Le Western américain : Parcours chronologique I 1930-1949

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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feb
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar feb » 28 déc. 10, 21:31

C'est noté pour TCM, avec un peu de chance il repassera bientôt. Merci M. Fox.
ed a écrit :Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)

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Jeremy Fox
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Roughshod

Messagepar Jeremy Fox » 29 déc. 10, 22:58

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Roughshod (1949) de Mark Robson
RKO


Avec Avec Robert Sterling, Gloria Grahame, Claude Jarman Jr., John Ireland, Jeff Donnell, Myrna Dell, Martha Hyer, George Cooper, Jeff Corey
Scénario : Daniel Mainwaring & Hugo Butler
Musique : Roy Webb
Photographie : Joseph F. Biroc (Noir et blanc)
Un film produit par Richard H. Berger pour la RKO


Sortie USA : 11 mai 1949

Roughshod sera l’unique western du cinéaste d’origine canadienne, Mark Robson. Embauché à la RKO au début des années 40, il travailla aux côtés de Robert Wise et Orson Welles puis fut lancé dans la mise en scène par Val Lewton qui lui confia la direction de The Seventh Victim (1943) puis de Isle of Dead (1945), devenus depuis de petits classiques du film fantastique. Au vu de son talent et grâce aux succès honorables qu’eurent ses premières œuvres, les dirigeants du studio lui donnèrent à diriger des films plus prestigieux. C’est ainsi qu’en 1949, il réalise Le Champion (Champion), l’un des premiers grands films de boxe avec en tête d’affiche Kirk Douglas et Arthur Kennedy. La même année, il signait non moins que trois autres films : My Foolish Heart avec Susan Hayward et Dana Andrews, Home of the Brave qui abordait le thème du racisme ainsi que ce western mineur mais non déplaisant qu’est Roughshod. Ce dernier narre l’histoire toute simple de deux frères partis vendre leurs chevaux en Californie, se retrouvant devoir convoyer quatre saloon Gal s’y rendant aussi, le petit groupe étant poursuivi par trois évadés cherchant à se venger de l’homme qui les a envoyé en prison, en l’occurrence l’un des deux frères.


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1893 au Nevada. Trois hommes, avec à leur tête l’inquiétant Lednov (John Ireland), viennent de s’évader de prison et de tuer trois pauvres bougres afin de leur prendre leurs vêtements. Lorsque Clay Phillips (Robert Sterling) apprend la nouvelle, il décide immédiatement de se rendre en Californie où sa famille possède un ranch et où il espère amener à bon port une dizaine de ses chevaux. Il ne souhaite pas s’éterniser dans le coin pour la simple et bonne raison que c’est lui qui a livré Lednov à la justice pour avoir tué son meilleur ami et qu’il est persuadé que ce dernier va chercher à se venger. Il part donc pour Sonora avec son jeune frère Steve (Claude Jarman Jr). En cours de route, ils croisent le chemin d’un groupe de quatre Saloon Gal chassées de la ville d’Aspen où elles ‘officiaient’, bien décidées à ouvrir une nouvelle ‘maison’ en Californie. Parmi elles, Mary Wells (Gloria Grahame) qui n’est pas insensible au charme du beau ténébreux qui accepte de les escorter à bon port mais avec certaines réticences, notamment morales. Le voyage ne sera pas de tout repos, car, comme le pressentait Clay, Lednov a bien décidé de lui faire la peau quitte à semer des cadavres sur son passage…


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Deux cow-boys dont un adolescent, trois dangereux bandits, quatre ‘filles de mauvaises vies’ (car il s’agit bien de cela et non seulement de danseuses comme elles sont pudiquement présentées dans le film) : voici l’équation assez simple issue du scénario de Daniel Mainwaring (le réjouissant The Big Steal - Ca commence à Vera Cruz de Don Siegel la même année) et Hugo Butler. Les trois évadés ne sont pas vraiment dessinés comme des personnages mais comme une abstraite représentation du mal. D’ailleurs, on se demande même à la fin du film si nous avons vu le visage de deux d’entre eux tellement nous serions incapables de les reconnaître. Seul John Ireland est mémorable, non pour sa description psychologique pas plus fouillée que celle de ses complices (il ne s’agit que d’un tueur sans scrupules, cruel et violent), mais pour son inquiétant visage dont Robson se joue avec délectation lors des quelques séquences le mettant en scène. Alors qu’il avait un peu de mal à porter sur ses épaules l’imposant rôle principal qu’il avait dans I Shot Jesse James de Fuller quelques mois auparavant, il s’avère bien plus à l’aise lorsqu’il s’agit d’endosser la défroque d'un personnage de second plan, et notamment un 'Bad Guy'. Il n’est ici que le symbole d’une extrême violence, violence pourtant très ténue au cours du film contrairement à ce qu’on aurait pu penser au vu de la fulgurante séquence pré-générique montrant le meurtre de sang froid de trois hommes uniquement pour leur voler leurs habits. Elle n’explosera ensuite qu’à une seule autre reprise, au cours d’une scène se situant vers la fin du film, celle où l’on voit les bandits violenter un couple pour avoir des informations sur l’homme qu’ils recherchent, tournée en gros plans très serrés d'une grande modernité et en tout cas d'une formidable puissance.


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Les quatre femmes se disperseront au fur et à mesure de l’avancée du ‘voyage’, vers une délivrance amoureuse ou familiale pour deux d’entre elles alors qu’une troisième ne s’en sortira pas aussi bien, son issue se révélant bien plus tragique. Seul le personnage interprété par Gloria Grahame sera présent jusqu’au bout ; c’est d’ailleurs sur elle que s’appesantissent surtout les scénaristes, faisant d’elle le protagoniste le plus fouillé, une femme forte mais néanmoins blessée par le fait d’avoir été ‘bannie’, doutant et pas spécialement fixée sur ce qu'elle veut faire de son avenir : refonder une ‘maison’ qu’elle dirigerait ou bien trouver l’homme de sa vie auprès duquel elle pourrait finir paisiblement sa vie. Gloria Grahame, au début de sa carrière, s’avérait déjà excellente actrice et l’on peut regretter qu’elle n’ait pas persévéré dans le western. La prestation de Robert Sterling est également une bonne surprise et nous rend également attachant cet homme attiré par la danseuse tout repoussant ses avances pour des questions d’ordre moral ; cette réaction rendra dubitatif son jeune frère qui, s’étant pris d’une affection filiale pour cette femme qui lui apprend à lire, n’acceptera pas que son ainé refuse son amour et le lui reprochera violemment. Le petit frère, c’est le Jody de The Yearling (Jody et le faon) qui tournera la même année que ce western dans un film remarquable, toujours de Clarence Brown, L’intrus (Intruder in the Dust). Il s'agit bien évidemment Claude Jarman Jr que l’on retouvera l’année suivante dans le rôle du fils du couple John Wayne/Maureen O’Hara dans Rio Grande. Comme ses aînés, lui aussi nous offre une bonne interprétation.


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D’ailleurs, la direction d’acteur est assez originale ; il semble qu’il ait été donné comme consignes aux comédiens de parler sans jamais hausser la voix et de ne surtout pas trop en faire ; ce qui amène une certaine douceur de ton et une sorte de sérénité à cette histoire se déroulant quasiment toute sa durée en extérieurs et faisant la part plus belle aux dialogues et aux relations entre les personnages qu’à l’action finalement restreinte à quelques rares séquences dont la fusillade finale plutôt bien faite. Signalons un ample et beau thème musical de Roy Webb accompagnant l’avancée du convoi et des paysages montagneux très bien utilisés. Si l’ensemble se révèle donc assez attachant et jamais ennuyeux, le scénario manque un peu trop d’épaisseur et d’enjeux dramatiques, la mise en scène d’ampleur et d’idées pour que le film arrive réellement à décoller, ne dépassant ainsi jamais le stade de l'honnête série B. Au final, loin d’être mémorable mais pas désagréable grâce à un ton pondéré, une absence de bruit et de fureur que son titre semblait pourtant vouloir annoncer, Roughshod se traduisant par ‘sans ménagement’.

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Jeremy Fox
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Red Canyon

Messagepar Jeremy Fox » 1 janv. 11, 10:00

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Le Mustang noir (Red Canyon - 1949) de George Sherman
UNIVERSAL


Avec Avec Ann Blyth, John McIntire, Howard Duff, George Brent
Scénario : Maurice Geraghty d'après un roman de Zane Grey
Musique : Walter Scharf
Photographie : Irving Glassberg (Technicolor - 1.37)
Un film produit par Leonard Goldstein pour la Universal


Sortie USA : 01 avril 1949

Vivant avec son veuf de père (George Brent), riche propriétaire terrien et éleveur de chevaux, Lucy (Ann Blyth), ravissante jeune fille mais garçon manqué au grand dam de sa famille, ne rêve que d’une seule chose, pouvoir capturer un célèbre mustang noir et le prendre pour monture. Mais ce n’est pas la seule que le cheval sauvage intéresse ; au moment où Lucy allait s’en approcher, Lin Sloane (Howard Duff) réussit à le capturer au lasso. Après lui avoir joué un coup pendable en lui volant ses vêtements, Lucy s’accapare l'animal et laisse Lin sur place. Ce dernier ne va pas en rester là mais au final les deux jeunes gens vont se rapprocher et s’allier pour lutter contre des voleurs de chevaux qui ne sont pas étrangers à Lin ; et pour cause, ils appartiennent à la même famille...


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Lorsqu’en 1949 George Sherman réalise Le Mustang noir, le prolifique cinéaste a déjà une soixantaine de films à son actif, quasiment tous inconnus dans notre pays ! Autant dire qu’il reste encore à débroussailler au sein de cette conséquente filmographie. Alors qu’il se situe en plein dans sa période qualitative faste à l’Universal qui s’étale en gros de 1948 à 1953, il faut se rendre à l’évidence, cet opus ne fait pas partie de ses plus grandes réussites. Au sein de cette longue suite de westerns ou de films d’aventures colorés et hautement divertissants (voire plus concernant des petits bijoux comme Tomahawk), Red Canyon se révèle même très mauvais, à l’instar de ses précédents westerns Columbia tels Les Indomptés (Renegades), Le Dernier des Peaux-Rouges (Last of the Redmen) ou encore Du sang dans la Sierra (Relentless). Ce qui ne fait que confirmer ce que j’écrivais déjà à une autre occasion : il ne faudrait surtout pas aller dans l’excès inverse, qui prendrait le contrepied de la médiocre réputation qu’avait Sherman dans notre pays voici seulement vingt ans en arrière en s’agenouillant désormais devant chacun de ses titres. En effet, au regard de ce que nous avons pu découvrir ces dernières années de son œuvre (un grand merci aux éditeurs français au passage), il s’avère que, malgré le fait de contenir quelques très belles pépites, ce corpus demeure néanmoins sacrément inégal, notamment en qui concerne les westerns.


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Nous ne nous appesantirons donc pas longuement sur ce Red Canyon qui ne vaut que pour le superbe travail de George Sherman et de son chef opérateur Irving Glassberg, le premier nous faisant toujours autant plaisir par sa manière de cadrer les plans d’ensemble, le second nous octroyant des contre-jours au crépuscule absolument magnifiques. Comme quoi une fois encore, dans la majorité des cas, le talent et l’aptitude d’un réalisateur ne palliera que rarement l’absence de scénario ; c’est même peine perdue car par le fait de voir évoluer des pantins sans consistance à l'écran et ainsi être incapable de ressentir la moindre empathie pour quelconque personnage, le film se révèlera sans aucun charme et grandement ennuyeux malgré le boulot remarquable des équipes techniques. C’est malheureusement ainsi que l’on pourrait résumer mon humble avis sur ce film qui pourtant à priori me faisait grandement saliver. Et puis quelle déception de voir Ann Blyth aussi mal utilisée - et pas spécialement bien mise en valeur par un maquillage outrancier - ainsi qu'un Howard Duff sans aucun charisme alors qu’il parviendra à nous émouvoir sous la baguette du même réalisateur à cette même période lorsqu’il endossera la défroque de Sam Bass dans le très beau La Fille des Prairies (Calamity Jane and Sam Bass) : il faut dire aussi que le couple qu’il composera avec Yvonne De Carlo sera bien plus convaincant que celui qu’il forme ici avec Ann Blyth, cette dernière n'ayant d'ailleurs plus tourné de westerns après celui-ci qui a du grandement la laisser sur sa faim d’autant que son personnage de garçon manqué aurait pu être intéressant s’il avait été un minimum étoffé.


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Les amateurs d’action se verront délivrer une séquence assez efficace et au rythme bien enlevé en fin de parcours ; quant aux amoureux de belles images en Technicolor, ils seront comblés car la photographie est vraiment magnifique lors des cavalcades de chevaux sauvages dans les somptueux paysages de la région de Kanab en Utah ; d’ailleurs ces séquences seront reprises non seulement dans des films comme Black Horse Canyon de Jesse Hibbs (loin d’être meilleur que celui de Sherman) mais aussi pour la série le Virginien pour le très bon épisode The Stallion signé par Bernard McEveety. Adapté d’un roman de Zane Grey, un western familial sans grand intérêt et surtout un film sans scénario. Malgré le casting plus que prometteur, aucun comédien ne sort du lot, pas plus Ann Blyth que tous les autres dont un John McIntire qui fait peine à voir en Bad Guy caricatural à souhait ou encore Jane Darwell, Chill Wills ou Edgar Buchanan qui ne font rien d’autre que leurs humoristiques numéros habituels. Sherman a beau savoir filmer des extérieurs et la photo a beau être un régal pour les yeux, l'ensemble est vraiment trop terne. Aux amoureux des chevaux, je conseillerais plutôt de se tourner vers des productions MGM ou 20th Century Fox, les films signés par Clarence Brown (Le Grand national – National Velvet) ou Harold D. Schuster (la série des Flicka) ; mais si vous souhaitez rester sur un western Universal, je m’arrêterais plutôt sur le sympathique L’enfant du désert (Cattle Drive) de Kurt Neumann avec Joel McCrea.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar feb » 1 janv. 11, 10:08

Merci pour le travail réalisé Jeremy Fox et pour les découvertes 2010 du coté du western :wink:
Donc si je comprends la période qui va être analysée contient encore plus de pépites ? Donc encore plus de DVD à acheter ? En 2011 le gourou n'a pas changé, il garde ses bonnes résolutions ! :mrgreen:
ed a écrit :Portrait de la jeune fille en feu
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 1 janv. 11, 10:13

feb a écrit :Donc si je comprends la période qui va être analysée contient encore plus de pépites ?


Clairement oui ; à vue de nez, il a du sortir 5 ou 6 grands films par an durant la décennie des 50's et je pense encore être loin du compte. Et merci à vous surtout sans qui je n'aurais peut-être pas le courage de poursuivre :wink:

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Major Dundee » 1 janv. 11, 10:20

Jeremy Fox a écrit :Clairement oui ; à vue de nez, il a du sortir 5 ou 6 grands films par an durant la décennie des 50's et je pense encore être loin du compte. Et merci à vous surtout sans qui je n'aurais peut-être pas le courage de poursuivre :wink:


C'est nous qui te remercions Jeremy, c'est vrai qu'avec les 50's on devrait pas mal se régaler. Bonne année 2011 (pleine d'indiens, de coups de feu, de chevauchées et de gunfight). :wink:
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar feb » 1 janv. 11, 11:02

Jeremy Fox a écrit :Et merci à vous surtout sans qui je n'aurais peut-être pas le courage de poursuivre :wink:

On va monter un fan club Jeremy Fox :mrgreen: Continue sur ta lancée Gourou !
ed a écrit :Portrait de la jeune fille en feu
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Julien Léonard » 1 janv. 11, 11:59

Surtout tiens le coup Jeremy ! Tes chroniques sont importantes, et au bout du compte ce sera un travail extrêmement gratifiant. Là, tu attaques la décennie prodigieuse, tiens bon et continues de nous parler de ces pépites... et autres déceptions (que serait une passion s'il n'y avait pas quelques déconvenues ?).

Bonne année à tous, et que ce topic continue sur sa lancée pour l'année 2011 ! :D
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Jack Carter » 1 janv. 11, 12:07

Bravo pour cet enorme travail, Jeremy, c'est une entreprise pharaonique à laquelle tu t'es attaqué, l'amour que tu portes au genre transparait dans tes ecrits et je ne peux que t'encourager à continuer !!! 8)

et comme tu le dis, sacrée decennie qui se profile à l'horizon ! :D

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Père Jules » 1 janv. 11, 13:44

A la fin, tu nous sors un bouquin ou pas ? :wink:

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Julien Léonard » 1 janv. 11, 15:41

Père Jules a écrit :A la fin, tu nous sors un bouquin ou pas ? :wink:


Il a intérêt ! N'est-ce pas Jeremy...
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Rick Blaine » 1 janv. 11, 17:46

Julien Léonard a écrit :
Père Jules a écrit :A la fin, tu nous sors un bouquin ou pas ? :wink:


Il a intérêt ! N'est-ce pas Jeremy...


Ça mériterait! Je me joint aux encouragement, j'ai hâte de lire tes textes sur les films de la décennie 50.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Gil Westrum » 2 janv. 11, 11:30

Père Jules a écrit :A la fin, tu nous sors un bouquin ou pas ? :wink:


Ah ben non. Là, ce serait plutôt une anthologie en dix volumes au moins. :shock:
Sacré boulot, on ne le répétera jamais assez. Et on a pas encore entamé les années 50. 8)
I'm a poor lonsome cowboy ...

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Streets of Laredo

Messagepar Jeremy Fox » 2 janv. 11, 12:42

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La Chevauchée de l'Honneur (Streets of Laredo, 1949) de Leslie Fenton
PARAMOUNT


Sortie USA : 11 mai 1949


Leslie Fenton, réalisateur décidément trop peu connu en France, est celui qui avait signé cette petite merveille qu'était Whispering Smith avec Alan Ladd l'année précédente. Streets of Laredo est son western suivant, un remake d'un film de 1936, La Légion des damnés (The Texas Rangers) de King Vidor. Au scénario, Charles Marquis Warren qui signe son premier travail pour un western, genre dans lequel il va quasiment se cantonner aussi bien en tant que scénariste qu'en tant que cinéaste, pas toujours pour le meilleur d'ailleurs ; nous reverrons donc son nom réapparaitre à de nombreuses reprises tout au long de ces pages. En tout cas, son scénario adapté d'une histoire de Louis Stevens est agréablement troussé même s'il n'arrive jamais vraiment à faire décoller le film vers les hauteurs espérées au vu du thème central, une amitié entre trois hommes et au souvenir ému du précédent film de Leslie Fenton.


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Au Texas en 1878, les inséparables Jim Dawkins (William Holden), Wahoo (William Bendix) et Lorn Reming (Macdonald Carey), d’inoffensifs et sympathiques pilleurs de diligence, sauvent Rannie (Mona freeman), une jeune fille, après que son oncle ait été tué par une dangereuse bande de hors-la loi emmenée par l’impitoyable Calico (Alfonso Bedoya). Poursuivis par ce dernier, ils sont contraints de se séparer afin de rester en vie. Malgré eux, Jim et Wahoo se voient engager dans les Texas Rangers ; quant à Lorn, ayant continué du mauvais côté de la loi en multipliant les hold-up, la valeur de la mise à prix de sa tête ne cesse d’augmenter. Au nom de leur amitié passée, nos trois héros vont tout faire pour que leurs chemins ne se croisent pas jusqu’au jour où Jim reçoit pour mission d’arrêter son ancien camarade ; la confrontation semble désormais inévitable, rendue encore plus difficile par la présence aux côtés du hors-la-loi, de Rannie, tombée entre-temps amoureuse de lui...


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En 1936, King Vidor réalisait donc The Texas Rangers, honnête western (mais qui ne méritait pas de rester dans les annales) dont treize ans plus tard, le même studio (Paramount) allait mettre en chantier le remake que voilà et qui ressemble énormément à l’original, les producteurs ayant semblé jusqu’à choisir les acteurs personnifiant les trois personnages principaux en fonction de leurs ressemblances physiques avec Lloyd Nolan, Jack Oakie et Fred McMurray. Le réalisateur Leslie Fenton venait l’année précédente de réaliser cette petite pépite méconnue qu’est Smith le taciturne ; que l'on vous prévienne d’emblée pour éviter de trop fortes désillusions, même si certains aspects de l’histoire sont proches - comme ce bel attachement entre un policier et un hors-la-loi, le pénible choix à faire entre l’amitié et son devoir, etc. - ce Streets of Laredo est loin d'arriver à la cheville de son magnifique prédécesseur.


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Néanmoins, nous nous trouvons devant un western de série tout à fait honorable et jamais ennuyeux, grâce surtout à l’efficacité de la mise en scène (on peut le vérifier dès la première séquence de l’attaque de la diligence expédiée en à peine deux ou trois plans, dont le premier est un beau et long plan d’ensemble éloigné), au ton agréable de l’ensemble et à de belles performances d’acteurs, notamment celle d’un MacDonald Carey que l’on n'attendait certes pas à ce niveau (beaucoup sauront de qui il s'agit quand je leur aurais dit qu'il incarnait l'inspecteur de police amoureux de Teresa Wright dans Shadow of a Doubt d'Alfred Hitchcock) ; il faut dire qu’il joue le protagoniste le plus intéressant de l’histoire, celui qui restera du mauvais côté de la loi tout en demeurant extrêmement attachant et charismatique. Déjà dans la version de King Vidor, c’est Lloyd Nolan dans le même rôle qui tirait toute la couverture à lui ; il en est donc de même pour Macdonald Carey dans Streets of Laredo malgré les très agréables performances du jeune William Holden (qui n'en était pas à son premier western mais dont la carrière explosera surtout l’année suivante grâce à Sunset Boulevard de Billy Wilder) et de William Bendix (vous savez, cet acteur enrobé extrêmement attachant qui incarne la même année le policier qui poursuit Robert Mitchum tout au long de The Big Steal de Don Siegel).


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Moustachu et tout de noir vêtu, très classieux un peu à la manière de Robert Taylor dans Le Réfractaire (Billy le Kid), MacDonald Carey mérite à lui seul que l’on jette un œil à ce sympathique western ; grâce à lui, la première demi-heure, celle décrivant l’amitié entre les trois hommes, est un pur régal, les dialogues ne manquant pas de piquant. A partir du moment où les routes de nos charmants "héros" se séparent et où Lorn apparaît moins à l’écran, l’intérêt retombe un peu car le scénario de Charles Marquis Warren demeure plutôt conventionnel et s’éparpille un peu trop ; à signaler aussi, l’aspect historique présent dans l'histoire de Louis Stevens a été complètement gommé. En effet, contrairement au film de King Vidor, on ne parlera jamais ici de la "pacification" du Texas par cette milice dont le générique semble vouloir rendre hommage ; pas non plus d’attaque indiennes ou autres épisodes héroïques à la gloire des Texas Rangers ; ce qui n’est pas forcément plus mal mais ce qui du coup évacue toute séquence susceptible de posséder un souffle épique.


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Qu’à cela ne tienne, les scènes d’action ne manquent pas, Leslie Fenton montre qu’il sait se servir d’une caméra, nous octroie de superbes gros plans, nous étonne par la sécheresse de certains éclairs de violence et par une confrontation finale qui rehausse un film jusque-là un peu trop convenu. Parmi ses autres points positifs, Streets of Laredo bénéficie aussi d’un beau Technicolor (malgré le recours trop fréquent à d’assez vilaines transparences ; le budget semble avoir été moindre que pour Whisepring Smith), de splendides décors naturels filmés à la frontière du Nouveau Mexique et de l’Arizona, et d’un score assez enlevé de Victor Young. Intéressant de voir aussi que les ‘bandits’ du film utilisent la même méthode que pratiqueront plus tard les mafiosi, à savoir l’obligation sous la menace de se faire octroyer une certaine somme contre la promesse de les protéger ; et puis le coup de l'assassinat par un revolver tenu par une main cachée en dessous de la table, s’il sera utilisé jusqu’à plus soif notamment dans le western italien, je ne suis pas certain qu’on ne le remarque pas ici pour une des premières fois et avec d'ailleurs une redoutable efficacité puisqu’un des personnages principal en fait les frais. Les inconditionnels du genre devraient passer un très agréable moment et certains autres pourraient très bien tomber sous le charme de cette histoire d'amitié difficile entre trois hommes qui ont pris des chemins différents alors que dans le même temps deux des amis sont attirés par la même femme.


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Si la première vision m'avait laissé un goût d'amertume, attendant probablement trop d'un deuxième film découvert du cinéaste Leslie Fenton, cette seconde tentative m'a beaucoup plus convaincu. Dommage que le cinéaste n'emploie pas des actrices à la hauteur de leurs partenaires masculins (Mona Freeman ne nous procure que peu d'émotions), qu'il n'ait pas été plus audacieux dans sa mise en scène et qu'il se soit contenté d'un bon scénario mais par trop inégal. En l'état, un film néanmoins fortement distrayant, assez attachant et se concluant sur dix dernières minutes vraiment superbes.

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Joe Wilson
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Joe Wilson » 2 janv. 11, 23:57

Je profite aussi de passer sur ce topic pour saluer le travail de Jeremy...que ce soit pour retrouver des classiques ou cerner des pistes de découvertes, les textes sont toujours un plaisir à lire. Et 2011 s'annonce particulièrement riche, en effet ! :D
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