Le Western américain : Parcours chronologique I 1930-1949

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Julien Léonard
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Julien Léonard » 12 juil. 10, 20:49

Jeremy Fox a écrit :
Julien Léonard a écrit :
J'avoue que Le bannis ne m'intéresse que très moyennement, mais je suis content de lire une bonne chronique dessus, tu fais la part des choses. Jane Russell sera sans aucun doute mon plus gros frein pour voir ce film : je l'ai toujours détesté. Enfin, visiblement, elle a l'air de ne pas trop mal donner le change en ces lieux.

Hâte de lire ta chronique du Wellman, car logiquement le niveau artistique devrait remonter ! Beau boulot, comme à chaque fois (et toujours aussi agréable à lire) ! :)


8) Bonne, peut-être pas, mitigée disons ; mais la vulgarité et les outrance de Hughes m'ont assez amusé cette fois. Comme je le fais sous-entendre, Jane Russell est déjà mauvaise actrice dès son premier film mais ça ne se voit encore pas trop puisqu'à part dévoiler ses charmes et attributs, elle n'a pas grand chose à faire de plus donc ça passe :oops:

Mais c'est vrai que certains films comme Bungalow pour femmes de Walsh auraient été proches du chef-d'oeuvre avec une autre actrice en rôle principal.

Si Les écumeurs (bien sympathique et efficace, cela dit) est le plus important, ça veut quand même tout dire...


Bon résumé de l'année 1942


Désolé, je me suis mal exprimé : par "bonne chronique", j'entendais "papier intéressant". :wink:

Sinon, Jane Russell... Ah... Que dire ? Concernant Bungalow pour femmes, je ne l'ai pas vu. Par contre, j'ai vu Les implacables (j'en avais parlé sur le topic de Walsh très récemment) et j'ai tendance à penser également que, sans elle (et avec... disons Eleanor parker ! :oops: ), le film aurait été un vrai grand film, ce qu'il est par ailleurs au départ (paysages, scope de toute beauté, rythme, dialogues piquants...). Dommage.
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joe-ernst
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Re: The Outlaw

Messagepar joe-ernst » 12 juil. 10, 20:57

Jeremy Fox a écrit :Le Banni (The Outlaw, 1943) de Howard Hughes
RKO

Se jouant des clichés du western, Howard Hughes signe une œuvre d’une misogynie ahurissante (la femme est ici bien moins considéré que la femme)


Tu veux dire moins bien considérée que le cheval ? :mrgreen:

Content que tu ais apprécié ce western complètement déjanté ! :wink:

Julien, si tu détestes Miss Russell, tu devrais au contraire te précipiter sur ce film, tellement elle y est maltraitée. :lol:
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Re: The Outlaw

Messagepar Julien Léonard » 12 juil. 10, 21:06

joe-ernst a écrit :Julien, si tu détestes Miss Russell, tu devrais au contraire te précipiter sur ce film, tellement elle y est maltraitée. :lol:


Ah, c'est vrai, j'y peux rien... :oops: je la déteste (et je pèse mes mots). Je la trouve ingrate tout partout : elle joue mal, elle est laide (question de goût), surtout elle est vulgaire, elle n'est jamais bien employée, même de grands metteurs en scène (Walsh, Sturges... pourtant connus pour la qualité de leur direction d'acteurs) ne peuvent rien faire avec elle. Je crois que rarement une actrice m'aura autant horripilé. Bref, rien à faire, ça ne passe pas. :twisted:
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Re: The Outlaw

Messagepar Jeremy Fox » 12 juil. 10, 22:15

joe-ernst a écrit :Julien, si tu détestes Miss Russell, tu devrais au contraire te précipiter sur ce film, tellement elle y est maltraitée. :lol:


Oh que oui ! J'aurais du lui conseiller en effet :lol:


Et sinon Julien, ton rapide avis sur Sacramento ? Ca ne t'a pas amusé de voir le Duke en pharmacien ?

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Dunn » 12 juil. 10, 23:30

Très beau film et très belle copie de "l'homme qui tua liberty valance"..sur arte.
Seulement je n'ai pas compris, déjà pas de vostfr donc j'ai du le regarder en vf, et pendant 3 scénes, il y a eu de la vostfr (scéne de l'ecole , puis avec le journaliste en train de boire à sa rédac, puis à la fin lors du débat final)...de plus j'ai remarqué que l'un des sbires etait Lee Van cleef? non?

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 12 juil. 10, 23:34

DavidDunn a écrit :...de plus j'ai remarqué que l'un des sbires etait Lee Van cleef? non?


Exact

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar O'Malley » 13 juil. 10, 14:59

Tiens, ce parcours chronologique permet de se surprendre car il me semblait que tu as toujours considéré, Le banni, en piètre estime jusqu'içi... Pour ma part, pas vu; j'attends toujours une bonne édition...

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 13 juil. 10, 15:10

O'Malley a écrit :Tiens, ce parcours chronologique permet de se surprendre car il me semblait que tu as toujours considéré, Le banni, en piètre estime jusqu'içi... Pour ma part, pas vu; j'attends toujours une bonne édition...


Oui, c'est d'ailleurs ce que je disais en conclusion de mon texte ; le fait de visionner les films dans l'ordre de leur sortie permet de bien mieux appréhender l'évolution et en revoyant le film de Hughes, j'ai été assez stupéfait et me suis mis à la place des spectateurs de l'époque qui ont du ouvrir des yeux grands comme ça. Ceci dit, je ne conseillerais pas le film à grand monde au souvenir de mon ennui ressenti à la première vision et aux innombrables défauts qui l'empêchent d'être autre chose que jouissif par moments ; et c'est déjà pas mal car le film reste également unique dans son ton.

Pour apprécier la photo de Gregg Toland qui semble splendide (tout comme pour The Big Sky, on imagine mais on ne constate pas :lol: ), il serait effectivement bien de pouvoir le voir à partir d'un beau master.

Pour en revenir à ce que tu disais, ce 'parcours' m'a fait réévaluer avec plaisir quelques autres films comme surtout The Westerner de Wyler ou le Frank James de Fritz Lang. Malheureusement, il y aura aussi des déceptions dans le lot.

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The Ox-Bow Incident

Messagepar Jeremy Fox » 14 juil. 10, 10:03

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L’Etrange Incident (The Ox-Bow Incident, 1943) de William Wellman
20TH CENTURY FOX


Sortie USA : 21 mai 1943


Si l'année 1939 avait enfin donné ses lettres de noblesse à un genre encore mal considéré, The Ox-Bow Incident lui fait atteindre une sorte de maturité même s'il ne s'agit encore que d'un cas isolé. Depuis La Charge Fantastique, ça faisait un an et demi que les cinéphiles, cinéphages ou autres spectateurs attendaient un western de grande classe et désespéraient de ne pas en voir apparaître un nouveau ; ils pouvaient être rassurés avec cette troisième incursion de Wellman dans le domaine après Robin Hood of Eldorado et The Great Man's Lady (sur lesquels je reviendrais peut-être dessus un jour)


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1885. Au matin, Gil Carter (Henry Fonda) et Art Croft (Henry Morgan) arrivent dans une petite ville du Nevada dont la population est méfiante et inquiète à cause de la multiplication des vols de bétail qui se produisent dans la région. Au même moment, on annonce que le fermier Kincaid vient d’être assassiné. Un ‘posse’ se constitue dans le but d’aller punir les coupables. Les deux étrangers se joignent à contrecœur au groupe de peur d’attirer les soupçons par le fait d’être ‘étrangers’ à la ville. En pleine montagne, le groupe conduit par le major Tentley (Frank Conroy) découvre endormis, trois hommes (dont Dana Andrews et Anthony Quinn), traînant avec eux des bêtes appartenant à Kincaid. Le collectif les capture et les condamne sans plus attendre. Malgré l'apparente sincérité des accusés clamant leur innocence avec force larmes, peur et découragement, malgré la tentative par certains de réclamer un jugement équitable, l’inéluctable se produit et ce sont trois innocents qui seront pendus !!!


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Sept ans après Fury de Fritz Lang, six ans après La Ville Gronde de Mervyn LeRoy, William Wellman revient sur le thème de l’hystérie collective et du lynchage, mais cette fois par l’intermédiaire du western. Le film de Wellman le fait véritablement entrer dans son âge adulte puisque pour la première fois, il aborde un sujet brûlant à connotation sociale : un véritable réquisitoire contre ‘la peine de mort’. Pour Zanuck, il s’agit de la continuation d’une série de films de sa ‘veine libérale’ comme Les Raisins de la Colère et Qu’elle était Verte ma Vallée de John Ford. Le matériau servant de base de départ au roman et au scénario s’inspire d’un fait divers authentique survenu dans le Nevada en 1885. "J’ai été passionné par le roman. Je suis rentré à la maison avec ma femme, l’ai fait asseoir et lui ai lu tout ce sacré livre. D’un trait. Du début à la fin. J’étais tellement excité que j’ai dit : ce sera le meilleur de mes films." Zanuck rétorque à Wellman : "Vous pouvez le tourner mais il ne rapportera pas un cent. C’est quelque chose que je voudrais que mon studio fasse. J’aimerais avoir mon nom au générique d’un tel film." Ce fut donc un film produit, monté et tourné plus par souci de respectabilité et de prestige que pour la rentabilité. En effet, il était inconcevable qu’en pleine seconde guerre mondiale, au moment où la nation était mobilisée contre le fascisme, ce film d’une extrême noirceur puisse trouver un quelconque écho : il aurait pu déranger un peuple en plein effort de guerre, au moment où l’on faisait le maximum pour exalter le patriotisme et la fibre nationaliste. Et d’ailleurs, cette œuvre n’aura absolument aucun succès si ce n’est critique et n’en aura jamais plus par la suite. En France, il est carrément ignoré après une brève exclusivité parisienne. Et depuis, il a malheureusement acquis, pour une grande majorité, une réputation de faux classique fastidieux et prétentieux ; en fait de ‘fastidieux’, il s’agit plutôt de sobriété et d’austérité et il serait plus juste de parler de courage que de prétention.


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L’étrange incident est donc le récit minutieux, se déroulant dans un laps de temps très resserré, d’une expédition punitive emmenée par une bande de cow-boys exaltés. Certains tentent vainement de faire entendre raison à une majorité qui ne veut rien entendre, alléchée dès le départ par la violence et le sang. Ce réquisitoire stigmatisant le lynchage se distingue, malgré son sujet puissant, par son extrême sobriété : une économie de moyens assez étonnante y compris dans l’utilisation des décors (excepté la rue de la ville au début et à la fin et à des images du Posse dans les montagnes, le film est presque entièrement tourné en studio, ce qui renforce le sentiment de claustrophobie et de malaise que l'on ressent à sa vision). Point non plus de chevauchées, peu d’action, pas de grandiloquence et encore moins d’acte héroïque de dernière minute : tout est d’une grande sécheresse qui nous empêche d’y prendre autant de plaisir que voulu mais qui donne aussi tout le prix à ce film d’un accès somme toute peu évident de prime abord ; un film qui mérite vraiment de se laisser ‘apprivoiser’ et qui ne devrait pas se visionner avec l’idée de regarder une œuvre divertissante. Loin du patriotisme alors de rigueur, nous nous trouvons devant un western sans héros et d'une profonde noirceur qui illustre intelligemment certains aspects de la psychologie de groupe, la naissance d’une rumeur et ce qui s’ensuit, à savoir la montée inexorable de la violence collective. Une œuvre qui ne verse jamais dans le manichéisme puisque personne n’est épargné, le personnage positif et humain joué par Henry Fonda étant même passif : au moment crucial de la pendaison, il ne lèvera pas le petit doigt pour aller à l’encontre de la décision démocratique de la majorité même s’il s’est auparavant montré virulent dans ses paroles. L’un des trois condamnés, un vieillard un peu gâteux, ira même aussi jusqu’à dénoncer son collègue de peur de se faire tuer.


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Olivier-René Veillon dans son intéressant essai sur le cinéma américain (Edition Point virgule) résume succinctement mais brillamment ce western : "Wellman nous entraîne jusqu’à l’effroi dans la logique d’un lynchage. Rien ne peut arrêter la sourde montée de l’injustice. L’iniquité triomphe dans sa bêtise brutalement humaine. Trois hommes sont pendus qui sont innocents, mais rien ne peut empêcher leur mort atroce, car le collectif se nourrit de sa propre colère et réclame ses victimes. Le puritanisme de Wellman ne laisse à l’homme que l’espoir du salut." Salut amené par une scène finale qui n’était pas dans le roman mais qu’il fallait absolument rajouter pour que les salles ne soient pas désertées à cause d'un tableau aussi noir. Et cette scène, qui aurait pu faire se finir le film par une concession un peu pénible à la bonne conscience, prouve au contraire, par son traitement, ‘l’avant-gardisme’ de ce western. Ce message d’espoir est la lettre donnée par l’un des pendus avant sa mort ; le personnage de Henry Fonda la lit devant tous les participants déprimés par la vérité et le problème de conscience qu’ils ont d’avoir accomplis un meurtre. Cependant, Wellman évite toute facilité émotionnelle en choisissant un cadrage qui nous empêche de voir les yeux clairs et émouvants de l’acteur pendant sa lecture."Je voulais que Henry Morgan apparaisse en premier plan. Il masque ainsi les yeux de Henry Fonda dont on ne voit que la bouche. Rien de plus. Un acteur ordinaire se serait opposé à cette idée mais j’ai pu la réaliser comme j’ai voulu et le résultat est remarquable. Chacun suit ainsi la lecture de cette lettre tragique de la manière la plus simple et la plus naturelle".


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Par cette fidèle adaptation du roman de Walter Van Tilburg Clark, William Wellman et le scénariste Lamar Trotti (encore lui, décidément l'un des plus talentueux de son époque) tordent ici le cou au mythe du héros de l’Ouest pur et dur. Il nous font participer à un tragique malentendu, nous mettent devant les yeux l’intolérance qui a du caractériser la brutale justice de l’Ouest de l’époque. Malgré la sécheresse de la mise en scène et la peinture assez crue d’une dure réalité, nous ne sommes pas en manque de fulgurances ici et là : étonnant et rapide travelling montrant la course de l’homme venant annoncer la mort du fermier, images expressionnistes de ‘l’après pendaison’, beauté esthétique et expressive des gros plans sur les visages, étonnant travelling ‘vue du ciel’ découvrant les trois ‘morts en sursis’ endormis… Peu de digressions au cours de ce bref récit mais nous ne pouvons passer sous silence cette scène assez anodine mais très émouvante qui tient entièrement par la force des regards, celle de la rencontre du personnage joué avec beaucoup de charisme par Henry Fonda et de son ancienne petite amie, désormais mariée.


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La générosité du discours, la pénétrante observation qui est faite de ce fait divers, la mise en scène dense et tranchante de Wellman, la rigueur dramatique du scénario de Lamar Trotti, la remarquable photographie aux éclairages nocturnes quasi-expressionistes, font de ce western un film tout à fait recommandable. Enfin, il ne faudrait pas oublier l’excellence d’un casting comprenant, outre Henry Fonda, les excellents Dana Andrews, Anthony Quinn, Henry Morgan, Harry Davenport ou Jane Darwell ; cette dernière nous ayant habituée à des rôles de matrones foncièrement humaines dans les films de John Ford, interprète ici avec talent un monstre de cruauté et de bêtise. Sans non plus passer sous silence l'inquiétante et dramatique musique de Cyril J. Mockridge, qui tranche pas mal avec ce que nous avions pu entendre dans le western jusqu'à présent. Peut-être pas le chef-d'oeuvre annoncé mais un film on ne peut plus estimable !

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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Wagner » 15 juil. 10, 11:11

Strum a écrit :A propos de Monument Valley, j'en profite pour vous conseiller à tous, amoureux des westerns ou non, d'aller y faire un tour une fois au moins dans votre vie si vous le pouvez. C'est vraiment un endroit magique, à nul autre pareil. J'y ai un jour fait une ballade à cheval, et cela reste un de mes plus beaux souvenirs.


J'en reviens. Ce qui m'a le plus marqué est que cet endroit ne ressemble guère à l'idée que je m'en faisais en regardant les films de Ford.
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 15 juil. 10, 11:20

Wagner a écrit :
Strum a écrit :A propos de Monument Valley, j'en profite pour vous conseiller à tous, amoureux des westerns ou non, d'aller y faire un tour une fois au moins dans votre vie si vous le pouvez. C'est vraiment un endroit magique, à nul autre pareil. J'y ai un jour fait une ballade à cheval, et cela reste un de mes plus beaux souvenirs.


J'en reviens. Ce qui m'a le plus marqué est que cet endroit ne ressemble guère à l'idée que je m'en faisais en regardant les films de Ford.


Déçu ou positivement surpris ?

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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Wagner » 15 juil. 10, 11:37

Jeremy Fox a écrit :
Wagner a écrit :
Strum a écrit :A propos de Monument Valley, j'en profite pour vous conseiller à tous, amoureux des westerns ou non, d'aller y faire un tour une fois au moins dans votre vie si vous le pouvez. C'est vraiment un endroit magique, à nul autre pareil. J'y ai un jour fait une ballade à cheval, et cela reste un de mes plus beaux souvenirs.


J'en reviens. Ce qui m'a le plus marqué est que cet endroit ne ressemble guère à l'idée que je m'en faisais en regardant les films de Ford.


Déçu ou positivement surpris ?


Positivement surpris puisque j'avais tendance à ne pas attendre grand chose d'une masse de pierre rouge morte (je me suis principalement déplacé aux USA pour séjourner dans les Rocheuses). Résultat, j'ai trouvé l'expérience à Monument Valley plus forte que les Rocheuses, comme quoi (J'ai d'ailleurs trouvé Zion encore plus beau que Monument Valley. Cimino lui a rendu justice dans Desperate Hours).
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The Desperadoes

Messagepar Jeremy Fox » 15 juil. 10, 22:04

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Les Desperados (The Desperadoes, 1943) de Charles Vidor
COLUMBIA


Sortie USA : 25 mai 1943


La même semaine que le noirissime, austère et tendu The Ox-Bow Incident, les spectateurs américains pouvaient, pour reprendre leur souffle, découvrir ce western sympathique, sacrément mouvementé et bon enfant signé Charles Vidor ; à cette occasion, pour la première fois la Columbia nous dévoilait sa statue au flambeau habillée d’un glorieux Technicolor. Alors que les autres Majors avaient déjà testé le procédé depuis quelques années, le studio d’Harry Cohn s’y lançait à son tour et le résultat dépassait toutes les espérances. Dès l’image du générique sur laquelle vient s’imprimer le titre, on se dit que rien que pour la splendeur des couleurs et la flamboyance de la photographie aussi bien en intérieur qu’en extérieur, The Desperadoes mérite d’être visionné. Natalie Kalmus et George Meehan ainsi que les décorateurs et costumiers nous en mettent littéralement plein la vue. Tout ceci ne fait évidemment pas très réaliste mais peu importe ; l’usine à rêves méritait alors plus que jamais son appellation, son Ouest coloré et pittoresque nous convenait à merveille. A l’instar des comédies musicales chatoyantes de la Fox et de la MGM, les desperados de Vidor ont du faire oublier pendant quelques heures aux civils et soldats les évènements tragiques qui se déroulaient dans le monde. Un western à gros budget peu connu et qui mérite pourtant à mon avis de l’être !


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1863 ; la principale richesse de l’Utah est son cheptel de chevaux sauvages dont l’armée de l’Union a grandement besoin alors que la Guerre de Sécession fait encore rage. Grâce à ce commerce, Red Valley est une petite ville prospère, ce qui n’empêche pas son banquier (Porter Hall) d’être corrompu ; non content d’avoir de nombreux client, il organise lui-même le Hold-Up de sa banque se faisant ensuite passer pour le bon samaritain en acceptant de rembourser de sa poche 50% des pertes. Les habitants de la ville ne comprennent cependant pas que Steve Upton (Randolph Scott), leur honnête shérif, n’arrive pas à appréhender les bandits. Il fait pourtant tout son possible mais le gang, composé outre le banquier de plusieurs autres ‘respectables’ citoyens, est tellement bien organisé qu’il piétine dans son enquête. L’arrivée de Cheyenne Rogers (Glenn Ford), un étranger à la ville, va précipiter les choses. Ancienne connaissance du shérif avec qui il a pas mal bourlingué, il est depuis recherché pour meurtre. Même s’il souhaite rentrer dans le droit chemin, certains vont profiter de la venue de cet étranger pour lui faire porter le chapeau des violents cambriolages qui ont eu lieu. Heureusement, Cheyenne a d’autres amis en ville qui vont tout faire pour le sortir de cette mauvaise passe : son associé ‘Nitro’ Rankin (Guin ‘Big Boy’ Williams), expert en explosif, la Comtesse (Claire Trevor), la Saloon Gal qui a passé sa jeunesse à ses côtés et ‘à cause’ de qui il est devenu hors-la-loi, la jeune Alison McLeod (Evelyn Keyes) dont il vient de tomber amoureux, Uncle Willie (Edgar Buchanan), le père de cette dernière, un des membres du gang ayant décidé de changer de camp ne supportant pas que les vols se soient déroulés avec morts d’hommes à la clé… Après de multiples rebondissements, tout reviendra dans l’ordre ; les méchants seront châtiés et les bons pourront poursuivre leur vie tranquille et (ou) convoler en juste noce.


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Comme on peut le constater, rien de bien méchant ni de bien nouveau sous le soleil du western concernant l’intrigue : on revenait aux bonnes vieilles recettes routinières débouchant logiquement sur un film conventionnel mais qui respectait parfaitement son cahier des charges, celui d’un divertissement haut de gamme qui pouvait difficilement ne pas plaire à quelconques aficionados du genre ; ces derniers se retrouvaient en terrain connu, tous les éléments bien mis en place et bien gérés par le professionnalisme de Charles Vidor, des techniciens et équipes du studio. En résumé, pour être concis, on peut dire qu’il s’agit du pendant pour la Columbia de Dodge City de Michael Curtiz pour la Warner. Si la Columbia n’avait jusqu’à présent abordé le western qu’à de très rares reprise, à chaque fois elle se démarquait des autres studios par un soucis de réalisme notamment dans les tenues vestimentaires. Ici encore, voir des cow-boys ne portant pas le jean traditionnel mais des pantalons à carreaux ou à rayures n’est qu’un petit détail mais qui n’en est pas moins dépaysant. Pour le reste, un harmonieux patchwork d’humour, d’action et de romance qui ne révolutionne rien mais qui se révèle bougrement plaisant.


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La drôlerie provient des acteurs Guinn ‘Big Boy Williams qui faisait déjà le clown dans les films de Michael Curtiz avec Errol Flynn, du truculent Edgar Buchanan et sa voix éteinte très particulière sans oublier le personnage du barman qui a peur pour ses miroirs à chaque éclat de violence, interprété ici par Irving Bacon. L’action est procurée, à l’aide de beaux mouvements de caméra et d’un montage efficace, par une trépidante course poursuite dans les paysages montagneux grandioses de l’Utah, une phénoménale séquence de Stampede de chevaux sauvages filmée en partie d’hélicoptère, une impressionnante bagarre dans un Saloon qui vaut bien toutes celles vues jusqu’à présent. Quant aux parties romantiques assez réussies, elles le doivent avant tout à deux personnages féminins assez bien croqués et interprétés avec talent, que ce soit par une habituée du genre, Claire Trevor et ses robes chatoyantes, ou la méconnue Evelyn Keyes, l’épouse du réalisateur dont le rôle le plus célèbre était celui d’une des sœurs de Scarlett O’Hara dans Autant en Emporte le Vent. Pour leur tenir compagnie, un Randolph Scott qui force la sympathie et un Glenn Ford qui prend de plus en plus d’assurance. Si ce dernier arrivait à retenir l’attention dans ses précédents films sans pour autant se rendre inoubliable, il arrive ici à se hisser au niveau de ses partenaires ; on peut commencer à comprendre pourquoi quelques années plus tard, il deviendra la vedette maison.


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Autrement, Robert Carson signe un scénario bien plus passionnant que celui qu’il avait écrit pour le Western Union de Fritz Lang ; tiré d’une bonne histoire de Max Brand (Destry Rides Again), il est remarquablement bien ficelé, file à 100 à l’heure et ne nous laisse aucun moment de répit, le tout sans jamais se prendre vraiment au sérieux. Le ton est donc plutôt léger, les dialogues s’avèrent assez piquants et les scènes d'actions se déroulent souvent dans une relative bonne humeur. Une excellente surprise que cet unique western du futur cinéaste de Cover Girl, Gilda ou Les Pièges de la Passion (Love me or Leave me). Sans prétention autre que de nous offrir du bon spectacle ; mission pleinement accomplie et on en redemande !

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In Old Oklahoma

Messagepar Jeremy Fox » 20 juil. 10, 11:13

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La Ruée Sanglante (In Old Oklahoma, 1943) de Albert S. Rogell
REPUBLIC


Sortie USA : 06 décembre 1943


Alors que la RKO s’encanaille (The Outlaw), que la Fox a le culot de sortir, sans trop y croire financièrement parlant, le western le plus adulte encore jamais réalisé (The Ox-Bow Incident) et que la Columbia se lance avec succès dans le Technicolor (The Desperadoes), la Republic d’Herbert J. Yates, fidèle à ses principes, reste sur ses rails sécurisées et offre aux spectateurs en cette fin d’année 1943 un petit film de série sans conséquences mais loin non plus d’être désagréable. Après In Old California, John Wayne et Albert Dekker se voient une nouvelle fois confrontés, tous deux se disputant les charmes de la jolie Martha Scott qui remplace avantageusement Binnie Barnes, le tout dans un film mi-comédie, mi-western se déroulant à l’orée du 20ème siècle, le pétrole remplaçant le bétail, les automobiles faisant leurs premières apparitions ; de menus détails amenant un petit dépaysement loin d’être déplaisant.


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1906. En Oklahoma, c’est la ruée vers l’or noir : c’est à l’intérieur des arides réserves indiennes que l’on trouve le plus de ce pétrole. L’exploitant millionnaire Jim Gardner (Albert Dekker) propose donc aux Indiens de forer leurs terres mais ces derniers n’ont pas confiance en lui. Dan Sommers (John Wayne) , un cow-boy, est décidé à protéger les droits des Indiens et ira jusqu’à trouver le président des États-Unis pour obtenir l’autorisation de superviser lui-même l’exploitation afin que les propriétaires des terres ne soient pas floués. Se dressant contre le magnat du pétrole, Sommers n’est alors qu’au début de ses problèmes, Gardner allant essayer par tous les moyens de lui mettre des bâtons dans les roues. Pour compliquer le tout, les deux ennemis vont se disputer les faveurs d’une même femme : Cathy Allen (Martha Scott), une jeune institutrice, romancière à temps perdu… Tout se terminera par une spectaculaire ruée (non pas sanglante comme le suggère le titre français mais explosive) de chariots transformés pour l’occasion en citerne roulant à vive allure vers la station de Tulsa.


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"Il se passe tellement de choses qu’on dirait une parade de cirque" dit le personnage de Martha Scott à mi-film. Nous assistons en effet à un grand nombre d’évènements au cours de La ruée sanglante (un numéro de music-hall, l’explosion d’un puits de pétrole, une rencontre avec le président des USA, une bagarre homérique, une ruée de chariots transformés en citernes…), mais tout ceci est filmé tellement platement que nous avons du mal à nous rendre vraiment compte que le scénario nous offre tant de rebondissements. D’emblée, il est clair que ce western de série ne pourra plaire qu’aux inconditionnels purs et durs du genre. Tout y est conventionnel, que ce soit le scénario, l’intrigue et la mise en scène. Mais c’est peut-être aussi grâce à ces conventions que les fanatiques se retrouveront en terrain connu et pourront passer malgré tout un agréable moment. Car si l’ensemble est effectivement terne et assez mollasson, tout n’est pas à jeter dans ce film.


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Et c’est une nouvelle fois grâce à John Wayne qu’il arrivera à tenir en éveil certains qui savent très bien à l’avance à quoi ils vont assister. En effet l’acteur se révèle une fois de plus très à son aise lorsqu’il s’agit de jouer la comédie, et ici, son personnage plein d’humour le lui permet. Il prend un plaisir fou à se faire ridiculiser par le personnage féminin principal, à faire le fanfaron et le roublard. "Ma grand-mère dit toujours… " n’arrête pas de dire John Wayne à tout bout de champ, le personnage n’en ayant pourtant jamais eu ! "C’était une licence poétique" avouera t-il à la fin, s’étant fait prendre à se trahir lui-même. Voir aussi l’acteur se plonger avec délice dans un roman à l’eau de rose, arriver dans le train par la fenêtre, s’interposer et s’imposer par jalousie entre les amoureux lors d’une soirée, etc., sont des moments franchement savoureux. D’ailleurs le premier quart d’heure du film qui voit la présentation des personnages à l’intérieur du train est assez bien enlevée et se rapproche plus de la comédie américaine que du western tout comme l’image finale qui n’aurait pas dépareillée dans une "Screwball Comedy". Il est bien entouré par Albert Dekker, l’acteur qui a en quelque sorte remplacé ces deux dernières années Brian Donlevy dans les rôles de chef de bande élégant et classieux. En effet, depuis qu’en Pat Garrett il soit passé de l’autre côté de la loi face à Billy the Kid dans le film de David Miller, Donlevy n’apparaît plus vraiment dans le genre de personnages qui l’ont fait connaitre au sein du western. Entre nos deux protagonistes masculins principaux, une Martha Scott plutôt agréablement dynamique ainsi qu’une piquante et savoureuse Marjorie Rambeau.


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Les scènes d’actions réglées par l’habituel Yakima Canutt, et entre autre la fameuse et longue ruée du titre, sont très efficaces, les impressionnants paysages de Kanab et de Zion dans l’Utah leur donnant un cachet supplémentaire. Ce sera d’ailleurs la dernière cascade de Canutt qui se contentera par la suite de les régler (il est surtout connu pour avoir mis en place la course de chars dans Ben-Hur en 1959), après avoir failli perdre une jambe au cours de ce tournage. Un western donc assez plaisant grâce surtout à son humour non dénué de verve et à des dialogues assez réussis, mais qui ne laissera pas un grand souvenir : on se demande même aujourd’hui comment un tel film a pu rencontrer autant de succès.


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Il aura cependant permis d’aider à la lutte contre un certain crime organisé. En effet, La ruée sanglante s’inspirant d’une réalité encore quotidienne en Oklahoma, le film est une bombe faisant connaître au grand public du reste des États-Unis comment des prospecteurs sans scrupules spolient les Indiens de leurs terres et de leurs droits. A ce propos, le film est bien gentillet puisque ‘le méchant’ utilise le discours pour parvenir à ses fins alors que la vérité était autrement plus rude : les Indiens étaient abattus et peu après, quelqu’un arrivait avec un testament le rendant propriétaire de ses terres. Hoover, patron du FBI, voyant que le film faisait réagir, prend les taureaux par les cornes et met fin aux agissements d’un réseau de faussaires qui, après avoir établis des testaments, en faisaient abattre les auteurs présumés pour hériter de leurs terres. A signaler aussi que, une fois encore, John Wayne prend avec véhémence la défense des Indiens dans une scène à la Maison Blanche, son discours étant étonnamment absent dans la version française ! Ceci étant, un divertissement sans prétentions et plutôt agréable pour clore l'année.

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Alphonse Tram
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Alphonse Tram » 20 juil. 10, 16:06

Tiens c'est curieux : le panneau du générique indique "formerly : in old Oklahoma" (auparavant : in old Oklahoma), alors que je croyais justement que ce titre était le plus récent par rapport à "La guerre des chats sauvages", et que le film était plus connu sous ce nom (Dans le vieil Oklahoma, donc).
Les producteurs ont dû revenir au titre premier assez rapidement après la sortie du film ?
Souhaits : Alphabétiques - Par éditeurs
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