John Huston (1906-1987)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980...

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Fatalitas
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John Huston (1906-1987)

Messagepar Fatalitas » 21 juin 03, 11:07

EDIT DE LA MODERATION:

Vous pouvez consulter les différents topics consacrés au réalisateur

Le trésor de la Sierra Madre (1948) et sa Chronique Classik
Quand la ville dort (1950)
African Queen (1952)
Dieu seul le sait (1957) et sa Chronique "Classik"
Le vent de la plaine (1960)
The Misfits (1961)
Casino Royale (1967) et sa Chronique Classik
Promenade avec l'amour et la mort (1969) et sa Chronique Classik
La lettre du Kremlin (1970)
Juge et hors la loi (1972)
Le piège (1973)
L'homme qui voulut être roi (1975) et sa Chronique Classik
Le malin (1979)
A nous la victoire (1981)
Au dessous du volcan (1984)

et les Chroniques Classik de
Le faucon maltais (1941)
Key Largo (1948)
Moby Dick (1956)

Il existe aussi un topic consacré au film inachevé d'Orson Welles The other side of the wind avec John Huston (1972).



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Mac Lean a écrit :Wise Blood de John Huston

On retrouve encore la thématique de la fatalité dans cette ballade très belle du Huston fin de carrière... C'est fascinant de voir ce vieil homme faire un tel film sur la jeunesse. Plus que tout, c'est de celà dont parle "Wise Blood" avec extraordinairement de justesse. Hazel Motes est un écorché vif, animé par le désir absolue de rejeter son appartenance originelle, et de s'imposer à la société. Le tout est traité à travers le prisme de la prédication, une activité typiquement américaine, ce qui donne la forme d'une errance supérieurement réalisée ou l'on croise la route de plusieurs personnages marginaux ou losers, déjà crapules ou encores bourrés d'illusions. Brad Dourif est vraiment impressionnant, c'est dommage que cet acteur n'est plus fait grand chose de sensationnel par la suite (si ce n'est être l'âme de la poupée Chucky)... La très peu connue Amy Whright est exellente aussi.
Musique superbe d'Alex North

5,5/6

SPOILERS
Deux grands passages: le plan ou Dourif démasque Stanton avec son allumette (le faux aveugle démasqué dans le noir par son regard)...
Puis la voiture d'Hazel, véritable personnage du film, qui s'en va mourir seule à travers champs... Presque comme le héros de "The Asphalt Jungle"...


Grand film en effet, assez sous-estimé par rapport à d'autres films de Huston mais assurement un de ses meilleurs
7,5/10
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Ouf Je Respire
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John Huston (1906-1987)

Messagepar Ouf Je Respire » 13 nov. 03, 09:00

Les gens de Dublin de John Huston: son dernier film pour lequel il se fera assister en raison de son état de santé (comme antonioni avec "Par delà les nuages"), je me suis dit: "bon sang, comment faire un tel film alors qu'on est sous assistance respiratoire permanente??".
Ce film est un beau film, sans intrigue particulière, court mais juste ce qu'il faut (1h27), court comme la vie. Et un mélange très émouvant d'humanité, d'actes manqués et de conscience du temps qui passe et de la mort. Avec une mise en scène d'une rare élégance. Les monologues intérieurs sont loin d'être poussifs (voir le dernier qui clôt le film, splendide, et qui contient la clé de tout le film), et les acteurs sont éblouissants (il faut voir Angelica Huston, les yeux fermés dans l'escalier, écoutant presque indéfiniment une chanson chantée à l'étage...A pleurer.).

Un film qui pourrait passer pour mineur si on ne se donne pas à lui. Un grand concentré de vie en 1h27! Chapeau.

Je ne note pas.
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Messagepar Kurwenal » 13 nov. 03, 11:07

Ouf Je Transpire a écrit :

Les gens de Dublin de John Huston: son dernier film pour lequel il se fera assister en raison de son état de santé (comme antonioni avec "Par delà les nuages"), je me suis dit: "bon sang, comment faire un tel film alors qu'on est sous assistance respiratoire permanente??".
Ce film est un beau film, sans intrigue particulière, court mais juste ce qu'il faut (1h27), court comme la vie. Et un mélange très émouvant d'humanité, d'actes manqués et de conscience du temps qui passe et de la mort. Avec une mise en scène d'une rare élégance. Les monologues intérieurs sont loin d'être poussifs (voir le dernier qui clôt le film, splendide, et qui contient la clé de tout le film), et les acteurs sont éblouissants (il faut voir Angelica Huston, les yeux fermés dans l'escalier, écoutant presque indéfiniment une chanson chantée à l'étage...A pleurer.).

Un film qui pourrait passer pour mineur si on ne se donne pas à lui. Un grand concentré de vie en 1h27! Chapeau.

Je ne note pas.


Ce film est en effet une pure merveille, vu il y a très longtemps...des images me hantent encore. C'est un moment magique et fait partie des films dont on ne peut que regretter l'absence en Dvd. J'y avais déjà fait allusion dans un autre topic mais je doute qu'on ait la chance de voir cela d'ici longtemps: c'est un film pour "happy few" et ce serait sans doute un bide commercial :(

La "chanson" :roll: à laquelle tu fais allusion est tout simplement un air d'opéra de Bellini (Sonnambula, si mon souvenir ne me trompe pas! :?: )

La scène que tu rappelles reprend une des photos de scène de Callas ( dans Macbeth à la Scala), et dans le costume et dans l'attitude, elle s'en inspire totalement.
D'ailleurs très peu de temps après la sortie dece film, on a évoqué le projet d'une vie de Callas avec Angelica Huston ( par un cinéaste italien dont le nom m'échappe): la chose ne s'est pas faite!

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Messagepar Ouf Je Respire » 13 nov. 03, 11:14

Kurwenal a écrit :
Ouf Je Transpire a écrit :

Les gens de Dublin de John Huston: son dernier film pour lequel il se fera assister en raison de son état de santé (comme antonioni avec "Par delà les nuages"), je me suis dit: "bon sang, comment faire un tel film alors qu'on est sous assistance respiratoire permanente??".
Ce film est un beau film, sans intrigue particulière, court mais juste ce qu'il faut (1h27), court comme la vie. Et un mélange très émouvant d'humanité, d'actes manqués et de conscience du temps qui passe et de la mort. Avec une mise en scène d'une rare élégance. Les monologues intérieurs sont loin d'être poussifs (voir le dernier qui clôt le film, splendide, et qui contient la clé de tout le film), et les acteurs sont éblouissants (il faut voir Angelica Huston, les yeux fermés dans l'escalier, écoutant presque indéfiniment une chanson chantée à l'étage...A pleurer.).

Un film qui pourrait passer pour mineur si on ne se donne pas à lui. Un grand concentré de vie en 1h27! Chapeau.

Je ne note pas.


Ce film est en effet une pure merveille, vu il y a très longtemps...des images me hantent encore. C'est un moment magique et fait partie des films dont on ne peut que regretter l'absence en Dvd. J'y avais déjà fait allusion dans un autre topic mais je doute qu'on ait la chance de voir cela d'ici longtemps: c'est un film pour "happy few" et ce serait sans doute un bide commercial :(

La "chanson" :roll: à laquelle tu fais allusion est tout simplement un air d'opéra de Bellini (Sonnambula, si mon souvenir ne me trompe pas! :?: )

La scène que tu rappelles reprend une des photos de scène de Callas ( dans Macbeth à la Scala), et dans le costume et dans l'attitude, elle s'en inspire totalement.
D'ailleurs très peu de temps après la sortie dece film, on a évoqué le projet d'une vie de Callas avec Angelica Huston ( par un cinéaste italien dont le nom m'échappe): la chose ne s'est pas faite!


J'aime aussi beaucoup l'esprit théâtral de la mise en scène. La règle des 3 unités est quasi-respectée. Le film se passe quasiment que dans 3 pièces différentes. Somptueux.

Je ne connaissais pas le lien entre la scène citée et l'anecdote sur la Callas.
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Messagepar Kurwenal » 13 nov. 03, 12:32

Ouf Je Transpire a écrit :
J'aime aussi beaucoup l'esprit théâtral de la mise en scène. La règle des 3 unités est quasi-respectée. Le film se passe quasiment que dans 3 pièces différentes. Somptueux.



Tu vois mon cher Ouf, on n'est que deux à connaître ce film :? :wink:
Quand je dis que ça ferait un bide s'il sortait en dvd :idea:

:roll:

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Messagepar Roy Neary » 13 nov. 03, 12:34

Kurwenal a écrit :Tu vois mon cher Ouf, on n'est que deux à connaître ce film :? :wink:
Quand je dis que ça ferait un bide s'il sortait en dvd :idea:
:roll:

Mais non Calimero !
On est plusieurs à beaucoup aimer le film testament de John Huston. :wink:
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Messagepar Fatalitas » 13 nov. 03, 12:43

Ouf Je Transpire a écrit :
Les gens de Dublin de John Huston: son dernier film pour lequel il se fera assister en raison de son état de santé (comme antonioni avec "Par delà les nuages"), je me suis dit: "bon sang, comment faire un tel film alors qu'on est sous assistance respiratoire permanente??".
Ce film est un beau film, sans intrigue particulière, court mais juste ce qu'il faut (1h27), court comme la vie. Et un mélange très émouvant d'humanité, d'actes manqués et de conscience du temps qui passe et de la mort. Avec une mise en scène d'une rare élégance. Les monologues intérieurs sont loin d'être poussifs (voir le dernier qui clôt le film, splendide, et qui contient la clé de tout le film), et les acteurs sont éblouissants (il faut voir Angelica Huston, les yeux fermés dans l'escalier, écoutant presque indéfiniment une chanson chantée à l'étage...A pleurer.).

Un film qui pourrait passer pour mineur si on ne se donne pas à lui. Un grand concentré de vie en 1h27! Chapeau.

Je ne note pas.




:D :D :D :D :D :D :D :D :D

Rien à rajouter

Un chef d'oeuvre absolu et l'un de mes 10 films préférés, ni plus, ni moins :wink:
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Messagepar Jeremy Fox » 13 nov. 03, 13:17

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Seul rescapé d’un étonnant périple maritime, Ishmaël narre son étrange aventure... N’ayant plus rien d’intéressant à faire à terre, le marin s’engage à bord d’un baleinier, le Péquod, commandé par le capitaine Achab. Ce dernier est un homme sombre, hanté et obnubilé par une idée fixe : retrouver Moby Dick, la baleine blanche qui l’a autrefois handicapé et défiguré. Une lutte implacable s’engage entre l’homme et la bête, et l’obsession d’Achab le poussera à sacrifier son navire et son équipage dans sa quête furieuse, mystique et désespérée.


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...Directed by John Huston. Le générique terminé, la musique s’arrête brutalement pour faire place à des chants d’oiseaux sur des images de nature idyllique au milieu de laquelle avance un homme, le baluchon sur le dos. « Appelez-moi Ishmaël ! » prononce une voix off. Simultanément s’élève à nouveau la majestueuse partition de Philip Stainton qui accompagne avec lyrisme la suite de ce beau monologue : « Il y a quelques années, n’ayant plus d’argent, l’envie de me prit de naviguer encore un peu et de revoir le monde de l’eau. Quand je me sens des plis amers autour de la bouche, quand je suis d’humeur à faire valser les chapeaux, quand un novembre bruineux s’empare de mon âme, c’est qu’il est grand temps que je prenne le large... » Nous le voyons alors arriver, dans ce jour radieux, au sommet d’un plateau dominant un paysage magique de lande anglaise avec en arrière-plan la mer, but de toutes ses aspirations : « La mer où chaque homme, comme dans un miroir se retrouve. » Le plan suivant nous fait basculer brusquement de la lumière à l’obscurité ; nous retrouvons Ishmaël, en ville cette fois, courant sous la pluie à la recherche d’un abri : « C’est ainsi que j’arrivais à New Bedford par un samedi orageux à la fin de 1841. » Quelle belle entrée en matière, qui n’a pas à rougir face à celle du roman de Melville, et qui embarque d’emblée le spectateur dans une aventure à la Conrad ou à la Forester.


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Un tel prologue pouvait laisser imaginer un film d’aventure palpitant aux multiples rebondissements. Et pourtant, quelques minutes après, c’est à un long sermon du père Marple auquel nous assistons. Très peu de plans pour cette scène dans laquelle Orson Welles prouve une nouvelle fois son génie de conteur. Après être monté en chaire (qui a la forme d’une proue de bateau), le pasteur raconte la parabole de Jonas et de la baleine. Cette séquence, assez austère dans sa réalisation, est portée à bout de bras par l’acteur : John Huston lui fait confiance et, sans effets de mise en scène ou de montage, le filme quasiment en plans fixes durant toute son oraison : ce sera son unique contribution au film et elle demeure mémorable. A la suite de cette scène, nous assistons à la rencontre du narrateur avec les futurs membres de l’équipage dont Queequeg, au corps et au visage bariolés de tatouages ; un personnage pittoresque et surprenant grâce à qui (mais nous ne dirons pas comment) le narrateur sera le seul survivant de cette aventure. Le voyage peut dès lors commencer et le film sera désormais un véritable "huis clos sur mer". Nous sommes dès à présent, et ce jusqu’au terme du film, entraînés aux cotés de cet équipage, dans sa vie quotidienne à bord du navire. Le capitaine Achab ne fera sa première apparition qu’au bout d’une demi-heure, ce qui renforcera son côté mystérieux en plus d’avoir attisé l’attente du spectateur.


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Huston a commencé sa carrière de réalisateur en adaptant magnifiquement un grand roman de la littérature policière, Le Faucon maltais de Hammett. Ce coup de maître le confortera et il se fera quasiment une spécialité de s’emparer de livres pratiquement intouchables avec la plupart desquels il réalisera ses meilleurs films ; la liste impressionnante des auteurs adaptés comprend entres autres Malcolm Lowry, Carson McCullers, Tennessee Williams, Romain Gary, James Joyce et Rudyard Kipling. En 1950, alors qu'il est installé en Irlande, se pencher sur l’œuvre de Herman Melville ne l’intimide pas même s’il sait que la tâche sera difficile. L’élaboration du scénario durera un an et demeure un souvenir éprouvant pour Ray Bradbury qui fut en perpétuel conflit avec le réalisateur. Filmée aux Iles Canaries, aux Açores, au Portugal et au Pays de Galles, cette aventure nous permet de contempler de superbes images maritimes mais au prix de terribles conditions de tournage. Cependant, malgré ces difficultés, que le spectateur ne ressent jamais, le résultat s'avère remarquable.


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Le roman se déroule sur trois plans simultanés : aucun ne sera sacrifié par Huston, ce qui, loin de déséquilibrer le film, lui donnera au contraire une force et une modernité supplémentaire. Ces trois plans sont le roman d’aventure maritime (on a vu que la scène d’ouverture nous y faisait entrer de plain-pied), l’ouvrage philosophique et métaphysique (l’élément ambitieux de l’œuvre qui lui donne son ton unique) et enfin le documentaire sur la chasse à la baleine. Ces séquences de chasse sont filmées à hauteur d’hommes, sans pour autant renoncer à un aspect assez grandiose, les marins devant pour cette tâche accomplir des actions courageuses et dangereuses. L’insertion de ces scènes à l’intérieur de ce récit d’aventure n’a rien de choquant et ce cachet d’authenticité en plein mysticisme donne un petit côté surréaliste et moderne à la mise en scène... A l’opposé, Huston a le culot d’inclure une séquence qui fait aborder son film aux limites de la mythologie et du fantastique, celle des feux de Saint-Elme. Pourtant, elle ne sombre jamais dans le ridicule et ne surprend pas compte tenu de l’ambiance totalement démesurée qui règne à ce moment dans le bateau par la sorte d’ascendant que prend le capitaine sur son équipage (on pense à cet instant à une sorte de gourou). « Ne viens pas me parler de blasphème, fiston, je frapperais le soleil s’il m’insultait car si le soleil l’a pu faire, je peux lui rendre la pareille » : cette phrase montre bien la folie et l’ambition blasphématoire dans lesquelles se débat Achab. D’ailleurs, plus avance le film, plus son personnage se révèle totalement différent de celui de Jonas dont le pasteur faisait l’apologie dans son sermon. En effet, contrairement à Jonas qui, conscient de ses erreurs, se repent et retrouve Dieu qui en fait un de ses disciples, Achab restera jusqu’à sa mort un Prométhée possédé par le désir de puissance, un blasphémateur tentant de se hisser au niveau de Dieu sans aucuns problèmes de conscience.


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La composition tant décriée de Gregory Peck dans ce rôle très difficile est aujourd’hui encore assez impressionnante. Habitués à le voir jouer des hommes réfléchis, sobres et calmes, nous sommes surpris de le retrouver dans la peau de cet illuminé. Son cabotinage finit pourtant par servir ce personnage halluciné et buté qui décide d’entrer en lutte avec le Mal, Dieu ou les deux selon les interprétations. Sa mort, alors qu'il est accroché aux flancs de la baleine, son ennemie jurée, demeure une scène d’anthologie. John Barrymore avait déjà interprété Achab par deux fois dans des précédentes adaptations au début des années 1930, mais Gregory Peck n’a pas à rougir de sa prestation même si en lisant le roman on imaginait plus John Huston - ou son père Walter - dans la peau du capitaine. C’est d’ailleurs à son père qu’il pensait offrir le rôle puis, celui-ci décédé, envisageait de se l’octroyer. Gregory Peck dira : « John voulait réellement jouer Achab ; il voyait le personnage comme une combinaison de son père et de lui-même. » Le reste du casting est très bien distribué et Huston n’a pas cédé aux pressions des producteurs qui voulaient y inclure Ingrid Bergman. L’absence de femmes est totalement justifié ; pour faire autrement, il aurait fallu qu’une histoire d’amour fut aussi puissante que l’histoire de haine qui occupe le centre du récit.


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Beaucoup conspués eux aussi, les effets spéciaux sont pourtant de très grande qualité pour l’époque et les baleines en caoutchouc n’ont rien de risible, les scènes finales possédant même une force peu commune, aidées en cela par la musique et la virtuosité du maniement de la caméra. L’alternance de gros plans hiératiques et de plans éloignés en furieux mouvements, le tout buriné par une couleur irréelle et terrifiante, grandiose par ses ocres, inquiétante par ses jaunes, nous plonge dans une ambiance vraiment intrigante. Mais que se cache-t-il vraiment derrière ce film d’aventure ? Quel message a voulu nous délivrer Huston ? Au lieu d’essayer maladroitement de l’analyser, laissons parler le réalisateur lui-même. En 1956, dans une interview au cours de laquelle Robert Benayoun lui demande ce que représente pour lui le chef-d’œuvre de Melville, Huston répond : « On a trop discuté sur le sens même de Moby Dick, qu’on a voulu secret et énigmatique. En ce qui me concerne, il n’y a aucune équivoque, il s’agit noir sur blanc d’un énorme blasphème. Achab est l’homme qui a compris l’imposture de Dieu, ce destructeur de l’homme, et sa quête ne tend qu’à le confronter face à face, sous la forme de Moby Dick, pour lui arracher son masque. Achab est en guerre avec Dieu. Il voit dans le masque de la baleine le masque que porte la divinité. Il considère la divinité comme un être malveillant qui erre en tourmentant la race des hommes. Achab est le noir champion de notre monde en lutte contre cette force omniprésente et asservissante. »


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Une chose est certaine, Huston nous livre une remarquable adaptation du roman. Le film garde intact le mysticisme et la force métaphysique du livre. Mais l’intrigue allégorique déroute le public de son époque qui souhaitait aller voir un pur film d’aventure, un simple divertissement sans autant de "bavardages" ; ce n’est pas franchement un succès ni public ni critique. Pourtant, sa vision au premier degré est tout à fait possible. Encore aujourd’hui, Moby Dick reste très controversé mais ceux qui l’aiment le placent très haut dans leurs panthéon personnel. Après Reflets dans un œil d’or, c’était le film préféré de son auteur : un bon choix !

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Messagepar Ouf Je Respire » 13 nov. 03, 13:33

Roy Neary a écrit :
Kurwenal a écrit :Tu vois mon cher Ouf, on n'est que deux à connaître ce film :? :wink:
Quand je dis que ça ferait un bide s'il sortait en dvd :idea:
:roll:

Mais non Calimero !
On est plusieurs à beaucoup aimer le film testament de John Huston. :wink:


Prouve-le.
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Messagepar Ouf Je Respire » 13 nov. 03, 13:35

fatalitas a écrit :
Ouf Je Transpire a écrit :
Les gens de Dublin de John Huston: son dernier film pour lequel il se fera assister en raison de son état de santé (comme antonioni avec "Par delà les nuages"), je me suis dit: "bon sang, comment faire un tel film alors qu'on est sous assistance respiratoire permanente??".
Ce film est un beau film, sans intrigue particulière, court mais juste ce qu'il faut (1h27), court comme la vie. Et un mélange très émouvant d'humanité, d'actes manqués et de conscience du temps qui passe et de la mort. Avec une mise en scène d'une rare élégance. Les monologues intérieurs sont loin d'être poussifs (voir le dernier qui clôt le film, splendide, et qui contient la clé de tout le film), et les acteurs sont éblouissants (il faut voir Angelica Huston, les yeux fermés dans l'escalier, écoutant presque indéfiniment une chanson chantée à l'étage...A pleurer.).

Un film qui pourrait passer pour mineur si on ne se donne pas à lui. Un grand concentré de vie en 1h27! Chapeau.

Je ne note pas.




:D :D :D :D :D :D :D :D :D

Rien à rajouter

Un chef d'oeuvre absolu et l'un de mes 10 films préférés, ni plus, ni moins :wink:


A ce point. :D Mais développe donc, si tu l'aimes tant.
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Messagepar Solal » 13 nov. 03, 17:24

Ouf Je Transpire a écrit :
fatalitas a écrit :
Ouf Je Transpire a écrit :
Les gens de Dublin de John Huston: son dernier film pour lequel il se fera assister en raison de son état de santé (comme antonioni avec "Par delà les nuages"), je me suis dit: "bon sang, comment faire un tel film alors qu'on est sous assistance respiratoire permanente??".
Ce film est un beau film, sans intrigue particulière, court mais juste ce qu'il faut (1h27), court comme la vie. Et un mélange très émouvant d'humanité, d'actes manqués et de conscience du temps qui passe et de la mort. Avec une mise en scène d'une rare élégance. Les monologues intérieurs sont loin d'être poussifs (voir le dernier qui clôt le film, splendide, et qui contient la clé de tout le film), et les acteurs sont éblouissants (il faut voir Angelica Huston, les yeux fermés dans l'escalier, écoutant presque indéfiniment une chanson chantée à l'étage...A pleurer.).

Un film qui pourrait passer pour mineur si on ne se donne pas à lui. Un grand concentré de vie en 1h27! Chapeau.

Je ne note pas.




:D :D :D :D :D :D :D :D :D

Rien à rajouter

Un chef d'oeuvre absolu et l'un de mes 10 films préférés, ni plus, ni moins :wink:


A ce point. :D Mais développe donc, si tu l'aimes tant.


C'est dur de s'exprimer sur des films pareils. Ca fait se sentir tout petit et on se dit qu'on risquerait de tout gâcher avec sa grande gueule.
En tout cas, t'as réussi à me faire frissonner (c'est du propre !) en évoquant cette scène. Ca m'a donné envie de le revoir une énième fois ou de me replonger dans The Dead, la nouvelle de Joyce dont il est adapté.
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Messagepar Ouf Je Respire » 13 nov. 03, 17:26

Solal a écrit :
Ouf Je Transpire a écrit :
fatalitas a écrit :
Ouf Je Transpire a écrit :
Les gens de Dublin de John Huston: son dernier film pour lequel il se fera assister en raison de son état de santé (comme antonioni avec "Par delà les nuages"), je me suis dit: "bon sang, comment faire un tel film alors qu'on est sous assistance respiratoire permanente??".
Ce film est un beau film, sans intrigue particulière, court mais juste ce qu'il faut (1h27), court comme la vie. Et un mélange très émouvant d'humanité, d'actes manqués et de conscience du temps qui passe et de la mort. Avec une mise en scène d'une rare élégance. Les monologues intérieurs sont loin d'être poussifs (voir le dernier qui clôt le film, splendide, et qui contient la clé de tout le film), et les acteurs sont éblouissants (il faut voir Angelica Huston, les yeux fermés dans l'escalier, écoutant presque indéfiniment une chanson chantée à l'étage...A pleurer.).

Un film qui pourrait passer pour mineur si on ne se donne pas à lui. Un grand concentré de vie en 1h27! Chapeau.

Je ne note pas.




:D :D :D :D :D :D :D :D :D

Rien à rajouter

Un chef d'oeuvre absolu et l'un de mes 10 films préférés, ni plus, ni moins :wink:


A ce point. :D Mais développe donc, si tu l'aimes tant.


C'est dur de s'exprimer sur des films pareils. Ca fait se sentir tout petit et on se dit qu'on risquerait de tout gâcher avec sa grande gueule.
En tout cas, t'as réussi à me faire frissonner (c'est du propre !) en évoquant cette scène. Ca m'a donné envie de le revoir une énième fois ou de me replonger dans The Dead, la nouvelle de Joyce dont il est adapté.


A la bonne heure! :D
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Tom Peeping
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Messagepar Tom Peeping » 2 oct. 04, 19:24

A propos de John Huston, je viens de voir Moulin Rouge (1952), son biopic de Toulouse-Lautrec. Remarquable à la fois pour la noirceur du propos (la haine de soi) et la photographie (utilisation magistrale de la couleur et de la lumière). Les personnages des affiches de Toulouse-Lautrec reviennent vraiment à la vie par la magie du cinéma. Un désastre cependant : l'incompétence de la starlette Colette Marchand dans le rôle (majeur) d'une prostituée. Pas un chef-d'oeuvre, mais un film très original qui n'emprunte pas les chemins auxquels on s'attendrait.

DVD Z1 : image splendide mais son un peu étouffé.
... and Barbara Stanwyck feels the same way !

Pour continuer sur le cinéma de genre, visitez mon blog : http://sniffandpuff.blogspot.com/

tronche de cuir
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Messagepar tronche de cuir » 12 déc. 04, 12:26

Fat city de John Huston.

Admirable. Dès l'introduction, on est d'ores et déjà conquis: une succession de plans superbes décrivant une ville des Etats-Unis et ses habitants enveloppés par une musique folk mélancolique signée Kris Kristofferson. S'ensuit la présentation du personnage principal terré dans un hotel miteux: Tully, interprété par le grandiose Stacy Keach. Ex-boxeur déchu, rompu à l'alcool, Tully s'emmerde dans sa chambre d'hotel. Il faut voir avec quelle économie et avec quelle précision Huston nous brosse le portrait de ce "looser"magnifique qu'on croirait échapppé d'un roman de Saroyan. Le genre de personnage qui connait le sens du mot echec.
Faux-film de boxe mais véritable chronique amère, Fat city, est un film d'une justesse incroyable, tendre et distancié à la fois, d'une bouleversante humanité. Je ne suis pas prés d'oublier cette scène finale: discussion anthologique entre Stacy Keach et Jeff Bridges sur les regrets, la vieillesse et la mort et qui préfigure la scène finale de " The Dead".
Un chef-d'oeuvre.

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Thin White Duke
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Messagepar Thin White Duke » 2 janv. 05, 20:17

PHOBIA (1980, John Huston)

J'en suis fort déçu. Le début du film est pourtant génial car il m'a d'emblée fait entrer dans ce thriller, même Paul Michael Glaser est crédible ; difficile pour moi de quitter le film. Malheureusement j'attendais beaucoup de rebondissements. Or, même le cliffangher se devine longtemps à l'avance et j'espèrais me tromper, que Huston trouverait une autre issue à son film. Ça m'a même fait beaucoup pensé à Pulsions de De Palma. Dommage.

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