Le Western américain : Parcours chronologique II 1950-1954

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Jeremy Fox » 11 août 11, 13:09

Très intéressant commissaire.
Mais ça ne m'étonne pas du tout et malheureusement, ces racines sont tellement profondes qu'encore bien présentes dans l'esprit de beaucoup même aujourd'hui. Certains croient encore (sans évidemment jamais en avoir vu, vous n'y pensez pas !) qu'il ne s'agit que de de bagarres entre cow-boys et indiens, que les américains sont de gros beaufs ou sont restés de grands enfants de pouvoir apprécier de telles histoires ... Pas facile de leur faire comprendre qu'ils ne s'agit que de clichés. Même moi, quand on se rend compte de ma passion pour le genre, je sens que beaucoup pensent très fort intérieurement "faudrait évoluer mon gars"

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Jeremy Fox » 11 août 11, 13:10

Commissaire Juve a écrit :. Et si je vous dis que le grand vainqueur de l'époque -- quels que soient les âges et les catégories socio-professionnelles -- était... Fernandel (sans rire), eh bien, mon cher Jeremy, il faut que tu commandes Ernest le rebelle et Dynamite Jack au plus vite ! :lol:



Faudrait me payer très cher :mrgreen:

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Jeremy Fox » 11 août 11, 13:17

cinephage a écrit :Un livre bien utile à brandir lorsqu'on s'entend dire que Dany Boon et Gad Elmaleh sont un fléau récent, alors qu'avant, on savait tellement mieux rire... :D

.


Voilà. Ah le fameux "c'était mieux avant" ; il faudrait pouvoir bannir cette expression !!!

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar NotBillyTheKid » 11 août 11, 14:04

Pour rebondir sur le post du commissaire, les réponses sont très "familiales". Petit, je n'avais pas le droit de regarder des westerns : trop violents. Je pense qu'à l'époque (je peux me tromper), le cinéma etait un divertissement très familial, d'où le rejet des films violents, "immoraux", etc.
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Jeremy Fox » 11 août 11, 14:12

NotBillyTheKid a écrit :Pour rebondir sur le post du commissaire, les réponses sont très "familiales". Petit, je n'avais pas le droit de regarder des westerns : trop violents. Je pense qu'à l'époque (je peux me tromper), le cinéma etait un divertissement très familial, d'où le rejet des films violents, "immoraux", etc.


Justement, si on regardait de plus près, il y avait assez peu de westerns immoraux à cette période, tout au contraire. Dès les années 60, je veux bien mais au cours de la période répertoriée dans le bouquin, pas vraiment.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar hellrick » 11 août 11, 14:45

Jeremy Fox a écrit :Très intéressant commissaire.
Mais ça ne m'étonne pas du tout et malheureusement, ces racines sont tellement profondes qu'encore bien présentes dans l'esprit de beaucoup même aujourd'hui. Certains croient encore (sans évidemment jamais en avoir vu, vous n'y pensez pas !) qu'il ne s'agit que de de bagarres entre cow-boys et indiens, que les américains sont de gros beaufs ou sont restés de grands enfants de pouvoir apprécier de telles histoires ... Pas facile de leur faire comprendre qu'ils ne s'agit que de clichés. Même moi, quand on se rend compte de ma passion pour le genre, je sens que beaucoup pensent très fort intérieurement "faudrait évoluer mon gars"


ou genre:
"Les westerns? Ces vieux trucs ringard avec des cow boys tout propres alors qu'en réalité ils étaient crasseux et qu'en plus ils montrent toujours les Indiens comme des méchants alors que c'est même pas vrai mais c'est normal c'est des américains et ils sont comme ça les américains ils pensent qu'ils ont toujours raisons et qu'on va saluer leur drapeau alors que non"

:mrgreen: :fiou:
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Commissaire Juve » 11 août 11, 19:30

Désolé, Jeremy, j'ajoute un petit truc...

Il faut savoir qu'après la guerre, on est allé jusqu'à débattre -- à l'Assemblée Nationale -- du cinéma et de la ratification des accords conclus avec les Américains. Et le livre dont je parle plus haut cite un échange assez savoureux :

Gaston Deferre (gouvernement) -- il est un très grand film que tout le monde attend en France et qui a été tiré d'un roman passionnant très lu dans notre pays : Autant en emporte le vent.

Fernand Grenier (groupe communiste) -- ce film sera la locomotive.

Gaston Deferre (gouvernement) -- Ce sera la locomotive, dites-vous, mon cher collègue. Cette locomotive traînera-t-elle, pour reprendre une de vos expressions, un train de navets ? Je l'ignore.

Jacques Duclos (groupe communiste) -- Les navets, c'est l'affaire du Ministre du Ravitaillement.

Gaston Deferre (gouvernement) -- Le Ministre du Ravitaillement sera là demain, et si on lui parle de trains de navets, il en sera sans doute très heureux !

Source : Journal Officiel 2 août 1946



Image Oui, on riait mieux avant ! :mrgreen:
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Sybille » 11 août 11, 19:39

Excellent. :lol:

Sinon, je ne croyais pas que les westerns étaient si impopulaires en France dans la période que tu as cité. Je m'imaginais que tout le monde regardait (et aimait) les westerns à cette époque. :o

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Jeremy Fox » 11 août 11, 22:39

Commissaire Juve a écrit :Désolé, Jeremy, j'ajoute un petit truc...



Ne sois pas désolé, c'est excellent :lol:

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Père Jules » 11 août 11, 22:42

C'est sûr qu'à côté la primaire PS c'est petit joueur pour rester poli :D

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Westward the Women

Messagepar Jeremy Fox » 14 août 11, 13:26

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Convoi de femmes (Westward the Women, 1951) de William Wellman
MGM


Avec Robert Taylor, Denise Darcel, Hope Emerson, John McIntire, Julie Bishop
Scénario : Charles Schnee d’après une histoire de Frank Capra
Musique : Jeff Alexander
Photographie : William C. Mellor
Une production Dore Schary pour la MGM


Sortie USA : 31 décembre 1951


Belle année 'westernienne' que celle qui voit sortir pour la clore en apothéose le soir de la Saint-Sylvestre l’un des plus beaux fleurons du genre ! Excellente cuvée 1951 qui, après Au-delà du Missouri (Across the Wide Missouri), sacrait avec Convoi de femmes, William Wellman comme réalisateur le plus marquant de l’année tout comme la précédente, toujours concernant le western, avait été dominée par John Ford et surtout Anthony Mann. Après la vie quotidienne des 'Mountain Men' au-delà du Missouri, le franc-tireur William Wellman se penche sur le long et harassant voyage (plus de 3000 kilomètres), à travers montagnes et déserts, d’une caravane de 150 femmes-pionnières qui, au prix d’efforts surhumains, parties de Chicago pour fuir un passé encombrant ou douloureux, sont arrivées en Californie où elles ont épousé des cow-boys dont elles n'avaient vu que les photos et qui avaient besoin de compagnes pour adoucir leur quotidien et fonder un foyer.


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Une histoire véridique pour laquelle Frank Capra s’était passionnée et qui, s’il l’avait réalisé comme il l’aurait souhaité, aurait donné l’occasion de voir un western signé par l’immense réalisateur de New York-Miami (It Happened One Night) ou La Vie est belle (It’s a Wonderful Life) avec même Gary Cooper prévu en tête d’affiche. Mais la Columbia refusa prétextant qu’elle ne faisait pas de western, qu’elle n’avait pas la logistique pour et encore moins de chevaux. Des excuses totalement bidons qui dégoûtèrent Capra et qui le poussèrent à aller raconter cette incroyable odyssée à son ami William Wellman qui put faire financer le projet par la MGM à condition qu’il le réalise. Capra donne son accord. Deux cent femmes furent engagées pour un tournage en décors naturels de onze semaines qui fut aussi éprouvant que les aventures réelles de ces héroïnes de la conquête de l’Ouest ; le résultat sur l’écran étant ainsi criant de réalisme, très fière, la MGM fit un court métrage, ‘Challenge the Wilderness’, consacré au tournage du film ; actrices obligés à apprendre à manier le fouet, conduire un chariot, à tirer, réparer attelage et roues... Avant de parler plus longuement du film, voici la trame de l'intrigue concoctée par le cinéaste de Monsieur Smith au Sénat.


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1851. Roy Whitman (John McIntire) est le grand propriétaire d’un ranch dans une vallée californienne isolée. Ses hommes sont d’honnêtes et efficaces travailleurs ; la seule chose qu’il leur manque est un foyer avec une épouse aimante. Il conçoit alors l’idée d’aller chercher des femmes à Chicago destinées à se marier avec sa centaine de cow-boys. Il demande à son contremaitre, Buck Wyatt (Robert Taylor), de l’accompagner pour cette longue mission, lui qui connaît parfaitement le parcours pour y avoir déjà convoyé des pionniers à de nombreuses reprises. Sauf que jusqu’à présent, les pionniers étaient des hommes et qu’il pense que les femmes ne pourront pas supporter cette odyssée dangereuse et harassante. Les inscriptions sont néanmoins très nombreuses pour ce périlleux voyage ; certaines femmes pour échapper à la misère de leurs situations actuelles, d’autres pour commencer une vie nouvelle... Parmi ce convoi de 150 femmes (car on compte sur pas moins de 1/3 de pertes), Patience Hawley (Hope Emerson), la veuve d’un capitaine de marine, Fifi Danon (Denise Darcel), ancienne prostituée d’origine française, Rose Meyers, enceinte d’un enfant illégitime, Mrs Maroni, veuve italienne accompagnée de son fils âgé de 9 ans… Ils devront faire face à de nombreux dangers, obstacles aussi bien humains (cow-boys émoustillés, indiens sur le sentier de la guerre, dureté du convoyeur) que naturels (déserts, tempêtes, descentes de canyons…). Malgré les morts qui émaillent la piste, malgré la dureté du voyage, les femmes, prenant leur courage à deux mains, refusent de faire demi-tour comme le leur conseille Roy Whitman. Après avoir affronté tous ces périples, l’accueil que l’on fera aux survivantes fera chaud au cœur et sera amplement mérité…


