David Lean (1908-1991)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980...

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Jeremy Fox
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Re: David Lean (1908-1991)

Messagepar Jeremy Fox » 6 nov. 10, 21:48

Miss Nobody a écrit :La fille de Ryan - 1970

Impossible alors de ne pas crier au chef d'oeuvre devant cette fresque sublime, ce mélodrame lyrique et subtil, injustement rejeté par la critique et le public en 1970 et encore trop souvent oublié aujourd'hui.[/justify]

10/10 (soyons fous!)

Mais non, soyons juste :wink:

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julien
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Re: David Lean (1908-1991)

Messagepar julien » 7 nov. 10, 11:21

Miss Nobody a écrit :(David Lean a du passer des heures voire des jours, pour construire des tableaux si parfaits, où même les nuages se meuvent avec précision).

Je crois qu'il a mis toute une année à faire le film. Dans le bouquin que lui a consacré Kevin Brownlow on en apprend pas mal d'ailleurs sur les conditions intenses du tournage. Lors de la scène de la tempête, ils avaient même mis au point un système de ventilation placé sur l'objectif de la caméra pour ne pas que l'eau puisse embuer l'image.

On peut voir cet appareil d'ailleurs sur la photo de couverture du livre.

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Re: David Lean (1908-1991)

Messagepar Miss Nobody » 7 nov. 10, 14:00

julien a écrit :
Miss Nobody a écrit :(David Lean a du passer des heures voire des jours, pour construire des tableaux si parfaits, où même les nuages se meuvent avec précision).

Je crois qu'il a mis toute une année à faire le film.

Ma foi, ça ne m'étonne pas du tout.
On sent que Lean est un réalisateur perfectionniste et patient, il suffit de le voir attendre, pour clore un plan sur la plage, la bonne vague qui effacera les pas dans le sable du personnage. Ca peut sembler anodin, j'ai trouvé ça fantastique.

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julien
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Re: David Lean (1908-1991)

Messagepar julien » 7 nov. 10, 14:47

Il a même pousser le perfectionnisme en allant tourner des scènes en Afrique du Sud parce qu'il trouvait que le sable des plages irlandaises n'était pas assez blanc. Le top c'est quand même de le voir au cinéma ce film. Tourné en 70mm en plus ça a vraiment de la gueule.
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Re: David Lean (1908-1991)

Messagepar Ann Harding » 7 nov. 10, 14:50

julien a écrit :Le top c'est quand même de le voir au cinéma ce film. Tourné en 70mm en plus ça a vraiment de la gueule.

Je confirme. J'ai découvert le film en 1984 en salle. C'était au (défunt hélas! :cry: ) Kinopanorama qui avait passé une copie 70 mm suisse (avec un double sous-titrage allemand/français). Sur ce très grand écran, la tempête était une vraie expérience. :shock: Mais, chaque passage a à la télévision m'a toujours laissée sur ma faim....

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julien
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Re: David Lean (1908-1991)

Messagepar julien » 7 nov. 10, 15:21

J'avais vu le film en salle à Montpellier il y a une dizaine d'année par contre je ne me souviens plus si la copie du film était en 70 mm. Le plus fort je trouve c'est d'avoir utilisé de nombreux figurants et de les avoir fait tourner sous une vraie tempête. Ça accentue encore plus le réalisme et le spectaculaire de la scène. Après ils ont aussi truqués quelques plans en rajoutant de l'eau avec des lances d'incendies. Au montage, il y a d'ailleurs un subtil mélange entre des plans réels, tournés pendant la tempête et d'autres qui ont été reconstitués par la suite.
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Re: David Lean (1908-1991)

Messagepar Major Tom » 7 nov. 10, 16:08

julien a écrit :Lors de la scène de la tempête, ils avaient même mis au point un système de ventilation placé sur l'objectif de la caméra pour ne pas que l'eau puisse embuer l'image.

Et cela permet de ne pas avoir de gouttes d'eau à l'écran. Je me suis toujours demandé quand ce système avait été créé. Serait-ce sur ce film?
Quand j'étais gamin, j'en avais eu l'idée en voyant des scènes se passant en mer ou sous la pluie, où des grosses gouttes restaient sur l'objectif (on a envie de nettoyer l'écran). Et puis je me suis rendu compte que le système existait vraiment... :)
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julien
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Re: David Lean (1908-1991)

Messagepar julien » 8 nov. 10, 17:00

Je ne me rappelle plus si c'est sur ce film qu'ils ont inventé le procédé. Il me semble que c'est expliqué en détail dans le bouquin de Brownlow . Techniquement, c'est assez complexe en plus à mettre au point parce qu'il faut que la fréquence du balayage soit très rapide pour ne pas qu'on puisse voir les pales du rotor à l'écran.
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Re: David Lean (1908-1991)

Messagepar Rick Blaine » 17 déc. 10, 21:15

In Which we Serve (Ceux qui servent en mer - 1942)

Malgré le crédit accordé à Noel Coward, auteur, interprète, producteur et coréalisateur du film, on peut considérer ce film comme le premier au sens plein du terme de David Lean, puisqu'après quelque jours de production, c'est bien lui qui tenait les rennes de la réalisation. (Dixit le documentaire A Profile of In Which we Serve, proposé en bonus du DVD Z2 UK). Il s'agit d'un film de propagande, destiné à soutenir le moral anglais au cœur de la seconde guerre mondiale. Bien loin des élans pompiers et héroïque de ses homologues américains, voici pourtant une œuvre qui brille par sa très (trop) grande sobriété. C'est par l'exemple d'hommes et de femmes dignes dans la lutte, que le peuple anglais résistera.
Voilà bien les qualificatifs qui vont le mieux à ce film: sobriété et sècheresse. L'émotion ne viendra que trop rarement nous emporter, malgré l'intelligent principe de flashback (né de la réécriture du très long scénario de Noel Coward par David Lean et par le producteur Anthony Havelock-Allan, dixit le même documentaire) qui aurait pu nous permettre de nous attacher aux personnages.
Cela n'empêche pas de voir un film intéressant, spectaculaire, de belles interprétations (John Mills et le jeune Richard Attenborough en tête) et une magnifique photographie de Ronald Neame. On sera notamment impressionné par le combat initial, par la survie des hommes dans une mer survolée par les Junkers et par les magnifiques plan de la campagne anglaise.
Jamais d'ennui, mais un ton trop sec, que l'interprétation de Noel Coward n'adoucit certainement pas, In Which we serve est un bon film, surtout que c'est le premier de son auteur et qu'il faut considérer le contexte de sa production, mais David Lean fera bien mieux, et bien plus émouvant.

Note à propos du DVD: vu sur l'édition ITV DVD en VOSTA. Attention, le débit des dialogues est important, et on retrouve de nombreux termes du vocabulaire de la marine. Même avec les sous-titre anglais, il faut un bon niveau dans la langue de Shakespeare (pas besoin d'être marin non plus, le contexte suffit à comprendre les phrase, mais si on réfléchit trop, on rate trois répliques). La copie, quand à elle, est éblouissante, on notera particulièrement la grande beauté des remous de la mer autour des rescapés.

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Re: David Lean (1908-1991)

Messagepar Nestor Almendros » 7 janv. 11, 20:32

DE GRANDES ESPERANCES (1946) - TCM

Difficile de passer après l'avis détaillé de Rick, page précédente... Je serai plus bref mais comme beaucoup, j'ai énormément apprécié ce film, parcours initiatique d'un jeune garçon confronté à la dureté de la vie, des hommes, et aux éternels rapports de force. Le scénario propose beaucoup de personnages aux profils très différents, bénéficiant ainsi d'une richesse permanente et d'une histoire plutôt imprévisible (en tout cas pour moi: mis à part le parcours et les rapports plus ou moins conflictuels aux autres j'ai eu du mal à cerner une vraie thématique, c'est parce qu'il y en a plusieurs).

Ce que je retiendrai surtout c'est le travail de David Lean, offrant ici une adaptation soignée et bien rythmée d'un classique de la littérature. Le récit est fluide et bien mené, toujours prenant, dosant ses effets d'adaptation par rapport à l'oeuvre littéraire. On est vraiment dans un film de cinéma, la mise en scène est inspirée, les différentes "époques" (monde de l'enfance, Londres, le manoir morbide, etc.) sont parfaitement rendues. Comme on l'a déjà souligné, le film bénéficie d'une reconstitution étonnante, de décors en studio absolument magnifiques, crédibles et impressionnants, à des extérieurs très graphiques que Lean sait magnifier (le début dans les marais, par exemple). Il y a énormément de décors différents, indispensables à cette (probable) très grosse production digne d'Hollywood. En tout cas, au niveau artistique on est dans le haut du panier d'une production qui n'a pas du tout à rougir de la comparaison. La photographie n'est d'ailleurs pas en reste: sublime.
Le film possède un cachet visuel remarquable, en haute-définition ce doit être sacrément impressionnant. Le blu-ray est, je crois, sorti en Angleterre: souhaitons qu'Opening (qui a ressorti le dvd il y a 1 an ou 2) prenne les devants...

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Re: David Lean (1908-1991)

Messagepar Rick Blaine » 8 janv. 11, 20:28

Nestor Almendros a écrit :indispensables à cette (probable) très grosse production digne d'Hollywood.

Je me suis fait la même remarque, pourtant, d'après IMDB le film a été produit par Cineguild, éphémère société ayant produit cinq films de Lean, un Neame et un film de Marc Allegret, et qui semble donc être une société de production indépendante attachée à Lean et à son entourage. Je suis donc très curieux de savoir si on a affaire à une grosse production ou bien à un grand travail cachant des moyens plus limités.

Nestor Almendros a écrit :Difficile de passer après l'avis détaillé de Rick, page précédente...

Merci... :oops: Moi qui hésite un peu à écrire...

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Nestor Almendros
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Re: David Lean (1908-1991)

Messagepar Nestor Almendros » 8 janv. 11, 20:52

Rick Blaine a écrit :
Nestor Almendros a écrit :Difficile de passer après l'avis détaillé de Rick, page précédente...

Merci... :oops: Moi qui hésite un peu à écrire...

Il ne faut pas, on est là pour ça :fiou: :mrgreen:

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Re: David Lean (1908-1991)

Messagepar Profondo Rosso » 11 avr. 11, 18:17

Les Amants passionnés (1949)

Les amants passionnés étaient amoureux lorsqu'ils étaient jeunes, mais depuis se sont séparés. Elle a épousé un homme plus âgé. Puis Mary Justin revoit Steven Stratton et ils font une dernière folie ensemble dans les Alpes.

The Passionate Friends est un film semble t il mal aimé dans la filmographie de David Lean, car il a le tort d'arriver après un des films les plus célébré du réalisateur sur ce même thème de l'adultère, Brève Rencontre. Sans être aussi réussi, Les Amants passionnés vaut bien plus que cette réputation de décalque et propose au contraire une belle variation du classique de 1945.

Comme presque tout les premiers film de David Lean, Brève Rencontre était scénarisé par la dramaturge Noël Coward (qui partage même la réalisation du premier Lean Ceux qui servent la mer) dont l'influence s'y faisait fortement ressentir. Brève Rencontre était ainsi un film étouffant où l'adultère était (certes pour des raisons de censures) plus désiré que réellement consommé, le poids de la moralité et des apparences pesant comme une chape de plomb sur les amants auquel aucune issue n'était offerte. The Passionate Friends est un film fort différent, lumineux, radieux et aux romantisme visuellement flamboyant qui le rapproche bien plus que Brève Rencontre de l'idée qu'on peut se faire d'un film de David Lean. Il n'en comporte pas moins des zones d'ombres angoissantes et la différences de traitement tient du fait que cette fois les personnages sont bien plus responsables de leur amours contrariées que la société inquisitrice de Brève Rencontre.

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Mary Justin (Ann Todd) femme d'un banquier richissime est lors de la première nuit d'un séjour en Suisse assaillie par les souvenirs d'un amour oublié avec Steven Stratton (Trevor Howard dans un rôle voisin de Brève Rencontre), le hasard faisant que ce dernier vient d'emménager dans la chambre voisine du même hôtel. Une narration en flashback s'amorce donc où l'on découvre ce qui sépara le couple neuf ans plus tôt. Le même type de procédé dans Brève Rencontre ne nous cachait rien des sentiments les plus intimes de Celia Johnson par la voix off, mais ici c'est plus par la texture même de ce souvenir qu'il faut lire les pensées de Mary et c'est en quelque sorte Lean le visuel qui prend le pas sur Coward le littéraire. Ainsi Mary retrouve Steven le temps d'une soirée de nouvel an fastueuse et d'un coup les images de leurs passé amoureux commun affluent sans prévenir, teinté d'une photo d'un blanc immaculé opposé aux teintes réaliste du présent.

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Epouse rangée au train de vie luxueux, elle a abandonnée toute sa fougue et sa passion à cette époque pour un mariage de convenance avec le riche banquier incarné par Claude Rains. C'est là toute la différence avec Brève Rencontre, Ann Todd refusant un amour réciproque qui lui tend les bras pour des raisons plus (l'abandon à l'autre que demande un amour aussi intense l'effraie) ou moins (le confort matériel de sa vie actuelle) louables. si Lean réserve quelques séquences d'une beauté sidérantes aux deux amants (le dîner chez Stratton alors que la soirée jette ses premières ombres dans l'appartement) l'ouverture même du film nous a déjà donné la réponse sur son choix malheureux.

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Etonnement, les retrouvailles annoncées lors du retour au présent offre un moment finalement bref et amer. Les sentiments intacts se devine le temps d'un périple enchanteur dans les montagnes suisse mais Ann Todd à nouveau assaillie par cet amour qu'elle ne peut oublier comprend qu'elle a laissé passer sa chance. Si les époux étaient quasiment absents dramatiquement du récit dans Brève Rencontre, Claude Rains ici par sa composition poignante donne à voir le terrible regard de celui qui est trompé. Il faut voir sa détresse lorsqu'il voit le visage défait d'Ann Todd après qu'elle ait quitté une ultime fois Trevor Howard lors d'une des plus belles scènes du film. Il comprend alors qu'elle ne ressentira jamais ce genre d'émotion pour lui et en est brisé.

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Le film déçoit néanmoins dans sa dernière partie en n'osant pas aller au bout de cette noirceur où Ann Todd se retrouve abandonnée par son amour et rejeté par son mari. La conclusion moins ouvertement dramatique qu'attendue (problème de censure encore ?) laisse donc place à une variante de celle de Brève Rencontre plus porté sur une résignation sereine que le romantisme désespéré, ce qui peut laisser un certain sentiment de frustration.. Un très beau film néanmoins dominé par l'interprétation superbe d'Ann Todd et Claude Rains, Trevor Howard semblant plus en retrait. 4,5/6

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Re: David Lean (1908-1991)

Messagepar Joe Wilson » 4 juin 11, 13:30

Brève rencontre

Un très beau film par sa délicatesse et sa sobriété. L'inspiration théâtrale n'étouffe jamais une ambition visuelle, David Lean s'attachant à une familiarité des lieux qui évoquent tous une charge affective.
La voix-off du personnage de Celia Johnson, loin d'être complaisante, apporte une lucidité poignante : elle enrichit ces moments fragiles de plénitude, avec un trouble incertain et tiraillé par le doute.
Car la relation est confrontée à l'impossibilité de figer ou suspendre le temps : le couple s'épanouit dans l'idéal d'un instant et une communion sensible. C'est la perception d'une vibration intérieure, remarquablement cohérente avec la discrétion de la mise en scène (et le leitmotiv du concerto de Rachmaninov, par sa démesure expressive, provoque un contraste intense).
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Re: David Lean (1908-1991)

Messagepar Kimm » 14 juin 11, 00:24

Sybille a écrit :Madeleine
David Lean (1950)

Conventionnel, mais pas complètement anodin, "Madeleine" est un film austère, un peu figé (à l'image de la théâtralité classique de ses acteurs), et qui au moyen de costumes et de décors luxueux parvient à retranscrire tout le faste discret d'une famille bourgeoise écossaisse du 19ème siècle. Un certain "esprit" de l'époque est également plutôt bien restitué, à savoir l'emprise de la figure paternelle sur le reste de la famille, la soumission volontaire des personnages féminins aux hommes de manière générale, la codification et l'importance du mariage. Le film s'envisage autrement et en premier lieu comme une sorte d'histoire policière, puisqu'il s'agit de la relation d'un supposé assassinat (Madeleine a vraiment existé, mais le mystère est demeuré irrésolu quant à sa qualité d'empoisonneuse). C'est aussi une histoire d'amour, de passion, même si les affections semblent toujours mal placées. Le scénario décrit de la façon la plus honnête possible les évênements qui ont conduit Madeleine à passer en jugement pour meurtre. L'amant est certe quelque peu tourné en ridicule (un beau, mais faible séducteur français qui n'a pour lui que l'élégance de ses manières, et n'aurait semble-t-il aucune objection à contracter un mariage d'argent), mais Madeleine est également loin d'être une figure parfaite. En réalité, aucun des personnages n'est jamais ni idéalisé, ni diabolisé, ou alors pour quelques instants seulement. Il est malaisé dans ces conditions de développer une opinion stable à leur sujet. Ils ne sont pas sympathiques ni, au fond, vraiment intéressants. On a un peu l'impression d'avoir affaire à de l'eau tiède. La photographie est par contre quasiment sublime, avec un noir et blanc irisé, laiteux, remarquable surtout lors des séquences nocturnes, dont une très belle se passant dans un jardin. Rien que pour cela, le film mérite au moins un visionnage, surtout de la part des admirateurs de Lean. 6/10

Magnifique véhicule que ce "woman picture" pour Ann Todd qui rend justice à l'ambiguité du personnage, soutenant le film de bout en bout. Personnage victime du patriarcat, des ambitions masculines, de la curie populaire, du défoulement d'un procureur, c'est aussi un personnage relativement libre puisqu'elle décide d'avoir un amant, mais le payera cher, dans une société peu encline aux frivolités.
On retrouve certes la "patte" de David Lean (paysage de plage ou campagne divinement photographiés), mais certains plans rappellent Hitchcock (je pense notamment à la tasse de chocolat au premier plan, et le visage d'Ann Todd au second plan, décalé sur la droite).
Ann Todd rejoint ces héroïnes du milieu du XIXé siècle, engoncées dans leur crinolines, dont le corset et l'ampleur des robes témoignent de leurs servilités; ces codes propres à l'époque sont autant de prétextes aux drames, et MADELEINE nous rappelle, tourné un an avant, MADAME BOVARY dont le lyrisme n'est plus à vanter ou encore L'HERITIERE, qui permit à Olivia de Havilland de déployer une compostion remarquable. Cette même actrice jouera de l'ambiguité, mais deux ans après le film de Lean: MA COUSINE RACHEL (Henry Koster, 1952). Les visages de ces deux actrices, impassibles, mystèrieux, font échos à la sourde angoisse qui étreint le spectateur, créant une atmosphère de suspens idéale.
Anciennement Kim