Le Western américain : Parcours chronologique I 1930-1949

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

Modérateurs : cinephage, Karras, Rockatansky

Avatar de l’utilisateur
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Messages : 87388
Inscription : 12 avr. 03, 22:22
Localisation : Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 14 sept. 10, 10:18

Mais j'en viens à ma question. Tu as pris les captures du DVD Collector Fox que tu montres en fin de chronique? J'ai la version simple, et de souvenir la copie est franchement moche.


Non, cette fois ce sont des photos de productions trouvées sur le net car la copie proposée sur le DVD n'est effectivement pas fameuse.

Avatar de l’utilisateur
Rick Blaine
Howard Hughes
Messages : 18690
Inscription : 4 août 10, 13:53
Last.fm
Localisation : Paris

Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Rick Blaine » 14 sept. 10, 10:21

Jeremy Fox a écrit :Non, cette fois ce sont des photos de productions trouvées sur le net car la copie proposée sur le DVD n'est effectivement pas fameuse.


Rhaaa! Dommage je me faisais déjà une joie de le voir dans de belles conditions. En tout cas merci de l'info. (Et c'est un investissement de moins en vue...)

homerwell
Assistant opérateur
Messages : 2490
Inscription : 12 mars 06, 09:57

Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar homerwell » 14 sept. 10, 10:31

"Oh my darling, Oh my darling, Oh my darling Clementine,
You are lost and gone forever, Dreadful sorry, Clementine.
"

Avatar de l’utilisateur
Phnom&Penh
Accessoiriste
Messages : 1828
Inscription : 28 févr. 08, 12:17
Localisation : Tengo un palacio en Granada

Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Phnom&Penh » 14 sept. 10, 12:28

Belle chronique pour un bien beau film :wink:
C'est très intéressant, ce rapprochement avec le film de Tourneur. Je vais le découvrir après avoir lu tout le bien que tu en disais. Il traînait dans mes DVD pas encore vu, non pas qu'il ne m'interesse pas, j'aime beaucoup Tourneur, mais je ne savais pas que c'était un si beau film.
Par contre, je suis bien déçu de savoir que la copie de My darling Clementine du Collector Fox est moche...Je l'ai mais je ne l'avais pas encore regardé (la dernière fois, c'était sur une VHS qui, elle, est de bonne qualité).
"pour cet enfant devenu grand, le cinéma et la femme sont restés deux notions absolument inséparables", Chris Marker

Image

Avatar de l’utilisateur
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Messages : 87388
Inscription : 12 avr. 03, 22:22
Localisation : Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 14 sept. 10, 12:32

Phnom&Penh a écrit :Par contre, je suis bien déçu de savoir que la copie de My darling Clementine du Collector Fox est moche...Je l'ai mais je ne l'avais pas encore regardé (la dernière fois, c'était sur une VHS qui, elle, est de bonne qualité).


Pas vu le collector Fox zone 2 (je pensais qu'il s'agissait de la même copie) mais l'ancienne édition. Si quelqu'un me dit que le collector zone 2 est meilleur, je pense craquer.

Avatar de l’utilisateur
Strum
n'est pas Flaubert
Messages : 8450
Inscription : 19 nov. 05, 15:35

Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Strum » 14 sept. 10, 16:11

Joli texte en effet, avec lequel j'étais en plein assentiment, jusqu'à "voire parfois décharné et solennel". :mrgreen: Pour moi, la patte de Ford dans ses meilleurs westerns, ce qui le distingue, c'est la compositions de ses plans et le cadrage de ses personnages. Ses cadrages, toujours à bonne distance, donnent souvent une force expressive incroyable aux gestes de ses personnages; comme dans des tableaux. Il les rend élégants dans leur gestuelle quand ils sont élégants moralement, ou peut les statufier à l'inverse dans une immobilité inquiétante. Le corps des personnages à l'écran est donc très important. Je ne perçois donc pas l'aspect "décharné" ou "sec" dont tu parles. Au contraire, je vois dans My Darling Clementing, le triomphe du classicisme fordien dans le domaine du western, puisque c'est un film où le sentimentalisme qui alourdit parfois certains de ses films est ici totalement maitrisé, jugulé, transfiguré par la pureté de la mise en scène. Il n'y a pas un plan de trop dans ce film. Et comme souvent chez Ford, presque tout ce qui a été tourné a été utilisé au montage.

