Le Western américain : Parcours chronologique I 1930-1949

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 14 oct. 10, 07:20

Major Dundee a écrit :Par contre le prochain "Gunfighters" de Waggner, je ne le connais pas.


C'est le film qui marque le début de la collaboration entre Harry Joe Brown et Randolph Scott et qui aboutira à la série de chefs-d'oeuvre que l'on connait.

Content pour Cheyenne :wink:

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar someone1600 » 14 oct. 10, 15:27

Un autre film a voir... lol, ca ne finit plus. :D :wink:

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 14 oct. 10, 15:31

someone1600 a écrit :Un autre film a voir... lol, ca ne finit plus. :D :wink:


Il passe de temps en temps sur TCM

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Jeremy Fox
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Gunfighters

Messagepar Jeremy Fox » 16 oct. 10, 23:58

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La Vallée Maudite (Gunfighters, 1947) de George Waggner
COLUMBIA


Sortie USA : 01 juillet 1947


Jusqu’à présent, la Columbia n'a jamais été une compagnie très prolifique en matière de western mais quasiment tous ceux qu'elle a produit se sont révélés de très honnêtes divertissements, le précédent ayant été le savoureux The Desperadoes de Charles Vidor ; et Gunfighters ne déroge pas à la règle. Un tireur d'élite qui décide de se ranger définitivement en raccrochant ses armes, fatigué d'être sans arrêt pris à parti par de jeunes chiens fous voulant se prouver qu’ils peuvent le défier en duel pour savoir s’ils seront plus rapides que lui ; une histoire qui a été traitée à maintes reprises mais à ma connaissance pour la première fois en ce qui concerne ce parcours chronologique. Donc, alors que je l’ai lu à plusieurs reprises, il est historiquement totalement injuste de le critiquer pour son sujet rebattu. Et même si dans l’ensemble le film se révèle effectivement assez conventionnel, il se laisse regarder avec grand plaisir grâce au professionnalisme de toute l’équipe, du scénariste aux interprètes en passant par le metteur en scène.


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Brazos Kane (Randolph Scott), tireur d’élite, tue son meilleur ami qui venait de le défier au pistolet. Dégoûté, il décide de ne plus jamais porter d’armes, de quitter la région pour changer de vie. Il se rend dans le ranch où travaille son compagnon Bob Tyrell. Mais en arrivant là-bas, il assiste à son assassinat. Les notables et hommes de loi du coin le prennent pour le coupable et il manque de peu d’être lynché, sauvé en dernière minute par Inskip (Charley Grapewin), le petit éleveur pour qui travaillait Bob. Etant arrivé à prouver au shérif qu’il n’était pour rien dans cette affaire, il décide d’enquêter lui-même et découvre très vite la vérité. Bob Tyrell avait surpris les cow-boys travaillant pour Banner, le plus puissant rancher de la région, en train de voler des chevaux et du bétail à d’autres modestes éleveurs ; devenu un témoin gênant, il s’était fait abattre par l’homme de confiance de Banner, Brad Mackey (Bruce Cabot). Mais il se trouve que ce dernier a laissé des indices prouvant sa culpabilité et que Brazos est entré en leurs possessions. Toujours sans armes, on va alors essayer de l’éliminer à son tour avant qu’il ne dévoile les malversations qu’il a mises à jour et au sein desquelles sont mêlées aussi bien Banner, la bande à Mackey que des hommes de loi corrompus. Dans le même temps, Brazos va se sentir tiraillé entre les deux jumelles de Banner qui semblent ne pas être insensibles à ses charmes, Jane (Dorothy Hart) réellement amoureuse, Bess (Barbara Britton) minaudant pour sauver son homme qui n’est autre que… le meurtrier…


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Comme nous le disions ci-dessus, le thème de l’as de la gâchette déposant ses armes pour retrouver une vie apaisée était en somme tout nouveau mais le fait que le puissant rancher ait pour héritières deux filles l’était aussi car jusqu’à présent, c’était plutôt deux frères qui se disputaient la succession (voir encore pas si éloigné dans le temps, Duel au Soleil). Alan LeMay, en adaptant ‘Twin Sombreros’ de Zane Grey, avait donc à sa disposition des éléments assez neufs et prouvait une fois de plus qu’il était un excellent conteur, lui qui venait déjà de signer quelques mois plus tôt le savoureux scénario de Cheyenne de Raoul Walsh et qui avait eu l’occasion de faire ses armes en écrivant de très bons scripts pour Cecil B. DeMille au début des années 40 (Les Tuniques Ecarlates, Les Naufrageurs des Mers du Sud...). Et George Waggner, cinéaste surtout connu pour The Wolf Man avec Lon Chaney Jr, n’est pas en reste puisqu’il nous concocte quelques cadrages assez originaux, quelques courts plans-séquences bien réfléchis, et enfin de très jolis travellings lors des très efficaces séquences de chevauchées tournées d’ailleurs sans aucune transparence, ce qui est grandement appréciable à une époque où même pour les productions de prestige, on se sentait la plupart du temps obligé d’insérer des gros plans sur les acteurs en studio qui cassaient l’harmonie de la scène mouvementée. On peut aussi remarquer l’attention assez délicate que porte le cinéaste à la nature, filmant les arbres frémissants avec sensibilité, la bande son étant en outre émaillée de chants d’oiseaux. Bref, ce n’est pas forcément le film totalement insignifiant mis en avant par certains car chacun s’est efforcé de dépasser le traditionnel film de série routinier. Et d’ailleurs, chose rarissime encore à Hollywood, le film commence alors que le générique se déroule, la musique de Rudy Schrager se superposant à la musique du pianiste que l’on voit de dos derrière la vitre du saloon. Quelques secondes après que le nom du réalisateur ait fait son apparition, on assiste au duel qui voit Randolph Scott tuer son meilleur ami et la séquence suivante nous fait entendre en voix off, le personnage de Brazos tourmenté par ses remords et ses problèmes de conscience ; encore du jamais vu dans un western même si tout ceci apparaitra aujourd’hui comme négligeable.


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Une solide et convaincante performance de Randolph Scott, deux actrices belles à croquer, notamment Barbara Britton que nous avions déjà croisée dans Le Traitre du Far West (The Virginian) aux côtés de Joel McCrea, un shérif ambigu et ventripotent interprété par Charles Kemper et le duo Forrest Tucker/ Bruce Cabot incarnant les Bad Guy avec pas mal de conviction. Rien d’exceptionnel dans ce casting mais du bon travail d’ensemble rehaussé aussi par le fait que Gunfighters soit filmé dans de magnifiques paysages naturels à l’aide d’un procédé photographique encore assez inhabituel, le Cinecolor qui avait comme particularité de rehausser les rouges, bleus et bruns et de faire disparaitre le vert et le jaune ; ce n’est pas flamboyant comme le Technicolor trois bandes mais le rendu est assez joli, en tout cas plutôt original.


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Et enfin, nous devons à ce western une reconnaissance éternelle car sachez, amoureux de Budd Boetticher que la majorité d’entre nous sommes (ou devraient être sous peine de je ne sais quoi encore :mrgreen: ), que c’est grâce à son succès commercial (même s'il demeure aujourd’hui en France toujours totalement méconnu), que Randolph Scott et le producteur Harry Joe Brown s’associèrent pour créer leur propre compagnie ; compagnie qui comme beaucoup le savent, fut à l’origine de fabuleux chefs-d’œuvre que nous aborderons bien plus tard. Une série B de la Columbia qui mérite qu’on s’y arrête et qui devrait au moins plaire à une majorité d’amateurs du genre. Et même si l’action ne prime pas, elle est bien présente et compte pas mal de séquences très bien menées dont plusieurs, poursuites, duels et bagarres (dont celle qui débute par la tentative de faire tuer Randolph Scott par les sabots d'un cheval) au milieu d'un ensemble très bien écrit qui pourra cependant sembler de nos jours un peu convenu.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar riqueuniee » 17 oct. 10, 11:10

Tiens,un sujet sur le western et pak n'est pas (encore) intervenu... :lol:

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Last of the Redmen

Messagepar Jeremy Fox » 17 oct. 10, 11:30

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Le Dernier des peaux-rouges (Last of the Redmen - 1947) de George Sherman
COLUMBIA


Avec John Hall, Michael O’Shea, Evelyn Ankers, Julie Bishop
Scénario : Herbert Dalmas & George H. Plympton d’après James Fenimore Cooper
Musique : Irving Gertz
Photographie : Ray Fernstrom & Ira H. Morgan (1.37 Cinecolor)
Un film produit par Sam Katzman pour la Columbia


Sortie USA : 10 juillet 1947


1757 ; alors que la guerre franco-britannique bat son plein, les troupes anglaises s’attendent d’un moment à l’autre à une attaque par les français et leurs alliés les indiens iroquois d’une de leurs principales places fortes. La venue des trois enfants du colonel Munro n’est donc pas des plus bienvenues au regard du danger qui règne sur la région d’autant plus que l’éclaireur Magua (Buster Crabbe) s’avère être un espion à la solde des français ; il espère faire tomber les anglais dans un piège, ayant de plus une revanche à prendre sur les Munro. Seuls Hawkeye (Michael O’Shea) et son fidèle compagnon mohicans Uncas ne lui font pas confiance. Ils vont néanmoins avoir pour mission de conduire les enfants à leur père qui commande actuellement Fort Henry. Un voyage plein de périls se met en place avec pour diriger la petite escorte le Major Duncan Edward (Jon Hall) qui a des vues sur l’une des ravissantes filles de son colonel…


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Last of the Redmen, une des nombreuses adaptations du célèbre roman Le Dernier des Mohicans de James Fenimore Cooper, fait partie des films de séries fauchés du médiocre producteur qu’était Sam Katzman à la Columbia, entre autre spécialisé dans les 'Easterns' se déroulant au 18ème siècle, et qui avaient donc pour toile de fond la guerre entre Français et Anglais pour la possession des terres du Nord-Est de l’Amérique ; des films de série interchangeables, réutilisant les mêmes décors et costumes sans aucun souci de véracité historique, les paysages utilisés étant d’ailleurs ceux 'plein-Ouest' de Californie. Lorsque George Sherman réalise ce film en 1947, le prolifique cinéaste en a déjà une soixantaine à son actif, quasiment tous inconnus par nous autres cinéphiles français. Autant dire qu’il reste encore sacrément à défricher au sein de cette œuvre quantitativement conséquente, même s’il semblerait qu’une majorité de ses ‘premiers’ films n’ait en fait guère trop d’intérêt, ce que prouvait déjà l’année précédente, toujours pour la Columbia, l’excessivement mauvais Renegades (Les Indomptés). Car comme il m’était déjà précédemment arrivé de l’écrire, il ne faudrait surtout pas aller dans l’excès inverse, qui prendrait le contrepied de la médiocre réputation qu’avait Sherman dans notre pays voici seulement vingt ans en arrière en s’agenouillant désormais devant chacun de ses opus. En effet, au regard de ce que nous avons pu découvrir ces dernières années de sa filmographie, il s’avère que, malgré le fait de contenir pas mal de très belles pépites surtout entre 1948 et 1953, ce corpus demeure néanmoins sacrément inégal, notamment en qui concerne les westerns.


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En cette année 1947, Le Dernier des peaux-rouges précède la période qualitativement faste du cinéaste qui débutera deux ans plus tard lorsqu’il signera un contrat pour le studio Universal. En attendant cette suite de westerns ou de films d’aventures colorés pour la plupart hautement divertissants - voire plus concernant des petits bijoux comme Tomahawk -, le western Columbia qui nous concerne ici se révèle au contraire malheureusement à nouveau plus que médiocre. On peut néanmoins affirmer que, grâce au métier et au talent de Sherman, il s’avère sur la forme un peu mieux tenu que les quelques autres Easterns produits par Sam Katzman quelques années plus tard, toutes des bandes de troisième zone aussi mauvaises les unes que les autres telles La Hache de la vengeance (When the Redskins Rode) de Lew Landers, La Levée des Tomahawks (Brave Warrior) de Spencer Gordon Bennet, tous deux déjà avec Jon Hall, ou encore, avec George Montgomery cette fois, Le Trappeur des hautes plaines (The Pathfinder) de Sidney Salkow ou Fort Ti de William Castle, tous sortis également dans la collection western de l'éditeur Sidonis. Concernant ces titres, les faits historiques relatés sont souvent bien plus passionnants que les films qui les racontent ; c’est d’autant plus dommage que le nombre de films hollywoodiens consacrés à cette période de l’histoire de l’Amérique reste finalement assez minimal, les deux plus connus étant Le Grand passage (Northwest Passage) de King Vidor ainsi que le magnifique Sur la piste des Mohawks (Drums Along the Mohawk) de John Ford, sans oublier Le Dernier des Mohicans de Michael Mann avec Daniel Day-Lewis, film qui malgré ses défauts, vole cent coudées au-dessus de tous ceux cités ci-avant.


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Les amateurs du roman de Fenimore Cooper que les auteurs du scénario ont ici simplifié à outrance, passeront leur chemin ; quant aux autres, ils peuvent les suivre, car hormis le talent de Sherman qui permet de tomber de temps à autre sur de beaux cadrages, des plans bien pensés, une belle mise en valeur des paysages ainsi que des séquences d’action ma foi assez efficaces -notamment les chevauchées filmées en travellings parfois assez virtuoses…- pas grand-chose d'autre à se mettre sous la dent à moins d’être amateur d’humour involontaire (ah cette porte à l’intérieur de la grotte, digne de celle d’un coffre-fort ! Ah cette 'non interprétation' grotesque de Rick Vallin dans la peau de l’indien Uncas !) ou de kitscherie serialesque, il se pourrait que très peu de monde trouve son bonheur en visionnant ce film plus ridicule que captivant mais néanmoins pourvu d’une sympathique utilisation du cinecolor ainsi que d’une bande originale pas désagréable à l’oreille. A signaler néanmoins que le scénario du duo Herbert Dalmas -An American Romance de King Vidor tout de même- et George H. Plympton –spécialiste de la série Z- est bien plus rythmé et mouvementé que la plupart de ceux écrits par l’auteur habituellement lié à Katzman, Robert E. Kent. Bien plus cocasse, à noter aussi qu’au sein du casting, seul Jon Hall s’en tire honorablement, ce qui pourra faire sourire lorsque l’on sait qu’il s’agit d’un acteur oh combien fadasse et peu charismatique. Beaucoup parlent de Buster Crabbe (Flash Gordon ; Buck Rogers…) qui interprète ici le vilain Magua ; sauf qu’en l’occurrence il m’a semblé loin d’être remarquable.


