Sergio Corbucci (1926-1990)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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cinephage
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Re: Sergio Corbucci (1926-1990)

Messagepar cinephage » 18 juil. 18, 16:15

Finalement, ils n'avaient aucune raison de ne pas programmer Salut l'ami, adieu le trésor ! :mrgreen:
Obviously the world is not a wish-granting factory (The fault in our stars, Josh Boone, 2014)
Pour caler mes bennos

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bruce randylan
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Re: Sergio Corbucci (1926-1990)

Messagepar bruce randylan » 19 juil. 18, 17:37

cinephage a écrit :Finalement, ils n'avaient aucune raison de ne pas programmer Salut l'ami, adieu le trésor ! :mrgreen:

Tu m'étonnes.
La preuve aussi avec

L'homme qui rit (L'uomo che ride - 1966)

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Traqué par les Borgia, Astorre Manfredi se cache dans la caravane d'une troupe itinérante qui comprend notamment Angelo, un homme au visage défiguré, et une belle aveugle. Alors que la guerre fait rage, Manfredi sauve l'aveugle d'un massacre tandis que Lucrèce Borgia tombe sous le charme d'Angelo et sa difformité.


Dans la série "On demande Mr. Corbucci sur plateau. Sergio, s'il te plait, il faut venir maintenant. Sergio t'es où bordel ?", on peut compter sur cette curieuse transposition de Victor Hugo chez les Borgia façon sérial à la Dumas. Sur le principe, les libertés prises auraient pu donner quelques d'exaltants et bondissants. Sauf que les scénaristes et Corbucci ont préféré faire un truc bavard à souhait, sans panache, alourdi par une production inexistante et un casting aussi excitant qu'une reprise de Free Bird par la Compagnie Créole. Il faut donc se farcir le fadasse Jean Sorel dans un double rôle.
Est-ce que le casting international a handicapé Corbucci ? Est-ce que les trucages pour dédoubler son comédien ont paralysé sa mise en scène ? J'ai plutôt envie d'opter pour une cruel manque d’intérêt. A part une petit dizaine de plans (dont l'ouverture très Péplum avec son champ de cadavres), il n'y a vraiment personne aux commandes, ni personne pour se dire qu'on pourrait compenser le budget et les comédiens sans charisme par du rythme, des rebondissements, un découpage alerte. Enfin quelque chose qui bouge quoi. Seul surnage un peu le personnage de Lucrèce Borgia et son attirance pour les freaks (et Lisa Gastoni attirante tout court)
C'est pas le navet du siècle, juste un encéphalogramme plat.
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tenia
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Re: Sergio Corbucci (1926-1990)

Messagepar tenia » 19 juil. 18, 17:53

Ce topic me fait penser que j'ai découvert (enfin !) Le spécialiste et que ce n'était pas bien fameux. C'est notamment particulièrement mou du genou, même si le final et sa foule à poil qui rampe par terre m'a bien fait marrer. Mention spéciale au plan en contre-plongée sur Johnny qui avance flingue en avant en se faisant canarder sans jamais sourciller, tel un Terminator avant l'heure. :lol:

Johnny n'y est d'ailleurs pas pire qu'autre chose, profitant probablement d'un rôle relativement taiseux pour cacher le fait qu'il semble totalement ailleurs dans la plupart des scènes. Le reste navigue entre le totalement oubliable (et déjà oublié) et le nawak total, comme ce viol collectif de Françoise Fabian qui ne semble pas offusquer plus que ça les habitants du village ou l'amusante (et nihiliste) mais interminable séquence où notre héros crame des billets de banque tel Gainsbarre devant un village qui part tout entier complètement en sucette en voyant ça.

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Re: Sergio Corbucci (1926-1990)

Messagepar Kevin95 » 20 juil. 18, 10:12

Michel2 a écrit :En cerise sur le gâteau (de riz), et toujours sous la houlette de Corbucci, Milian en Chinois acupuncteur avec un bonsaï sur la tête dans Delitto al ristorante chinese, l'un des Nico Giraldi du début des années 80


La saga Nico Giraldi c'est bien Corbucci mais Bruno.
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Re: Sergio Corbucci (1926-1990)

Messagepar Kevin95 » 20 juil. 18, 10:29

bruce randylan a écrit :aussi excitant qu'une reprise de Free Bird par la Compagnie Créole


Il me la faut !
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bruce randylan
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Re: Sergio Corbucci (1926-1990)

Messagepar bruce randylan » 21 juil. 18, 01:22

En parlant d'excitation, ça se réveille chez le père Sergio (ça aurait pas mal de mélanger un peu les périodes plutôt que balancer toutes les comédies en N&B sur 4 jours :fiou:)

Les gouapes (Er più: Storia d'amore e di coltello - 1971)
Image

Au début du 20ème siècle, dans un quartier populaire de Rome, un truand qui sort de prison cherche à se venger de l'homme qui l'a dénoncé à la police et qui convoite sa fiancée.

Après pratiquement une dizaine de films assez pauvre techniquement, ça fait plaisir d'être face à une œuvre maitrisée, bien que le budget soit sans doute très modeste si l'on en juge le décor quasi unique de la rue commerçante où se déroule 80% de l'histoire. Ce n'est jamais handicapant car cette rue est le cœur du scénario et le moteur des personnages. Celle des traditions immuables qui semblent figées depuis des générations avec en premier lieu un code d'honneur présent depuis si longtemps que personne n'ose le remettre en questions. Il s'agit donc d'un monde englué qui tourne sur lui-même avec ses codes et ses guerre entre familles qu'on imagine existantes depuis des décennies. Comme les métiers qui ont l'air de rester attribués et qui se transmettent de père en fils (ici, les poissonniers contre les bouchers).
Corbucci pourrait en faire un drame social et une charge féroce façon Luigi Zampa, il opte plutôt pour un ton entre le pastiche et le premier degré. Il évite en tout cas les pures gags et la parodie mais n'hésite pas à ridiculiser ses personnages comme lors d'un règlement de compte à 3 contre 3 qui dégénèrent en bataille de gosses se jetant des pierres, trébuchant au milieu des moutons et escaladant des ruines (des témoins aussi vieilles que leur traditions). Il juste dommage que Corbucci se sente obligé d'en rajouter une louche avec un pique-nique d'aristocrates aux discours très caricatural qui n'apparait maladroitement que durant cette intermède.
Les acteurs ne sont pas les plus connus, ni les plus charismatiques et c'est très bien comme ça, ça participe bien à l'ambiance et la classe sociale qu'ils interprètent.

Enfin, comme je le disais au début, la réalisation de Corbucci tient sacrément la route avec des choix chromatiques réfléchis et surtout pas mal de plans assez techniques dans des espaces réduits. La caméra monte, descente, panotent, zoom, glisse dans une pièce, arpente la ruelle avec une belle fluidité. Ca donne des plans assez longs qui crée la tension et joue beaucoup sur la durée, l'observation et une certaine lenteur qui n'a rien de rédhibitoire comme la longue séquence de l'espèce de cérémoniel autour d'une énorme bouteille de vin dont les verres sont attribués par 2 maîtres de jeux.
Cette dilatation du temps renvoie forcément aux westerns et est flagrante dans le final donc la mise en place renvoie inévitablement au fameux duel. Ca donne une très belle fin qui, comme l'avait remarqué Kevin95, immortalise ces mentalités figés.
Une chouette réussite qui mériterait un peu plus de projecteurs.

Cible mouvante (Bersaglio mobile - 1967)
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A Athènes, alors qu'il est sur le point d'être transféré, un fameux voleur s'évade en profitant d'une diversion exécutée par des inconnus. Ceux-ci sont en fait des criminels qui demandent au fuyard de subtiliser un dent sur un cadavre dans une morgue. Mais rapidement une deuxième clan cherche à récupérer la molaire. Ainsi que la police et même Interpol.

Vue l'année et la lecture du résumé, on a fortement craint un vieux Eurospy des familles... et il y a avait d'ailleurs un débat à la sortie de la séance pour savoir s'il était un Europsy ou non.
En fait, on s'en fout. C'est un divertissement rondement mené, bourré de rythme, de péripéties et d'actions. Évasions, traques, fusillades, tortures, poursuite à pied au milieu de l'Acropole, car chase, innocents assassinés régulièrement (y compris un enfant !), espions, contre-espionnage, infiltration, séduction... Ca n'arrête quasiment jamais si ce n'est quelques rares séquences qui approfondissent un peu les personnages histoire de leur donner un peu de corps. La réalisation de Corbucci est alerte et dynamique avec un montage nerveux (et malheureusement quelques accélérés), des cadrages inventifs (jouant sur des doubles reflets !), une bonne gestion de l'espace, une caméra qui galope autant que ses héros. Pour la séquence de l'Acropole, Corbucci s'éclate même comme un petit fou et donne un sentiment d'urgence bondissant du meilleur effet. C'est en plus bourré d'ellipses assez sympa et percutantes qui évitent les explications qui n'auraient pas gommé pour autant les facilités et d'incohérences de toute façon.
Comme le cinéaste a du bouclé son tournage avec un jour d'avance sur son planning, il rajoute encore une pièce dans le juke-box pour 10 minutes de rab' pour le coup un peu inutile avec espionnage internationale qui n'apporte rien de nouveau. Par contre,j'adore les 2-3 derniers plans avec de longs travellings latéraux collant à Ty Hardin courant comme un diable avec un gros sourire au lèvres. Ca donne une sacrée banane pour conclure le film et résume bien l'esprit du film.
En parlant de Ty Hardin, c'est un acteur limité mais il s'en sort vraiment bien ici avec son héros à la cool sur qui les événements n'ont guère d'emprises. Un des bonne idée est d'avoir réduit les dialogues autant que possible pour ne garder que le mouvement. C'est parfait comme ça surtout en VF qui est assez bâclé avec des punchline ridicules.
C'est pas super ambitieux et on a vu 157 fois mais pas rarement aussi bien emballé. En divertissement ritral (rétro + rital), c'est du velours.
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Re: Sergio Corbucci (1926-1990)

Messagepar Michel2 » 23 juil. 18, 00:57

Kevin95 a écrit :
Michel2 a écrit :En cerise sur le gâteau (de riz), et toujours sous la houlette de Corbucci, Milian en Chinois acupuncteur avec un bonsaï sur la tête dans Delitto al ristorante chinese, l'un des Nico Giraldi du début des années 80


La saga Nico Giraldi c'est bien Corbucci mais Bruno.


Ah oui, exact. Aveuglé que j'étais par l'éclat de cette perle du septième art, j'ai confondu Serge et Bruno chez les Corbuche.

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Re: Sergio Corbucci (1926-1990)

Messagepar Jack Carter » 25 juil. 18, 00:12

à noter la sortie de ce bouquin chez Lettmotif le 31 juillet

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Re: Sergio Corbucci (1926-1990)

Messagepar Rick Blaine » 25 juil. 18, 00:44

Peut-être un peu plus tôt puisqu'il a été expédié (Et recu) depuis plusieurs jours lorsqu'on l'avait pre-commandé via la campagne ulule.

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bruce randylan
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Re: Sergio Corbucci (1926-1990)

Messagepar bruce randylan » 27 juil. 18, 01:21

Bon vite fait car je décolle en lune de miel dans 15 heures

Les Fils du Léopard (I Figli del Leopardo - 1965)
Autre comédie avec inénarrable duo Franco & Cicchio qui parodie cette fois Visconti (le titre donne un indice).
Bah, c'est pas drôle, c'est pas mis en scène, c'est pas écrit, c'est pas joué... Par contre, ça cabotine, ça se déguise et ça hurle à tout va des "Babbbbboooooooo". Si vous croisez Kevin95 un jour, amusez-vous à lui dire ce simple mot en imitant Franco et il devrait rapidement avoir une crise d'angoisse, s'asseyant dans un coin de la pièce pour pleurer, sous la résurgence du traumatisme.
Comme d'hab, après 1h15 de lavage de cerveau, j'ai fini par avoir un fou rire nerveux lors d'un long numéro de grimaces éhontées de Franco.

Il Conte Tacchia (1982) essaie comme un grand de perpétuer le flambeau de la comédie à l'italienne où le fils d'un menuisier qui rêve de faire partie de la noblesse est pris pour un comte à la suite d'un quiproquo.
Sauf ça coince à de nombreux moments entre des erreurs de casting avec entre autres Enrico Montesano dans le rôle principal dont le jeu est assez limité et peu inspiré (tout en étant sympathique), une musique atrocement répétitive, une interminable mise en place d'une heure et une conclusion foirée qui n'ose assumer aucune direction.
L'humour, comme le scénario, est loin d'être original et tout se devine assez facilement. Signe qui ne trompe pas, il y a carrément un gaga repris des Fils du Léopard (qui veut dire "Banco" ?). Après, c'est Gaumont qui co-produit ce qui permet un certain confort visuel et même dans un troisième rôle, ça fait plaisir de retrouver Vittorio Gassman. Quelques passages sont tout de même amusants, principalement le duel contre l'épéiste Français tandis que Gassman et un pote passent leur temps à empiffrer (car on s'empiffre souvent chez Corbucci).
Ca se laisse regarder mais en sortant, on ne peut s'empêcher de se demander si deux heures étaient vraiment nécessaires pour raconter ça.

Mélodie meurtrière (Giallo napoletano - 1979) est plus attachant même si toutes les promesses ne sont pas respectées (y compris son casting Marcello Mastroianni, Michel Piccoli et Ornella Muti). Le début est excellent pour le coup, avec 15-20 minutes introductives qui ne perdent pas de temps et file à l'essentiel.
Après, ce pastiche (non parodique) des films noirs/giallo finit par développer des rebondissements trop arbitraires pour qu'on se prenne au jeu. Au bout d'un moment, on arrête tout simplement de chercher à comprendre l'histoire et on prend le film séquences par séquences qui sont parfois réussis et qui possèdent un dimension atypique rafraichissante (la dégaine de Mastroianni, le saccage de son appartement par un gros bras, un nain enfermé dans un frigo, Mastroianni contraint de piquer les fringues d'un travello...). Dans l'ensemble, ça ne retrouve pas les qualités et l'alchimie du mélange des genres du Pot-de-vin que Corbucci tourna quelques mois plus tôt.
Par contre, c'est sans conteste un film personnel pour le cinéaste pour un petit côté "bilan" avec un générique qui rend hommage à Hitchcock et Toto, offre un dernier tour de piste à Peppino de Filippo, un mélange des genres bien choisi et sans doute un parallèle avec le personnage de Mastroianni, modeste joueur de mandoline, contraint de vendre son talent à des tâches indignes et qui semble aussi amer que résigné.

I Giorni del commissario Ambrosio (1988) devait être le pilote d'une série télé policière avec Ugo Tognazzi en inspecteur de police mais le projet fut rejeté et sorti en salles. Le moins qu'on puisse dire c'est qu'on voit assez rapidement l'origine télévisuelle du produit. C'est pas super stimulant visuellement, le rythme est pépère au possible, le scénario tire en longueur... Le début laissait pourtant espérer une ambiance à Inspecteur de Service de John Ford alors que Tognazzi fait face à une journée de travail plus chargée que prévu le jour de son départ en vacances avec sa compagne. Mais il faut rapidement se rendre à l'évidence que ça ne vaut pas mieux qu'un Julie Lescaut. Et si les premières séquence entre le suspect et Tognazzi ont un petit goût de Maigret, on se désintéresse totalement de la suite, avec ses rebondissements mécaniques qui donne un dernier tiers fatiguant. Pas étonnant que le commissaire Ambrosio passe son temps à demander du café.

Donne Armate (1991) est l'ultime réalisation du cinéaste, un téléfilm en deux parties, ici réunies en un seul bloc de 2h (avec 30 minutes écartées donc). Il jouit d'une bonne réputation, et si c'est plus dynamique que I Giorni del commissario Ambrosio, c'est loin d'être une franche réussite. C'est surtout notable car Corbucci, à l'instar de John Ford dans Seven Women, offre in-extremis les rôles principaux à des femmes fortes, comme pour s'excuser d'une carrière qui les a trop négligées.
Intention louable mais le scénario est tellement cousu de fil blanc que j'ai eu aucune empathie pour les deux héroïnes flic/gangster incapable de faire des étincelles. Problèmes de casting (masculin surtout), problèmes de budget, problème de cohérence, problème d'originalité...
Dommage :cry:

Je suis un phénomène paranormale (Sono un fenomeno paranormale - 1985)
Celui-là fut presque une bonne surprise dans le sens où je redoutais fortement l'association Corbucci avec un Alberto Sordi en perte de vitesse au milieu des années 80.
Sans être mémorable, j'ai été rassuré par un début ronronnant comme il faut où Sordi fait son grand numéro en présentateur télé qui dézingue les charlatant dans une émission scientifique. La suite n'est pas foncièrement folichonne et se devine là aussi très aisément (avec un arrière goût qui peut évoquer Ils sont fous ses sorciers) mais au moins Sordi mène le jeu avec conviction, sans cynisme dans son interprétation. De quoi oublier un humour franchement inégal, des seconds rôles inexistants ou transparents et surtout une fin qui ressemble à un aveu de faiblesse. Les scénaristes (dont Corbucci et Sordi) ont un postulat mais sont incapable d'en faire quelque chose et de trouver une conclusion satisfaisante. Du coup, ils étirent les séquences au delà du raisonnable juste pour gagner du temps comme lors de la tempête.
Après, ça fait plutôt plaisir de voir que les extérieurs ont vraiment été tourné en Inde et la réalisation de Corbucci est plutôt fluide.
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Re: Sergio Corbucci (1926-1990)

Messagepar Kevin95 » 30 juil. 18, 17:48

Rétro Corbucci terminée, je me sors les doigts de la cave pour écrire un petit compte-rendu (même si bruce randylan a très bien déblayé le terrain). Une rétro terriblement incomplète puisque toute une part de la filmo du monsieur a été occultée. Exit donc ses années de formation (les 50's), une décennie faite d’œuvrettes naïves tâtant du mélo ou des bandes musicales, qu'il aurait été intéressant de mettre en parallèle avec la fameuse vision cynique (ou ironique) du cinéaste. Exit à l'opposé, la dernière ligne droite de sa filmo (les 80's), bourrée de comédies du samedi soir, symptomatiques d'un cinéma italien en perdition, rattrapé par une économie branlante et une télévision carnassière. Manque à l'appel près de la moité des films de Sergio Corbucci, officiellement pour cause de copies introuvables (prétexte recevable tant on sait combien les italiens se cognent pas mal de leur patrimoine cinématographique hors classiques internationaux), officieusement pour affiner la rétrospective, la caler rapidos avant l'été et (surtout) ne pas décourager les spectateurs vite furax dès que la Cinémathèque leur passe plus de deux films mineurs. En demandant à Internet, on arrive toutefois à combler quelques lacunes même si l’absence de I ragazzi dei Parioli, que beaucoup considère comme le film pivot de la carrière du réalisateur (mise en scène très Nouvelle Vague, sujet proche des Dragueurs de Jean-Pierre Mocky ou de La notte brava de Mauro Bolognini... dont l'insuccès totale rendra Corbucci morose et le (re)poussera vers un cinéma disons plus commercial) gène un poil dans le retour rétrospectif.

Passés les regrets, la grande bouffe Corbucci offre la vision touchante et jouissive, d'un cinéaste versatile mais franc du collier, capable de hauts et de bas (quelques fois dans un même film), parfois bourrin, parfois touchant, en somme terriblement italien. Sa grande force, c'est son absence de raffinement, de politesse, de flagornerie. Django en 1966, qui mettra un grand pied au cul de sa carrière, se caractérise moins pour son soin esthétique (l'image est dégueulasse, le montage à la scie, les raccords piquent aux yeux...) que par son énergie, sa hargne, son étrangeté. Avant d'en arriver là, la rencontre avec Totò fut, il me semble, déterminante. Figure iconique d'un cinéma italien d'après-guerre adepte de la débrouillardise et du rire comme bouclier, Totò va permettre à Corbucci de se faire la main après sa série de bluettes. En résulte une poignée de films, formellement limités (seul I due marescialli grâce à un budget confortable essaye d'en donner pour les yeux) mais où le réalisateur (et souvent scénariste) commence à mettre en scène des personnages d'escrocs, de menteurs, d'usurpateurs, de lâches. A travers la figure de Totò, qu'il soit amnésique, employé de bureau, homme politique (votez Antonio !), faux maréchal, faux prêtre, faux moine, faux bourgeois voulant gouter à la dolce vita romaine, se dessine le personnage type de la filmographie de Corbucci.

Toujours pas remarqué malgré le succès des ses films avec Totò, Sergio C. va se coltiner le genre ingrat du péplum avec succès (Romulus et Remus est clairement l'un des meilleurs titres du genre), son sens visuel se trouve démultiplié et son sens de l'action au taquet (voir le dynamisme d'un Figlio di Spartacus). Mais le genre sent déjà la défaite et contrairement au frère ennemi Sergio L., Corbucci courra derrière le succès jusqu'en 1966 et la dynamite Django.

Arrivent donc, après un Massacro al Grande Canyon terne et un Minnesota Clay américanisé (donc un peu raide) mais avec une dernière demi-heure qui claque, un Django boueux dans un décors de fin du monde, un Navajo Joe Aldrich-ien (coucou Apache) qui paye de sa vie pour une ville qui le méprise, un I crudeli qui débute comme un film policier (un casse, une fuite, un suspense) et qui se termine comme une tragédie antique et enfin un Il grande silenzio étouffant, brutal, ultime (son chef d’œuvre). En deux ans (de 1966 à 1968), Corbucci réalise quatre réussites du genre, tout en bossant sur des projets moins achevés (l'intéressant Johnny Oro se perd dans un trop plein de personnages, L'umo che ride croule sous les décors et les costumes poussiéreux), hors les clous (le très B Bersaglio mobile carbure au sans plomb et se fout de délivrer un quelconque message/sujet) voir complétement aux fraises (les horribles nervous breakdown de Franco & Ciccio).

La trilogie politique (Il mercenario / Vamos a matar compañeros / Che c'entriamo noi con la rivoluzione ?) viendra, comme une conclusion, amener le cinéma de Corbucci vers les rives du grand spectacle et de la politique. Une trilogie imposante (moyens costauds, scope...), fascinante (dans la vision annar' du cinéaste) et réjouissante (dans les duo de personnages mis en scène, d'abord complémentaires dans Il mercenario, antinomiques dans Vamos a matar compañeros et enfin comme frères dans Che c'entriamo noi con la rivoluzione ?) Plus on avance dans le temps et plus le réalisateur pousse la veine comique et rends une copie de moins en moins optimiste. L'avenir possible d'Il mercenario laisse place à une combat perdu d'avance dans Vamos a matar compañeros avant de finir en spectacle morbide dans Che c'entriamo noi con la rivoluzione ? C'est sans doute dans ces trois films que la personnalité de Crobucci s'exprime totalement et où sa mise en scène, grandiose et chaotique à la fois, trouve son terrain le plus ambitieux. La suite pour le réalisateur, sera en fonction des projets qu'on lui offre et surtout des moyens qu'on lui donne.

Dans la case western, trois titres solitaires viennent se greffer au corpus. Gli specialisti épure les clichés du genre et répète ce qui a déjà été dit, pas indispensable mais loin d'être détestable. La banda J. & S. retrouve l'énergie des meilleurs Corbucci, traite - enfin - la femme comme autre chose qu'une traitresse ou un vague crush, mieux, il ridiculise la figure de l'homme de l'Ouest (avec l'aide du génial Tomas Milian), l'infantilise pour mieux faire sortir le personnage de Susan George du lot. Enfin Il bianco, il giallo, il nero amorce la fin du genre, joue la carte de la grosse pochade bourrée de clins d’œil (l'intro tue le western italien en quelques répliques), amuse à défaut de marquer.

Le reste navigue globalement dans la comédie. Il bestione donne dans le film de potes, sans véritable intrigue, mais avec une sensibilité et une honnêteté ultra touchantes comme un Il sorpasso chez les routiers. Er più - Storia d'amore e di coltello et Bluff construisent la figure comique d'Adriano Celentano qui se développera (non sans y perdre des plumes) à la fin des années 70. Ici, la mélancolie se cache derrière la vanne et Corbucci essaye de rentre tragique la persona de Celentano. Peine perdue, le public (italien) lui préférera sa veine bouffonne. Il signor Robinson laisse Paolo Villaggio seul au monde sur une ile quasi déserte et permet au réalisateur de gifler la figure du beauf italien et d'offrir un peu de dignité à un indigène mal traité en général par le cinéma genre (dont la comédie). La mazzetta et Giallo napoletano rejouent le film noir américain avec un doigt d'ironie italienne (les conclusions des deux films embrouillent et ne résolvent rien) comme le firent Luigi Comencini (dans La donna della domenica ou Il gatto) et Steno (Doppio delitto) à la même époque.

Enfin, la fin de carrière laisse passer quelques Bud et Terence (Pari e dispari, Poliziotto superpiù, Chi trova un amico trova un tesoro), pas mauvais mais alimentaires. Il conte Tacchia aurait pu relever Sergio de la production moyenne mais le film se voit tacler par un comédien principal à la limite du supportable (sorte de cousin rital de Michel Courtemanche), un budget non extensible, une photo très Gaumont 1980 et un scénario qui manque de muscles. La rencontre avec Alberto Sordi sur Sono un fenomeno paranormale déçoit. Le réal s'en fout, l'acteur fait le minimum pensant que sa seule présence va déclencher un ras de marrée devant les caisses du cinéma. Le film fit un bide. Sur la dernière marche, Corbucci traine dans les cantines de la télévision italienne et torche un Navarro like (I giorni del commissario Ambrosio) aussi rythmé qu'une partie de flipper au PMU du coin, aussi classe que le cendrier Ricard du même PMU mais qui, dans son spleen très Polar 80, peu toucher le cancre du fond. Donne armate, dernier titre d'une longue carrière, essaye tant bien que mal de se sortir de son esthétique télé, de son manque d'argent et d'une demi-heure sucrée par la production mais arrive à se dégager de la vase, en offrant deux portraits de femme étonnement touchants. Une sortie ironique de la part de Sergio Corbucci, voilà un homme qui passa le plus clair de son temps à filmer la noirceur humaine, la fourberie des hommes, la laideur de la foule, la culte de l'argent, une violence omniprésente et qui termine son œuvre sur deux femmes sincères, droites, bourrées d'humanité. La visage des deux interprètes en guide d'au revoir, Corbucci ferme un dossier épais, bordélique mais attachant. Le titre d'un documentaire italien a trouvé les mots justes : Sergio Corbucci, l'homme qui rit.
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Re: Sergio Corbucci (1926-1990)

Messagepar manuma » 30 juil. 18, 23:16

Et un grand merci à Bruce et Kevin pour leur compte rendu.

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Major Tom
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Re: Sergio Corbucci (1926-1990)

Messagepar Major Tom » 31 juil. 18, 01:35

Oui, merci beaucoup pour ces billets intéressants ! :D
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