Roberto Rossellini (1906-1977)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Addis-Abeba
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Messagepar Addis-Abeba » 21 nov. 07, 16:48

Kevin95 a écrit :
Addis-Abeba a écrit :De toute façon Kevin, austère n'est en rien pour moi péjoratif.


C'était ma première impression ! :wink:


Tout s'explique alors ! ;)
"On va voir King-Kong au cinéma avec les collègues, tu viens avec nous ? Non j'aime pas les films Chinois..."

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joe-ernst
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Re: Notez les films - juillet 2008

Messagepar joe-ernst » 23 juil. 08, 09:16

L'Amore (1948), de Roberto Rossellini.

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Dyptique mettant l'accent sur la souffrance et la solitude causés par un amour rejeté, il permet à Anna Magnani de faire montre de son talent versatile. La première partie est une adaptation de La voix humaine de Jean Cocteau et consiste en un long monologue téléphonique d'une femme qui ne supporte pas la séparation d'avec son amant. La Magnani a là l'occasion de faire sa grande scène du II et c'est plutôt réussi. La seconde partie met en scène une jeune paysanne simple d'esprit qui se fait mettre enceinte par un vagabond qu'elle a pris pour Saint Joseph (interprété par Fellini qui eut l'idée de cette seconde partie). Convaincue que son enfant à naître est Jésus, elle est raillée et rejetée par la population et se met dès lors à errer dans la campagne jusqu'à ce qu'une chèvre lui indique un endroit où accoucher.

La seconde partie est certainement la plus intéressante. Tout d'abord la mise en scène de Rossellini est une merveille dans sa manière de montrer le paysage époustouflant de la côte amalfitaine où se déroule l'action. La religion, sa symbolique et ses croyances populaires sont traitées de manière très ironique, tout en dénonçant un certain fanatisme et le peu de morale et de charité de ceux qui se disent chrétiens. L'interprétation de la Magnani, très émouvante, est excellente et on peut regretter qu'elle soit devenue LA tragédienne du cinéma italien, alors que son talent comique dans certaines scènes est indéniable (c'est d'ailleurs dans ce type de rôles qu'elle avait commencé sa carrière).

Un très beau film.
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Nestor Almendros
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Re: Roberto Rossellini (1906-1977)

Messagepar Nestor Almendros » 1 juin 10, 11:35

LE GENERAL DELLA ROVERE (1958)

SPOILERS
Oeuvre très intéressante et parfois déroutante, LE GENERAL DELLA ROVERE observe les complexités de l'âme humaine en s'attachant à un personnage très ambivalent. L'excellent Vittorio de Sica incarne un escroc patenté qui profite bassement du chaos engendré par la guerre, où la population cherche irrémédiablement l'espoir, où des familles sont prêtes à tout pour sauver un fils ou un mari emprisonné par les allemands. L'ambiguité du personnage tient à son aspect débrouillard et à une certaine humanité qui transparait malgré des actes peu reluisants: ce n'est pas un méchant, il est seulement trop opportuniste, n'hésitant pas à franchir une certaine morale pour se rapprocher des allemands, gagner leur confiance et en même temps quelques sous, renflouer des dettes de jeux (son seul vice?). Il nous renvoie surtout à cette éternelle question, tant ce comportement ressemble quelque part à un instinct de survie: qu'aurions-nous fait à sa place?

Le film étudie, dans une première moitié, le profil assez dérangeant d'une personnalité qui fait fi de tout patriotisme et de tout combat pour son seul intérêt personnel. Il m'a rappelé le HEROS TRES DISCRET de Jacques Audiard dans cette facilité à se cacher aux autres, à s'inventer une apparence, un personnage, à abuser son monde pour se construire lui-même un destin plus glorieux. On remarque que ses agissements ne le dérangent pas tant que les conséquences restent abstraites. Ainsi dans la deuxième moitié du film, lorsqu'il est emprisonné, son rapport à la guerre change. D'un quotidien aux repères fluctuants (et "facilement" contournables), il finit par passer à une vision beaucoup plus cruelle et véridique du conflit (la torture du barbier). Ce séjour en prison, au départ marchandé avec l'allemand (donc faisant encore partie de son jeu des apparences - il prend d'ailleurs une autre identité), va finalement se révéler difficile à supporter, d'une part, mais en même temps bénéfique car le personnage se réveillera de sa torpeur. On peut se souvenir d'une des séquences finales (les condamnés regroupés dans une seule pièce) ou la lecture de la lettre de la comtesse Della Rovere qui révèle à De Sica sa propre médiocrité. Il ne suffit pas d'avoir été bien né (comme le vrai Della Rovere) pour accomplir son devoir: la plus petite action peut grandir un homme et servir son pays. C'est ce qu'il finira par comprendre dans un dernier sursaut héroïque.

La mise en scène de Rossellini est millimétrée, usant aussi bien des cadres que de la musique (parcimonieuse et discrète) ou des décors (assez vastes, montrant un budget plutôt confortable). J'ai été un peu dérouté par le changement brutal de l'histoire à mi parcours (le film est bien scindé en deux étapes distinctes). Il m'a peut-être manqué un peu d'émotion également pour complètement adhérer au film. Reste une histoire captivante, un récit assez bien conduit.

Le master du blu-ray est vraiment très bon. Il reste quelques imperfections, notamment la tenue de certains contrastes pas assez pousés dans certaines scènes sombres. Mais c'est vite oublié.

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frédéric
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Re: Roberto Rossellini (1906-1977)

Messagepar frédéric » 16 déc. 10, 20:38

Descartes

Abandonné à peu près au bout d'une heure pas pu aller jusqu'au bout. Si quelqu'un a eu le courage...
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Re: Roberto Rossellini (1906-1977)

Messagepar Federico » 20 déc. 10, 00:31

frédéric a écrit :Descartes

Abandonné à peu près au bout d'une heure pas pu aller jusqu'au bout. Si quelqu'un a eu le courage...


J'ai un peu honte mais mes paupières sont devenues elles aussi lourdes, mais lourdes... Rrrrrrrrrrrhhhhhh....
The difference between life and the movies is that a script has to make sense, and life doesn't.
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Nestor Almendros
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Re: Roberto Rossellini (1906-1977)

Messagepar Nestor Almendros » 26 mai 11, 19:34

LA PROIE DU DESIR de Roberto Rossellini et Marcello Pagliero (1946)

Premier film diffusé par Patrick Brion dans son cycle "drames et mélodrames à l'italienne", DESIDERIO est l'un des rares titres à vraiment coller à la thématique. Commencé par Rossellini, le tournage fut stoppé momentanément puis repris par un autre réalisateur (Pagliero) avec en même temps une nouvelle actrice principale.
LA PROIE DU DESIR fait office de curiosité passable pour les fans de Rossellini mais permet également de voir une production de l'époque entièrement vouée à son public: c'est un drame populaire clairement destiné à faire pleurer dans les chaumières. Le trait est, disons, appuyé et le pathos jamais très éloigné. Le scénario illustre la déchéance d'une femme qui a le bonheur à sa portée mais qui passera à côté, autant par maladresse que par malchance. L'histoire est tellement orientée vers l'efficacité qu'on cherche un peu la subtilité entre la larme facile offerte aux spectatrices et une héroine sulfureuse malgré elle qui est comme une main tendue au public masculin (avec par exemple la scène des deux soeurs en nuisette). Au mieux pourra-t-on trouver un peu de finesse avec le personnage du pépiniériste, délicat et désintéressé, aubaine amoureuse et contraste tranché avec les autres protagonistes.

Malgré tous ces défauts, bien que le film s'avère très limité, il s'en dégage un certain charme, celui d'une époque, d'un genre un peu à l'eau de rose (plaisir coupable?) saupoudré d'une notion de destinée pas désagréable (la tragédie qui fait se rencontrer les futures amoureux et qui scelle un final un peu téléphoné mais pas inintéressant). Nous ne sommes pas encore dans le néo-réalisme mais on note quand même un tournage en extérieur, à la campagne, qui s'applique surtout à proposer une vision étroite mais louable de la société. Malgré les stéréotypes attendus entre la ville et la campagne, les contrastes ne sont pas si tranchés. Les deux univers sont peints avec la même amertume. La ville est traditionnellement un lieu de perdition, de vice, où l'innoncence s'y fait broyer à moins d'y vendre son âme (et sa vie), seul moyen d'atteindre ses rêves. Mais au grand air, dans la campagne paysanne, le tableau n'est pas mieux orienté: les communautés sont recluses dans des villages où l'intimité se fait rare, la proximité de l'autre oppressante, où la morale et les tempéraments restent étriqués. La vie paysanne se révèle sèche et impitoyable, même pour les siens, et ce retour aux sources qui devait être revigorant sera rapidement désagréable et même fatal.
Plus que de l'injustice, le film parle (déjà) de la place des femmes dans un monde régi par les hommes. Paola, l'héroïne, entraineuse à la ville, survit par la séduction d'hommes aisés qui prennent cette chair vulnérable pour un achat facile. A la campagne elle subit à la fois le déshonneur tacite de sa vie dissolue et son statut de femme: elle se révèle surtout prisonnière des préjugés et, encore une fois, du bon vouloir d'hommes qui ne la voient qu'en objet sexuel. Frivoles et lassés de la vie maritale, ils rejettent leurs frustrations et leurs fantasmes sur cette jeune femme qui n'a que le défaut de les charmer inconsciemment. Incapable de retenir l'assaut, elle est condamnée à jouer le rôle qu'on lui impose...

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Re: Roberto Rossellini (1906-1977)

Messagepar Jack Carter » 16 juil. 11, 12:56

Dix films font l'objet d'une restauration numerique mené par la Cineteca de Bologne. Une sortie dvd sera prevue une fois le programme de restauration terminé (Wild Side chez nous ???)

les dix films concernés sont :
Rome, ville ouverte
Allemagne, année zero
Paisa
Amore
Stromboli
La Peur
Voyage en Italie
La Force et la raison
Inde, terre mere

La Machine à tuer les mechants (celui-là devrait etre projeté au festival Lumiere 2011 en octobre, apres etre passé à Cannes classics)

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Kevin95
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Re: Roberto Rossellini (1906-1977)

Messagepar Kevin95 » 17 juil. 11, 11:54

J’espère qu'un éditeur français va suivre cette restauration et remplacer les éditions médiocres qui circulent sur le marché. Je suis seulement assez déçu que Europa '51 ne soit pas du programme, un film que je rêve de revoir et qui m'avait ému aux larmes au point de figurer en haut de mon panthéon Rossellinien.
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)

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Re: Roberto Rossellini (1906-1977)

Messagepar Joe Wilson » 8 janv. 12, 13:40

La prise de pouvoir par Louis XIV

Remarquable, tant Rossellini parvient à concilier démarche pédagogique et ambition de mise en scène. L'action est découpé en séquences qui révèlent des tensions et des enjeux avec beaucoup de clarté : la fin de vie de Mazarin, la relation entre le roi et sa mère Anne d'Autriche, l'ascension de Colbert, les intrigues et la disgrâce de Fouquet, les aménagements du château de Versailles.
La rigueur des cadres laisse toute leur place aux dialogues, incisifs et précis tout en restant très accessibles, transcendant des rapports de force. En s'attachant à l'évocation d'un quotidien, Rossellini offre l'impression troublante d'une immersion dans une époque devenue très vite familière.
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Re: Roberto Rossellini (1906-1977)

Messagepar Jeremy Fox » 23 mai 12, 06:40

Aujourd'hui, critique de Les évadés de la nuit sorti en DVD chez Tamasa

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Demi-Lune
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Re: Roberto Rossellini (1906-1977)

Messagepar Demi-Lune » 6 août 12, 09:23

Hier, j'ai découvert Stromboli (1950) dont je me suis amouraché pendant 1h40. J'ai été impressionné par la justesse psychologique de ce portrait de femme, prisonnière d'une vie que les circonstances ont imposée. Abandonnée, sur le fil du rasoir. Ingrid Bergman est bluffante, elle communique parfaitement les nuances de son superbe personnage, qui peut aussi bien être antipathique d'orgueil qu'émouvant de détresse quelques secondes plus tard. C'est une très belle histoire, avec des caractérisations très subtiles et des dialogues très crédibles. Mais, mais, mais... qu'est-ce que c'est que cette fin bâclée ?? On a un film très émouvant, qui tend vers un pic dramatique certain, et une fois qu'on a réalisé cette ascension (au propre comme au figuré), ça se termine en jus de boudin, sur une supplique à un Dieu miséricordieux qui semble complètement parachutée. Et on n'en saura pas plus. Pour moi, c'est le gros pâté qui défigure un film qui jusque là tenait du chef-d’œuvre.

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Re: Roberto Rossellini (1906-1977)

Messagepar Strum » 6 août 12, 10:08

Demi-Lune a écrit :Hier, j'ai découvert Stromboli (1950) dont je me suis amouraché pendant 1h40. J'ai été impressionné par la justesse psychologique de ce portrait de femme, prisonnière d'une vie que les circonstances ont imposée. Abandonnée, sur le fil du rasoir. Ingrid Bergman est bluffante, elle communique parfaitement les nuances de son superbe personnage, qui peut aussi bien être antipathique d'orgueil qu'émouvant de détresse quelques secondes plus tard. C'est une très belle histoire, avec des caractérisations très subtiles et des dialogues très crédibles. Mais, mais, mais... qu'est-ce que c'est que cette fin bâclée ?? On a un film très émouvant, qui tend vers un pic dramatique certain, et une fois qu'on a réalisé cette ascension (au propre comme au figuré), ça se termine en jus de boudin, sur une supplique à un Dieu miséricordieux qui semble complètement parachutée. Et on n'en saura pas plus. Pour moi, c'est le gros pâté qui défigure un film qui jusque là tenait du chef-d’œuvre.


C'est sûr que l'on n'est pas chez Nolan. Tant mieux. :mrgreen: C'est une fin à la Rosselini, le "cinéaste du miracle". :wink: Le fait qu'on n'en sache pas plus, c'est absolument nécessaire pour que cette fin fonctionne, pour que l'on soit partagé entre l'étonnement et la révolte, la révélation et le scepticisme, et que notre imagination travaille ensuite : c'est à nous d'essayer de trouver un sens à cette fin - tout ne s'explique pas nécessairement dans la vie ; c'est la même chose au cinéma. Si Rosselini avait continué dans la voie qu'emprunte cette fin, en rationalisant ou en explicitant cette fin, cela aurait tout gaché. Il fallait qu'il s'arrête là. La fin de Stromboli a toujours soulevé des questions, y compris chez moi, et c'est très bien comme ça. Cela dit, chez Rosselini, ce type de fin "miraculeuse" et non rationnelle, qui arrive sans que l'on s'y attende, marche peut-être encore mieux dans Voyage en Italie.

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Re: Roberto Rossellini (1906-1977)

Messagepar Wagner » 6 août 12, 10:12

Je la trouve très bien cette fin, il n'y avait rien à dire de plus parce qu'il n'y a rien à dire tout court, les images en disent bien assez
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Re: Roberto Rossellini (1906-1977)

Messagepar Père Jules » 6 août 12, 10:15

Strum a écrit :
Demi-Lune a écrit :Hier, j'ai découvert Stromboli (1950) dont je me suis amouraché pendant 1h40. J'ai été impressionné par la justesse psychologique de ce portrait de femme, prisonnière d'une vie que les circonstances ont imposée. Abandonnée, sur le fil du rasoir. Ingrid Bergman est bluffante, elle communique parfaitement les nuances de son superbe personnage, qui peut aussi bien être antipathique d'orgueil qu'émouvant de détresse quelques secondes plus tard. C'est une très belle histoire, avec des caractérisations très subtiles et des dialogues très crédibles. Mais, mais, mais... qu'est-ce que c'est que cette fin bâclée ?? On a un film très émouvant, qui tend vers un pic dramatique certain, et une fois qu'on a réalisé cette ascension (au propre comme au figuré), ça se termine en jus de boudin, sur une supplique à un Dieu miséricordieux qui semble complètement parachutée. Et on n'en saura pas plus. Pour moi, c'est le gros pâté qui défigure un film qui jusque là tenait du chef-d’œuvre.


C'est une fin à la Rosselini, le "cinéaste du miracle". :wink:


A voir si ce n'est pas déjà le cas pour Demi-Lune son chef-d'oeuvre: Les onze fioretti de François d'Assise. Un film miraculeux au propre comme au figuré. Ce qu'on appelle un hapax.

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Re: Roberto Rossellini (1906-1977)

Messagepar Demi-Lune » 6 août 12, 11:14

Strum a écrit :C'est sûr que l'on n'est pas chez Nolan. Tant mieux. :mrgreen:

Ah le coup bas. :lol:
Strum a écrit :C'est une fin à la Rosselini, le "cinéaste du miracle". :wink: Le fait qu'on n'en sache pas plus, c'est absolument nécessaire pour que cette fin fonctionne, pour que l'on soit partagé entre l'étonnement et le scepticisme, et que notre imagination travaille ensuite : c'est à nous d'essayer de trouver un sens à cette fin - tout ne s'explique pas nécessairement dans la vie ; c'est la même chose au cinéma. Si Rosselini avait continué dans la voie qu'emprunte cette fin, en rationalisant ou en explicitant cette fin, cela aurait tout gâché. Il fallait qu'il s'arrête là. La fin de Stromboli a toujours soulevé des questions, y compris chez moi, et c'est très bien comme ça. Cela dit, chez Rossellini, ce type de fin "miraculeuse" et non rationnelle, qui arrive sans que l'on s'y attende, marche peut-être encore mieux dans Voyage en Italie.

Ce n'est pas l'aspect miraculeux qui me dérange. Le miracle de Stromboli, c'est que Bergman survive à une nuit dans les émanations de gaz provoquées par l'éruption volcanique, on est bien d'accord ? Ça, ça ne me chiffonne pas. Ce sont les deux dernières minutes qui font suite, quand elle fait son monologue et sa prière, et surtout le fait que ça se termine ainsi. Il y a une suspension, une expectative qui à mes yeux ne fonctionnent pas en termes dramatiques et émotionnels. On prend un personnage, on le construit, on en fait quelqu'un de vraiment intéressant, nuancé, empathique, et au moment le plus fort du film, celui qui va déterminer son destin, on devient subitement fuyant, hâtif. C'est l'anti-climax. Il y a dans cette conclusion un caractère très expédié, très précipité, qui jure profondément, à mon sens, avec le soin, la subtilité, la dextérité avec lesquels Rossellini a traité son histoire, sa progression dramatique. Je ne vois plus que la fracture de ton et l'effet de cette fin est désamorcé. C'est pourquoi ça me paraît bâclé. L'impression que cette fin est une pirouette qui refile la patate chaude au spectateur alors que toute la construction du film appelle une résolution dramatique claire. Comprenons-nous bien : j'aime les fins ouvertes, j'aime que mon imagination soit titillée, qu'on fasse appel à elle. Mais dans Stromboli, l'affect l'emporte sur l'intellect : je suis trop frustré que Rossellini "laisse tomber" ce personnage formidable qu'est Karen au moment le plus important de son existence. Son court monologue ne signifie rien pour moi... peut-être n'ai-je pas la sensibilité (comprendre : la foi) pour apprécier à sa juste valeur la supplique divine de Karen, en tout cas je vois surtout une petite fin qui fait pschitt. Parce qu'elle ne me semble pas à la hauteur, dramatiquement et émotionnellement, de tout ce que Rossellini a bâti jusque là.