Le Western américain : Parcours chronologique I 1930-1949

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Sybille
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Sybille » 30 juin 10, 17:39

Superbe tes captures de Shepherds of the Hills. :idea:

A part la dernière, ça donne envie d'aller y vivre. :D

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Jeremy Fox
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Valley of the Sun

Messagepar Jeremy Fox » 30 juin 10, 18:46

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La Vallée du Soleil (Valley of the Sun, 1942) de George Marshall
RKO


Sortie USA : 06 février 1942


Après un très moyen Wild Bill Hickok, l’année 1942 continue bien mal pour le western avec cette bouffonnerie signée pourtant du cinéaste qui avait réalisé coup sur coup l’excellent Femme ou Démon (Destry Rides Again), le sympathique When the Daltons Rodes et, tout juste quelques mois auparavant, l’échevelé Texas. Le scénario rocambolesque de ce dernier avait été écrit par Horace McCoy qui fut appelé à nouveau pour travailler sur celui de Valley of the Sun ; visiblement, l’histoire de Clarence Buddington Kelland parue dans le Saturday Evening Post ne l’a guère inspiré, c’est le moins que l’on puisse dire ! Je vais tenter de raconter le début de l’intrigue sans être certain d’y arriver tellement le script ‘j’menfoutiste’ part dans tous les sens sans véritable épine dorsale, sans aucune fluidité.


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La Vallée du Soleil se situe en Arizona et l’intrigue se déroule en 1868. Un fort avancé aux portes de Monument Valley : Cochise (Antonio Moreno) vient demander aux autorités militaires la libération de l’éclaireur Jonathan Ware (James Craig) arrêté pour avoir fait s’enfuir trois indiens prisonniers qu’il savait être innocents des méfaits pour lesquels ils étaient accusés. L’armée refuse cette requête mais Jonathan Ware réussit néanmoins à s’évader grâce à l’aide d’un sergent de ses amis. Voyageant en passager clandestin accroché à l’arrière d’une diligence, il se fait éjecter par Jim Sawyer (Dean Jagger). Ils se retrouvent tous deux à Tucson ; Sawyer s’avère être l’agent aux affaires indiennes de la région, un escroc notoire qui spolie sans vergogne la tribu de Cochise. Il est sur le point d’épouser Christine Larson (Lucille Ball), la propriétaire d’un restaurant à laquelle Ware n’est pas insensible. Les deux hommes ne peuvent s’empêcher de se battre ; après quoi Jonathan tente par tous les moyens d’empêcher le mariage. Pendant ce temps, les Indiens, mécontents de l’administration de Sawyer, sont sur le point de reprendre le sentier de la guerre ; seul Jonathan semble pouvoir rétablir le calme d’autant qu’il est très ami avec Cochise. La tâche va être ardue d’autant plus que Geronimo (Tom Tyler) ne veut rien entendre aux tentatives de diplomatie…


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A lire le résumé du film, on pourrait croire qu’il s’agit d’un western historique tout à fait sérieux ; il n’en est rien et nous nous retrouvons plutôt devant une comédie westernienne d’une grande médiocrité car rarement drôle malgré les efforts répétés et incessants des comédiens, certains tel Dean Jagger (par ailleurs excellent acteur, vu précédememnt dans Brigham Young et Western Union) ne semblant visiblement pas mûrs pour faire travailler les zygomatiques des spectateurs, les autres s’avérant bien ternes (Lucille Ball comprise), ce qui ne vaut guère mieux. En revanche ceux qui apprécient l’humour involontaire auront de quoi se plier de rire notamment lors des séquences dans le camp indien, Tom Tyler en Geronimo méritant à lui seul le coup d’œil ; il est certainement aussi crédible que si Alan Ladd avait endossé le rôle de l’imposant Sitting Bull ! Certains se demandaient pourquoi, alors qu’il s’agissait d’une des plus gros budgets de la RKO dans le domaine du western, Valley of the Sun avait été autant délaissé voire oublié dans les différentes anthologies du genre ; au vu du résultat, tout ceci semble parfaitement logique et ce n’est certainement pas pour rien que malgré toute la publicité faite autour de lui à sa sortie, il fit perdre à la RKO beaucoup d’argent (plus de 150000 dollars) suite au bide du film en salles. Le studio fut alors découragé d’en mettre dans l’immédiat d’autres en chantier. Avec son budget de série A, ce western n’arrivait même pas à ressembler au moins à un sympathique western de série B ! Il n’y a qu’à voir la séquence des épreuves qui, au campement Apache, opposent Geronimo à Jonathan Ware ; elle nous fait bien plus penser à Intervilles qu’à un divertissant film d’action ! Et que dire de la scène du mariage annulée pour cause ‘d’attaques’ de fourmis ? Tout ceci s’avère bien plus lamentable que cocasse.


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On n’aura néanmoins pas tout perdu car les extérieurs sont bien choisis et que quelques plans superbement cadrés par George Marshall les mettent parfaitement bien en valeur. On assiste aussi à l’attaque d’une ville par les indiens, chose assez rarissime, et on peut sourire à deux ou trois reprises grâce à quelques ‘punchlines’ misogynes bien amusantes telle « There's two ways to deal with women - and no one knows either one of them! ». C’est bien peu et c’est d’autant plus décevant que jusqu’à présent George Marshall s’était fait le spécialiste du western humoristique ; sans vouloir trop anticiper, il réalisera même peut-être la plus belle réussite dans ce ‘sous-genre’. Avec un tel postulat de départ, il aurait peut-être fallu ne pas y injecter d’éléments humoristiques ou alors au contraire filmer une parodie ; le mélange des tons s’avère ici totalement raté. A lire d’autres avis ici et là, je me rends compte que certains ont bien apprécié ; pour ma part, j’avoue le trouver tout simplement presque crétin ! Mais n'allons pas commencer à nous appesantir sur des films d'une telle médiocrité !

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Jeremy Fox
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The Great Man's Lady

Messagepar Jeremy Fox » 2 juil. 10, 23:34

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L’Inspiratrice (The Great Man’s Lady, 1942) de William Wellman
PARAMOUNT


Sortie USA : 29 avril 1942


1942. On est sur le point d’inaugurer la statue de feu le sénateur Ethan Hoyt (Joel McCrea), le pionnier à l’origine de la construction de la ville de Hoyt City. Tous les plus grands journaux ont envoyé leurs reporters sur place espérant que la centenaire Hannah Sempler (Barbara Stanwyck) leur en révèlera plus sur ce grand homme qu’elle semble avoir très bien connu. Mais la vieille femme veut garder secrète la relation qu’elle eut avec l’homme que l’on célèbre aujourd’hui ; elle chasse tous les journalistes de sa maison sauf une jeune femme (Katherine Stevens) avec qui elle se sent en confiance. Cette dernière lui avoue être en train d’écrire une biographie sur le sénateur. Pour éviter les erreurs, Hannah décide de lui conter son histoire (d’amour entre autres) avec le fondateur de la ville. Flashback. 1848 à Philadelphie. Le cow-boy Ethan Hoyt n’a qu’un rêve en tête, bâtir une ville dans l’Ouest sauvage ; pour y arriver il demande l’aide financière d’un banquier qui refuse ne croyant pas une seule seconde à l’extension du pays vers les terres du Far-West. Sa fille en revanche tombe immédiatement sous le charme de ce jeune homme courageux, intrépide et aux belles idées de grandeur. Elle décide de le suivre dans cette aventure et en chemin pour Hoyt City, ils se marient. Dans les moments de découragements au cours desquels Ethan sera sur le point de baisser les bras, Hannah sera toujours là pour le pousser à poursuivre son rêve jusqu’au bout. Pour y arriver, Ethan continue donc à chercher fortune à droite à gauche. Son épouse et conseillère continuera à agira ensuite dans l’ombre après qu’Ethan soit parti de chez lui ivre de jalousie, trouvant dans son foyer à chacun de ses retours la présence d’un rival nommé Steely Edwards (Brian Donlevy), un sympathique Gambler fou amoureux d’Hannah. Ethan venait pourtant de tomber sur un filon d’argent qui le fait devenir immensément riche du jour au lendemain ; il n’a plus qu’à faire prospérer la ville sans plus se soucier d’Hannah. A sa décharge, il croit son ‘inspiratrice’ morte dans un accident…


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En petite forme en ce début des années 40 quels que soient les genres qu’il aborde, William Wellman réalise ce mélodrame westernien, sorte de remake de La Ruée vers L’ouest (Cimarron), sans aucune conviction. Alors que, comme pour l’excellent western de Wesley Ruggles, l’histoire semblait devoir donner un film valeureux et mouvementé sur l’érection d’une ville au fin fond du Far-West par un homme qui croit à ses rêves de grandeur et d’humanité, on se retrouve devant un pauvre drame amoureux bavard et sans aucun intérêt. Si quand même : grâce au talent de Brian Donlevy qui nous donne une interprétation extrêmement touchante d’un joueur passionnément épris de la femme de son ami sans que son penchant soit réciproque, on peut se rabattre sur son histoire d’amour platonique assez émouvante. En revanche le couple principal (qui était déjà celui de Pacific Express de Cecil B. DeMille) est loin d’être convaincant. Joel McCrea est bien trop naïf et manque encore de charisme pour ce rôle ; on a vraiment du mal à le croire capable de réaliser ses ambitions et encore plus de mal quand le pouvoir lui monte à la tête au moment de l’arrivée du chemin de fer dans sa ville ; quant à Barbara Stanwyck, elle est toujours charmante et talentueuse, son personnage de femme forte pouvait à l’occasion être assez intéressant mais on a connu la comédienne bien plus inspirée dans des rôles similaires et dans un nombre incalculables de mélos bien plus passionnants que celui-ci.


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Pour que le film puisse acquérir une certaine ampleur au vu d’un thème à priori épique, il aurait fallu que le scénariste ne fasse pas se succéder sans liant des séquences toutes plus plates (voire anecdotiques) les unes que les autres, sans presque aucune action ni aération, un comble pour tel sujet ! Presque tout le film est tourné en studio et la progression dramatique ne se fait pas franchement ressentir. Dommage car quand William Wellman a eu quelques rares occasions de filmer en extérieur, il nous a laissé néanmoins deux images mémorables dignes du lyrisme d’un King Vidor : l’arrivée de Joel McCrea et Barbara Stanwyck à l’endroit où ils souhaitent voir naître leur future ville avec au loin les caravanes de pionniers défilant à l’horizon alors qu’en surimpression on peut voir cette même ville telle qu’elle existe à l’heure actuelle ; et la séquence assez impressionnante de l’accident de carriole sur un pont emporté par les eaux.


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Voilà le peu que l’on peut sauver d’un western qui semblait devoir nous promettre bien plus que ces 90 petites minutes assez insignifiantes au cours desquelles il faut aussi devoir supporter une histoire amenée à plusieurs reprises par de pénibles flash-back narrés par une Barbara Stanwyck grimée en centenaire. Et puis décidément, Victor Young ne trouve d’inspiration pour ses thèmes d’amour que dans le pillage de symphonies romantiques ; pour Le Banni (The Outlaw) de Howard Hughes, c’était Tchaïkovski, ici c’est Johannes Brahms dont il reprend sans vergogne des thèmes entier de la 3ème symphonie sans même les retoucher. Ayez au moins la décence monsieur le compositeur de faire citer vos sources lors du générique ! On oubliera vite cette Inspiratrice d’autant plus que par la suite, aussi bien William Wellman que ses deux acteurs principaux tourneront des westerns d’une toute autre trempe !

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Major Tom
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Major Tom » 2 juil. 10, 23:39

Jeremy Fox a écrit :Comme promis, voici donc quelques captures supplémentaires que je viens de faire de The Shepherd of the Hills pour essayer de vous faire rendre compte de l'aspect plastique du film et de la qualité du DVD dont le test sera justement en ligne dès demain en principe.

Très, très belles images en effet. Ça donne envie.
Et bravo pour ton sujet passionnant!
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Jeremy Fox
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The Spoilers

Messagepar Jeremy Fox » 2 juil. 10, 23:44

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Les Ecumeurs (The Spoilers, 1942) de Ray Enright
UNIVERSAL


Sortie USA : 08 mai 1942

Ne serait-ce que pour la première et unique rencontre (dans le genre qui nous préoccupe) des deux plus importants cow-boys de l'histoire du cinéma, Les Ecumeurs mériterait de rester dans les annales. Sans ça, il n'en est pas moins un très honnête divertissement (un peu l'équivalent du Honky Tonk réalisé par Frank Lloyd pour la MGM mais en beaucoup moins classieux) mais ne fait toujours pas franchement décoller l'année 1942, cette dernière en ce début mai attendant encore un grand film dans le genre.

1900 : Nome (Alaska), en plein boom de la ruée vers l’or. De prétendus agents du gouvernement font régner la loi dans la région en spoliant les chercheurs d’or ; le vol de concessions sous couvert juridique va bon train. Les petits propriétaires décident alors de s’associer à Glennister (John Wayne), détenteur d’un des plus gros gisements de la région, pour contrer les ‘écumeurs’ menés par Alexander McNamara (Randolph Scott), pourtant commissaire aux mines. Avec l’aide d’un juge véreux, McNamara essaie de s’approprier les terrains aurifères les plus juteux dont le filon découvert par Glennister. Ce dernier, trompé par ses adversaires, perd le bénéfice de ses parts et est envoyé en prison. Au milieu de tous ces imbroglios, on trouve Cherry Malotte (Marlene Dietrich), patronne du saloon, tiraillée entre la jalousie de voir son amant Glennister reluquer la nièce du juge, l’amour intense que lui porte le croupier (Richard Barthelmess) et la tentative de séduction du peu recommandable McNamara. Elle finira par aider Glennister à contrecarrer les sombres complots du fonctionnaire malhonnête en jouant de ses charmes pour neutraliser ce dernier.


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Même si Les Ecumeurs date seulement de 1942, il n’en est pas moins la 4ème adaptation d’un célèbre roman de Rex Beach publié en 1906. La première avait vu le jour en 1914 et William Farnum (qui joue le juge véreux dans la version Enright) tenait alors le rôle de Glennister. En 1930, ce fut au tour de Gary Cooper d’endosser le rôle du mineur. Mais le western couronné de succès de Ray Enright demeure encore aujourd’hui la version de référence pour cette histoire. Il fait partie de ce courant "westernien" faisant se dérouler ses intrigues à l’époque de la ruée vers l’or, signifiant la plupart du temps une limite géographique se situant au Nord-Ouest des USA, au Klondyke plus particulièrement. Dès 1925, dans La ruée vers l’or, Charlie Chaplin posait les bases de ces "Northern western" en décrivant de façon inoubliable la faune grouillante s’étant établie dans ces terres froides : ses chercheurs d’or avides, ses hommes de loi véreux, ses saloons débordant de vitalité, de filles et de violence… Avec Les Ecumeurs, on voit apparaître le premier vrai fleuron de ses westerns narrant avec nonchalance, sans jamais se prendre vraiment au sérieux, les problèmes opposant les mineurs aux "spoilers" en Alaska et alentours.


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Comme un grand nombre de westerns de l’époque, il n’a pas d’autres prétentions de départ que de divertir et il faut bien avouer qu’il y réussit fort bien, Enright ayant eu un budget plus conséquent que quand il tournait à la Warner et sa mise en scène se révélant plus dynamique et bien plus carrée. Mais le film se révèle surtout un formidable véhicule pour ses trois têtes d’affiche. John Wayne venait pour la seconde fois soutenir la carrière, chancelante à l’époque, de Marlene Dietrich. Très à son aise dans la peau de cet aventurier un peu lourdaud (son culot et son indélicatesse lui font recevoir une gifle mémorable donnée par Marlene Dietrich), il arrive pourtant à être éclipsé par ses deux partenaires. Randolph Scott se sort avec les honneurs de son rôle de"Bad Guy", son sourire et son aisance faisant merveille. Mais Les Ecumeurs demeure avant tout un film dans lequel Marlene Dietrich brille de tous ses feux. "Tu serais belle même dans un sac de jute" lui rétorque à un moment donné Wayne/Glennister. Il s’agit du second rôle de Marlene en tant que "saloon gal" après l’avoir été dans Femme ou démon (Destry Rides Again, 1939) de George Marshall où elle avait pour partenaire le tout jeune James Stewart. Belle, enjôleuse, joviale, indépendante, énergique, boudeuse, difficile à conquérir, elle impose ici la vision archétypique de ce genre de personnage dans le western, la femme à la fois forte et frivole. Dans la peau de cette "lady" à la moralité pas tout à fait irréprochable mais au cœur grand comme ça, l’actrice se fait plaisir et monopolise le film, ses partenaires et les spectateurs. Le port altier, se déplaçant nonchalamment aux milieux des rues boueuses du Klondyke, elle attire tous les regards et attise tous les désirs. Toujours élégamment vêtue de robes façonnées sur mesure, elle est en outre magnifiquement et amoureusement photographiée et il ne fait pas de doutes que le héros ne pourra que tomber dans ses bras plutôt que dans ceux de la trop sage et réservée Margaret Lindsay, d’autant plus que cette dernière se révèle in fine faire partie du gang des écumeurs. En conclusion, même sans être fan de ce genre de films, la prestation de Dietrich ne pourra que séduire le plus grand nombre surtout que les dialogues qui lui sont confiés sont remplis de sous-entendus. Par contre, il faut prévenir les amoureux de la "chanteuse Dietrich" qu’elle ne pousse ici à aucun moment la chansonnette.


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Toujours par sa distribution, ce western de série nous propose d’autres occasions de nous réjouir : nous avons la chance de trouver parmi les seconds couteaux, deux acteurs bien oubliés de nos jours. Tout d’abord, le sympathique Harry Carey, ici l’associé de John Wayne, vieux cow-boy philosophe n’arrivant pas à dompter son fusil "‘Betsy" qui tire sans prévenir. Puis Richard Barthelmess et son air de chien battu, amoureux transi de Marlene Dietrich et qui n’hésitera pas à faire accuser de meurtre son rival en amour. Ceux qui connaissent cette merveille du 7ème art qu’est Seuls les anges ont des ailes de Howard Hawks savent quel très bon acteur il était.


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Avec un postulat de départ convenu, des situations courantes et sans grandes originalités, comme on peut s’en douter, le film ne cherche pas à délivrer un quelconque message ; il s’agit là, comme nous l’avons déjà signifié, de pur divertissement mené de main de maître par un artisan qui a du métier, le réalisateur Ray Enright, surtout célèbre pour avoir dirigé Rintintin et des chorégraphies de Busby Berkeley. Il ne s’embarrasse d’aucune psychologie ou bavardage mais va de l’avant avec une célérité étonnante. Film efficace, enjoué, d’une belle vitalité et plein d’humour, il nous gratifie en outre d’une des scènes de pugilat les plus spectaculaires du cinéma. Une science du découpage étonnante et une caméra très légère font de cette scène justement célèbre un must pour les amateurs. Les deux acteurs principaux restent crédibles tout du long malgré la présence de deux cascadeurs, ce qui prouve la brillance du montage. Enfin, ce "western" nous propose aussi quelques fulgurances et autres superbes plans comme celui qui ouvre le film nous faisant voir un train arrivant au milieu de la ville aux rues boueuses grouillantes d’un monde bigarré ou cette autre, toujours avec un train, ce dernier défoncant une barrière avant de dérailler. Film gentillet, loin d’être inoubliable mais qui a le mérite de faire passer un bien agréable moment, les lacunes du scénario étant palliées par l’inattaquable métier du réalisateur et la qualité du casting.

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Link Jones
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Re: The Spoilers

Messagepar Link Jones » 3 juil. 10, 09:12

Jeremy Fox a écrit :Les Ecumeurs (The Spoilers, 1942) de Ray Enright
UNIVERSAL



J'ai du mal avec ce western, un de ceux que j'aprécie le moins du réalisateur (pour la poignée que je connais) et du Duke. Je le trouve bavard, un peu confus (mais la somnolence me gettait) il lui manque aussi un peu d'espace ...

En revanche je viens de découvrir avec beaucoup de plaisir The Shepherd of the Hills . Un régal pour les yeux, un merveilleux Technicolor avec des extérieurs magnifiques, une belle histoire familiale, sans réellement de surprise, mais avec une qualité de réalisation. Excellent Harry Carey ! John Wayne égal à lui même, et un découverte pour Betty Field :wink:

Ce DVD Universal est une vraie réussite, quelle qualité d'image, à couper le souffle pour un film de 70 ans !

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Jeremy Fox
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Re: The Spoilers

Messagepar Jeremy Fox » 3 juil. 10, 09:17

Link Jones a écrit : et une découverte pour Betty Field :wink:



Dommage qu'elle n'ait pas fait une grande carrière ; elle faisait quand même partie de la distribution parmi les rôles principaux dans le chef-d'oeuvre de Sam Wood, King's Row, peut-être le plus grand rôle de Ronald Reagan et un sommet méconnu du mélodrame.

Pour Ray Enright, j'ai encore de meilleurs souvenirs de ses films avec Randolph Scott de la fin des années 40 mais je trouve qu'il y a déjà un sacré gain par rapport à ses westerns tournés pour la Warner. The Spoilers n'est clairement pas un grand film, le scénario n'est certes pas toujours d'une grande clarté mais je m'y suis bien amusé. Peu d'extérieurs mais les rares que l'on voit sont assez peu courants et très bien filmés (la concession minière de Wayne et Carey, les rues boueuses, le train entrant dans la ville, le port...)

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Julien Léonard
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Julien Léonard » 3 juil. 10, 18:11

Belle chronique, et dans l'ensemble je suis d'accord. Pour le reste, c'est un Universal budgété, assez rythmé, et effectivement on ne s'y ennuie pas. Je passe toujours un très bon moment devant, surtout avec son final percutant : une bagarre parmi les plus réussies dans le genre. Wayne fait du Wayne, Scott fait du Scott, et Dietrich fait sa Dietrich, tout le monde fait gentiment son boulot, et a grand plaisir à se retrouver, cela se sent.

Bon film.
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Jeremy Fox
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In Old California

Messagepar Jeremy Fox » 6 juil. 10, 10:11

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Sacramento (In Old California, 1942) de William C. McGann
REPUBLIC


Sortie USA : 31 mai 1942


Alors qu'en début d'année, avec Valley of the Sun, George Marshall s'était ‘planté’ dans les grande largeurs à l'intérieur du genre dont il s'était fait le spécialiste, la comédie westernienne, c'est le méconnu mais prolifique William McGann (54 films en 14 ans de carrière !) à la Republic qui lui dame le pion quelques mois plus tard. Il faut dire que John Wayne dans le rôle d'un pharmacien joue le jeu avec une certaine aisance et, alors qu'il se faisait voler la vedette par Marlene Dietrich et Randolph Scott dans Les Ecumeurs (The Spoilers), il porte ici le film sur ses épaules même si en face Albert Dekker se révèle une nouvelle fois parfait dans le rôle du ‘méchant’ qui ne manque pas de classe et dont le sursaut d’humanité final rend assez attachant.


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Fin du 19ème siècle. Tom Craig (John Wayne), jeune docteur en pharmacie de Boston, gagne Sacramento pour y ouvrir une boutique. Britt Dawson (Albert Dekker), l’homme qui tient la ville entre ses mains et qui rançonne les ranchers de la région, lui en veut pour un geste de galanterie déplacé qu’il a eu envers Lacey Miller (Binnie Barnes), sa fiancée. Il décide donc de lui mettre des bâtons dans les roues mais notre héros n’abandonne pas son projet pour autant et arrive à s’installer dans un local qui jouxte le saloon en s’associant avec l’entraîneuse d’à côté qui n’est autre que… la future épouse de son ennemi ! Par son talent et ses conseils avisés, il acquiert une grande popularité jusqu’à ce qu’un homme soit trouvé mort dans sa pharmacie après avoir ingurgité un de ses sirops ; on accuse Tom de meurtre et il est sur le point d’être lynché. Au dernier moment, un homme arrive en trombe criant à tout vent qu’il vient de trouver de l’or ; tout le monde se précipite à sa suite laissant Tom la corde au cou mais sain et sauf. Après avoir encore failli se faire tuer à plusieurs reprises, après avoir éradiqué une fièvre qui sévissait dans le nouveau camp de chercheurs d’or, il pourra convoler en juste noce avec la compagne de son ex-ennemi.


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1941. John Wayne est désormais une star depuis son rôle de Ringo dans La Chevauchée Fantastique (Stagecoach) de John Ford. Le scénario de Sacramento, parmi une douzaine d’autres, est soumis au Duke qui l’accepte immédiatement car le rôle principal est celui d’un pharmacien. A cette occasion, il tente de faire revivre le souvenir de son père, pharmacien lui-même, d’origine irlandaise, s’installant en Californie non loin d’un petit village du nom de Hollywood. In Old California fait partie des innombrables westerns de série produit par la Républic ; celui-ci sert surtout de véhicule pour un John Wayne qui se révèle une fois de plus à l’aise dans un personnage inhabituel et léger. Trimballant son costume et son chapeau totalement démodés au milieu des cow-boys, demandant au saloon à ne boire que des verres de lait, il s’avère vraiment très drôle. Mais, pour ne pas déroger à son personnage, ce ‘pied tendre’ sait plier une pièce de monnaie à l’aide de la seule force de ses doigts et ne se défile pas quand il s’agit de jouer du poing : sa bagarre tonitruante avec Albert Dekker (habitué des rôles de ‘méchants’, il était excellent face à Clark Gable dans Honky Tonk de Jack Conway l'année précédente) vaut presque celle homérique mise en scène par Ray Enright dans Les Ecumeurs ; accélérant un peu la vitesse de défilement de l’image, se servant d’un montage assez rapide, faisant détruire tous les meubles et accessoires aux alentours, William McGann nous offre une séquence assez jubilatoire faisant office de défouloir.


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Le scénario très amusant et d’une belle vivacité sert surtout de prétexte à fournir des scènes humoristiques qui ne brillent pas par leur légèreté mais qui n’en sont pas moins très efficaces, des séquences d’action assez alertes et d’autres romantiques mettant en valeur les actrices Billie Barnes et Helen Parrish ; même si elles ne sont pas forcément mauvaises, on ne peut pas dire que ce soient les partenaires les plus inoubliables qu’a eu John Wayne jusqu’à présent (Claire Trevor, Marlene Dietrich, Betty Field ou Paulette Goddard possédaient quand même bien plus de talent). La réalisation, sans génie, se révèle toutefois solide et efficace et au final, les amateurs du genre pourront trouver de quoi passer un agréable moment d'autant que le tout file à 100 à l'heure. Un film aussitôt vu, aussitôt oublié, jamais ennuyeux et qui à le mérite de ne pas se prendre au sérieux, témoin cette scène au cours de laquelle Patsy Kelly détend son linge à coup de revolver. Pas désagréable mais strictement interdit aux non-inconditionnels du genre.


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Pour la petite histoire, il est intéressant de noter qu'une séquence du film va prendre un aspect patriotique de circonstance et contribuer, à son modeste niveau, à redonner du courage aux américains alors qu'il sont plongés dans la Seconde Guerre Mondiale depuis bientôt six mois. On y voit John Wayne, debout sur un chariot, exhorter les prospecteurs à venir en aide aux mineurs atteints de la typhoïde, par cette phrase qui marquera les esprits des civils : « Je ne sais si je dois en appeler à votre courage parce que j’ignore si vous êtes plus courageux que sensés. Je sais que vous faites face à une situation où il vous faudra faire preuve de raison et de courage. Je ne vous demande rien, j’ai voulu que vous sachiez ce qu’est la situation. C’est à vous de juger, alors réfléchissez et faites votre choix ». Séquence très sérieuse qui se situe dans la seconde partie du film et qui tranche avec le ton humoristique omniprésent jusque là. C’est une des raisons pour laquelle il n’est pas interdit de penser que la dernière demi-heure a été rajoutée au dernier moment pour intégrer ce discours et le message d’entraide qui se profile. En effet, il faut savoir que depuis le début des années 30, au moins 70% de la production westernienne était constituée de films d’à peine 55 minutes (ceux que j’ai décidé de ne pas aborder ici par difficulté à se les procurer et très franchement par manque d’intérêt, ma passion pour le genre n’allant pas jusqu’à là) et on aurait pu croire que le film se terminait justement après la scène du lynchage qui nous amenait à cette durée. Il bifurque ensuite vers une toute autre intrigue moins réussie mais qui aura au moins eu le mérite de nous octroyer de belles images de traversée des chariots au milieu des montagnes ainsi qu’une scène d’action bien remuante. Sympathique à défaut de ne toujours pas nous fournir le très bon western attendu en cette première année d'entrée en guerre des USA.

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Apache Trail

Messagepar Jeremy Fox » 7 juil. 10, 20:05

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Apache Trail (1942) de Richard Thorpe
MGM


Sortie USA : 01 septembre 1942

Tom Folliard (William Lundigan), accusé du vol d’une diligence, est acquitté par le juge Keeley (George Watts) ; en effet, forcé durant l’attaque de rester aux côtés de son grand frère Trigger Bill (Lloyd Nolan), il n’a jamais voulu en être complice. Absous de son crime, il ne se voit néanmoins pas reprendre son travail en tant que ‘protecteur’ de diligence et ce malgré sa réputation de tireur le plus rapide du territoire. Il se voit en revanche offrir le poste de responsable d’un dangereux poste relais en plein territoire Apache, ses deux prédécesseurs ayant été tués par les Indiens. A son arrivée, il trouve sur le point de partir la Senora Martinez (Connie Gilchrist) et sa jeune fille de 18 ans, Rosalia (Donna Reed). Charmées par le nouveau ‘maître’ des lieux, elles décident de rester à ses côtés, la première dans l’espoir d’en faire son gendre, la seconde son époux. L’arrivée au relais de Constance (Ann Ayars) , une jeune et belle veuve, va attiser leurs jalousies alors que dans le même temps Tom va avoir fort à faire avec son hors-la-loi de frère qui vient de les rejoindre et les tribus Apaches qui sont sur le sentier de la guerre et qui menacent leur avant poste…


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Il y eut tellement peu de bons westerns en 1942 que Apache Trail est inclut dans le listing de Patrick Brion prenant en compte les films les plus importants du genre en cette année là ; à moins que ce soit par le fait qu’il soit produit par la MGM ou signé Richard Thorpe, le studio et l’un des réalisateurs fétiches de notre écrivain/programmateur ? Je ne vois pas d’autres explications au vu de sa médiocrité ! Moins pire que l’insupportable Wyoming tourné deux ans plus tôt mais au moins tout aussi terne, banal et inconsistant. C’est d’ailleurs Wallace Beery, acteur principal de Wyoming, qui avait d’abord été prévu en place de Lloyd Nolan pourtant en contrat avec la 20th Century Fox. On se demande d’ailleurs après coup qui aurait le plus mauvais cabotin des deux ! Car ils ont beau être d’excellents comédiens, mal dirigés ils se révèlent imbuvables aussi bien l’un que l’autre. Lloyd Nolan avait été grandiose dans La Légion des Damnés (The Texas Rangers) de King Vidor ; sous la direction de Richard Thorpe, dans la peau d’un personnage assez similaire, vêtu de la même façon, il en fait des tonnes sans jamais nous convaincre. Dans la peau du frère ayant mal tourné, il a en face de lui son incorruptible bellâtre de cadet, un héros pur et dur joué par l’insipide et transparent William Lundigan. C’est dire que niveau interprétation, ce n’est déjà pas ça d’autant que Donna Reed, dans son premier western, malgré la beauté de son visage, ne brille pas particulièrement, son personnage s’avérant aussi mal écrit que les autres. Pas grand-chose à dire non plus à propos des seconds rôles, aucun n’arrivant à retenir notre attention.


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Pourtant, tout comme dans la partie centrale de Stagecoach (tiré d’une histoire du même Ernest Haycox), l’intrigue regroupe une dizaine de personnages dans un endroit clos et l’on pouvait espérer voir s’établir d’intéressantes relations entre chacun d’entre eux, par exemple entre les deux frères ennemis, les deux rivales ; mais une fois le film terminé, contrairement au film de John Ford, on a oublié tous les protagonistes principaux ou secondaires à l’exception de celui du juge joué par George Watts dans la superbe première séquence qui laissait d’ailleurs augurer autre chose que ce western languissant et bourré de poncifs. Elle voit le juge arriver de nuit en diligence, s’arrêter à la porte de la prison et, sans descendre de la ‘voiture’, demander au shérif s’il a des prisonniers devant être jugés. L’homme de loi lui amène sur le palier l’unique inculpé à qui, après avoir écouté les chefs d’accusation, le juge dicte la sentence sans avoir mis le pied en dehors de la diligence et après lui avoir fait peur avec sa devise : « quand je doute, je pends » ! Dommage que ce personnage haut en couleur n’ait été que de cette scène initiale sans quoi nous aurions probablement eu quelques autres occasions de nous amuser ce qui n’est malheureusement pas le cas.


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Avec Apache Trail, on peut au moins se rendre compte et constater de visu qu’à côté de ses réalisations de prestige, la MGM, tout comme ses studios concurrents, donnait également dans les courts films de série destinés à être diffusés en première partie de séance ; le film de Richard Thorpe semble en faire partie, le budget alloué paraissant avoir été minimal malgré quelques beaux extérieurs. La bande son résonne tout du long d’un pénible écho artificiel nous faisant rappeler que la quasi-totalité du film a été vite fait tourné en studio et la mise en scène de Thorpe s’avère totalement indigente. Réalisateur ultra prolifique, homme à tout faire de la Metro Goldwin Mayer, malgré sa faible cote de popularité auprès des cinéphiles et autres historiens du cinéma, il nous offrit par la suite quelques superbes films d’aventures (Ivanhoé, Quentin Durward…) ou comédies musicales (Three Little Words, Thrill of a Romance…) dont beaucoup sont devenus des classiques. Il avait déjà prouvé dans les années 30 qu’il était très capable du meilleur (Night Must Fall) et habile à boucler un bon divertissement (quelques uns des meilleurs Tarzan avec Johnny Weissmuller). Malheureusement Apache Trail viendra à raison donner du grain à moudre à ses plus fervents détracteurs ; pas une idée de mise en scène, aucun rythme, une direction d’acteur inexistante…

Pour ce genre de séries B, des studios moins prestigieux tel la Republic arrivaient dans l’ensemble à faire bien mieux, plus mouvementé et autrement plus plaisant que ces westerns anémiés de seconde zone produits par les Majors. Chacun son métier ! Après trois années fastes pour le western, le genre semblait retomber un certain temps dans une période de vaches maigres.

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Le Western américain : Année 1942 en DVD

Messagepar Jeremy Fox » 7 juil. 10, 23:24

Le Western de 1942 en DVD

Une fois encore, aucun "classique" oublié pour cette année mais il faut dire que ce n'était pas bien compliqué puisque seul un titre pouvait à la rigueur entrer dans cette catégorie, l'amusant Les Ecumeurs de Ray Enright qui reste surtout réputé pour son trio de stars et son homérique bagarre finale.

Les (Le) Western(s) le(s) plus important(s) de cette année :

* Les Ecumeurs (The Spoilers) : Ray Enright :arrow: Page 25


*****************************************************************

Pour les amoureux du genre uniquement, il manquerait encore néanmoins pour posséder un choix un tout petit peu plus large parmi tous les westerns restants (une cinquantaine) :

* Pour la United Artists : American Empire de William McGann avec Richard Dix et Preston Foster

* Pour La Universal : Men of Texas de Ray Enright avec Robert Stack et Broderick Crawford

* Pour la Paramount : Tombstone de William McGann avec Richard Dix et Victor Jory



*****************************************************************


Mon top 5 arrivé à cette date :

* Sur la Piste des Mohawks (John Ford)
* Une Aventure de Buffalo Bill (Cecil B.DeMille)
* La Caravane Héroïque (Michael Curtiz)
* La Charge Fantastique (Raoul Walsh)
* La Piste des Géants (Raoul Walsh)


Le survol de l'année 1943 sera encore plus bref car uniquement constitué de 4 titres mais dont au moins une petite merveille. En revanche, j'annonce déjà pas moins de 240 titres uniquement pour la décennie 50 (une soixantaine ne sont pas encore listés dans le premier post)

A suivre :wink:

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hellrick
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Re: Le Western américain : Année 1942 en DVD

Messagepar hellrick » 8 juil. 10, 11:16

Jeremy Fox a écrit :Le Western de 1942 en DVD

Une fois encore, aucun "classique" oublié pour cette année mais il faut dire que ce n'était pas bien compliqué puisque seul un titre pouvait à la rigueur entrer dans cette catégorie, l'amusant Les Ecumeurs de Ray Enright qui reste surtout réputé pour son trio de stars et son homérique bagarre finale.



Découvert cette semaine, plutôt sympa aussi même si surtout intéressant pour les raisons que tu invoques.
En tout cas bonne continuation!!! :D
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The Outlaw

Messagepar Jeremy Fox » 12 juil. 10, 19:09

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Le Banni (The Outlaw, 1943) de Howard Hughes
RKO



Sortie USA : 05 février 1943


En 1940, le milliardaire Howard Hughes décide de produire un western mettant en scène pas moins de trois légendes de l’Ouest : Doc Holiday (l’ami de Wyatt Earp avec qui il participera au fameux règlements de comptes à OK Corral), ainsi que Pat Garret et Billy The Kid. Bien qu’il ait été commencé en 1940, Le Banni ne sort sur quelques écrans américains qu’en février 1943 après un tournage épique, bien plus palpitant que son intrigue. Prévu d’avoir pour titre Billy The Kid mais devancé par David Miller à la MGM, il changera pour The Outlaw. C’aurait du être le premier véritable western d’Howard Hawks mais finalement il faudra attendre Red River cinq ans plus tard. Ne supportant pas la folie des grandeurs de son producteur, ses excentriques exigences et sa mainmise permanente sur tous les aspects du tournage, le réalisateur de Scarface, L’Impossible Mr Bébé (Bringing up Baby) ou Seuls les Anges ont des Ailes (Only Angels have Wings) quitte le plateau au bout de 10 jours débauchant avec lui son chef opérateur Lucien Balard remplacé par Gregg Toland. Certains affirment que les deux hommes se sont fait virer par Howard Hughes qui leur reprochait de ne pas assez mettre en valeur les magnifiques paysage de Flagstaff en Arizona ni les impressionnants attributs mammaires de sa jeune découverte de 19 ans, la pulpeuse Jane Russel. Démission ou licenciement ? Quoiqu’il en soit Howard Hawks est parti mettre en scène les exploits du Sergent York alors que Hughes lui-même s’est attelé à reprendre les rênes de son western atypique et iconoclaste.


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D’un film censé être peu onéreux avec un budget initial estimé à 440 000 dollars, le coût total de production sera presque multiplié par dix et s’élèvera finalement à 3 400 000 dollars. Le producteur/réalisateur mégalomane fera tourner quelques séquences une centaine de fois, prendra un retard considérable, grèvera son budget publicitaire par des campagnes tapageuses destinées à lancer sa plantureuse trouvaille lui faisant créer sur mesure un soutien-gorge mettant encore plus en valeur ses formes avantageuses, fera sauter par avance au plafond les ligues de vertus et les organismes de censure… Tout ce bruit autour du film avant sa sortie, la rumeur de scandale parfaitement orchestrée assureront finalement son immense succès. Howard Hughes rembourse sa mise peu de temps après la sortie de son film puisqu’il récolte pas moins de 5 millions de dollars dans les semaines qui suivent son lancement dans quelques états seulement. En commercial roublard et plein de ressources, il ne s’arrêtera pas en si bon chemin puisque la véritable distribution du film à l’échelon national n’aura lieu qu’en 1950 après que tout le monde ait entendu parler de son statut sulfureux. S’il est passé à la postérité et est encore aujourd’hui si célèbre, c’est avant tout, plus que pour ses qualités, grâce aux différentes controverses qui eurent lieu avant même sa sortie sur les écrans, l’exigence de 108 coupes par le code Hayes, la colère des organismes de censure offusqués, les affiches scandaleuses reposant sur la poitrine de l’actrice…


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Doc Holiday (Walter Huston) est à la recherche de son cheval ; il le retrouve entre les mains du jeune William Bonney alias Billy le Kid (Jack Buetel) qui dit l’avoir acheté à Santa Fe et qui refuse donc de le lui rendre. Qu’à cela ne tienne ; se prenant immédiatement d’amitié pour ce jeune hors-la-loi, Doc ne lui cherche pas noise même s’il n’aura de cesse de l’asticoter sur ce sujet. Il retrouve également son ami Pat Garrett (Thomas Mitchell) qui d’aventurier est désormais devenu shérif de la ville. Billy tue en légitime défense un homme ayant cherché à devenir un héros en tentant de l’abattre. Pat Garrett, visiblement jaloux de l’amitié qui est né entre Doc et Billy, ne veut pas croire ce dernier et voulant l’arrêter le blesse grièvement. Doc Holiday le transporte en cachette chez sa maîtresse Rio (Jane Russel) à qui il confie les soins du blessé. Peu de temps auparavant elle avait tenté de tuer Billy, responsable de la mort de son frère. Elle finit pourtant par le sauver en le réchauffant de son corps et tombe amoureuse de lui. Doc est surpris en rentrant de les trouver marié mais ne s’en offusque pas malgré qu’il soit un peu vexé de s’être fait prendre par Billy tour à tour son cheval et sa femme ! Seulement, il s’avère qu’il regrette bien plus le premier. Billy veut bien faire un sacrifice et lui rendre au moins…sa femme ne pouvant pas se passer non plus de sa monture ! Humiliée par les marchandages la concernant, Rio décide d’aller livrer ses deux hommes en allant révéler à Pat Garrett leur cachette. Obligés de fuir, ils se réfugient dans la montagne en emmenant avec eux la jolie métisse ; non seulement ils sont poursuivis par Pat et ses hommes mais aussi par les Mescaleros…


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Ceux qui ne jurent que par la véracité historique ou l’analyse des motivations psychologiques des personnages ont très certainement compris qu’il ne fallait pas y compter avec The Outlaw ; Hollywood est habituée à violer l’histoire mais en l’occurrence il ne s’agit ici que de pure fantaisie. Qu’à cela ne tienne, ce western à moitié raté a au moins le mérite de posséder un ton unique à défaut d’un style. Se jouant des clichés du western, Howard Hughes signe une œuvre d’une misogynie ahurissante (la femme est ici bien moins considéré que le cheval) et d’une ironie constante à vrai dire assez jouissive. Le scénario de Jules Furthman est d’une hardiesse stupéfiante mais malheureusement l’intrigue n’a absolument aucun intérêt puisqu’elle tourne principalement autour du ‘suspense’ qui consiste à savoir qui de Doc ou de Billy finira par avoir le cheval et jusqu’où iront-ils tous deux dans le fait de se fiche comme d’une guigne de la pourtant désirable Jane Russel ? Les amateurs de westerns traditionnels devraient être décontenancés et un peu déçu d’autant qu’ils constateront par la même occasion la quasi absence d’action et de séquences mouvementées. Ce ne serait pas bien grave si Howard Hughes s’avérait doué pour la mise en scène, ce qui n’est franchement pas le cas. Entre deux fulgurances, elle retombe dans la plus grande platitude ou se vautre dans le ridicule (le zoom avant sur les lèvres de Jane Russel au moment du baiser) et le rythme de son film excessivement bavard est inégal et se traîne parfois assez lamentablement surtout vers la fin. Mais le ton insolite, l’humour constant, les allusions homosexuelles et quelques éclats plastiques font oublier la prétention du cinéaste qui a cherché avant tout à choquer le code Hayes, à adopter un constant parti pris sacrilège sans paraître s’être soucié d’autre chose hormis la poitrine de son actrice et les relations scabreuses entre ses trois protagonistes masculins.


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Il faut avoir vu les scènes de jalousie que fait Thomas Mitchell à Walter Huston, le zoom artificiel sur le visage de Jane Russel, la séquence puissamment érotique au cours de laquelle elle enlève ses bas avant d’aller réchauffer le malade de son corps, le visage de Billy semblant alors faire montre de spasmes précédant l’extase, la cruauté de la tante de Rio souhaitant ardemment la mort de Billy réfugié sous son toit, la sécheresse des éclairs de violence lors des duels, le sadisme de la scène où Billy se fait arracher les deux oreilles par des balles tirées par Pat Garrett, la poussière soulevée par les cactus arrachés au lasso pour retenir les Indiens en arrière, quelques plans pour se rendre compte que malgré ses innombrables défauts, le film de Hughes mérite d’être vu au moins une fois d’autant qu’il nous montre le Billy the Kid le plus crédible jusqu’à présent. Contrairement à John Mack Brown et Robert Taylor, Jack Buetel possède un vrai visage d’adolescent et est ma foi très à l’aise dans la peau de ce jeune homme violent, capricieux, susceptible, parfois inquiétant mais néanmoins charmant ; dommage que sa carrière se soit arrête presque net après ce rôle car ce sosie de James Stewart semblait avoir un certain potentiel. D’après les rumeurs, il aurait été le jouet (dans tous les sens du terme) du producteur qui ne l’aurait même pas payé pour ce premier et quasi unique rôle. Il forme avec Walter Huston ‘un couple’ franchement pittoresque. En revanche, Thomas Mitchell semble se demander ce qu’il fait au milieu de cette galère ; quant à Jane Russell, elle s’avère pour une fois plutôt pas trop mauvaise puisqu’on ne lui demande pas grand-chose à faire et surtout pas de débiter un long texte !!


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Carton rouge en revanche pour Victor Young ; on savait que la finesse n’était pas sa qualité première mais là il atteint des sommets. Sa musique est non seulement envahissante mais elle copie sans vergogne le thème principal de Stagecoach (ce ne serait encore pas bien grave puisqu’il s’agit d’un air traditionnel) et ne se gêne pas pour le thème d’amour à piller à la note près un mouvement d’une des symphonies de Tchaïkovski (la moindre des choses aurait été de l’indiquer au générique). Quant à l’accentuation de l’humour par des soulignements à gros sabots des dialogues ironiques ou humoristiques par des ‘rires’ de trompettes bouchées, on croyait l’entendre uniquement dans des cartoons ! Néanmoins, cette partition est à l’image du film : outrancière, surprenante et insolite à défaut d’être pleinement réussie. Même si on s’y est parfois ennuyé, on n’est pas prêt d’oublier la sensualité de Jane Russell et l’amitié virile et vacharde qui lie Jack Buetel et Walter Huston. Quant à la pirouette finale, elle vaut son pesant de cacahuète et devrait faire prendre leurs jambes à leurs cous aux historiens ayant voulu rester jusqu’au bout. La première fois, le film m’avait agacé ; la seconde fois, j'ai trouvé cette blague de potaches bourrée de défauts mais au final bien sympathique. Dommage que, étant libre de droit, aucune copie ne rende justice au fabuleux travail de Gregg Toland à la photo !

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Julien Léonard » 12 juil. 10, 19:44

Jeremy rules ! L'année 1943 commence, je ne l'attendais pas si tôt. J'espère que cette année nous réserve des surprises, car il est vrai que 1942 fut une année finalement assez terne, ou disons tout simplement avare en grands films. Si Les écumeurs (bien sympathique et efficace, cela dit) est le plus important, ça veut quand même tout dire...

J'avoue que Le bannis ne m'intéresse que très moyennement, mais je suis content de lire une bonne chronique dessus, tu fais la part des choses. Jane Russell sera sans aucun doute mon plus gros frein pour voir ce film : je l'ai toujours détesté. Enfin, visiblement, elle a l'air de ne pas trop mal donner le change en ces lieux.

Hâte de lire ta chronique du Wellman, car logiquement le niveau artistique devrait remonter ! Beau boulot, comme à chaque fois (et toujours aussi agréable à lire) ! :)
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 12 juil. 10, 20:41

Julien Léonard a écrit :
J'avoue que Le bannis ne m'intéresse que très moyennement, mais je suis content de lire une bonne chronique dessus, tu fais la part des choses. Jane Russell sera sans aucun doute mon plus gros frein pour voir ce film : je l'ai toujours détesté. Enfin, visiblement, elle a l'air de ne pas trop mal donner le change en ces lieux.

Hâte de lire ta chronique du Wellman, car logiquement le niveau artistique devrait remonter ! Beau boulot, comme à chaque fois (et toujours aussi agréable à lire) ! :)


8) Bonne, peut-être pas, mitigée disons ; mais la vulgarité et les outrance de Hughes m'ont assez amusé cette fois. Comme je le fais sous-entendre, Jane Russell est déjà mauvaise actrice dès son premier film mais ça ne se voit encore pas trop puisqu'à part dévoiler ses charmes et attributs, elle n'a pas grand chose à faire de plus donc ça passe :oops:

Mais c'est vrai que certains films comme Bungalow pour femmes de Walsh auraient été proches du chef-d'oeuvre avec une autre actrice en rôle principal.

Si Les écumeurs (bien sympathique et efficace, cela dit) est le plus important, ça veut quand même tout dire...


Bon résumé de l'année 1942