Prophecy (John Frankenheimer - 1979)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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gnome
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Prophecy (John Frankenheimer - 1979)

Messagepar gnome » 16 nov. 07, 13:49

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Ce qu'en dit Cinetude :
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* PROPHECY (1979)


Avec Talia Shire (Maggie Verne); Robert Foxworth (Dr. Robert Verne); Armant Assante (John Hawks); Richard A. Dysart (Isley); Victoria Racimo (Ramona Hawks); George Clutesi (M'Rai); Tom McFadden; Evans Evans; Burke Byrnes; Mia Benbixsen; Johnny Timko; Everett L. Creach; Charles H. Gray; Lyvingston Holmes; Graham Jarvis; James H. Burk; Bob Terhune; Lon Katzman; Steve Shemayne; John A. Shemayme; Jaye Durkus; Renato Moore; Mel Waters; Roosevelt Smith; Eric Mansker; Cheri Bergen; Cliff Hutchison; Tom May et Gilbert A. Combs ; Mike Adams; Janet Brady; Jerry Gatlin; Hank Hooker; Buddy Joe Hooker; John Roselius.

Scénario : David Seltzer. Photographie : Harry Stradling, Jr. Montage : Tom Rolf. Musique : Leonard Rosenman. Durée : 102 mn. Distribué par : Paramount.

L'agence de protection de l'environnement de Washington délègue le Dr Rob Verne et sa femme Maggie pour enquêter sur les risques de pollution créés par une énorme papeterie installée dans une forêt du Maine, qui charrie les billots en se servant de la rivière. Des rapports font état de crimes monstrueux perpétrés dans cette région, qui seraient le fait de quelques malheureux indiens survivant péniblement dans cette forêt.

" Michael Eisner, qui était alors à la tête de la Paramount, m'annonça qu'il aimerait que je réalise un film de monstre. Il pensait que ce serait génial qu'un réalisateur possédant un style comme le mien signe un film de monstre. Aussi Bob Rosen et moi avons embauché David Seltzer, qui sortait juste de La Malediction, pour nous écrire un scénario. Il revint avec une idée, qui avait l'air bonne sur le papier… "
John Frankenheimer (1995)

A la lecture du synopsis de Prophecy , on peut légitimement se demander ce qui a poussé John Frankenheimer à s'investir sur un tel projet. Certes, tout au long de sa carrière, le cinéaste n'a jamais hésité à se frotter à des genres nouveaux pour lui, parfois même à priori fort éloignés de sa sensibilité. Alors pourquoi pas l'épouvante ? Mais de là à s'embarquer dans cet ersatz montagnard des Dents de la Mer , improbable histoire d'ours mutant nourri au mercure décimant Indiens, bûcherons et campeurs quelque part au fond des épaisses forêts du Maine, il y avait tout de même un pas à franchir pour le réalisateur d'œuvres aussi ambitieuses que L'homme de Kiev ou The Iceman cometh . Certes on trouve bien en toile de fond une amorce de réflexion écologique sur le comportement suicidaire des sociétés industrielles modernes sacrifiant le respect de notre environnement à l'autel de leur profit, ainsi qu'une ébauche de regard sur le problème des minorités indiennes dans les réserves, trois ans seulement après les affrontements et la fusillade d'Oglala dans le Dakota du sud (le réalisateur s'attarde d'ailleurs en tout début de film sur une véritable manifestation d'Indiens face à de la Maison Blanche). Mais le résultat à l'écran ne laisse guère de doute quant au caractère prioritairement mercantile de cette opération, à une époque où le cinéma fantastique commençait à s'imposer comme l'un des genres les plus rentables du cinéma américain.

Frankenheimer : 10e (1977-1979)
Suite à l'aventure amère de Black Sunday et avant d'en arriver à ce Prophecy , John Frankenheimer aura été associé un temps à une production Dino De Laurentiis intitulée The Brink's job ou le récit de l'un des plus célèbres casses de l'Histoire récente américaine. Un cambriolage au butin record qui, bien que mené de main de maître dans son exécution, ne s'en conclura pas moins assez rapidement par l'arrestation de l'ensemble de ses participants. Revenant dans l'ouvrage de Charles Champlin sur ce projet avorté, le cinéaste explique :

" Il devint clair au bout d'un certain temps que Dino et moi envisagions deux films totalement différents. Lui voyait Le Pigeon et moi je souhaitais faire quelque chose de très sérieux analysant les réactions de ces individus après un cambriolage de cette envergure et voir qui va craquer le premier. Je voulais une étude de caractère sur ces gars après leur casse. Dino ne voulait pas ça du tout. "

Finissant inévitablement par buter sur l'impossibilité de combiner ces deux points de vue, la collaboration entre les deux hommes en restera au stade de l'écriture. Le cinéaste sera donc remercié et remplacé par William Friedkin , lequel choisira d'ailleurs de respecter fidèlement la vision satirique voulue par le producteur italien.

Navet absolu pour les uns, solide petite bande d'épouvante pour les autres, Prophecy demeure en tout cas pour beaucoup une sorte de "plaisir coupable" qu'il convient d'aborder, afin d'être à peu près objectif, sous deux angles fort distincts, selon qu'on le voit simplement comme un film de genre de la fin des années 70 ou bien que l'on tienne avant tout compte du fait qu'il s'agit là d'une œuvre signée par le réalisateur de The Manchurian candidate , Seconds , The Gypsy moths et de quelques autres pépites cinématographiques des deux décennies passées. Et, dans le premier cas de figure, force est d'admettre qu'il s'agit là d'une œuvre des plus divertissantes, à défaut d'être réellement effrayante. Beaucoup plus soignée et ambitieuse que la moyenne dans le genre, celle-ci, envisagée tout de même en son temps par la Paramount comme - commercialement et artistiquement parlant - un challenger potentiel à l' Alien de Ridley Scott , séduit toutefois davantage par son charme rétro presque kitsch que par la pertinence de son souvent pompeux discours anti-pollution. Bref, tout cela n'est pas très fin mais on ne s'ennuie pas une seconde à la vision de cette version gros budget des bonnes vieilles séries B fantastiques des années 50 et 60 peuplées de créatures du bon Dieu transformées à la suite d'expérience nucléaires malheureuses en monstres aux proportions démesurées.

Frankenheimer : 10e (1977-1979)
Il y a en outre fort à parier que si sa créature, sorte de grizzly géant dépecé, rentre un jour au panthéon des monstres du cinéma fantastique, cela ne sera pas pour l'aspect hautement convaincant de son apparence. Ce que dut d'ailleurs également penser John Frankenheimer lorsque, après avoir vu celle-ci, il décida de considérablement en réduire les apparitions dans le film. Et l'on raconte, toujours à ce propos, que dans l'espoir de rendre son monstre un peu plus vivant, un peu moins mécanique dans ses déplacements, le cinéaste alla jusqu'à recruter des danseurs classiques à la place des habituels cascadeurs afin de les glisser dans le costume de la bête. En vain, si on en juge par le résultat à écran…

Pourtant, l'ensemble demeure donc indéniablement plaisant et efficace, tant au niveau de la réalisation de John Frankenheimer, ample, sachant parfois brillamment instaurer l'angoisse (voir la scène située dans le tunnel), de l'interprétation (en dépit d'un casting à priori pas très emballant) que de l'angoissante partition musicale atonale de Leonard Rosenman , vieille connaissance du cinéaste puisque celui-ci avait signé 22 ans plus tôt la musique de son premier film, Mon Père, cet étranger .

Considérant maintenant Prophecy au sein de l'œuvre de John Frankenheimer, on ne peut évidemment guère parler de réussite ni même d'échec artistique intéressant comme ce fut le cas pour Refroidi à 99% . Car on a beau chercher, on ne trouve ici nulle trace d'une réelle ambition personnelle. Ce que vient confirmer les dires du cinéaste qui, à l'époque, déclarait lui-même avoir réalisé là un pur film de commande. Censé retrouver cette Amérique rurale profonde qu'il avait si bien décrit dix ans auparavant dans Les Parachutistes arrivent et Le Pays de la Violence – censé seulement car le film fut en réalité tourné au Canada, près de Vancouver - John Frankenheimer ne tire donc rien de vraiment pertinent de cette histoire. Une seule séquence vient à peu près rappeler ce sens de l'observation et ce souci du détail ayant contribués par le passé à bâtir sa réputation : celle de la visite de la papeterie. Mais cela ne suffit évidemment pas à relever le niveau d'ambition de l'ensemble. Pour le reste, devant déjà se débattre avec les dialogues lourdement démonstratifs de David Seltzer , scénariste de La Malédiction , le cinéaste, qui avouait de toute façon n'avoir guère été emballé par l'aspect "message écologique" de l'intrigue dès la lecture du script, passe largement à côté des implications sociales et politiques de son sujet. Disons néanmoins à sa décharge qu'il lui était de tout façon difficile d'élaborer une véritable réflexion contestataire à partir d'une intrigue aussi balisée, qui se transforme à mi-chemin en survival gore offrant la vedette à un monstre dont le faciès totalement inexpressif ne pousse guère le spectateur sur la voie d'une prise de conscience des problèmes de pollution industrielle à travers le monde.

Frankenheimer : 10e (1977-1979)
Peu de substance donc dans ce Prophecy mais en revanche une réalisation solide, d'un classicisme élégiaque plutôt surprenant après la nervosité, la brutalité affichée par les deux précédents films du cinéaste. Du travail soigné donc, même si on sent bien John Frankenheimer à moitié concerné par ce qu'il filme voire même peu à son aise lorsque arrivent les séquences impliquant le monstre, à l'image de la scène de l'attaque nocturne de la bête au campement de M'Rai, scène dans laquelle on a beaucoup du mal à saisir les différents déplacements des protagonistes comme la situation exacte de l'animal dans l'espace.

Frankenheimer : 10e (1977-1979)
Pourtant, lorsqu'il ne semble pas paralysé à l'idée de trop en dévoiler sur l'apparence physique de sa créature, le cinéaste réussit quelques belles scènes de tension, comme celle de la traversée nocturne, en camion, de la forêt ou la séquence précédemment citée de l'attente dans le tunnel. Là, se faisant à l'évidence plaisir en reprenant l'un de ses effets stylistiques favoris de la décennie précédente - le jeu sur la profondeur de champ - il compose quelques remarquables plans en angle extra large fausant le point à la fois sur les personnages en gros plan et ceux présents à l'arrière-plan. Soit, pour l'époque, un savant effet qui loin d'être artificiel renforce brillamment l'intensité de la scène en offrant au spectateur un champ de vision élargi et, par là même, une perception beaucoup plus nette de l'omniprésence du danger. Le tout soutenu par une bande sonore particulièrement travaillée, mélange de grognements d'animal entrecoupés de hurlements de victimes agonisantes. Mais il s'agit là seulement de quelques séquences isolées, le reste, dans son ensemble, arrivant donc difficilement à instaurer un véritable climat d'angoisse.

Comme on peut facilement l'imaginer, à sa sortie au cours de l'été 1979, la critique ne fut pas tendre avec le film, ne se privant notamment pas de faire remarquer au spectateur le non-sens et l'absurdité flagrante d'un bon nombre de rebondissements de l'intrigue. Faisant une fois encore preuve d'une grande lucidité dans l'analyse de son travail, John Frankenheimer admet d'ailleurs dans son entretien avec Charles Champlin que le problème majeur du film réside dans l'incapacité du script à générer le moindre suspense. " Ils (le public) savaient depuis le début ce qui allait se passer. Et, à mi-film, notre héros, incrédule, lance un " Il y a un monstre quelque part dehors". Et là l'audience éclatait de rire, se demandant comment cela se faisait qu'il avait mis si longtemps à réaliser ça. " Il n'empêche que le film rapportera autour des 20 millions de dollars au box-office américain, soit, tout de même, presque autant que Grand Prix , alors le plus gros succès en date de John Frankenheimer.

Détail significatif pour en finir sur le sujet : dans le second ouvrage que lui consacra Gerald Pratley , The Films of Frankenheimer : Forty years in film , John Frankenheimer détaille le processus créatif et le tournage de chacun de ses films ainsi que ses sentiments sur l'œuvre une fois achevée, qu'il en soit satisfait ou pas. Et cela à une exception notable près : Prophecy . Là, exprimant tout d'abord le souhait de ne pas revenir sur ce film, le cinéaste finit seulement par avouer à son interlocuteur qu'il le considère comme un échec total ainsi que l'une des principales causes de la période de dépression chronique qu'il traversa entre 1978 et 1981, période correspondant sans aucun doute aux heures les plus douloureuses de son existence.


Ce qu'ils en ont dit :

Ridiculous horror film is good for a few laughs.
Leonard Maltin's movie and video guide

(Prophecy) s'apparente aux productions les plus routinières de l'American International.
50 ans de cinéma américain

Enfin en Z2. Un film que j'attends de revoir depuis des années (au même titre que Incubus de John Hough)... :D :D :D

La bande annonce
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Fatalitas
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Messagepar Fatalitas » 16 nov. 07, 14:04

en gros, dispensable.
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Messagepar gnome » 16 nov. 07, 15:05

Ah, moi, dans le genre, j'avais bien aimé... Et le bouquin de Seltzer aussi... :D
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Messagepar Mister Zob » 16 nov. 07, 15:23

Moi j'aime bien... mais j'ai le z1 depuis une éternité.

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Messagepar gnome » 16 nov. 07, 15:37

Mister Zob a écrit :Moi j'aime bien... mais j'ai le z1 depuis une éternité.

Il était dans ma wishlist dvdpacific depuis un moment aussi, mais là... Je l'ai finalement commandé en Z2... :D
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Messagepar Frank Einstein » 16 nov. 07, 15:55

Fatalitas a écrit :en gros, dispensable.


Malheureusement, je confirme. :cry:
Dans mon souvenir, la créature fait toc et le film est mou.

Quand à "Incubus", même mauvais souvenir. C'est le genre de film qui valent pour leur promesses... mais ne les tiennent pas vraiment.
On n'est très loin du magnifique "Chromosome 3" de Cronenberg ! :wink:
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Messagepar gnome » 16 nov. 07, 16:16

Frank Einstein a écrit :
Fatalitas a écrit :en gros, dispensable.


Malheureusement, je confirme. :cry:
Dans mon souvenir, la créature fait toc et le film est mou.

Quand à "Incubus", même mauvais souvenir. C'est le genre de film qui valent pour leur promesses... mais ne les tiennent pas vraiment.
On n'est très loin du magnifique "Chromosome 3" de Cronenberg ! :wink:

Ah, ça, pour "Chromosome 3", je ne peux que confirmer tout le bien que je pense du film!!!
C'est assurément un des meilleurs de son réalisateur...

Mais je vous trouve un peu dur avec les deux autres... Franchement... :|
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Messagepar gnome » 16 nov. 07, 17:03

The one single reason you must watch this movie according to badmovies.org... :mrgreen:

Je sais que ce n'est pas ce qui va motiver certains à s'intéresser au film, mais... :lol:
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Messagepar Max Schreck » 16 nov. 07, 20:20

gnome a écrit :The one single reason you must watch this movie according to badmovies.org... :mrgreen:

Je sais que ce n'est pas ce qui va motiver certains à s'intéresser au film, mais... :lol:

Au contraire, au contraire. :D
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Messagepar Frank Einstein » 16 nov. 07, 21:23

gnome a écrit :The one single reason you must watch this movie according to badmovies.org... :mrgreen:

Je sais que ce n'est pas ce qui va motiver certains à s'intéresser au film, mais... :lol:


C'est drôle en fait, ça pourrait se placer sans mal dans "Scary Movie 13" ! :mrgreen:
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"Il est toujours préférable d'être un faux-méchant que d'être un faux-gentil. (Le faux-gentil est souvent un vrai méchant)". J.-L. Fournier

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Messagepar Flol » 17 nov. 07, 20:33

gnome a écrit :The one single reason you must watch this movie according to badmovies.org... :mrgreen:

Ah bah c'est tout l'inverse, ça me donne carrément envie de l'acheter ! :shock:

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Messagepar gnome » 17 nov. 07, 23:40

Ben moi aussi, mais quand je vois l'avis de Frank Einstein et de Fatalitas... :|

J'l'aime bien, ce film, moi... :D
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Re: Prophecy de John Frankenheimer en Z2, enfin!

Messagepar odelay » 12 sept. 09, 19:09

Je viens de voir le film. La première moitié est pas mal. Les grand espaces, le scope généreux, le côté mystérieux qu'on sent poindre, la scène de tension avec la tronçonneuse, la visite de l'usine de papier. Bon Talia Shire n'a pas l'air très concernée, c'est un peu statique, les dialogues sont très fonctionnels, mais on regarde ça avec un certain plaisir. Et puis vlan... on nous montre les bestioles. Au début, on a droit aux petites. Mouais... pourquoi pas... Et enfin on voit la grosse. Et là, c'est plus possible. On a souvent envie de rigoler alors que souvent la scène qui précédait l'apparition du monstre était assez bien montée. Dès que Nounours balance des humains à 2 km à la ronde, on ne sait pas si on doit applaudir pour l'exploit où si on doit être effrayé. En tout cas, une chose est sûr, c'est qu' on n'arrive pas à avoir peur même quand ça se veut gore.
En gros on a un film complètement bancal qui réussit là où on ne l'attendait pas forcément, notamment dans son appropriation de la nature, et qui se plante sur toute la ligne là dans ce qu'il voulait être à la base, c'est à dire un film de monstre. Si vous le trouvez pour pas cher, vous pouvez y jeter un oeil, on ne s'y ennuie pas malgré ses gros défauts.

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Re: Prophecy (John Frankenheimer, 1979)

Messagepar hellrick » 17 janv. 11, 18:57

PROPHECY appartient à la vague, typiquement seventies, des films fantastiques à tendance écologique, la menace de la pollution remplaçant la crainte de l’énergie atomique dans des titres comme SOUDAIN LES MONSTRES ou DAY OF THE ANIMALS. A ces considérations sur une possible « revanche de la nature sur l’homme » s’ajoute le principe de l’animal gigantesque venant commettre un petit carnage dans une région bien définie. PROPHECY succède donc au classique LES DENTS DE LA MER, lui-même déjà suivi par une poignée de métrages plus ou moins convaincants comme GRIZZLY, ORCA ou PIRANHAS. La popularité de ces films conduit le cinéaste John Frankenheimer à accepter cette commande de la Paramount même si il n’est guère familier du genre. Cinéaste éclectique généralement doué, Frankenheimer (1930 – 2002) a œuvré avec bonheur dans le thriller paranoïaque (UN CRIME DANS LA TÊTE), le film de guerre (LE TRAIN), le film catastrophe (BLACK SUNDAY) ou le polar musclé (DEAD BANG, RONIN). Il eut, par contre, moins de succès avec sa piètre version de L’ÎLE DU Dr MOREAU et ce PROPHECY témoigne, lui aussi, de son peu d’implication dans le fantastique. Le cinéaste considérait d’ailleurs PROPHECY comme son plus mauvais film et blâmait la faiblesse du script, pourtant signé de David Seltzer, lequel venait de rédiger l’excellent scénario de LA MALEDICTION.
Une énorme papeterie, dirigée par un nommé Isley, tourne à plein régime dans une région reculée du Maine, provoquant les protestations des Indiens vivants dans la région, mené par John Hawks et sa sœur Ramona. Médecin habitué aux pires quartiers des ghettos américains, le désillusionné Robert Verne y part en compagnie de son épouse, Maggie, pour enquêter sur les risque de pollutions. A peine arrivé, le docteur assiste à un combat furieux entre Hawks, armé d’une hache, et un des gardes d’Isley brandissant une tronçonneuse. L’affrontement tourne au désavantage de l’Indien mais celui-ci finit par rencontrer Verne et lui affirme que la papeterie déverse dans la nature de dangereux produits chimiques. Au fil des jours, le docteur Verne commence à penser que John Hawks pourrait avoir raison. Il découvre, en effet, un têtard de cinquante centimètres, un immense saumon ou d’étranges fœtus avant d’être attaqué dans sa demeure par un raton laveur particulièrement agressif. Dans le même temps, les problèmes de couple des Verne s’accentuent, Robert refusant catégoriquement l’idée de procréer tandis que Maggie, décidée à enfanter, lui cache sa grossesse. Poursuivant son enquête, le médecin soupçonne les businessmen d’utiliser du mercure, bon marché, lors de leurs activités industrielles ce qui aurait entrainé d’effroyables mutations. Bientôt, les Verne, Isley, Hawks et quelques autres sont traqués par un immense ours mutant, résultat de la pollution locale et identifié par les Indiens au légendaire Catadine, le défenseur de la forêt.
On le voit, l’’intrigue de PROPHECY ne diffère guère de celle des classiques « monster movies » même si David Seltzer y introduit quelques considérations sociales sur la condition des Indiens (et, dans une moindre mesure, des Noirs) dans l’Amérique de la fin des années ’70. Les réflexions écologiques sont, elles, plus banales et ne s’éloignent pas des clichés du genre, tablant sur l’opposition entre le mode de vie des natifs, respectueux de la Nature, et les ravages causées par le capitalisme. Si le métrage débute de manière brutale par l’attaque mystérieuse d’une poignée d’alpinistes, la suite se révèle, hélas, beaucoup moins intéressante et accuse un ventre mou prononcé, le cinéaste se concentrant sur les difficultés de l’héroïne à dévoiler sa grossesse à son mari, réfractaire à la paternité. Le possible empoisonnement du fœtus par la nourriture, contaminée par le mercure, complique encore la situation et donne quelques sueurs froides à la jeune femme. Si ces scènes confèrent indéniablement une certaine épaisseur aux principaux protagonistes, elles entrainent également de regrettables baisses de rythme, John Frankenheimer délaissant l’épouvante mais ponctuant cependant le récit de quelques attaques variablement réussies.

Le casting, solide, comprend Armand Assante (LA TAVERNE DE L’ENFER, J’AURAIS TA PEAU,…) dans le rôle d’un Indien combattif, Richard Dysart (PALE RIDER, THE THING, METEOR) et le couple vedette composé de Talia Shire et Robert Foxworth. La première doit l’essentiel de sa célébrité aux sagas ROCKY et LE PARRAIN, le second est connu pour son rôle récurent dans le feuilleton fleuve « Falcon Crest » mais également pour LES NAUFRAGES DU 747 et DAMIEN – LA MALEDICTION 2. Même si les interprètes se montrent concernés par leur rôle, difficile toutefois de s’intéresser à leur personnage, caricaturaux au possible, en particuliers Assante, véritable cliché ambulant (« j’ai étudié vos lois mais elles ne s’appliquent pas aux Indiens, j’ai étudié votre langue mais vous ne voulez pas entendre »).

Au niveau de la mise en scène, Frankenheimer soigne le produit et s’appuie sur une belle photographie mettant en valeur les paysages forestiers du Canada (un substitut au Maine). La bande sonore, bizarre et peu mélodique, soutient pour sa part l’action et entretient le suspense avec un certain savoir-faire. Malheureusement, les effets de maquillage, pourtant confectionné par le studio de Thomas Burman (HALLOWEEN 3, HAPPY BIRTHDAY TO ME, LA FELINE,…), manquent de réalisme et le monstre mutant n’est guère convaincant. Si le design de la créature s’avère original (une sorte d’ours gigantesque à la peau retournée et aux chairs à vif), il manque vraiment de naturel dans les scènes d’attaques et on comprend que John Frankenheimer ait souhaité limiter ses apparitions au maximum. Peu sanglantes et souvent confuses, les mises à morts émaillant le métrage ne dégagent pas la férocité escomptée et versent même dans le comique involontaire, comme en témoigne la mort, particulièrement absurde, d’un jeune randonneur tentant de fuir emmitouflé dans son sac de couchage.

Pour l’anecdote, Kevin Peter Hall se glisse dans le costume du monstre, une spécialité de cet acteur, décédé du Sida en 1991, qui fut tour à tour l’alien des deux premiers PREDATOR et de TERREUR EXTRATERRESTRE, la créature de MONSTER IN THE CLOSET ou le Bigfoot gentillet de HARRY ET LES HENDERSONS.

Dans l’ensemble, PROPHECY souffre d’une certaine mollesse et de séquences risibles mais distille néanmoins un ou deux passages angoissants (les attaques les plus suggestives sont, de loin, les plus efficaces) et se révèle emballé avec soin et professionnalisme. Le derniers tiers, à la fois nerveux et très kitsch, retrouve par intermittence le charme des vieux films de science-fiction horrifiques à base de bestiole mutante et s’avère étonnamment plaisant en dépit de ses faiblesses et de la ringardise de l’ours géant.

Au final, PROPHECY se laisse distraitement regarder mais, en dépit d’un budget conséquent et des noms prestigieux figurant au générique, ressemble surtout à une sorte de série B de luxe. Reprenant tous les poncifs des « monster movies » des années ’50 en y greffant quelques considérations écologiques dans l’air du temps, PROPHECY n’a rien d’un chef d’œuvre oublié mais demeure suffisamment divertissant pour mériter une vision nostalgique même si un peu de second degré aidera sans doute à l’apprécier à sa « juste » valeur.
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Re: Prophecy de John Frankenheimer en Z2, enfin!

Messagepar odelay » 24 janv. 20, 23:15

odelay a écrit :Je viens de voir le film. La première moitié est pas mal. Les grand espaces, le scope généreux, le côté mystérieux qu'on sent poindre, la scène de tension avec la tronçonneuse, la visite de l'usine de papier. Bon Talia Shire n'a pas l'air très concernée, c'est un peu statique, les dialogues sont très fonctionnels, mais on regarde ça avec un certain plaisir. Et puis vlan... on nous montre les bestioles. Au début, on a droit aux petites. Mouais... pourquoi pas... Et enfin on voit la grosse. Et là, c'est plus possible. On a souvent envie de rigoler alors que souvent la scène qui précédait l'apparition du monstre était assez bien montée. Dès que Nounours balance des humains à 2 km à la ronde, on ne sait pas si on doit applaudir pour l'exploit où si on doit être effrayé. En tout cas, une chose est sûr, c'est qu' on n'arrive pas à avoir peur même quand ça se veut gore.
En gros on a un film complètement bancal qui réussit là où on ne l'attendait pas forcément, notamment dans son appropriation de la nature, et qui se plante sur toute la ligne là dans ce qu'il voulait être à la base, c'est à dire un film de monstre. Si vous le trouvez pour pas cher, vous pouvez y jeter un oeil, on ne s'y ennuie pas malgré ses gros défauts.



Bon avec cette discussion dans le topic des achats j'ai voulu revoir le film. Je trouve que j'ai été bien gentil il y a 11 ans quand je dis qu'on n'y ennuie pas. C'est quand même assez mou du genou dès le début. Par contre Casimir qui est vénère m'a autant fait marrer, voire même plus qu'avant. La scène de son apparition avec les campeurs fait partie de ces moments autres du cinéma comme on en aime en voir quand on n'a pas payé le prix d'une place à plein tarif dans un ciné Gaumont du XVIIIè arrondissement.