Le Western américain : Parcours chronologique II 1950-1954

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Père Jules
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Père Jules » 27 févr. 11, 23:53

Oui, c'est bien ce qui me semblait aussi. Lorsque Joel McCrea sort ses flingues au début pour faire son sermon, c'est vraiment tout sauf du western. L'affiche est donc largement mensongère :D

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Jeremy Fox
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Annie Get your Gun

Messagepar Jeremy Fox » 4 mars 11, 13:27

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Annie Reine du Cirque (Annie Get your Gun, 1950) de George Sidney
MGM



Avec Betty Hutton, Howard Keel, Louis Calhern, J. Carrol Naish, Edward Arnold, Keenan Wynn...
Scénario : Sidney Sheldon d'après un livret de Herbert & Dorothy Fields
Musique : Irving Berlin
Photographie : Charles Rosher (Technicolor)
Une production Arthur Freed (MGM)
Couleur - 107 mn - 1950


Sortie USA : 17 mai 1950


Quelques années avant la naissance du western au cinéma qui contribuera à développer le mythe d’un Far West romancé, agité, coloré et aventureux, c’est surtout grâce au spectacle de Buffalo Bill que les européens (et même les Américains d’ailleurs) auront pu découvrir les grands mythes de cet Ouest indompté ainsi que les clichés qu’ils véhiculaient dès lors ; des millions de spectateurs purent alors assister les yeux éberlués à des reconstitutions spectaculaires de chasse au bison, d’attaques de diligence par des indiens farouches et bariolés, à l’arrivée in extremis de la cavalerie au son du clairon, à des acrobaties à cheval, à du rodéo et autres séances de tir à la carabine par des virtuoses dont la fameuse Annie Oakley, héroïne du film de George Sidney après avoir déjà empruntée les traits de Barbara Stanwick dans le médiocre La Gloire du Cirque (Annie Oakley) de George Stevens en 1935. De 1883 pour sa première représentation à Omaha (Nebraska) avec pour nom ‘The Wild West Rocky Mountain and Prairie Exhibition’ jusqu’en 1912 (le Show s’étant entre temps fait renommer ‘The Buffalo Bill's Wild West Show’), le spectacle de William Cody destiné à recréer l’atmosphère de l’Ouest sauvage américain connait un important succès partout où il passe mais il n’arrive pourtant pas à entrer dans ses frais. Après une tournée européenne qui lui assure la notoriété, il rentre aux USA sans un sou et décide de s’associer avec son concurrent le plus direct, Pawnee Bill, le célèbre chef Sioux Sitting Bull finançant cette nouvelle association. C’est un peu cette histoire que nous raconte la comédie musicale de George Sidney en même temps que l’évocation de la vie de 'la fille la plus rapide de l'Ouest' et la romance imaginaire la liant avec un autre tireur d’élite, Frank Butler.


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Champion de tir que la modestie ne risque pas d’étouffer, Frank Butler (Howard Keel) est la grande attraction du Show de Buffalo Bill. A Cincinatti où le spectacle s’arrête, on lui trouve un adversaire en la personne d’Annie Oakley (Betty Hutton), une femme rustre, impétueuse et sans éducation. Annie qui n’est jamais sortie de sa campagne tombe en pamoison devant ce bellâtre de Frank qui n’y fait pas attention préférant se vanter devant elle de ses nombreuses conquêtes féminines, achevant de lui fendre le cœur en lui décrivant sa femme idéale. Quoiqu’il en soit, un concours de tir est organisé entre eux deux ; Annie en sort vainqueur et devient l’assistante de l’homme dont elle est tombée folle amoureuse. Buffalo Bill (Louis Calhern) tente, à l’insu de Frank, de faire d’Annie la nouvelle vedette de son spectacle, soutenu par Sitting Bull (J. Carrol Naish) qui ne cesse de tarir d’éloge sur cette femme qu’il décide de prendre sous sa protection. Ne supportant pas qu’on lui vole la tête d’affiche, ce matamore de Frank quitte la troupe pour se rendre chez sa principale concurrente, celle de Pawnee Bill (Edward Arnold). Buffalo Bill part en tournée de l’autre côté de l’Atlantique où Annie est fêtée par toutes les têtes couronnées européennes. Mais Frank lui manque grandement…


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Quatre ans après The Harvey Girls, déboule donc sur les écrans de cinéma américain le deuxième ‘musical westernien’, en provenance de Broadway cette fois (plus de 1000 représentations par Ethel Merman dans le rôle titre) mais à nouveau réalisé par George Sidney. Si Annie Reine du Cirque est dans nos contrées assez peu connu, il n’en est pas de même de l’autre côté de l’Atlantique où il bénéficie d’une grande notoriété. Ce fut non seulement l’un des plus gros succès de l’année 1950, l’un des ‘musicals’ qui rapporta même le plus à la MGM, mais aussi, le fait qu’il soit ensuite quasiment devenu invisible durant pas moins de trois décennies lui a fait acquérir un statut de film culte. Ce qu’on sait moins, c’est que ce fut également l’un des tournages les plus laborieux de l’histoire de la comédie musicale. Ce devait être au départ un nouveau véhicule pour Judy Garland qui aurait retrouvé à cette occasion 'The Wizard of Oz', à savoir Frank Morgan, le tout sous la direction du génial Busby Berkeley. Mais Howard Keel, suite à une chute de cheval, est blessé et Frank Morgan meurt inopinément durant le tournage. Quant à Judy Garland, fatigué physiquement, psychologiquement et nerveusement, elle ne supporte pas le traitement sans ménagement que lui fait subir le dictatorial metteur en scène. On le prie de faire ses bagages et il est immédiatement remplacé par Charles Walters qui avait toujours rêvé de réaliser ce film d’autant plus que le scénariste est le même que celui qui lui avait écrit son premier succès, le superbe Parade de Printemps (Easter Parade). Malgré qu’elle ait préenregistrée toutes les chansons écrites par Irving Berlin, au vu son déplorable état de santé, Judy Garland est à son tour suspendu. C’est en lisant la presse que Charles Walters apprend qu’il est lui aussi remplacé par George Sidney dont le père est vice-président du studio du lion.


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Ce n’est pas pour autant que le tournage peut reprendre de suite car la nouvelle actrice choisie en remplacement doit encore terminer un film qu’elle a en cours à la Paramount avec qui elle est sous contrat. Il s’agit de Betty Hutton qui s’impose face à Betty Garrett ou Doris Day (cette dernière ne sera pas en reste puisqu’elle tiendra un rôle de cabotine à peu près similaire trois ans plus tard, toujours aux côtés d’Howard Keel dans Calamity Jane de David Butler). Louis Calhern reprend le rôle de Buffalo Bill et George Sidney doit donc refilmer toutes les séquences déjà tournées qui voyaient ce personnage en scène. Ces innombrables changements, imprévus et retards font augmenter dangereusement le cout de production mais l’immense succès public le rentabilisera largement, la MGM tenant là l’un de ses plus gros hits de la décennie. Qu’en est-il du résultat ? De la part de George Sidney, le film s’avère assez décevant, l’un de ses plus faibles plastiquement et techniquement parlant au point d’avoir laissé passer des faux raccords assez ahurissants. Ce qui ne veut pas dire grand-chose pour ceux comme moi qui le considèrent comme faisant partie des plus grands réalisateurs hollywoodiens avec des sommets inégalés tels Kiss me Kate ou Scaramouche ! Ce n’en est donc pas moins une comédie musicale westernienne euphorisante et fichtrement agréable pour ceux qui accepteront un sacré coup de mou dans la seconde partie du film lors de la séquence qui s’éternise un peu trop du retour de la troupe aux USA par bateau, et pour ceux qui ne craignent ni les décors en cartons pâte, ni le cabotinage éhonté, ni la vulgarité assumée ni le kitsch le plus délirant.


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Car George Sidney est un des rares à pouvoir se permettre de se vautrer dans cette 'fange' sans que ça lui en soit reproché grâce surtout à l’efficacité et la virtuosité de sa mise en scène, à la mise en place de plans osés et étonnants (encore ces figurants passant d’un coup devant la caméra donnant un aspect foisonnant à quelques séquences, les vues du concours du tir filmées en face voyant les pigeons d’argile éclater à l’avant de l’écran…) qui font passer la pilule. Nous en avions eu la preuve dans ce petit chef-d’œuvre démentiellement baroque qu’était Le bal des Sirènes (Bathing Beauty) ; le cinéaste réitère le temps d’au moins un numéro que tous les amateurs de bon goût devront fuir au plus vite, le très amusant ‘I’m Indian too’. Il suffit, pour ceux qui ont le DVD, de comparer cette séquence à la même tournée précédemment par Berkeley ou Walters avec Judy Garland pour s’en convaincre ; la version Garland semble plate et d’une extrême sagesse à côté de la version explosive filmée par George Sidney ! Sinon, preuve que le cinéaste s’est quand même moins amusé que précédemment, le premier numéro ‘Colonel Buffalo Bill’, pendant du célèbre ‘On The Atchison, Topeka and the Santa Fe’ au début de Harvey Girls, se révèle nettement moins enthousiasmant au niveau de la pure mise en scène, les mouvement de caméra étant moins fluides et aériens même si la gestion de l’espace par George Sidney est toujours aussi appréciable. Dans l’ensemble, quand même donc beaucoup moins d’innovations stylistiques ou d’idées de mise en scène puisque la plupart des chansons sont filmées frontalement sans quasiment de recherche dans le découpage ou le montage ; peut-être aussi pour garder intact l’esprit du spectacle d’origine qui se jouait sur scène face aux spectateurs ?! En tout cas, les chorégraphies mises en place par Robert Alton sont loin d’être inoubliables.


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En revanche les chansons le sont presque toutes, la quasi intégralité composée par Irving Berlin qui signait ici une de ses partitions les plus réussies. Il faut dire aussi qu’Howard Keel est probablement l’un des plus grands chanteurs hollywoodiens (si ce n’est me concernant le meilleur à condition d’adhérer à sa puissante voix de baryton) et que Betty Hutton s’avère ici elle aussi une chanteuse de premier ordre. Le premier, du haut de ses 1.90, allait être propulsé au sommet du vedettariat dès cette comédie musicale ; il n’en était pourtant qu’à son deuxième essai en tant que comédien au cinéma ; avec son sourire enjôleur et son élégance coutumière, il interprète seul la plus belle mélodie du film, ‘My defenses are down’ et en duo avec Betty Hutton un véritable morceau d’anthologie, l’un des plus drôles jamais vus dans un film musical, ‘Anything you can do I can do better’. Sa partenaire bénéficie de plusieurs chansons soit amusantes (‘Doin'what comes natur'lly’) soit émouvantes (‘They say it's wonderful‘), déployant autant de talent dans les deux styles ; dommage que la chanson qui nous aurait rendu son personnage encore plus attachant, ‘Let’s go West again’, ait été coupée au montage (les veinards que nous sommes peuvent néanmoins la retrouver sur le DVD). Il est aussi un numéro qui propose la chanson la plus célèbre à propos des mérites du monde du spectacle (avec le ‘That’s Entertainement’ dans Tous en Scène – The Band Wagon de Vincente Minnelli), la fameuse ‘There's no business like show business’ qui reçut d’ailleurs un Oscar pour l’occasion. Ces merveilleuses mélodies sur des paroles souvent pleines d’humour nous feront souvent oublier le comique appuyé de l’ensemble (qui pourra facilement en rebuter plus d’un) et la faible teneur du scénario qui ne brille ni par sa finesse ni par son intelligence.


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Ce n’est cependant pas ce que nous nous attendions obligatoirement à trouver devant un tel spectacle (qui n’est pas comparable avec ce que nous propose Vincente Minnelli par exemple), ce qui fait que nous nous contentons de ce dernier sans chercher plus loin d’autant que les comédiens nous offrent de savoureuses compositions. Howard Keel, promu vedette du jour au lendemain, dans la peau de ce poseur fanfaron et arrogant est franchement très à son aise ; sa partenaire n’est pas en reste dans ce qui restera son rôle le plus célèbre avec celui qu’elle tiendra deux ans plus tard dans Sous le plus grand Chapiteau du Monde (The Greatest Show on Earth) de Cecil B. DeMille. Dans un registre qui ne fait pas dans la dentelle, elle cabotine avec un enthousiasme non feint pour notre plus grand plaisir car rien ne saurait résister à son abattage et à sa bouillonnante personnalité. Seul Doris Day aurait pu faire aussi bien (ah bon, vous vous y attendiez à celle là ?) ; elle ne se gênera pas pour nous le prouver trois ans plus tard en tenant le rôle d’une Calamity Jane tout aussi survoltée. Si l'ensemble est peu passionnant dans son intrigue, le film est néanmoins tout à fait regardable grâce aux superbes chansons d'Irving Berlin, au talent habituel des techniciens de l'équipe d'Arthur Freed (pétaradant technicolor jusqu’à ce coucher de soleil d’une géniale fausseté) et à la mise en scène toujours aussi efficace (même si moins inspirée qu'habituellement) du grand George Sidney. Beaucoup d’énergie à défaut d’autre chose mais quelle énergie de la part notamment de son interprète principale ! Mais il est temps de revenir au "vrai" western de peur de me faire lâcher par une partie de mon lectorat :mrgreen:

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Père Jules » 4 mars 11, 13:31

C'est ce type d'image qui me fait fuir immédiatement:

Spoiler (cliquez pour afficher)
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:mrgreen:

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Jeremy Fox » 4 mars 11, 13:37

Père Jules a écrit :C'est ce type d'image qui me fait fuir immédiatement:

Spoiler (cliquez pour afficher)
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:mrgreen:


Ah mais c'est clair que, connaissant tes affinités avec le genre, je te le déconseille fortement
:mrgreen:

Cette image est quand même tirée de la fameuse chanson (que tu connais probablement) : There's no business like show business

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Cathy
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Cathy » 4 mars 11, 14:00

Annie get your gun est une comédie musicale irresistible, la musique y est particulièrement bonne, au point que de vrais chanteurs d'Opéra ont enregistré leur propre version du musical ! Personnellement j'adore ce film et me passe régulièrement la musique !

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Jeremy Fox » 4 mars 11, 14:14

Cathy a écrit : Personnellement j'adore ce film et me passe régulièrement la musique !


je trouve qu'il s'agit d'une des plus réussies d'Irving Berlin.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar cinephage » 4 mars 11, 14:52

Jeremy Fox a écrit :
Père Jules a écrit :C'est ce type d'image qui me fait fuir immédiatement:

Spoiler (cliquez pour afficher)
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:mrgreen:


Ah mais c'est clair que, connaissant tes affinités avec le genre, je te le déconseille fortement
:mrgreen:

Cette image est quand même tirée de la fameuse chanson (que tu connais probablement) : There's no business like show business


J'ai aussi un peu de mal avec le genre, mais force est d'admettre que, sur le plan formel, le travail de George Sidney est souvent surprenant et bien fichu.
Le tout est de ne pas se faire avoir à espérer rentrer dans l'histoire... :mrgreen:
Obviously the world is not a wish-granting factory (The fault in our stars, Josh Boone, 2014)
Pour caler mes bennos

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar someone1600 » 4 mars 11, 16:49

Ca a l'air amusant comme film. Je crois en avoir vu un bout a TCM d'ailleurs, faudrais que je retrouve mon enregistrement.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar feb » 5 mars 11, 09:21

ENFIN la chronique est arrivée ! Quelle chronique d'anthologie et quelles captures ! Impetuous! Homeric! M. Fox :mrgreen:
J'utilise mon joker pour ce film et j'attends les autres films :wink:
ed a écrit :Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Jeremy Fox » 5 mars 11, 09:26

feb a écrit : Impetuous! Homeric!


On sent celui qui maitrise par cœur son répertoire fordien :mrgreen:

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar feb » 5 mars 11, 09:43

Et quel film Fordien....dommage que ma copie TCM ne soit pas exceptionnelle et que des personnes comme Julien Léonard ne veuillent pas revendre leur DVD....mais ça c'est un autre débat :fiou: :mrgreen:
Sinon concernant le topic continue comme ça M. Fox :wink:
ed a écrit :Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Julien Léonard » 5 mars 11, 10:18

Mais de quel film s'agit-il ? :fiou: Je l'ai peut-être en double... :mrgreen:

Sinon, j'ai lu cette chronique fort intéressante une fois encore, mais je dois avouer que... je passe mon tour. En outre, les captures m'en disent assez, ce n'est vraisemblablement pas pour moi. :wink:
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Jeremy Fox » 7 mars 11, 08:42

Premier bilan au bout d'un an depuis le premier avis posté : 102 films au compteur dès ce soir. Si mon idée est de poursuivre jusqu'au True Grit des Coen et même si je décide de m'arrêter plus raisonnablement à celui d'Hathaway, je suis encore loin du compte mais ça devrait pouvoir se conclure dans 5 ou 6 ans même avec un rythme un peu moins soutenu.

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Colt 45

Messagepar Jeremy Fox » 7 mars 11, 11:11

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Colt 45 (1950) de Edwin L. Marin
WARNER



Avec Randolph Scott, Ruth Roman, Zachary Scott, Alan Hale, Lloyd Bridges, Chief Thundercloud
Scénario : Thomas W. Blackburn
Musique : William Lava
Photographie : Wilfred M. Cline (Luridcolor)
Une production Saul Elkins (Warner)
Couleur - 174 mn - 1950


Sortie USA : 27 mai 1950

Cinq mois se sont déjà écoulés et pourtant, contrairement à l’exceptionnel cru annoncé pour cette année 1950, un seul très grand western est pour l’instant sorti sur les écrans américains. Et ce n’est pas ce banal Colt 45 qui allait renverser la vapeur. Ce fut pourtant l’un des westerns qui eut le plus grand succès cette année là ; en le découvrant aujourd’hui, on a bien du mal à comprendre pourquoi tellement le film parait conventionnel et bâclé. Il confirme en tout cas la tendance de la décennie précédente concernant les films de série B ; ceux des studios les plus prestigieux de l’époque (à savoir la MGM et la Warner) étaient nettement moins intéressants et palpitants que leurs semblables des compagnies plus modestes d’alors qu’étaient la Columbia, la Paramount ou Universal. Pour ne prendre l’exemple que de Randolph Scott, Il suffit de comparer deux de ses films de cette année : The Nevadan de Gordon Douglas tourné pour la Columbia, même s’il s’agit d’un film mineur du cinéaste, n’en est pas moins très nettement supérieur à ce Colt 45 qui ne pourra vraisemblablement plaire qu’à une très faible majorité de spectateurs. Edwin L. Marin lui-même, sans atteindre des sommets, se révélait un peu plus efficace quant il tournait pour la RKO (Tall in the Saddle).


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1851. Steve Farrell (Randolph Scott), ex-soldat, désormais représentant pour la firme Colt, vient exposer au shérif de Redrock les vertus du tout nouveau pistolet avec dispositif à répétition, une arme à barillet pouvant tirer six coups, le Colt 45. Jason Brett (Zachary Scott), un prisonnier ayant entendu vanter les mérites de cette arme redoutable, arrive à déjouer la vigilance de son geôlier, à le tuer, à s’emparer d’une paire de ces pistolets et à s’enfuir avec. Steve Farrell, pris pour un complice, est emprisonné à sa place. Entre temps, le dangereux criminel acquiert une terrible réputation, pillant et tuant sans répit, ses colts 45 faisant des ravages. Innocenté quelques mois plus tard, Steve Farrell part à la poursuite de celui qui lui a dérobé sa précieuse marchandise. Arrivé dans la ville de Bonanza Creek où le bandit s’est réfugié, il se fait nommer assistant du shérif sans soupçonner que ce dernier (Alan Hale) fait partie du gang ; gang qui comprend aussi comme autres membres Paul Donovan (Lloyd Bridges) et sa femme Beth (Ruth Roman), cette dernière soutenant son époux de peur qu’il se fasse tuer par son psychotique de chef. Pour l’aider dans sa tâche devenue plus qu’ardue puisque suspecté par la populace d’être ‘le tueur au colt 45’, Steve ne pourra s’appuyer que sur la tribu indienne dirigée par Walking Bear (Victor Daniels) ; en effet, le bande de Brett a tout fait pour que ses méfaits leurs soient attribués mais les Indiens ne comptent pas se laisser faire, prêt même à repartir sur le sentier de la guerre.


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Après la mode des titres de films reprenant les noms géographiques de villes ou d’Etat, Edwin L. Marin semble vouloir entamer celle, moins poétique, des noms d’armes. Effectivement, dans la foulée sortira le Winchester 73 d’Anthony Mann. Mais qu’on se rassure, elle ne perdurera pas. A propos du Colt 45, première arme utilisant un dispositif à répétition pouvant tirer six coups consécutivement sans besoin de recharger, il semblerait qu’historiquement le film soit erroné quant à l’apparition de l’arme à l’époque du déroulement de l’intrigue et que les armes utilisées dans le courant du film soient totalement fantaisistes. N’y connaissant rien pour cause de manque d’intérêt pour le sujet, je ne m’aventurerais pas à infirmer ou confirmer mais on peut faire confiance aux experts ; mais dans l’absolu, que la vérité historique ait été trahie, on s’en fiche un peu tellement cette série B n’a pas vocation à l’authenticité mais au pur divertissement (ce qui n’est aucunement à blâmer). Il s’agit d’un petit film comme il s’en tournait alors à la pelle, sans ambition ni moyens, sans la moindre originalité et sans la moindre idée de mise en scène. Pour ne tromper personne, la convention, 'les ambitions' et les clichés sont d’ailleurs annoncés dès la fin du générique par ce prologue écrit : 'A gun, like any other source of power, is a force for either good or evil, being neither in itself, but dependent upon those who possess it.' On peut passer un agréable moment à condition de ne pas en attendre grand-chose ; et encore !


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Si ! Il faut admettre que la prestance et le visage émacié de Randolph Scott, ressemblant de plus en plus à William S. Hart, font toujours mouche et que son élégance coutumière est un constant ravissement pour les yeux ; lorsqu’il s’habille tout de noir durant la seconde partie du film , il faut bien s’avouer que le comédien n’avait vraiment pas son pareil et qu’il s’avérait alors être l’homme de l’Ouest classieux par excellence. Dans ce film, l’acteur est néanmoins assez effacé, son rival Zachary Scott (Le Masque de Dimitrios, Le Roman de Mildred Pierce, Boulevard des Passions….) essayant de faire se retourner tous les regards sur lui. Pour y arriver, il n’y va pas de main morte et on ne peut pas dire qu’il fasse dans la nuance ni dans la sobriété : roulements d’yeux, mâchoire crispée tout du long, son personnage en devient plus ridicule que réellement inquiétant. C’est bien dommage d’autant plus que le script était d’une violence encore inaccoutumée ; mais en plus du manque total de crédibilité du Bad Guy, le traitement de cette violence par la mise en scène finit de la rendre totalement inoffensive, presque aseptisée.


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A partir de ce scénario, un réalisateur tel qu’Anthony Mann aurait fait de ce western le plus âpre et violent vu jusqu’ici. On trouve bien évidemment des restes qui ont pu échapper à cette stérilisation de la mise en scène comme ces coups de feu face caméra, cette bagarre finale au cours de laquelle pour déstabiliser son adversaire, Jason Brett appuie avec son doigt de toutes ses forces sur le trou de balle que son rival vient d’écoper à l’épaule ou la manière réjouissante qu’à Ruth Roman de gifler avec une hardiesse et une énergie qui ne semblent pas feintes (celle que Zachary Scott reçoit face caméra a probablement du lui laisser une marque !) mais le film aurait mérité plus de sécheresse et de rigueur dans sa réalisation pour que le niveau de violence présent dans l’écriture remue les entrailles du spectateur qui n’assiste finalement qu’à un petit western sans conséquences, sans aspérités et plutôt ennuyeux.


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Quelques aspects sympathiques cependant, outre la présence de Randolph Scott (qui s’en prend encore plein la figure dans ce film, le soi disant sadomasochisme de Brando pour son One-Eyed Jacks paraissant vraiment minime par rapport à tout ce qu’a subi physiquement Scott jusqu'ici) et de la belle Ruth Roman (qui, sans prévenir, tombe dans les bras du héros à la dernière image alors que rien ne nous avait fait pressentir une quelconque attirance entre les deux durant tout le film), le fait que les indiens soient les seuls personnages totalement positifs de l’intrigue, de l’action à revendre (dont les principaux plans sont repris de précédents westerns de la Warner, notamment San Antonio de David Butler) et certains traits d’humour dans les dialogues au sein d’un film qui se prend bien trop au sérieux (‘the finest guns ever made. Here's law and order in six-finger doses. Yes, sir, easy to load and as durable as your mother-in-law.’). C'est tout et c'est bien peu. ! A signaler que le chef indien est interprété par un acteur se faisant appeler Chief Thundercloud mais que son véritable nom, bien moins folklorique, n’est autre que Victor Daniels et qu’il fut très connu à la fin des années 30 pour avoir joué le rôle de l’indien Tonto dans la série des Lone Rangers. Retitré plus tard Thundercloud pour ne pas qu’il soit confondu avec une série TV, un western routinier, un des derniers du cinéaste Edwin L. Marin qui allait mourir l’année suivante après nous avoir encore donné un film du genre.

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Julien Léonard
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Julien Léonard » 7 mars 11, 20:54

Belle chronique, une fois encore (et j'avais ma petite larme à l'oeil en découvrant une capture avec Alan Hale, cet acteur formidable et fort en gueule, et qui allait décéder la même année).

J'ai acheté les deux pack Randolph Scott (avec trois films chacun), et je pense m'y jeter bientôt. On verra bien, mais bon, y'a du André De Toth, alors ça devrait aller... :wink:
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