Le Western américain : Parcours chronologique I 1930-1949

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 13 août 10, 23:59

Avant de revoir John Wayne, petit retour en arrière sur l'année 1942 avec non moins qu'un film de William Wellman ; mais il lui arrive aussi d'être en petite forme et, malgré le trio de vedettes à son affiche, ça donne ce piètre The Great Man's Lady dont j'attendais vraiment un peu mieux que ce mélo anecdotique et soporifique. Merci en tout cas au forumeur (euse) qui a réussi à me le dénicher :wink:

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Jeremy Fox
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Dakota

Messagepar Jeremy Fox » 17 août 10, 14:05

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La Femme du Pionnier (Dakota, 1945) de Joseph Kane
REPUBLIC


Sortie USA : 25 décembre 1945


Les années du deuxième conflit mondial furent peu fructueuses pour le western d’autant que certains des plus grands réalisateurs du genre s’étaient rendus sur le front. C’est ainsi que John Ford tourna l’un de ses plus grands chefs-d’œuvre, un film de guerre d’une grande sensibilité, Les Sacrifiés (They Were Expendables) sorti sur les écrans américains le 20 décembre 1945. Cinq jours plus tard, la Republic offrit au public son western à ‘gros budget’ toujours avec John Wayne en tête d’affiche, Dakota de Joseph Kane. Ce n’est malheureusement pas encore grâce à ce cadeau de Noël que les aficionados furent rassurés sur l’avenir d’un genre bien moribond hors les innombrables films de série destinés aux premières partie de séances ; les plus optimistes pouvaient vraiment commencer à se poser des questions et à se lamenter à leur tour. Mais honnêtement, pouvait-on s’attendre à mieux de la part d’un réalisateur qui après plus de 60 films n’avait pas franchement progressé au point de faire de ses deux plus gros budgets (The Flame of Barbary Coast et Dakota) des œuvres d’une banalité confondante sans que les moyens supplémentaires mis à sa disposition ne se voient vraiment à l’écran. Heureusement, le scénario de Dakota fut néanmoins plus mouvementé et plus drôle que celui du précédent et le spectacle fut assez agréable, notamment dans sa première partie, à condition de ne s'attendre à rien de spécial.


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Le joueur John Devlin (John Wayne) arrive dans la demeure luxueuse de Marko Poli, un magnat du rail, pour y chercher Sandy (Vera Ralston), la fille de ce dernier qu’il vient d’épouser. Furieux de ne pas avoir été tenu au courant de ce mariage, le père chasse son gendre avec fracas. Sandy, après avoir récupéré 20.000 dollars sur la vente en cachette d’un tableau de son père, s’échappe de la villa pour suivre son mari. Lui veut se rendre en Californie, elle, ayant entendu dire que le chemin de fer n’allait pas tarder à traverser le territoire du Dakota, souhaite se rendre sur place pour y acheter les terres avant que ça se sache pour en tirer ensuite un maximum de profit en les revendant… à son père ! John n’a pas le dernier mot et ils arrivent à Fargo par le bateau à aubes du Capitaine Bounce (Walter Brennan) ; là, le propriétaire du Saloon John Bender (Ward Bond), ayant lui aussi eu vent de l’arrivée imminente du train dans la région, tente de son côté de s’accaparer les terres des cultivateurs du coin. Bizarrement, ceux qui refusent de vendre voient leurs champs de blé détruits par le feu voire même se font mystérieusement cribler de balles ! John va faire semblant de se mettre du côté de Bender afin de mieux protéger les fermiers…


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A partir de là, alors que Dakota filait bon train sur un ton assez débonnaire, le scénario s’embourbe, ses rouages grincent et l’intrigue devient inutilement embrouillée ; la deuxième moitié du film finit par ennuyer le spectateur malgré ses innombrables rebondissements et séquences mouvementées. Le scénariste a alors du mal à rendre fluide ou passionnante cette histoire de Carl Foreman (le futur scénariste du Train sifflera 3 fois et du Pont de la Rivière Kwaï) qui au départ ne brillait déjà pas par son originalité ; les histoires de fermiers spoliés par des hommes d’affaires peu scrupuleux étaient déjà le point de départ de multiples westerns avant lui et Howard Eastabrook ne rajoute aucun élément nouveau à ce thème redondant. Quant à son traitement par la mise en scène, vous aurez deviné qu’il se révèle d’une platitude absolue. Joseph Kane fut tout d'abord monteur pour Pathé, la RKO puis la Paramount. Réalisateur attitré de la Républic dès sa création en 1935, il devint un spécialiste du western ; il en tourna à la pelle et sans arrêt avec Gene Autry, George 'Gabby’ Hayes ou Roy Rogers. Avoir une vedette un peu plus conséquente telle que le Duke lui permit d’obtenir des moyens financiers plus conséquents en cette année 1945 ; le résultat nous laisse néanmoins largement sur notre faim, le réalisateur effectuant un travail plus que routinier aucune séquence, aucune image précise ne nous laissant un souvenir marquant pas même l’incendie des champs de blé autrement plus spectaculaire sous la caméra de William Wyler dans Le Cavalier du Désert (The Westerner). Pour le reste, le cinéaste filme la plupart des scènes d’action de nuit ; peut-être pour cacher son incompétence ou voiler les insuffisances des effets spéciaux malgré l’honnête travail de seconde équipe de Yakima Canutt ?

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Reste au bout du compte un film pas trop désagréable grâce surtout à l’humour de ses dialogues et à son interprétation. Il n’a pourtant failli pas voir le jour car John Wayne refusait qu’on lui impose Vera Ralston pour partenaire (c’était une découverte d’Herbert J. Yates, le patron du studio ; il voulait en faire sa vedette numéro 1 et à défaut d’y arriver, il l’épousera en 1952) ; c’est pourtant son personnage énergique et roublard qui apporte les éléments les plus intéressants de l’intrigue et l’ex-patineuse tchécoslovaque ayant fui le nazisme se révèle plutôt plaisante à défaut de ne pas une seule seconde faire penser à une pionnière du Far-West. Sandy est une femme de tête à priori un peu cruche mais en définitive sacrément manipulatrice arrivant à faire faire à son époux tout ce qu’elle veut. Ce caractère et ce tempérament, ses dialogues et ‘altercations’ avec son époux font tout le sel de la première moitié du film plus proche alors de la comédie américaine que du western. De plus, étant mariés avant que le film ne débute, aucune romance ne vient s’ajouter à l’intrigue, pas le moindre baiser pas même lors de l’image finale qui voit une querelle de couple en lieu et place de l'enlacement traditionnel ; les relations entre les personnages devaient être à peu près similaires à l’ambiance qui devait régner entre les deux comédiens. Mais, alors que John Wayne ne fait ici guère d’étincelles, sa partenaire s’en tire plutôt pas mal du tout ainsi que Ward Bond habitué de ce genre de rôle mais qui se révèle toujours aussi efficace.


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Petite originalité, peut-être ici dans le western, la naissance du ‘couple picaresque du fleuve’, celui qui voit rassemblé sur un bateau à aubes le vieux capitaine grincheux et son moussaillon, en général un jeune nègre fainéant et constamment hébété (dont le plus célèbre sera certainement celui de The Far Country d’Anthony Mann). Dans la peau du capitaine, c’est Walter Brennan qui s’y colle dans Dakota ; amusant au départ mais, avouons-le, un peu lassant à la longue de le voir vitupérer à longueur de temps ! Si le film ne laissera pas, loin s’en faut, de grands souvenirs, entre la première séquence voyant John Wayne se faire littéralement jeter hors de la maison de son beau-père, celle du télégramme qu’envoie ce dernier à sa fille, la première séquence d’accostage du bateau de Walter Brennan, la scène du ‘bal costumé’ au cours de laquelle John Wayne retrouve ses attaquants ou le twist final montrant l’utilisation par Sandy de l’argent gardé par John pour se rendre en Californie, il y a néanmoins quelques jolies petites occasions de se réjouir. Cependant, pour inconditionnels seulement !

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Julien Léonard
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Julien Léonard » 17 août 10, 21:41

Globalement d'accord avec toi Jeremy. Encore une chronique nuancée pour un film dont la réussite l'est également. Je l'avais découvert avec plaisir, mais sans non plus lui trouver des qualités plus qu'ordinaire. Effectivement, pendant la WWII, la production de westerns n'était guère terrible, à part un Walsh, un Wellman et une poignée de Curtiz qui sortent largement du lot (le genre de chefs-d'oeuvre finalement assez rares à l'époque, pour ce genre).

Le prochain est San Antonio, je vois. Hâte de te lire, encore une fois, d'autant que je l'avais bien aimé. Un bon film, largement inférieur à ce que tournait Flynn à cette époque, mais on passe un agréable moment, c'est l'essentiel. Walsh aurait, je crois, participé au tournage. Toutefois, au vu du résultat final, je pense que David Butler en a réalisé la plus grande partie...
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Fatalitas » 17 août 10, 21:43

quand je vois la liste page 1, je me dis que Sidonis devrait venir piocher des titres pour ses prochaines sorties :lol:
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 17 août 10, 22:04

Julien Léonard a écrit :. Walsh aurait, je crois, participé au tournage. Toutefois, au vu du résultat final, je pense que David Butler en a réalisé la plus grande partie...


Walsh a effectivement réalisé quelques séquences mais comme David Butler est à mon avis loin d'être un tâcheron non plus (en tout cas dans le domaine de la comédie musicale, il assure pas mal), le résultat devrait être au moins plaisant.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 17 août 10, 22:06

Fatalitas a écrit :quand je vois la liste page 1, je me dis que Sidonis devrait venir piocher des titres pour ses prochaines sorties :lol:


Oui il y a encore de quoi faire même si je continue à penser qu'au moins 90% des "classiques" sont maintenant sortis sur le support DVD avec au moins les sous titres français.

Par contre, quand je vois la liste page 1, je me fais quand même un peu peur ; il faudrait pouvoir m'arrêter quand j'émets de telles idées de taré ! :mrgreen:

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Julien Léonard » 17 août 10, 22:17

Mais c'est avec ce genre d'idées qu'on va loin ! La preuve !
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 17 août 10, 23:15

En tout cas, à partir de 1946, ça va sacrément se corser avec des monuments tels Canyon Passage, Duel in the Sun ou My Darling Clementine ; ces textes là, je ne vais pas pouvoir les écrire en une heure au coin d'un bureau tout en faisant autre chose en même temps (mon travail par exemple) :mrgreen: :oops:

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Jack Carter » 17 août 10, 23:18

Jeremy Fox a écrit :En tout cas, à partir de 1946, ça va sacrément se corser avec des monuments tels Canyon Passage, Duel in the Sun ou My Darling Clementine ; ces textes là, je ne vais pas pouvoir les écrire en une heure au coin d'un bureau tout en faisant autre chose en même temps (mon travail par exemple) :mrgreen: :oops:


miam miam !! :D

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar someone1600 » 17 août 10, 23:46

Je salive en avance. :D

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar villag » 18 août 10, 09:15

Jack Carter a écrit :
Jeremy Fox a écrit :En tout cas, à partir de 1946, ça va sacrément se corser avec des monuments tels Canyon Passage, Duel in the Sun ou My Darling Clementine ; ces textes là, je ne vais pas pouvoir les écrire en une heure au coin d'un bureau tout en faisant autre chose en même temps (mon travail par exemple) :mrgreen: :oops:


miam miam !! :D



Tu n'as pas interêt à dire du mal de MY DARLING CLEMENTINE , un de mes Ford favoris....; en revanche tu pourras peut-etre m'interesser à DUEL IN THE SUN, film dont je n'arrive pas à apprecier les sois-disant beautés.....!
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 18 août 10, 09:20

villag a écrit : en revanche tu pourras peut-etre m'interesser à DUEL IN THE SUN, film dont je n'arrive pas à apprecier les sois-disant beautés.....!


Les réelles fulgurances tu veux dire ; je vais essayer :wink:

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Jack Carter » 18 août 10, 09:20

3 excellents westerns, 1946 est un grand cru ! 8)

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San Antonio

Messagepar Jeremy Fox » 19 août 10, 22:37

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San Antonio (1945) de David Butler
WARNER


Sortie USA : 28 décembre 1945


L’année 1945 allait se clore sur un western qui a du probablement redonner espoir aux westerners frustrés de ne rien avoir à se mettre sous les dents depuis un bon moment si ce n’est des hybrides de western, des films de série sans intérêt ou des comédies westerniennes ; à cette occasion, David Butler et la Warner allaient remettre le genre sur les rails que les fans s’impatientaient de le voir reprendre. Non pas que San Antonio soit un grand film ni un western mémorable mais il allait redonner un nouveau souffle à un genre moribond. En le voyant, beaucoup ont du penser à Dodge City de Michael Curtiz avec lequel il possède de nombreux points communs à commencer par un titre reprenant le nom d’une ville représentant dans l’inconscient collectif un Far-West coloré et bouillonnant, ce qu’il est effectivement dans ce film à gros budget. Comme son prédécesseur, les équipes de la Warner ont sortis les grands moyens avec mouts figurants (d’après les historiens, la ville de San Antonio recréée par Hollywood était probablement plus vivantes et plus peuplée que dans la réalité), costumes et décors rutilants, Technicolor flamboyant et casting prestigieux dont à nouveau un Errol Flynn toujours aussi charmeur et charismatique. Si la mise en scène de David Butler ne possède évidemment pas le panache et l’élégance de celle de Michael Curtiz, ni le dynamisme et la vigueur de celles d’un Raoul Walsh, le cinéaste accomplit son travail sans génie mais très consciencieusement et le résultat n’est pas désagréable malgré une intrigue on ne peut plus banale.


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1877, les grands ranchers texans ont presque tous fui au Mexique, ruinés par les vols de leurs troupeaux ; les hors-la-loi ont désormais mis le grappin sur les villes du Sud-ouest de l’État sans qu’ils soient soupçonnés de quoi que ce soit ni inquiétés par les autorités militaires qui stationnent sur place. Quelques irréductibles ont quand même l’intention de ne pas se laisser faire même si on leur fait peser une menace de mort si jamais ils leur prend l’idée de repointer le bout de leur nez. C’est le cas de Clay Hardin(Errol Flynn) qui s’est rendu au Mexique sachant y trouver la preuve contre l’actuel ‘dirigeant’ de la ville de San Antonio, le teigneux Roy Stuart (Paul Kelly), en cheville avec le gérant du saloon, l’élégant Legare (Victor Francen). Le carnet que Clay ramène pour le présenter aux autorités juridiques décrit toutes les manœuvres frauduleuses que Roy a ourdi pour vendre du bétail ne lui appartenant pas et avec lequel il a construit sa fortune. Autant dire que Clay est attendu au tournant par tous ceux (et ils sont nombreux) que ces preuves feraient tomber. Il n’en arrive pas moins en diligence à San Antonio en compagnie de Jeanne Starr (Alexis Smith), une chanteuse devant se produire dans l’établissement du partenaire véreux de Roy. Là, il se retrouve presque seul contre tous, les habitants de la ville ayant tous plus ou moins tirés profit des vols de bétail. Il a néanmoins à ses côtés son meilleur ami et ‘ange gardien’ Charlie Bell (John Litel) ainsi qu’une poignée d’anciens éleveurs qui sont prêts à lutter pour récupérer leurs biens. Legare qui a surpris Charlie en possession du fameux carnet compromettant pour Roy Stuart, pensant qu’avec il pourrait facilement faire chanter son complice, abat l’ami de Clay pour le lui voler. Clay qui vient dans le même temps de se faire tirer dessus alors qu’il était en train de flirter avec Mlle Starr, va tout mettre en œuvre pour en finir au plus vite avec la racaille qui domine la ville mais il va avoir fort à faire d’autant plus que la cavalerie qui était là pour éviter tout débordement, est obligée de quitter les lieux pour aller s’occuper de pacifier les territoires indiens…


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Entre quelques chansons, une homérique bagarre essaimant pas mal de cadavres, beaucoup de coups de feu, une pincée de trahisons, quelques traits d’humour et un soupçon de romance, Errol Flynn va s’amouracher de la chanteuse de cabaret, faire éclater le peu reluisante vérité, venger son partenaire, abattre les bandits et enfin convoler en juste noce avec Alexis Smith qui s’avère être, pour son plus grand plaisir, texane comme lui. Dévoiler tous ses éléments de l’intrigue n’est pas franchement gênant car qui aurait sincèrement pensé qu’il en aurait été autrement ? Beaucoup de clichés certes mais nous aurions tort de faire la fine bouche car ils font néanmoins partie intégrante des éléments attendus par tout un chacun, notamment les fans du western classique hollywoodien. Et puis, comme l’a très bien dit Jean-Louis Rieupeyrout dans sa ‘grande histoire du western’, justement à propos de ce film, mais qui pourrait s’appliquer parfaitement à une centaine d’autres : « Regretter la présence des clichés tant dans les situations que dans les personnages eut été étouffer la graine qui dota le genre de ses rameaux les plus vigoureux. »


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Une intrigue sans surprise mais un arrière fond historique assez intéressant même si la situation catastrophique des texans vers 1877 fut précédemment déjà venue sur le tapis à deux ou trois reprises. Avant 1877, les texans conduisaient leurs troupeaux par la Chisholm Trail (la fameuse piste de Chisum) pour aller fournir en viande les états du Nord qui étaient en manque ; tout fonctionnait à merveille jusqu’à ce que les voleurs de bétail, se rendant compte de la facilité à isoler les bêtes dispersées sur d’aussi grandes étendues (les plus proches voisins de chacun des ranchers se trouvant à des distances d’au minimum 30 km), ne se gênèrent plus pour décimer les troupeaux, les faisant passer au Mexique, suivre l’autre rive du Rio Grande pour les revendre ensuite beaucoup plus loin. Les grands éleveurs virent leur fortune fondre au soleil faute de bêtes à corne à vendre et il leur fut presque impossible de prouver légalement les vols d’autant que régnait encore là-bas la loi du plus fort. Beaucoup traversèrent la frontière mexicaine pour essayer de se refaire une santé d’autant qu’ils étaient en grand danger en restant dans un Texas dominé par les hommes d’affaires véreux et sans scrupules. Background passionnant pour un scénario qui aurait mérité de s’y appesantir mais qui a préféré s’en tenir aux conventions ; ce n’aurait pas été un problème si l’écriture des pourtant excellents Alan Le May et W.R. Burnett avait été plus rigoureuse à l’image des scripts de Robert Buckner pour la trilogie Flynn-Curtiz. Dommage que ce même Buckner n’ait été que producteur sur San Antonio car le scénario de ce dernier pêche un peu par un rythme irrégulier et plusieurs coups de mou surtout dans sa deuxième moitié. Dommage aussi que les relations entre Victor Francen et Paul Kelly, les deux Bad-Guy associés par intérêts mais qui se détestent cordialement, n’aient pas été creusées. Pour le reste il demeure assez efficace avec quelques punchlines assez piquantes tel ce dialogue entre Alexis Smith et Errol Flynn, la chanteuse un peu agacée par le sans gêne du rancher
« Est-ce une coutume de l’Ouest d’imposer sa présence ?
- Oui madame, c’est ainsi qu’il fut colonisé. »



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David Butler qui ne s’était guère fait remarquer jusqu’ici signe pour son premier western un film de bonne facture avec quelques fulgurances dont on se demande si elles ne sont pas dues à Raoul Walsh qui aurait mis la main à la pâte pour quelques séquences. On se souviendra de cette image d’un cavalier en clair-obscur devant une superbe et immense toile peinte représentant un paysage au crépuscule ou cette superbe scène de ‘duel’ commençant en plan américain sur le tueur interprété par Tom Tyler allant pour dégainer dans le but d’abattre Errol Flynn. On entend une détonation et sans que la caméra ne bouge on aperçoit une grimace sur le visage du bandit ; s’ensuit un travelling arrière passant à côté d’Errol Flynn et s’arrêtant derrière son dos. On comprend alors qu’il a été plus rapide que son adversaire et on voit après quelques seconde en fond de plan son adversaire tomber la face en avant, mort ! On retiendra aussi le final qui débute par une épique bataille rangée entre cow-boys, un étonnant carnage dans un saloon dévasté par les armes à feu et les cadavres et qui se continue par la course-poursuite entre Errol Flynn et Paul Kelly qui aboutit dans les ruines du fort Alamo avec une fois encore une superbe toile peinte de l’intérieur du bâtiment avec la lune se reflétant par l’ouverture béante du toit inexistant. Les autres scènes d’action comportent trop de transparences peu esthétiques pour réellement nous enthousiasmer.


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Mais la sympathie procurée par ce film au somptueux Technicolor provient surtout de son interprétation ; même s’il faut pouvoir supporter le cabotinage de S.Z. Sakall (souvent très drôle dans les comédies musicales maison, notamment celles avec Doris Day) et de Florence Bates, la voluptueuse Alexis Smith s’avère très à l’aise en lieu et place d’Olivia de Havilland et sa vivacité fait plaisir à voir ; elle chante également plutôt bien (la séquence musicale ‘Some Sunday Morning’ est assez exquise et annonce les très bonnes comédies musicales que réalisera David Butler dans les années 50, genre dans lequel il s’avèrera le plus à l’aise) ce qui n’est pas pour nous déplaire. On comprend en tout cas aisément pourquoi tous les personnages principaux tournent autour. John Litel dans le rôle de l’ami d’Errol Flynn est parfait tout comme ce dernier toujours aussi charmant et charmeur, bravache et vigoureux. Un personnage héroïque et séducteur non dénué d’ironie comme l’acteur les affectionnait et dans la peau desquels il a toujours excellé. Quant au duo Paul Kelly/Victor Francen, même s’il est loin d’être honteux, j’aurais rêvé de voir réuni en lieu et place Brian Donlevy et Albert Dekker. Un dernier mot sur un score robuste et parfois entêtant de Max Steiner qui reprend à l’occasion le thème principal de la partition qu’il avait composé pour Dodge City ; ce qui boucle la boucle et qui entérine le fait que San Antonio fera obligatoirement fortement penser au film de Curtiz même s’il n’y a pas photo quant à savoir lequel des deux demeurera le plus marquant. Conventionnel, sans surprises d'aucune sorte mais loin d'être désagréable ! Une plaisante mise en bouche en attendant les quelques monuments de l'année qui arrive !

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Le Western américain : Année 1945 en DVD

Messagepar Jeremy Fox » 19 août 10, 23:17

Le Western de 1945 en DVD

Un seul film de 'relative' importance en cette dernière année de disette westernienne, chroniqué ici et disponible en DVD. Pas de quoi pavoiser !

* San Antonio : David Butler :arrow: Page 29

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Mon top 5 arrivé à cette date :

* Sur la Piste des Mohawks (John Ford)
* Une Aventure de Buffalo Bill (Cecil B.DeMille)
* La Caravane Héroïque (Michael Curtiz)
* La Charge Fantastique (Raoul Walsh)
* La Piste des Géants (Raoul Walsh)


Nous arrivons désormais au début d'une période faste pour le western américain qui va durer pas loin d'une quinzaine d'années ; à partir de maintenant les films de qualité vont se bousculer pour ébranler cet imperturbable top 5.