Le Western Muet

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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bruce randylan
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Re: Le Western Muet

Messagepar bruce randylan » 19 févr. 17, 11:09

Alexandre Angel a écrit :Merci.
Ce n'est pas pour moi malheureusement n'étant pas parisien. Les conditions sont elles bonnes?
De temps à autre, je "récupère" sur YouTube des cm commentés sur ce forum, notamment des Griffith chroniqués par Allen John.
Vos commentaires sont précieux :)


Oui, très bonnes conditions dans l'ensemble, petit salle mais confortable, accompagnement au piano pour toutes les séances et c'est majoritairement du 35mm.
Après, pour ronchonner, pas mal de programmes ne dépassent pas les 55 minutes, ce qui revient cher à la longue (sans parler du temps de transport pour s'y rendre et les inter-séances d'une heure si on enchaîne). Enfin, je me plains pas, c'est génial et inespéré d'avoir une salle dédiée au cinéma muet à Paris. On y croise souvent Jacques Lourcelles d'ailleurs qui apprécie la programmation qui lui permet de voir quantité de films qu'il n'avait jamais vu (alors qu'il ne va pratiquement plus à la Cinémathèque).

Dans ce cycle, il y a plusieurs court-métrages que la cinémathèque d'Amsterdam a mis en ligne comme The lieutnant's last fight de Thomas H. Ince, autre western plutôt réussi avec un dimension pro-indienne assez prononcée. Les intertitres sont en néerlandais mais les histoires sont assez claires et en passant par Google trad, on s'en sort pas si mal :wink:


Pour le programme A bit of blue ribbon, ils sont tous sur YouTube par exemple
http://www.fondation-jeromeseydoux-path ... 1T14:00:00
Dernière édition par bruce randylan le 19 mai 18, 00:48, édité 1 fois.
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Alexandre Angel
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Re: Le Western Muet

Messagepar Alexandre Angel » 19 févr. 17, 11:12

Merci :wink:

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bruce randylan
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Re: Le Western Muet

Messagepar bruce randylan » 19 mai 18, 00:47

Découvert à la cinémathèque :

L'homme aux yeux clairs / Blue Blazes Rawden (William S. Hart - 1918)
Image
Lors d'un duel où l'enjeu est un saloon, un bucheron abat le propriétaire par accident. La culpabilité le ronge d'autant plus que la mère et le frère du défunt arrivent dans le village et se lie d'amitié avec lui.

Assez peu emballé par ce William S. Hart.
Il faut déjà dire que la copie de la Cinémathèque est exécrable avec quelques passages incomplets et surtout une mauvaise qualité d'image pour beaucoup de tâches de moisissures. Ça a l'air tout de même plus regardable que la copie sortie en DVD américaine (visible sur Youtube pour les courageux) mais c'est loin d'être la panacée.
De toute façon, un meilleur confort visuel ne devrait pas non plus sauver un film assez bancal, pénalisé par l’interprétation sans finesse de William S Hart.
Lui qui est d'habitude formidable s'avère peu crédible au début du film quant il campe un joueur saoul gesticulant et grimaçant grossièrement. Ça affaiblit fortement le duel contre le propriétaire du bar qui tombe ainsi à plat par manque de réalisme (ou comment vider son chargeur de pistolet sur une cible immobile à 2 mètres et le rater :| ).
L'idée de cette scène était pourtant stimulante sur le papier avec la pièce se vidant de ses clients pour laisser la place à un duel dans l'obscurité.
La suite est un peu plus réussie avec l'arrivée de la mère et du frère qui annonce les dilemmes moraux de Hart. On retrouve alors le style plus psychologique et d'intensité intériorisée du cinéaste/acteur sauf que comme la première partie ne fonctionnait pas vraiment, j'ai eu du mal à m'attacher à son personnage d'autant que la proximité qui se noue entre la maman et l'assassin de son fils est très artificielle et précipitée. Je retiendrais surtout la séquence de la pierre tombale remplacée à la dernière minute, par ailleurs l'une des rare séquences en extérieur du film.
En effet, 80 à 90% de Blue Blazes Rawden se déroule dans le saloon (et ses chambres). Si l'idée d'accentuer la dramaturgie avec un huis clos est intéressante, le résultat est malheureusement une nouvelle fois en demi-teinte à cause du personnage de la jeune française métisse dont les motivations sont trop floues pour être satisfaisante.
Il y a donc pas mal d'aspects réussis (auxquels il faut rajouter un sentiment d'authenticité devant les décors et les costumes) mais ça reste souvent en surface et l'alchimie entre les différents éléments n'arrivent pas à prendre.

A noter que la copie de la cinémathèque semble tronquer les derniers plans du film pour laisser croire à un happy-end... Du moins, c'est le sentiment que ça donne. Peut-être est-ce seulement des plans absents "par hasard" comme ça arrive en fin de bobine.
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Re: Le Western Muet

Messagepar bruce randylan » 19 nov. 19, 20:06

Le festival de Pordenone rendait cette année hommage à William S. Hart dans une petite sélection, reprise elle-même partiellement par la Fondation Pathé en 3 séances (pour 5 films).

The Gunfighter (William S.Hart - 1917)

Image

Un bandit qui se vante de n'avoir assassiner que des hors-la-loi rencontre une jeune femme pure qui lui reproche son manque d'humanisme.

De ce film de 50 minutes, il ne reste qu'une moitié ; ce qui est fort dommage étant donné sa qualité.
Même si la formule du "mauvais garçon se repentant au contact d'un ange rédempteur" n'est pas très originale, l'interprétation de William S Hart et sa mise en scène suffisent à en faire une œuvre estimable.
La première partie, légère et décontractée, laisse place à une approche plus tourmentée et sombre jusqu'à une conclusion pessimiste. Peut-être est-ce à cause de ses parties manquantes - résumées par des cartons - mais la transition entre les deux tonalités est un assez brusque et le basculement du héros vers la culpabilité est un peu précipitée.
Malgré cet aspect, la réalisation est fluide, rythmée, toujours vivante par la véracité de son univers : la petite ville poussiéreuse, les bandits grandes gueules, les baraquements sommaires etc... De plus William S Hart est une nouvelle fois impeccable dans un rôle qui multiplie les palettes d'émotions. La photographie comme son sens du cadre viennent souligner les troubles de sa psychologie avec de très belles idées : incrustations des spectres de ses victimes, nuit orageuse, profondeur de champ, paysages à contre-jour etc...

The aryan (William S. Hart et peut-être Reginald Barker et Clifford Smith - 1916)

Image

Un chercheur d'or est manipulé par une femme vénale qui se fait passer pour chaste et attentionnée. Elle fait en sorte de le saouler et lui vole son argent. A son réveil, il découvre en plus qu'on ne lui a pas transmis une lettre de médecin de sa mère annonçant qu'elle vivait ses dernières heures. Arrivée trop tard pour être à ses côté une dernière fois, il devient misanthrope.

Encore une réussite majeure à rajouter à la carrière du comédie-cinéaste qui synthétise toutes les qualités de ses films : un scénario bien construit qui repose sur ses personnages ; un mélange de dureté et d'humanisme, de violence et de tendresse ; une interprétation sobre et subtile ; une reconstitution juste ; une mise en scène sophistiquée bien que discrète.
Construit en 2 actes principaux (l'arnaque signant son déchéance et son rachat), ses 45 minutes sont pleinement exploitées pour rendre crédible les différentes évolutions de William S. Hart et faire vivre plusieurs seconds rôles.
Encore plus que dans le précédent, le contexte historique est exploitée judicieusement via des émigrants englués dans le désert qui cherche le salut auprès de Hart devenu le chef d'un gang. Le choix des décors est remarquable avec ces bâtisses construits au sommet de dunes, surplombant le désert et renforçant le rang des deux personnages principaux. La partenaire Bessie Love apporte un contre-point parfait par une présence lumineuse sans être aussi virginale et idéalisée que chez les Griffith de cette période.
Ce qui est brillant, c'est que malgré ses 100 ans, le film semble éviter nombre de clichés du western à l'image d'une conclusion qui refuse le spectaculaire et l'ultime morceau de bravoure pour choisir un apaisement presque aussi dépouillé que lyrique ; le tout avec une tranquillité et une assurance à hauteur d'hommes.

C'est qu'en rentrant que j'ai tilté que le titre français est Pour sauver sa race que Louis Delluc cite en boucles dans ses articles.

Le film revient de loin et sa survit est encore bien précaire : à part quelques fragments, il était considéré comme perdu avant d'être retrouvé très récemment dans une copie issue d'Argentine qui avait écarté les éléments les moins tendres avec les Mexicains. Elle est en plus en 16mm, bien rayée et zoomée, coupant le haut et le bas de l'image. Faudra s'en contenter et on s'en contente largement.
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