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Un film d'aventure qui a un peu plus de tenue que la plupart des autres productions Katzman de l’époque et qui utilise beaucoup moins de stock-shots… mais cependant pas de quoi s’en relever la nuit car il faut bien l'admettre, à tous les autres niveaux l'ensemble demeure très mauvais. Donc pas d'indulgence à avoir à l’encontre de ce film même s'il est signé par un cinéaste qui nous aura certes ravis à de nombreuses reprises (Calamity Jane and Sam Bass, Black Bart, The Battle of Apache Pass, Tomahawk, Reprisal !, The Hard Man) mais qui ne peut quand même pas rivaliser sur la longueur avec les grands maîtres du genre.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar riqueuniee » 17 oct. 10, 11:47

OK.Je n'ai pas dû prendre assez de café ce matin :lol:

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Jeremy Fox
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Unconquered

Messagepar Jeremy Fox » 21 oct. 10, 11:28

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Les Conquérants du Nouveau Monde (Unconquered, 1947) de Cecil B. DeMille
PARAMOUNT


Sortie USA : 24 septembre 1947


Après Une Aventure de Buffalo Bill (The Plainsman), Pacific Express (Union Pacific) et Les Tuniques Ecarlates (North West Mounted Police), Unconquered est le 4ème et ultime western parlant de Cecil B. DeMille et à cette date le plus gros budget qu’il ait eu à sa disposition. Au final, nous nous trouvons devant un corpus assez cohérent dans sa stylistique et dans la façon qu’à le cinéaste de narrer une histoire ; un ensemble de quatre films très représentatifs de la manière de travailler de Cecil B. DeMille, homme de spectacle avant tout mais aimant prendre son temps pour délayer ses intrigues, décrire son univers coloré. Si The Plainsman demeure le plus homogène, le plus équilibré et le plus harmonieux, les suivants auront eu au moins le mérite de nous faire voyager à des époques et lieux différents et assez dépaysants, le réalisateur n’ayant par ailleurs pas lésiné sur les moyens pour nous en mettre plein la vue, son talent de conteur et de peintre ayant accompli le reste sans pour autant éviter les lourdeurs caractéristiques de son cinéma à grand spectacle.


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1763 en Angleterre. Abigail Martha Hale (Paulette Goddard) est accusée d’un crime ; on lui propose de choisir entre deux condamnations : la potence dans l’immédiat ou quatorze années d’esclavage dans les colonies d’Amérique du Nord. Elle choisit la seconde solution et se trouve donc déportée en Virginie. A bord du bateau qui la transporte vers le Nouveau Monde, elle est mise aux enchères, le marchand de fourrures Martin Garth (Howard Da Silva) souhaitant fortement l’emporter pour se venger de l’humiliation qu’elle lui a fait subir, une gifle en pleine face et devant tous les marins après qu’il ait tenté de l’embrasser. Mais c’est le Capitaine Christopher Holden (Gary Cooper), officier de la milice de Virginie, et ses ’46 cents’ supplémentaires qui la gagne pour mieux lui rendre sa liberté. Ce dernier quitte le navire pour rejoindre sa fiancée qui lui annonce ne pas avoir pu attendre et s’être déjà marié avec son frère. Quant à Abigail, sans son sauveur à bord, elle n’a pas la force de s’opposer à ce que son contrat ‘d’émancipation’ soit brulé par Garth qui s’avère être en fait un sinistre trafiquant d’armes ; de nouveau esclave, elle se retrouve à servir dans une taverne. Par ses ventes d’armes, Garth attise la haine des différentes tribus indiennes envers les colons ; Pontiac, chef des Ottawa, organise la révolte lançant des raids sur tous les forts de la région. Holden est chargé d’aller apporter des ‘ceintures de paix’ aux indiens mais, attaqué en chemin, il se réfugie à Fort Pitt (futur Pittsburgh) où il retrouve et délivre une seconde fois Abigail des griffes de ses cruels maîtres. Peine perdue, elle se fait enlever par les indiens peu après, suite à la jalousie d’Hannah (Katherine DeMille), fille du chef des Sennecca et épouse de Garth, qui ne supportait pas de voir ce dernier tourner autour de cette femme blanche. Désobéissant à son commandant lui ayant demandé de bruler la ville afin que rien ne tombe aux mains des ‘sauvages’, Holden préfère d’abord aller délivrer sa jolie ‘esclave’…


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… Et nous n’en sommes qu’à mi-parcours, la seconde partie versant dans l’aventure alors que la première heure avait été plutôt dévolue à la mise en place de l’intrigue, à la présentation des personnages et de la situation politique de l’époque. Depuis le début de la décennie avec Sur la Piste des Mohawks (Drums Along the Mohawk), Le Premier Rebelle (Allegheny Uprising) et Le Grand Passage (Northwest Passage), le 18ème siècle n’avait plus été abordé dans le domaine du western. Unconquered, tiré d’un roman de Neil Swanson sur la révolte de Pontiac en Virginie contre les britanniques, nous replonge dans une époque qui n’avait encore pas connu la déclaration d’indépendance des Etats-Unis d’Amérique, toujours à l’aide d’un Technicolor rutilant et d’une débauche de moyens considérable ; nous nous trouvons devant un beau spectacle foisonnant et parfois passionnant malgré les défauts habituels qui entachent une majorité des films du réalisateur, une certaine lourdeur dans le traitement et la caractérisation des personnages, un certain kitsch de l’imagerie et une propension à faire durer les scènes dialoguées plus qu’à l’accoutumée. Mais, comme pour The Plainsman, ces défauts se transforment ici en qualités tout au moins durant la première heure : la description des personnages, aussi typée soit-elle, fonctionne parfaitement, la plastique du film est sublime grâce au violent contraste des couleurs et au scintillement des costumes, enfin l’étirement des séquences ne s’avère ici jamais gênante permettant au contraire de mieux nous familiariser avec les personnages d’autant que les dialogues sont de bonne qualité.


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Alors bien évidemment que tout ceci est d’une naïveté confondante mais l’art de conteur du cinéaste, son brio à mélanger histoire et romance, épique et intimisme, nous ramène en quelque sorte à l’enfance, époque où nous jubilions devant un héros comme Holden, brave, courageux, noble et honnête, où nous ne nous offusquions pas, bien au contraire, de ce que Paulette Goddard soit toujours parfaitement bien maquillée y compris lorsqu’elle se retrouve en haillons, où nous ne nous scandalisions pas lorsque l’on nous présentait des Indiens les plus vindicatifs et sanguinaires qui soient… Ca faisait partie du spectacle hollywoodien et en ce qui me concerne, cette candeur ne me gêne pas plus que ça aujourd’hui encore. D’ailleurs, dans tous les ‘pré-westerns’, que ce soient ceux de Ford ou de Vidor, les Indiens ont toujours été, plus que des ‘méchants’, des trouble-fêtes dont on comprenait les motivations mais avec qui les colons devaient se battre s’ils voulaient pouvoir vivre en paix. Aucun jugement, des faits historiques relatés avec plus ou moins d’honnêteté ; avec DeMille, plutôt moins, ses indiens cruels nous étant décrits, avec un pittoresque qui met parfois mal à l’aise, presque comme des demeurés. Ceci étant dit, ça participe aussi de sa volonté à vouloir constamment mélanger souci d’authenticité et kitsch le plus extravagant ; il s’agit de sa patte reconnaissable entre toutes avec aussi sa tendance à l’emphase et son découpage assez théâtral en actes et scènes toutes d’importantes longueurs. Paradoxalement, alors que la première heure me semble parfaite en ce sens, d’une belle fluidité, la partie plus épique et la plus mouvementée en terme d’action me parait parfois se trainer et manquer singulièrement de vitalité et ce, à partir de la séquence de torture dans le camp indien. Car si B. DeMille n’a pas son pareil pour nous offrir de superbes tableaux par son génie du cadrage, du gros plan, du positionnement de ses acteurs et de la disposition des couleurs, je ne lui ai presque jamais trouvé un sens du rythme qui me convienne d’où ses scènes d’action qui m’ont presque toujours déçu hormis dans The Plainsman qui est pour moi, rappelons le, un modèle du genre.


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‘The Perils of Paulette’ comme l’ont dénommé certains (en référence au serial ‘The Perils of Pauline’) n’est finalement pas aussi ample, baroque et délirant que je l’aurais souhaité et si le ressenti final est positif, je ne peux m’empêcher de regretter plus de nervosité dans les morceaux de bravoure et plus de sérieux dans sa seconde partie que, soyez-en informés, beaucoup préfèrent d’ailleurs à la première. Concernant un casting plutôt correct à défaut d’être génial, Paulette Goddard, comme dans Les Tuniques écarlates, a toujours tendance a en faire un peu trop mais elle reste néanmoins ici dans les clous, Gary Cooper est parfait en héros pur et dur même si son personnage manque d’épaisseur ainsi qu’Howard Da Silva qu’on se délecte à détester. Parmi les seconds couteaux, un Ward Bond trop en retrait, un Boris Karloff hiératique qu’on ne reconnait pas immédiatement sous sa coiffe d’inquiétant chef indien et la propre fille du réalisateur dans le rôle assez touchant de l’indienne, épouse du trafiquant d’armes et qui va se sacrifier par amour. Ils bénéficient tous de superbes costumes et progressent au milieu de magnifiques décors et de superbes paysages verdoyants pour notre plus grand plaisir. On trouve aussi au cours de la première heure pas mal de notations intéressantes, notamment sur l’établissement des frontières entre les états par des astronomes ayant du jongler avec pas mal de paramètres afin d’effectuer leurs tracés cartographiques.


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DeMille était un plasticien hors-pair (je m'en suis rendu compte effectivement) et son ultime western est là pour nous le prouver, Les Dix Commandements finissant d’entériner le fait dix ans plus tard ; concernant le reste, je vous laisse juge, le film ayant aussi bien ses admirateurs passionnés que ses violents détracteurs. Plus proche des premiers, j’arrive cependant à comprendre les arguments des seconds. Une chose est certaine, Unconquered est du pur DeMille, ce qui confirme le statut d’auteur de ce dernier, un film d'aventure bariolé au charme certain à défaut de m'apparaître comme une oeuvre de première importance.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar cinephage » 21 oct. 10, 12:23

Le film, tout comme le réalisateur, compte effectivement ses afficionados, dont je suis. Et je t'incite, cher Jeremy, à relire, ayant le film fraichement en tête, à repasser sur la flanerie que j'avais consacrée à une séquence du film, une séquence de dialogues, que je ne trouve ni mal rythmée, ni souffrant d'une tendance à durer plus que de raison.

Peut-être que ça incitera les méfiants à donner une chance à ce très beau film d'aventure. :wink:
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 21 oct. 10, 12:40

cinephage a écrit :Le film, tout comme le réalisateur, compte effectivement ses afficionados, dont je suis. Et je t'incite, cher Jeremy, à relire, ayant le film fraichement en tête, à repasser sur la flanerie que j'avais consacrée à une séquence du film, une séquence de dialogues, que je ne trouve ni mal rythmée, ni souffrant d'une tendance à durer plus que de raison.



Séquence (très bien décrite et analysée) qui se situe donc bien au début du film, au cours de cette première heure d'une belle fluidité que j'ai écrit trouvé superbe et sans défaut de rythme :wink: Passionnant, ayant le film en tête, de lire des analyses aussi pointues sur la mise en scène. Et d'ailleurs à propos de belle idée de mise en scène grâce au brasero, le film fourmille d'éclairages mettant 'en scène' le feu et parmi les plus belles trouvailles les flèches enflammées qui entament et cloturent la séquence d'attaque du fort.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar pak » 21 oct. 10, 13:32

J'aime bien le film même s'il contient aussi bien les qualités que les défauts de DeMille, par contre, je ne l'ai jamais considéré comme un western, même si ça se passe en amérique du nord et qu'il y ait des indiens.
Pour moi, le western, c'est plutôt la deuxième moitié du XIXème, une période très courte en fait, et pas le XVIIIème, qui commencerait grosso modo à partir de la conquête de l'ouest et la ruée des colons vers le "far west" vers 1840 et se terminerai au début du XXème. Je parlerai plus de film d'aventures. Idem pour Le trésor de la Sierra Madre, dont l'histoire est sensée se dérouler dans les années 1920, donc trop tard pour être un western "pur et dur".

Bon, c'est une parenthèse toute personnelle... :mrgreen:
Le cinéma : "Il est probable que cette marotte disparaîtra dans les prochaines années."

Extrait d'un article paru dans The Independent (1910)

http://www.notrecinema.com/

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Rick Blaine » 21 oct. 10, 13:42

On peut voir aussi le western comme tout ce qui touche au concept de frontière (au sens américain du terme), ça inclus du coup Unconquered (que je n'ai pas vu, mais d'après ce que je viens de lire), ainsi que The Treasure of the Sierra Madre (Qu'il faut que je revoit et dont j'ai hâte de lire la chronique).

En tout cas le DeMille fait envie, j'aime beaucoup le style du monsieur, je crois que je vais me le regarder sous peu (et les captures d'écran sont magnifiques :shock: )

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Le Western américain : Année 1947 en DVD

Messagepar Jeremy Fox » 21 oct. 10, 13:51

Le Western de 1947 en DVD

Si l'on peut dire que depuis le début du parlant, je n'ai répertorié aucun western important qui manquerait sur notre support favori (avec au moins les sous titres anglais), la donne commence malheureusement à changer en cette année 1947 avec La Vallée de la Peur (Pursued) de Raoul Walsh qui, bien que disponible en Espagne et aux USA, ne dispose d'aucune édition pour les non-anglophones dont je fais partie. Dans les films chroniqués dans ce topic, il me plairait aussi énormément de pouvoir bénéficier de DVD pour les réjouissants Cheyenne, toujours de Raoul Walsh, et Gunfighters de George Waggner.


