L'homme qui n'a pas d'étoiles (King Vidor - 1955)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Melmoth
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L'homme qui n'a pas d'étoiles (King Vidor - 1955)

Messagepar Melmoth » 18 déc. 03, 00:45

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J'ai découvert hier soir (merci :wink: ) le film de King Vidor et une fois de plus les recommandations de mes petits camarades étaient très justes !

Un peu déconcerté au premier abord par l'humour pas toujours heureux mais le cabotinage d'un Kirk Douglas plutot déchainé emporte finalement le morceau et ces moments de comédie ne rendent que plus frappants les brusques acccès de violence. Joli script qui soulève de bien interessants débat et procède par de réjouissantes ruptures de ton, mention spéciale pour le personnage de la propriétaire (je ne me rappelle plus de son nom...), ce qu'elle aporte et le rapport étrange que le héros et le spectateur entretiennent avec elle. Tout cela est vif et réjouissant et Kirk Douglas est grandiose :D

Une production Aaron Rosenberg, superbe photographie de Russel Mety (Spartacus, Imitation of life) et, au script, Borden Chase également responsable de Winchester 73, Bend of the river, The far country, Red River, Vera Cruz... Les 3 westerns "Manno-stewardiens" viennent avant et pourtant j'aurais tendance a les trouver plus "mûrs" (on pourra trouver d'ailleurs des similitudes entre ceux là et le Man without a star). Bref... le Monsieur a du talent et je voudrais savoir si vous recommanderiez certains autres films de sa filmo. Merci. :D
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Beule
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Messagepar Beule » 18 déc. 03, 06:27

Content que tu aies apprécié Harry :D

Le monsieur Chase est l'auteur ou le co-auteur des scripts de ce qui constitue sans doute mon quatuor de westerns préférés (The far country, Bend of the river ce Man without a star et Red River) donc je ne peux que me joindre à tes louanges à l'endroit de son talent. Un maître dans l'exposition de l'impératif comme des bienfaits de l'apprentissage de la collectivité.

Tu as cité je pense les principaux westerns qui portent sa griffe. Je le retrouve d'ailleurs bien peu dans Vera Cruz, même si certaines obsessions de l'auteur se font jour sur la fin, et j'imagine que son histoire originale a été pas mal pervertie par Kibbee :cry:

Reste que le thème de l'obsession vengeresse, autre récurrence de ses histoires, est au centre d'une autre production de Rosenberg de bonne facture, Coup de fouet en retour d'une facture moins universellement classique que celle de la trilogie Mann-Stewart, mais que la performance de Widmark oriente vers une veine psychologique (et même psychanalytique) plus qu'intéressante.

Et dans le cinéma d'aventures, deux sommets de la filmographie walshienne des années 50:

Sea Devils (La belle espionne) qui transforme Les travailleurs de la mer en chanson de geste dans des tableaux Technicolor d'une rare splendeur plastique.

et plus encore The world in his arms (Le monde lui appartient), qui transpose l'esprit pionnier de Red River dans l'univers des chasseurs de phoques d'Alaska du XiX, et auquel Walsh insuffle une énergie et un dynamisme bon enfant -sans oublier un admirable sens de la camaraderie- absolument réjouissants. L'oeuvre n'est pas exempte d'un certain esprit anti-russe (donc rouge :wink: ) mais le traitement n'a rien d'agressif. En outre elle se pare aussi de vertus écologiques avant l'heure. Pour moi une pure merveille :P de récit d'aventures qui ne semble pourtant guère appréciée si je me souviens correctement des avis émis à une époque sur le forum de Rama.

PS: dans L'homme qui n'a pas d'étoile, la Cattle baron venue de l'est est interprétée par Jeanne Crain.
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Fatalitas
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Messagepar Fatalitas » 18 déc. 03, 08:50

Beule a écrit :Content que tu aies apprécié Harry :D





Sea Devils (La belle espionne) qui transforme Les travailleurs de la mer en chanson de geste dans des tableaux Technicolor d'une rare splendeur plastique.


oh que oui, et Yvonne de Carlo :oops:

PS: dans L'homme qui n'a pas d'étoile, la Cattle baron venue de l'est est interprétée par Jeanne Crain.


elle nous a d'ailleurs quitté cette semaine :cry:
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Jeremy Fox
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Messagepar Jeremy Fox » 18 déc. 03, 08:56

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L'Homme qui n'a pas d'étoile (Man Without a Star, 1955) de King Vidor
UNIVERAL


Avec Kirk Douglas, Jeanne Crain, William Campbell, Jay C. Flippen, Richard Boone
Scénario : Borden Chase & D.D. Beauchamp
Musique : Joseph Gershenson, Herman Stein & Hans J. Salter
Photographie : Russel Metty (Technicolor 1.37)
Un film produit par Aaron Rosenberg pour la Universal


Sortie USA : 24 Mars 1955

En ce début d’année 1955, Universal s’affirme encore et toujours comme le studio roi du western ! Borden Chase/Aaron Rosenberg, ce fut quelques semaines plus tôt le duo gagnant scénariste/producteur qui, avec Anthony Mann, accoucha du superbe The Far Country (Je suis un aventurier). Man without a Star, qui marque le retour de King Vidor au western presque dix ans après Duel au soleil (Duel in the Sun), est à nouveau une belle réussite qui ressemble d’ailleurs étrangement au film d’Anthony Mann sur de nombreux points, notamment un thème principal assez proche, celui d’un individualiste forcené qui va peu à peu prendre conscience que le monde évolue autour de lui, que le progrès et la civilisation ne sont pas forcément de mauvaises choses (où plutôt qu’il faut faire avec quoiqu’il en soit). Tout ceci cependant sans aucun manichéisme, la plupart des personnages principaux, quelque soit leur camp, ayant dans le courant de l’intrigue des choses à se reprocher ou cédant parfois à des pulsions pas toujours très nobles, l’amitié et l’amour étant même parfois sacrément malmenés. Le western continue donc à gagner en maturité mais toujours en douceur puisque le film de Vidor, dans la plus pure tradition série B Universal de l’époque, demeure très classique dans son style, utilise le même immaculé background ‘technicolorisé’ et semble même prendre pas mal de recul par rapport à la gravité des thèmes développés, la pochade n’étant jamais éloignée, au grand dam de certains qui n’ont pas forcément tort de le lui reprocher. Il n’est cependant pas interdit de trouver ce mélange iconoclaste de ton au contraire franchement délectable.


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L’aventurier Dempsey Rae (Kirk Douglas) est monté clandestinement dans un train en direction du Wyoming. Au cours du voyage, il sauve la vie de Jeff (William Campbell), un jeune apprenti cow-boy naïf et inexpérimenté. Dans la ville où ils sont forcés de s’arrêter, ils ont la chance que Strap Davis (Jay C. Flippen), le régisseur du plus grand domaine de la région, leur offre du travail pour ne pas qu’ils se fassent expulser, le shérif de la contrée ne supportant pas les étrangers inactifs. Dempsey décide alors de faire de Jeff son protégé et de s’occuper de son apprentissage. Strap est un homme honnête et droit qui souhaite continuer à entretenir de bonnes relations avec ses voisins. Mais, la nouvelle propriétaire venue de l’Est, Reed Bowman (Jeanne Crain), ne cherchant qu’à agrandir son cheptel, se soucie peu de saccager la prairie ; elle pense que dans deux ou trois ans, elle aura amassée une assez grande fortune pour pouvoir ensuite repartir. Les relations deviennent tendues car sur ces terres de libre pâturage, il n’y a pas assez d’herbe pour tout le monde ; les petits fermiers qui étaient là avant, décident de mettre des barbelés pour pouvoir garder leur portion d’herbage. Reed congédie son contremaitre qui refuse d’obéir à ses ordres et tente de le remplacer par Dempsey en se donnant à lui. Mais, ayant été mis en garde par Idone (Claire Trevor), prostituée au grand cœur de ses amies, et ayant été heurté par l’ambition et l’avidité de Reed, Dempsey refuse et quitte son emploi au ranch. La tyrannique Cattle Baron engage alors Steve Miles (Richard Boone) comme bras droit et tueur à gages tout en réussissant à mettre le jeune Jeff de son côté. Sauvagement passé à tabac par les hommes de Miles, Dempsey, malgré sa haine farouche pour les clôtures qui ont causé la mort de son jeune frère, décide d’aller aider les colons et de poser lui-même les barbelés. Les conflits s’annoncent violents…


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Ceux qui n’auraient pas ressenti la plénitude que beaucoup ont trouvée à la vision de L’Homme qui n’a pas d’étoile devront probablement être amenés à penser que la faute en incombe prioritairement à la mésentente qui régna sur le tournage de ce film de commande entre le cinéaste et son acteur principal. D’ailleurs, il est toujours difficile aujourd’hui de faire la part des choses quant aux apports de l’un et de l’autre, chacun tour à tour reniant ou s’accaparant le film. La compagnie Universal, ne faisant encore pas partie à l’époque des ‘Majors’ proprement dite, arrivait néanmoins à attirer de grandes stars le temps de quelques films, leur proposant, au lieu d’un cachet, la participation aux bénéfices ; ce qui transformait en quelque sorte les comédiens ainsi appâtés en coproducteurs qui pensaient ainsi pouvoir avoir leur mot à dire à propos de tout et n’importe quoi. C’est ainsi que Kirk Douglas se permettait de critiquer avec une certaine virulence la lenteur du cinéaste et de regretter de l’avoir proposé en tant que metteur en scène : "C’était une erreur, un très mauvais choix ; il n’a rien compris au thème et en plus il n’arrivait pas à tourner à toute vitesse… Il fallait tout le temps le bousculer, lui faire changer son découpage. Je n’ose pas dire que j’ai mis le film en scène…" Si par la suite, Kirk Douglas se révélera un admirable cinéaste (Posse – La Brigade du Texas en 1975), il semble aller soi à la vision de Man without a Star que King Vidor a bien été le principal chef d’orchestre sur ce film, son style étant assez reconnaissable notamment dans la perfection des cadrages.


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Au départ, Kirk Douglas avait au sein de son planning un trou de quatre semaines à combler entre un film pour la 20th Century Fox et un autre pour la Warner. Hors de question de se prélasser ; et le voilà qu’il demande au scénariste Borden Chase s’il n’aurait pas par hasard une histoire sous le coude. Ce dernier se met au travail, repartant d’un script dont seule la première scène avait été écrite par D.D. Beauchamp d’après un roman de Dee Linford. En 10 jours, le scénario était bouclé ; ne restait plus qu’à dénicher un metteur en scène. On proposa le travail à King Vidor qui trouvait bonne l’idée de devoir tourner en un temps record, cette contrainte lui rappelant l’époque du muet dont il n’arrêtera pas de ressasser et vanter les mérites durant le tournage, cause d’énervement supplémentaire pour Kirk Douglas. Vidor se lança dans l’aventure comme dans une sorte de challenge, se félicitant d’ailleurs en fin de tournage d’avoir bouclé son film en 22 au lieu de 24 jours. Et pourtant, il aurait quitté le plateau avant la fin, ayant des repérages à effectuer en Europe pour son prochain film, l’épique Guerre et paix. La scène du Stampede fut ainsi tournée par d’autres que lui. Alors qu’il s’attribuait la paternité du film juste avant sa sortie, King Vidor dira plus tard : "A part la photographie et le paysage, il n’y a pas grand-chose de moi dans le film. Je n’ai pas écrit le scénario, il m’a été imposé". Alors qui a mis en scène le film ? Qui a apporté le plus de modifications au scénario ? Difficile encore d’en juger ! Si le résultat final laisse à penser qu’au vu de la stupéfiante maîtrise du cadre King Vidor était bel et bien derrière la caméra et que Kirk Douglas s’était par ailleurs octroyé le plus beau rôle (son personnage est omniprésent), Borden Chase fait entendre que King Vidor a néanmoins eu quelques coudées franches pour imposer ou non son veto sur certaines idées d’écriture, le scénariste se félicitant même qu’il ait accepté la séquence du banjo qu’il adorait mais dont il pensait qu’elle aurait été mise sur la touche. Quoiqu’il en soit, même si les deux artistes ne se sont pas très bien entendus (King Vidor disait de Douglas dans son autobiographie qu’il était "bon acteur quoique occasionnellement un peu difficile"), le tournage semble s’être relativement bien passé et le film fut globalement apprécié. Encore aujourd’hui, il figure régulièrement dans un nombre considérable de Top Ten du genre.


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L’indompté Dempsey Rae est donc un cow-boy qui a déjà pas mal roulé sa bosse et qui se lie d’amitié avec un jeune garçon inexpérimenté (voire un peu benêt) à qui il apprend les ficelles du métier. Ils sont bientôt tous deux engagés pour travailler dans un ranch tenu par une femme de tête avide et dénuée de scrupules ! Les deux amis ne tardent pas à entrer en conflit à son propos et à propos de ses idées concernant la terre et le bétail… A priori, au vu du pitch, rien de nouveau sous le ciel du western hollywoodien : toujours l’éternelle lutte entre gros et petits éleveurs. C’est sans compter sur un scénario remarquablement bien écrit par Borden Chase faisant se confronter trois sujets, celui de l’initiation et de la prise en charge d’un jeune ingénu par un cow-boy farouche et aguerri (qui débouche d’ailleurs sur un ‘résultat’ négatif’) en même temps que, Vidor oblige (Le Rebelle – The Fountainhead), une réflexion sur l’individualisme au travers du personnage de Dempsey Rae ("Un homme malin s’installe, prend ce qu’il veut et déguerpit") ainsi enfin que le portrait de la fin d’une époque avec notamment la disparition des grands propriétaires terriens dès l’arrivée des clôtures, la fin de l’Ouest sauvage régi par la loi du plus fort. Dempsey Rae est un homme qui ne tient pas en place et qui erre sans but ni attaches, refusant de chercher une étoile à laquelle se raccrocher (d'où le titre du film explicité par le héros lui-même), préférant vaquer au gré de sa fantaisie. S'il lutte contre les barbelés, c'est qu'ils sont surtout synonymes pour lui de carcan et d’atteinte à la liberté. Au final, il comprendra leur nécessité afin de préserver des lopins de terre pour chacun. Mais, sorte de dernier représentant du vieil Ouest américain, il repartira seul, ‘Lonesome Cowboy’ voulant parcourir les vastes étendues restantes avant qu’elles ne soient toutes ‘clôturées’.


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Tous ces thèmes sont brassés en préservant les parts d’ombre de presque chacun des protagonistes et sans aucun manichéisme. Car si le personnage de Dempsey Rae décide de donner un coup de main aux petits fermiers qui se mettent à clôturer les prairies, une fois l’aide apportée pour contrer les grands propriétaires despotiques, il préfèrera s’en aller dans une autre région ou il existe encore (mais pour combien de temps) des Open Range pas encore ‘pollués’ par les pionniers. Alors que le personnage de l’avide Reed Bowman est en fait celui qui prétend défendre l’espace libre contre la propriété individuelle. Où nous sont donc démontrées avec intelligence les contradictions du libéralisme renvoyant (en exagérant un peu) dos à dos, capitalisme et marxisme : c’est la communauté qui pose les barrières alors que le riche éleveur souhaite que tout le monde puisse profiter des terres ! Dans The Far Country d’Anthony Mann, il ne s’agissait pas de lutte entre gros éleveurs et nouveaux colons mais entre une communauté naissante et des potentats locaux ; reste que dans les deux cas, que ce soit pour Jeff Webster ou Dempsey Rae, il s’agit de l’accession d’un homme solitaire à la prise de conscience de l’importance de la solidarité et du sens constructif de la communauté même si, in fine, ils se sentiront tous deux en décalage par rapport à ce nouveau mode de vie (le leur étant condamné par le progrès), inadaptés face à un Ouest en mutation, et préfèreront repartir une fois encore vers d’autres horizons, aventuriers jusqu’au bout des ongles. Dempsey Rae (comme le Jeff Webster de James Stewart) est amené à accepter le fait d’un monde organisé et civilisé, amené à collaborer avec ceux qui préparent ce nouveau monde dans lequel il ne se sentira jamais à sa place ; capable d’aider les colons mais pas de vivre à leurs côtés ou de leur manière.


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Passionnant tout ça ! Mais là où le bat blesse me concernant, ce qui m’empêche de considérer ce western comme faisant partie des plus grands, ce sont des problèmes liés à l’interprétation et au dosage de l’humour. Si Kirk Douglas est un acteur génial (ici aussi parfois d’ailleurs), il semble ne pas avoir pu s’empêcher de faire son ‘One Man Show’ (y compris lors de son jonglage avec ses colts) ; il s’avère ainsi de temps à autre un peu pénible à force de cabotinage quelquefois outrancier, que ce soit dans la clownerie ou dans le sérieux. Que ceux qui sont au départ allergiques au jeu survolté et à l’exubérance du comédien passent leur chemin ! Sans ça, le comédien possède un dynamisme et un charisme absolument sidérants, son ironique insolence portant à certains moments le film vers des sommets. Mais eut-il laissé un peu de place à ses partenaires, eut-il de temps en temps mis un frein à ses grimaces et autres simagrées, ça aurait pu passer comme une lettre à la poste. Quant à William Campbell, il est aussi ridicule de bout en bout que lors de sa grotesque apparition en cow-boy d’opérette, séquence qui n’aurait pas dépareillée dans une parodie du genre telle Calamity Jane. Qui a eu l’idée d’insuffler cet humour souvent pachydermique au sein d’un scénario aussi bien construit, amenuisant souvent la portée du message et la tension dramatique du film ? On croirait voir à certains moments une pochade, accentué par le fait que Joseph Gershenson et ses partenaires (les excellents Herman Stein, Henry Mancini et Hans J. Salter), au milieu d’une très belle partition (et d’un sublime thème d’amour), nous pondent des thèmes humoristiques à peine digne d’un David Buttolph en tout petite forme !


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Le reste de la distribution est en revanche parfait, les comédiens arrivant néanmoins à tenir tête au trublion Kirk Douglas et notamment Jay C. Flippen dont on regrette que Borden Chase le fasse s’évanouir à mi-course. Il s’agit du seul personnage totalement positif du film, celui du contremaitre qui préfère désobéir aux ordres que d’aller marcher sur les plates bandes du voisinage, profondément respectueux de la communauté des petits ranchers. Il sera écarté pour ne pas avoir été assez combattif. Un autre protagoniste non dépourvu de grandeur d’âme, un peu plus traditionnel celui-ci, celui de la prostituée au grand cœur jouée par Claire Trevor et dont on regrette aussi le faible temps de présence. Quant à Jeanne Crain dans le rôle de la riche propriétaire prête à s’offrir à qui pourra l’aider à assurer son pouvoir, sa puissance et sa richesse, elle est formidable ; belle à faire damner un saint et dégageant ici une sensualité et un érotisme d’une extraordinaire puissance ; on se demande même comment la scène de la baignoire a pu passer la censure. Après Duel au Soleil, Vidor continuait à prouver qu’il était passé maître dans l’érotisme (à peine) suggéré. Les séquences réunissant l’actrice à Kirk Douglas sont peut-être les plus inoubliables et les plus insolentes du film.


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Et qu’en est-il de la mise en scène ? Si le style de ce western de Vidor n’a rien à voir avec celui génialement flamboyant et grandiloquent de son précédent, Duel au soleil, le film n’en est pas moins pleinement réjouissant de ce point de vue. En pleine mode de l’écran large, King Vidor nous offre une magistrale démonstration de son savoir faire dans l’utilisation du 1.33. : chaque plan, chaque mouvement de caméra confinent à l’évidence ; techniquement et esthétiquement, le réalisateur et son équipe accomplissent un travail parfait. Le montage est vif, le rythme haletant (trop même) : un film sans temps morts, d’un étonnant dynamisme et qui file à 100 à l’heure, l’humour n’étant pas absent (même si rarement d’une grande subtilité) non plus que la violence qui surgit sous forme d’éclairs d’une redoutable efficacité ; difficile d’oublier le brutal passage à tabac pas plus que le combat final à poings nus, opposant Kirk Douglas au très bon Richard Boone, qui nous ferait presque penser à du Samuel Fuller. Il fut d’ailleurs à l’époque interdit dans certains pays. Enfin, pour parachever le tout, la photographie de Russell Metty est superbe et la chanson de générique de Frankie Laine entêtante. ‘Who Knows, Who Knows...’

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Roy Neary
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Messagepar Roy Neary » 18 déc. 03, 11:42

Je ne sais pas quoi rajouter à vos louanges, ce film reste l'un de mes plus beaux souvenirs en salles (dans ma période "rat de cinémathèque"). J'ai réellement pleuré devant L'homme qui n'a pas d'étoile, touché par sa grâce, son bel esprit, ses ruptures de ton entre comédie et violence, sa photographie somptueuse, sa mise en scène ample et généreuse (King Vidor exalte toujours les sentiments individuels face à l'aliénation de la colectivité, mais sans jamais se départir de la notion de solidarité) et, comme le rappelle Beule, par la qualité de son scénario (formidable Borden Chase). A l'époque j'avais enchaîné les grandes oeuvres de King Vidor et je ne jurais que par lui ! :lol:

Et Kirk Douglas est... pff... y a pas de mot. 8) :cry:
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Commissaire Juve
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Messagepar Commissaire Juve » 18 déc. 03, 21:15

Who knows... Who knows ?* (grosse voix de crooner :mrgreen: )

A propos de Man without a star, je vous avais mis cette image puisée dans ma collec perso (dans le topic sur les belles comédiennes). Je crois que peu d'entre-vous l'ont vue, alors je remets le lien :) :wink:

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* Début de la chanson de Man without a Star... si ma mémoire ne me joue pas des tours !

Beule
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Messagepar Beule » 18 déc. 03, 22:14

Commissaire Juve a écrit :

* Début de la chanson de Man without a Star... si ma mémoire ne me joue pas des tours !


Non non c'est bien ça, et c'est l'une des plus belles ballades de western qui soit :wink: . Elle est chantée par Frankie Laine (OK... Coral! aussi), le grand spécialiste du genre avec Ned Washington.
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Jeremy Fox
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Messagepar Jeremy Fox » 18 déc. 03, 22:33

Beule a écrit :
Commissaire Juve a écrit :

* Début de la chanson de Man without a Star... si ma mémoire ne me joue pas des tours !


Non non c'est bien ça, et c'est l'une des plus belles ballades de western qui soit :wink: . Elle est chantée par Frankie Laine (OK... Coral! aussi), le grand spécialiste du genre avec Ned Washington.



J'adore :D

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Melmoth
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Messagepar Melmoth » 18 déc. 03, 23:21

Beule a écrit :
Commissaire Juve a écrit :

* Début de la chanson de Man without a Star... si ma mémoire ne me joue pas des tours !


Non non c'est bien ça, et c'est l'une des plus belles ballades de western qui soit :wink: . Elle est chantée par Frankie Laine (OK... Coral! aussi), le grand spécialiste du genre avec Ned Washington.


j'ai d'ailleurs cette satanée chanson dans la tête depuis maintenant deux jours :lol:
Je m'étais bien dit qu'il y avait des similitudes avec Ok Corral !
"Boot Hill, Boot Hiiiiiill"
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Bartlebooth
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Messagepar Bartlebooth » 7 janv. 04, 21:34

Pour la petite histoire, je tombe sur ceci en lisant Pulp Jungle, mémoires d’un auteur de polars américains de Frank Gruber (1967, tr. fr. Encrage, 1989).

« Mais le métier le plus étrange que j’aie jamais trouvé chez un écrivain fut celui de Borden Chase, qui devint un des auteurs vedettes de Detective Fiction Weekly et d’Argosy avant de s’installer à Hollywood. Borden travailla comme ouvrier dans l’air comprimé, avant de devenir « secrétaire » d’un gangster notoire… un véritable caïd de la pègre.
Ce qualificatif de « secrétaire » doit être correctement apprécié. Borden avait beaucoup de temps libre pendant que son patron discutait affaires avec ses associés, et il l’occupait en lisant des revues policières. Un jour, il s’aperçut qu’il pourrait écrire de bien meilleures histoires que celles qu’il lisait. Aussi se mit-il au travail. Le succès fut immédiat, car ses nouvelles possédaient une atmosphère tout à fait réaliste.
Le vrai nom de Borden était Frank Fowler. Il choisit son pseudonyme en se rendant à pied chez Munsey ; il venait de croiser un camion de la Borden Milk Company qui était garé devant la Chase National Bank.
Lorsque je le rencontrai pour la première fois, il avait toujours son emploi de « secrétaire », mais il démissionna rapidement pour devenir écrivain à plein temps.
Avant de me mettre à écrire le présent livre, je lui ai demandé s’il n’avait pas d’objection à ce que je révèle cet ancien métier et Borden me répondit en gloussant :
- Nom de Dieu, ne te gêne surtout pas, un grand nombre de personnes sont déjà au courant.
Il arriva à Hollywood à la fin des années trente et y devint très vite un des scénaristes les mieux payés. »

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james
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Messagepar james » 7 janv. 04, 21:43

je vais faire un speciale kirk douglas qui seras assez enrichissant :wink: vala james
je suis fana de ce genre ciné,je recherche et propose.merci

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Lord Henry
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Messagepar Lord Henry » 7 janv. 04, 22:41

Si je me souviens bien, King Vidor détestait ce film.

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Jeremy Fox
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Messagepar Jeremy Fox » 7 janv. 04, 22:58

Lord Henry a écrit :Si je me souviens bien, King Vidor détestait ce film.


Oui, comme Lang détestait Moonfleet : ah cette modestie :roll: :wink:

Beule
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Messagepar Beule » 7 janv. 04, 23:14

Jeremy Fox a écrit :
Lord Henry a écrit :Si je me souviens bien, King Vidor détestait ce film.


Oui, comme Lang détestait Moonfleet : ah cette modestie :roll: :wink:


Modestie, pas sûr. Ce n'est pas le projet fini qu'il méprisait, mais le projet, trop mineur pour ses talents à priori. Il prétend que rien n'est de lui dans le film. Il n'aurait fait que mettre en scène un scénario pré-écrit. Ce qu'infirme Chase, qui s'est toujours félicité de sa collaboration très étroite avec Vidor, à partir du premier jet de D.D. Beauchamps. Donc...

En fait il semble que ce soit l'ego démesuré et encombrant de Kirk Douglas (son plus beau rôle?) que Vidor a mal digéré. Et vice-versa.
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Jeremy Fox
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Messagepar Jeremy Fox » 7 janv. 04, 23:20

Beule a écrit :
Jeremy Fox a écrit :
Lord Henry a écrit :Si je me souviens bien, King Vidor détestait ce film.


Oui, comme Lang détestait Moonfleet : ah cette modestie :roll: :wink:


Modestie, pas sûr. Ce n'est pas le projet fini qu'il méprisait, mais le projet, trop mineur pour ses talents à priori. Il prétend que rien n'est de lui dans le film. Il n'aurait fait que mettre en scène un scénario pré-écrit. Ce qu'infirme Chase, qui s'est toujours félicité de sa collaboration très étroite avec Vidor, à partir du premier jet de D.D. Beauchamps. Donc...

En fait il semble que ce soit l'ego démesuré et encombrant de Kirk Douglas (son plus beau rôle?) que Vidor a mal digéré. Et vice-versa.


Son dernier bon film quand même, j'ai révisé ma copie sur Guerre et paix :cry: