces ours laconiques au grand cœur dans la peau desquels John Wayne savait si bien se fondre. Face ce protecteur avéré de la veuve et l'orphelin, une femme laborieuse n’ayant jamais quitté son lieu de naissance, ayant sacrifiée sa vie pour un mari qui ne le méritait pas ; mais malgré son caractère bien trempé, une femme douce et intelligente, d’une remarquable lucidité sur sa situation et assez fine psychologue au point de renvoyer dans ses cordes son trop arrogant et vaniteux compagnon. Anglophiles, je vous invite à lire cet extrait de dialogue qui fait suite à la décision de Hondo d’aller dire la vérité à Johnny sur son père, sur le fait que c’était un homme mauvais et que c’est lui-même qui a été obligé de le tuer.


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Angie : “You and your silly ideals. You think truth is the most important thing.”

Hondo : “It's the measure of a man.”

Angie : “Well, not for a woman. A man can afford to have noble sentiments and poses, but a woman only has the man she married. That's her truth. And if he's no good, that's still her truth. I married a man who was a liar, a thief and a coward. He was a drunkard and unfaithful. He only married me to get this ranch and then he deserted Johnny and me for good. And that's your fine truth for you. Could I bring Johnny up on that?”

Hondo : “Well, I guess you couldn't”.

Angie : “And then you come along and you're good and fine and everything that Ed could never hope to be. And now in your vanity, you want to spoil Johnny's chances and mine”.


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Cet extrait de dialogue entre John Wayne et Geraldine Page est à mon avis un très bon exemple pour se rendre compte de la qualité des dialogues et de la richesse psychologique dans la description des personnages principaux. Il y avait vraiment de la matière pour un magnifique western ; malheureusement, toutes les pistes de la sorte sont abandonnées à peine apparues. Ainsi des relations entre le jeune Johnny (d’ailleurs plutôt terne) et le chef indien Vittorio tout juste esquissées ; ainsi du mode de vie des indiens qui, d’après Hondo, est le meilleur qui soit, mais dont on ne verra jamais rien ; ainsi du personnage savoureux que joue Ward Bond mais qui ne sert finalement pas à grand-chose ; ainsi des relation du jeune garçon, cette fois avec Hondo, qui ne sont guère plus fouillées mais qui sont à l’origine de la séquence la plus cocasse du film, celle au cours de laquelle John Wayne, apprenant que Johnny ne sait pas nager, le prend par le fond de culotte et le jette au milieu de la rivière pour qu’il fasse immédiatement son apprentissage ; ainsi des relations entre Hondo et Angie qui, si elles sont ce qui est de plus attachant et de plus réussi, souffrent de la comparaison avec celles qui liaient John Wayne et Gail Russell dans The Angel and the Badman, l’unique réalisation du scénariste de Hondo, James Edward grant… Des exemples d’idées intéressantes à peine esquissées ou trop peu développées, d’hésitations quant à la direction à prendre, de schématisme dans la description des personnages, etc., malheureusement le scénario en fourmille ; d’où mon interrogation quant à savoir s’il n’y aurait pas eu charcutage ! A écouter tous les protagonistes ayant participé au film, encore une fois, rien de tel ne serait arrivé.


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Bref, jamais ennuyeux, même souvent très plaisant, mais trop inégal que ce soit au niveau de la mise en scène ou de l’écriture pour pleinement satisfaire. Resteront néanmoins en mémoire quelques fabuleux moment comme l’arrivée d’Hondo dans le ranch isolé dès les premières images, la spectaculaire poursuite du même Hondo par les indiens se terminant par la descente d’une falaise de sable à cheval, les plans magnifiques de John Wayne s’arrêtant au bord d’une rivière d’un bleu ‘warnecolorisé’ absolument superbe, ceux d’un naturel étonnant voyant le même John Wayne manier la pince et le marteau de maréchal-ferrant comme s’il avait toujours fait ça… Pour finir et pour la bonne bouche, encore un extrait des très bonnes réparties dues à James Edward Grant :

Angie Lowe : “I love you. I suppose I shouldn't have said that with my husband dead so short a time”.
Hondo Lane : “I don't guess people's hearts got anything to do with a calendar.”

Bref, malgré ne pas avoir été très tendre envers lui, le film demeure néanmoins attachant.

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Re: Hondo

Messagepar hellrick » 24 févr. 12, 14:37

Jeremy Fox a écrit : Il fut tourné en 3D alors qu’en cette fin 1953 le système (dans cette version) vivait déjà ses dernières heures après n’avoir perduré qu’à peine une année. Ce ne sont pas les spectateurs que nous sommes qui allons nous en plaindre car le résultat en 2D a souvent été assez hideux, le metteur en scène se préoccupant souvent plus de se mettre au service de ce gadget visuel plutôt que de se concentrer sur la beauté de ses plans.


Rien n'a vraiment changé finalement.

Sinon c'est un film que j'avais trouvé également très plaisant et sympathique sans trop pouvoir l'expliquer d'ailleurs. :wink:
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Lord Henry » 24 févr. 12, 14:51

Vu il y a quelques années, avec le sentiment que Geraldine Page et John Wayne se situent dans des univers artistiques bien éloignés l'un de l'autre- un peu comme si l'on avait réuni James Dean et Doris Day dans une comédie.

Pour le reste, le seul Hondo qui compte pour moi, c'est celui-ci:

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Jeremy Fox » 24 févr. 12, 14:53

Lord Henry a écrit :Pour le reste, le seul Hondo qui compte pour moi, c'est celui-ci:




Jamais vu ; vraiment bien alors ?! James Arness et même Peter Graves avaient été proposés pour le rôle mais tous deux avaient déclinés, le second trop pris par Mission impossible

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Lord Henry » 24 févr. 12, 14:56

Grand souvenir de mon enfance et témoignage d'une époque où les meilleurs westerns américains étaient produits pour la télévision.
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Jeremy Fox » 24 févr. 12, 15:02

Lord Henry a écrit :Grand souvenir de mon enfance et témoignage d'une époque où les meilleurs westerns américains étaient produits pour la télévision.


Pour les années 60, ça ne m'étonne qu'à moitié. Quelles étaient les autres séries western les meilleures d'après toi ?

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Lord Henry » 24 févr. 12, 15:07

Personnellement, je recommande en priorité celle-ci:

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Tumbleweed

Messagepar Jeremy Fox » 24 févr. 12, 15:10

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Qui est le Traître (Tumbleweed - 1953) de Nathan Juran
UNIVERSAL


Avec Audie Murphy, Chill Wills, Roy Roberts, Lori Nelson, Lee Van Cleef, Russell Johnson, Ralph Moody, Eugene Iglesias, Marge Meredith
Scénario : John Meredyth Lucas
Musique : Joseph Gersenshon
Photographie : Russell Metty (Technicolor 1.37)
Un film produit par Ross Hunter pour la Universal


Sortie USA : Décembre 1953

1953. Tumbleweed est à nouveau un véhicule pour la star incontestée du studio Universal dans le domaine du western, Audie Murphy. Jusqu’à cette date, dans le genre, le comédien mène un parcours sacrément agréable à visionner après un démarrage pourtant moyennement concluant dans la peau de Billy The Kid avec The Kid from Texas de Kurt Neumann. Durant les trois années qui séparent les deux films, le comédien a pris de l’assurance et n’est plus aussi tétanisé par la caméra ; il se révèle même ici tout à fait à l’aise et convaincant. Et de son côté, Nathan Juran de ne pas faire mentir l’adage ‘jamais deux sans trois’ ! Après Gunsmoke (Le Tueur du Montana) avec déjà Audie Murphy puis Law and Order (Quand la Poudre Parle) avec Ronald Reagan, Tumbleweed s’avère être à nouveau une très belle réussite de la série B westernienne. Non pas que le cinéaste pourra encore prétendre à cette occasion être considéré comme un très grand spécialiste du genre mais son modeste corpus aura pour l’instant eu le mérite d’être extrêmement sympathique ; il contiendra même plus tard un titre peu connu mais superbement réussi datant de 1959 : Good Day for a Hanging.


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Alors qu’il chevauche dans une région désertique, Jim Harvey (Audie Murphy) tombe sur un indien blessé, Tigre (Eugene Iglesias), fils d’Aguila, le chef de la tribu des Yaqui. Il le soigne et repart sur les conseils du jeune guerrier qui le prévient que son père n’est pas tendre envers les hommes blancs. Arrivé à Mile High, Jim prend le commandement d’un convoi de pionniers qu’il doit conduire jusqu’à Borax où ces derniers comptent s’établir. Pour ça, il faudra traverser le territoire des Yaqui ; mais Jim pense que le fait d’avoir sauvé le fils du chef sera un laissez-passer suffisant pour ne pas avoir d’ennuis. Pourtant, parti en éclaireur, Jim voit des signaux de fumée ; il rentre ventre à terre jusqu’à la caravane pour préparer la défense à une attaque qu’il estime imminente et prend soin de cacher les deux femmes du convoi. Après avoir repoussé un premier assaut, Jim décide d’aller parlementer avec le chef indien ; mais il échoue et se retrouve ligoté en plein soleil. Quand il se réveille, il se rend compte que la mère de Tigre est à ses côtés ; voulant le remercier d’avoir sauvé la vie de son fils, elle le délivre. Quand Jim arrive à Borax, il est accueilli avec hostilité ; on lui apprend que les membres de la caravane ont tous été massacrés à l’exception des femmes et on lui fait porter le chapeau, l’accusant de traitrise. Il a beau essayer de s’expliquer, les citoyens ne veulent rien entendre, ne souhaitant qu’une chose, le voir gigoter au bout d’une corde. Seule la jolie Laura (Lori Nelson), tombée sous son charme lors du voyage, croit en son innocence. Jim est sauvé par l’intervention du shérif (Chill Wills) qui le met en cellule jusqu’à ce qu’il soit équitablement jugé. Mais les habitants veulent faire le forcing ; heureusement, Tigre vient délivrer Jim en tuant son geôlier. Avant de succomber sous les balles des citoyens, l’indien avoue à Jim qu’un homme blanc était venu demander à son père de perpétrer le carnage. Jim s’enfuit, bien décidé à faire son enquête pour trouver ce délateur et prouver son innocence ; il va lui falloir faire vite puisqu’il est poursuivi par un Posse conduit par le shérif et que sa monture a été gravement blessée à la jambe…


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Tumbleweed est considéré par une majeure partie des fans d’Audie Murphy comme étant l’un de ses tous meilleurs westerns Universal. Et effectivement, même si on peut lui préférer A Feu et à Sang (The Cimarron Kid) de Budd Boetticher, sa réputation s’avère néanmoins tout à fait justifiée. Il s’agissait également parait-il d'un des westerns préférés d’Audie Murphy himself qui, justement avec ce titre, en est à son neuvième. L’on ne peut que constater en les voyant à la suite que son jeu s’affirme de film en film ; on ne peut évidemment pas dire que ce soit un grand acteur n’ayant, loin s’en faut, ni la classe de Randolph Scott ni le charisme d’un John Wayne ou la prestance d’un Gary Cooper (les adjectifs et les noms peuvent tout à fait s’intervertir ici), mais ça n’en fait pas pour autant un mauvais comédien ; il est bon de le rappeler à nouveau après des années de mépris à son égard. En tout cas, jusqu’à présent et plus encore dans Tumbleweed, Audie Murphy fait preuve d’une belle vitalité et s’avère tout à fait juste et crédible, non sans humour ni autodérision ; il avait même à nouveau demandé ici à ce que le look de son personnage soit encore plus réaliste qu’à l’accoutumée ; on le voit donc pas toujours très bien rasé, ses vêtements loin d’être très propres, son Stetson maculé de sueur et la chemise souvent sortie de son pantalon. Détails qui aujourd’hui feront sourire car allant de soi mais qui avaient leur importance à l’époque.


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Petit rappel de la biographie de Nathan Juran qui le mérite au vu des petits plaisirs qu’il nous aura procuré à maintes reprises. Né en Autriche, il fut directeur artistique à Hollywood dès 1937. Alors qu’il opère dans les services de contre-espionnage américain pendant la Seconde Guerre mondiale, il gagne un Oscar pour son magnifique travail en tant que directeur artistique pour Qu’elle était verte ma vallée (How Green was my Valley) de John Ford. Il vient à la mise en scène une dizaine d’années plus tard, en 1952, avec The Black Castle, transposition des célèbres Chasses du Comte Zaroff. Il se consacre ensuite surtout au western, à la science-fiction et au film d’aventure (The Golden Blade avec Rock Hudson et Piper Laurie) ; il tourne même un film de sous-marins dans lequel nous trouvons réunis Ronald et Nancy Reagan, Hellcats of the Navy. Sous le pseudonyme de Nathan Hertz, il réalisera également à la fin des années 60 des séries Z aux titres ne manquant pas de piquant tel The Brain from Planet Arous ou Attack of the 50 Foot Woman. Mais il est aujourd’hui surtout réputé pour avoir tourné des films cultes avec le procédé d’effets spéciaux ‘Dynamation’ (avec entre autre Ray Harryhausen aux manettes), les indémodables Septième voyage de Sinbad (1958) et Jack, le tueur de géants (1962). Mais revenons-en à son troisième western, encore un cran au-dessus des deux précédents.


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Sachant décidément se contenter d’un faible budget sans que ça ne se remarque de trop, si le cinéaste n’accomplit pas d’exploits particuliers, sa mise en scène demeure néanmoins parfaitement fonctionnelle et s’avère même parfois assez efficace notamment lors des scènes d’action (tout particulièrement le combat final au sommet de montagnes rocailleuses pour lequel le biographe d’Audie Murphy affirme que le comédien n’a pas été doublé ; une chose est certaine c’est que l’acteur est nerveux et qu’il frappe vite et fort) et encore plus lors de ces longues séquences d’avancée des protagonistes au sein de paysages désertiques, de sierras arides, écrasées de soleil et de chaleur (certaines séquences ont été tournées dans la Death Valley). On peut imputer également à Juran quelques originalités dans sa façon d’insérer de très gros plans sur les visages et de filmer parfois d’assez près, ce qui était peu courant pour l’époque, tout du moins dans la série B. Et puis, ses plans d’ensemble en plongée comme celui de l’arrivée au galop d’Audie Murphy auprès du convoi arrêté ou cet autre du haut d’une montagne voyant le groupe des hommes du shérif en contrebas, démontrent un certain sens de l’espace de la part du réalisateur qui s’avère tout du moins ne pas être un manche avec sa caméra. Il faut dire qu’il est grandement aidé par la très belle photographie de Russell Metty, le futur grand chef-opérateur des superbes mélos en couleurs de Douglas Sirk pour le même studio. A signaler également que le producteur de ce western n’est autre que celui de ces mêmes mélodrames de Sirk, Ross Hunter. Se pourrait-il que la qualité supérieure de ce film de série B proviennent des désidératas plus exigeants que la moyenne de ce producteur ?! Tout est possible !


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Pour en venir à l’histoire maintenant, elle se tient très bien avec le mélange idéal de romance (avec le personnage interprété par le charmante comédienne Lori Nelson, déjà à l’affiche de Bend of the River, et que l’on a trop peu eu l’occasion de voir au cinéma), d’humour (dans les dialogues surtout : "Fly with jailbirds and you get dirty wings") et d’action, sans oublier de nous distiller des messages certes un peu naïfs mais qui l’honorent, comme le fait de ne pas devoir juger quelqu’un (ou un cheval en l’occurrence) sur son apparence ("I told you it was the best horse I have"), avoir confiance en l’homme ou la femme que l’on aime, être tolérant ou encore déplorer la justice expéditive… Tout ceci sans mièvrerie grâce déjà à de très beaux portraits de personnages pour la plupart très attachants à commencer par celui du shérif interprété par un Chill Wills qui trouve peut-être ici l’un de ses plus beaux rôles. Il faut l’avoir vu jouer aux cartes avec son unique détenu et lui demander poliment de réintégrer sa cellule lorsqu’on vient le chercher pour aller faire un tour en ville ou encore dire à ce même prisonnier de quitter les lieux lorsqu’il faut faire la place à un nouveau prévenu. Et puis, même si c’est lui qui mène la poursuite du ‘faux coupable’, il ne conçoit aucune haine à son égard et ne souhaite en aucun cas le ramener mort. Autres protagonistes intéressants et touchants, ceux constituant le couple d’éleveurs de chevaux qui cache le fugitif au risque d’être sanctionné pour complicité. C’est l’épouse qui donnera à Lori Nelson une formidable leçon de loyauté, lui faisant comprendre que si elle aime aussi fort le fugitif, c’est qu’il doit être innocent, lui contant à cette occasion sa propre histoire, ayant sauvé son futur époux de la mort grâce à son entière confiance en lui ("give a guy a chance because I was given a chance once myself"). Et c’est son mari qui donnera le fameux Tumbleweed à l’homme qu’il souhaite sauver, un cheval qui ne paie pas de mine et qui fait dans un premier temps très mauvaise impression au ‘proscrit malgré lui’ mais qui s’avèrera intelligent, endurant et sacrément performant, sauvant à maintes reprises la vie de son nouveau maître.


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Car rappelons nous que le film tire son titre du nom du cheval et qu’il serait vain d’attendre une grande surprise ou un étonnant retournement de situation final probablement espéré au vu de son titre français qui nous mène une fois encore sur une mauvais piste ; le véritable traître n’intéresse qu’assez peu le scénariste : il s’agit plus d’un whodunit à la Hitchcock puisqu’on devine assez tôt son identité. Non, le plus important dans cette histoire c’est la manière qu’aura le personnage principal de se dépêtrer de la situation dans laquelle il s’est mis sans le vouloir, cherchant à prouver avec une grande détermination qu’il n’a été ni un couard ni un traître, croisant sur sa route assez de personnes ayant bon fond pour qu’il puisse se dire in fine que rien ne vaut la confiance et la tolérance, la débrouillardise et la haine des conflits pour arriver à s’en sortir. Un western qui par cette volonté démagogique (sans que ce ne soit aucunement appuyé et sans qu’il n’en passe par de la niaiserie) s’avère idéal pour nos chers têtes blondes. Ce n'est pas un film enfantin pour autant ; on trouve même quelques séquences assez sadiques comme celle des indiens voulant torturer notre héros en lui arrachant les paupières afin que le soleil lui brûle les yeux. Un des rares scénarios pour le cinéma d’un homme s’étant principalement tourné vers la petite lucarne, auteur d’histoires pour d’innombrables séries et non des moindres : Star Trek, Mannix, Zorro, Le fugitif, Kojak, L'homme qui valait trois milliards… On regrette du coup qu’il n’ait pas persévéré dans le domaine du western, lui qui lui avait apporté ici une fraicheur inattendue. Se terminant par un traditionnel happy end, ce très bon divertissement, certes routinier, aura été bougrement plaisant d’autant que la musique de Joseph Gersenshon s’avère toute aussi agréable que les images qu’elle accompagne. Une excellente surprise ; une pépite de plus du western Universal de série B.