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… Car le happy-end de ce film se révèle vraiment miraculeux et n’aurait pas dépareillé au sein des finals poignants de beaucoup de films de Frank Capra dont les personnages, après avoir subis différentes et difficiles épreuves, se voient récompensés de la plus belle des manières. Sans jamais forcer la note, Wellman termine son film sur une séquence inoubliable, tout en retenue, sobriété et émotion. Mais nous y reviendrons ! Tout de suite après un générique traditionnel, le film débute, sans grandiloquent prologue écrit ou parlé, par une séquence qui donne d’emblée le ton et le style du film : simplicité, noir et blanc peu glamour et refus du spectaculaire au profit d' une plus grande et âpre véracité. Plus de musique (comme pour tous ses westerns en noir et blanc, il n'y en aura plus aucune) et une attention de documentariste pour filmer des cow-boys faire entrer les chevaux à l’intérieur des enclos. Pas de chichi, aucun folklore mais une volonté de réalisme. S’ensuit une conversation entre John McIntire et Robert Taylor, tous deux agenouillés auprès d'une barrière, triturant en parlant des épis de blé. Une scène qui ressemble énormément à une des premières d’un autre convoi, celui des braves de John Ford. Mais contrairement à ce dernier (et superbe film), quasiment aucun pittoresque chez Wellman ; tout dans la retenue. Puis on assiste au discours du rancher à ses cow-boys, les avisant qu’il allait partir leur chercher des femmes mais que la condition serait de se comporter envers elles avec attention, tendresse et douceur ; ce seront les ferments de cette nouvelle terre. Très belle et simple oraison qui amène à la séquence suivante, à Chicago, l’embauche de ces femmes prêtes à traverser l’Amérique pour changer de vie. Quelques traits d’humour qui ne débordent jamais (il n’y aura aucune séquence du style de celle de la bagarre généralisée dans Across the Wide Missouri), quelques situations cocasses mais surtout une fois encore, une attention extrême portée sur des personnages pour lesquels le cinéaste semble s’être pris d’affection. Une succession de séquences ayant chacune leur propre rythme, comme différents chapitres, la liaison entre chacune étant d'une grande fluidité grâce à une écriture scénaristique rigoureuse et sereine. Avec toujours autant d'harmonie dans l'enchainement des scènes, le périple commence mais Wellman ne cherche pas plus ici le spectaculaire ni le plan fulgurant. On le regrette parfois pensant qu’il n’est pas de taille à rivaliser avec Ford sur ce point mais c’est sa volonté de ne pas avoir cherché la facilité, d’avoir filmé à hauteur d’homme sans jamais chercher à nous en mettre plein la vue.


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En effet, comme s’il avait pensé que les spectateurs se feraient la réflexion, à mi-parcours, il semble avoir voulu prouver que s’il le voulait, il était capable de rivaliser avec les plus grands et du coup nous scotche à notre fauteuil par l’intermédiaire d’une séquence plastiquement et rythmiquement splendide, époustouflante de virtuosité, celle de la poursuite à cheval de Denise Darcel par Robert Taylor dans le fond d’un canyon. Succession de plans tous plus étonnants les uns que les autres (notamment cet immense plan d’ensemble filmé sans doute du haut du canyon), montage d’une totale efficacité et final de la séquence d’un lyrisme échevelé qui fait penser à du King Vidor (la gifle puis le baiser passionné). Puis, une fois qu’il a fait retourner ses deux personnages réconciliés (voire plus si affinités) au campement, Wellman reprend son convoi là où il l’avait laissé, filmant la fin du voyage aussi sobrement qu’avant cette scène qui semblait là pour démontrer la parfaite maîtrise cinématographique d’un réalisateur qui sinon, dans ses meilleurs films comme ici, préfère ne jamais céder à la facilité. La preuve, cette séquence virtuose a fait louper au spectateur ce qui s’est passé pendant ce temps là au sein du convoi, tout simplement, le plus gros drame qu’il ait eu à subir depuis son départ, ses plus grosses pertes : les indiens ont attaqués et ont laissés pour mort une dizaine de personnes. Comme si Wellman nous disait : « vous voyez ce que c’est que de faire l’intéressant et de s’extasier devant la pure virtuosité ; pour la peine, je vous priverais de la grande scène de bataille du film pour le fait d’avoir cautionné mon péché d’orgueil. » Qu’à cela ne tienne ; Wellman est un roublard et nous offre néanmoins à cet instant l’un des moments les plus intensément poignants du film, cette litanie des morts, sa caméra glissant à chaque nom, du visage de celle qui le prononce vers le cadavre. Sobre mais très belle idée de mise en scène, comme pour se faire pardonner d’avoir dévoilé trop généreusement son brio.


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Bien entendu, j'affabule en imaginant les états d’âme du réalisateur ! C’était juste pour appuyer un peu lourdement sur le fait que ce western est expressément assez rêche esthétiquement parlant (car William C. Mellor avait prouvé à maintes reprises son génie plastique au travers par exemple de son maniement du Technicolor lors du précédent western de Wellman, Across the Wide Missouri) et que le cinéaste ne cherche jamais la joliesse dans sa mise en scène pour trouver un ton plus juste, plus vrai, plus réaliste, sa caméra semblant silencieuse, son regard simplement admiratif. Rien de grandiose ni de majestueux lors de la descente des chariots le long de la montagne comme pouvait l’être la séquence similaire dans La Piste des géants (The Big Trail) de Raoul Walsh. Juste un filmage sec à hauteur d’homme (même carrément à l’intérieur du chariot) qui nous fait mieux appréhender l’effort et la tension qui régnèrent durant cette épreuve surhumaine. A ce moment là, on se dit comme d’ailleurs tout au long du film, comme Jean-Louis Rieupeyrout dans sa grande histoire du western qu’il s’agit probablement du « plus beau monument cinématographique élevé à la gloire de la femme-pionnier ». Un film qui exalte les vertus de ces femmes, leur courage, leur héroïsme, leur endurance et leur envie de liberté ; elles n’en restent pas moins humaines et femmes avec ce qui les caractérisent le plus, leur coquetterie, leur jalousie, leur détermination et leur amour filial. Sans oublier leur force de caractère et leur persévérance : alors que Buck, après le massacre d’une partie du convoi par les indiens, leur propose de rebrousser chemin, elles se lèvent toutes ensemble pour refuser, préférant finir ce qu’elles ont commencé, aller jusqu’au bout de leur rude et dangereux périple, pleine d’espoir dans l’avenir qui les attend. Les préjugés machistes de Buck fondront d’ailleurs au fur et à mesure qu'il les côtoiera et apprendra à mieux les connaître, lui qui les jugeait au départ avec beaucoup de dédain et de condescendance.


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Buck, c’est Robert Taylor qui, après son inoubliable interprétation de l'indien Lance Poole dans La Porte du diable (Deevil’s Doorway) d’Anthony Mann, prouvait à ses détracteurs qu’il allait désormais falloir vite oublier sa réputation frelatée de terne bellâtre, de beau gosse romantique. Dans cet autre personnage à contre-emploi, il s'avère une nouvelle fois fabuleux ; il est le convoyeur rustre, intransigeant, hirsute et mal rasé qui n’accepte cette mission que pour l’argent, dur et impitoyable avec les membres du convoi, que ce soient les hommes chargés de l’aider (il en tuera deux ou trois de sang froid pour avoir désobéi à ses ordres ; à ce moment là, on se dit que la folie n'est pas très loin) ou les femmes avec qui il se croit devoir imposer une discipline de fer afin qu’elles s’endurcissent et qu’elles puissent ainsi ne pas succomber à la fatigue et aux divers dangers qu’elles rencontreront. Sa volonté à vouloir coûte que coûte vaincre les obstacles le pousse à être aussi dur qu’eux. Les femmes ne lui en voudront pas et, par juste retour des choses, ce sont elles qui pousseront plus tard ‘leur tortionnaire’ à ne pas flancher ; le sourire de Buck lorsqu’il se rend compte de l’extraordinaire force morale de ce groupe de femmes, de ce qu’il est arrivé à faire d’elles, est inoubliable, mélange de fierté, de bonheur mais aussi d'immense respect. L’autre homme à l’origine de ce convoi, plus altruiste, c’est John McIntire dans le rôle du rancher magnanime qui pense avant tout au bien-être de ses travailleurs ; moins présent à l’écran, il n’en est pas moins excellent. Quant au cuisinier japonais, on aurait pu craindre que Wellman s’en serve comme faire valoir comique ; s’il est à l’origine de quelques saillies ou situations amusantes, il n’en est cependant rien. Le personnage, très sympathiquement interprété par le petit Henry Nakamura, est au contraire porteur de sagesse et de patience, de franchise et de réflexion ; une sorte de Jiminy Cricket temporisateur pour le rude contremaitre qui d’ailleurs écoute avec attention ce qu’il a à lui dire. Outre les scènes de dialogue qu'il aura avec Robert Taylor, le cinéaste lui offre des séquences rien qu'à lui comme celle, très attendrissante mais aucunement mièvre, où il vient récupérer le chien retourné sur la tombe de son jeune maître tombé tragiquement alors qu'il apprenait à manier le fusil à sa mère.


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Reste le premier rôle pour une fois attribué à cette galerie de femmes demandant avec insistance leur liberté de choix (de vie, d'époux...) avec à leur tête l’actrice d’origine française Denise Darcel que William Wellman avait déjà fait tourner dans un autre de ses chefs-d’œuvre, Bastogne (Battleground), mais qui ne fera malheureusement pas une grande carrière, son rôle le plus connu allant lui être donné deux ans plus tard par Robert Aldrich dans Vera Cruz. Dans Convoi de femmes, elle interprète une ancienne fille aux mœurs légères et se révèle splendide dans tous les sens du terme. Filmée souvent en contre plongée, comme vue subjectivement par les yeux du convoyeur qui voit en elle une des fortes têtes du convoi, elle possède un charme fou et surtout un formidable charisme qui éclate dans la séquence déjà citée de la course-poursuite dans le canyon. Son ultime scène, celle qui clôt aussi le film, est inoubliable. A ses côtés, comment ne pas dire un mot sur Hope Emerson dans le rôle de la veuve d’un officier naval, maîtresse-femme au physique ingrat mais qui ne s’en laisse pas compter et qui a gardé de son mari de rudes expressions maritimes ; elle représentera aussi la sagesse, dénonçant la stupidité du crêpage de chignon qui donne lieu à une bagarre à poings nus d’une violence et d’une sécheresse digne de celle qui oppose des hommes dans de multiples autres westerns. Au sein du groupe, d’autres portraits très attachants comme celui de cette jeune femme enceinte qui trouve parmi les cow-boys un homme qui accepte de l’épouser et dont l’accouchement en plein désert va être l’occasion d’un des moments les plus émouvants de cette épopée humaine. On trouve aussi cette maman italienne qui après une traversée qui lui sera tragique trouvera sans doute le bonheur auprès d'un compatriote exilé lui aussi ; et bien d'autres encore...


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Convoi de femmes, c'est aussi un peu un retour aux sources du western, quand celui-ci, à ses débuts, nous proposait des fresques à la gloire des pionniers et de la conquête de l'Ouest. Des histoires sur la conquête de ses immensités âpres et rudes par des hommes et des femmes rapidement façonnés et endurcis à leur contact et obligés d'être impitoyables pour pouvoir ensuite survivre ; une marche vers le Far-West au cours de laquelle le danger ne provenait pas seulement de l'agressivité des Indiens (qu'on peut d'ailleurs comprendre) mais de l'hostilité de la terre elle-même, du climat, du soleil ardent et donc de la soif. Des films donnant un rôle prépondérant aux décors naturels comme l'avait déjà fait Across the Wide Missouri, encore et toujours lui. Des films prônant l'Amérique comme la terre de tous les possibles, de tous les rêves, celle de nouveaux départs, de la seconde chance et bien évidemment aussi, du melting-pot ; ici se côtoient japonais, italiens, français et américains. Une fois traversées toutes ces épreuves, les femmes arrivent donc à bon port en Californie (où Hope Emerson dit "Il sent bon l’homme, ce coquin de vent qui vient de là-haut") et l'avenir leur appartient. Mais avant de rencontrer leurs futurs époux, dans un élan de coquetterie qui leur fait honneur, elles souhaitent leur apparaître dignes, donc propres et bien vêtues. Elles obligent donc Buck à leur ramener tous les tissus qu'il pourra afin qu'elles se fabriquent de nouveaux vêtements neufs. Ellipse et les voilà toutes bien mises, rassemblées à l'intérieur des chariots qui entrent en ville. S'ensuit la séquence d'une douceur et d'une sensibilité toute 'capraesque' du choix des hommes par ces femmes courageuses. Et c'est un déluge d'émotion qui nous submerge jusqu'à la dernière seconde. Après de telles épreuves, une telle intensité dramatique, ces femmes admirables sont peut-être en train de retrouver la sérénité et le bonheur et ce happy end ne nous semble absolument pas galvaudé mais nous réjouit au contraire ; il récompense les efforts consentis par ces femmes que nous avons appris à connaître et à aimer et il s'avère être pour elles totalement mérité. La profonde humanité que leur voue le cinéaste trouve son point d'orgue lors de ce mémorable final au cours duquel les hommes les accueillent avec respect, tendresse et gentillesse.


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Attention cependant, contrairement à ce que j'aurais pu vous laisser croire lors de ma description du ton et du style du film, l'économie narrative et la pudeur de la réalisation n'empêchent pas des cadrages constamment maîtrisés, une mise en scène jamais répétitive et de nombreuses séquences d'une grande force dramatique, captivantes et tendues (l'orage dévastateur, la descente des chariots dans une pente très raide, l'affolement des mules, l'accouchement en plein désert, le viol d'une ex-prostituée et le 'meurtre' du violeur par Buck...) Presque deux heures durant, Wellman va tour à tour nous émouvoir, nous émerveiller, nous fait rire, sourire et nous scotcher à notre fauteuil. Quant au magnifique final, il devrait vous faire vous lever de votre fauteuil, les larmes aux yeux, exultant de bonheur ! Un western atypique, vibrant hommage à ces pionnières, mélange de réalisme sec, de tendresse, de vigueur et de l’humanisme typique de l'auteur de l'histoire. Le mélange des styles et des univers aussi opposés que ceux de Wellman et Capra pouvait sembler incohérent sur le papier mais l'âpreté de l'un accolée à la douceur de l'autre se révèle finalement être une mixture totalement harmonieuse, et le résultat en est ce formidable et puissant chef-d’œuvre !

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Le Western américain : L'année 1951 en DVD

Messagepar Jeremy Fox » 14 août 11, 13:54

Le Western de 1951


Une fois encore, aucun western important n'a été passé sous silence pour cette année 1951. Le gros manquant en DVD parmi les westerns qui ont compté serait encore Distant Drums de Raoul Walsh sorti uniquement aux USA et sans sous titres. L'autre grand absent, Quand les Tambours s'arrêteront, est prévu pas plus tard que le mois prochain (septembre 2011) chez Sidonis.


Les westerns les plus importants de cette année :


* Tomahawk : George Sherman :arrow: Page 18
* La Charge Victorieuse (The Red Badge of Courage) : John Huston :arrow: Page 21
* L’Attaque de la Malle Poste (Rawhide) : Henry Hathaway :arrow: Page 22
* Quand les Tambours s'arrêteront (Apache Drums) : Hugo Fregonese :arrow: Page 27
* Une Corde pour te pendre (Along the Great Divide) : Raoul Walsh :arrow: Page 28
* Au-delà du Missouri (Across the Wide Missouri) : Wiliam Wellman :arrow: Page 31
* Le Cavalier de la mort (Man in the Saddle) : André De Toth :arrow: Page 33
* Les Aventures du Capitaine Wyatt (Distant Drums) : Raoul Walsh :arrow: Page 33
* Convoi de femmes (Westward the Women) : William Wellman :arrow: Page 34



********************************************************************************************************



Parmi les westerns critiqués, certains comme L'énigme du lac noir (The Secret of Convict Lake) de Michael Gordon ou Belle Le grand (La Belle du Montana) de Allan Dwan mériteraient eux aussi une sortie DVD. Sinon, au sein de l'imposante production de cette même année, voici quelques titres qu'il me plairait de découvrir un jour, pourquoi pas sur une galette.


* Pour La Columbia : The Texas Rangers de Phil Karlson avec George Montgomery & Gale Storm

* Pour la Paramount : Passage West de Lewis R. Foster avec John Payne & Dennis O’Keefe
The Redhead and the Cow-boy de Leslie Fenton avec Glenn Ford & Rhonda Fleming


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Mon top 25 arrivé à cette date :

* 1- La Charge Héroïque (John Ford)
* 2- Le Passage du Canyon (Jacques Tourneur)
* 3- La Porte du Diable (Anthony Mann)

* 4- Le Massacre de Fort Apache (John Ford)
* 5- Au-Delà du Missouri (William Wellman)
* 6- Smith le Taciturne (Leslie Fenton)
* 7- Convoi de Femmes (William Wellman)
* 8-La Ville Abandonnée (William Wellman)
* 9- Le Convoi des Braves (John Ford)
* 10- Rio Grande (John Ford)
* 11- Sur la Piste des Mohawks (John Ford)
* 12- Une Aventure de Buffalo Bill (Cecil B.DeMille)
* 13- Winchester 73 (Anthony Mann)
* 14- La Charge Victorieuse (John Huston)
* 15- Tomahawk (George Sherman)
* 16- La Cible Humaine (Henry King)
* 17- La Rivière Rouge (Howard Hawks)
* 18- La Charge Fantastique (Raoul Walsh)
* 19 - Quand les Tambours s'arrêteront (Hugo Fregonese)
* 20- La Piste des Géants (Raoul Walsh)
* 21- La Caravane Héroïque (Michael Curtiz)
* 22- La Flèche brisée (Delmer Daves)
* 23- The Harvey Girls (George Sidney)
* 24- La Poursuite infernale : (John Ford)
* 25- Duel au soleil : (King Vidor)


Et nous voici sur le point d'entamer l'année 1952 avec pour commencer non moins que la première apparition de Budd Boetticher sur notre route suivi de près par un Anthony Mann en très grande forme !!! :D

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feb
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Re: Le Western américain : L'année 1951 en DVD

Messagepar feb » 14 août 11, 14:28

Magnifique chronique Jeremy, superbe travail de ta part concernant l'analyse de ce film sur lequel je vais me pencher avec intérêt. Merci encore :wink:
Jeremy Fox a écrit :Les westerns les plus importants de cette année :

Très belle année en effet avec une très belle liste de réalisateurs :wink: Vivement 1952...
ed a écrit :Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)

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Jeremy Fox
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Indian Uprising

Messagepar Jeremy Fox » 14 août 11, 14:32

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Les Derniers jours de la nation Apache (Indian Uprising - 1952) de Ray Nazarro
COLUMBIA


Avec George Montgomery, Audrey Long, Carl Benton Reid, Eugene Iglesias
Scénario : Kenneth Gamet & Richard Schayer
Musique : Mischa Bakaleinikoff
Photographie : Ellis W. Carter (1.37 Supercinecolor)
Un film produit par Bernard Small pour la Columbia


Sortie USA : 02 janvier 1952


1885 en Arizona. Les Apaches de Geronimo (Miguel Inclan) ont de nouveau quitté leur réserve de San Carlos, estimant que le traité qu’ils avaient signé n’avait pas été respecté ; en effet, des chercheurs d’or se sont installés sur leurs terres, convoitant leurs richesses. La mission du Capitaine MacCloud (George Montgomery) étant de maintenir la paix sur le territoire, on l’envoie traquer et ramener les Indiens. S’étant fait rattrapé, Geronimo accepte que sa tribu suive la cavalerie à condition que les mineurs soient chassés de leur territoire, quitte à se laisser massacrer dans le cas contraire. Devant une telle détermination, McCloud leur promet que leur demande sera prise en compte. Effectivement, sa troupe se rend sans plus tarder déloger les chercheurs d’or qui rentrent penauds en ville. Mais les notables de Tucson qui vivent de l’or trouvé dans les mines manœuvrent en secret pour ranimer le conflit afin que les Indiens soient exterminés et que les prospecteurs puissent ainsi retourner tranquillement s’occuper de leurs gisements ; pour se faire ils n’hésitent pas à tuer un des leurs en faisant reporter la faute sur les ‘sauvages’ de Geronimo. Malheureusement pour les Apaches, McCloud a été remplacé au commandement par l’impitoyable Stark (Robert Shayne) qui n’a aucun scrupules à vouloir anéantir les indiens. McCloud, poussé par l’institutrice dont il est tombé amoureux, va tenter de le contrer…


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Nous n’avions pas encore eu l’occasion d’évoquer Ray Nazarro en ces lieux ; et pourtant, ce n’est pas faute d’avoir réalisé une multitude de westerns. Ce fut même probablement avec Lesley Selander et quelques autres artisans hollywoodiens l’un des plus prolifiques cinéastes à avoir œuvré dans le genre durant les années 40 et 50, capable de réaliser jusqu’à treize films dans la même année ! Né à Boston, il débuta sa carrière au cinéma à l’époque du muet, dirigeant alors de nombreux courts métrages. A partir de 1945 avec Outlaws of the Rockies -western mettant en scène le personnage de Durango Kid-, il travailla exclusivement pour la Columbia à qui il fournit de la matière pour ses premières parties de séance, presque exclusivement des westerns de séries B ou Z tournés principalement vers l’action non stop sans pour autant -parait-il- que leur réalisateur n’en oublie de jeter un regard assez élégiaque sur l’Ouest américain. Le très bon Top Gun avec Sterling Hayden, l’un de ses derniers films daté de 1955, est un parfait exemple de ce dosage assez harmonieux. Après que les Majors aient abandonné la série B à la fin des années 60, Nazarro réalisa des westerns spaghettis en Europe et travailla également pour la télévision. Autant dire qu'encore aujourd'hui seule une infime partie de l’iceberg filmographique du cinéaste nous est connue.


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Si probablement une majeure partie de sa production doit être constituée d’œuvres plus ou moins médiocres, il y a autant de probabilités pour que, à l’instar de Top Gun, quelques films sympathiques s’en dégagent. Sans être déshonorant, Indian Uprising fait malheureusement partie de la première catégorie. Entre une romance assez inintéressante et quelques séquences humoristiques moyennement drôles, il narre l’histoire tirée de faits réels -mais ‘scénaristiquement’ sans aucunes surprises- d’un officier militaire essayant désespérément de maintenir la paix entre blancs et indiens, ces derniers s’étant enfuis de leur réserve à cause de la violation du traité qui stipulait qu’aucun homme blanc ne devait venir sur leurs terres. Les chercheurs d’or soutenus par les notables de la région ne s’étant pas gênés pour aller malgré tout prospecter sur leurs territoires, les Indiens ont estimé qu’ils étaient dans leur droit de prendre la tangente. Après qu’un Major va-t-en-guerre ait envenimé la discorde, la mission de ce gentil militaire pour reconstruire la paix allait devenir de plus en plus compliquée, ayant à lutter à la fois contre les civils avides et les militaires sans scrupules. George Montgomery, qui incarne cet officier de cavalerie ardent défenseur de la paix, a beau se révéler fort sympathique –d’autant plus que son personnage n’hésite pas à contrer sa hiérarchie pour défendre les indiens ou de lancer ses troupes contre des blancs-, il ne possède ni le charisme de Randolph Scott -qui aurait très bien pu à cette époque endosser la défroque de ce soldat- ni celui de Audie Murphy qui reprendra le rôle plus de dix ans plus tard dans le remake bien plus intéressant réalisé par William Witney en 1964, La Fureur des Apaches (Apache Rifles).


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En effet, Charles B. Smith rajoutera des détails au scénario original qui rendront le remake beaucoup plus captivant, un western rythmé et plaisant grâce aussi à une distribution fonctionnant beaucoup mieux que celle du film de Nazarro avec entre autres la jolie Linda Lawson dans le rôle de la missionnaire, Michael Dante dans celui du guerrier apache, L.Q. Jones dans celui du prospecteur qui massacre sans scrupules des civils indiens ou encore John Archer dans la peau d’un officier belliqueux proche du Owen Thursday du Massacre de Fort Apache de John Ford. Ici, dans les rôles équivalents, que ce soit respectivement George Montgomery, Audrey Long, Miguel Inclan –qui, avant Geronimo ici, avait déjà personnifié Cochise dans le film de John Ford-, Douglas Kennedy ou Robert Shayne, aucun n’arrivera à faire oublier les comédiens du remake, tous un peu plus convaincants. Néanmoins, dans un ensemble bavard, banal et peu rythmé, on trouve ici et là quelques occasions de se réjouir avec par exemple cette séquence inattendue d’une violence assez sèche et inhabituelle pour l’époque, celle du massacre de civils et guerriers indiens par Douglas Kennedy, filmée frontalement et qui s’avère d’une puissance à laquelle on ne s’attendait pas au sein d’un film de série aussi convenu. Le reste des scènes d’action s'avèreront malheureusement assez peu efficaces, handicapées de plus par des transparences pas très réussies. Autres petits plaisirs glanés : quelques beaux décors naturels, quelques bons thèmes musicaux -mais qui proviennent d’un autre précédent western dont j’avoue que j’aurais du mal à me souvenir duquel-, un hommage volontaire ou non à La Charge héroïque de John Ford lors de la séquence au fort entre Georges Montgomery et Joe Sawyer -la manière qu’à Montgomery de réajuster son uniforme après avoir fait sa toilette, se retrouvant devant un sergent irlandais faisant grandement penser à Victor McLaglen ; manque juste la fiole de whisky caché-, ou encore des indiens campés par des comédiens crédibles, le scénariste ayant eu l’idée, pour renforcer le réalisme, de les faire parler espagnol, leurs paroles étant traduites ensuite par un guerrier indien ayant étudié l’anglais ; dommage que, contrairement au sublime Au-delà du Missouri de William Wellman, ce principe adopté rende le film encore un peu plus laborieux, les scènes dialoguées s’éternisant un peu trop longuement par le fait que chaque phrase soit répétée deux fois.


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Depuis 1950, dans la brèche ouverte par l'élégiaque La Flèche brisée (Broken Arrow) de Delmer Daves, le puissant La Porte du diable (Devil’s Doorway) d’Anthony Mann ou encore la sublime trilogie cavalerie de John Ford -qui pourrait réellement avoir lancé cette ‘mode’-, de multiples westerns pro-indiens se sont engouffrés, évidemment pas tous du même intérêt, pas tous du même niveau. Le film de Ray Nazarro, pas spécialement mauvais, fait néanmoins partie des westerns les plus anodins concernant cette vague, gentiment divertissant à condition de ne pas être trop exigeant. Il n’est cependant jamais désagréable de tomber sur un western dénonçant la cupidité, la convoitise et les manipulations des blancs jusqu’au plus haut niveau de la hiérarchie, sur un western revenant sur les difficiles relations en Arizona entre Blancs et Indiens alors même que les traités de paix avaient été signés, l’or demeurant encore et toujours le ferment des conflits. Pas indigne mais guère captivant non plus !

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feb
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Re: Le Western américain : L'année 1951 en DVD

Messagepar feb » 14 août 11, 14:37

Jeremy Fox a écrit :
feb a écrit :Magnifique chronique Jeremy, superbe travail de ta part concernant l'analyse de ce film sur lequel je vais me pencher avec intérêt.

Merci... et je pensais que tu le connaissais déjà. Bonne découverte alors, si ce n'est pas le cas. Ca devrait te plaire :wink:

Je le connais Jeremy....il trone simplement sur un de mes meubles depuis longtemps :fiou: :mrgreen:
ed a écrit :Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)