Quant au caractère de solennité du film, je ne le perçois pas non plus. Je ne vois que de l'élégance (sauf dans la scène d'expulsion de l'indien au début). C'est un film, notamment, qui ne solennise absolument pas la violence ou les préparatifs de la violence, à l'inverse de ce que feront d'autres westerns et bien sûr Leone plus tard. Il y a ce meurtre de Clanton, tirant dans le dos de son adversaire : il est rapide et abject. Il y a le "duel" entre Doc Holyday (un homme en "vacances" de lui-même ; le jeu de mots peut paraitre facile, mais c'est exactement cela) et Wyatt Earp qui est filmé et monté très vite pour enlever toute solennité à cet instant, pour enlever tout caractère de solennité à la violence. De même pour le duel final, à qui est déniée également toute solennité.

En tout cas, avec L'Homme qui tua Liberty Valance, My Darling Clementine est un autre film de Ford montrant la construction de la civilisation comme ayant pour origine ou fondation un meurtre. Sauf que dans My Darling Clementine, Ford insiste sur l'aspect mythologique de cette construction (tout en lui donnant une patine mélancolique qui interdit tout triomphalisme ou aveuglement) alors que dans Liberty Valance, Ford nous donne à voir la déconstruction de cette mythologie et nous révèle son caractère mensonger. A cette aune, les deux films se font écho comme s'ils étaient les deux versants d'un même discours.

Et je surenchéris sur la traduction débile du titre du film en français. :evil:

Avatar de l’utilisateur
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Messages : 87388
Inscription : 12 avr. 03, 22:22
Localisation : Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 14 sept. 10, 16:32

Sec non pas dans sa mise en scène évidemment ; je l'ai loué tout du long d'ailleurs. Sécheresse (ou manque d'émotion dégagée) due à l'écriture, par le fait d'avoir peuplé son film de protagonistes moyennement approfondis et passant tous trop vite sans avoir le temps de nous devenir familiers ; une construction louable mais trop rapide et qui m'a empêché de ressentir de l'empathie pour tous les personnages tournant autour de Wyatt et Doc. C'est un film dont j'aurais souhaité qu'il dure 3 heures afin d'avoir le temps de me familiariser avec ce petit monde fordien que je sens moins vivre ici que dans les films qui suivront (notamment sa trilogie cavalerie qui représente pour moi le sommet du cinéaste). Aucun des personnages gravitant autour des 'héros' n'a vraiment le temps de se rendre aussi attachant que je l'aurais souhaité (à l'image des frères Earp qui n'ont pas vraiment de 'présence' malgré les bons acteurs les incarnant). Et d'ailleurs, contrairement à ce que tu dis plus haut, j'ai lu que le film avait subi de nombreuses coupes ; coupes dues à Zanuck. Au départ, le film devait durer deux heures et la version pré-preview que l'on trouve sur le zone 1 dure 10 minutes de plus. Quant à la solennité ressentie, c'est probablement le trop grand sérieux de l'ensemble par rapport à l'univers habituel du cinéaste ; c'aurait pu être une qualité car Ford en fait souvent trop, je trouve que ça le rend encore plus 'froid'. Mais tout ceci est du domaine du pur ressenti, totalement subjectif. La preuve, Rick Blaine et toi, voire même Jack Carter et bien d'autres ressentent l'inverse.

Et puis en me relisant, je constate me répéter et avoir du mal à exprimer vraiment ce ressenti de sécheresse :oops:

Tout ceci entre parenthèse et en minimisant au maximum car j'aime énormément le film ; le même sentiment de faible frustration, je l'ai ressenti en revoyant Liberty Valance dernièrement. Bref, en gros, j'accroche plus au Ford qui dégage de l'immédiate chaleur, le Ford plus picaresque, celui de la cavalerie, du Convoi des braves... Mais ça peut varier aussi au fil des ans (Un jour j'adore les Cheyennes, l'année d'après je m'y ennuie à mourir) ; et ça, c'est très pénible :( :wink:

Avatar de l’utilisateur
Strum
n'est pas Flaubert
Messages : 8450
Inscription : 19 nov. 05, 15:35

Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Strum » 14 sept. 10, 16:48

Jeremy Fox a écrit :Et d'ailleurs, contrairement à ce que tu dis plus haut, j'ai lu que le film avait subi de nombreuses coupes ; coupes dues à Zanuck. Au départ, le film devait durer deux heures et la version pré-preview que l'on trouve sur le zone 1 dure 10 minutes de plus.


