Le Western américain : Parcours chronologique I 1930-1949

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 15 avr. 10, 12:18

cinephage a écrit :Moi qui envisageais de racheter le Z1 de My Darling Clementine pour mettre la main sur ce film de Dwan... Je pense que je me contenterais d'attendre qu'il soit diffusé sur TCM... :?


"Merde, je peux faire mieux que ça. Je vais le refaire et vais en faire un meilleur film" a dit Ford en le découvrant.
Ceci dit, Tancrède par exemple trouvait ce film très bon. Mais franchement, il faut être un inconditionnel du genre pour pouvoir apprécier à mon humble avis.

Et merci encore ; ça me passionne tout autant et du coup, j'ai retrouvé le goût de l'écriture qui s'était un peu émoussé ces derniers temps :)

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Jeremy Fox
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 15 avr. 10, 18:45

Jeremy Fox a écrit :

L'Aigle des Frontières (Frontier Marshal, 1939) de Allan Dwan

Celle qui tire le mieux son épingle du jeu est la charmante et touchante Nancy Kelly (l’épouse du Jesse James d’Henry King au début de cette même année ; ici la fiancée de Doc Holiday) mais on la voit malheureusement trop peu


Pour se consoler, la voici dans le western de Dwan ; actrice malheureusement méconnue.

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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Wagner » 16 avr. 10, 10:04

Strum a écrit :A propos de Monument Valley, j'en profite pour vous conseiller à tous, amoureux des westerns ou non, d'aller y faire un tour une fois au moins dans votre vie si vous le pouvez. C'est vraiment un endroit magique, à nul autre pareil. J'y ai un jour fait une ballade à cheval, et cela reste un de mes plus beaux souvenirs.


A ce sujet, je crois qu'un scénariste un un chef op de Ford disait que Monument Valley n'était pas si beau que ça et que c'était la vision de Ford qui faisait le spectacle. C'est l'éternel débat entre nature et culture d'une certaine façon. Même si j'ai déjà personnellement tranché le débat en faveur de la première, je vais tâcher d'y aller prochainement.
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Ego sum qui sum

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Drums Along the Mohawk

Messagepar Jeremy Fox » 18 avr. 10, 21:48

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Sur la Piste des Mohawks (Drums Along the Mohawk, 1939) de John Ford 20TH CENTURY FOX

Sortie USA : 03 novembre 1939

Après, excusez du peu, La Chevauchée Fantastique (Stagecoach) et Vers sa Destinée (Young Mister Lincoln), John Ford nous offre encore en 1939 un troisième et superbe film qui en France fut injustement éclipsé par les deux précédents. On ne l’a redécouvert chez nous que longtemps après et sans nécessairement le réhabiliter à un niveau qu’il me semble il méritait pourtant. C’est l’un des rares films qui abordera la vie des colons de la Nouvelle Angleterre pendant la guerre d’Indépendance américaine et donc, dans l’histoire du western, l’un des premiers à faire un bond en arrière de quasiment un siècle, la ‘Nouvelle Frontière’ de cette fin de 18ème se situant encore bien éloignée du Far-West jusqu’ici évoqué. Dans Drums Along the Mohawk, nous nous trouvons emportés non loin du Canada, dans le Nord-est des Etats-Unis, au sein d’une des treize premières colonies anglaises qui viennent de rejeter la tutelle britannique. Une nouvelle nation est alors progressivement en train de voir le jour. Alors qu’en Virginie, le général Washington commande une armée (certes modeste) pour combattre les anglais, les frontières en étant privé doivent se défendre comme elles le peuvent ; les milices indépendantistes locales américaines se retrouvent à devoir se battre seules contre les loyalistes à la cause anglaise et leurs alliées indiens. Pour les pionniers, c’est un éternel recommencement car ils doivent sans cesse reconstruire, ressemer, après que les raids indiens aient détruits habitations et récoltes.


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L’histoire du film débute en 1776. Gilbert Martin (Henry Fonda) épouse la jeune et riche Lana (Claudette) qu’il décide de conduire vers sa terre de Deerfield, village perdu de la vallée du Mohawk à la frontière canadienne. Ne s’attendant pas à grand-chose, Lana est néanmoins dépitée au vu de l’habitation dans laquelle elle va devoir s’installer et de la nouvelle vie misérable, laborieuse et dangereuse qui semble l’attendre, bien différente de celle qu’elle a connue dans les riches quartiers d’Albany (état de New York). Mais l’immense amour éprouvé pour son mari aidant, elle se met néanmoins au travail avec courage et entrain. Peu de temps après, les indiens, poussés à la révolte par les loyalistes anglais (commandés ici par l’inquiétant et borgne Caldwell), font bruler leur maison et leurs récoltes. Le couple se réfugie alors dans le fort voisin où Lana perd l’enfant qu’elle attendait. Ruinés, ils se font engager par la veuve McKlennar (Edna May Oliver). La vie semble reprendre paisiblement mais les Indiens se faisant à nouveau menaçant, une petite armée est formée avec tous les hommes de la région ‘désignés volontaires’. Lana voit partir Gilbert à la guerre avec angoisse et désespoir. Il revient pourtant mais gravement blessé et raconte à son épouse l’infernale bataille que lui et les autres hommes de son groupe ont endurée. Pas de temps à perdre, il faut pourtant se remettre au travail après que les fermes aient été incendiées et les moissons ravagées une nouvelle fois. Heureusement, les multiples petits bonheurs de la vie quotidienne aideront cette petite communauté à aller de l’avant jusqu’à ce qu’à Yorktown, le général anglais Cornwalis capitule, le calme et la paix pouvant enfin revenir dans la verte vallée.

La Guerre d’indépendance de la fin du 18ème siècle était une période historique pour laquelle Ford éprouvait une secrète admiration ; on peut aisément comprendre pourquoi, les colons de l’époque établissant en quelque sorte les bases de la nation américaine que le cinéaste chérissait tant ; il fait d’ailleurs se clore son film par une allégorie patriotique exempte de lourdeur à force de sincérité, le nouveau drapeau étoilé étant hissé au sommet du fort, la diversité du peuple américain choyé par Ford étant représenté par des plans successifs de la servante noire, de l’indien et du couple ‘blanc’, tous vivant et ressentant cette ‘cérémonie’ avec une ferveur partagée, une franche émotion et la conviction d’avoir obtenu une chose inestimable.


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Un petit chef-d’œuvre dont le scénario a été signé Lamar Trotti, l’un des écrivains de cinéma les plus talentueux de l’époque, qui n’avait pas son pareil pour rendre ses personnages attachants par le fait de ne s’être jamais gêné pour ménager, dans le courant d’histoires toujours parfaitement menées, des pauses et la description de menus détails qui, même s’ils ne servaient pas à faire avancer l’intrigue, s’attardaient à nous faire partager la vie quotidienne des protagonistes, ces derniers nous devenant ainsi plus proches. Une grande tendresse et un profond respect dans la description de cette communauté. Ford allant devenir lui aussi un des chantres du communautarisme (surtout à partir de ce film d’ailleurs), le travail conjoint des deux ne pouvait logiquement qu’aboutir à une formidable réussite et c’est effectivement le cas. Jean-Louis Rieupeyrout écrira avec justesse dans sa grande aventure du western : « Ils sont tous là les personnages de la galerie fordienne débordants de vie, solides comme des rocs, pénétrés d’amour pour leur terre et leur mode de vie et ils savent rendre heureuse la vie commune par leur sens de l’amitié, de l’entraide, du dévouement à l’intérêt collectif. Ils dansent au temps des réjouissances, chantent les Psaumes le dimanche, s’émeuvent d’une naissance ou d’un deuil, font le coup de feu contre l’indien et son âme damnée, le loyaliste. Ils n’en oublient pas pour autant leur humour. » Avouez que même sans savoir de quel cinéaste on parlait, le deviner n’aurait pas été compliqué !


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On aimerait d’ailleurs évoquer chacune des séquences voyant flâner la caméra de Ford parmi ce groupe plein de vie, on aimerait décrire par le détail la force de caractère de certains femmes (Edna May Oliver, inénarrable dans ce rôle d’une grande drôlerie ne manquant cependant pas de gravité), la douceur et la tendresse d’autres (Claudette Colbert, bien meilleure qu’on a pu le dire, au contraire parfaite dans la peau de cette femme fragile, émotive et aimante qui arrivera à rebondir malgré les difficiles épreuves endurées grâce à l’amour qu’elle éprouve pour son mari ; l’image la voyant défaillir au sommet de la colline alors qu’elle regardait son mari partir à la guerre touche tout simplement au sublime), la gouaille du pasteur et de ses sermons vigoureux, la loyauté des habitants de cette vallée n’hésitant pas un seul instant à s’entraider, l’esprit de sacrifice de certains, le courage des autres… Une description touchante, vigoureuse, pleine de chaleur et d’humour de ce microcosme pittoresque, aussi ardu à la tache qu’à l’amusement et à la gaudriole, bref, typiquement fordien.

Il faudrait aussi pouvoir parler de John Carradine que l’on aurait aimé voir apparaître à de plus nombreuses occasions ; avec sa cape noire et son bandeau sur l’œil, il fait forte impression. Mais étant de quasiment tous les westerns de l’année 1939 quel que soit le studio, nous n’aurons pas été privés de sa silhouette longiligne et anguleuse. La séquence de sa mort n’est d’ailleurs pas du tout conventionnelle et relève du génie de Ford dans l’utilisation de l’ellipse et du hors-champ ; alors que nous nous serions attendu au traditionnel combat (ou poursuite) final(e) entre le héros et le ‘Bad Guy’, nous n’apprenons la mort de ce dernier que par un plan humoristique d’un indien ayant récupéré son bandeau. Autre exemple typique de ces figures de style, la bataille narrée à l’aide d’un seul plan séquence montrant un Henry Fonda blessé en faire le récit par un long monologue sans qu’aucune image du combat ne soit montrée ; une séquence qui fut quasiment improvisée après que John Ford ait refusé de tourner la scène de bataille proprement dite. La réussite de cette séquence doit aussi d’ailleurs beaucoup au talent d’Henry Fonda ; il est absolument parfait dans ce personnage résolument attachant, héroïque juste ce qu’il faut, sinon tombant presque dans les pommes lorsqu’il s’agit d’aller voir son nouveau né.


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Il s’agit de la première utilisation de la couleur par John Ford qui s’en méfiait encore fortement à l’époque ; pourtant, sur ce point aussi, le résultat est éblouissant, Bert Glennon et Ray Rennahan opérant des miracles à quasiment chaque plan, le film se révélant plastiquement sublime que ce soit pour les scènes en extérieurs (splendides décors naturels verdoyants de l’Utah ; puissance poétique des nuits américaines) que pour les séquences en studio (les toiles peintes des paysages enneigés sont de véritables petits bijoux). A noter une scène d’action absolument extraordinaire dans son esthétique, son rythme et son découpage, que l’on devrait faire étudier dans toutes les écoles de cinéma, celle de la course poursuite entre Henry Fonda et trois indiens.


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Un western robuste (les séquences de batailles, notamment la dernière, se révèlent assez brutales et franchement impressionnantes) et pourtant très nuancé, plein de retenue, de pudeur et de tendresse ; une épopée historique à forte résonnance humaine ; une œuvre remuante peuplée de plages apaisées et parfois élégiaques ; une poignante ode à l’Amérique et aux hommes qui l’ont construite qui mérite qu’on la redécouvre.

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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar someone1600 » 19 avr. 10, 19:55

Excellent film en effet, et bien d'accord avec toi, la séquence de poursuite est formidablement réussi. :wink:

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Julien Léonard
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Julien Léonard » 19 avr. 10, 22:28

Je m'aperçois que je n'ai jamais vu ce film... :shock: Pourtant j'en étais presque sûr... A réparer, vite !

EDIT : Et pourtant, j'ai le DVD depuis un bon moment.
Dernière édition par Julien Léonard le 27 avr. 10, 22:49, édité 1 fois.
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Jeremy Fox
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 20 avr. 10, 10:32

Julien Léonard a écrit :Je m'aperçois que je n'ai jamais vu ce film... :shock: Pourtant j'en étais presque sûr... A réparer, vite !


Le DVD est superbe !
Sinon, tu ne confondais quand même pas avec Le Premier Rebelle (Allegheny Uprising), sorti la même année quelques semaines après, abordant à peu près la même période et dont j'aurais été moins surpris que tu l'ais oublié (malgré le Duke) ? Revu d'ailleurs hier soir ; mon avis dès ce soir.

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Allegheny Uprising

Messagepar Jeremy Fox » 20 avr. 10, 21:06

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Le Premier Rebelle (Allegheny Uprising, 1939) de William A. Seiter
RKO


Sortie USA : 10 novembre 1939


Juste après le très beau Drums along the Mohawk de John Ford, un autre western sort sur les écrans revenant sur cette période de l’histoire américaine rarement abordée, remontant même encore de 15 ans en arrière, au début de la prise de conscience des pionniers d’une sorte d’identité nationale, ces hommes commençant à ne plus supporter la tutelle militaire anglaise. Potentiel riche et intéressant mais résultat médiocre ! Ah si seulement Le Premier Rebelle avait pu avoir ne serait-ce que l’allant, le panache et l’entrain du thème musical principal d’Anthony Collins que l’on entend dès ce beau générique voyant dans la nuit un cavalier éclairant le titre du film qui se trouve écrit sur une pancarte ! Il n’en est rien et l’ennui finit rapidement par l’emporter malgré sa faible durée (80 minutes).


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1759. L’Amérique n’est encore qu’une colonie britannique. Dans une vallée de Pennsylvanie seize ans avant la Guerre d’Indépendance, face à la menace grandissante constituée par les tribus indiennes, d’intrépides pionniers menés par le trappeur Jim Smith (John Wayne) prennent les armes pour se défendre. Dans le même temps, ils décident de se révolter contre les Anglais qui se comportent envers eux plus en maîtres qu’en protecteurs, encourageant même la contrebande qui fournit des armes à leurs ennemis indiens…

Grâce au succès retentissant de La Chevauchée fantastique de John Ford, John Wayne devient du jour au lendemain un acteur avec lequel il faut compter. Les studios le comprennent immédiatement et cherchent à se l’approprier. L’agent du Duke, Charles K. Feldman, bataille ferme avec le patron de la Republic, Herbert Yates, afin d’obtenir le droit pour sa vedette de pouvoir tourner pour d’autres studios. A la suite d’âpres négociations, Yates accepte de lâcher sa poule aux œufs d’or et John Wayne joue dans Le Premier rebelle, grosse production de la RKO avec une importante figuration, des têtes d’affiche à tous les postes et des moyens considérables consentis par Pandro S. Berman. Après un tournage plus long et difficile que prévu, les complications se poursuivent avec des accusations d’anglophobies lancées à la suite des premières projections. Le long métrage est alors amputé de 8 minutes et le film sort enfin aux Etats-Unis. Nous ne le découvrirons en France que dans les années 80 par l’intermédiaire du circuit vidéo, cinquante ans après sa sortie américaine.


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Ce western se situe dans la lignée de ces histoires narrant les conflits franco-anglais du XVIIIème siècle, dont la plus célèbre reste Le Dernier des Mohicans de Fenimore Cooper. Malheureusement il s’agit d’un semi-ratage par la faute quasi exclusive d’un scénario très mal construit, bavard, totalement confus et qui risque de l’être encore plus pour une personne n’ayant aucune notion de l’histoire américaine. Partant d’un postulat historique véridique et passionnant (les relations difficiles entre les pionniers, les Anglais, les Français et les Indiens), le film avait de belles possibilités devant lui mais le scénariste saborde l’histoire dont on a du mal à percevoir les enjeux, tenants et aboutissants et qui de plus se termine abruptement dans l’anecdotique le plus total avec une scène de procès assez ridicule. Pour corser le tout, le racisme omniprésent (représenté par le personnage du père de Claire Trevor carrément insupportable) pendant toute la durée du film, est vraiment déplaisant d’autant plus qu’il est traité d’une façon débonnaire et ‘bon enfant’ comme si la tuerie des indiens était une agréable façon de se distraire. « Un bon Indien est un Indien mort » est la première phrase que l’acteur Wilfrid Lawson prononce, et tout ses dialogues tourneront autour de ce même thème : « Il faut que j’améliore mon score de 20 Indiens tués en une seule journée » et bien d’autres de cet acabit. Il est clair que certains colons de l’époque devaient être comme ce personnage, mais l’insistance avec laquelle le scénariste revient systématiquement sur le sujet est assez pénible et ces tueurs d’Indiens ont du mal à nous être sympathiques.

Dommage que l’écriture soit aussi médiocre puisque, techniquement, ce film d’aventures tient quelques promesses de son gros budget : en plus d’un beau travail pour tout ce qui concerne costumes, décors et direction artistique, les scènes d’action paraissent rondement menées grâce à un montage rapide (mais si on y regarde de plus près, ce montage sec cache la mollesse de la mise en scène), la photographie de Musuraca est très réussie et les extérieurs bien mis en valeurs. En revanche, l’interprétation d’ensemble, malgré un casting prestigieux, est assez fade. Le couple John Wayne / Claire Trevor, qui avait marqué les esprits dans le western de John Ford, est reformé mais avec beaucoup moins de bonheur. John Wayne n’a pas l’air très concerné par son terne personnage et Claire Trevor en femme forte, un peu garçon manqué, se révèle bien vite aussi agaçante pour son soupirant que pour nous autres spectateurs. Le couple est entouré par deux acteurs de renom dans les rôles négatifs, Brian Donlevy et George Sanders mais eux aussi seront bien souvent plus convaincants qu’ici. Un film pas franchement indispensable, pas même très plaisant à regarder.

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Julien Léonard
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Julien Léonard » 20 avr. 10, 21:18

Jeremy Fox a écrit :
Julien Léonard a écrit :Je m'aperçois que je n'ai jamais vu ce film... :shock: Pourtant j'en étais presque sûr... A réparer, vite !


Le DVD est superbe !
Sinon, tu ne confondais quand même pas avec Le Premier Rebelle (Allegheny Uprising), sorti la même année quelques semaines après, abordant à peu près la même période et dont j'aurais été moins surpris que tu l'ais oublié (malgré le Duke) ? Revu d'ailleurs hier soir ; mon avis dès ce soir.


Non, je ne confonds pas, t'inquiètes... :lol: Cela aurait été insultant envers Ford. Pour Allegheny uprising, je partage cet avis. L'ayant revu il y a environ un mois : quelle déception ! John Wayne est sous-employé (un comble), le couple avec Claire Trevor n'est pas convaincant (un nouveau comble, surtout quand on voit la magie de leur couple dans Stagecoach), la mise en scène est assez banale, le scénario tiré par les cheveux... Certains scènes sont expédiées à une vitesse... Reste un George Sanders toujours impeccable, mais lui aussi sous-employé, malheureusement. C'est bien dommage, car le budget est là (les décors du fort britannique, les scènes d'action), et l'on ne peut que regretter ce flagrant manque de savoir faire. Un film Republic, il fallait donc s'en douter, puisque leur catalogue ne fut pas toujours formidable.

Quant au DVD, mieux vaut posséder celui avec une jaquette d'époque, parce que je ne sais guère s'il faut rire de la présentation du film en collection "pocket" (bleue et blanche) : la photographie en couverture ne provient absolument pas de ce film, mais plutôt de Tall in the saddle, je pense (il s'agit d'une photo de promotion).
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The Story of a Great Enemy

Messagepar Jeremy Fox » 20 avr. 10, 21:49

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Geronimo (The Story of a Great Enemy - 1939) de Paul Sloane
PARAMOUNT


Sortie USA : 26 novembre 1939


Le chef des Apaches Geronimo (Chief Thundercloud) ne cesse d’attaquer, piller et tuer les colons, poussé par le vil Gillespie (Gene Lockhart), un trafiquant d’armes qui très logiquement profite bien plus des conflits que de la paix. Le Président Grant demande au Général Steele (Ralph Morgan) de bien vouloir régler le problème en essayant de faire cesser les hostilités. Pour mener à bien sa mission, ce dernier délègue un vétéran des guerres indiennes, le capitaine Starrett (Preston Forrest), ainsi que son éclaireur Sneezer (Andy Devine) qui connait bien les tactiques de Geronimo. Le problème se corse pour le Général le jour où il voit arriver dans son escouade, tout frais sortie de West Point, son fils (William Henry), qu'il appréhende de voir partir au combat.


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Le Brigand bien Aimé (Jesse James) de Henry King, La Chevauchée Fantastique (Stagecoach) et Sur la Piste des Mohawks (Drums along the Mohawk) de John Ford, Les Conquérants (Dodge City) de Michael Curtiz, Pacific Express (Union Pacific) de Cecil B. DeMille, Femme ou Démon (Destry Rides Again) de George Marshall… L’année 1939 fut une cuvée tout à fait exceptionnelle pour le western d’autant qu’elle en profita pour faire acquérir au genre sa maturité et surtout sa légitimité, les critiques le prenant enfin au sérieux. En revanche disons-le d’emblée, le film de ce total inconnu qu’est Paul Sloane ne mérite pas vraiment que l’on perde du temps à longuement s’y arrêter. Paramount semble avoir voulu le lancer à la manière ‘épique’ de The Plainsman (magnifique western de Cecil B. DeMille) sauf qu’il ne s’agit cette fois que d’un film de série au budget plus que réduit usant jusqu’à plus soif de stock-shots et séquences entières d’autres précédents westerns comme principalement Une Aventure de Buffalo Bill justement mais aussi The Texas Rangers de King Vidor ou encore Wells Fargo de Frank Lloyd, la mise en scène étant sinon aussi peu inspirée que le scénario, Paul Sloane étant d’ailleurs responsable de l’ensemble.


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Non seulement Geronimo est décrit comme un indien sanguinaire - sentiment renforcé par le fait que l’acteur Chief Thundercloud ait été affublé d’un nez crochu postiche - mais ce qui est surtout dommage est que ce passionant personnage historique ait été relégué au second voire troisième plan, l’auteur ayant préféré s’attacher aux soldats et à une histoire familiale qui préfigure celle de Rio Grande (film avec lequel nous ne nous amuserons pas à faire de comparaison au risque d’être encore plus lapidaire pour le western de Sloane), le Général voyant arriver dans le fort qu’il commande non moins que son fils frais émoulu de West Point. Non seulement le film peine à se mettre en place et à démarrer mais il n’arrivera jamais vraiment à quitter son rythme languissant, son ‘typage caricatural’, son aspect très cheap et son ton larmoyant. Quel dommage également que le personnage féminin interprété par la ravissante Ellen Drew se retrouve les ¾ du temps alité, qu’Andy Devine écope encore et toujours d’un rôle similaire et souvent pas très drôle, que le talent de Preston Foster ne soit pas mieux mis en valeur, que le scénario soit aussi ennuyeux qu’invraisemblable à l’image de la bataille finale au cours de laquelle quelques soldats sont confinés et piégés sur une ‘île’, et enfin que l’histoire narrée ici soit dans son ensemble totalement fantaisiste.


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Ne reste donc pas grand-chose à se mettre sous la dent hormis un Gene Lockhart toujours parfait dans la peau des plus vils salopards, ainsi que quelques thèmes musicaux de Gerard Carbonara plutôt enlevés, notamment celui de la séquence de l’attaque par les indiens de la diligence où se trouvent la fille et la femme du général et qui va conduire au drame. Une curiosité et une rareté plus qu’une réussite, un film qui a vraiment du mal à nous intéresser et du coup à retenir notre attention. Le film de Arnold Laven consacré en 1962 au même Geronimo ne sera malheureusement guère plus convaincant. Pour l'anecdote mais n’ayant pas revu le film de Henry Hathaway depuis longtemps, il s’agirait dans la progression dramatique d’une sorte de remake non avoué des Trois lanciers du Bengale, Preston Foster reprenant le rôle de Gary Cooper, Andy Devine celui de Franchot Tone et Ralph Morgan celui de Guy Standing.

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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Julien Léonard » 20 avr. 10, 22:09

Jeremy Fox a écrit :
Julien Léonard a écrit :
Quant au DVD, mieux vaut posséder celui avec une jaquette d'époque, parce que je ne sais guère s'il faut rire de la présentation du film en collection "pocket" (bleue et blanche) : la photographie en couverture ne provient absolument pas de ce film, mais plutôt de Tall in the saddle, je pense (il s'agit d'une photo de promotion).


Oui, j'ai mis cette jaquette car à mon avis, actuellement c'est le DVD que l'on doit trouver le plus facilement. L'idée d'avoir mis cette photo est en effet ridicule.


L'autre édition est facilement trouvable tout de même (certes, un peu moins que celle de la collection "pocket") : http://www.amazon.fr/Premier-Rebelle-VO ... 063&sr=1-2

La jaquette a une certaine allure, il faut l'avouer. :)
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 20 avr. 10, 22:17

Julien Léonard a écrit :
La jaquette a une certaine allure, il faut l'avouer. :)


Les jaquettes de la collection diamant sont (étaient car elle n'existe plus depuis un certain temps) de vrais bijoux.

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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Julien Léonard » 20 avr. 10, 22:18

Maintenant, faut avouer que leurs trucs bleus, ça se range plus facilement... :mrgreen: Désolé pour la digression.
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Link Jones » 21 avr. 10, 08:46

J'ai du mal à suivre la cadence ...

Je dois voir "Le premier rebelle" (dont je dispose de l'édition z1 pour ma part) et revoir "Frontier Marshall" pour clore l'année 1939. J'espere ne pas être trop déçu par le film de Dwan, qui m'avait bien plu lors de sa première découverte.

Je ne reviens pas sur les chefs d'oeuvre de J.Ford, mais Stagecoach vu et revu, me fait toujours une grosse impression, il se regarde toujours avec le même interêt, les images sont magnifiques. "Drums along the Mohawk" a quelque chose de très émouvant, car il raconte la construction (difficile) d'une nouvelle vie pour ce jeune couple de colon, et au dela la construction d'une nation.

Dodge City a été une très belle redécouverte (pourtant en VF & VHS). Et m'a conduit à revenir un peu en arrière, en 1938, sur "La bataille de l'or" où l'on retrouve Olivia de Havilland. Le sujet de ce film, également signé de Michael Curtiz, est assez original. Il raconte la lutte entre cultivateurs et les chercheurs d'or en Californie. Pour extraire le précieux minerai, les mineurs utilisent d'énormes quantités d'eau qui vont ensuite inonder les récoltes, et ruiner les cultivateurs en causant quelques accidents dramatiques. A cela s'ajoute une romance entre George Brent, dans le camp des mineurs, et Olivia de Havilland, dans l'autre camp, car elle même fille d'un grand propriétaire et cultivateur, qui va organiser la lutte contre les chercheurs d'or dévastateurs ...

Petite digression dans mon parcours en 1938 avec "Le retour de Billy le Kid" de Joseph Kane avec le cowboy chantant Roy Rogers, et George 'Gabby' Hayes, c'est court bien rythmé avec de l'action, c'est sympathique et cela met de bonne humeur :D

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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 21 avr. 10, 08:59

Link Jones a écrit : "La bataille de l'or" où l'on retrouve Olivia de Havilland. Le sujet de ce film, également signé de Michael Curtiz, est assez original. Il raconte la lutte entre cultivateurs et les chercheurs d'or en Californie. Pour extraire le précieux minerai, les mineurs utilisent d'énormes quantités d'eau qui vont ensuite inonder les récoltes, et ruiner les cultivateurs en causant quelques accidents dramatiques. A cela s'ajoute une romance entre George Brent, dans le camp des mineurs, et Olivia de Havilland, dans l'autre camp, car elle même fille d'un grand propriétaire et cultivateur, qui va organiser la lutte contre les chercheurs d'or dévastateurs ...

Petite digression dans mon parcours en 1938 avec "Le retour de Billy le Kid" de Joseph Kane avec le cowboy chantant Roy Rogers, et George 'Gabby' Hayes, c'est court bien rythmé avec de l'action, c'est sympathique et cela met de bonne humeur :D


Alléchant tout ça surtout concernant le Curtiz :) ; par quel biais as-tu pu les voir ?

Encore un film pour 1939 et je ferais un premier récapitulatif ; désolé pour la cadence mais je ne pense pas tenir un rythme aussi soutenu bien longtemps. Tu auras le temps de me rattraper :wink: