Le Western américain : Parcours chronologique I 1930-1949

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Julien Léonard
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Julien Léonard » 25 mars 10, 17:25

Je connais très peu le western entre 1930 et 1939, c'est décidément une excellente initiative Jeremy ! :wink:

J'étais persuadé que cette décennie se résumait à un nombre incalculable de séries Z (Monogram, PRC...) de 50 ou 55 minutes... Mais je vois que quelques films plus importants sont à "sauver".
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Jeremy Fox
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The Texas Rangers

Messagepar Jeremy Fox » 25 mars 10, 18:41

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La Légion des Damnés (The Texas Rangers, 1936) de King Vidor
PARAMOUNT


Entre 1931 et 1936, plus d'une centaine de westerns ont été réalisés mais en les analysant un par un (grâce au bouquin de Phil Hardy), il faut se rendre à l'évidence qu'aucun n'est resté dans les annales et pour beaucoup, ce furent des films de séries comme ceux mettant en scène Hopalong Cassidy. Quelques films signés Henry Hathaway ou Michael Curtiz attisent la curiosité mais je pense qu'il ne faut pas trop compter pouvoir les découvrir un jour. Bref, nous accomplissons directement un bond de 5 ans en avant pour nous retrouver à nouveau entre les mains de King Vidor dont le film possède un certain souffle tout en demeurant une nouvelle fois assez décevant au final, l'ampleur qu'il semblait devoir trouver à de nombreuses reprises étant atténuée, voire parfois anihilée par un scénario manquant de rigueur.


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Au lendemain de la proclamation de la République du Texas en 1836, Sam Houston, son premier président, ordonna la création d’un corps de défense des frontières, organisé militairement, les Texas Rangers. Ils étaient censés ramener la paix dans cet Etat, véritable déversoir d’une pègre venue de tous les horizons à la fin du 19ème siècle. C’est à l'occasion du centième anniversaire du Texas que King Vidor et la Paramount associèrent leurs efforts pour tourner ce western à la gloire de ce corps d'élite de volontaires de l’ordre, qui entreprit d’atténuer la mauvaise réputation faite à leur Etat par les nombreux méfaits d’occupants trop turbulents que ce soient les Indiens, les bandits ou les Ranchers. Le prologue nous fait croire à une sorte de film hommage à ces "Rangers du Texas". Belle idée d'autant plus que le cinéma en a assez peu parlé ! Mais finalement, ce n'est qu'un prétexte à un scénario assez prévisible narrant l'histoire de trois bandits qui décident de se séparer pour mieux échapper aux recherches de plus en plus actives. Deux d’entre eux vont rejoindre les Texas Rangers pour se cacher des poursuites sans pour autant renoncer à commettre de nouveaux méfaits si l’occasion devait se représenter, alors que le troisième préfère continuer à mener la vie dangereuse d’un bandit de grand chemin ; l’amitié entre les trois hommes ne les empêchera pas de devoir au final s’affronter.


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En lieu et place d’une fresque exaltant et décrivant le rôle héroïque des représentants de l’ordre en un territoire troublé, nous nous retrouvons devant une simple histoire d’amitié et obligés d’en passer aussi par une histoire d’amour sans intérêt, le personnage féminin interprétée par Jean Parker étant carrément sacrifié ; l’histoire de ces trois camarades prend donc bien trop d’importance en regard du thème initial qui nous semblait bien plus prometteur. Si les dialogues se révèlent ternes et si le scénario fait preuve d’une certaine faiblesse en voulant courir plusieurs lièvres à la fois, on retrouve, disséminés ici et là, la virtuosité technique et le souffle non dénué de lyrisme et de vigueur épique de King Vidor quant il s'agit de magnifier les paysages et de filmer des séquences mouvementées. La bataille des Texas Rangers contre les Indiens est à ce titre un très bon moment de cinéma (il me semble que les décors naturels soient les mêmes que ceux filmés dans Billy The Kid), même si les transparences utilisées dans certains plans passent assez mal et même si les Indiens dans ce film sont vus uniquement comme des sauvages qu’il faut "mater".


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Souffle certain mais trop épisodique, atténué par une affabulation malhabile et dépourvue d’originalité même si l’amitié entre les trois hommes est assez bien vue. Fred MacMurray (dans un rôle au départ prévu pour Gary Cooper) et Jack Oakie sont plutôt convaincants, mais c’est Lloyd Nolan qui tire toute la couverture à lui, franchement excellent dans le rôle du "Bad Guy" sans scrupules mais néanmoins assez attachant. Un film très mineur dans la filmographie de King Vidor sans être pour autant désagréable d'autant que le cinéaste possède un sens pictural certain et de solides comédiens. Douze ans plus tard, Leslie Fenton tournera un remake titré Streets of Laredo, William Holden succédant à Fred MacMurray.

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Jeremy Fox
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The Plainsman

Messagepar Jeremy Fox » 30 mars 10, 12:35

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Une Aventure de Buffalo Bill (The Plainsman, 1936) de Cecil B. DeMille
PARAMOUNT


Sortie USA : 16 novembre 1936

Arrivant de Saint Louis où elle a quasiment toujours vécu, Louisa Cody (épouse de Buffalo Bill), étonnée d’apprendre que l’on travaille le dimanche à Leavenworth s’interroge auprès de Wild Bill Hicock qui lui répond « Il n’y a pas de dimanche à l’Ouest de Junction City, pas de loi à l’Ouest de Hays City et pas de Dieu à l’Ouest de Carson City » ; une phrase qui exprime parfaitement comment le Far-West est encore considéré après la fin de la Guerre de Sécession, comme une contrée sauvage et violente. C’est pour cette raison que la priorité de Lincoln est en cette année 1965 de sécuriser ses frontières ; il ne saura jamais si son souhait s’est réalisé puisqu’il est assassiné cette même année, date à laquelle "The Plainsman" débute. Il s’agit du premier western parlant du réalisateur américain.


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« L’histoire qui suit condensant plusieurs années, vies et évènements historiques afin de rendre justice au courage des hommes de notre Far-West » n’oublie pas de préciser Cecil B. DeMille d’emblée. Comme Alexandre Dumas, le cinéaste ne cache pas avoir violé l’histoire, préférant imprimer la légende comme dans un futur film de John Ford. Comme l’écrivain français, DeMille a enfanté un bâtard qui nous ravit encore aujourd’hui ; comme lui il mélange avec brio histoire et romance, épique et intimisme, il gère à la perfection les différents changements de ton et enfin trouve l’équilibre parfait entre chaque actes et scènes. En effet, "The Plainsman" est scénarisé un peu comme une pièce de théâtre ; l’intrigue est constituée d’environ une vingtaine d’assez longues séquences dont le tempo ici est parfaitement maîtrisé, aucune ne semblant jamais s’éterniser, le passage de l’une à l’autre s’harmonisant à merveille ; bref l’impression d’ensemble est la vision d’un western à l’écriture d’une belle fluidité. Quant à l’histoire, elle se déroule sur un laps de temps assez court tout en faisant se succéder des évènements historiques s’étendant en réalité de 1865 à 1876, dates des assassinats de Lincoln et de Wild Bill Hicock.


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La Guerre de Sécession vient de se terminer. Le gouvernement ne sait que faire des surplus d’armes achetés pour l’occasion et qui n’ont désormais plus d’utilité. Un homme politique peu scrupuleux, plus avide d’une généreuse rentrée d’argent que de la préservation de la paix, demande à un aventurier d’aller les vendre aux Indiens... Buffalo Bill a quitté l’armée pour convoler en juste noces avec la douce Louisa avec laquelle il décide de s’installer dans l’Ouest. A la demande de Custer, son ami Wild Bill Hicock va néanmoins le pousser à rempiler le temps de conduire un détachement de soldats devant amener des munitions à des fortins assiégés. Pour le motiver et pour que son anxieuse épouse accepte de le laisser reprendre du service, il leur explique qu’il s’agit d’un devoir moral car lui seul connait cette contrée comme sa poche et peut ainsi éviter de tomber entre les mains des Indiens. Ces derniers souhaitant connaître le passage du convoi font prisonniers Wild Bill Hicock et Calamity Jane. Pour sauver Cody de la torture, Calamity qui en pince pour lui, trahit le secret ; le groupe d’une quarantaine de militaires est pris en embuscade…


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Une œuvre ample et mouvementée malgré d’abondants dialogues (jamais pesants et au contraire constamment spirituels), un rythme pas spécialement trépidant et peu de rebondissements ; outre qu’il soit spectaculaire grâce surtout au travail prodigieux d’Arthur Rosson en tant que réalisateur de seconde équipe, "The Plainsman" ne se contente pas seulement de nous en mettre plein la vue. Aux côtés de ces impressionnantes attaques indiennes à forte figuration, de ces charges de cavalerie pleine de panache, du ‘caracolement’ du ‘bateau des plaines’ (nom que donne Cody à la diligence), de ces bagarres, duels, poursuites et chevauchées diverses, il nous gratifie d’une réflexion politique et historique sur les affaires indiennes et le fait de les avoir fait passer des mains des militaires dans celles des civils, de beaucoup d’humour et de deux romances aussi convaincantes et sympathiques l’une que l’autre, les scénaristes ayant concoctés deux personnages féminins ne faisant enfin plus seulement office de potiches. Il faut dire que Jean Arthur est extraordinaire en Calamity Jane, aussi dynamique que touchante et que, dans le rôle de la douce et aimante épouse de Buffalo Bill, Helen Burgess ne démérite pas. DeMille et ses scénaristes ne tarissent pas d’une tendresse bienveillante à leur égard tout autant que dans leur description de Buffalo Bill et Wild Bill Hicock ; l’attachante peinture qui est faite de l’amitié qui les lie apporte une richesse supplémentaire au film. Tous les personnages nous deviennent rapidement proches et familiers grâce à la richesse de leur écriture et la perfection de leur interprétation.


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Contrairement à ce que le titre français nous laissait croire, The Plainsman du titre est en fait Wild Bill Hickock qu’interprète Gary Cooper à la perfection avec ce mélange de flegme, d’ironie, de douceur et de prestance qui le caractérisent. Il s’agit de sa première collaboration avec Cecil B. DeMille qui en fera l’un des ses acteurs fétiches. La Paramount était d’ailleurs très réticente quant à l’idée de terminer ce western sur une note tragique en faisant mourir sa star maison. Mais DeMille ne lâcha pas le morceau et obtint gain de cause ; comme dans la réalité, Wild Bill Hickock se fera tuer d’une balle dans le dos, non pas par un ‘Bad Guy’ charismatique mais par un homme médiocre et lâche. Le final est ici aussi inhabituel qu’inattendu ; il n’en est que plus émouvant grâce aussi au personnage de Calamity Jane. Leur histoire d’amour n’est que pure licence romanesque mais n’en est pas moins élégamment décrite ; leurs relations sont vues à la manière d’une comédie américaine. Et le reste du casting n’est pas en reste, loin de là ! L’élégant James Ellison dans la peau du plus célèbre chasseur de bisons (et d’indiens) a fière allure et s’en tire avec les honneurs même si son rôle est un peu en retrait. Quant à Charles Bickford, il nous octroie une prestation sobre mais efficace dans la peau de Latimer, le ‘salaud’ de service qui n’est pas sans une certaine prestance.


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DeMille donne une dimension épique et légendaire (en même temps que très humaine) à tous ses personnages historiques même si l’on sait qu’il en était tout autre dans la réalité, Custer ayant été un fou sanguinaire, Bill Hicock un médiocre… mais on lui pardonne volontiers d’autant qu’il le fait sans mépriser leurs ennemis du moment. Hormis le fait de les décrire d’une manière un peu trop folklorique, la plupart interprétés par des acteurs blancs dont un tout jeune Anthony Quinn, les indiens ne sont pas ici pas remis en cause. Ce sont certains membres du gouvernement, des soldats déserteurs et des aventuriers ayant découverts de l’or dans les Black Hills qui sont à l’origine de toutes ces tueries entre blancs et indiens. Et si les faits sont trahis avec hardiesse mais subtilité, en revanche, le réalisateur a tenu à une certaine exactitude concernant les armes, lieux et costumes. Au final, une enthousiasmante ‘fresque intimiste’ à la mise en scène élégante, aux mouvements de caméra plein d’aisance et à la galerie de personnage attachante ; l’un des premiers très grands westerns de l’histoire du cinéma.

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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Jack Carter » 30 mars 10, 14:08

bientot Pacific Express, j'ai hate, mon préféré des 30s avec The Big Trail :)

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Jeremy Fox
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Wells Fargo

Messagepar Jeremy Fox » 30 mars 10, 14:15

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Une Nation en marche (Wells Fargo) de Frank Lloyd
PARAMOUNT


Avec Joel McCrea, Bob Burns, Frances Dee, Lloyd Nolan, Henry O'Neill, Mary Nash, Stanley Fields, Clarence Kolb
Scénario : Paul Schofield, Gerald Geraghty et Frederick J. Jackson
Musique : Victor Young
Photographie : Theodore Sparkuhl
Un film produit par Frank Lloyd pour la Paramount


Sortie USA : 30 décembre 1937

Dans le courant des années 30, peu de westerns ont eu l’insigne honneur d’entrer et surtout de rester dans les annales et les histoires du cinéma. Ceux qui ont eu cette chance ont été principalement les westerns épiques à gros budget narrant la croissance de cette jeune nation qu’était les États-Unis ; une nation en marche (titre français plutôt bien choisi pour une fois) que l’on voyait s’édifier au travers de films tels La Piste des géants (The Big Trail) de Raoul Walsh, La Ruée vers l’Ouest (Cimarron) de Wesley Ruggles, Une Aventure de Buffalo Bill (The Plainsman) de Cecil B. DeMille puis ensuite Pacific Express (Union Pacific) toujours du même DeMille, Les Conquérants (Dodge City) de Michael Curtiz et, au début de la décennie suivante, Les Pionniers de la Western Union (Western Union) de Fritz Lang.


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Télégraphe, chariots, voies ferrées : il ne manquait plus que la diligence pour boucler le tableau. Wells Fargo venait à point pour combler cette lacune ; un film réalisé par Frank Lloyd qui, après avoir dirigé les premiers westerns de Tom Mix, avait connu son heure de gloire en 1935 avec sa version des Révoltés du Bounty, celle restée la plus célèbre avec Clark Gable et Charles Laughton. Paradoxalement, malgré le fait qu’il ait bénéficié de moyens conséquents (la Paramount a déboursé $1,500,000), Wells Fargo aura été complètement oublié par la suite, sa dernière diffusion à la télévision française remontant à 1965 avant qu’il fasse sa réapparition tout dernièrement sur une chaine du câble. Pourquoi cet ostracisme ou cette disparition au contraire de tous les titres cités ci-dessus ? Avant d’essayer de trouver une réponse, voyons de quoi retourne exactement son intrigue.


