Cinéma muet français

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980...

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bruce randylan
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Re: Cinéma Muet Français

Messagepar bruce randylan » 27 mai 11, 16:08

Dommage que ça soit réservé aux USA mais ça reste une excellente nouvelle. Surtout vu les titres (j'avais en plus raté Kean, Feu Mathias Pascal et les nouveaux messieurs)
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riqueuniee
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Re: Cinéma Muet Français

Messagepar riqueuniee » 27 mai 11, 16:19

S'il y a des gens intressés (et qui ont la possibilité de s'y rendre), début ce soir à l'auditorium d'Orsay d'une rétrospective consacre à Alice Guy. Les films seront regroups par thèmes
27/5 20 h Femmes et enfants
28/5 16 h Le monde du spectacle
19 h Films burlesques
29/5 15 h Films documentaires, historiques et religieux
Les films bénéficieront d'un accompagnement musical "live" interprété par des élèves du Conservatoire National Supérieur de Paris
Je n'ai pas d'infos plus précises sur le contenu des séances, mais je pense que ça contient, dans la mesure du possible, des films aussi bien de sa période française que de sa période américaine.

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Ann Harding
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Re: Cinéma Muet Français

Messagepar Ann Harding » 27 mai 11, 16:27

Le programme indique: "une part très importante de sa production française (Gaumont) et quelques films de sa période américaine."

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Re: Cinéma Muet Français

Messagepar riqueuniee » 27 mai 11, 16:30

OK. Il faut dire que j'ai eu la flemme de chercher des renseignements complémentaires avant de poster mon message. :oops:

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Re: Cinéma Muet Français

Messagepar allen john » 27 mai 11, 18:13

Ann Harding a écrit :Bonne nouvelle! Les films Albatros vont enfin sortir en DVD en 2012. Mais, pas en France, aux USA. Voici un message de David Shepard (qui travaille avec Flicker Alley):
Assuming the contract now with the Cinematheque's legal department goes through, next year Film Preservation Associates will be releasing through Flicker Alley an Albatros DVD box set with KEAN, LE BRASIER ARDENT, FEU MATHIAS PASCAL, GRIBICHE and LES NOUVEAUX MESSIEURS; also the complete serial LA MAISON DE MYSTERE as a separate release.

En tous cas, le choix est excellent. Tous les meilleurs films Albatros seront disponibles. :D


Bon, je commence à économiser.
n'empêche, :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen:

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Ann Harding
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Re: Cinéma Muet Français

Messagepar Ann Harding » 27 mai 11, 19:44

Ce serait quand même mieux si il y avait une édition en France...c'est sûr. Mais bon, on peut espérer une belle édition. Alors, on ne va pas se plaindre.

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Re: Cinéma Muet Français

Messagepar daniel gregg » 27 mai 11, 19:47

Ann Harding a écrit :Ce serait quand même mieux si il y avait une édition en France...c'est sûr. Mais bon, on peut espérer une belle édition. Alors, on ne va pas se plaindre.


En même temps, il risque d'être moins cher, donc bon.
Feu Mathias Pascal, depuis le temps que je veux le découvrir celui ci.

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allen john
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Re: Cinéma Muet Français

Messagepar allen john » 27 mai 11, 20:33

Ann Harding a écrit :Ce serait quand même mieux si il y avait une édition en France...c'est sûr. Mais bon, on peut espérer une belle édition. Alors, on ne va pas se plaindre.


Flicker alley, c'est quand même la classe! ils ont tout simplement remplacé Kino dans le coeur de bien des mutophiles. A commencer par Shepard!

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Re: Cinéma Muet Français

Messagepar riqueuniee » 30 mai 11, 12:17

Ann Harding a écrit :Le programme indique: "une part très importante de sa production française (Gaumont) et quelques films de sa période américaine."

Il n'y a eu en tout et pour tout que deux films de sa période américaine. Les plus récents (1912...) de cette programmation. J'ai découvert avec beaucoup de plaisir cette rétrospective. Je trouve assez fascinant de voir des images qui ont plus de 100 ans. Il y a même eu un film qu'on peut qualifier de grosse production (pour la Gaumon de l'époque) ; une vie du Christ, qui durait 35 minutes, et pour laquelle on a fait appel à 300 figurants (chiffre énorme pour 1906).
Les images documentaires tournées en Espagne comportaient de beaux panoramiques sur des sites ou monuments.
Après avoir vu (dans l'émission de Brion) les courts-métrages de Griffith, et aussi (à la Cinmathèque) les rétrospectives Méliès et Emile Cohl, une autre plongée dans le cinma des origines (avant 1914).

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Re: Cinéma Muet Français

Messagepar allen john » 4 juin 11, 12:26

Quatre-vingt-treize (Albert Capellani, 1914)

Le titre du roman d'Hugo a un coté provocateur et coup de poing, un aspect définitif et même publicitaire, que reprend à son compte Capellani. je pense que le metteur en scène, exalté, se veut à l'avant-garde de la production cinématographique Française. Au-delà même du coté prétentieux du nom de la société productrice, la S. C. A. G. L., Société Cinématographique des Auteurs et Gens de Lettre (il fallait bien rivaliser avec "les Films d'art"), Capellani voulait établir le long métrage comme la référence principale en matière de format, à une époque ou peu de monde suivait réellement les Italiens et les Danois dans cette direction, en particulier pas les Américains. les Français, eux, ont déja sorti des films imposants, et parmi ceux-ci, on trouve justement les autres films de Capellani... Mais Quatre-vingt-treize, qui fait suite à deux autres adaptations de Hugo (Notre-dame de Paris et Les misérables) ajoute un élément national, il relate des faits qui se sont produits lors d'évènements fondateurs de la République.

Epique? oh oui! Aussi bien Hugo que Capellani ont convoqué l'histoire avec un grand H, et les histoires de petites gens, en définissant un certain nombre de personnages qui prennent leur temps dans une narration fleuve, marquée par un grand nombre d'extérieurs riches et expressifs, décidément un forte du réalisateur, et un jeu aussi naturaliste que possible, même si on tiquera peut-être devant certaines scènes un peu appuyées, notamment les scènes de fraternité entre Cimourdain et Gauvain, d'un genre (Avec poignée de main virile) qu'on retrouve du reste chez Gance 10 ans plus tard... L'intrigue de ce classique concerne le début du soulèvement de L'Ouest durant la révolution, et la radicalisation des dirigeant révolutionnaires qui entraine une fracture dans le soutien apporté par certains humanistes. Les personnages ont tous une identité très forte: Cimourdain, ancien prêtre, est acquis aux idéaux de la révolution; jusqu'au boutiste, il a été motivé par l'extrême misère du peuple et l'injustice. Gauvain, un aristocrate, a décidé de rejoindre Cimourdain, mais ne veut pas participer à des massacres. Son humanisme le fait repérer par les dirigeants, qui prennent cette qualité pour une faiblesse. L'oncle de gauvain, Lantérac, est lui aussi comme Cimourdain un extrêmiste, mais dans l'autre camp. Pourtant, inattendu, un moment d'humanité le sauve aux yeux du spectateur, et de Gauvain. Capellani prend son temps avec sa narration, détaillant le parcours de ses héros, et de fait le film est passionnant.

Maintenant, venons-en à l'inévitable légende de ce film, inachevé à la déclaration de guerre, stoppé, et laissé dans les cartons en raison de la censure qui ne pouvait, en temps de guerre, laisser impunément des faiseurs de film montrer une guerre civile. Oui, je sais, c'est contradictoire, mais que voulez-vous, l'humain ne peut pas chercher trop de logique dans le militaire. Quoi qu'il en soit, Capellani parti aux Etats-unis, le film laissé en plan, tout aurait sans doute été laissé en l'état si la SCAGL n'avait eu l'idée de demander à André Antoine de "finir" le film en 1919. Finir comment, on ne sait pas: il y e peut-être eu un tournage proprement dit, mais les coutures ne se voient pas (Et pourtant le cinéma a bien changé en 5 ans); il a du se charger surtout du montage, qui est en somme proche de ce qu'on est en droit d'attendre de la part de Capellani à la vue de ses autres films. Nul doute que le film sorti en 1921 a du être considéré comme une pièce de musée. Nul doute que vu aujourd'hui, il est bien plus: une merveilleuse et violente vision de l'homme, dans la complexité de ses idéaux, dans le sacrifice, la fureur et le sang. Bref, un grand film, quoi.

http://allenjohn.over-blog.com/article- ... 65570.html

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Re: Cinéma Muet Français

Messagepar Rick Blaine » 2 juil. 11, 12:17

Germinal (Albert Capellani, 1913)

Je viens de voir ce film, et je reste soufflé, c'est absolument épatant. D'abord par la narration qui maintient la tension du film pendant 2h30, sans que le moindre temps mort n'apparaisse. Ensuite par l'utilisation exceptionnelle des décors. Cette manière d'utiliser la profondeur de champ qu'a Capellani dans le film m'a étonné, tout vit, dans chacun des tableaux, au premier plan comme à l'arrière, ce qui fait que malgré la camera fixe (presque toujours), on a jamais l'impression de se trouver face à une scène de cinéma mais devant une vrai scène de vie au point que l'on a l'impression de percevoir la vie qui existe hors champ. Cette profondeur, elle est notamment formidablement mise en valeur lors des scènes de réunions, où l'action se produit partout.
Cette vie, ce naturalisme, servent admirablement le propos du film, Capellani relaie totalement le propos de Zola, sans jamais pourtant tomber dans la lourdeur. C'est surement aussi du à la performance des acteurs dont le jeu est souvent dénué d'effets théâtraux comme l'écrivait Ann Harding plus haut. J'ai découvert en Henry Krauss un acteur formidable, très charismatique, au naturel très déconcertant, il transmet à Lantier à la fois une force impressionnante, et une grande gentillesse. L'empathie du spectateur pour son personnage n'en est que plus grande.
Enfin je trouve les plans de la fin du film absolument miraculeux (cf la dernière capture de la page précédente), chargés d'une formidable émotion, ils m'ont laissé sur une grande impression.

Merci aux spécialistes qui m'ont donné envie d'acheter ce coffret!! :D

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Re: Cinéma Muet Français

Messagepar Ann Harding » 2 juil. 11, 13:58

Vraiment très contente que le film t'ait autant plu. :D C'est un film de 1913 tout à fait exceptionnel. Henry Krauss a joué dans presque toutes les productions de Capellani (il est aussi Valjean dans Les Misérables) et il est devenu aussi metteur-en-scène. J'ai trouvé que son Lantier était sa meilleure incarnation à l'écran.

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Re: Cinéma Muet Français

Messagepar Rick Blaine » 4 juil. 11, 08:56

J'ai continué le visionnage du coffret Capellani:

J'avoue avoir été déçu par Le Chevalier de Maison Rouge. Je crois que ce n'est pas temps la forme, très comparable à Germinal, que le fond qui m'ennuie. Cette histoire ne me passionne absolument pas. Elle est servie par un casting que j'ai trouvé légèrement moins convainquant que celui de Germinal, je pense notamment à Marie-Louise Derval (Geneviève) et Henri Rollan (Maurice Lindey) dont le jeu est moins sobre que ceux des principaux acteurs de Germinal (dans des rôles qui m'agacent un peu il est vrai :fiou:). La nature même de l'histoire, et son traitement scénaristique, rendent aussi la dramaturgie moins fluide. Dans Le Chevalier de Maison Rouge on s'échange notamment nombre de billets et de lettre qui ont tendance à hacher la narration. Bref, au final, je me suis un peu ennuyé...

Heureusement, l'ennui est une notion complètement absente de Quatre-vingt-treize! Quel film épique, quelle flamme, quelle énergie!
J'ai trouvé ce film extraordinaire, au moins autant que Germinal. On sent que Capellani à la même foi en son sujet que lorsqu'il tourne le Zola. Il retrouve aussi, en tout cas c'est mon sentiment, plus de fluidité dans la construction des la dramaturgie. Et puis surtout il y a toutes ces scènes de batailles, d'armée, où Capellani démontre une nouvelle fois sa très grande habilité à filmer les groupes, j'adore ses plans larges avec beaucoup de figurants, il y insuffle une vie formidable. J'aime aussi beaucoup ce qu'il fait avec les armes à feu, la fumée, et autant dire que j'étais servi dans ce film qui notamment dans sa dernière partie, regorge d'action.
J'y ai également retrouvé un casting qui me plait plus, notamment Henry Krauss, formidable en Cimourdin.
Ce film qui dure près de trois heures s'écoule presque en un instant, Capellani parvient avec beaucoup d'aisance à faire vivre et exister de nombreux personnage sans jamais se perdre et sans jamais perdre son spectateur. Le tout se déroule dans de superbes décors magnifiquement filmés (cette remarque vaut pour les trois films, la richesse des décors m'a beaucoup étonné) et sur un rythme très efficace.

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Re: Cinéma Muet Français

Messagepar Ann Harding » 8 juil. 11, 17:17

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Pour continuer la redécouverte du génial Capellani, la Cinémathèque de Bologne vient de publier un DVD comprenant 12 courts-métrages de 1905 à 1911, qui complète parfaitement le coffret Pathé sans aucun doublon. Ce DVD est accompagné d'un excellent petit livret trilingue (Français, anglais, italien) qui détaille chaque court-métrage. Le choix offre un panorama très large de tous les genres abordés par Capellani: féérie, mélodrame, film policier, suspense, adaptation littéraire avec à la clef quelques découvertes sensationnelles. Les copies issues de différentes cinémathèques européennes sont superbes. Voici le premier lot de courts-métrages que j'ai pu voir.

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L'épouvante (1911, Albert Capellani) avec Mistinguett et Emile Milo

Un actrice (Mistinguett) de retour du théâtre découvre un voleur caché sous son lit...

Ce court-métrage de Capellani offre de nombreux aspects inattendus pour un film réalisé à la fin de 1910. Sur une trame fort simple, Capellani varie les points de vue et réussi à créer le suspense. L'actrice se couche et allume une cigarette. A ce moment-là, la caméra réalise un travelling arrière révélant la présence du voleur sous son lit. Elle jette une allumette et voit, avec effroi, une main sortir sous son lit et s'en saisir. Le plan est réalisé en plongée et en gros-plan, offrant déjà une sorte de vue subjective ce qui est fort rare à l'époque. Puis, le suspense s'accroit alors que le voleur s'échappe par la fenêtre et grimpe sur le toit. Accroché à une gouttière, il risque de mourir quand sa victime compatissante l'aide à remonter à l'aide d'un rideau. Tout cela est filmé avec un montage fort habile et élaboré pour l'époque. Mistinguett est parfaitement naturelle et occupe l'écran avec son charisme habituel. Un cout-métrage qui montre la très grande maîtrise de Capellani chez Pathé.

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Le Pain des petits oiseaux (1911, Albert Capellani) avec Stacia Napierkowska et Edmond Duquesne

Un vieux monsieur qui va donner du pain aux petits oiseaux dans un parc y rencontre une jeune fille affamée (S. Napierkowska). Il décide de l'héberger. Il est pianiste et accompagne une danseuse. La jeune fille montre des dispositions à la danse...

Stacia Napierkowska était une célèbre danseuse de l'Opéra-Comique lorsque Capellani l'embaucha pour jouer dans plusieurs de ses films. Si dans Notre-Dame de Paris (1911) du même Capellani, elle surjoue son Esmeralda, elle est bien plus convaincante dans ce court-métrage. Sa jeune fille des rues se transforme en star de la danse avec conviction et naturel. La rencontre entre son bienfaiteur et elle se déroule dans un parc parisien, sur un banc. Capellani prend même le temps de nous montrer le champ et le contre-champ du vieux pianiste sur son banc. Le reste de l'histoire nous montre l'ascension de la nouvelle étoile de la danse où évidemment le corps gracile et agile de Stacia fait merveille. Puis, après une longue séparation, elle retrouve son bienfaiteur sur le même banc et cette fois-ci, c'est elle qui va prendre soin de lui. On retrouve les mêmes gestes: elle lui offre son manteau comme lui l'avait fait lors de leur première rencontre. C'est à nouveau un petit film parfaitement équilibré et superbement réalisé.

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L'intrigante (1911, Albert Capellani) avec Catherine Fonteney et Georges Coquet

La préceptrice (C. Fonteney) d'une petite fille ne songe qu'à se débarrasser d'elle pour épouser son père veuf et fort riche...

Cette intrigue semi-policière montre une odieuse préceptrice, jouée par Catherine Fonteney, qui songe à devenir la femme de son patron tout en flirtant outrageusement avec un autre homme. La petite fille martyrisée va réussir à sortir son père des griffes de l'intrigante grâce à un stratagème fort habile. Alors qu'elle a été enfermée dans une cabane dans le jardin, en punition, elle y observe par un guichet de la porte, les agissment de sa préceptrice avec son amant. Un appareil photo qui se trouve sur place lui permet de prendre un cliché qui confondra l'odieuse créature. A nouveau, le montage et les différents champ et contre-champ nous donne une vision complète de l'intrigue et de la montée du suspense. Un film superbement réalisé.

ImageImage
L'Homme aux gants blancs (1908, Albert Capellani) avec Marguerite Brésil, Henri Desfontaines et Jacques Grétillat

Un gentleman-cambrioleur dérobe le collier d'une femme dont il a fait la connaissance peu de temps auparavant. Mais, en s'enfuyant, il perd ses gants blancs. Il sont ramassés par un apache qui va lui aussi voler la même femme...

Ce court-métrage de 1908 montre déjà une maîtrise de la grammaire filmique absolument remarquable. En 1908, DW Griffith commence à peine à réaliser des films alors qu'Albert Capellani est réalisateur depuis 1905. L'intrigue est déjà incroyablement complexe. Le héros du film, ou plutôt l'anti-héros, est un voleur mondain très distingué qui ne sortirait pas sans gants blancs. C'est cet excès de coquetterie qui le perdra. Alors qu'il séjourne dans un hôtel, il fait commander par un employé des gants blancs qui lui sont livrés sur place. La gantière lui coud elle-même le bouton requis (en gros-plan). Alors que l'employé de l'hôtel appelle au téléphone la gantière, l'écran offre un triptyque, un exemple de triple écran divisé assez incroyable pour 1908 ! Puis, le voleur mondain rencontre une femme dans un restaurant et lui donne rendez-vous. Une fois chez elle, il s'empare de son collier ans qu'elle s'en apperçoive et s'en va tranquillement. Malheureusement pour lui, un 'apache' a repéré la même maison et s'y introduit peu après. Il provoque la mort de la femme. Le voleur est immédiatement suspecté car ses gants blancs récupérés par l'apache sont retrouvés sur place. Il est emmené par la police vers un fourgon hippomobile alors que le véritable meurtrier contemple la scène sur le trottoir au milieu des badauds. Voilà un film de 1908 très en avance sur son temps aussi bien du point de vue de l'intrigue que de sa structure. (Nous assistons à une erreur judicière !) Le choix des angles de prise de vue sont très habiles et les 17 minutes ont un rythme soutenu. Voilà un film absolument remarquable qui montre l'avance de Capellani sur d'autres réalisateurs de l'époque.

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Re: Cinéma Muet Français

Messagepar Ann Harding » 10 juil. 11, 12:08

Suite du DVD Capellani.

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Le Chemineau (1905, Albert Capellani)

Cette scène dramatique de 5 min (légèrement incomplète) est le premier film réalisé par Capellani. C'est une adaptation du début des Misérables correspondant au tout début du roman de Victor Hugo lorsque Valjean est accueilli chez monseigneur Myriel et lui vole son argenterie. Capellani adaptera le roman entier en 1912. Mais, ici, avec ce tout petit film de 100m, il réussit à capturer l'essence du personnage de Valjean. Le court-métrage s'ouvre sur un vagabond sous la neige qui s'avance vers nous au point que son visage envahit presque tout l'écran. C'est déjà un plan incroyablement audacieux pour 1905. On lui refuse l'aumône, mais un ecclésiastique lui offre le couvert et le coucher. De nouveau, un mouvement de caméra fort inhabituel nous frappe: un lent panoramique nous emmène du salon à la chambre nous révélant la cloison qui sépare les deux pièces. La scène finale où l'ecclésiastique dit aux gendarmes avoir donné l'argenterie à Valjean a disparu. Mais, avec ces quelques minutes venue d'un autre siècle, nous sommes immédiatement convaincus d'être en face d'un grand cinéaste.

ImageImage
L'Arlésienne (1908, Albert Capellani) avec Jeanne Grumbach, Jean-Marié de L'Isle et Henri Desfontaines

Cette adaptation de l'oeuvre d'Alphonse Daudet a été redécouverte récemment dans la collection de Lobster Films. Précédant le film d'André Antoine de 14 ans, Capellani réussit un petit bijou de poésie. Délaissant les studios, il va sur place pour filmer cette histoire d'amour et de mort dans les vieilles rues d'Arles, aux arènes et dans les oliveraies. On sent déjà un sens de la composition picturale absolument remarquable. On y trouve aussi toutes sortes d'astuces techniques que l'on attendait pas dans un film de 1908. Le jeune Frédéric tombe amoureux fou d'une arlésienne rencontrée aux arènes. Ils se promènent tous deux contemplant la ville, avec un panoramique à 180° d'Arles qui reflète leur amour naissant. Hélas, elle le quitte pour un gardian. Frédéric est désespéré et il n'arrive pas à se débarrasser de l'image de cette femme qui le hante. Nous le voyons assis sous un arbre en plein désespoir et la figure de l'arlésienne apparaît un court instant en surimpression. Ces surimpressions qui reflètent l'obsession de Frédéric deviennent plus complexes alors qu'il est avec sa fiancée Yvette. Soudain, la jeune fille 'devient' l'arlésienne. Il s'enfuit éperdu. Son suicide sera de même provoqué par l'apparition de l'arlésienne dans les bras de son amant. Il court vers eux et tombe du haut de la grange. Il s'écrase à terre, mort. Comme le fera Antoine, nous voyons le personnage de l'arlésienne dès le début du film. Ce n'est pas ce personnage sans visage de la pièce de Daudet. Mais qu'importe ! Capellani réussit à nous faire sentir le mistral qui fait voler les robes des femmes occupées à cueillir les olives. Nous ressentons le désespoir du malheureux Frédéric assis tout seul au bord de la rivière. André Antoine réalisera lui aussi une version en Provence en 1922. Mais son long métrage n'ajoutera rien à ce qu'à fait Capellani en 1908 en seulement 18 min. Sur le DVD de la Cineteca di Bologna, tous les films sont accompagnés par l'excellent pianiste britannique John Sweeney. Il donne à tous les films la couleur requise. Il sait parfaitement doser les transitions et les émotions ressenties par les personnages. Son travail renforce énormément le plaisir ressenti devent cette Arlésienne. Un très beau film.

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La Mort du Duc d'Enghien en 1804 (1909, Albert Capellani) avec Georges Grand, Germaine Dermoz et Henri Houry

Ce film historique raconte le destin tragique du Duc d'Enghien qui fut arrêté et fusillé sur ordre de Napoléon qui le suspectait de comploter contre lui. Le malheureux duc fut fusillé à Vincennes et son chien fidèle resta prostré sur sa tombe. La copie de la Cinémathèque Française présentée sur le DVD ne comporte pas d'intertitres. On nous indique même qu'ils ont disparus. En fait, la cinémathèque n'a pas dû faire beaucoup de recherches pour les retrouver. L'historien du cinéma Richard Abel indique dans son excellent ouvrage, The Ciné Goes to Town - French Cinema 1896-1914, qu'il a vu une copie du film issue de la National Film Archive, avec des intertitres. Il commente même sur la longueur et la verbosité de ceux-ci. Enfin, même sans intertitres, le film est compréhensible. Il montre un désir d'autheticité fort louable. De nombreuses scènes sont tournées en extérieurs comme l'exécution à Vincennes. Le film est une adaptation d'un pièce montée par André Antoine dans son théâtre, où débuta Capellani. Le film évite le théâtre filmé. Néanmoins, il n'a pas la liberté et la poésie de l'Arlésienne.