Le Western américain : Parcours chronologique II 1950-1954

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Jeremy Fox » 19 juil. 11, 13:59

Jack Carter a écrit :oui, recharge bien les batteries, tu as encore du boulot ! :mrgreen: :wink:



Plus qu'environ 190.............. juste pour les années 50 :| :mrgreen:

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Julien Léonard
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Julien Léonard » 20 juil. 11, 18:44

Courage Jeremy ! Jusqu'ici c'est formidable, et tu tiens le coup, alors du nerf pour les années à venir ! :wink:

Perso, j'archive tes chroniques western à chaque fois, l’intérêt reste intact. :)
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar someone1600 » 24 juil. 11, 00:46

Oui profite bien de tes vacances.

Bien hate de découvrir ta chronique d'un film que je n'ai pas encore vu. :oops:

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Jeremy Fox » 30 juil. 11, 22:30

Pour faire patienter (le temps d'arriver à reprendre un rythme régulier) et pour écluser un peu mes captures, voici les paysages au sein desquels se déroule Across the Wide Missouri. Vous pourrez en même temps juger de la qualité éclatante du DVD

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Sybille
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Sybille » 31 juil. 11, 13:40

Jolies captures en effet. :)

Voilà qui m'incitera peut-être à enfin emprunter le dvd à la médiathèque pour découvrir le film. :!:

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Cathy
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Cathy » 31 juil. 11, 13:44

Sybille a écrit :Jolies captures en effet. :)

Voilà qui m'incitera peut-être à enfin emprunter le dvd à la médiathèque pour découvrir le film. :!:


Tu ne le regretteras pas Au delà du Missouri est un superbe western !

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Sybille
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Sybille » 31 juil. 11, 13:47

J'espère, surtout que ça fait plusieurs années maintenant que j'ai envie de le voir !

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Jeremy Fox
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Across the Wide Missouri

Messagepar Jeremy Fox » 2 août 11, 07:43

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Au-delà du Missouri (Across the Wide Missouri, 1951) de William Wellman
MGM


Avec Clark Gable, Ricardo Montalban, John Hodiak, Adolphe Menjou, J. Carrol Naish, Jack Holt, Alan Napier, Richard Anderson, Elena Maria Marques
Scénario : Talbot Jennings
Musique : David Raksin
Photographie : William C. Mellor
Une production Robert Sisk pour la MGM


Sortie USA : 01 octobre 1951


Le cursus westernien de William Wellman, quoique peu copieux (quantitativement parlant, il ne va guère ensuite s’enrichir que de deux autres films), s’avère être à ce moment de notre parcours au travers de l’histoire chronologique du western américain, avec celui de John Ford, l’un des plus riches et gouteux, l’éclectisme étant également de mise. En effet, la palette du cinéaste franc-tireur est très large et s’étend du noir et blanc pour ses œuvres les plus sombres à la couleur quant il décide d’aborder l’histoire de son pays que ce soit à travers un épisode de la Conquête de l’Ouest (dont les frontières à l’époque ne s’étendaient encore à peine plus loin qu’au Missouri, d’où le titre du film qui nous concerne) ou bien par la biographie d’un de ses plus célèbres représentants à l’autre bout du siècle. Dans la première catégorie, les films en noir et blanc, il y eut L’Etrange incident (The Ox-Bow Incident), pamphlet d’une sobriété exemplaire et sans concession contre le lynchage ainsi que le superbe La Ville Abandonnée (Yellow Sky), suspense psychologique puissant et tendu. Pour les sujets à priori plus épiques, Wellman utilisera une palette plus chatoyante par l’emploi du fameux et inimitable Technicolor. Plus que le moyennement convaincant Buffalo Bill, Across the Wide Missouri, s'attardant sur la vie quotidienne des trappeurs (les ‘Mountain Men’) du début du 19ème siècle, s’avère être une réussite exemplaire ! Encore une produite par la MGM, décidément peu avare de chef-d'œuvre du genre en ce début de décennie.


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Imaginez ce prologue énoncé par la voix de baryton profonde et chaleureuse de l’acteur Howard Keel : "My dad wasn't just one man named Flint Mitchell. He was a breed of men... mountain men who lived and died in America. He used to tell me about these men he knew. Men who walked the Indian trails and blazed new ones where no man had ever been before. Men who found lakes and rivers and meadows. Men who found paths to the west and the western sea ; who roamed prairies and mountains and plateaus that are now states. Men who searched for beaver and found glory. Men who died unnamed and found immortality. My father always began his story by telling me about the summer rendezvous of the mountain men. This is where they met every July after a year of trapping in the Rockies. Here they cashed in their furs, caught up on their drinking and the fighting and the gambling and the fun... and the girls. They lived hard and they played hard."


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Dans les années 1830, ‘la brigade’ conduite par Flint Mitchell (Clark Gable) se retrouve en juillet au rendez-vous annuel des trappeurs, plus précisément des chasseurs de castors. Mitchell, a planifié de chasser la saison suivante dans le riche territoire des Blackhawk situé ‘Au-delà du Missouri’ malgré le fait que Brecan (John Hodiak) lui déconseille pour ne pas risquer un conflit avec les indiens qui tiennent à ce que leurs terres ne soient pas immodérément foulées. Ayant appris que Kamiah (Maria Elena Marques), jeune indienne qu’il vient de rencontrer, est la petite fille du chef des Blackhawk, Bear Ghost (Jack Holt), enlevée très jeune à sa tribu par Looking Glass (J. Carrol Naish) des Nez Percés, il décide de l’épouser pour pouvoir la ramener dans son peuple et espérer ainsi pouvoir se rendre plus facilement sur le territoire de chasse convoitée. Avec Pierre (Adolphe Menjou) qui leur sert d’interprète et le capitaine Humberstone (Alan Napier), écossais ayant participé à la bataille de Waterloo, la brigade entame la dangereuse et épuisante expédition vers la vallée paradisiaque des Blackhawk. Durant le trajet, les sentiments de Mitchell pour Kamiah finissent par prendre le pas sur le mariage initialement de pur intérêt et, arrivé à bon port, le couple donne naissance à un fils. La mort tragique de Bear Ghost va néanmoins mettre fin au bonheur tranquille des trappeurs car son successeur, le jeune Iron Shirt (Ricardo Montalban), ne souhaite pas partager son domaine.


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Jean-Louis Rieupeyrout dans sa grande aventure du western 1894-1964 a très justement écrit : « Pour Wellman, le Montana des années 1820 prit des couleurs d’Eden. La joie de l’action, la bacchanale sauvage et tonitruante des ‘rendez-vous de trappeurs’ dans le calme idyllique des vallées aux eaux claires, l’ivresse des horizons dominés par les sommets étincelants sous le ciel bleu, tout dit la santé physique de ces gens épris de liberté, blocs de volonté et de naïve insouciance jetés dans les méandres d’un relief à la surprenante photogénie ». En effet, excepté par Delmer Daves, rarement les paysages n'auront jusqu’ici été aussi importants et aussi bien mis en valeur que dans ce western de William Wellman ; en même temps que le portrait simple et tranquille de la vie de ces chasseurs de castors (les Mountain Men constituaient un groupe encore quasiment jamais croisé au sein du genre) au milieu de territoires qui deviendront plus tard le Montana et l’Idaho, ce film s’avère être une véritable ode à la nature. Dans la lignée d’autres extraordinaires réussites telles Le Passage du Canyon (Canyon Passage) ou Le Convoi des Braves (Wagonmaster) auxquels on peut le rattacher, Across the Wide Missouri, déploie avec lenteur et majesté un ton élégiaque qui donne le temps au spectateur de s’imprégner de la beauté des sites traversés. Comme les films de Jacques Tourneur et John Ford, il s’agit d’un western limpide, moins soucieux de son intrigue (située à l’arrière plan) que de la description de la vie quotidienne de ses personnages même si le cinéaste fait fi de toute psychologie préférant presque adopter un regard d’entomologiste. Et le résultat est un pur enchantement sans aucune progression dramatique, sans ‘Bad Guy’, dans le même temps (sans que ce soit néanmoins son sujet principal), western pro-indien totalement atypique dans la production de l'époque, Wellman s’avérant être ici encore plus progressiste que John Ford par exemple. Après Tomahawk de George Sherman qui avait déjà utilisé ce ‘procédé’, on se surprend même à entendre les Indiens parler dans leur dialecte sans qu’aucun sous titre viennent nous traduire leurs paroles car, dans un souci de très grand réalisme, un interprète est présent dans le film pour s’occuper de la compréhension entre Indiens et trappeurs (et du même coup, spectateurs). Il s’agit du personnage de béarnais truculent joué par Adolphe Menjou, Pierre Alphonse Marie Joseph Victor de Promusenne la Framboise (sic !)


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Le film se déroule donc paisiblement au rythme des saisons et nous propose la description d'un groupe de trappeurs fréquentant les Indiens Blackhawk, à l’époque de véritables pionniers par le fait de s’être aventuré aussi loin en direction du Far-West (« Captain Lynn, they come from beyond maps ») ; mais ce qui intéresse surtout Wellman, c'est avant tout l'histoire d'un de ses trappeurs (Clark Gable) marié à une indienne pour sceller le traité qui l’autorise à chasser sur les terres de sa tribu, ce mariage ‘politique’ se transformant rapidement en un mariage d'amour. Le tournage fut mouvementé et éprouvant ; l’équipe se retrouva dans les montagnes rocheuses à des altitudes situées entre 2700 et 3000 mètres et au milieu de conditions météorologiques plus que déplaisantes, en tout cas fortement variables. Mais à la pénibilité des conditions de tournage allait s'ajouter un 'charcutage' de la première mouture du film par les producteurs qui avaient injectés dans le film des capitaux considérables (ce fut l'un des plus gros budgets de l'année 1951). Dore Schary ayant trouvé que l’ensemble manquait de rythme, fit remonter le film par Sam Zimbalist qui décida aussi de faire écrire un commentaire dit par Howard Keel, voix-off (remarquablement bien intégrée) qui sera celle du fils devenu grand de Clark Gable. Dore Schary fut très satisfait du résultat et même s'il peut apparaître un peu honteux d'applaudir un tel remaniement, il faut bien se rendre à l'évidence : même 'mutilé', le film reste extrêmement attachant et hors norme au sein de la production westernienne de l’époque. Inutile de se plaindre et d'attendre une éventuelle réapparition des chutes initiales car de l'aveu de Wellman lui-même, les rushes non retenues ont été détruites. Et puis en l'état, le résultat est totalement satisfaisant et, qui plus est, harmonieux malgré sa très courte durée (à peine plus d'une heure et quart). Les producteurs et monteurs nous avaient déjà donné un aperçu à travers l'exemple de Les Rapaces (Greed) de Erich Von Stroheim, La Splendeur des Amberson (The Magnificent Amberson) d'Orson Welles ou tout récemment avec La Charge Victorieuse (The Red Badge of Courage) de John Huston de leur incapacité à détruire un film s'il était au départ destiné à finir en chef-d'œuvre. Donc inutile de s'appesantir là-dessus : mutilé ou non, Across the Wide Missouri reste un film admirable à tous égards !


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Outre sa savoureuse et tendre description de personnages hauts en couleurs et de situations cocasses (l'ex-soldat écossais en kilt dansant la gigue au son de la cornemuse en pleine montagne, des disputes financières en français...) et sa mise en valeur somptueuse de superbes paysages idylliques, le western de Wellman est également une formidable leçon d'humanisme, une véritable élégie au melting pot culturel et linguistique des origines d'un pays et d'un peuple. C'est aussi une vision des indiens très respectueuses sans paternalisme, manichéisme ni chantage aux sentiments : Flint Mitchell, le personnage frustre interprété par Clark Gable va, à leur contact, changer son fusil d'épaules les concernant ; il va apprendre à les respecter, à ne plus les juger mais à admirer leurs us et coutumes ainsi que leurs valeurs et leur psychologie de la vie. “My father told me that for the first time, he saw these Indians as he had never seen them before - as people with homes and traditions and ways of their own. Suddenly they were no longer savages. They were people who laughed and loved and dreamed." D'ailleurs, même après le malheur qui va toucher sa famille, il ne cherchera jamais à se venger comme l'ont fait quelques uns de ses hommes durant le parcours. Rôle au départ prévu pour Spencer Tracy, le rude trappeur bon vivant qui va découvrir l'amour auprès d'une indienne est superbement campé par un Clark Gable chaleureux, roublard et sympathique, ne cherchant à aucun moment à voler la vedette à ses partenaires. Pour ses débuts à l'écran, Maria Elena Marques ne manque pas de charme alors qu'au contraire pour Jack Holt, ce sera sa dernière apparition avant qu'il ne décède. A leurs côtés, d'inoubliables et nombreux personnages attachants interprétés à la perfection par Adolphe Menjou qui fait office d'interprète, John Hodiak très charismatique en écossais ayant voulu vivre parmi les indiens, Alan Napier en capitaine qui combattit à Waterloo et qui se déplace avec une authentique armure et un peintre chargé de l’immortaliser, J. Carrol Naish en chef indien représentant la sagesse ou encore Ricardo Montalban loin d'être ridicule lui non plus dans le rôle du fougueux guerrier indien se battant pour conserver ses terres même s'il faut qu'il tue pour arriver à ses fins. [Sa mort, transpercé par la tige qui sert à bourrer la poudre dans le canon du fusil, est un moment fulgurant.]


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Sur le fond, très moderne et aux antipodes de la majorité des westerns déjà sortis jusque là, mais la forme n'a rien à lui envier. Si sur l'ensemble Wellman ne dérogera jamais à sa règle première, à savoir ne 'presque' rien sacrifier au spectaculaire, sa mise en scène n'en est pas moins splendide et même souvent virtuose et non dénuée d'un lyrisme tout fordien ; il n'y a qu'à voir la course poursuite entre Clark Gable et les indiens qui rappelle beaucoup celle de Sur la Piste des Mohawks (Drums along the Mohawk). Le premier quart d'heure consacré aux retrouvailles des trappeurs pour quelques semaines de discussions, jeux et beuveries nous donne déjà un aperçu du dynamisme du montage lors du concours de tir ; la découverte de la vallée paradisiaque et la chevauchée qui s'ensuit pour y descendre au grand galop est encore plus prodigieuse de ce point de vue. Utilisant une succession de panoramiques horizontaux de gauche à droite, le cinéaste arrive à nous donner une impression de liberté et de vitesse assez grisante.


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Et comme si la démonstration de son savoir faire dans le timing de son découpage ne suffisait pas, il attend la fin de son film pour nous offrir dix minutes de pur bonheur cinématographique. La scène débute alors que la plénitude régnait au sein du groupe, alors qu'il avançait paisiblement au milieu d'une nature généreuse et paradisiaque. La brigade ayant stoppée au bord d'un lac cristallin et miroitant pour s'y désaltérer, sans prévenir, une irruption brutale de la violence par une flèche qui arrive à l'improviste provoque la mort d'un des personnages principaux. S'ensuit une bataille d'une redoutable efficacité mais aussi et surtout la course poursuite à cheval entre Clark Gable et Ricardo Montalban, le premier voulant arrêter le second qui souhaite mettre fin aux jours du bébé attaché au dos d'un cheval parti au grand galop, affolé par les détonations du combat qui faisait rage. Tellement sûr de ses effets, comme c'était le cas de Fritz Lang dans Le Retour de Frank James, William Wellman n'intègre aucune musique à cette séquence époustouflante de panache, d'urgence, de tension et de suspense. Partition qui, soit dit en passant, signée David Raksin, se révèle souvent splendide ; et là je ne parle pas de la rengaine enfantine "Skip to my Lou" entendue à de nombreuses reprises, notamment accompagnée à la guimbarde, ni de la chanson de Noël qui n'est autre que 'l'exotique' (dans ce cas) 'Alouette, gentille alouette' chantée avec un accent et un entrain qui font obligatoirement venir le sourire aux lèvres.


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Tout le film a été tourné en décors naturels à l'exception de l'arrivée des trappeurs en haut d'un col enneigé ; ici, les rochers font assez carton-pâte mais la séquence est tellement bien menée que l'on a vite fait d'oublier ce détail d'autant que les minutes précédentes nous ont fait assister à une belle séquence épique, celle de l'avancée difficile du convoi sur les pentes dangereuses de la montagne. On décèle ici et là quelques autres petites fautes de goût comme le rire forcé du trappeur qui tire sur le chef indien mais ils sont rares. La pittoresque bagarre généralisée du rendez-vous annuel, la gigue écossaise, la nuit de noces avinée, le gag très discret (on croirait presque voir du Tati tellement on ne s'en aperçoit pas obligatoirement à la première vision !) du pou que les interlocuteurs se passent à l'improviste lors de la discussion avec le chef indien, celui de l'armure, la magistrale fessée du mari à l'épouse, etc., sont toutes des séquences humoristiques bon enfant, souvent croustillantes et bienvenues, qui ne m'ont jamais semblé alourdir le film mais au contraire lui donner un surplus de chaleur et d'humanité. Quant aux séquences entre Clark Gable et la jeune Maria Elena Marques, elles sont empreintes pour beaucoup d'une immense tendresse ; celle où Clark Gable à l'entrée du tipi surprend son épouse chanter une berceuse à leur fils est dépourvue de toute mièvrerie et s'avère au contraire un instantané assez magique de quiétude et de plénitude. Les quelques éclairs de violence qui ponctuent cette bucolique description en deviennent d'autant plus fortes.


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A signaler qu'étonnamment, le film n'est pas adapté d'un roman mais d'un ouvrage d'histoire signé par Bernard de Voto et qui obtint le prix Pulitzer en 1948, deuxième tome d'une trilogie consacrée à la trappe dans les Rocheuses jusqu'à la fin des années 1840. Préférant ce choix, filmer des éléments dramatiquement peu importants, des temps morts et des paysages, William Wellman se révèle assez culotté pour l'époque. Si le montage initial plus long avait été sauvegardé, peut-être aurait-on pu s’immerger encore plus fortement dans le film ; mais il n'est pas nécessaire de broder autour de cette éventualité puisque nous ne pourrons jamais en faire l'expérience. Il faut prendre le film tel quel, avec sa très courte durée qui n'entame pas son ampleur, sa voix-off qui ne gâche en rien ses secrètes beautés, l'épilogue apparemment rajouté en dernière minute mais qui ne dépare pas du reste du film, nous laissant au contraire en suspend, nous faisant nous interroger sur l'avenir et l'intégration possible ou non des enfants métis dans la société de l'époque. Il vous faut admirer le réalisme et l'éclectisme des costumes, la minutie des détails (notamment à propos de l'utilisation des armes à un seul coup rechargeable), la beauté d'une nature resplendissante, les couleurs éclatantes ainsi que la photographie lumineuse de William C. Mellor qui venait de nous enchanter quelques semaines auparavant avec le noir et blanc voluptueux de Une Place au soleil (A Place in the Sun) de George Stevens.


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Laissez vous donc prendre par la main par ce fabuleux conteur au débit tranquille et détendu que se révèle être ici William Wellman par l'intermédiaire de la voix chaude, posée et profonde d'Howard Keel. Il vous emmènera sans accélération, mais au contraire avec sérénité, découvrir cet hymne visuellement splendide à un territoire à l'époque toujours inviolé où les contrées vierges (d'hommes blancs) et sans noms se situaient encore 'Beyond the Maps'. On pourrait presque parler de western panthéiste, d'ode simple (mais pas simpliste) à un paradis perdu sans aucune odeur rance. En effet, ce fragile et bel équilibre qu'arrivent à trouver indiens et trappeurs est remis en cause par l'imbécilité des uns ne pensant qu'à la vengeance, la rancœur des autres n'ayant pas accepté que leur terre ait été foulé par des étrangers à leur nation. Le manichéisme n'est visiblement pas de la partie mais l'intelligence, le calme, la dignité et le respect (du spectateur par la même occasion). Superbe !


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Mais soyons franc pour terminer (et pour pouvoir caser une capture de plus, celle de la fessée :mrgreen: ) ; il se peut très bien que ce film puisse provoquer de l'ennui ; je suis le premier à y avoir succombé lors de sa découverte il y a de nombreuses années ; depuis, j'ai révisé mon jugement et mon ressenti a été totalement inverse. Il en a été quasiment de même pour les westerns qui lui ressemblent un peu par leur rythme nonchalant, à savoir Canyon Passage et Wagonmaster. Désormais, ce sont quasiment les westerns pour lesquels j'ai la plus grande affection.

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feb
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar feb » 2 août 11, 08:09

Yeah Jeremy Fox is back 8)
Super chronique pour un film qui doit s'apprécier et surtout se bonifier au fil des visionnages. Vu le mois dernier et j'avoue avoir pris beaucoup de plaisir devant ce film assez calme, visuellement très beau (et le DVD tient sacrément la route) et qui se termine sur une note assez triste mais qui colle assez bien au personnage de Gable qui est et qui restera un homme solitaire. Certains moments entre Gable et sa femme (très belle Maria Elena Marques) sont pleins de tendresses (je repense à la scène où cette dernière chante une berceuse à son fils et dont tu fais mention Jeremy :wink: ), les paysages du film sont magnifiques et la réalisation de Wellman est solide...un très beau film.
ed a écrit :Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)

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Jeremy Fox
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Red Mountain

Messagepar Jeremy Fox » 2 août 11, 08:17

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Montagne rouge (Red Mountain - 1951) de William Dieterle
PARAMOUNT


Avec Alan Ladd, Lizabeth Scott, John Ireland, Arthur Kennedy
Scénario : George W. George & George F. Slavin
Musique : Franz Waxman
Photographie : Charles Lang (Technicolor 1.37)
Un film produit par Hal B. Wallis pour la Paramount



Sortie USA : Novembre 1951


1865. La Guerre Civile touche à sa fin. En Californie, loin des combats, un essayeur d’or de Broken Bow est retrouvé abattu dans sa boutique. Les soupçons se reportent immédiatement sur un ex-soldat confédéré venu prospecter dans la région, Lane Waldron (Arthur Kennedy). Ce dernier est alors poursuivi par la milice de la ville ; il est rattrapé et sur le point d’être lynché malgré son innocence clamée haut et fort. Il est cependant sauvé in-extremis par un coup de feu qui coupe la corde. Il prend la fuite avec son mystérieux sauveteur, Brett Sherwood (Alan Ladd), jusqu’à son habitation de fortune bien abritée des regards. Dans cette cachette arrive également sa compagne, la belle Chris (Lizabeth Scott), qui semble tomber sous le charme du sauveur de son époux. Comprenant qu’il s’agit peut-être du véritable assassin recherché, la seule façon pour lui de se disculper étant de le livrer aux autorités, Lane tente de faire prisonnier Brett. Après quelques retournements de situations, chacun des deux étant tour à tour le captif de l’autre, ils trouvent refuge dans une grotte après que Lane se soit cassé la jambe suite à une nouvelle altercation. Brett espère retrouver bientôt les troupes du Général Quantrill (John Ireland) qu’il avait dans l’idée de rejoindre pour poursuivre le combat à leurs côtés. Comme par hasard, elle passe justement en contrebas de leur refuge dès le lendemain matin. Mais leurs ennuis sont loin d’être terminés puisque l’égorgeur sudiste (il ne lutte plus pour la cause mais pour sa propre gloire) a recruté des Indiens pour l’aider à mettre la région à feu et à sang


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"1865. In the South the Confederacy lay dying of the wounds Sherman slashed in the Valley of the Shenandoah. Northern armies pressed toward the inevitable victory....But in the vast no-man's-land of the West, Fate still hung in the balance. There, a last incredibly daring dream of Southern victory was attempted in the Battle of Red Mountain, by General Quantrell, Confederate hero, fanatical soldier and master of guerilla warfare." L’on comprend donc dès le générique que l’unique western réalisé par William Dieterle mettra une fois encore en scène William Quantrill (appelé tour à tour Quantrill, Quantrell ou même Cantrell selon les films), ce mythomane sanguinaire et illuminé, ce personnage peu recommandable qui utilisa l'uniforme confédéré pour mieux pouvoir commettre ses méfaits sanglants, tuer et piller à son gré. Il avait déjà été personnifié par Walter Pidgeon dans un honnête western de Raoul Walsh daté du début des années 40, L'Escadron noir (Dark Command), avant qu’en 1950 Brian Donlevy reprenne le flambeau avec une belle prestance dans Kansas en feu (Kansas Raiders) de Ray Enright. Ici c’est au tour du jeune John Ireland d’endosser la défroque de ce Général Sudiste dévoyé ; ce sera sans doute l’une de ses meilleures prestations, Wiliam Dieterle lui offrant à cette occasion l’un des ses rôles les plus importants juste après que Samuel Fuller lui ait confié la tête d’affiche de son premier film, I Shot Jesse James, dans lequel il interprétait Bob Ford. Le comédien ne percera néanmoins jamais vraiment, se contentant ensuite la plupart du temps de seconds rôles. William Dieterle fait partie de ses réalisateurs allemands émigrés aux États-Unis à la montée du nazisme. Il fut surtout connu dans les années 30 pour ses ‘biopics’ pour la Warner (Pasteur, Zola, Juarez, Edison, Reuter…) avant de continuer une carrière prolifique en abordant de très nombreux genres ; le titre le plus réputé de sa filmographie sera Le Portrait de Jennie (Portrait of Jennie), film 'fantastico-romantique' avec Jennifer Jones et Joseph Cotten. Le western qui nous préoccupe ici s’avère tout à fait honorable mais ne marquera probablement pas les esprits ; il est donc tout à fait logique qu’il ne soit pas plus connu.


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Il s’agissait alors du troisième western interprété par Alan Ladd qui, dans le genre, aura eu une filmographie tout à fait remarquable, ses choix s’étant le plus souvent portés sur des films de grande qualité, que ce soit dans l’écriture et la mise en scène. Avant 1951, il avait donc déjà été en tête d’affiche du superbe et méconnu Smith le taciturne (Whispering Smith) de Leslie Fenton ainsi que de l’intéressant Marqué au fer (Branded) de Rudolph Maté. Même si un très grand professionnalisme se retrouve à tous les niveaux de ce Red Mountain, ce dernier se révèle cependant moins satisfaisant que les deux précédents malgré aussi la plus grande réputation de son réalisateur ; comme si William Dieterle avait un peu manqué de conviction pour n’avoir pas particulièrement été motivé à mettre en scène un western. Ce qui n’est pas improbable, la majorité des réalisateurs de cette époque des grands studios ayant l’obligation contractuelle de tourner des films de commande pour leurs producteurs, ce qui leur permettait ensuite d’avoir les coudées plus franches pour accoucher d’œuvres plus personnelles ou qui leurs tenaient plus à cœur. Du coup, malgré des qualités évidentes, Red Mountain manque cependant de l’ampleur et de l'enthousiasme suffisants pour en faire autre chose qu’un western de série certes honorable mais souvent privé de ce supplément d’âme qui fait souvent toute la différence. Car des qualités, le film n’en est effectivement pas privé ; rien déjà qu’en ce qui concerne la musique dynamique et très efficace de Franz Wawman ou encore la photographie remarquable de Charles Lang qui utilise à la perfection ces superbes décors extérieurs de Gallup au Nouveau-Mexique qu’il ne me semble pas avoir vu ailleurs, ces ‘Red Mountain’ du titre, des paysages rocailleux assez spectaculaires, non seulement rouge orangé assez vif mais également tout en impressionnante verticalité.


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William Dieterle (suppléé par John Farrow le temps d’un ‘congé maladie’) s’acquitte parfaitement bien des nombreuses séquences d’action qu’il a à mettre en scène et notamment les scènes de poursuite à cheval durant lesquelles il sait parfaitement bien tirer partie des paysages insolites à sa disposition, arrive souvent à trouver le bon angle pour sa caméra, à nous octroyer de très beaux cadrages et à assurer un rythme constamment soutenu. En revanche, il semble un peu moins à l’aise et beaucoup plus guindé pour les scènes dialoguées, particulièrement toutes celles se déroulant à l’intérieur de la grotte dans laquelle certains personnages seront confinés quasiment toute la durée du film ; faute à un scénario des duettistes George W. George & George F. Slavin qui lui aussi manque un peu de conviction (le duo de scénariste n'a d'ailleurs jamais vraiment brillé dans le domaine). Car si l’intrigue est bien construite et constamment intéressante, notamment dans tout ce qui touche à l’évolution de certains personnages principaux et à leurs relations basées tour à tour (ou à la fois) sur le ressentiment, la méfiance, l’attirance et la répulsion, l’écriture de ces mêmes protagonistes reste cependant bien trop sage et sans grandes surprises. Il faut dire aussi que si John Ireland se révèle inspiré, Lizabeth Scott s'avère bien plus convaincante dans le film noir que dans le western (d’où une flagrante absence d’alchimie entre la comédienne et ses deux partenaires), et il ne fait aucun doute qu'Arthur Kennedy nous offrira des prestations bien plus mémorables. Quant à Alan Ladd, s’il est égal à lui-même, son personnage est bien moins touchant que les deux précédents malgré une certaine ambiguïté pas désagréable. Une faiblesse d'écriture de l'ensemble vraiment dommageable d'autant qu'il y avait un potentiel de départ assez riche quant aux relations entre ces quatre protagonistes.


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Jugez plutôt ! Lane (Arthur Kennedy) est un ex-confédéré venant juste de trouver un filon d’or mais n'allant pas pouvoir en profiter car accusé à tort d’un meurtre pour le seul fait d’avoir été dans le camp ennemi ; une fois 'l'orage' passé, il se rend compte que sa jeune et jolie épouse est attirée par celui l’ayant tiré de ce mauvais pas qui allait se terminer non moins que par un lynchage. Chris (Lizabeth Scott), sa compagne, a autrefois été témoin du massacre de sa famille par les troupes sudistes ; elle semble tiraillée entre son mari qui faisait autrefois partie de ce camp et l’étranger (confédéré lui aussi) ayant sauvé la vie de son époux. Brent (Alan Ladd), le mystérieux ange gardien a également vu sa famille massacrée, mais par les nordistes ; il est bien décidé à garder Lane en vie malgré ses traitrises et même s'il a essayé de le livrer à la justice, probablement, en plus de sa droiture, pour plaire à l’épouse de son prisonnier. Le changement qui s’opère chez Brent au fur et à mesure qu’il découvre avec désillusion le vrai visage de Quantrell (John Ireland) est lui aussi très intéressant. L’on est témoin des problèmes de conscience qui commencent à poindre en raison des actes de son mentor ; lorsqu’il se rend compte des véritables motivations du Général qui a en fait des velléités ‘d’empereur’ et a désormais engagé un combat meurtrier dans le seul but de gloriole personnelle et non pour la cause sudiste, le jeune officier ne peut que s’en éloigner voire même lutter contre ses exactions pour mettre à mal tous ses rêves de grandeur qui font couler bien trop de sang à son goût. A signaler pour les tenants de la réalité que les scénaristes ont pris de sacrés distances avec elle ; en effet, il s’avèrerait par exemple totalement fantaisiste que le rebelle sudiste ait édifié des alliances avec les indiens de la tribu des Ute pour l’aider à perpétrer des massacres contre soldats nordistes et civils.


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Red Mountain est donc un western réalisé avec un très grand professionnalisme par des artisans et artistes chevronnés, mais qui pêche un peu par insuffisance de relief, d’ampleur et de conviction, d’où une histoire finalement pas aussi captivante qu’on l'aurait souhaité. Une honnête série B mais qui ne devrait plaire qu’aux seuls amateurs du genre. Ceux qui en revanche ne jurent que par l’action devraient être à la fête puisque le film est loin d’en être dépourvu : bagarres à poings nus, Gunfights, escalades de rochers, batailles, chevauchées et autres séquences mouvementées sont bels et bien au rendez-vous. Un western qui ne laissera guère de trace mais qui s’avère tout à fait honorable et plaisant.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Rick Blaine » 2 août 11, 08:24

Tu me donnes une furieuse envie de revoir ce film que j'ai tant aimé lorsque je l'ai découvert.

J'avoue que le parallèle que tu fais avec Canyon Passage et Wagonmaster m’intéresse beaucoup. Autant le lien avec le Tourneur m'apparaissait comme une évidence, autant je n'avais pas pensé à celui avec Wagonmaster, film que j'ai bien moins apprécié, mais dont il me semble du coup que, logiquement, je pourrais le réévaluer, tant sa parenté avec le Wellman me parait assez nette.


Jeremy Fox a écrit :Donc inutile de s'appesantir là-dessus : mutilé ou non, Across the Wide Missouri reste un film admirable à tous égards !


Et finalement aurait-t-il été si bon sans ces mutilations. Certes, on aurait vu totalement la vision de Wellman, grand réalisateur s'il en est, mais aurait-t-il été meilleur, je ne sais pas.
Je me dis que le film tel qu'il doit être, c'est une fois qu'il est totalement sorti de son cycle de production, pour le pire parfois, pour le meilleur ici.

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Cave of the Outlaws

Messagepar Jeremy Fox » 2 août 11, 11:05

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La Caverne des hors-la-loi (Cave of Outlaws - 1951) de William Castle
UNIVERSAL


Avec MacDonald Carey, Alexis Smith, Edgar Buchanan, Victor Jory
Scénario : Elizabeth Wilson
Musique : Mischa Bakaleinikoff
Photographie : Irving Glassberg (1.37 Technicolor)
Un film produit par Leonard Goldstein pour la Universal


Sortie USA : Novembre 1951


Arizona, années 1880. Des bandits dévalisent un train, en retirent des sacs d’or et s’enfuient au grand galop, immédiatement pris en chasse par les hommes de loi. Les brigands se réfugient au fond d’une immense grotte mais leurs poursuivants découvrent la cachette, les tuent tous sauf le tout jeune Pete Carver qui est emmené en prison. Après une quinzaine d’années passées au bagne, Carver (MacDonald Carey) arrive à Copper Bend, la ville la plus proche de la grotte, le butin n’ayant jamais été retrouvé. Malgré le fait qu’un détective de la Wells Fargo (Edgar Buchanan) ne le quitte pas d’une semelle, il ne va avoir de cesse que de récupérer le magot perdu. Sachant que de ‘sans le sou’ Carver pourrait devenir millionnaire du jour au lendemain, tout les commerçants lui font crédit alors qu’une jeune journaliste (Alexis Smith) demande son aide financière pour relancer le journal local qui a périclité suite à la mystérieuse disparition de son mari…


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Depuis 1943, William Castle a déjà tourné plusieurs dizaines de films avant d’en arriver à ce western de série B en Technicolor de la Universal. Il réalisera neuf autres westerns, la plupart toujours inédits en France ; aucun de ceux-ci ne possède une réputation digne de ce nom, le cinéaste étant dans l'ensemble plus apprécié par les amateurs de films fantastiques et d’horreur que par les aficionados du western. Le réalisateur était d'ailleurs dans l'ensemble plus doué à priori pour le marketing que pour la pure mise en scène. Dans son autobiographie, William Castle racontait que c'était en voyant les files d'attente devant les cinémas pour voir Les Diaboliques de H.G. Clouzot qu'il eut l'idée de réaliser des films d'angoisse ou d'horreur pour empocher le pactole ; il ne s'est en effet jamais caché les avoir tourné par pure opportunisme commercial. C'était même devenu un roi du 'teaser' : il imagina une police d'assurance qui garantissait un capital pour la famille en cas de décès par épouvante à la vision d'un de ses films ; il fit installer des fauteuils à vibrations électriques pour la diffusion de The Tingler (Le désosseur) ; pour La Nuit de tous les mystères (House on Haunted Hill), son film le plus célèbre, il accrocha des squelettes en plastique au plafond des salles qui le projetaient, qu'il faisait fondre sur les spectateurs au moment où les personnages de son film subissaient ce même genre d'attaques...


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S’il fut donc durant les années 60 un réalisateur culte pour les fans d'épouvante bon marché, peu d’amateurs de westerns l’ont mis en avant ; ce Cave of the Outlaws arrive à en faire appréhender la raison. Si le prologue de l’attaque du train et de la poursuite qui s’ensuit entre bandits et hommes de loi est dynamique, parfaitement bien rythmé et réalisé avec une très belle utilisation des paysages de Vasquez Rocks puis des grottes de Carlsbad au Nouveau Mexique, la suite sera bien plus sage et somme toute assez routinière. Au menu, une belle veuve splendidement habillée et qui fait tourner les têtes (la charmante Alexis Smith), un détective privé qui espère que l’ex-prisonnier lui fera retrouver l’argent qui avait été dérobé à la Wells Fargo (Edgar Buchanan), un méchant avec la tête de l’emploi (Victor Jory), des bagarres à poings nus, quelques poursuites et fusillades… tout ceci au sein d’un scénario pas forcément bien écrit -mais Elizabeth Wilson fera bien pire par la suite-, l’intrigue ne s’avérant guère captivante et les personnages non seulement peu fouillés mais également pas forcément attachants, pas même le héros de l’histoire interprété par un MacCarey Donald -le policier dans Shadow of a Doubt d’Alfred Hithcock- qui accomplit bien le travail mais dont l’écriture de son personnage ne lui permet pas de faire montre de tous ses talents dramatiques. Il en va d’ailleurs de même pour la plupart des autres comédiens d'un pourtant excellent casting, certains acteurs comme Hugh O’Brian étant même totalement sacrifiés.


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Au niveau des points positifs, reste néanmoins pas mal d'éléments assez sympathiques : de bons cascadeurs, un magnifique Technicolor, un décor tout à fait inhabituel dans le genre et superbement bien photographié par Irving Glassberg ainsi que deux ou trois séquences qui sortent un peu de l’ordinaire dont la ‘torture du jeune Russ Tamblyn (West Side Story) filmée de derrière un rocher, ou encore ce duel au pistolet se déroulant comme au siècle précédent avec les deux rivaux dos à dos devant marcher durant dix pas avant de se retourner et se tirer dessus. On se délectera aussi de la description des ‘magnanimes’ commerçants de la ville, pariant sur la future fortune du nouvel arrivant, lui offrant tout à crédit, Carver devenant quasiment du jour au lendemain l’homme le mieux vêtu et le mieux loti de la petite cité. Quelques détails assez insolites et une qualité très honorable au niveau du travail technique effectué par les équipes Universal... ce qui ne nous empêchera pas de rester grandement sur notre faim, tout autant concernant une intrigue sentimentale manquant singulièrement d’intérêt et de passion.


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Un western de série B esthétiquement plutôt joli à regarder mais sans grande inspiration ni surprises et qui manque singulièrement d’énergie et de vie, peu aidé en cela par un scénario banal, maladroit, stéréotypé et parfois inutilement compliqué, ainsi que par une direction d’acteurs assez anémique. Un film cependant décent et pas désagréable, qui passera très bien pour une séance lors d’un après midi pluvieux d'autant qu'il se pourrait que les amateurs de films à l'atmosphère particulière prennent un certain plaisir à sa vision grâce à toutes les séquences se déroulant à l'intérieur des grottes. Moyen, un peu ennuyeux, sans néanmoins être honteux !

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Rick Blaine » 2 août 11, 11:27

Jeremy Fox a écrit :
Rick Blaine a écrit :
J'avoue que le parallèle que tu fais avec Canyon Passage et Wagonmaster m’intéresse beaucoup.


Le parallèle concerne surtout des westerns "sans intrigues" au rythme expressément nonchalant.



Oui justement, c'est ce que j'aime dans le Wellman et le Tourneur, il n'est pas normal que ça ne prenne pas sur moi pour le Ford. :D

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar someone1600 » 2 août 11, 14:45

Un film qu'il faudra bien que je vois un jour, encore une fois superbe chronique Jeremy, on ne peut que vouloir découvrir le film. :D

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Re: Across the Wide Missouri

Messagepar hellrick » 2 août 11, 15:43

Jeremy Fox a écrit :Mais soyons franc pour terminer (et pour pouvoir caser une capture de plus, celle de la fessée :mrgreen: ) ; il se peut très bien que ce film puisse provoquer de l'ennui ; je suis le premier à y avoir succombé lors de sa découverte il y a de nombreuses années ; depuis, j'ai révisé mon jugement et mon ressenti a été totalement inverse.


Je vais finir par me laisser tenter car, en effet, il m'avais ennuyé (contrairement à Canyon Passage) :wink:


Jeremy Fox a écrit : A suivre : Le Sentier de l'enfer (Warpath, 1951) de Byron Haskin


Là changement complet et retour au petit western de série B pas vraiment mémorable mais avec suffisamment d'action pour divertir les nostalgiques :wink:
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