Ah oui, c'est vrai. Et j'aurais du m'en souvenir puisque j'ai vu à Paris la reprise qui était ressortie agrémentée de quelques minutes de plus. :oops:

Quant à la solennité ressentie, c'est probablement le trop grand sérieux de l'ensemble par rapport à l'univers habituel du cinéaste ; c'aurait pu être une qualité car Ford en fait souvent trop, je trouve que ça le rend encore plus 'froid'. Mais tout ceci est du domaine du pur ressenti, totalement subjectif. La preuve, Rick Blaine et toi, voire même Jack Carter et bien d'autres ressentent l'inverse.


Je comprends. Mais peut-être que cette absence de scènes drôlatiques participe de la mélancolie particulière que diffuse le film, une mélancolie qui n'est ni sentimentale, ni complaisante, mais une mélancolie sur le passage inexorable, rapide et sans retour possible du temps et du déroulement de l'action une fois que celle-ci a été enclenchée par le meurtre originel.

Avatar de l’utilisateur
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Messages : 87388
Inscription : 12 avr. 03, 22:22
Localisation : Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 14 sept. 10, 16:57

Strum a écrit :Mais peut-être que cette absence de scènes drôlatiques renforce la mélancolie du film, mélancolie à laquelle je suis sensible.


Je suis pourtant sensible à la mélancolie dégagée par certains films de Ford, celle plus sentimentale justement ; les larmes me viennent facilement à la vision de She Wore a Yellow Ribbon par exemple.

Je te laisse voir le Tourneur ; je pense que tu comprendras alors ce que je "reproche" à l'un et pas à l'autre. Non qu'ils soient comparables (quoique) mais tous les personnages de Passage Canyon m'ont profondément touchés, des premiers aux rôles plus secondaires. Je n'attendais que ça de Ford mais ce n'est pas bien grave ; l'essentiel est d'avoir vu un grand film malgré mes quelques petites réserves qui m'empêchent juste de le faire entrer dans le lot de mes westerns préférés.

Avatar de l’utilisateur
Rick Blaine
Howard Hughes
Messages : 18690
Inscription : 4 août 10, 13:53
Last.fm
Localisation : Paris

Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Rick Blaine » 14 sept. 10, 17:05

Jeremy Fox a écrit :Tout ceci entre parenthèse et en minimisant au maximum car j'aime énormément le film ; le même sentiment de faible frustration, je l'ai ressenti en revoyant Liberty Valance dernièrement. Bref, en gros, j'accroche plus au Ford qui dégage de l'immédiate chaleur, le Ford plus picaresque, celui de la cavalerie, du Convoi des braves... Mais ça peut varier aussi au fil des ans (Un jour j'adore les Cheyennes, l'année d'après je m'y ennuie à mourir) ; et ça, c'est très pénible :( :wink:


Intéressant. Par mes goûts personnels, je vois se dégager une forme de cohérence dans tout ça, incarnée par des ensembles distincts que l'on pourrait faire dans la filmo de Ford, car de mon côté, j'aurais tendance a placer très haut, émotionnellement Liberty Valance et Clementine, mais par contre j'ai ressentit un sentiment de frustration devant le convoi des braves (faible là aussi, n'exagérons rien) et même un léger ennui avec, comme tu le dit une chaleur picaresque mais un peut moins de profondeur (ressentie tout du moins). Dans une moindre mesure, la trilogie de la cavalerie me touche également un peu moins. (je continue de prendre des gants, mais je veux insister, on parle du très haut de gamme quand même ici)
C'est la manière de transmettre au spectateurs l'empathie envers les personnages qui diffère selon les films de Ford, parfois par une chaleur immédiate, d'autre fois par un ton plus sec. Il n'y a certainement le même degré d'émotion voulu par Ford dans les deux catégories, mais le ressenti n'est pas le même.


Strum a écrit :Je comprends. Mais peut-être que cette absence de scènes drôlatiques participe de la mélancolie particulière que diffuse le film, une mélancolie qui n'est ni sentimentale, ni complaisante, mais une mélancolie sur le passage inexorable, rapide et sans retour possible du temps et du déroulement de l'action une fois que celle-ci a été enclenchée par le meurtre originel.


Je n'aurais pas dis mieux, je suis dans le même ressenti, au mot près.
Dernière édition par Rick Blaine le 14 sept. 10, 17:08, édité 1 fois.

Avatar de l’utilisateur
Strum
n'est pas Flaubert
Messages : 8450
Inscription : 19 nov. 05, 15:35

Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Strum » 14 sept. 10, 17:08

Jeremy Fox a écrit :Je suis pourtant sensible à la mélancolie dégagée par certains films de Ford, celle plus sentimentale justement ; les larmes me viennent facilement à la vision de She Wore a Yellow Ribbon par exemple.

Je te laisse voir le Tourneur ; je pense que tu comprendras alors ce que je "reproche" à l'un et pas à l'autre. Non qu'ils soient comparables (quoique) mais tous les personnages de Passage Canyon m'ont profondément touchés, des premiers aux rôles plus secondaires. Je n'attendais que ça de Ford mais ce n'est pas bien grave ; l'essentiel est d'avoir vu un grand film malgré mes quelques petites réserves qui m'empêchent de le faire entrer dans le lot de mes westerns préférés.


Entretemps j'avais édité mon post comme suit, où j'essayais de distinguer deux types de mélancolie. :wink:

Mais peut-être que cette absence de scènes drôlatiques participe de la mélancolie particulière que diffuse le film, une mélancolie qui n'est ni sentimentale, ni complaisante, mais une mélancolie sur le passage inexorable, rapide et sans retour possible du temps et du déroulement de l'action une fois que celle-ci a été enclenchée par le meurtre originel.


J'aurais d'ailleurs du écrire "peut-être moins sentimentale" et être plus prudent avec l'emploi du mot "complaisant" parce que je donne l'impression de parler de cette autre mélancolie fordienne de manière péjorative alors que j'y suis aussi sensible. C'est difficile de parler de Ford avec les mots justes. En tout cas, je vois très bien ce que tu veux dire quand tu parles de la chaleur de certains films de Ford où des personnages secondaires ont des rôles importants et bien dessinés. J'ai vu dernièrement Le soleil brille pour tout le monde de Ford, et c'est un film où l'on trouve cette mélancolie fordienne dont tu parles ; on y trouve notamment plusieurs scènes de beuverie mémorables suivies quelques secondes après de scènes qui vous mettent la larme à l'oeil. J'essaierai de voir le Tourneur prochainement.

Avatar de l’utilisateur
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Messages : 87388
Inscription : 12 avr. 03, 22:22
Localisation : Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 14 sept. 10, 17:50

Strum a écrit : J'ai vu dernièrement Le soleil brille pour tout le monde de Ford, et c'est un film où l'on trouve cette mélancolie fordienne dont tu parles .


Voilà :D

Et il me manque dans Clementine des séquences romantiques ; même pas un bisou sur la bouche :o Mon côté fleur bleue en a été un peu frustré :mrgreen:

Avatar de l’utilisateur
Strum
n'est pas Flaubert
Messages : 8450
Inscription : 19 nov. 05, 15:35

Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Strum » 14 sept. 10, 17:56

Jeremy Fox a écrit :Et il me manque dans Clementine des séquences romantiques ; même pas un bisou sur la bouche :o Mon côté fleur bleue en a été un peu frustré :mrgreen:


Ah je proteste, il y a des séquences tout à fait romantiques dans le film ; d'une chasteté et d'un platonisme certes particulièrement prononcés, mais romantiques quand même. :mrgreen: Enfin, c'est vrai qu'il y a un côté frustrant. Pour pousser le bouchon encore plus loin, cette absence d'amour réalisé, comme si les morts fondateurs du film étaient une entrave à sa réalisation, me semble augmenter la mélancolie du film.

Avatar de l’utilisateur
Sybille
Accessoiriste
Messages : 1912
Inscription : 23 juin 05, 14:06

Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Sybille » 14 sept. 10, 19:15

Intéressante votre discussion. :P

Ca me donne envie de revoir My darling Clementine car je ne l'ai vu qu'une fois (si je me rappelle bien, le 1e Ford que j'ai découvert). J'avais apprécié (grâce à la mise en scène dont parle Strum) mais n'avais pas trop accroché par ailleurs (et là je rejoins Jeremy Fox sur les personnages).
Mais peut-être que mon avis aura changé en 3 ou 4 ans...

Avatar de l’utilisateur
someone1600
Euphémiste
Messages : 8853
Inscription : 14 avr. 05, 20:28
Localisation : Québec

Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar someone1600 » 14 sept. 10, 22:13

Superbe chronique encore une fois Jeremy et donc je suis pratiquement en accord total. Un film qu'il faudrait bien que je revois d'ailleurs. :D