Les Westerns les plus importants de cette année :

* Californie Terre Promise (California) : John Farrow :arrow: Page 35
* L'Ange et le mauvais garçon (Angel and the Badman) : James Edward Grant Page 35
* Le Maître de la prairie (The Sea of Grass) : Elia Kazan :arrow: Page 36
* La Vallée de la Peur (Pursued) : Raoul Walsh :arrow: Page 36 (6.5/10)
* Les Conquérants du Nouveau Monde (Unconquered) : Cecil B. DeMille :arrow: Page 38


*****************************************************************

Si jusqu'à présent, j'ai du racler les fonds de tiroir pour en ressortir deux ou trois titres en complément sans en être plus convaincu que ça, plus besoin non plus, à partir de cette année, de fouiller profondément pour répertorier quelques westerns qui nous seraient agréables de voir sortir sur galette numérique en rajoutant ceux déjà évoqués plus haut. Si certains possèdent au sein de leur vidéotthèques des titres cités ci-dessous et non chroniqués, qu'ils n'hésitent pas à me contacter :wink:


* Pour La Republic : Northwest Outpost de Allan Dwan avec Nelson Eddy & Elsa Lanchester
Wyoming de Joseph Kane avec William Elliott & Vera Ralston
The Fabulous Texan de Edward Ludwig avec William Elliott & Albert Dekker

* Pour la 20th Century Fox : Belle Starr's Daughter de Lesley Selander avec George Montgomery & Rod Cameron

* Pour la Universal : Michigan Kid de Ray Taylor avec Victor McLaglen & Rita Johnson


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Mon top 5 arrivé à cette date :

* Le Passage du Canyon (Jacques Tourneur) 1946

* Sur la Piste des Mohawks (John Ford) 1939
* Une Aventure de Buffalo Bill (Cecil B.DeMille) 1936
* La Caravane Héroïque (Michael Curtiz) 1940
* La Charge Fantastique (Raoul Walsh) 1941

Je sens que nous allons finir l'année avec la copieuse année 1948 :wink:

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Jeremy Fox
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Relentless

Messagepar Jeremy Fox » 21 oct. 10, 13:52

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Du Sang dans la Sierra (Relentless - 1948) de George Sherman
COLUMBIA


Avec Robert Young, Marguerite Chapman, Willard Parker, Akim Tamiroff
Scénario : Winston Miller
Musique : Marlin Skiles
Photographie : Edward Cronjager (Technicolor 1.37)
Un film produit par Eugene B. Rodney pour la Columbia


Sortie USA : 20 février 1948


Nick Buckley (Robert Young) arrive dans une petite ville minière où il cherche un abri le temps que sa jument mette bas. Sur place, deux vieux prospecteurs qui viennent de trouver un filon lui proposent de venir faire une halte dans leur petite cabane. Dans le même temps Nick fait la connaissance de Luella (Marguerite Chapman), une vendeuse ambulante qui lui prodigue provisions et conseils. Ayant claironné un peu fort leur nouvelle fortune, les deux chercheurs d’or se font assassiner la nuit-même, les criminels subtilisant leur ‘carte au trésor’. Tous les soupçons se portent évidemment sur Nick qui, activement pris en chasse par le shérif (Willard Parker) et ses hommes, n’a d’autres solutions que de fuir avec l’aide de Luella. En cours de route, l’un des deux meurtriers lui ayant volé sa jument, Nick le tue en état de légitime défense et part sur les traces de son complice (Barton MacLane) afin de pouvoir être disculpé du crime dont on l’accuse. Une traque multiple s’engage, rendue encore plus difficile lorsque deux autres bandits (Akim Tamiroff et Mike Mazurki), attirés par l’odeur de l’or, se mêlent à cette course-poursuite…


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Lorsque George Sherman réalise Du sang dans la Sierra (encore un titre français qui n’annonce pas vraiment le ton d’ensemble du film, bien plus familial et bon enfant que véritablement violent), le prolifique cinéaste a déjà une soixantaine de films à son actif, quasiment tous inconnus dans notre contrée ! Autant dire qu’il reste encore de quoi défricher au sein de cette conséquente filmographie. En 1948, Relentless précède la période qualitativement faste du cinéaste qui débutera la même année lorsqu’il signera juste après un contrat pour le studio Universal. En attendant cette suite de westerns ou films d’aventure colorés et hautement divertissants (voire plus concernant des petits bijoux comme par exemple Tomahawk), le western Columbia qui nous concerne ici s’avère au contraire malheureusement assez mauvais. C’est d’autant plus dommage que formellement il se révèle être d’excellente tenue ainsi qu'un véritable régal pour les yeux si l'on veut bien les fermer sur les vilaines transparences pour certains plans rapprochés en extérieurs (une véritable calamité 'tue le plaisir' que justement Universal évitera le plus souvent possible).


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En effet, dès les premières séquences on est visuellement sous le charme de ce petit western tout public qui bénéficie tout d’abord du fameux Technicolor Trichrome auquel on a l’habitude de rattacher le qualificatif tout à fait légitime de flamboyant. On ne se lasse pas des éclairages de certains plans nocturnes comme ceux de l’arrivée en ville sous la pluie des chercheurs d’or, de la photographie lumineuse des séquences de neige ou encore de ces amples plans d’ensemble splendidement cadrés. On trouve aussi de temps en temps de magnifiques gros plans sur les visages ainsi que des idées de mise en scène tout à fait réjouissantes comme celle du meurtre hors-champ des deux prospecteurs en tout début du film, la caméra fixée sur la porte attendant même la sortie des assassins que l’on a cependant auparavant entraperçu derrière la fenêtre. Éprouvé par tant d’années derrière la caméra, George Sherman n’a pas non plus son pareil (hormis dans le domaine de la série B, Budd Boetticher et André de Toth) lorsqu’il s’agit de filmer une chevauchée ; et il est vrai que dès que ça se met à caracoler dans tous les sens, le spectacle est à la fois nerveux et plaisant. On ne peut guère non plus trouver à redire concernant la direction d’acteurs, le couple constitué par Robert Young (Le Grand Passage – Northwest Passage de King Vidor) et Marguerite Chapman (Ton heure a sonné - Coroner Creek de Ray Enright) n’étant pas non plus des plus désagréables ; même s’ils n’accomplissent pas des miracles, les séquences qui réunissent ces deux personnages indépendants sont même charmantes notamment lorsque Robert Young fait l’éloge d’une vie de vagabondage, profitant dans la même scène pour faire connaitre son côté féministe, confidence assez rare pour l’époque dans le cinéma hollywoodien. Quant aux seconds rôles, ils ne sont pas non plus déplaisants, que ce soit Willard Parker dans le rôle du shérif ou Barton MacLane dans celui de l’assassin. En revanche, Akim Tamiroff ne peut pas s’empêcher de cabotiner, ce qui peut néanmoins sembler logique au vu de ce que le scénariste lui a donné à faire.


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Car c’est principalement là que le bât blesse. On se demande ce qui a pris à Winston Miller, le scénariste de My Darling Clementine (La Poursuite infernale) de John Ford, pour pondre un script aussi inepte, aussi peu crédible et aussi peu captivant, qui ne repose que sur la tentative pour le héros de chercher à prouver son innocence en allant chercher à appréhender le véritable coupable. Idée et histoire d'ailleurs pas plus bêtes qu’une autre… à condition de la narrer avec un minimum de conviction et sans devoir en passer par des digressions aussi infantiles que tout ce qui tourne autour des chevaux et de l'ânesse ; l'improbable mélange âpreté/naïveté n'est ici pas des plus heureux. Ce qui a pour conséquences que l'on finit par complètement se désintéresser de tout ce qui peut arriver aux différents protagonistes tellement l’ensemble manque également de tension et de rigueur. Tout ce petit monde joue au chat et à la souris dans un environnement majestueux, se tombant sans arrêt dessus au détour d’un chemin, la carriole de Marguerite Chapman se trouvant toujours là au bon endroit et au bon moment comme tombée du ciel. L’humour n’est pas des plus légers, la description de la plupart des protagonistes manque singulièrement de nuances et de vraisemblance, les situations se suivent à un rythme effrénée sans jamais nous envouter une seule seconde, seul le début de romance entre Robert Young et Marguerite Chapman arrivant à nous sortir de la torpeur qui nous envahit peu à peu. Et ce n’est pas cette bien trop longue séquence finale qui va nous rabibocher avec le film surtout qu’elle est suivie par une fin bâclée comme vous ne pouvez même pas vous l’imaginer.


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Hormis un travail très professionnel délivré par George Sherman, un Technicolor qui nous en met plein les mirettes (dont un superbe coucher de soleil et des costumes qui en jettent), une composition musicale agréable de Marlin Skiles et un premier quart d’heure qui nous laissait présager un agréable divertissement, un western de série sans grand intérêt à cause principalement "d’un scénario benêt et de héros ne faisant pas fantasmer" comme se plait à le décrire Bertrand Tavernier lors de sa présentation du film sur le DVD Sidonis.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 21 oct. 10, 13:57

pak a écrit :J'aime bien le film même s'il contient aussi bien les qualités que les défauts de DeMille, par contre, je ne l'ai jamais considéré comme un western, même si ça se passe en amérique du nord et qu'il y ait des indiens.
Pour moi, le western, c'est plutôt la deuxième moitié du XIXème, une période très courte en fait, et pas le XVIIIème, qui commencerait grosso modo à partir de la conquête de l'ouest et la ruée des colons vers le "far west" vers 1840 et se terminerai au début du XXème. Je parlerai plus de film d'aventures. Idem pour Le trésor de la Sierra Madre, dont l'histoire est sensée se dérouler dans les années 1920, donc trop tard pour être un western "pur et dur".

Bon, c'est une parenthèse toute personnelle... :mrgreen:



Nous avons abordé cette problématique dans le courant de ce topic mais je ne sais plus où fouiller pour trouver la discussion :oops:

Pour moi en gros, le western s'étend de Pocahontas à Hud. J'intègre aussi à ce parcours The Kissing Bandit pour l'année 1948 ; non mais :twisted: :mrgreen: