Le Western américain : Parcours chronologique I 1930-1949

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Julien Léonard
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Julien Léonard » 14 sept. 10, 22:17

Jeremy Fox a écrit :Et il me manque dans Clementine des séquences romantiques ; même pas un bisou sur la bouche :o Mon côté fleur bleue en a été un peu frustré :mrgreen:


Très belle chronique Jeremy, encore une fois. Entre Le passage du canyon et celle-ci, ce sont vraiment de très beaux papiers. Je relève cette petite phrase, qui n'a rien à voir avec ta chronique, mais juste parce que, pour ma part, c'est l'un des points que j'aime beaucoup dans ce film. Une histoire d'amour où l'on ne s'embrasse pas tout du long, c'est suffisamment rare (et ici très fin) pour être souligné.

J'ai moi-même un vrai côté fleur bleue, et le romantisme suggéré de ce chef-d'oeuvre de Ford me plait beaucoup.
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homerwell
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar homerwell » 16 sept. 10, 00:39

Strum a écrit :Pour moi, la patte de Ford dans ses meilleurs westerns, ce qui le distingue, c'est la compositions de ses plans et le cadrage de ses personnages. Ses cadrages, toujours à bonne distance, donnent souvent une force expressive incroyable aux gestes de ses personnages; comme dans des tableaux.


On peut même aller à parler d'expressionnisme, avec le travail presque systématique sur les ombres et le noir et blanc, le costume du cow boy Wyatt Earp pas très traditionnel, et s'agissant des gestes des personnages, je relève surtout la raideur de Henry Fonda. C'est peut être là que Jeremy fox a ressenti de la solennité.

Parce que pour les gags à base d'humour potache, ils sont bien présents, lors de l'expulsion de l'indien soul, sur le siège flambant neuf chez le barbier, au théâtre, lorsque Linda Darnell prend un bain dans l'abreuvoir, avec le discours d'ouverture du bal, bref, comme à son habitude, Ford m'a mis le sourire aux lèvres durant tout son film.

Quant au caractère de solennité du film, je ne le perçois pas non plus. Je ne vois que de l'élégance (sauf dans la scène d'expulsion de l'indien au début). C'est un film, notamment, qui ne solennise absolument pas la violence ou les préparatifs de la violence, à l'inverse de ce que feront d'autres westerns et bien sûr Leone plus tard. Il y a ce meurtre de Clanton, tirant dans le dos de son adversaire : il est rapide et abject. Il y a le "duel" entre Doc Holyday (un homme en "vacances" de lui-même ; le jeu de mots peut paraitre facile, mais c'est exactement cela) et Wyatt Earp qui est filmé et monté très vite pour enlever toute solennité à cet instant, pour enlever tout caractère de solennité à la violence. De même pour le duel final, à qui est déniée également toute solennité.


Si la violence est traitée sans complaisance aucune, avec beaucoup de sécheresse, les scènes de violence me semblent néanmoins rythmer le film, elles reviennent souvent et régulièrement. La scène du duel final n'apparait pas comme un exutoire car elle est précédée de nombreuses autres toutes aussi violentes.
Rythmant le film, elles interrompent souvent les moments de vie qui nous auraient permis de découvrir plus avant les personnalités des protagonistes de l'histoire. J'y vois là une explication à la sècheresse que Jeremy Fox reproche à l'ensemble (petit reproche hein, j'ai bien compris :mrgreen: )

Pour finir, la mélancolie dont vous avez parlé m'est apparue d'abord par les deux personnages principaux, Waytt Earp et surtout Doc Holiday, archétype du héros romantique. Mais aussi parce que en tant que spectateur, j'ai l'impression d'être resté à Tombstone. Je m'explique : le plus souvent dans les westerns, on accompagne un héros ou un groupe de héros dans une sorte d'odyssée, avec un voyage allé et un voyage retour. Dans My darling Clementine, Le spectateur accueille les frères Earp à Tombstone, il ne sait vraiment pas d'où ils viennent et à la fin, il assiste à leur départ vers on ne sait où non plus.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Strum » 16 sept. 10, 09:25

homerwell a écrit :On peut même aller à parler d'expressionnisme, avec le travail presque systématique sur les ombres et le noir et blanc, le costume du cow boy Wyatt Earp pas très traditionnel, et s'agissant des gestes des personnages, je relève surtout la raideur de Henry Fonda.


Absolument, l'influence de l'expressionnisme sur Ford est bien connue. :)

Pour finir, la mélancolie dont vous avez parlé m'est apparue d'abord par les deux personnages principaux, Waytt Earp et surtout Doc Holiday, archétype du héros romantique. Mais aussi parce que en tant que spectateur, j'ai l'impression d'être resté à Tombstone. Je m'explique : le plus souvent dans les westerns, on accompagne un héros ou un groupe de héros dans une sorte d'odyssée, avec un voyage allé et un voyage retour. Dans My darling Clementine, Le spectateur accueille les frères Earp à Tombstone, il ne sait vraiment pas d'où ils viennent et à la fin, il assiste à leur départ vers on ne sait où non plus


Absolument (bis). Et ce comme dans The Searchers (La Prisonnière du Désert) où Wayne arrive d'on ne sait où et repart à la fin on ne sait où.

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Jeremy Fox
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Duel in the Sun

Messagepar Jeremy Fox » 20 sept. 10, 14:46

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Duel au Soleil (Duel in the Sun, 1946) de King Vidor
SELZNICK STUDIO


Sortie USA : 31 décembre 1946

Duel au Soleil, dont le tournage débuta en février 1945, ne fit son apparition sur les écrans américains que le 31 décembre de l’année suivante en avant première à Los Angeles. Gageons que les premiers spectateurs à le découvrir en ce réveillon de la Saint Sylvestre ont du terminer l’an 1946 plutôt estomaqués ! Les westerners, s’ils en étaient restés à l’admirable sensibilité de Jacques Tourneur ou sur le modèle de classicisme que venait de leur offrir John Ford, ont du se trouver un peu déboussolés, se demander d’où provenait ce souffle passionnel qui s’abattait sur leur genre fétiche ! Sept ans après Autant en Emporte le Vent, les rêves de grandeur de Selznick avaient encore accouchés, sinon d’un chef-d’œuvre comme le précédent, d’un film-monstre absolument fascinant à défaut d’être totalement réussi. "Voyant comment ont toujours été rentables les westerns, je pense que si je pouvais en créer un qui ait plus d’actions spectaculaires que d’habitude dans un western et qui soit en même temps une violente histoire d’amour, ces deux éléments m’apporteraient un grand succès" : le producteur mégalomane David O' Selznick ne croyait pas si bien dire et malgré le coût phénoménal de son film, ce dernier rentra largement dans ses frais, Duel au Soleil demeurant encore aujourd'hui l'un des westerns les plus rentables jamais réalisés. Amusant de lire alors ce qu'il avait dit de ses intentions premières à King Vidor quelques temps avant le début du tournage : "Je voudrais que ce soit un petit western artistique. Occupez-vous en et, si vous avez besoin d’aide, faites le moi savoir. Mais c’est votre enfant". Car il n'en a évidemment rien été ; outre King Vidor, pas moins de cinq ou six autres réalisateurs y ont participé, s’y succédés et usés, et non des moindres : William Dieterle, Josef Von Sternberg, William Cameron Menzies ou encore Otto Brower. Mais le maître d'œuvre était bel et bien Selznick qui s'occupa de tout allant jusqu'à faire réécrire le scénario au jour le jour pour au final obtenir le film qu'il souhaitait, une sorte de mélo kitsch, baroque et excessif constamment sur le fil du ridicule mais transcendé par les partis pris esthétiques et les fulgurances de la mise en scène. Voici un aperçu de l’outrance mélodramatique que délivre l’intrigue de ce western unique.


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Scott Chavez (Herbert Marshall) tue sa femme qu’il a surprise dans les bras de son amant. Il est condamné et exécuté. Avant de mourir, il conseille à sa fille Pearl (Jennifer Jones) d’aller vivre chez sa cousine, la douce Laura Belle (Lilian Gish). La jeune métisse se rend donc au Texas où elle est recueillie par la famille McCanles dont le patriarche (Lionel Barrymore) est un richissime éleveur de bétail (Lionel Barrymore) qui accepte à contre cœur d’accueillir sous son toit la fille d’une indienne. Impétueuse et d’une redoutable force de caractère, Pearl souhaite pourtant se fondre dans le moule familial et accepte pour cela de se faire conseiller par un pasteur illuminé que l’on prénomme ‘The Sin Killer (Walter Huston). Malgré tout, elle attise le désir des deux fils, le cynique Lewt (Gregory Peck) et le sympathique Jesse (Joseph Cotten). Contre l’avis de son père qui souhaite les expulser de ses terres avec pertes et fracas, Jesse se range du côté des constructeurs de chemin de fer. Il est chassé de la propriété. Lewt n’a désormais plus de rival à demeure ; Pearl se donne à lui lors d’une nuit de tempête. Seulement Lewt refuse de l’épouser ; dépité, elle décide de se marier avec un homme d’âge mûr, Sam Pierce (Charles Bickford). Jaloux, Lewt n’hésite pas à provoquer son rival afin de le tuer ; non seulement sa tête est mise à prix pour meurtre mais il fait aussi sauter un train de munitions en marche pensant ainsi faire plaisir à son père qui lui donne effectivement sa bénédiction et de l’argent pour l’aider à fuir. De tristesse d’avoir ‘perdue’ ses deux fils, Laura Belle meurt. Jesse demande à Pearl de venir vivre avec lui et sa nouvelle épouse mais Lewt veut la récupérer n’hésitant pas pour se faire à braver la justice et à tirer sur son frère qu’il blesse grièvement. Pearl n’a plus qu’une idée en tête ; en finir avec Lewt. Elle part le chercher fusil en main dans sa cachette en montagne pour le duel au soleil du titre.


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Duel dont quasiment tout le monde connait le dénouement tellement il est demeuré célèbre et encore plus depuis que Martin Scorsese lui a accordé une place importante au sein de son documentaire sur le cinéma américain. Séquence paroxystique qui représente d’ailleurs très bien le film en son ensemble, suite presque ininterrompue de séquences dramatiques au fort climax comme l’était déjà Gone with the Wind avec qui il possède de nombreux points communs outre son tournage épique et son énorme budget. Duel au soleil se rattache au western surtout au travers de son décorum et par son arrière plan historique voyant la sempiternelle lutte entre un grand propriétaire terrien et les gens du chemin de fer. Le patriarche haineux sent avec angoisse que son mode de vie va probablement être détruit par l’avancée de la civilisation représentée par le passage du train sur ses terres. Dans une ultime tentative de fanfaronnade, il va vouloir stopper ce progrès en marche par un appel au secours de tous les cow-boys avoisinant qu’il réunit au terminus actuel du chemin de fer pour leur faire massacrer tous les travailleurs du rail qui voudraient pénétrer sur sa propriété. C’est la cavalerie américaine qui va venir les contrer. Devant le drapeau étoilé brandi par ces majestueux cavaliers, le vieil homme va courber l’échine, se résigner et accepter la défaite : « Je me suis battu pour ce drapeau ; je ne vais pas maintenant lui tirer dessus. » . C’est la fin d’un monde, celui de la barbarie et de la domination par la force. Hormis cette séquence d’ailleurs grandiose à tout point de vue, l’intrigue principale ne tournera presque exclusivement qu’autour des rapports tourmentés entre Pearl et les hommes, la métisse fougueuse formant avec Lewt un couple maudit et passionné ; de nombreuses séquences les mettant en scène seront d’ailleurs marquées d’une sensualité peu commune pour l’époque, d’un érotisme même assez torride.


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Ce fort potentiel érotique était déjà à l’œuvre dans Le Banni de Howard Hughes mais Selznick ira encore beaucoup plus loin dans le but d’offrir à Jennifer Jones, la femme qu’il aimait à l’époque, un rôle dans lequel on ne serait pas prêt de l’oublier. Et effectivement, elle est de quasiment toutes les scènes ; avouons néanmoins qu’on lui en a fait faire beaucoup trop et qu’il nous est parfois difficile de pardonner à son époux de producteur de l’avoir rendue à de nombreuses reprises carrément laide, déformée et insupportable à force de roulements d’yeux, de maquillage exagéré, de vilaines grimaces et de pénibles rictus. Le film est entièrement fait d’excès et d’outrances et si la mise en scène arrive à transformer le côté risible de certaines situations ou comportements, elle ne nous empêche pas d’être de temps en temps mal à l’aise pour la comédienne qui fut pourtant si sobre dans la peau de la Bernadette Soubirous d’Henry King. En dehors de ces moments, l’actrice arrive pourtant à convaincre par le fait de se donner corps et âme à son personnage ; il faut dire qu’elle est parfaitement entourée que ce soit dans les premiers ou seconds rôles. Gregory Peck se délecte visiblement d’avoir enfin eu l’occasion d’interpréter un salaud intégral, Joseph Cotten est égal à lui-même, Charles Bickford et Harry Carrey apportent leur savoir-faire à l’intérieur du genre et le couple Lionel Barrymore / Lilian Gish s’avère exceptionnel. Quant à Walter Huston et Butterfly McQueen, ils amènent un humour salvateur et bienvenu au milieu de ce déluge de passions exacerbées, le premier dans le rôle du tueur de péché illuminé et (ou) roublard, la seconde dans celui de la servante noire qui ne peut s’empêcher de raconter des faits simples par d’interminables récits ; à travers elle, comme dans Autant en Emporte le Vent où elle tenait déjà un rôle semblable, la vision des noirs pourra paraître simpliste voire méprisante mais force est de constater que ce personnage est bien plus amusant que déplaisant : sachons aussi nous replacer dans le contexte de l’époque.


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Un budget initial pulvérisé, le coût de production s’avérant plus élevé que celui déjà colossal d’Autant en Emporte le Vent, un tournage épique, l’intervention de plus de cinq réalisateurs et presqu’autant de chefs-opérateurs, des milliers de mètres de pellicule ‘imprimés’ représentant la possibilité de faire environ 200 longs métrages traditionnels… Duel au Soleil était dès sa conception placé sous l’égide du GIGANTISME. Et heureusement, car ce n’est pas toujours le cas, les spectateurs en eurent à leur tour pour leur argent car cette démesure se retrouvait aussi sur l’écran, chaque séquence étant réalisée pour être ‘Bigger than Life’. Le spectacle était donc bien au rendez-vous. Impossible d’oublier la scène du rassemblement des cavaliers déjà évoquée plus haut avec ses milliers de figurants, le dressage du cheval fougueux par un Gregory Peck qui ne l’est pas moins, les chevauchées de Jennifer Jones à travers les immensités hallucinantes du paysage, les ‘duels’ entre Gregory Peck et Charles Bickford puis Joseph Cotten sans évidemment oublier celui qui oppose au final les ‘amants diaboliques’. Difficile de ne pas être ébahi par l’utilisation d’un Technicolor saturé (le contre jour de Gregory Peck et Lionel Barrymore en plan lointain face au soleil couchant qui semble littéralement flamber) , la grandeur des toiles peintes et décors à commencer par celui du saloon où se déroule la première séquence, la gestion de l’espace, la beauté fulgurante des cadrages (contre-plongée au dessus du bal) et des mouvements de caméra (de nombreux étonnants panoramiques notamment celui ouvrant le barbecue). Tout a été mis en œuvre pour river les yeux du spectateur à l’écran et, malgré la multitude de cinéastes aux commandes, le résultat s’avère plutôt homogène et plastiquement, constamment somptueux sans pour autant faire dans la nuance. Dommage que Dimitri Tiomkin n’ait pas composé une musique de la puissance de celle d’un Max Steiner qui aurait encore augmenté la puissance et la portée du film. Certaines trouvailles comme la séquence rythmée par le son d’une volée de cloches lors du rassemblement de cow-boys sont génialement inspirées mais l’ensemble reste bien trop sage comparativement à la fougue qui anime les images et les personnages.


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Mais Duel au Soleil est avant tout un film sur l’amour fou que n’auraient pas du renier les surréalistes. Car nous sommes pleinement conscient dès le départ de l’irréalisme total des situations et des comportements menant à cette histoire d’amour violente, passionnelle et brulante, mélange d’amour/haine et de fascination/répulsion. Pourtant, la voix d’Orson Welles aurait du nous mettre sur la piste nous parlant bien dès le début de légende alors que la première image du film nous montre Squaw’s head Rock rougeoyant au crépuscule, le lieu où s’est déroulé ce duel rageur et sanglant d’amour et de mort. Une relation passionnelle entre une femme sensuelle et constamment désirable et un homme viscéralement odieux et machiste dont l’attraction est aussi fascinante qu’incompréhensible, la force du désir sexuel semblant tout emporter. Il est d’ailleurs étonnant que la moiteur de ce couple soit passé aussi facilement à travers les mailles du Code Hayes et de la censure ; il faut avoir vu Jennifer Jones à quatre pattes en train de briquer le sol de sa chambre, sa ‘croupe’ bien en vue, Gregory Peck arrivant derrière elle le regard libidineux pour se demander comment une Amérique aussi puritaine a pu acclamer le film ; le goût et l’attrait de l’interdit sans doute. Une image en tout cas fichtrement audacieuse que n’aurait d’ailleurs probablement pas reniée un Erich Von Stroheim. La tuerie finale est l’aboutissement logique de ces relations orageuses : après s’être pris au travers de la figure une tartine de confiture, une gifle et une serpillère, Gregory Peck finira avec une balle dans le ventre, sa meurtrière se trainant littéralement vers lui pour mourir dans ses bras après un dernier baiser sauvage. Fameux et fabuleux final qui ne perd aucunement sa puissance évocatrice malgré les multiples revisions !


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« J’étais parti sur l’idée d’une intrigue poignante. C’est ce que je m’efforçais de réussir. Je cherchais à avoir une bonne interprétation sans exagération ni scènes exacerbées…Mais Selznick a voulu dramatiser les scènes, rendant le tout de plus en plus grand, selon son style habituel » disait King Vidor ; il ne souhaitait pas en arriver à ce que son œuvre bifurque de la sorte et excédé par la mainmise de son producteur sur tous les aspects du tournage, il décida de quitter les plateaux en août 1945. Même si ses premières incursions dans le genre étaient loin de nous faire préfigurer Duel au Soleil, il n’en reste pas moins que sa patte se fait sentir presque tout du long même si celle de Selznick est encore plus présente. Leur collaboration fait néanmoins atteindre le film au génie à de nombreuses reprises et beaucoup de leurs options de mises en scènes demeurent encore aujourd'hui hallucinantes de beauté et de culot : une expressivité picturale assez unique dans le genre. Il n’est pourtant pas inutile de répéter que tout est expressément exagéré et que cette surenchère ne pourra pas plaire à tout le monde. Les autres y trouveront probablement un sommet incandescent de lyrisme démesuré. S’il s’avère parfois pénible, il faut saluer le courage des auteurs d’avoir poursuivi leur démarche jusqu’auboutiste sans jamais se démonter. Sorti dans 300 salles (énorme pour l’époque), Duel au Soleil obtiendra un succès sans précédant mais restera sans véritable descendance. Mais à ce moment là, nous ne pouvons encore le deviner et, même si je trouve le film de Vidor fascinant et très souvent magnifique, j’ai hâte de retrouver un plus grand classicisme, plus de sobriété et de calme !

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Rick Blaine » 20 sept. 10, 15:20

Un film énorme, parfois presque trop, on en ressort rassasié, mais c'est tout de même une expérience formidable. Quelle beauté, et quel final!

Jeremy Fox a écrit :il n’en reste pas moins que sa patte se fait sentir presque tout du long même si celle de Selznick est encore plus présente.


C'est vrai que l'on sent beaucoup Vidor tout du long, d'ailleurs sait on exactement qui a tourné quoi? Est-ce que les autres réalisateurs n'ont tourné que quelques scènes ou bien y a-t-il de grosses parts à mettre au crédit d'un autre auteur? J'avais trouvé le film très cohérent (la patte Selznick surement), ça ne donnait pas l'impression d'être un patchwork de differents auteurs.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 20 sept. 10, 15:48

Rick Blaine a écrit :
Jeremy Fox a écrit :il n’en reste pas moins que sa patte se fait sentir presque tout du long même si celle de Selznick est encore plus présente.


C'est vrai que l'on sent beaucoup Vidor tout du long, d'ailleurs sait on exactement qui a tourné quoi? Est-ce que les autres réalisateurs n'ont tourné que quelques scènes ou bien y a-t-il de grosses parts à mettre au crédit d'un autre auteur? J'avais trouvé le film très cohérent (la patte Selznick surement), ça ne donnait pas l'impression d'être un patchwork de differents auteurs.


Oui, on le sait en gros mais je n'ai plus ma source sous les yeux : de tête, Dieterle a tourné la première séquence de la danse de la mère de Jennifer Jones dans l'immense Saloon , Otto Brower la fabuleuse scène du rassemblement des cow-boys près de la voie ferrée, Sternberg, de nouvelles prises de scènes déjà tournées par Vidor et qui ne convenaient pas au producteur. King Vidor aurait mis en boite à peine 60% du film. Mais cette homogénéité est très probablement due à la mainmise de Selznick

Sinon, si j'avais été fainéant, j'aurais pu effectivement résumer le film comme tu le fais ci-dessous :wink:

Rick Blaine a écrit :Un film énorme, parfois presque trop, on en ressort rassasié, mais c'est tout de même une expérience formidable. Quelle beauté, et quel final!

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Le Western américain : Année 1946 en DVD

Messagepar Jeremy Fox » 20 sept. 10, 18:54

Le Western de 1946 en DVD

L'année 1946 marque donc le second souffle du genre qui nous intéresse ici ; encore une année relativement tranquille histoire de digérer les trois monuments qui viennent de sortir puis les grands films de série A ou B vont se succéder à un rythme assez impressionnant. Les quatre 'westerns' importants de l'année 1946 ont tous été traités dans ce topic et qui plus est, existent en DVD.


* The Harvey Girls : George Sidney :arrow: Page 30
* Le Passage du Canyon (Canyon Passage) : Jacques Tourneur :arrow: Page 31
* La Poursuite infernale (My Darling Clementine) : John Ford :arrow: Page 32
* Duel au soleil (Duel in the Sun) : King Vidor :arrow: Page 34

*****************************************************************

Et pour se dire qu'il restera toujours deux ou trois westerns à découvrir mais sans plus de convictions que ça, en voici deux supplémentaires produits par des Majors.

* Pour La MGM : Bad Bascomb de S. Sylvan Simon avec Wallace Beery et Margaret O'Brien

* Pour la Columbia : Renegades de George Sherman avec Edgar Buchanan et Evelyn Keyes

*****************************************************************


Mon top 5 arrivé à cette date :

* Le Passage du Canyon (Jacques Tourneur) très loin d'être évincé du top

* Sur la Piste des Mohawks (John Ford)
* Une Aventure de Buffalo Bill (Cecil B.DeMille)
* La Caravane Héroïque (Michael Curtiz)
* La Charge Fantastique (Raoul Walsh)

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar someone1600 » 20 sept. 10, 20:53

Et bien, je ne l'ai pas encore vu celui-la (je parle de Duel au soleil)... mais inutile de dire que tu m'as mis l'eau a la bouche et que je vais surement visionner ce film bientot... le temps de retrouver mon enregistrement TCM.

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Re: Le Western américain : Année 1946 en DVD

Messagepar Bugsy Siegel » 20 sept. 10, 22:36

Jeremy Fox a écrit :Mon top 5 arrivé à cette date :

* Le Passage du Canyon (Jacques Tourneur) très loin d'être évincé du top

* Sur la Piste des Mohawks (John Ford)
* Une Aventure de Buffalo Bill (Cecil B.DeMille)
* La Caravane Héroïque (Michael Curtiz)
* La Charge Fantastique (Raoul Walsh)


Je suis vraiment surpris que ces deux films figurent toujours dans ton top à une date si proche des années 50 que tu apprécie tant, je les pensais moins réputés (surtout le premier). Je prends note (par contre j'ai vu Sur La Piste des Mohawks et j'ai en DVD La Charge Fantastique).
on faisait queue devant la porte des WC comme au ciné lors du passage de l'Atlantide à l'écran. Jean Ray, Hôtel de Famille, 1922

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Année 1946 en DVD

Messagepar Jeremy Fox » 21 sept. 10, 07:32

Bugsy Siegel a écrit :
Jeremy Fox a écrit :Mon top 5 arrivé à cette date :

* Le Passage du Canyon (Jacques Tourneur) très loin d'être évincé du top

* Sur la Piste des Mohawks (John Ford)
* Une Aventure de Buffalo Bill (Cecil B.DeMille)
* La Caravane Héroïque (Michael Curtiz)
* La Charge Fantastique (Raoul Walsh)


Je suis vraiment surpris que ces deux films figurent toujours dans ton top à une date si proche des années 50 que tu apprécie tant, je les pensais moins réputés (surtout le premier). Je prends note (par contre j'ai vu Sur La Piste des Mohawks et j'ai en DVD La Charge Fantastique).


Si je ne conseillerais pas nécessairement le DeMille à tout le monde (je comprendrais qu'on puisse s'y ennuyer), le Curtiz représente une sorte de modèle de tout ce que j'aime dans le genre : beauté plastique, sens du mouvement, description précise et vivante d'une ville, belle hauteur de sentiments, personnages admirables et touchants, belle histoire d'amitié, scénario à l'écriture sans faille... Qu'as tu pensé du Ford ?

villag
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar villag » 21 sept. 10, 10:09

A propos de MY DARLING CLEMENTINE : que rajouter à l’analyse de Jeremy ; si, dire par exemple que le film se termine par l’un des plus beau champ contre champ de l’histoire du cinéma, Clémentine de dos regardant s’éloigner Fonda, puis de face, pendant que s’élève la musique de la chanson.. ; Le tout dans un noir et blanc sublime ; l’autre plus beau parmi ces contre champ étant celui, en couleur cette fois, ouvrant LA PRISONNIERE DU DESERT ;
Pour en revenir au DVD, le collector est très intéressant ; il y a le film dit définitif, montage voulu par Zanuck, et le montage Ford, celui là restauré ( moins de fourmillement ), et surtout assez différent du Zanuck, bruitage musicaux, ajout de scènes ; la scène finale, chez Ford, Fonda quitte Clémentine avec une simple poignée de main ; Zanuck l’a refilmé plus tard avec, cette fois-ci , un baiser, tout aussi chaste d’ailleurs….Tous ces différences étant très bien expliquées dans les bonus…. ;! Ai-je besoin de préciser que c’est là, un de mes Ford préfère.. !!!!
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 21 sept. 10, 11:23

villag a écrit :Pour en revenir au DVD, le collector est très intéressant ; il y a le film dit définitif, montage voulu par Zanuck, et le montage Ford, celui là restauré ( moins de fourmillement ), et surtout assez différent du Zanuck!!!!


Ah, ça m'intéresse du coup ; merci :)

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar hellrick » 24 sept. 10, 17:55

Jeremy Fox a écrit :
hellrick a écrit :
Il y a une interview de Tavernier de 20 minutes et une autre de Tourneur...


Ah oui, quand même ! Je vais me pencher sérieusement sur le cas du zone 2


Attention avant de repasser à la caisse, je viens de revoir le film et les bonus...l'interview de Tourneur indiquée sur la jaquette dure 2 minutes chrono (!!!). Celle de Tavernier est plus intéressante mais parle surtout du producteur du film...il parle toutefois de Canyon Passage comme d'une oeuvre charnière, d'un chef d'oeuvre et du "premier western moderne".

Petite note pour ton dico Tavernier conseille LAW AND ORDER de Cahn qui "mérite la découverte".

==> http://www.imdb.com/title/tt0023121/
:wink:
Critiques ciné bis http://bis.cinemaland.net et asiatiques http://asia.cinemaland.net

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 24 sept. 10, 17:58

Ok merci ; je me contenterais donc du zone 1. J'imagine que l'image du zone 2 est somptueuse elle aussi ?

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Julien Léonard » 24 sept. 10, 18:35

Jeremy Fox a écrit :Ok merci ; je me contenterais donc du zone 1. J'imagine que l'image du zone 2 est somptueuse elle aussi ?


Le zone 2 est effectivement très beau. :wink:
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