Le Western américain : Parcours chronologique I 1930-1949

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Grimmy
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Grimmy » 30 mars 10, 23:15

Rooo, t'es vraiment un chef ! 8)

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cinephage
C'est du harfang
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar cinephage » 30 mars 10, 23:21

Jeremy Fox a écrit :
Link Jones a écrit :

Les deux scènes se terminent comme souvent par la perception d'un son de clairon très ténu au début, qui s'intensifie progressivement jusqu'à l'arrivée de la cavalerie dans le cadre. Dans The Plainsman c'est un vrai soulagement.


Dans un film d'importance, c'est d'ailleurs probablement la première fois qu'on a du entendre sonner la fameuse charge sur un écran. La séquence est effectivement superbe mais je pense que Cinéphage voulait peut-être parler de la défaite de Little Big Horn qui ne dure à l'image qu'une quinzaine de secondes et qui a pu effectivement le laisser sur sa faim ?


Le film ne m'a pas vraiment laissé sur ma faim, il m'a beaucoup plu. Ce que je disais des batailles (y compris la dernière), c'est qu'elles n'étaient pas encore traitées par DeMille comme de vastes tableaux (ce qui ne retire rien de la tension du siège final).
Dans les films ultérieurs, les batailles, tout en gardant une belle efficacité narrative, prendront un coté "tableau" que je n'ai pas trouvé dans les séquences d'action de The Plainsman (mais qu'on trouve à d'autres moments du film).
Cette absence ne nuit pas au film, que j'aime beaucoup, mais DeMille poussera plus loin le coté illustratif de son style qu'il réserve encore à ce moment là aux seules séquences de paysage ou aux scènes bibliques. Sans doute la complexité de l'action lui fait-elle préférer, non sans raison, s'il n'est pas sur de lui, la tension narrative à des plans qui pourraient se révéler trop figés.

C'était plus une remarque qu'un bémol, pour tout dire...
Obviously the world is not a wish-granting factory (The fault in our stars, Josh Boone, 2014)
Pour caler mes bennos

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Jeremy Fox
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 30 mars 10, 23:25

Jaquettes rajoutées Grimmy.
Et je comprend ce que tu veux dire Cinéphage car effectivement, lors de la longue séquence du siège, aussi tendue et réussie soit-elle, DeMille n'utilise pratiquement pas de plan d'ensemble qui aurait pu la rendre encore plus ample et spectaculaire. La caméra reste souvent confinée comme si elle était placée en caméra subjective du point de vue des assiégés ou alors le montage est très cut lorsque la caméra s'approche de près des indiens en train de charger. Pas d'impression de gigantesque tableau en effet.

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Jeremy Fox
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The Texans

Messagepar Jeremy Fox » 1 avr. 10, 13:28

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La Ruée Sauvage (The Texans, 1938) de James P. Hogan
PARAMOUNT


Sortie USA : 27 juillet 1938


1965. La Guerre de Sécession a beau être terminée, les ressentiments et rancunes sont encore tenaces parmi les gens du Sud. Il faut dire que le gouvernement américain ne leur fait pas de cadeaux. Les Carpetbaggers opportunistes qu’ils envoient au Texas se comportent le plus souvent en voleurs et en escrocs, menant la vie dure aux vaincus, rachetant leurs terres pour des bouchées de pain, les expropriant sans raisons valables, leur imposant des taxes sur tout et n’importe quoi. Pour cette raison, d’anciens soldats de la Confédération que l’on nomme les rebelles, pensent continuer leur propre guerre ; pour cela, ils ont dans l’idée d’aller demander de l’aide au Mexique, plus précisément à l’Empereur Maximilien et aux troupes françaises, leur amenant des surplus d’armes volées en échange. D’autres, moins belliqueux, pensent que cette situation confuse et humiliante va se tasser ; apprenant que la pénurie de viande sévit dans le Nord, ils décident d’aller leur vendre leurs immenses troupeaux et ainsi, dans le même temps, de se refaire un pécule. Si certains étaient encore réticents, il se joignent à cette décision le jour où le gouvernement leur sort du chapeau un nouvel impôt de 1 dollar par tête de bétail. Pour y échapper, ils se regroupent en convoi et entament un long voyage en territoire indien avec 10 000 bêtes à cornes par la piste de Chisum (Chilsom Trail) qui doit les conduire jusqu’à Abilene (Kansas), lieu de départ du train transcontinental pour les régions du Nord. Entre temps, les Sudistes forcenés ont perdu toute leurs illusions mexicaines puisque les troupes du dictateur viennent d’être renversées ; les plus dépités décident de créer une nouvelle organisation baptisée K.K.K. (le Ku Klux Klan) dont le but premier est de chasser les Yankees hors du Sud…


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Un rapide point d’histoire qui se trouve être dans le même temps la colonne vertébrale de l’intrigue du film de James Hogan (surtout pour avoir réalisé l’un des seuls films américains sur la Guerre d’Espagne et de nombreux Bulldog Drummond), The Texans ; on constate la richesse et le nombre de pistes de réflexions historiques sur lesquelles semblait devoir nous lancer cette production de prestige de la Paramount, remake de la suite officielle de The Covered Wagon, North of 36’. Malheureusement, aucune ne sera vraiment approfondie, les scénaristes ayant préféré insuffler de l’humour à tout bout de champs dès qu’un semblant de sérieux paraissait vouloir se mettre en place. Nous avons en définitive plus affaire à une pantalonnade qu’à un western à l’humour fin et subtil. On ne peut pas dire que le film de James P. Hogan soit ennuyeux mais il nous déçoit régulièrement, les éléments comiques lui ‘coupant les pattes’ à chaque fois qu’on s’attendait à ce qu’il prenne son envol, à chaque amorce d’ampleur ou de gravité. On assiste néanmoins à de spectaculaires séquences de traversée du Rio Grande par un troupeau, d’attaques indiennes ou d’incendie de prairie mais James P. Hogan se révèle piètre réalisateur, gâchant ces dernières par un montage approximatif, l’utilisation de vilaines transparences et un réel manque de souffle dans sa mise en scène.


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Sa direction d’acteur n’est guère plus convaincante ; Robert Cummings (futur interprète d’Hitchcock à deux reprises) est d’une rare fadeur, Randolph Scott, loin de sa réputation d’ascétisme et de laconisme, en fait parfois des tonnes, peu aidé par son maquillage outrancier et sa coupe de cheveux frisés, et May Robson cabotine sans retenue. Seul Walter Brennan, qui teste ici son personnage de vieux grincheux édenté, semble paradoxalement plutôt sobre. Quant à la future interprète de Fritz Lang, Joan Bennett, elle nous gratifie de son beau visage angélique mais ne semble quand même pas spécialement à l’aise en femme de l’Ouest, sympathisante sudiste ; dommage d’autant que son personnage de femme forte et obstinée était plutôt intéressant, coincée entre son amour pour un Sudiste revanchard (Robert Cummings) et les idées plus progressistes de l’homme qui lui a sauvé la mise au début du film (Randolph Scott) en lui permettant de passer entre les mailles des fouilles Yankees alors qu’elle transportait des chargements de fusils à destination des rebelles.


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L’impact de l’arrivée du chemin de fer, les agissements d’hommes politiques peu scrupuleux, la volonté de certains texans de vouloir s’intégrer aux États-Unis alors que d’autres considèrent la reprise des conflits comme une priorité, la confusion de cet après-guerre démoralisant pour les vaincus, le fourmillement de cette ère trouble de reconstruction… Un fort potentiel qui ne tient pas toujours ses promesses et au final une fresque plutôt insipide (dont on se demande parfois où a bien pu passer le budget alloué) et parfois limite raciste mais néanmoins pas désagréable à suivre et intéressante pour comprendre la complexité de la situation et les déviances qui en ont découlées.

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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 1 avr. 10, 18:52

Je vais désormais attaquer la période qui à ma préférence, celle qui débute en 1939 et qui s'étale sur 20 ans. En principe, j'ai essayé d'être exhaustif dans mes achats de DVD concernant ces années pour les films de séries A et B, ceux avec au minimum les sous titres anglais.

Une fois chaque année terminée, je ferais donc un récapitulatif des westerns importants manquants sur support numérique ; rêvons que ça puisse donner quelques idées aux différents éditeurs s'ils nous lisent.

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Julien Léonard
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Julien Léonard » 1 avr. 10, 20:24

Et bien, personnellement, j'attends tes textes avec impatience !

Il est vrai que le film Stagecoach va relancer le genre de manière totalement inattendue, pour le plus grand bonheur de notre cinéphilie.
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Link Jones
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Link Jones » 4 avr. 10, 20:34

Jeremy Fox a écrit :Avant d'attaquer l'année 1931, j'aurais voulu si possible avoir des avis (même très brefs) sur Fighting Caravans avec Gary Cooper ...

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Ayant revu The Big Trail dans sa version 70 mm, j'en ai profité pour sortir Fighting Caravans. Je l'avais acheté il y a quelques années mais sans avoir le courage de le regarder :oops:

Après donc la magnifique redécouverte du film de Walsh, le film de Otto Brower et David Burton fait pâle figure, je ne parle pas de l'édition DVD qui est très moyenne, parfois floue, mais certaines séquences sont moins pires :mrgreen:

Le film reprend le thème de The Big Trail, une caravane part vers l'ouest, une belle française, Lili Damita, ayant perdu son père, ne pourra partir que si elle est accompagnée. Le jeune premier, Gary Cooper est là ! évitant de peu la prison, ses 2 amis éclaireurs font croire que la française et Cooper sont jeunes mariés. Et voilà la caravane peut partir, quiproquos, disputes, beuverie et bagarre, le film est un peu poussif au départ, mais la fin est un peu plus intéressante, après la pause au fort militaire, avec un peu plus d'action et comme chez Walsh la classique traversée du fleuve et une attaque d'indiens, presque incontournable.

Pas un grand film, on ne retrouve pas les magnifiques plan de the Big Trail. L'intrigue est plutôt mince, le film lorgne plutôt vers la comédie, un peu lourde, mais comme cela ne dure qu'1h20, ça se laisse regarder, pour Cooper et quelques scènes assez belles avec Lili Damita.

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Dernière édition par Link Jones le 4 avr. 10, 21:18, édité 6 fois.

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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 4 avr. 10, 20:56

Merci pour ton avis sur ce film méconnu. D'ailleurs, Otto Brower a réalisé une multitude de westerns de séries dans les années 30 et il fut justement le réalisateur de seconde équipe du Jesse James d'Henry King (avis à venir en fin de semaine)
Et alors, The Big Trail en "scope" ? Ca a belle allure non ?

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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Link Jones » 4 avr. 10, 21:12

Jeremy Fox a écrit :Merci pour ton avis sur ce film méconnu. D'ailleurs, Otto Brower a réalisé une multitude de westerns de séries dans les années 30 et il fut justement le réalisateur de seconde équipe du Jesse James d'Henry King (avis à venir en fin de semaine)
Et alors, The Big Trail en "scope" ? Ca a belle allure non ? :wink:


Oui j'ai été impressionné par ces paysages immenses, ces plans larges sur la caravane, avec les pionniers. Cela rend l'aventure encore plus belle et le film devient plus captivant. La première vision en 4/3 m'avait paru un peu longue. :wink:

(j'ai inséré quelques captures de Fighting Caravans, plus haut).

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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 4 avr. 10, 21:27

Link Jones a écrit :(j'ai inséré quelques captures de Fighting Caravans, plus haut).


Merci :wink:

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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Julien Léonard » 4 avr. 10, 22:38

Link Jones a écrit :
Jeremy Fox a écrit :Merci pour ton avis sur ce film méconnu. D'ailleurs, Otto Brower a réalisé une multitude de westerns de séries dans les années 30 et il fut justement le réalisateur de seconde équipe du Jesse James d'Henry King (avis à venir en fin de semaine)
Et alors, The Big Trail en "scope" ? Ca a belle allure non ? :wink:


Oui j'ai été impressionné par ces paysages immenses, ces plans larges sur la caravane, avec les pionniers. Cela rend l'aventure encore plus belle et le film devient plus captivant. La première vision en 4/3 m'avait paru un peu longue. :wink:

(j'ai inséré quelques captures de Fighting Caravans, plus haut).


Ah, cela me donne l'eau à la bouche ! Sous l'emprise de la chronique de Jeremy, et puisque tu as l'air très convaincu, je me dis que j'ai bien fait de le commander il y a quelques jours sur Amazon.com en zone 1 collector (avec le blu-ray des Cowboys de Mark Rydell, je l'avoue :oops: ) ! Il y a des sous-titres français sur la version en scope, je crois, mais pas sur la version 1.33 (du coup, je vais garder mon zone 2 également).

Vivement le texte sur Jesse James de Henry King en tout cas ! Il traine dans ma DVDthèque depuis un moment, et je ne l'ai toujours pas regardé...
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar someone1600 » 6 avr. 10, 16:56

L'avis de Jeremy a propos de The big trail m'a donné envie de le regarder aussi, alors que je possede le dvd depuis la sortie, je ne l'avais encore regardé. C'est chose faite et j'ai adoré, film du mois illico. :D

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Jeremy Fox
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Jesse James

Messagepar Jeremy Fox » 6 avr. 10, 20:01

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Le Brigand bien aimé (Jesse James, 1939) d'Henry King
20TH CENTURY FOX


Sortie USA : 27 janvier 1939

Si 1939 fut une année faste pour le cinéma hollywoodien, elle a été primordiale pour le western. En effet, c’est à partir de cette date qu’il va acquérir ses lettres de noblesse et enfin être considéré comme un genre majeur capable d’accoucher d’œuvres importantes et plus seulement comme un cinéma de pur ‘Entertainment’ ; l’intelligentsia et les journalistes allaient désormais devoir le prendre en compte et au sérieux. Et même si "Stagecoach" a contribué à cette légitimité, c’est "Jesse James" qui l’a devancé ; sorti sur les écrans dès janvier, il fut le premier western en Technicolor et obtint un succès considérable aussi bien public que critique. C’est aussi à partir de ce film que l’Ouest s’est paré d’une certaine joliesse, d’un certain glamour. D’un coup, les ‘héros’ étaient plus beaux, plus charismatiques, mieux habillés, mieux coiffés, mieux rasés, les femmes étaient douces et charmantes, les villes moins sales, les établissements plus rutilants, les rues moins boueuses, les paysages bien mieux mis en valeur… Bref, un Ouest en outre paré des fulgurances du Technicolor et qui faisait rêver les chères têtes blondes que nous étions ; un Ouest idéalisé et flamboyant que certains taxeront sans vergogne ‘de pacotille’ mais qui continue à en ravir certains (dont je fais partie). Dès cette période, les écrans verront débouler toujours autant de bandes d’à peine une heure mais les films de série A et B (dont bon nombre d’excellente qualité voire plus) vont se multiplier et les côtoyer, 1939 marquant donc les débuts de l’âge d’or du western américain. Il s’étalera 20 ans durant avec une richesse et un éclectisme tels dans les thématiques et les styles que bon nombre de titres contrediront les clichés constamment mis en avant lorsqu’il s’agissait de dénigrer un genre trop souvent regardé comme mineur, simpliste et répétitif !


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Après le Billy le Kid magnifié par Vidor, c’est au tour des frères James d’être mis sur un piédestal par Hollywood. Henry King, chantre de l’Amérique rurale, n’a cependant pas voulu les montrer ‘Bigger than Life’ mais au contraire leur donner une dimension universelle en les rendant humain et familier, très représentatifs de cette Amérique des petites gens que le cinéaste appréciait tant, ici des paysans sudistes spoliés après la Guerre de Sécession, victimes du progrès et de l’affairisme galopant représentés par des agents de la compagnie de chemin de fer Midland voulant exproprier les fermiers pour des sommes dérisoires afin de faire passer le train à l’emplacement de leurs terres. Exerçant sur eux un vil chantage et les empêchant d’aller demander conseil à des hommes de loi, ils ne leurs font pas de cadeaux allant jusqu’à tuer par inadvertance la maman des frères James, ces derniers ayant catégoriquement refusé de céder à la pression. Se transformant en sorte de Robin des Bois de l’Ouest, ils ne vont désormais avoir de cesse que de venger ces morts et expulsions inutiles en pillant les trains et banques, la mise à prix de la tête de Jesse n’arrêtant pas de grimper, le gouvernement allant même jusqu’à proposer l’amnistie aux membres de son gang qui accepteraient de le dénoncer…


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Enfant, le futur scénariste Nunnally Johnson s’était passionné pour Jesse James et ses exploits qu’il voyait se répéter dans des pièces de théâtre. La mort du bandit abattu par Bob Ford lui tirant dans le dos l’avait fortement et durablement marqué. Depuis plusieurs années, il cherchait à persuader Darryl F. Zanuck de l’utilité de faire un film sur l’histoire des frères James. Si les financiers de la Fox n’y croyaient guère, Zanuck faisant une entière confiance au scénariste, le laissa travailler sur son projet. Plusieurs versions furent écrites avant que Nunnally Johnson n’en signe une définitive dans le courant de l’année 1938. Zanuck choisit Tyrone Power, Henry King choisit Henry Fonda ; la sortie du film assura la notoriété des deux acteurs. Ils nous délivrent tous deux une belle interprétation même s’ils leur manquent une étincelle pour nous rendre leurs personnages plus proches ; il en va de même pour la charmante Nancy Kelly et les autres comédiens, tous très bons mais privés de ce petit quelque chose qui aurait fait que l’empathie soit renforcée, la faute incombant surtout à Nunnally Johnson qui a écrit de beaux personnages mais tous un peu lisses malgré la volonté d’aller plus loin que d’habitude dans la psychologie ; car si on a beaucoup parlé de western psychologique à propos du "Brigand bien aimé", à postériori l’appellation se révèle un peu exagérée, les faits et l’histoire prenant quand même vite le pas sur la psychologie, l’ambivalence de Jesse James étant rapidement évacuée après une très belle séquence de confrontation entre les deux frères, son côté mythique et légendaire venant rapidement prendre le dessus, le spectateur gardant de lui au final, plus que l’image d’un homme tourmenté, un homme généreux, noble et fier personnifiant, à travers ses hold-up des trains et des banques, le triomphe des asservis sur le modernisme et la finance. Discours certes un peu passéiste mais tellement sincère et délivré à travers une histoire d’une belle sensibilité à laquelle le cinéaste semble croire tellement fort qu’il n’est pas utile d’en tenir compte !


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Rêvons néanmoins de ce qu’aurait pu faire Lamar Trotti, scénariste habituel d’Henry King, avec une telle histoire ; sa chronique aurait sans doute été plus élégiaque et émouvante, moins précipitée, Nunally Johnson ne s’attardant pas assez sur l’environnement et le quotidien de ses ‘héros’ même si la peinture qui en est faite ici s’avère chaleureuse et vivante ; ça va donc vite, c’est constamment plaisant et parfois même palpitant et intense sans que jamais le film nous bouleverse faute peut-être aussi à l’irruption d’un humour répétitif parfois pesant (le running gag de l’édito du journaliste impétueux) et à la présence de ‘Bad Guy’ peu convaincants (Edward Meek a beau être un acteur sympathique, on a du mal à croire en sa vilénie). Le film d’Henry King, aussi intéressant et réussi soit-il, manque donc un peu d’âme pour nous le rendre mémorable. En revanche, un protagoniste de cette histoire qui n’en est pas dépourvu, peut-être le plus intéressant même si on l’évoque rarement, c’est celui d’une grande noblesse du shérif interprété par un Randolph Scott digne d’éloges ; amoureux de Zee, la fiancée de Jesse James, il fera en sorte en rencontrant le hors-la-loi de faire semblant de ne pas le reconnaître lui octroyant une chance de s’échapper alors qu’il aurait pu en profiter pour éliminer son rival en amour. Par la suite, il l’aidera à chaque fois qu’il le pourra, allant jusqu’à prendre soin de Zee sans arrière pensée, à partir du moment où (entre temps devenue Madame James) elle aura décidé d’abandonner cette vie aventureuse après d’avoir accouché d’un petit garçon.


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Dans son ensemble le spectacle s’avère plus qu’honorable servi dans son écrin de somptueux Technicolor. Sur un ton calme et serein, Henry King nous livre la sobre chronique d'une page d'histoire de l'Amérique toutefois romancée et très éloignée de la réalité que ce soit par invention ou par omission, Henry King et son scénariste ayant par exemple passé sous silence le fait que Jesse ait fait partie de la bande de Quantrill durant la Guerre de Sécession, à savoir un groupe de franc tireur extrêmement violent et meurtrier. Sinon, une mise en scène pleine de retenue mais sachant être virtuose quant il le faut ; il suffit pour s’en rendre compte d’admirer quelques fabuleux travellings et de se régaler devant des scènes d’action superbement montées et réalisées comme celle de l'attaque du train voyant Tyrone Power avancer sur les wagons, la caméra nous dévoilant en dessous les passagers éclairées derrière les fenêtres (plans plastiquement magnifiques), celles au nombre de deux, de poursuites à cheval d’un dynamisme et d’une efficacité remarquables ou encore le clou du film que représente l’attaque ratée de la banque de Northfield avec l’arrivée en ville des bandits vêtus de cache-poussières blancs ou cette image des chevaux passant à travers la vitre pour échapper aux poursuivants. Le respect et la grande tendresse du cinéaste pour ses personnages, son talent de conteur et son brio lors des séquences mouvementées font de ce Jesse James un des premiers westerns classiques importants de l’histoire du cinéma, plastiquement superbe, à défaut d’être aussi intense et lyrique qu’espéré.


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Le film se termine sur la scène tragique des obsèques de Jesse ; elle vient quelque peu atténuer l’apologie qui était faite jusque là du hors-la-loi par un discours du journaliste qui rappelle les circonstances atténuantes qui l’ont fait prendre ce mauvais chemin tout en mettant en avant que tout ceci ne pouvait excuser le fait qu’il soit devenu un dangereux assassin ; criminel néanmoins bien plus noble que l’homme qui lui a tiré dans le dos et qui ne mérite pas le moindre respect à tel point que l’on refuse de citer son nom sur la tombe du brigand bien aimé.

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daniel gregg
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar daniel gregg » 6 avr. 10, 20:19

:shock:
Voilà un topic qui me donne très envie de re-fréquenter Classik ! :D
Merci Jérémie.

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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Grimmy » 6 avr. 10, 20:36

Superbe critique : je revois le film vendredi du coup (je serai en congé) et enchainerai avec Stagecoach, tiens ! :D