Le Western américain : Parcours chronologique I 1930-1949

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Julien Léonard
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Julien Léonard » 2 mai 10, 16:50

Virginia city est donc zone all, si j'ose dire. Et bien c'est une bonne nouvelle ! Je ne peux pas le prendre pour le moment (because mon portefeuille n'en peut plus depuis quelques semaines), mais je le mets sur ma wish-list. Les captures font effectivement bonne figure. :wink:
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Jeremy Fox
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 2 mai 10, 17:05

Julien Léonard a écrit :Virginia city est donc zone all, si j'ose dire. Et bien c'est une bonne nouvelle ! Je ne peux pas le prendre pour le moment (because mon portefeuille n'en peut plus depuis quelques semaines), mais je le mets sur ma wish-list. Les captures font effectivement bonne figure. :wink:


Oui d'ailleurs on le trouve dans un coffret Errol Flynn comprenant aussi les deux westerns que tu viens de chroniquer pour le site. Dommage que Warner France n'ait pas pensé à éditer en zone 2 le meilleur film du coffret.

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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Julien Léonard » 2 mai 10, 17:30

Sur ce coup-là, merci la Fnac. Quant à Warner France, il aura au moins sorti San Antonio récemment.

D'ailleurs Jeremy, quand tu as cité ce coffret, j'ai été revoir la critique de DVDBeaver, histoire de bien comparer avec la chronique que j'avais faite pour Montana et La révolte des dieux rouges (techniquement parlant). Mais je ne trouve pas de trace de la chronique sur Classik, ni dans la liste alphabétique, ni dans la liste des films chroniqués "dernièrement"... Je suis désolé de demander cela (c'est un peu présomptueux, je m'en rends bien compte :oops: ), mais elle n'y est plus ? Désolé aussi de polluer le topic du coup...
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 3 mai 10, 18:53

Petit retour en 1938 grâce à un sympathique forumeur(euse) qui m'a permis de voir La Bataille de l'or de Michael Curtiz : C'est par ici

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Jeremy Fox
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Dark Command

Messagepar Jeremy Fox » 6 mai 10, 09:09

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L'Escadron Noir (Dark Command, 1940) de Raoul Walsh
REPUBLIC


Sortie USA : 15 avril 1940

Après King Vidor et Michael Curtiz, c'est au tour de Raoul Walsh de nous proposer son western de l'année. Après Stagecoach et Allegheny Uprising, la couple John Wayne/Claire Trevor se reforme mais alors que dans le précédent les deux acteurs semblaient complètement perdus, on les retrouve à nouveau en pleine forme, John Wayne nous dévoilant même une facette humoristique sous laquelle on ne l'attendait pas.

1859. Le Kansas est en proie aux prémices de la guerre civile. Bob Seton (John Wayne), simple cow-boy bagarreur, devient shérif de Lawrence au détriment de l’instituteur Will Cantrell (Walter Pidgeon). Dépité, ce dernier se jette dans le trafic d’armes avant de tirer profit du début des hostilités entre le Nord et le Sud, se plaçant à la tête d’une bande de mercenaires sans foi ni loi pour mettre la région à feu et à sang en prétendant lutter pour la cause de la Fédération. Le shérif n’aura alors de cesse de le traquer, d’autant plus qu’ils sont amoureux tous deux de la même femme (Claire Trevor).


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Au début de la décennie, la Republic ne produit encore que des films de série B avec des budgets ne s’élevant pas au-dessus de quelques dizaines de milliers de dollars. L’année précédente, la carrière de John Wayne s’envole grâce au film de John Ford La chevauchée fantastique. Herbert J Yates, patron du studio, veut achever de faire de lui une véritable star et n’hésite pas pour cela à mettre sur pied un film de grande envergure, le premier vrai film de série A de la compagnie. Il débloque 750 000 dollars, acquiert les droits d’un roman de W.R. Burnett, engage une écurie de 4 scénaristes et Raoul Walsh lui est délégué par la Warner pour assurer la mise en scène. Il se fait prêter Walter Pidgeon par la MGM, engage le cow-boy chantant Roy Rogers et le faire valoir habituel du Duke, George ‘Gabby’ Hayes (précurseur des personnages pittoresques qu’interpréteront, surtout chez Hawks, Arthur Hunicutt et Walter Brennan). Opération réussie puisque ce film sera l’un des plus gros succès de l’année et du studio.


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Biographie parmi tant d’autres du chef de bande Quantrill qui prit d’assaut vers 1860 la ville de Lawrence, ce western ne peut raisonnablement être comparé ni à l'épique Piste des Géants ni, en anticipant un peu, avec les grands chefs d’œuvre que Walsh réalisera durant cette décennie. Face à ces derniers, L’escadron noir fait évidemment pâle figure et cette mauvaise réputation qu’il a en France pourrait être due au fait qu’il ne soit sorti sur nos écrans qu’à la fin des années 40 après tous ces monuments. Avec le recul, Walsh s’en tire pourtant relativement bien quand on sait que le studio réclama de sa part un strict alignement sur le style de la firme connue jusque là pour sa conception d’un western stéréotypé aux recettes expéditives. C’est Raoul Walsh qui avait offert à John Wayne son premier rôle marquant dix ans plus tôt dans The Big Trail. Il le dirige à nouveau ici en lui faisant jouer un personnage de cow-boy fruste, honnête et courageux qui se trouvera confronté à un homme intelligent et cultivé. Cet antagonisme préfigure, avec cependant moins de subtilité, celui de Liberty Valance, et comme dans ce dernier, ce sont la force tranquille, la tradition et le courage qui auront la préférence du metteur en scène sur l’intelligence, la modernité et le savoir. Pour Bob Seton, il y a trop de lois alors que tout ce dont la ville a besoin, c’est d’homme comme lui, capables de neutraliser les fauteurs de troubles.


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Cette vision un peu stéréotypée est due à un scénario qui s’avère être le maillon faible du film, hésitant sans cesse entre le sérieux historique et les démêlés sentimentaux du triangle amoureux. Les deux sont également intéressants mais la construction est assez maladroite, mal équilibrée et l’ensemble manque de cohérence surtout dans la dernière demi-heure où les évènements s'enchaînent un peu trop rapidement. Le final est même pour le moins bâclé, Walsh oubliant un peu l’aspect politique du film pour un happy end trop abrupt. Après sa terne prestation dans Le Premier Rebelle, John Wayne se révèle ici totalement convaincant et plein d’humour. Il faut l’avoir entendu sortir ses innombrables dictons ou tenter maladroitement de faire sa cour à Claire Trévor pour se rendre compte à quel point le Duke possédait un réel talent dans le registre comique. La dernière réplique, très drôle, prouve l’autodérision dont il était capable contrairement aux idées reçues. Roy Rogers lance cette phrase « Comme Shakespeare l’a dit : Tout est bien qui finit bien » sur quoi Bob ‘Wayne’ Setton répond « Shakespeare…Ah oui, ce devait être un texan, il y a longtemps qu’on dit ça là bas ». Pour le reste, son charisme fait encore mouche et s’il interprète un personnage d’une intelligence limitée (« I’m a dumb » répètera-t-il à plusieurs reprises), il nous reste constamment sympathique. Il est entouré par l’élégant Walter Pidgeon, moustachu et tout de noir vêtu, jouant avec une grande classe le méchant de service, instituteur le jour et pillard la nuit, par Claire Trevor en femme forte, et par Roy Rogers qui s’en sort étonnement bien hors de son rôle de cow-boy chantant des films de séries habituels.


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La mise en scène du borgne le plus enjoué d’Hollywood est tout ce qu’il y a de plus dynamique, nerveuse et rythmée, aidée en cela par le remarquable travail de cascadeur de Yakima Canutt. La scène au cours de laquelle la diligence pique droit d’une falaise dans la rivière est impressionnante et sera pillée à maintes reprises. De nombreuses autres scènes d’action sont efficacement réalisées, Walsh utilisant avec professionnalisme l’important budget mis à sa disposition. Malgré les faiblesses du scénario et une construction assez aléatoire, un honnête divertissement réalisé avec l’efficacité habituelle d’un Walsh, exécutant ici avec vigueur, le travail de commande d’un studio jusque là cantonné dans la série B, et qui, même s’il ne nous transporte pas, nous procure notre comptant de plaisirs westerniens.

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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 6 mai 10, 09:32

Dites moi si vous pensez que j'insère trop d'images au milieu de mes avis. Perso, j'aime bien (surtout les images des titres aux génériques). J'essaie désormais de faire des captures à partir des DVD et de les laisser en format assez grand afin que ça donne un bref aperçu de la qualité du DVD justement (en plus des tests techniques sur le site) pour ceux que ça intéresseraient.

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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Sybille » 6 mai 10, 09:36

Perso, les images ne me dérangent pas, au contraire j'aime beaucoup. :P

Et au passage, (puisque je peux rarement commenter à leur sujet), merci pour tes critiques, toujours passionnantes.

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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Wagner » 6 mai 10, 09:50

Il vaut mieux mettre des images :idea:
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Ego sum qui sum

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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 6 mai 10, 09:55

Wagner a écrit :Il vaut mieux mettre des images :idea:


Pour t'éviter des dépenses inconsidérées pour des DVD que tu trouverais trop limites ? :mrgreen:

Merci Sybille :wink:

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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Julien Léonard » 6 mai 10, 11:09

Ah, je suis ravi de lire ta critique Jeremy (je l'avais déjà lu sur le site lui-même il y a quelques années) ! Mille bravos en tout cas, tu fais décidément très bien passer tes ressentis, c'est vraiment agréable à lire, une fois de plus. En effet, cet Escadron noir est tout ce qu'il y a de plus divertissant. A côté des chefs-d'œuvre de Walsh, celui-ci ne tient pas la distance, mais la qualité est bien là, et Republic parvient enfin à sortir un film des sentiers battus, tout en conservant son créneau habituel (l'inventivité, le budget et les talents en plus).

Il faut dire que leur catalogue n'est guère enthousiasmant pour le cinéphile un peu trop pointilleux, mis à part quelques films budgétairements plus importants, tels que Three faces west, Alertes aux marines, ou encore La ruée sanglante, d'honnêtes films populaires, sans plus. On peut toutefois leur accorder le crédit de films ambitieux et désormais devenus des classiques indéboulonables du cinéma hollywoodien : L'homme tranquille, Johnny Guitar, Rio Grande, Le réveil de la sorcière rouge, ou dans une moindre mesure L'ange et le mauvais garçon (petit bijou largement oublié aujourd'hui, mais qui commence à retrouver un peu d'aura). En bref, quelques grands films, quelques films populaires importants qui avaient bien marché à leur sortie, et surtout une grande quantité de séries B d'honnêtes factures. John Wayne était la star privilégiée du studio : en effet, lors de sa fin de contrat chez Monogram en 1935, il accepta de tourner sous contrat avec Republic Pictures, qui n'était qu'un conglomérat de petites firmes de production (dont la Monogram), mis en chantier afin de concurrencer les Majors, en faisant ainsi cause commune et en bénéficiant dès lors de plus gros budgets. Quand Wayne est définitivement parti de la Republic, après moult mécontentements (dont un projet Alamo très personnel, que personne, et surtout pas Republic, ne voulait lui octroyer), mais aussi après un dernier film très onéreux qui a obtenu un très gros succès en salles (L'homme tranquille), la firme a très vite chuté, pour ensuite disparaitre des cinémas. Pour l'anecdote, John Ford avait très envie depuis un moment de faire L'homme tranquille, mais personne ne voulait financer un film que l'on jugeait alors peu fiable en termes de recettes (surtout que Ford était autant connu pour ses triomphes commerciaux que pour ses échecs). C'est alors que Wayne a "obligé" Republic à financer le projet, faisant pression sur le studio, arguant qu'il avait suffisamment rapporté d'argent à cette société pour que l'on puisse accepter cette requête de sa part. C'est comme cela que le film vit le jour, et inutile de préciser que Republic ne l'a pas regretté.

Curieusement, quand on regarde un film de cette société de production, c'est toujours l'aspect un peu suranné qui prédomine. Par exemple, comparé à n'importe quel western Warner, MGM, Fox, Paramount, Universal, ou même RKO (plus modernes, plus importants, indéniablement plus puissants), de l'époque, L'ange et le mauvais garçon possède cette patte un peu "passée", d'un autre temps. La trogne des acteurs, le grain de l'image, la façon de filmer (concrétisée la plupart du temps par les artisans de la maison), le rythme global, et les pures idées de série B (Wayne éteignant les lampes à toute vitesse et s'asseyant sur un siège, dans l'ombre, un revolver non chargé dans la main, bluffant devant ses mortels ennemis)... Même dans Tykoon, en dépit de son très important budget, on peut voir les transparences, les décors de studios ou encore les maquettes utilisées, que l'on voyait en général bien moins dans les films produits collatéralement par des firmes prestigieuses. Cela ne veut pas dire que les films sont mauvais, bien sûr que non, d'autant que j'adore certains d'entre eux, louant leurs qualités artistiques, surtout pour les films de Ford, mais simplement que la firme, même en utilisant des budgets ambitieux, laissait légèrement passer son identité première : celle d'une association de petites maisons de production qui fonctionnaient avec les moyens du bord. Curieux, charmant et sincère.

Enfin, à noter qu'en France, on ne doit la sortie en DVD de L'escadron noir qu'aux éditions Atlas en 2002, qui nous ont proposé une jolie copie, propre, relativement contrastée, évidemment nantie de sous-titres français, mais néanmoins aujourd'hui épuisée. Dans la même collection, ils nous ont également offert d'autres titres tout aussi difficiles à trouver aujourd'hui : La ruée sanglante (très jolie copie), Sacramento (idem), La belle de San Francisco (copie correcte, mais extrêmement granuleuse, trop d'ailleurs) et Le bagarreur du Kentucky (dans une ignoble colorisation, mais convertible en noir & blanc sur une TV, grâce à la télécommande, pour une copie au final assez propre). Jadis, Montparnasse avait pour sa part sorti plusieurs films Republic, encore une fois épuisés actuellement, et bien souvent proposés à des prix scandaleux sur le Net : L'homme tranquille (copie honnête et joliment saturée, mais le film mériterait bien mieux), Le réveil de la sorcière rouge (jolie copie aux tons noir & blanc très soignés), et Alerte aux marines (bonne copie). Sachant cela, je peux vous dire que j'ai jalousement gardé ces DVD toutes ces années, en en prenant grand soin.

Navré pour cette digression, mais je n'ai pas pu résisté à l'envie de le faire. Jeremy, j'espère que tu ne m'en voudras pas d'avoir un peu pollué ton topic. :wink:
Dernière édition par Julien Léonard le 6 mai 10, 11:19, édité 1 fois.
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 6 mai 10, 11:17

Julien Léonard a écrit :
Navré pour cette digression, mais je n'ai pas pu résisté à l'envie de le faire. Jeremy, j'espère que tu ne m'en voudras pas d'avoir un peu pollué ton topic. :wink:


Mais au contraire, bien évidemment que tout le monde a le droit de s'exprimer sur ce topic comme ailleurs :wink: Ton petit historique sur la Republic a d'ailleurs tout à fait sa place ici.

Moi aussi ai gardé ces DVD Atlas, le début de la collection ayant proposé des inédits intéressants dont surtout ce Walsh là. J'avais cependant fait l'impasse sur les Monogram libre de droit car là, c'était de la vraie arnaque.

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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Julien Léonard » 6 mai 10, 11:25

Une véritable arnaque, tu l'as dit ! D'autant que depuis, Alpa media a ressorti dans le commerce les six films Monogram qu'elle avait proposé en VO sous-titrée et noir & blanc : on peut aujourd'hui les trouver, neufs, pour un prix ridicule sur le Net. Quant aux cinq ou six titres qu'ils avaient proposés en version française colorisée (qui plus est, sans le choix de version originale), pour 15€ le titre, là nous pouvions carrément parler de petit scandale.
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The Return of Frank James

Messagepar Jeremy Fox » 8 mai 10, 22:35

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Le Retour de Frank James (The Return of Frank James, 1940) de Fritz Lang 20TH CENTURY FOX

Sortie USA : 16 Août 1940

Au vu de l’immense succès obtenu par le Jesse James d’Henry King, la Fox pensa immédiatement lui donner une suite ; comme quoi le phénomène n’est pas si récent même si à l’époque il était encore très rare. Il ne faudra aux spectateurs patienter qu’à peine un an et demi avant de pouvoir découvrir comment Frank James allait se venger des deux assassins de son frère. Chose assez inhabituelle, le film de Fritz Lang débute par la reprise de la séquence finale du précédent, à savoir celle du meurtre de Jesse.


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Ayant appris que Bob et Charles Ford avaient été acquittés par la justice (il faut rappeler que la compagnie de chemin de fer ayant proposée une prime pour la tête de Jesse avait aussi annoncé l’amnistie pour les membres du gang aidant à le dénicher), Clem (Jackie Cooper), un adolescent que Frank a pris sous son aile, pousse ce dernier à aller rendre justice lui même. Réticent au départ, il fini pourtant par se lancer à la recherche des frères Ford. Pour avoir les mains plus libres, ils font croire à la mort de Frank, Clem racontant y avoir assisté. Cette légende est reprise dans le principal journal de Denver suite à l’article d’une jeune reporter, la charmante et émancipée Eleanor Stone (Gene Tierney) qui tombe amoureuse de son présumé défunt ! Frank retrouve Bob et Charles dans un théâtre où ils interprètent eux même leur exploit qui consiste à abattre héroïquement ‘les vils frères James’. Une poursuite s’ensuit dans les montagnes escarpées ; Charles fait une chute mortelle dans un torrent mais Bob parvient à s’enfuir. Désormais tout le monde est au courant que Frank est encore en vie. Il est bien décidé à aller jusqu’au bout de sa vengeance mais dans le même temps il apprend que Pinky, l’homme noir travaillant à sa ferme, est arrêté pour complicité de meurtre et condamné à mort. Sur les conseils d’une Eleanor agacée par les priorités vengeresses de l’homme qu’elle aime, Frank rebrousse alors chemin pour aller défendre celui que l’on accuse à tort…


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Intéressant de voir d’une année sur l’autre deux cinéastes aussi talentueux que différents par leur style et leur sensibilité poursuivre la même histoire avec huit des acteurs du premier film. Mais attention, une fois encore, l’histoire n’a rien à voir avec la réalité puisque Frank James n’est jamais parti à la recherche de ses ex-complices ; il s’était volontairement rendu à la justice déclarant à la presse : « Je suis fatigué de cette vie de hors-la-loi… Je désire vivre comme les autres hommes, avoir un foyer, une épouse et des enfants ». Il fut acquitté en 1883 lors d’un long procès. Destin trop peu enthousiasmant et héroïque pour les spectateurs qui demandait à ce qu’il y ait une vengeance en bonne et due forme ; idée peu originale mais sachant qu’il s’agissait d’un des thèmes de prédilection du grand Fritz Lang, son choix en tant que réalisateur s’avérait assez judicieux même s’il n’était aux USA que depuis 5 ans et qu’il n’avait auparavant encore jamais tourné de western.


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Histoire somme toute très conventionnelle mais à l’intérieur de laquelle on trouve quelques ambigüité au sein même du personnage joué merveilleusement bien par un Henry Fonda magistral. Il faut dire qu’à cette époque déjà, l’acteur en était arrivé à se montrer très exigeant sur le choix de ses films voulant comptabiliser une carrière sans faux pas, n’acceptant que les rôles correspondant parfaitement à sa sensibilité. Il n’accepta de tourner dans cette suite que sur les conseils de son ami Henry Hathaway auquel cas contraire il aurait refusé catégoriquement. Pourtant, avec sa manière toute personnelle de chiquer son tabac, son regard bleu acier perdu dans une espèce de perpétuelle mélancolie, sa démarche particulière, il est tout bonnement parfait d’autant que son personnage n’est pas exempt d’aspects antipathiques ; dès le début on le sent assez condescendant envers son ‘nègre’ qui ne s’en laisse pourtant pas compter (le rôle de Pinky est d’ailleurs plus étoffé que dans le film de King, Ernest Whitman maniant ici une ironie assez bienvenue pour l’époque) et a des idées assez réactionnaires sur le rôle des femmes dans la société, ne comprenant pas comment l’une d’elle peut prétendre à être journaliste alors que sa place devrait être devant les fourneaux. Frank est également un personnage indécis et peu enclin à aller de l'avant de sa propre initiative ; c’est le jeune Clem qui le pousse à aller poursuivre les assassins de son frère et c’est la journaliste qui le sermonne de préférer poursuivre Bob plutôt que d’aller sauver la vie de Pinky. Pour rendre le tout encore un peu moins ordinaire que l’on aurait pu l’imaginer, Sam Hellman et Fritz Lang iront à l’encontre de l’héroïsme du personnage interprété par Tyrone Power puisque Frank ne sera à l’origine d’aucune des deux morts.


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Dommage que les autres personnages principaux soient plus convenus, que ce soit Jackie Cooper ou même l’adorable Gene Tierney qui, pour sa première apparition à l’écran, s’avérait non pas encore une actrice prometteuse mais en tout cas une femme à la formidable photogénie ; Fritz Lang l’avait visiblement remarqué et George Barnes la photographie divinement comme tout le reste d’ailleurs. Plastiquement, on sent grandement l’influence de Lang avec ses clairs obscurs, sa profondeur de champs, son travail sur les ombres, certaines séquences semblant encore devoir beaucoup à l’expressionisme allemand comme celle du hold-up ou celle finale se déroulant dans une grange sombre ; rarement encore dans un western nous avions vu un travail aussi recherché au niveau de la photographie d’autant que George Barnes manie aussi le Technicolor de la Fox avec génie, les habits noirs et bruns de la plupart des personnages faisant mieux ressortir les tâches de couleur de certains costumes et éléments de décors. Quant aux extérieurs, ils sont splendidement filmés et photographiés, témoin l’une des rares séquences mouvementée, celle de la poursuite à cheval des frères Ford qui, malgré quelques transparences embarrassantes, est tout simplement parfaite ; Fritz Lang est tellement confiant en la force et la beauté de ses images et de son montage qu’il n’a même pas voulu y inclure de musique et que ça fonctionne pourtant à la perfection. Une partition d’ailleurs très réussie de la part de David Buttolph dont le leitmotiv inquiétant n’est pas sans préfigurer certains des futurs de Bernard Herrmann.


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Une suite toute à fait honorable au très beau film d’Henry King, moins romantique, moins mouvementée, moins captivante, moins émouvante, moins bucolique et pourtant presque tout aussi réussie du fait justement de ces différences de tonalité et de style ; un accent plus noir sans pour autant se départir d’un humour jamais gênant et au contraire bienvenu dans un western aussi austère. Le procès final au cours duquel on juge Frank du meurtre d’un employé lors du hold-up qui ouvre le film voit Henry Hull se déchainer en tant qu’avocat de la défense qui fait comprendre aux jurés la collusion très forte qu’il existe entre l’accusation et la compagnie de chemin de fer à l’origine de tant de spéculations et de spoliations ayant causés bien des malheurs aux petits fermiers du Sud des Etats-Unis dont la plupart font partie. « Frank a volé le chemin de fer qui vous a volé vos terres ». Une séquence qui finie de rendre ce film un poil trop bavard mais qui se révèle très intéressante par la mise en présence des deux conceptions opposés du rôle des frères James à l’époque de leurs méfaits, des thèses historiquement réelles cette fois et qui divisèrent l’opinion publique à la fin du 19ème siècle. S’ensuit un final digne des grandes précédentes réussites du cinéaste allemand, celle se déroulant dans une grange à peine éclairée entre Frank James et Bob Ford ; superbe travail une fois encore sur les ombres et lumières.


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Bref, après m’y être un peu ennuyé aux précédentes visions, encore un film que j’ai grandement réévalué au cours de ce voyage chronologique (même si nous sommes encore loin de la réussite exemplaire). Peut-être est-ce due à la formidable qualité du DVD qui malheureusement ne possède pas de sous titres français mais en revanche d’une VF d'époque.

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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Julien Léonard » 9 mai 10, 12:54

Jeremy Fox a écrit :Avant d'aller retrouver les Daltons, autre petit retour en arrière sur l'année précédente avec The Oklahoma Kid qui, maintenant que je l'ai vu, peut attendre un peu avant de sortir en DVD chez Warner qui a peut-être autre chose de mieux à nous proposer :fiou:


Effectivement, cela ne donne pas très envie... En ce moment, James Cagney est en train de devenir l'une de mes idoles les plus admirées, du coup je crois qu'il ne faudrait pas que je regarde ce film tout de suite, sous peine de prendre une mauvaise claque. :mrgreen: Quant à Bogart, que j'adore tout autant, il n'était ici pas dans une période heureuse : entre ce film et The return of Dr X, on ne peut pas dire que ce soient des contre-emplois assurés avec bénéfice.
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 10 mai 10, 07:21

Julien Léonard a écrit : En ce moment, James Cagney est en train de devenir l'une de mes idoles les plus admirées, du coup je crois qu'il ne faudrait pas que je regarde ce film tout de suite, sous peine de prendre une mauvaise claque. :mrgreen: Quant à Bogart, que j'adore tout autant, il n'était ici pas dans une période heureuse : entre ce film et The return of Dr X, on ne peut pas dire que ce soient des contre-emplois assurés avec bénéfice.


Les deux acteurs ont aussi toute mon estime et mon admiration (ils m'ont épatés dans de très nombreux films) mais là, ils ont du s'être lancé le défi de rivaliser de médiocrité :idea: ; et c'est gagné ! :mrgreen: