Stanley Kubrick (1928-1999)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980...

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Demi-Lune
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Re: Stanley Kubrick (1928-1999)

Messagepar Demi-Lune » 9 déc. 10, 13:18

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Johnny Clay, récemment sorti de prison, organise un casse pour s'emparer de la caisse d'un champ de course un jour de grande affluence.

SPOILERS. Acte de naissance d'un cinéaste surdoué, Le Baiser du tueur (1955), splendide série B noire, insatisfait cependant son auteur : déjà hanté par une sorte d'idéal perfectionniste, le peu de moyens alloué au film et son scénario limité en font une œuvre qu'il n'hésitera pas à déconsidérer - fort injustement à mon goût. Son film suivant, L'Ultime Razzia (1956), visera manifestement à démontrer clairement l'étendue de son talent. Que le film s'inscrive dans le même genre que son précédent essai (chose qui, rétrospectivement, demeure tout à fait exceptionnelle dans une filmographie qui ne se répètera que très rarement dans un même registre) rend tentante l'analyse selon laquelle Kubrick, frustré de pas avoir pu aller jusqu'au bout de ses intentions avec Le Baiser du tueur, persiste, têtu, buté, comme pour "effacer" les premières faiblesses (ou tout de moins ce qu'il perçoit comme tel) et proposer un "vrai" film noir, structuré, plus ambitieux d'un point de vue narratif. Et il est vrai que, pour reprendre ma comparaison, que Le Baiser du tueur donne le la formel là où L'Ultime Razzia semble être avant tout une pure expérience scénaristique. Cette expérience s'articule autour de deux aspects. Tout d'abord, un travail autour de l'histoire de Quand la ville dort de John Huston (1950), grand film noir qui narrait la préparation, l'exécution et le naufrage d'un casse dirigé par le solide Sterling Hayden. Avec l'aide du romancier Jim Thompson, Kubrick tricote une histoire de casse méticuleusement planifié (ici dans un hippodrome) dont la filiation avec l'œuvre de Huston va jusqu'à reprendre le même acteur principal. Cette variation autour de Quand la ville dort permet à Kubrick, loin du plagiat, d'apposer sa patte sur une mécanique narrative trahissant son obsession maniaque du contrôle. En effet, on peut facilement établir un parallèle entre le perfectionnisme de Kubrick et la minutie qui entoure la préparation du casse, pensé dans ses moindres détails, millimétré, chronométré. J'ai senti une certaine fascination de Kubrick pour le personnage de Johnny Clay, dont le souci du détail, afin que la mécanique soit imparable, en fait une sorte d'alter-ego du cinéaste. Comme dans la préparation d'un film, chaque membre de l'équipe criminelle dispose d'une tâche bien précise qui se révélera déterminante à un moment ou à un autre de l'entreprise. Ils deviennent des pions sur l'échiquier de Hayden, lui-même déplacé sur l'échiquier de Kubrick.

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Le cinéaste déplace ses pions au fil d'une narration audacieusement éclatée : celle-ci souligne le fait que chaque pion est constitutif d'une vision stratégique kubrickienne d'ensemble. Cette importance individuelle (les complices), qui permet l'efficacité du tout (la réussite du casse), se traduit donc par une construction ambitieuse, non simultanée, avec des retours en arrière, ou une même scène-pivot vécue selon différents angles en fonction du rôle précis dévolu à chaque pion. Le second volet de l'expérience narrative est précisément le dérèglement de cette minutie. On trouve ici pour la première fois ce qui deviendra l'une des obsessions de Kubrick : comment les choses ou les hommes peuvent faillir à cause d'une erreur humaine. Comme le soulignait Anorya, la machine soigneusement planifiée par Hayden bute sur un maillon faible humain (comme HAL 9000 dans 2001) : un vigile trop collant, un caissier pleutre, qui se fait berner par sa femme vénale et cruelle, une grosse bonne femme et son caniche. Le crime était presque parfait. Mais Sterling Hayden fait ici l'expérience de ce que bon nombre de personnages kubrickiens découvriront eux aussi plus tard : les hommes qui convoitent ou tentent de s'élever ne font que courir à leur perte (Spartacus, Lolita, Barry Lyndon, Eyes Wide Shut). Or, ce qu'il est intéressant de voir, c'est que ce dérèglement provient des personnages effectivement les plus "humains" du film : la femme fatale de Prisunic qu'est Marie Windsor, coquette, imbuvable et pleurnichant sur son sort une balle dans le bide, le mari cocu, timide et couard campé par Elisha Cook Jr et sa tête d'ahuri, le vigile noir et sa jambe de bois qui se fait rabrouer alors qu'il veut offrir un fer de cheval (qui chez Kubrick devient un symbole de malchance !). Chez Kubrick, se dispute toujours un regard d'entomologiste à une certaine tendresse pour les personnages faillibles, car humains. HAL 9000 et sa mise à mort en est sans doute la meilleure illustration. Pourtant, au risque de me faire traiter d'hérétique, je dois avouer avoir été un peu déçu par la redécouverte de L'Ultime Razzia, auquel je préfère Le Baiser du tueur. L'audace narrative et le soin de la mise en scène de Kubrick font évidemment du film une incontestable réussite, mais formellement, on est quand même en-deçà du Baiser du tueur (malgré une intéressante récurrence des ombres verticales pour signifier la menace carcérale qui pèse sur les personnages) tandis que certains acteurs me laissent sceptiques - justement Marie Windsor et Elisha Cook Jr, qui ont tendance à en faire trop. La mise en place de l'intrigue apparaît d'autant plus longue que la conclusion semble rapidement expédiée. Difficile également de ne pas réprimer un sourire face à la bagarre avec le catcheur sosie de Tor Johnson. Je crois que je préfère finalement Quand la ville dort, certes moins impressionnant d'un point de vue structurel, mais plus authentique, plus émouvant, moins cérébral. L'Ultime Razzia demeure un grand film, mais sans doute le Kubrick que j'aime le moins.

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Re: Stanley Kubrick (1928-1999)

Messagepar CrankyMemory » 9 déc. 10, 14:57

Demi-Lune, j'espère que tu vas préparer un petit quelque chose pour "Path of Glory" :D Ton analyse sur ce film noir de Kubrick est très juste, la séquence finale est un monument de désespoir, une mécanique si bien huilée qui, tout à coup, est littéralement réduite à néant pour un petit impondérable qui vous met sur les genoux..
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Demi-Lune
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Re: Stanley Kubrick (1928-1999)

Messagepar Demi-Lune » 9 déc. 10, 15:00

CrankyMemory a écrit :Demi-Lune, j'espère que tu vas préparer un petit quelque chose pour "Path of Glory" :D

C'est prévu ; quand j'en aurai le temps... :wink:

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Re: Stanley Kubrick (1928-1999)

Messagepar Federico » 9 déc. 10, 18:48

Demi-Lune a écrit :Et il est vrai que, pour reprendre ma comparaison, que Le Baiser du tueur donne le la formel là où L'Ultime Razzia semble être avant tout une pure expérience scénaristique. Cette expérience s'articule autour de deux aspects. Tout d'abord, un travail autour de l'histoire de Quand la ville dort de John Huston (1950), grand film noir qui narrait la préparation, l'exécution et le naufrage d'un casse dirigé par le solide Sterling Hayden. Avec l'aide du romancier Jim Thompson, Kubrick tricote une histoire de casse méticuleusement planifié (ici dans un hippodrome) dont la filiation avec l'œuvre de Huston va jusqu'à reprendre le même acteur principal.

C'est clair que Kubrick doit beaucoup à Huston dont il partage bien des points de vue sur la nature humaine. D'où leurs nombreuses conclusions marquées du sceau de l'humour noir ou par un retournement vachard. Le trésor de la Sierra Madre, Quand la ville dort, La lettre du Kremlin, L'Homme qui voulut être roi... pour l'un, L'Ultime Razzia, Lolita, Dr Folamour, Orange mécanique, Barry Lyndon... pour l'autre. Peu de place pour une éventuelle happy end.

Demi-Lune a écrit :Comme dans la préparation d'un film, chaque membre de l'équipe criminelle dispose d'une tâche bien précise qui se révélera déterminante à un moment ou à un autre de l'entreprise. Ils deviennent des pions sur l'échiquier de Hayden, lui-même déplacé sur l'échiquier de Kubrick.

Oui, les échecs (le jeu comme le fait) sont un des grands thèmes du cinéma de Kubrick, lui-même solide joueur et qui aimait trouver des adversaires à sa taille parmi son équipe et ses comédiens (je ne sais plus où j'avais lu qu'il était assez mauvais perdant, je crois que c'était sur le tournage de Dr Folamour où Scott l'avait "maté"). Et puis les jeux de pions, à la différence des jeux de cartes n'admettent pas le hasard ou la chance (sauf si l'adversaire est distrait). Ils demandent un contrôle absolu et (sauf en cas de partie nulle) le perdant perd tout. Il est très rare de voir un grand joueur d'échecs se faire éliminer d'entrée dans un tournoi alors qu'au poker, c'est courant et il arrive même que de parfaits inconnus en remportent de très importants.

Demi-Lune a écrit :Pourtant, au risque de me faire traiter d'hérétique, je dois avouer avoir été un peu déçu par la redécouverte de L'Ultime Razzia, auquel je préfère Le Baiser du tueur. L'audace narrative et le soin de la mise en scène de Kubrick font évidemment du film une incontestable réussite, mais formellement, on est quand même en-deçà du Baiser du tueur (malgré une intéressante récurrence des ombres verticales pour signifier la menace carcérale qui pèse sur les personnages).

En poussant le bouchon, je dirais pour ma part que Le Baiser du tueur est un film de photographe et L'Ultime Razzia un film de cinéaste.

Demi-Lune a écrit :Difficile également de ne pas réprimer un sourire face à la bagarre avec le catcheur sosie de Tor Johnson.

Un Johnson avec un cerveau. :wink:

Demi-Lune a écrit :Je crois que je préfère finalement Quand la ville dort, certes moins impressionnant d'un point de vue structurel, mais plus authentique, plus émouvant, moins cérébral.

C'est vrai qu'il n'y a pas chez Kubrick le supplément d'âme apporté par les personnages joués par Sam Jaffe, Jean Hagen et Louis "Such a sweet kid" Calhern (sans oublier la "sweet kid" en question :wink: ). Je vais encore simplifier en qualifiant Huston de dur romantique Irlandais et Kubrick de dur pragmatique New-Yorkais. Mais, dans ce match, je déclare partie nulle car j'aime autant l'un que l'autre film. Et puis un polar qui réunit Ted de Corsia, Joe Turkel et Timothy Carey, pour moi c'est Noël. :D
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Re: Stanley Kubrick (1928-1999)

Messagepar Lord Henry » 29 janv. 11, 18:19

Le forum des images a mis en ligne une leçon de cinéma donnée par Philippe Rouyer à propos de l'ouvrage de référence que Michel Ciment a consacré à Stanley Kubrick:

"Entre raison et passion"
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Alligator
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Re: Stanley Kubrick (1928-1999)

Messagepar Alligator » 23 févr. 11, 15:01

Paths of Glory (Les sentiers de la gloire) (Stanley Kubrick, 1957) :

http://alligatographe.blogspot.com/2011/02/paths-of-glory.html

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Je crois qu'il est impossible de voir ce film dans de meilleures conditions. Le blu-ray Criterion offre une qualité d'image ahurissante. Jusqu'à cette soirée, cela faisait une douzaine de blu-rays que j'avais vus, tous avaient par moments quelques petits défauts dans le mouvement (peut-être la configuration de mon lecteur ou du téléviseur?) et c'est donc la première fois que j'en vois un sans aucun début de commencement de chouïa de défaut. Estupendo. Sur le cul.
Pourtant le film parait vieux et techniquement moins abouti que les productions ultérieures de Kubrick. Certaines conversations sont si nettes, si bien lumineuses qu'on a parfois l'impression d'y pouvoir prendre part. Que c'est beau, nom de dieu!
Criterion était déjà une maison que j'adorais, je vais dresser un autel et brailler des litanies en son honneur. Ils font un travail d'une incroyable beauté. C'est merveilleux ce qu'ils font pour le cinéma, ces gens, il faut le dire, s'en rendre bien compte! Vive Criterion! Merci!

Revenons tout de même au film : je ne me souviens pas de la dernière fois que je l'ai vu. Je crois que c'était au ciné-club du collège Cassignol de Bordeaux dans les années 80. J'avais vaguement le souvenir de cette nausée qui vous prend comme quand on reçoit un coup dans le ventre.

Stanley Kubrick a voulu, et mieux, est parvenu à filmer la bêtise humaine dans son aspect le plus abject, le plus violemment révoltant. Il raconte comment la haute hiérarchie militaire, aveuglée par sa soif de victoire, son orgueil et sûrement son manque de lucidité a joué avec les vies des hommes qu'elle était censée diriger.
Pendant la 1ère guerre mondiale, de nombreux conflits entre les soldats et les officiers qu'ils commandaient ont eu lieu, allant jusqu'à la mutinerie. Ici, une troupe bat en retraite lors d'une attaque vouée à l'échec et le général Mireau traduit en cour martiale trois hommes afin de les faire exécuter pour l'exemple.
Par le biais du Colonel Dax (Kirk Douglas) seul officier à peu près humain dans la meute et qui tente de rendre à ses supérieurs la raison qui leur échappe, on entre dans les arcanes de ce pouvoir militaire, où malheureusement l'esprit de justice et de vérité est tronqué pour servir des intérêts particuliers, obscurément politiques.

La malhonnêteté intellectuelle, l'immoralité, l'incroyable mauvaise foi tiennent lieu de l'obscurantisme le plus criminel. Complètement injustifiée, cette négation d'humanité frise sans doute la maladie mentale. Pervertissant tout rapport humain, dans une espèce de réflexe corporatiste peut-être, l'élite galonnée de la nation française prend un méchant coup dans l'anus avec cette féroce et malheureusement réaliste diatribe.

S'agit-il d'antimilitarisme? Même pas! Tous les hommes sont des militaires, ceux qui sont victimes des militaires sont eux mêmes des militaires, ils ne renient pas leur engagement national, même pas devant la mort (ce qui dans la réalité a été parfois le cas). Non, il s'agit d'une critique, je le répète, de l'imbécillité la plus crasse, celle qui tue quand elle est portée par des hauts responsables en temps de guerre.

Aussi incroyable soit-il, ce film fut très longtemps interdit en France : voyez jusqu'où peut aller se nicher la foutrissure!

Le film n'est pas non plus une peinture nihiliste niant à l'homme toute réelle parcelle d'humanité. La dernière scène vient le sauver. Au cœur des vagues de haine envers l'autre, l'ennemi, au cœur de l'élan collectif, de la foule féroce, au-dessus des rires faciles et gras, une voix apeurée pousse une petite chansonnette en allemand et peu à peu les hommes oublient la guerre, ces jeux de rôles absurdes et pleurent. L'homme est là, tout bête, tout nu et le film finit avec cette rose sur un tas de merde.

Au sein d'une distribution efficace, évidemment Kirk Douglas très sobre dans un rôle compliqué car devant contenir une rage de plus en plus bouillonnante, montre une redoutable efficacité. Adolphe Menjou et George Macready lui donnent la réplique de façon parfaite. Machiavéliques à souhait, ils rendent horriblement crédibles ces deux fous furieux. Le reste du casting est à l'aulne de ces trois là, de Richard Anderson à Ralph Meeker, en passant par Joe Turkel. Seul petit oiseau sorti du nid en ne sachant pas très battre des ailes, Timothy Carey, comme toujours ne peut s'empêcher de faire son numéro. On le croirait stone tout le long. Pourtant son attitude ne dessert ni son personnage, ni le film. Ce type est vraiment très étrange.

Je n'aime pas beaucoup Stanley Kubrick. A priori sa manière d'être avec les gens me le rend antipathique mais cela n'a strictement aucune importance, j'aime vraiment beaucoup son cinéma à la fois puissant dans l'émotion, aiguisant la réflexion et très intelligemment beau. Ces sentiers de la gloire constituent un très bon film, mieux, un film très important.

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Re: Stanley Kubrick (1928-1999)

Messagepar someone1600 » 23 févr. 11, 15:30

Tu me donnes envie. Je crois bien que je vais acheter ce blu-ray, que j'ai vu plusieurs fois ces derniers temps et qui me faisait de l'oeil. lol. :wink:

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Re: Stanley Kubrick (1928-1999)

Messagepar Rick Blaine » 23 févr. 11, 15:54

Alligator a écrit :Aussi incroyable soit-il, ce film fut très longtemps interdit en France : voyez jusqu'où peut aller se nicher la foutrissure!

Cela fait référence à une période et à une attitude dont la France n'est pas très fière. Une élite militaire dépassée, la cassure avec les hommes, et les exécutions pour l'exemple qui s'en suivirent (je raccourci volontairement). On peut comprendre que pour des raisons politique, on ait cherché à oublier plutôt qu'a assumé.

Concernant le film, je suis tout à fait d'accord avec toi, voilà bien, avec Spartacus, le seul Kubrick qui me plaise vraiment.

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Re: Stanley Kubrick (1928-1999)

Messagepar Strum » 23 févr. 11, 16:05

Juste pour préciser, le film ne fut pas interdit en France. Ce fut United Artists qui estima préférable de ne pas le commercialiser dans ce pays (suite, notamment, à des incidents en Belgique). En pratique, ils renoncèrent même à présenter le film aux autorités de censure françaises.

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Re: Stanley Kubrick (1928-1999)

Messagepar Alligator » 23 févr. 11, 16:09

Rick Blaine a écrit : On peut comprendre que pour des raisons politique, on ait cherché à oublier plutôt qu'a assumé.

Ah non, je ne peux pas comprendre. Pour des raisons politiques, on devrait prendre le taureau par les cornes, affronter l'Histoire avec courage. Pour que justement on n'en ait plus honte, plusieurs années après. Oublier n'est pas un acte politique. La poussière sous le tapis vient toujours vous faire tousser à un moment. Oublier ce n'est pas faire disparaitre. C'est toujours là, quelque part. Pour passer à autre chose, rien de mieux que de faire le travail de mémoire, même si ça sent le caca.

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Re: Stanley Kubrick (1928-1999)

Messagepar Alligator » 23 févr. 11, 16:14

Strum a écrit :Ce fut United Artists qui estima préférable de ne pas le commercialiser dans ce pays (suite, notamment, à des incidents en Belgique).

Oui, sous la pression des autorités françaises qui leur ont bien fait comprendre que cela provoquerait des remous et donc une mauvaise pub.
Dernière édition par Alligator le 23 févr. 11, 16:21, édité 1 fois.

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Re: Stanley Kubrick (1928-1999)

Messagepar Strum » 23 févr. 11, 16:19

Alligator a écrit :
Strum a écrit :Ce fut United Artists qui estima préférable de ne pas le commercialiser dans ce pays (suite, notamment, à des incidents en Belgique).

Oui, sous la pression des autorités françaises qui leur a bien fait comprendre que cela provoquerait des remous et donc une mauvaise pub.

Ni toi ni moi ne sommes dans le secret des dieux, mais on peut supputer qu'il y a eu une part de pression dans ce choix en effet.

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Re: Stanley Kubrick (1928-1999)

Messagepar Rick Blaine » 23 févr. 11, 16:20

Alligator a écrit :
Rick Blaine a écrit : On peut comprendre que pour des raisons politique, on ait cherché à oublier plutôt qu'a assumé.

Ah non, je ne peux pas comprendre. Pour des raisons politiques, on devrait prendre le taureau par les cornes, affronter l'Histoire avec courage. Pour que justement on n'en ait plus honte, plusieurs années après. Oublier n'est pas un acte politique. La poussière sous le tapis vient toujours vous faire tousser à un moment. Oublier ce n'est pas faire disparaitre. C'est toujours là, quelque part. Pour passer à autre chose, rien de mieux que de faire le travail de mémoire, même si ça sent le caca.

Je n'ai pas dit que je cautionnais!!! Je suis même parfaitement d'accord avec ce que tu dis. - Même si ce n'est pas toujours si simple et que ce raisonnement suppose que la population qui est en face reflechisse un minimum, mais c'est un autre débat.
Je voulais dire que je voyais par quelle raisonnement on pouvait en venir à ces décisions là. D'autant qu'en France, prendre le taureau par les cornes et affronter l'Histoire, ce n'est pas une habitude (c'est un euphémisme... ). Je ne suis donc pas du tout surpris que les politiques de l'époque aient fait leur possible pour enterrer le film. Je rebondissait sur le terme incroyable en fait.

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Re: Stanley Kubrick (1928-1999)

Messagepar Strum » 23 févr. 11, 16:23

Pour revenir au film, c'est en tout cas un des tous meilleurs de Kubrick, l'un de ses plus émouvants (je suis plus réservé sur d'autres).

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Re: Stanley Kubrick (1928-1999)

Messagepar Federico » 24 févr. 11, 02:13

C'est évident que même sans censure directe, il y eut auto-censure sous (forte) intimidation. Et puis, question timing, ce brûlot tombait au plus mal, en pleine guerre d'Algérie et bientôt le pays allait être dirigé par un général dont un des mots d'ordre fut de rassembler en faisant légèrement table rase des passés qui n'aideraient pas dans ce sens. Ce fameux "consensus" dont aiment se gorger les politiques. OK pour La grande vadrouille mais pas glop pour Kubrick. Il est aussi facile d'imaginer en filigrane que certains marmonnaient : "Mais qu'est-ce que c'est que cet Amerloque qui vient se mêler de nos affaires ! Est-ce qu'un cinéaste français irait tourner un film sur le conflit américano-espagnol ou la Guerre de Sécession ?".

En ce qui concerne Timothy Carey, oui, c'était paraît-il un drôle de zig, un freak bigger than life, rock'n'roll et tout et tout. Le chapitre que Philippe Garnier lui consacre dans son Caractères - Moindres lumières à Hollywood est à se tordre. :D
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