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Dans les années 1840, Ramsay MacKay (Joel McCrea) est employé par la compagnie de messieurs Wells et Fargo chargée de transporter du courrier et du fret par route, faisant ainsi de la concurrence au transport fluvial utilisé par le gouvernement, moyen d’acheminement beaucoup plus lent. Si Ramsay réussit à amener une cargaison d’huitres fraiches de New-York à Buffalo en un temps record, un juteux contrat sera signé pour cette jeune entreprise. Sur son parcours, il prend néanmoins le temps de secourir la jolie Justine Pryor (Frances Dee) et sa mère (Mary Nash) dont le chariot vient de se briser au bord de la route. Arrivé à Buffalo dans les temps, Ramsay est félicité et la Wells & Fargo obtient un regain de confiance de la part des financiers ; elle peut ainsi ouvrir un nouveau relais à St Louis. Ramsay est envoyé là-bas par Henry Wells pour s’occuper de l’affaire. Il retrouve Justine qui y habite ; ils tombent amoureux l’un de l’autre malgré la réticence des parents de Justine qui lui avaient trouvé un beau et riche prétendant. Peu après, Ramsay quitte sa 'fiancée' pour aller installer un nouveau bureau à San Francisco, la ruée vers l'or en Californie pouvant être un nouveau tremplin pour la compagnie. C’est effectivement un beau succès mais lors du convoyage d’un chargement d’or, le minerai est dévalisé. Tous les bénéfices acquis s’évaporent pour pouvoir rembourser les mineurs ; ce qui n’entame en rien le crédit accordée à la Wells Fargo. Cinq ans après, Ramsay voit avec bonheur Justine débarquer à San Francisco avec le consentement de ses parents quant au mariage qu’ils projetaient. Les noces ont lieu ; le couple s’entend à merveille malgré les incessants ‘voyages d'affaires’ du mari, et ce, jusqu’à ce que la Guerre de Sécession éclate...


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De 1840 à 1865, à travers le parcours d’un personnage imaginaire, celui interprété par Joel McCrea qui tenait à l’occasion l’un des rôles qui allaient le faire devenir une célèbre star du western, on découvre les audacieux projets et réalisations des sieurs Wells et Fargo qui jetèrent les bases d’un trafic postal régulier et rapide à l’aide d’un réseau de diligences allant au fil des années de Batavia à Buffalo, de Buffalo à St Louis puis enfin de St Louis à San Francisco. Nous voyons donc défiler devant nos yeux en à peine 95 minutes l’histoire d’un quart de siècle de la Wells Fargo, de sa création à son expansion à travers tous les USA, de l’époque de la conquête de l’Ouest à la période de reconstruction qui a suivi la guerre civile. L’odyssée des pistes avait déjà été narrée par Raoul Walsh, celle du rail par John Ford (Le Cheval de fer – The Iron Horse) avant Cecil B. DeMille et enfin celle du télégraphe le serait par Fritz Lang en 1941. Les périples pacifiques de la diligence, ce serait à travers Wells Fargo du nom d’une des compagnies représentatives de l’esprit d’entreprise de cette nation américaine encore toute 'verte'. Si le film n’a pas eu la renommée de ses illustres prédécesseurs et successeurs, c’est peut-être parce qu’il lui manque le souffle épique. Jean-Louis Rieupeyrout aura beau parler de sobriété dans l’épopée, les deux termes me semblent tellement antagonistes que je parlerais plutôt de fadeur. Dans sa grande histoire du western, ce spécialiste français du genre écrira cependant de très belles pages à son propos, transformant en qualité l'absence de grandiloquence et de lyrisme. Je ne lui donne d’ailleurs pas tout à fait tort puisque le film n'est pas exempt de noblesse et se suit sans aucun ennui même si l’on est très loin des réussites qu’étaient les films de Walsh, Ruggles ou DeMille déjà cités dans le premier paragraphe.


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S’il ne possède pas le souffle ni l’ampleur nécessaire pour nous être passionnant, Wells Fargo s’avère néanmoins être un beau livre d’images (les équipes techniques de la Paramount semblent avoir vraiment eu les coudées franches, le Portsmouth Square de San Francisco reconstitué s’avérant par exemple vraiment superbe ; il aurait d’ailleurs été à l’époque le plus grand décor créé par le studio) avec importante figuration, correctement réalisé et très bien interprété. Couvrant 25 ans d’histoire, le film est presque construit comme une suite de sketchs, chacune des périodes commençant par une vignette avec l’année et le lieu indiqués en son centre ; du coup, le film manque de liant et de progression dramatique. Malgré tout, l’histoire d’amour entre le couple interprété par Joel McCrea et Frances Dee (Mrs McCrea à la ville) n’est pas du tout désagréable, l’alchimie qui existe entre les deux comédiens ressortant assez bien ; le passage au mélodrame au 2/3 de l’histoire est plutôt réussi lui aussi grâce au talent des comédiens. Alors que la Guerre de Sécession éclate, Abraham Lincoln confie une mission à Ramsay, celle de convoyer un chargement d’or pour les troupes Nordistes ; la famille de Judith étant du côté des Confédérés, ce fait va être le déclencheur du premier intense conflit au sein du couple, Ramsay croyant que son épouse l’a vendu aux Sudistes.


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Respectant avec une scrupuleuse fidélité les étapes principales de la croissance de la compagnie Wells Fargo, le film homonyme s’avère sympathique à défaut de captivant, faisant revivre les jours héroïques au cours desquels les vieilles diligences et les rapides coursiers de la poste s’avéraient être les traceurs de piste d’un bout à l’autre du Continent. Une épopée en mineur dont il existe une version un peu plus longue de 20 minutes que celle circulant actuellement, le film atteignant une durée de 115 minutes à l’époque de sa sortie. Quelques images resteront gravées même si depuis elles ont été reprises à maintes et maintes fois : l’homme du Pony Express chevauchant à perdre haleine, ne prenant même pas le temps de s’arrêter au relais suivant, changeant de monture sans quasiment avoir posé le pied par terre ; le changement d’attelage de la diligence lui aussi minuté ; l’arrivée de la diligence dans un relais brulé par les Indiens ; les hommes du télégraphe installant les poteaux et les fils au milieu de ces immenses paysages ; l’arrivée de la diligence au port de San francisco, accueillie par une foule innombrable, l'attaque de la diligence par les indiens…

Une épopée un peu trop sage qui, avec des moyens considérables et des ambitions au moins égales à celles de Wesley Ruggles, Raoul Walsh ou Cecil B.DeMille, a pourtant du mal à faire aussi bien qu’eux. Brassant trop de choses à la fois, l’intrigue, qui rappelle beaucoup celles des romans de Edna Ferber, n’est pas entièrement satisfaisante au niveau de l’écriture. Le thème de la concurrence entre la route et le fleuve aurait pu être captivant ; dommage que les scénaristes ne s’y soient pas attardés plus longuement. Au final, un film jamais ennuyeux mais jamais enthousiasmant non plus. Généreux sur le papier, un peu terne à l’écran (et puis les transparences mal utilisées lors des séquences d’action n’arrangent rien). En tout cas, le studio Paramount, avec consécutivement les prestigieux The Plainsman et Wells Fargo, a redonné un nouveau souffle au genre qui commençait sacrément à décliner.

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Re: The Plainsman

Messagepar cinephage » 30 mars 10, 15:14

Jeremy Fox a écrit :Il faut dire que Jean Arthur est extraordinaire en Calamity Jane, aussi dynamique que touchante et que, dans le rôle de la douce et aimante épouse de Buffalo Bill, Helen Burgess ne démérite pas. DeMille et ses scénaristes ne tarissent pas d’une tendresse bienveillante à leur égard tout autant que dans leur description de Buffalo Bill et Wild Bill Hicock ;


J'aime beaucoup de film également, qui n'affiche pas encore l'ambition formelle des DeMille ultérieurs (j'ai peu souvenir de vastes plans, notamment lors de la dernière bataille, qui m'avait un peu déçu), mais s'offre de très belles séquences de jeu, notamment toutes les séquences dans la maison isolée de Buffalo Bill, où l'on ressent mieux que dans aucun film le coté "fou", courageux ou héroïque des pionniers américains, qui plantaient leur baraque dans un terrain hostile, éloigné de toute présence civilisée.

Gary Copper est un sacré Buffalo Bill, en tout cas...
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Gold is where you Find it

Messagepar Jeremy Fox » 30 mars 10, 15:24

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La Bataille de l’Or (Gold is where you Find it, 1938) de Michael Curtiz
WARNER


Sortie USA : 12 février 1938

Le seul motif pour lequel on trouve de temps en temps ce western évoqué dans les diverses histoires du cinéma est qu’il a été le premier film de la Warner à utiliser le procédé Technicolor Trichromique, le fameux Technicolor qui nous a enchanté les rétines durant tout l’âge d’or hollywoodien. Cependant, qu’il reste aussi peu méconnu peut aisément se comprendre, La Bataille de l’Or, malgré son important budget, faisant partie des œuvres mineures de l’immense Michael Curtiz. Le sujet était pourtant original et encore peu (voire pas) abordé ; à travers l’évolution économique de la Californie lors de la seconde ruée vers l’or (celle de 1877), sont remémorés les conflits qui eurent lieu entre mineurs et fermiers dans la vallée de Sacramento. En effet, dans ce dernier quart de siècle, les techniques utilisées par les chercheurs d’or pour extraire le minerai étaient de gros tuyaux envoyant de l’eau à haute pression contre les parois montagneuses afin de les éroder et ainsi faire couler la terre ensuite tamisée. Mais les torrents de boue qui en découlaient et les immenses mètres cubes d’eau utilisées allaient ensuite se répandre dans la vallée inondant les vergers et autres cultures allant même jusqu’à causer de dramatiques accidents causant des pertes humaines. A ces faits historiques s’ajoute une romance entre Jared Whitney (George Brent), le nouvel intendant d’un campement de mineurs et Serena Ferris (Olivia De Havilland), la fille d’un grand propriétaire terrien (donc du camp adverse), ce dernier allant de plus prendre la tête de la lutte contre les chercheurs d’or qui viennent accidentellement de détruire une maison et ses habitants suite à une coulée de boue.


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Michael Curtiz est assurément doué quant il s’agit de filmer des hommes et machines en action ; tout ce qui concerne l’aspect documentaire (assez longuement mis en valeur et ce, dès le prologue d’environ 4 minutes) est effectivement filmé avec une certaine grandeur, la virtuosité du montage, des cadrages et des mouvements de caméra donnant du mouvement et de l’ampleur à presque toutes les séquences en extérieures, certains s’avérant même très spectaculaires grâce aussi à l’utilisation du Technicolor qui, dès le début nous en met plein les yeux. Mais là où le bât blesse, c’est au niveau du scénario et du casting. C’est déjà Robert Buckner qui s’est attelé à l’écriture avant de signer les autres westerns de Curtiz, notamment ceux avec Errol Flynn. Mais son travail en duo avec Warren Duff est moyennement convaincant, commençant très bien mais s’enlisant dès la mi-parcours dans des scènes en intérieurs (soirées, salons, tribunaux…) beaucoup trop bavardes et mal rythmées. Le réalisateur fait parfois passer la pilule grâce à ses étonnants travellings dont celui traversant un immense salon en longeant un immense bar au niveau des consommations aux couleurs pétantes mais l’intérêt retombe assez vite d’autant que tous les personnages s’avèrent assez fades faute à un casting franchement peu enthousiasmant à l’image de son ‘héros’ joué sans aucune conviction par l’insipide George Brent. Face à lui, Olivia de Havilland s’est peut être sentie obligée de minauder plus qu’à l’accoutumée et il faut avouer qu’elle n’arrive guère à nous séduire non plus ; face à Errol Flynn, ses interprétations étaient d’une toute autre trempe. Et il n’y a aucun seconds rôles pour rattraper ce sentiment de platitude généralisé pas même un Claude Rains que l’on a connu plus inspiré. Quant à John Litel, le comédien interprétant le frère d’Olivia de Havilland, il est complètement transparent.


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Malgré tous ces défauts, grâce à un Michael Curtiz chaleureux et à une histoire assez nouvelle, on se prend souvent au jeu ; on regrette d’autant plus qu’avec un tel budget, le film n’ait pas eu plus d’ampleur et n’ait abouti au final qu’à un honnête divertissement sans conséquences. En l’état, un western californien dépaysant et coloré -donc par le fait pas désagréable- mais manquant singulièrement de caractère et à l’écriture un peu lâche.

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Re: The Plainsman

Messagepar cinephage » 30 mars 10, 15:34

Jeremy Fox a écrit :
cinephage a écrit :
Gary Copper est un sacré Buffalo Bill, en tout cas...


Buffalo Bill, c'est James Ellison. Le titre français est décidément toujours aussi trompeur :wink:
Sinon, formellement, je ne trouve pas que DeMille ait été forcément plus inspiré par la suite mais j'attends de revoir les suivants avant de confirmer ou infirmer ce que j'en pense.


:oops:
Formellement, les batailles de Union Pacific ou Unconquered bénéficient d'un vrai souffle épique que je n'ai pas retrouvé dans The Plainsman. Le coté "tableau vivant" de certains plans de DeMille gêne parfois, et ses détracteurs s'en agacent souvent (là où j'apprécie pour ma part une forme léchée, certes hiératique et peu naturelle, mais d'une élégance ample qui peut plaire).
Mais nous en reparlerons en temps utile. :wink:
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Re: The Plainsman

Messagepar Jeremy Fox » 30 mars 10, 15:39

cinephage a écrit : Le coté "tableau vivant" de certains plans de DeMille gêne parfois


Dans The Plainsman, le départ de Buffalo Bill sur les quais de Saint-Louis, l'arrivée à Leavenworth avec l'attente de la diligence, l'arrivée à Deadwood vers la fin du film, c'est exactement ça : des tableaux vivants que j'ai trouvé personnellement assez extraordinaires car justement d'une formidable vitalité sans avoir besoin de recourir à de savants mouvements de caméra ou des effets de montage.

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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Link Jones » 30 mars 10, 21:05

Gary Cooper est un Wild Bill Hickok très attachant, comme très souvent avec cet acteur d'ailleurs.

Sinon à propos de scènes épiques, la lutte contre les indiens est une scène extraordinaire, une scène de résistance incroyable, où on voit les survivants épuisés moralement et physiquement.

L'autre scène phare , dans Pacific Express, l'attaque du train par les indiens, est certe étonnante par le deraillement du train mis au point par les indiens. Mais on ne s'inquiéte pas trop pour notre trio enfermé dans les décombres du train.

Les deux scènes se terminent comme souvent par la perception d'un son de clairon très ténu au début, qui s'intensifie progressivement jusqu'à l'arrivée de la cavalerie dans le cadre. Dans The Plainsman c'est un vrai soulagement.

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The Last of the Mohicans

Messagepar Jeremy Fox » 30 mars 10, 22:20

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Le Dernier des Mohicans (The Last of the Mohicans) de George B. Seitz
UNITED ARTISTS


Avec Randolph Scott, Henry Wilcoxon, Binnie Barnes, Bruce Cabot
Scénario : Philip Dunne
Musique : d'après des thèmes de Max Steiner
Photographie : Robert H. Planck
Un film produit par Edward Small pour la United Artists


Sortie USA : 13 août 1936


1757 ; alors que la guerre franco-britannique bat son plein pour la possession des territoires sur le continent nord-américain, les troupes anglaises s’attendent d’un moment à l’autre à une attaque par les français et leurs alliés les indiens iroquois d’une de leurs principales places fortes. L'arrivée des trois enfants du colonel Munro n’est donc pas des plus bienvenues au regard du danger qui règne sur la région d’autant plus que l’éclaireur Magua (Bruce Cabot) s’avère être un espion à la solde des français ; il espère faire tomber les anglais dans un piège. Seuls Hawkeye (Randolph Scott) et son fidèle compagnon Mohican Uncas (Philip Reed) ne lui font pas confiance. Ils vont néanmoins avoir pour mission de conduire les enfants à leur père qui commande un Fort actuellement en bien mauvaise posture, assiégé par l’ennemi. Un voyage plein de périls se met en place avec pour diriger la petite escorte le Major Duncan Edward (Henry Wilcoxon) qui a des vues sur l’une des ravissantes filles de son colonel…


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Avant cette nouvelle adaptation du grand classique de la littérature signé Fenimore Cooper, il y eut surtout en 1920 une version muette de Maurice Tourneur et Clarence Brown à la réputation très élogieuse ; n’ayant pas eu l’occasion de la visionner, je ne saurais évidemment les comparer mais sachez d’emblée que celle-ci moins connue de 1936 réalisée par George B. Seitz est une des plus jolies réussites du film d’aventure de cette décennie qui en a été dans l’ensemble plutôt avare. Entre les deux il y eut aussi en 1932 un autre film de Ford Beebe et William Reeves Easton avec Harry Carey dont nous ne connaissons pas grand-chose. Par la suite il y aura encore Last of the Redmen (Le Dernier des peaux-rouges), une version déplorable pourtant mise en scène par un solide cinéaste, George Sherman (c’est là que l’on constate à nouveau l’impact que pouvait avoir à l’époque des studios un producteur sur le résultat final, Sam Katzman n’étant qu’un vulgaire businessman alors que Edward Small était bien plus attentif à la qualité de ses productions), The Iroquois Trail par Phil Karlson sur lequel nous reviendrons bientôt, une version allemande par le réalisateur des Winnetou et enfin la plus connue, celle de Michael Mann en 1992 avec dans le rôle de Hawkeye, un charismatique Daniel Day-Lewis.


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Quand je vous aurais dit que l'origine de l'envie de Michael Mann de réaliser sa propre version de cette célèbre histoire provient du multiple visionnage de ce ‘eastern’ de George B. Seitz qui était un des films l’ayant le plus marqué durant sa jeunesse ; que pour sa propre adaptation il est principalement reparti du scénario et des dialogues de Philip Dunne (qu’il cite d’ailleurs au générique) ainsi que de ses modifications par rapport au roman ; et enfin qu’il n’est pas interdit de trouver plus de charme à cette œuvre avec Randolph Scott qu’à son remake contemporain... j’imagine et j’espère que la curiosité vous aura titillé ! Mais qui est ce George B. Seitz dont presque plus personne ne connait même le nom ?! Né en 1888, il fut à l’époque du muet tour à tour scénariste, acteur et réalisateur, surtout réputé pour l’écriture de célèbres serials tels The Perils of Pauline (1914) ou encore Leatherstocking (1924) qui était déjà la compilation de deux romans de Fenimore Cooper, The Last of the Mohicans et The Deerslayer. Au final, plus de 100 films au compteur pour finir sa carrière au sein de la Columbia et de la MGM ou il dirigea entre autres 11 longs métrages de la série Andy Hardy, certains comme Love Finds Andy Hardy (1938) s’avérant d’ailleurs plutôt sympathiques. Il mourut en 1944.


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Alors que je n'en attendais pas spécialement grand-chose -toujours avec le souvenir navrant de la version Sherman de 1947-, ce fut au contraire vraiment une bonne surprise que ce film d'aventure scénarisé avec beaucoup de talent par Philip Dunne et réalisé avec une belle robustesse. L’écriture est efficace et fluide, sachant aller à l’essentiel, ce qui est une belle gageure pour une intrigue originale mettant en place des conflits aussi nombreux et complexes, surtout pour ceux qui ne connaissent pas bien les faits historiques de ce qu’en Europe on appela ‘The Seven Years War’ ; d'emblée, dès les premières séquences posant les personnages et l’intrigue, le scénariste sait rapidement nous faire comprendre la situation et entrevoir les enjeux avec une grande clarté, ne faisant pas durer les séquences trop longtemps, rythmant le tout à la perfection. Il s’agissait d’un de ses premiers scénarios et il prouvera par la suite qu’il faisait partie des plus grands, ceux qu’il écrira pour John Ford (Qu’elle était verte ma vallée) ou Joseph Mankiewicz (L’Aventure de Mme Muir) s’avérant tout simplement sublimes, la suite de sa carrière n’allant pas démériter. C’est d’ailleurs grâce à son travail pour ce film et au succès qui lui est dû en partie qu’il sera ensuite récupéré par la Fox. Quant au travail du cinéaste, il est vigoureux et énergique avec moult beaux mouvements de caméra et travellings ; son film fonce à 100 à l'heure avec une belle constance mais pour autant n’en oublie pas le lyrisme grâce aussi à un superbe travail photographique de Robert H. Planck qui sait parfaitement se servir des paysages à sa disposition. Grâce à ce duo auquel on peut ajouter le discernement de leur producteur Edward Small, l'intelligence du propos est de la partie malgré pas mal de naïvetés dues surtout au contexte de l’époque de tournage, notamment dans la romance interraciale qui s’avère pourtant assez touchante, l’épilogue de l’histoire d’amour entre Uncas et Cora préfigurant une peu le final inoubliable et tragique de Duel au soleil de King Vidor.


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Mais quel talent de la part des auteurs d’avoir rendu dignes tous ces personnages proches ici parfois du cliché, y compris les ennemis, français et même surtout les Hurons qui sont presque dédouanés et à qui l'on trouve des excuses alors que dans d’autres versions ce sont de simples sauvages sans foi ni loi. Réalisation et scénario au diapason, rehaussés par l’utilisation assez discrète mais efficace des thèmes que Max Steiner écrivit pour King Kong dès que l’action s’emballe... action filmée par le réalisateur de seconde équipe Clem Beauchamp qui reçut d’ailleurs un Oscar pour son remarquable travail… mais c’est sans compter aussi sur un casting plutôt bien choisi à commencer par un jeune Randolph Scott qui nous offre une variation chaleureuse d’Œil-de-Faucon. Binnie Barnes est très bien dans le rôle d’Alice tandis que la blonde Heather Angel est ravissante et que Henry Wilcoxon se sort assez bien de son rôle du Major Duncan pour l’une des rares fois où il ne tournait pas sous la houlette de Cecil B. DeMille. Quant aux indiens, j’espère en qu'en se replaçant dans le contexte de l’époque ça n’offusquera plus personne qu’ils soient interprétés par des blancs, Philip Reed pour Uncas, Robert Barrat pour Chingachgook ou encore Bruce Cabot dans la peau du vilain Magua, pas trop ridiculisé lui non plus. Sans évidemment atteindre des sommets du film d’aventure, une bien belle surprise que cette version mouvementée, solide et pleine d’allant d’un des romans les plus célèbres de la littérature américaine.

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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Alphonse Tram » 30 mars 10, 22:27

J'ai un très fort attachement à The plainsman (que j'ai découvert grâce à dvdclassik), et il fait toujours partie de mon top 100 films. Les acteurs sont vraiment formidables.
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 30 mars 10, 22:31

Alphonse Tram a écrit : Les acteurs sont vraiment formidables.


A ce propos, Helen Burgess m'a profondément touché dans le rôle de Louisa Cody : une actrice qui n’a pas eu le temps de devenir une star (morte en 1937 à l’âge de 21 ans après seulement quatre films) mais qui avait tous les atouts pour y parvenir au vu de son interprétation de la douce et aimante épouse de Buffalo Bill et qui m'a fait étonnamment penser à une autre comédienne au destin tragique, l’évanescente Gail Russell.

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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Grimmy » 30 mars 10, 22:58

J'ai pas vu ce film, maheureusement (d'ailleurs, ce serait sympa de préciser si les films chroniqués sont dispos en dvd...), mais par contre la romance entre Wild Bill et Calamity Jane n'est pas tout à fait une romance imaginée par les scénaristes du film. Calamity Jane dans ses "Lettres à ma fille" a laissé entendre qu'elle avait eu une liaison avec le célèbre cow boy. Ce qui est difficile à savoir c'est si c'est vrai ou pas, la fameuse hors la loi étant assez mytho dans ses écrits. Ca reste même assez probable...

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The Last of the Mohicans

Messagepar Jeremy Fox » 30 mars 10, 23:06

A venir